Billets classés sous « déficit zéro »

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux

Depuis les années Bouchard qui ont mené au déficit zéro, rarement a-t-on vu un tel niveau d’austérité au Québec. Mois après mois, la croissance des dépenses frôle le zéro. On parle en fait de réduction des dépenses, si on tient compte de l’inflation.

La pression est forte pour que le président du Conseil du Trésor atténue les mesures d’austérité. Or, Martin Coiteux semble se nourrir de cette pression pour resserrer toujours un peu plus les goussets de la bourse.

Les chiffres de Finances Québec sont clairs : les dépenses n’augmentent pas, alors que les revenus sont en forte progression malgré une faible croissance de l’économie. Québec ne se dirige pas vers l’équilibre budgétaire, mais plutôt vers de substantiels surplus au rythme où vont les choses. Objectif : dégager des marges de manoeuvre pour baisser les impôts.

C’est important de le rappeler : le gouvernement Couillard le dit haut et fort. Le but de ces mesures d’austérité, c’est de baisser vos impôts. Les offres de 0 et de 1 % d’augmentation pour les travailleurs de la fonction publique, les réductions en éducation, en environnement, dans les soutiens sociaux ont pour objectif de créer des surplus et de baisser les impôts.

En août, les dépenses de programmes ont plongé de 3,2 % au Québec, alors que les revenus autonomes ont grimpé de 1,4 %.

Depuis le début de l’exercice 2015-2016, sur cinq mois, on constate une hausse des dépenses de programmes de 0,3 %, alors que les revenus autonomes ont grimpé de 4,5 %.

Québec a dégagé un surplus de 1,3 milliard de dollars en août, de 1,5 milliard sur cinq mois en route vers son objectif de 1,6 milliard pour l’ensemble de l’exercice avant versement au Fonds des générations.

Bien sûr, ce sont des données partielles. Mais le rythme dans la croissance des dépenses est celui qu’annonce le gouvernement depuis son élection. En tenant compte de la baisse des coûts d’intérêt, les dépenses de l’État depuis le début de l’exercice baissent de 0,1 %. Avec l’inflation d’environ 1 %, la réduction des dépenses réelles est de plus de 1 %. C’est important.

Nous sommes d’accord ou ne sommes pas d’accord avec les objectifs du gouvernement. C’est à vous de décider. Mais compte tenu du débat public vigoureux qui est en cours sur la question des finances publiques, il faut nommer correctement les choses :

  • le gouvernement du Québec réduit ses dépenses dans toutes ses missions, sauf la santé et les services sociaux, où la hausse des dépenses est tout de même plus faible que par le passé;
  • ses revenus progressent rapidement grâce à de plus importantes rentrées d’impôts des sociétés;
  • l’État semble en voie de dégager des surplus importants dans le but de réduire les impôts des Québécois.

Voilà.

Le cadre financier du NPD

Mercredi 16 septembre 2015 à 18 h 11 | | Pour me joindre

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Le NPD s’inscrit à contre-courant en proposant une hausse des impôts des entreprises. Non seulement le Canada a largement réduit les impôts des sociétés depuis 15 ans, en faisant passer le taux de 28 à 15 %, mais d’autres pays l’ont aussi fait. Sur 34 pays analysés par l’OCDE, 32 ont baissé les impôts des sociétés depuis 15 ans.

Est-ce une raison pour ne pas les augmenter? Je vous laisse vous positionner sur ce point, mais il est important pour le NPD de chiffrer les effets économiques d’une telle décision.

En fait, même pour les gens qui seraient d’accord avec une hausse des impôts des entreprises, il est essentiel de savoir si certaines sociétés seraient tentées de réduire leurs investissements et leur nombre d’emplois au Canada. Dans un monde de forte concurrence fiscale, la hausse des impôts des entreprises est-elle la plus judicieuse en ce moment?

L’enjeu du financement des services publics est extrêmement important. Les baisses d’impôt aux entreprises, les avantages fiscaux de toute sorte pour attirer des investissements et toutes les stratégies d’évitement fiscal sont en train de saigner les États.

Comment faire pour mettre fin à cette fuite fiscale? La stratégie du NPD vise à corriger cette situation, mais sera-t-elle efficace?

Des projections budgétaires à la baisse

Le NPD veut maintenant équilibrer le budget tout en investissant massivement dans les infrastructures, la santé et les garderies. Comme un éventuel gouvernement néo-démocrate promet un surplus dès son premier budget, dans quelles dépenses le parti va-t-il couper? La question est sérieuse parce que le cadre financier s’appuie sur une projection optimiste de la croissance économique, celle qui était présentée dans le budget Oliver du printemps dernier.

Depuis, les projections de croissance ont été révisées à la baisse par les économistes du secteur privé et par la Banque du Canada. Et les prix du pétrole ne se relèvent pas. « Compte tenu du fait que les projections économiques ont changé de façon significative depuis mars 2015, m’écrivait l’économiste Jean-Pierre Aubry en début de journée, les partis politiques ne peuvent pas utiliser les données du  plan budgétaire 2015 comme projection budgétaire de base. »

Il y a trois bonnes raisons à cela :

  • la croissance mondiale est plus faible que prévu avec la Chine, notamment, qui ralentit. Cette situation touche le Canada, dont la croissance du PIB ne devrait atteindre que 1,1 % cette année et pourrait ne pas dépasser les 2 % l’an prochain selon plusieurs économistes du secteur privé;
  • les prix des ressources, surtout du pétrole, demeurent faibles : les projections gouvernementales s’appuyaient sur un baril de pétrole à 54 $ cette année et à 67 $ l’an prochain. Or, nous sommes toujours autour de 45 $. « Le prix du baril de pétrole devrait être de 20 à 25 % plus bas que dans le dernier plan budgétaire », selon Jean-Pierre Aubry ;
  • et si le prochain gouvernement veut jouer de prudence, peu importe sa couleur, il devrait réanimer une provision pour les imprévus de 3 milliards de dollars au lieu de 1 milliard comme on l’a annoncé dans le dernier budget.

Ainsi, non seulement le cadre financier du NPD s’appuie sur des projections optimistes, mais il est avare de détails sur les dépenses supplémentaires prévues. Pour un parti qui cherche à établir sa crédibilité en finance et en économie, on espère en savoir davantage avant le 19 octobre.

LE PROGRAMME DU NPD EN 5 POINTS :

  • Équilibre budgétaire dès le premier budget
  • Hausse du taux d’imposition des entreprises de 15 à 17 %
  • Hausse d’impôt des particuliers : fin du fractionnement de revenu | baisse de 50 % du plafond CELI
  • Implantation d’un réseau de garderies publiques à 15 $ par jour
  • Investissements supplémentaires dans les infrastructures et l’emploi de 3 à 3,5 milliards de dollars par année

Surplus… et puis après!

Lundi 14 septembre 2015 à 11 h 32 | | Pour me joindre

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Ottawa annonce un surplus de 1,9 milliard de dollars pour son exercice 2014-2015 au lieu d’un déficit de 2 milliards tel qu’annoncé dans le budget du printemps dernier. Au cœur de la campagne électorale, les partis politiques vont se saisir de ces chiffres et les utiliser à des fins partisanes.

Voici huit éléments qui vous aideront à comprendre pourquoi cette annonce ne mérite pas toute l’attention que nous allons y porter aujourd’hui :

  1. Le PIB du Canada est de 2300 milliards de dollars canadiens. Un déficit de 2 milliards ou un surplus de 2 milliards, ce n’est que 0,1 % du PIB du pays;
  2. Le budget du gouvernement du Canada totalise des charges de 280 milliards de dollars canadiens. Deux milliards de plus ou de moins, c’est 0,7 % du total budgétaire du Canada;
  3. La cote de crédit du Canada est de AAA, parmi les meilleures notations de crédit de la planète. Annoncer un surplus de 2 milliards au lieu d’un déficit de 2 milliards ne va pas améliorer la note de crédit du pays. Avec l’Australie, le Danemark et la Suisse, le Canada est un des endroits les plus sûrs pour investir dans le monde;
  4. Les coûts d’emprunt du Canada sont extrêmement faibles : le Canada n’offre qu’un taux de 1,5 % sur une obligation 10 ans. Comme on l’expliquait dans un billet de blogue précédent, ne pas profiter de ce marché sans intérêt ou presque pour investir dans les infrastructures, l’innovation et la productivité est une véritable occasion ratée;
  5. Bien que la croissance économique soit modérée, le taux de chômage est relativement faible à 7 %. Le Canada crée des emplois, soit environ 13 000 postes de plus par mois;
  6. La dette du Canada ne cesse de baisser par rapport à son économie. Elle est la plus faible des pays du G7. Le ratio de la dette nette est passé de 36 % du PIB en 2013-2014 à 34,8 % du PIB en 2014-2015. Cette dette nette est de loin la plus faible, si on tient compte en plus des obligations au titre des régimes de retraite non capitalisés des pays du G7;
  7. Les frais de la dette publique ne représentent que 9,5 % des dépenses. On était à 30 % dans les années 90;
  8. Les revenus du gouvernement sont en hausse : de 3,8 % sur les impôts des particuliers, de 7,8 % sur les impôts des sociétés, de 1,1 % sur les revenus de TPS. Les revenus totaux en 2014-2015 ont grimpé de 3,9 % par rapport à l’exercice précédent.

Peu importe ce qu’en disent les chefs politiques, l’équilibre budgétaire est atteint au Canada. Quelques milliards de plus ou de moins ne changeront rien à l’enviable réalité financière du pays.

Le cadre financier du Parti vert

Vendredi 11 septembre 2015 à 15 h 58 | | Pour me joindre

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Le Parti vert nourrit des ambitions exceptionnelles s’il prend le pouvoir le 19 octobre prochain. La formation dirigée par Elizabeth May souhaite apporter des transformations à la fiscalité et à l’économie qui auraient des répercussions certaines sur les équilibres (ou déséquilibres!) connus de l’économie canadienne. Parmi les propositions les plus marquantes, on retient :

  • L’instauration d’une taxe carbone, que les verts nomment rente ou redevance sur le carbone, et qui ne rapporterait rien de moins que 22 milliards de dollars par année, dès cette année. Le Parti vert prévoit taxer chaque tonne d’équivalent CO2 émis au Canada à 30 $ la tonne ;
  • La hausse des impôts des entreprises : le taux passerait de 15 à 19 %, la mesure serait rétroactive au 1er avril dernier et rapporterait 7,5 milliards de dollars par année.

Ces sommes permettraient au Parti vert de financer toute une série d’initiatives vertes, notamment un programme de rénovation écologique des maisons, un programme de toitures solaires, une subvention pour la commercialisation de technologies vertes et des investissements dans les infrastructures.

De plus, l’argent dégagé par la taxe carbone et par la hausse d’impôt pour les entreprises permettraient au Parti vert de mettre en place d’autres mesures sociales dont la gratuité à l’université, une assurance-médicament pour tout le Canada et une couverture dentaire pour les enfants de milieux défavorisés.

Ce qui semble manquer à la plateforme des verts, c’est une analyse des effets économiques et financiers de certains changements importants. Et c’est pour cette raison qu’on peut se demander pourquoi le Parti vert tient tant à nous assurer de l’équilibre budgétaire dès cette année. Le projet des verts comporte des changements fondamentaux qui auraient des répercussions notables sur le fonctionnement habituel des entreprises et des citoyens.

Hausser les impôts des entreprises et imposer une taxation sur le carbone peuvent séduire plusieurs électeurs. Mais, dans les faits, n’importe quel économiste vous expliquerait qu’il y aura des répercussions à ces politiques : chute des investissements, perte d’emplois, départ d’entreprises, etc.

Si on le fait, peut-on le faire dès le lendemain de l’élection? Le Parti vert propose de mettre en place ces mesures rétroactivement au 1er avril dernier. On peut penser que le cadre financier est un outil de référence qui pourrait être adapté si les verts se retrouvaient à la tête de l’État canadien.

Cela dit, le Parti vert, et c’est dans la nature de son existence, attire notre attention sur l’enjeu économique le plus important de notre siècle : l’enjeu écologique. La transition n’est pas en cours au Canada, malgré plusieurs initiatives intéressantes. Même si nous avons encore besoin de pétrole, il est clair qu’il faut développer d’autres sources d’énergie renouvelables et réduire notre dépendance aux énergies fossiles.

LE PROGRAMME DES VERTS EN 5 POINTS 

  1. équilibre budgétaire en 2015-2016
  2. hausse d’impôt pour les particuliers avec l’abolition du fractionnement de revenu
  3. hausse d’impôt pour les entreprises
  4. instauration d’une taxe carbone
  5. assurance-médicament/couverture dentaire pour les enfants démunis/gratuité à l’université

 

À lire aussi :

Investir dans les infrastructures stimule l’emploi et l’économie. C’est une équation assez simple, normale et reconnue. Les gouvernements doivent bâtir des routes, entretenir les viaducs, installer des ponceaux, refaire des canalisations. Ils doivent mettre des milliards de dollars chaque année dans la construction et la réfection d’infrastructures.

Dans la campagne électorale en cours, les partis en présence font des promesses d’investissements dans les infrastructures. Les conservateurs ont proposé dans leur dernier budget d’ajouter 750 millions de dollars de plus aux investissements en infrastructures au pays à partir de l’exercice 2017-2018. Le NPD promet d’ajouter 1,5 milliard avant la fin d’un éventuel premier mandat gouvernemental. Et les libéraux proposent de doubler les sommes prévues sur 10 ans, pour les faire passer de 65 à 125 milliards de dollars.

Quel est l’effet d’une hausse des investissements dans les infrastructures sur la situation budgétaire du gouvernement?

Pour financer les infrastructures, le gouvernement emprunte sur les marchés financiers. Par le truchement des obligations qui sont émises et que, vous, concitoyens, vous pouvez acheter pour épargner, le gouvernement finance ses investissements. Ainsi, la dette totale du gouvernement augmente lorsque l’État injecte des milliards dans ses infrastructures. Dans le budget, si la dette augmente, les coûts en intérêt vont augmenter, à moins que les coûts d’emprunt soient en baisse, ce qui pourrait amoindrir les coûts d’intérêt. Alors, oui, la dette augmente, mais sur le plan budgétaire, l’incidence est modeste.

Est-ce que d’investir dans les infrastructures stimule vraiment l’économie?

C’est une vieille recette pour les gouvernements. Quand ça va mal, l’État injecte plus d’argent dans les infrastructures pour soutenir l’économie. On peut inscrire cette façon de faire dans une approche keynésienne de l’économie : l’État investit, agit, intervient pour soutenir l’économie et pour suppléer au manque d’investissements privés. Barack Obama l’a fait dans la foulée de la Grande Récession. Jean Charest l’a fait aussi, dans un contexte différent toutefois : le Québec avait bien besoin en 2008-2009 d’investissements dans ses infrastructures croulantes!

Pour le Canada, est-ce la solution?

Dans la mesure où le Canada glisse possiblement en récession, investir dans les infrastructures est sans doute une solution économique éprouvée. De plus, augmenter la dette au Canada n’est pas un enjeu névralgique parce que le ratio dette/PIB du Canada est parmi les plus bas du G7. Et bien que le surplus annoncé dans le dernier budget Oliver ne tienne qu’à un fil, un déficit de 2,5 ou 10 milliards à ce moment-ci ne représente que de la petite monnaie comparativement à une économie de plus de 2000 milliards de dollars de PIB!

Si on s’endette davantage pour investir dans les infrastructures, ça change quoi pour le Canada sur le plan économique?

À court terme, ça stimule l’économie. Mais, à moyen et à long terme, on peut se demander ce que ça change aux problèmes fondamentaux de l’économie canadienne que nous avons commencé à aborder dans mon billet de mercredi dernier. La croissance du Canada est lente depuis plusieurs années, que le pétrole soit élevé ou non. Et les revenus budgétaires du Canada dépendent trop des ressources, dont les prix sont en baisse et dont la hausse n’est pas prévisible à court terme.

La productivité, c’est-à-dire l’amélioration de la valeur de production par heure de travail, stagne au pays. L’enjeu fondamental, c’est de rendre notre économie plus compétitive, plus concurrentielle, plus efficace et diversifiée, plus verte aussi, peut-être moins dépendante des aléas internationaux. Ces enjeux-là sont les vraies priorités du Canada.

Dans un texte qu’ils nous ont fait parvenir ce matin, le gestionnaire de placements Benoit Durocher et l’économiste Richard Beaulieu, d’Addenda Capital, citent le professeur d’économie Richard Thaler, de l’Université de Chicago, qui prononçait un discours à Montréal en mai dernier : « C’est une tragédie de voir les gouvernements ne pas emprunter à des taux d’intérêt en ce moment négatifs pour financer des projets d’infrastructures. » Benoit Durocher et Richard Beaulieu ajoutent qu’on devrait profiter des taux faibles pour investir dans les infrastructures qui génèrent de nouvelles innovations et qui stimulent la productivité.

Et donc…

Si le prochain gouvernement du Canada veut retrouver un équilibre budgétaire durable, non seulement il devra éviter d’amputer ses revenus en réduisant les taxes et les impôts, mais il devra travailler à une plus grande stabilisation de ses revenus budgétaires. Depuis plus d’une décennie au Canada, on se comporte comme si le prix du pétrole allait toujours augmenter.

Alors, comment générer une nouvelle croissance économique et plus de revenus pour l’État? Si la dette augmente parce qu’on investit, il faut nécessairement plus de croissance et plus de revenus. Espérons que les partis qui veulent notre confiance nous présenteront bientôt un cadre fiscal à long terme crédible.

 

Le fragile équilibre budgétaire

Mercredi 26 août 2015 à 14 h 05 | | Pour me joindre

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Dans la mesure où le prix du pétrole allait demeurer élevé, le plan de match budgétaire du gouvernement conservateur fonctionnait. Qu’on soit d’accord ou non, jusqu’à l’an dernier, le retour à l’équilibre allait bon train, avec les compressions dans les dépenses, la hausse continuelle des revenus, la réduction année après année du déficit et la réduction des impôts.

Aujourd’hui, avec la chute de 60 % des prix du pétrole, la situation budgétaire s’est considérablement fragilisée. De peine et de misère, le ministre des Finances Joe Oliver est arrivé à dégager un surplus dans le budget 2015-2016 qu’il a présenté en avril dernier, un surplus qui sera, de toute évidence, difficile à atteindre compte tenu du ralentissement de l’économie. Une récession technique, soit deux trimestres négatifs de suite, devrait être confirmée mardi prochain par Statistique Canada.

En fait, en baissant les impôts des entreprises, en abaissant la TPS à deux reprises, en bonifiant un cadeau fiscal comme le CELI, en élargissant la Prestation universelle pour enfants et en permettant le fractionnement des revenus des couples qui ont des enfants de moins de 18 ans, le gouvernement s’est privé de dizaines de milliards de dollars en revenus annuellement. L’objectif de ces mesures était de remettre de l’argent dans les poches des contribuables et de stimuler ainsi, par leur consommation, l’économie canadienne.

En théorie, ça peut marcher. En pratique, dans la réalité, ces soutiens économiques n’ont pas permis au Canada d’améliorer véritablement son bilan économique. L’économiste Éric Pineault nous dit souvent qu’il observe, lui, depuis 2010, une véritable stagnation de l’économie canadienne et des pays occidentaux en général. Un autre économiste, Jean-Pierre Aubry, préfère parler de croissance lente.

Ce matin, dans le Globe and Mail, l’ancien sous-ministre aux Finances à Ottawa Kevin Lynch écrit que la croissance canadienne est lente depuis un bon moment déjà, et que c’est le boom pétrolier qui a permis de masquer quelque peu cette situation au cours des dernières années. Aujourd’hui, l’effondrement des cours du pétrole exprime avec clarté le manque de diversification de l’économie canadienne.

Pour arriver à l’équilibre en avril dernier, le ministre Oliver a usé de quelques stratégies que nous avions expliquées à l’époque :

  • il a réduit sa réserve pour éventualités de 3 à 1 milliard de dollars;
  • il a empoché 1 milliard de dollars en vendant des actions de GM;
  • il a réorganisé la caisse des congés maladie et invalidité de la fonction publique, un gain de 1 milliard de dollars dans les comptes du gouvernement;
  • et il a réduit la marge de manoeuvre du gouvernement face aux prévisions du secteur privé sur le PIB : plutôt que de retrancher environ 3 milliards de dollars de ses revenus, il n’a enlevé que 1 milliard, un gain donc de 2 milliards.

La baisse des taux d’intérêt et le surplus de l’assurance-emploi ont aussi permis au gouvernement d’atteindre l’équilibre.

Selon l’économiste Jean-Pierre Aubry, le ralentissement de l’économie et le rétablissement des marges habituelles de prudence (face au privé et la réserve de 3 milliards) devraient se traduire par un déficit d’environ 5 milliards de dollars en 2015-2016, et non un surplus de 1,4 milliard.

Ainsi, peu importe qui prend le pouvoir le 19 octobre prochain, l’atteinte du déficit zéro cette année nécessitera soit un rebond économique formidable, une hausse des prix du pétrole ou des compressions importantes dans les dépenses.

Le premier minstre britannique David Cameron quitte sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace.
Le premier ministre britannique David Cameron quittant sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace. (archives). Stefan Wermuth / Reuters

S’il y a un gouvernement qui assume pleinement ses politiques d’austérité, c’est bien celui du Royaume-Uni : compressions, ventes d’actifs, privatisations, coupes de services, réductions d’emplois. Le gouvernement britannique a considérablement réduit ses dépenses depuis 2011 et annonce maintenant un nouveau plan d’austérité dans le but de revenir à l’équilibre budgétaire en 2018-2019.

Le gouvernement de David Cameron charcute dans les activités de l’État et se sent autorisé à poursuivre cette oeuvre après avoir été réélu, cette fois majoritaire, aux élections du 8 mai dernier. Les conservateurs ont l’impression, probablement bien réelle, d’avoir les coudées franches.

Ainsi, Londres a annoncé jeudi son intention de vendre ses actions restantes dans la poste britannique, soit 30 % de la Royal Mail, ce qui va rapporter 3 milliards de dollars dans les coffres publics. La privatisation de la poste au Royaume-Uni est complète quoi qu’en pense la population, qui doit payer beaucoup plus que par le passé pour les timbres. Le Royaume-Uni fait partie des pays qui ont le plus augmenté le tarif des timbres au cours des dernières années.

Le gouvernement britannique a aussi annoncé de nouvelles compressions évaluées à 5 milliards de dollars. Et il dit devoir encore trouver près de 60 milliards de dollars d’économies pour atteindre le déficit zéro comme prévu dans trois ans.

Au cours du mandat 2011-2015 de David Cameron, à la tête d’une coalition gouvernementale avec les libéraux démocrates, Londres a procédé à des coupes majeures. Ces compressions ont eu lieu en bonne partie dans les deux premières années du mandat. Une austérité sévère qui se résume ainsi :

  • Réduction du déficit structurel de 5 points de PIB en 1 an et demi
  • Dépenses publiques de 2010 à 2014 : -6 %
  • Financement de l’enseignement supérieur de 2011 à 2015 : -40 %
  • Emplois dans la fonction publique de  2009 à 2014 : -15 % (-743 000 emplois)
  • Gel des salaires de 2010 à 2012 dans la fonction publique
  • Hausse de la TVA de 17,5 % à 20 %

Contrairement au Québec, le Royaume-Uni est aux prises avec un déficit important, avec lequel il est difficile de conjuguer. Par rapport à son économie, le Royaume-Uni part de loin.

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Ce n’est pas tant le retour au déficit zéro que prépare le gouvernement Couillard que le retour aux surplus budgétaires. En excluant les paiements faits au Fonds des générations, le gouvernement Couillard enregistre un surplus depuis le début de son exercice 2014-2015. Et au rythme où vont les choses, le gouvernement affichera des surplus dans le budget qui sera dévoilé jeudi.

Pourquoi? Pour trois raisons :

  1. Au cours des huit premiers mois de 2014-2015, la croissance des dépenses de programmes a été limitée à 1,1 %. Par ses mesures d’austérité ou de rigueur (c’est essentiellement la même chose), le gouvernement Couillard tient les cordons de la bourse de façon serrée, ce qui provoque une vive opposition, on le sait, dans les milieux sociaux, syndicaux et étudiants, ainsi que dans les organismes régionaux.
  2. La chute des taux d’intérêt aide le gouvernement : alors que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, martèle qu’à 11 milliards de dollars par année, les intérêts sur la dette du Québec sont trop élevés, il faut savoir que ces intérêts ont coûté moins cher depuis le début de l’exercice, un gain de 175 millions de dollars par rapport à l’exercice précédent. Moins d’intérêt à payer malgré une dette qui augmente!
  3. Et puis le gouvernement profite de revenus d’impôt plus élevés en raison de la forte hausse des exportations, de la timide reprise des investissements et du maintien de la consommation des ménages. La chute des cours du pétrole devrait aussi permettre au Québec d’enregistrer une croissance un peu plus forte. Toutefois, des économistes rappellent régulièrement que les compressions du gouvernement ralentissent la croissance en ce moment au Québec.

surplusIl est clair que les suppressions de postes et de structures, la réforme à venir de la fiscalité et les réductions de dépenses exigées dans les ministères s’inscrivent dans le contexte du retour à l’équilibre budgétaire. Mais dans la réalité, le gouvernement va plus loin et refuse de ralentir la cadence malgré quelques éclaircies qui pourraient lui permettre de frapper moins vite.

En fait, le gouvernement Couillard veut générer des surplus budgétaires afin de réduire ce que le premier ministre appelle le « fardeau fiscal » des contribuables. La baisse des charges fiscales est inscrite dans les promesses du printemps 2014 des libéraux et a été réaffirmée à plusieurs reprises par Philippe Couillard, encore hier d’ailleurs à Burlington, au Vermont, où il participait à une annonce conjointe avec le gouverneur de cet État.

Dans ces circonstances, les efforts réclamés ne visent pas qu’à ramener l’équilibre budgétaire, mais à donner également des marges de manoeuvre au gouvernement, des marges qui seront sans doute bien utiles pour les libéraux à l’approche du prochain rendez-vous électoral de 2018.

Les moyens perdus de l’État

Mercredi 18 mars 2015 à 18 h 53 | | Pour me joindre

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Le rapport Godbout permettra-t-il de stimuler l’économie du Québec, d’encourager le travail et de permettre surtout à l’État d’engranger des revenus essentiels à la poursuite des missions qu’il s’est données, dans la mesure où il veut conserver toutes ces missions?

On verra, comme dirait un célèbre politicien! Mais, entre-temps, un petit coup d’œil dans le passé nous permet de constater que les gouvernements du Québec et du Canada ont largement contribué à l’assèchement de leurs capacités financières.

En fait, l’atteinte pénible et difficile du déficit zéro aujourd’hui n’est probablement pas étrangère aux baisses d’impôts adoptées depuis plus de 15 ans au Canada et au Québec. Dans une étude rendue publique mardi, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) affirme que la réduction du nombre de paliers d’impôt (de 5 à 3 en 1997, puis à 4 en 2012) ainsi que les baisses d’impôt ont entraîné un manque à gagner de 4,5 milliards de dollars à l’État québécois.

Ce qu’a fait l’IREC, c’est d’appliquer la grille fiscale de 1997 à l’année 2013. En plus du manque à gagner de 4,5 milliards de dollars, l’IREC affirme que l’ajout et la bonification de crédits d’impôt ont privé l’État d’une somme de 4,1 milliards. Ces mesures fiscales destinées pour la plupart aux plus démunis viennent réduire l’effet des hausses de taxes à la consommation.

L’écart budgétaire pour le gouvernement du Québec est donc de 8,6 milliards de dollars selon l’IREC, une somme qui, vous le comprendrez, nous éloignerait largement des débats enflammés qu’on connaît sur l’atteinte du déficit zéro.

10 milliards de moins à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement fédéral a annoncé deux baisses de TPS, de 7 à 5 %,  depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, ce qui le prive de 6 à 7 milliards de dollars de revenus par année. En novembre dernier, le fractionnement de revenus et d’autres mesures pour les familles ont été annoncés. Ça va priver Ottawa de plus de 4,5 milliards de dollars de revenus sur une année. C’est au moins 10 milliards de dollars de moins dans les coffres de l’État canadien.

Et on ne parle pas ici de la baisse d’impôt pour les entreprises, dont les répercussions (négatives pour les revenus de l’État, apparemment positives pour l’économie) ne sont pas calculées.

Mardi, le directeur parlementaire du budget a révélé que le fractionnement du revenu des conjoints va coûter 2,2 milliards de dollars seulement en 2015 pour aider 15 % des ménages au Canada, c’est-à-dire 2 millions de ménages sur un peu plus de 13 millions. Le gain d’impôt pourrait atteindre un maximum de 2000 $ par famille si les écarts de revenus sont importants entre les deux conjoints. Au Québec, avec l’abattement fédéral de 16,5 %, c’est un maximum de 1670 $ qui sera possible et non 2000 $.

Au nom de l’équilibre budgétaire, les gouvernements coupent. À Ottawa, depuis 2011. À Québec, depuis 2013 et particulièrement cette année. Si l’État n’avait pas tant réduit sa marge de manoeuvre, je pose la question : aurions-nous les mêmes débats et surtout les mêmes soucis face au grand défi qui se dessine pour les deux prochaines décennies, le vieillissement de la population?

Chers fidèles de ce blogue, et à tous les nouveaux qui se joignent à la discussion toutes les semaines, je vous souhaite une belle année 2015, de la santé et du bonheur. Je vous remercie de participer si activement et avec autant d’engagements à ce blogue depuis 2006. C’est grâce à vous que je continue à alimenter ce blogue. C’est grâce à vos idées, vos questions, vos commentaires, votre présence. Tout simplement, merci!

Les derniers jours ont été durs et pénibles avec l’attentat de mercredi dernier à Paris et les prises d’otage vendredi. Dans quel monde sommes-nous entrés? Qu’est-il en train de se passer? Comment combattre le terrorisme, comment déjouer les attaques tout en agissant sur les causes fondamentales du terrorisme? Comment vivre normalement après cette attaque à la liberté, à la liberté d’expression, au cœur de la république et de la démocratie?

Comme vous, je réfléchis, je lis, je discute avec des proches de ce qui s’est passé. Bien malins ceux qui croient avoir les réponses à toutes les questions. Mais les autorités politiques, qui se disent aujourd’hui unies pour faire face à la menace terroriste, devront aller jusqu’au bout de cette affirmation de solidarité et adopter les mesures adéquates pour assurer la sécurité de leurs concitoyens. Elles devront aussi et surtout agir à long terme en misant sur l’éducation et la réduction des inégalités économiques.

***

L’année 2014 a été marquée par la chute du pétrole. On verra l’impact sur l’économie réelle de cet effondrement des prix cette année. C’est, pour l’instant, l’enjeu économique prépondérant, qu’on va suivre de près sur ce blogue et à RDI économie.

Par ailleurs, au pays, on va continuer de s’intéresser à la question de finances publiques. La majorité des provinces sont toujours en déficit, mais l’exercice 2015-2016 va marquer le retour – officiel – à l’équilibre budgétaire au Canada et au Québec. À Ottawa, des baisses d’impôt sont à l’ordre du jour, mais la chute des cours du pétrole pourrait venir contrecarrer les projets du gouvernement Harper.

À Québec, pendant ce temps, le gouvernement Couillard continuera d’appliquer des mesures d’austérité pour réduire ses dépenses tout en continuant d’investir dans les infrastructures. On en parlait le 19 décembre dernier, le gouvernement affiche déjà un surplus budgétaire pour les six premiers mois de l’exercice 2014-2015 en raison d’un contrôle serré des dépenses.

Cela dit, il y a une chose dont on a peu parlé et qui mérite toute notre attention. L’économiste Pierre Fortin nous l’expliquait le 21 novembre dernier à RDI économie : même si le gouvernement continue d’investir dans ses infrastructures, il faut noter que ces investissements seront sérieusement réduits dans les prochaines années.

Les dépenses en immobilisations vont représenter cette année 3,1 % du PIB, mais vont tomber à 2 % d’ici deux ans. Les sommes prévues pour les infrastructures vont passer de 11,5 milliards de dollars cette année à 8,5 milliards dans 2 ans, une baisse rapide de 3 milliards. C’est près de 1 % du PIB du Québec. Et c’est donc une baisse considérable d’investissements publics qui pourrait nuire à la croissance économique du Québec, déjà affaiblie par le vieillissement de la population.

www.finances.gouv.qc.cadocumentsAutresfrAUTFR_lepointAut2014.pdf - Google Chrome

source : Finances Québec

Le Québec veut, certes, ralentir son endettement pour réduire les intérêts à payer sur sa dette. Le gouvernement va le faire en revenant à l’équilibre budgétaire, le déficit représentant environ le quart de l’endettement supplémentaire dans une année. Mais le gouvernement Couillard veut le faire aussi réduisant ses investissements en immobilisations, qui représentent les deux tiers de l’endettement nouveau chaque année.

Le Québec a perdu 15 800 emplois en 2014, du 1er janvier au 31 décembre. La perte est de 2300 en comparant la moyenne mensuelle d’une année sur l’autre. Ce résultat est très décevant dans un contexte où les États-Unis sont en croissance et où la chute du dollar canadien favorise l’économie du Québec. Avec la baisse du prix de l’essence, une occasion en or se présente pour relancer l’économie du Québec. Il serait malheureux que le Québec rate cette chance…