Billets classés sous « déficit zéro »

Dette du Québec : lunettes roses?

Mercredi 18 décembre 2013 à 13 h 00 | | Pour me joindre

Pour me joindre

C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons écouté Jacques Parizeau cette semaine nous parler des finances publiques du Québec. Pour les uns, c’est un sage qui parle, un très grand connaisseur de la finance et de l’économie du dernier demi-siècle au Québec. Il faut l’écouter.

Pour d’autres, Jacques Parizeau est un homme du passé qui regarde les chiffres avec des lunettes anciennes et une analyse qui n’est plus appropriée à la réalité d’aujourd’hui.

Il est clair que le discours de l’ancien premier ministre (1994-1996) et ancien ministre des Finances (1976-1984) détonne des propos habituellement inquiets, préoccupés, alarmistes peut-être, sur l’état de santé des finances publiques du Québec. Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, Jacques Parizeau nous a demandé de cesser de dramatiser la dette, qu’au fond, en nous comparant avec nos pairs, nous sommes « désespérément normaux ».

N’empêche, l’agence de notation Fitch, agence assez dynamique dans la notation des États, est venue, semble-t-il, à un cheveu d’abaisser la note de crédit du Québec. La première ministre Pauline Marois a dû intervenir auprès de l’agence pour expliquer le plan de match de son gouvernement en matière de contrôle des dépenses et de stimulation de l’économie.

L'ancien premier ministre du Québec, Jacques ParizeauLa note sur la dette du Québec est sous surveillance avec perspective négative pour Fitch. Et, selon Christian Dubé, porte-parole de la CAQ en matière de finances, d’autres agences sont préoccupées et pourraient placer la note de crédit du Québec sous surveillance avec perspective négative. Pour l’instant toutefois, à part Fitch, aucune des institutions n’a exprimé publiquement une inquiétude à propos du plan de retour à l’équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.

Le député Dubé accuse Jacques Parizeau de porter des « lunettes roses ». L’ancien premier ministre nous a dit, en entrevue, qu’il fallait comparer des pommes avec des pommes. Le gouvernement fédéral exprime sa dette en fonction des déficits cumulés, ce qui lui donne un ratio d’un peu plus de 33 % par rapport au PIB. Pourquoi devons-nous, au Québec, toujours attirer l’attention sur la dette brute, qui est à 54 % du PIB? Pourquoi, nous, prenons-nous la dette la plus impressionnante, se demande Jacques Parizeau, alors que les autres ne le font pas?

Définissons les types de dettes :

  • La dette du secteur public représente la dette du gouvernement, des réseaux de santé et d’éducation, la dette d’Hydro-Québec, des municipalités et des autres entités du gouvernement. Total d’environ 260 milliards de dollars, soit 73 % du PIB approximativement.
  • La dette brute représente la dette du gouvernement et le passif net au titre des régimes de retraite et des avantages sociaux futurs. On soustrait les sommes investies dans le Fonds des générations. Total de 192 milliards, soit près de 54 % du PIB.
  • La dette nette, c’est la dette brute à laquelle on soustrait les actifs financiers, soit les investissements en immobilisations (immeubles, biens meubles, etc.). Total de 175 milliards, soit 49 % du PIB.
  • Et puis, la dette représentant les déficits cumulés soustrait également de la dette nette les actifs non financiers, c’est-à-dire les actifs qu’on ne peut pas négocier sur un marché et qui ne rapportent pas de revenus. Donc, en soustrayant tous les actifs de la dette brute, on arrive à la dette représentant les déficits accumulés qui totalise 118 milliards, soit 33 % du PIB.

Jacques Parizeau a raison de dire que pour bien comparer les dettes avec les autres gouvernements, c’est la dernière mesure qui est le plus souvent utilisée. En effet, à la page 319 du dernier budget fédéral, le ministre des Finances Jim Flaherty utilise bel et bien la dette représentant les déficits cumulés en parlant de la dette fédérale. À 608 milliards de dollars, cette dette représente 33,5 % du PIB à la fin de l’exercice 2012-2013 pour le Canada. Au Québec, cette même dette est à 33 %.

Le député Christian Dubé, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de financesCela dit, Christian Dubé me faisait remarquer que les provinces sont responsables d’un niveau d’infrastructures élevé, ce qui n’est pas le cas pour le fédéral. Dans les circonstances, il est d’avis qu’on devrait s’intéresser le plus souvent à la dette nette, qui serait, selon lui, la plus représentative. Il met pourtant en évidence, sur son blogue, ce que la dette la plus « heavy metal », la méga-dette (permettez l’allusion !) qui inclut toutes les dettes de toutes les entités sans tenir compte des actifs. C’est la dette que met toujours en évidence l’IEDM.

Cela dit, les défis du Québec sont multiples : la population active est appelée à baisser avec le vieillissement accéléré de la population. Les coûts de santé iront grandissant. Le CIRANO affirme que la croissance des dépenses va largement dépasser la croissance des revenus. Et le contrôle des dépenses demeure un défi constant, un défi que le ministre Marceau donne l’impression de relever pour l’instant. Mais il ne faut en rien baisser les bras.

Jacques Parizeau a-t-il raison de nous dire que c’est gérable ? Christian Dubé a-t-il raison de s’inquiéter d’une décote de la note du Québec?

Le « problème structurel » du Québec

Vendredi 29 novembre 2013 à 13 h 23 | | Pour me joindre

Pour me joindre

À première vue, la révision du solde budgétaire de 2013-2014 n’est pas si catastrophique. Un déficit de 2,5 milliards de dollars, c’est 0,7 % du PIB. C’est très peu dans le monde du déficit budgétaire quand on compare le Québec avec d’autres États. Et, comme l’expliquait le ministre des Finances Nicolas Marceau jeudi, le Québec voulait arriver à l’équilibre budgétaire avant les autres. Ce sera finalement en même temps que les autres!

Mais le ministre y arrivera-t-il comme il le prévoit maintenant en 2015-2016?

Le ministre des Finances Nicolas Marceau présente sa mise à jour économique.

La plupart des économistes ont dit à Nicolas Marceau qu’il serait tout à fait intelligent et normal de reporter un peu l’équilibre budgétaire. Quand le PQ est arrivé au pouvoir, le nouveau ministre des Finances a voulu prendre le relais de son prédécesseur Raymond Bachand et maintenir l’objectif d’équilibrer le budget en 2013-2014. La réalité économique l’a toutefois vite rattrapé. La réalité économique et surtout la réalité budgétaire du Québec.

La mise à jour économique de jeudi est un document important. Il est révélateur d’une chose fondamentale : le Québec n’a pas de marge de manoeuvre.

Non seulement le ministre doit-il parfaitement contrôler ses dépenses, ce qu’il réussit le mieux, bien que la croissance des dépenses pour 2013-2014 sera plus élevée que prévu, mais il doit surtout trouver de nouveaux revenus. Or, il ne peut pas hausser les taxes et les impôts. Au fil des années, « on est peut-être allé trop loin » sur les taxes nous a dit en entrevue Nicolas Marceau. En plus, le ministre a révisé à la baisse ses prévisions de hausse du PIB pour les prochaines années et ses prévisions de croissance des revenus autonomes.

Surtout, le ministre admet que le Québec a un « problème structurel » qui lui pend au bout du nez. Dans cinq ans, le ministre des Finances devra composer avec une réalité difficile, complexe et franchement inquiétante. Une réalité qui pourrait nous mener à une situation où, qu’on soit en croissance ou en récession, le Québec serait coincé avec un déficit récurrent, structurel, impossible à éviter à moins d’une réduction majeure du financement des services publics.

Voici ce qu’il nous a dit jeudi soir à ce sujet : « Je pense qu’on va être confronté à un problème structurel dans les années suivantes [suivant 2015-2016]. [...] À moyen et à long terme, il y a un problème structurel, il faut le dire, qui vient de la croissance de nos dépenses en santé, de notre vieillissement de la population et du fait que le gouvernement fédéral a décidé de plafonner sa contribution dans les transferts en santé [ce qui va] nous mettre dans une situation où, structurellement, on va avoir des problèmes. »

Cela dit, le « problème structurel » existe-t-il déjà? Oui, répondait l’économiste Pierre Fortin dans une étude en 2011, donc bien avant l’arrivée du gouvernement Marois. Il affirmait que « la majeure partie du problème financier du gouvernement est de nature structurelle ».

Selon lui, « au début de 2009, la perspective d’un déséquilibre croissant du budget du Québec est soudainement apparue, après 10 ans de conformité à la Loi provinciale sur l’équilibre budgétaire et une croissance des dépenses de programmes parmi les plus modérées de toutes les provinces canadiennes. Ce déséquilibre était de nature structurelle. Il ne découlait pas principalement de la récession de 2008-2009, laquelle a été plutôt modérée au Québec. »

Le vrai débat sur les revenus et les dépenses est-il sur le point de commencer?

Déficit 0 : c’était trop beau…

Jeudi 28 novembre 2013 à 14 h 08 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a finalement confirmé ce qu’on savait déjà : le déficit zéro, ce n’est pas pour cette année.

 

                              Automne 2013                 Budget 2013-2014

2013-2014              -2,5 milliards $                0 (1,1 milliard $ au Fonds des générations)

2014-2015              -1,75 milliard $                0 (1,4 milliard $ au Fonds des générations)

2015-2016              0                                                  0 (1,9 milliard $ au Fonds des générations)

 

Ça s’explique pour une raison fondamentale : la croissance économique n’est pas au rendez-vous. Moins de croissance, moins de production, moins de taxes et d’impôts, moins de revenus. Résultat : le déficit 0, qui s’appuyait sur des fondations optimistes, est tombé comme un château de cartes. Rangez le champagne au sous-sol, c’est pour une autre fois!

 

                                    Automne 2013          Budget 2013-2014         4 premiers mois 2013-2014

Dépenses             +2,5 %                              +1,9 %                               +4,0 %

Revenus              +2,6 %                              +5,2 %                              +0,6 %

 

En fait, le Québec est l’exemple parfait des répercussions d’une économie sans inflation. Et c’est une situation qui nuit directement aux finances publiques. Le ministre des Finances Nicolas Marceau a raison d’établir l’inflation comme étant l’une des principales causes de ses malheurs.

La Banque du Canada vise une inflation moyenne de 2 %. Autrement dit, pour assurer une croissance stable de l’économie, la hausse des biens et services doit se limiter à environ 2 % par année. En ce moment, depuis le début de l’exercice budgétaire 2013-2014 du gouvernement du Québec, l’inflation sur 12 mois est anémique :

 

Inflation par rapport au même mois l’an dernier

Octobre : 0,2 %

Septembre : 0,9 %

Août : 0,8 %

Juillet : 1,1 %

Juin : 1,0 %

Mai : 0,7 %

Avril : 0,4 %

 

Le gouvernement fait des prévisions de croissance de ses revenus en fonction de la croissance économique, de la croissance des dépenses, de la demande et donc de ses revenus de taxation et d’impôts. S’il n’y a pas ou peu d’inflation, ça veut donc dire que la demande est faible, que les détaillants peuvent difficilement augmenter leurs prix. Et des prix qui n’augmentent pas, ce sont des revenus de taxe qui n’augmentent pas.

En mars dernier, lors de la première mise à jour du ministre des Finances à la veille de l’entrée en vigueur de son budget (1er avril 2013-31 mars 2014), Nicolas Marceau avait revu à la baisse sa prévision de revenus en provenance de la taxe de vente du Québec de 437 millions. Aujourd’hui, il retranche encore 505 millions de dollars dans la deuxième mise à jour de son budget 2013-2014. Révision donc totale de près de 1 milliard de dollars.

Si l’inflation est faible, si les revenus de taxes et d’impôts sont moins élevés qu’attendu, c’est que la croissance économique générale est faible. Encore là, le Québec n’est pas isolé. Partout en occident, la hausse du PIB a été révisée à la baisse. Chez nous aussi. À tel point que la Banque du Canada laisse entendre qu’elle pourrait même baisser ses taux d’intérêt, ce qui, par ailleurs, fait chuter le dollar canadien ces jours-ci. Croissance plus faible, manque à gagner dit le ministre d’environ 750 millions.

Cela dit, il y a des questions à se poser à la suite du dépôt de la mise à jour du ministre Marceau :

- pourquoi le déficit est-il si important, alors que nous ne sommes même pas en récession?

- pourquoi les Québécois consomment-ils moins que prévu? La confiance est-elle en baisse?

- et comment va-t-on arriver au déficit zéro dans deux ans? Il y a encore 1 milliard à trouver pour y arriver…

Nicolas Marceau répond à nos questions à 18 h 30 à RDI économie.

Cap sur nos familles : si possible!

Mercredi 25 septembre 2013 à 14 h 51 | | Pour me joindre

Pour me joindre

J’ai réécouté l’entrevue que nous a accordée mardi soir Christian Dubé, porte-parole en matière de finances pour le deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale. Et je réalise que l’homme des chiffres de la CAQ est fort en « si » et en « pas nécessairement ». Si bien que j’ai l’impression que plusieurs de ses propositions reposent sur des possibilités et des peut-être. Est-ce mieux que le « on verra » de François Legault?

Le chef de la CAQ, Françcois Legault, tient une conférence de presse.Christian Dubé est un homme convaincu de son engagement en politique. Il est là, s’il peut prendre le pouvoir, pour dégraisser l’État, le rendre plus efficace, dégager des marges de manœuvre pour ensuite baisser les charges fiscales des citoyens. Mais si le parti de Christian Dubé devait prendre le pouvoir, le chemin serait long pour arriver à ses objectifs.

Et Christian Dubé le sait. Mais, le dit-il clairement? Mardi, en entrevue, toutes ses propositions se sont appuyées sur des conditions. Sur la taxe santé, « on va regarder qu’est-ce que ça coûte et si on peut l’enlever ». Est-ce que vous voulez baisser les taxes à la consommation lui ai-je demandé : « Non, pas pour le moment », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter tout de suite que les gens « veulent savoir s’il y a de la marge de manœuvre au gouvernement. Et si on en avait une, marge de manœuvre […] qu’est-ce qu’on ferait avec? »

Le porte-parole de la CAQ dit qu’il faut « requestionner » les dépenses et certains programmes. Alors, ça veut dire quoi?

Voulez-vous couper dans les dépenses?

- « Pas nécessairement. »

Voulez-vous supprimer des postes dans la fonction publique?

- « Pas nécessairement. »

Est-ce que l’austérité actuelle – avec la réduction continuelle de la croissance des dépenses au gouvernement du Québec, dépenses consolidées et non consolidées – nuit à l’économie?

- « Pas nécessairement.»

Pour attirer l’attention des électeurs, Christian Dubé propose un jeu-questionnaire sur son site Internet « Cap sur nos familles » en demandant aux gens quelles taxes ils aimeraient que le gouvernement baisse : la taxe santé, la TVQ, les impôts, les taxes scolaires ou autres choses. Cette démarche, ludique et sympathique, laisse croire aux contribuables qu’ils peuvent espérer une baisse de leurs charges fiscales avec l’élection de la CAQ.

Il faudrait peut-être leur expliquer plus longuement le temps et les efforts qui seront nécessaires pour atteindre cet objectif. Non seulement le travail de révision de l’État sera difficile, mais les pressions sur l’économie du Québec demeurent importantes, à commencer par le vieillissement de la population.

Christian Dubé promet un rapport sur son plan de match en novembre. Espérons qu’il sera clair, réaliste et précis.

L’austérité au Québec

Vendredi 6 septembre 2013 à 12 h 57 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Au moment où on constate que la croissance économique est faible au Québec et qu’il se perd des emplois depuis le début de l’année, la question que se posent plusieurs groupes sociaux, des syndicats et des économistes, c’est de savoir s’il ne serait pas préférable pour le gouvernement Marois de reporter à plus tard l’équilibre budgétaire, prévu pour cette année, pour l’exercice 2013-2014.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, en entrevue avec Gérald FilionAfin d’atteindre cet objectif, le ministre des Finances Nicolas Marceau a annoncé dans son budget de novembre dernier des hausses de taxes et d’impôts. Les exigences imposées à Hydro-Québec pourraient bientôt entraîner également une hausse marquée des tarifs d’électricité.

Surtout, le gouvernement a annoncé une série de mesures pour réduire la croissance des dépenses, ce que le ministre a qualifié de « contexte d’austérité » dans une entrevue réalisée deux mois après le budget à RDI économie. C’était le 17 janvier dernier.

Dans le cadre d’une autre entrevue réalisée à RDI économie, ça se passait jeudi soir, le ministre a retourné sa veste pour dire que, non, il n’y a pas d’austérité au Québec. Les dépenses sont en hausse et les investissements dans les infrastructures sont massifs. Le conseiller de Pauline Marois Stéphane Gobeil en a rajouté après l’entrevue en m’interpellant sur Twitter afin d’attirer mon attention vers son blogue : « Austérité, mon oeil! » écrit-il. L’austérité, selon lui, c’est une « réduction, souvent très importante », des dépenses publiques.

Définition bien courte, à mon avis, de l’austérité. Le fait de réduire la croissance des dépenses a un effet décélérateur sur l’économie et l’emploi. Et bien que le Québec ne soit pas la Grèce et n’ait pas à se soumettre un régime minceur du même acabit, le dernier budget est bel et bien un exercice d’austérité. Dans le budget des dépenses des ministères et organismes, presque tous les crédits ont été réduits ou augmentés à un plus faible taux que l’inflation, ce qui équivaut finalement à une réduction.

L’économiste François Delorme a évalué sur nos ondes que, sans ces mesures, il y aurait 15 000 emplois de plus dans l’économie du Québec. Il comprend l’objectif du ministre de vouloir atteindre l’équilibre rapidement, mais estime que tout est une question de « timing et de dosage ». Selon lui, il faut du « pragmatisme ». En avril dernier, il recommandait déjà au ministre de reporter le déficit zéro d’un an.

Si vous souhaitez une réduction importante de l’appareil de l’État et des coupes massives dans le nombre de fonctionnaires, il est clair que, pour vous, ce qui se passe, ce n’est pas de l’austérité. Si vous êtes au gouvernement, que vous voulez atteindre le déficit zéro rapidement et que vous devez composer en même temps avec un contexte économique difficile, il est évident que vous ne voulez pas vous faire dire : « Hé! vos coupes budgétaires nuisent à l’économie! »

Loin des intérêts des uns et des autres, il faut nommer les choses telles qu’elles sont, comme le ministre des Finances l’a fait le 17 janvier dernier : le Québec évolue en ce moment dans un « contexte d’austérité » afin d’atteindre l’équilibre budgétaire cette année. Pour le meilleur et pour le pire…

Déficit zéro : à quel prix?

Lundi 22 avril 2013 à 14 h 39 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le Conseil du patronat du Québec se réjouit de constater que le gouvernement Marois cherche par tous les moyens à atteindre son objectif d’équilibre budgétaire au cours de l’exercice en cours, l’exercice 2013-2014 qui s’est amorcé le 1er avril dernier. Québec fait des efforts et demande à bien des groupes d’en faire pour arriver au déficit zéro. Les hauts dirigeants de l’organisme ont rencontré la première ministre lundi matin à Montréal, ce qui a été suivi d’un discours de Pauline Marois devant des gens d’affaires. Le mot d’ordre demeure : déficit zéro.

Budget 2013 au NBMais à quel prix?

Il y a de la politique dans ça, mais il y a pas mal d’économie aussi, bien sûr! Il est clair que dans un contexte minoritaire, le gouvernement calcule les points gagnés et perdus par une gestion serrée et austère, caractérisée par une série de compressions dans plusieurs secteurs névralgiques de l’économie et de la société québécoises.

Mais, au strict plan économique, que risque le gouvernement en maintenant la ligne dure pour atteindre l’équilibre budgétaire cette année? Que risque le gouvernement s’il décide de reporter d’un an ce déficit zéro?

Le contexte est le suivant : la croissance du PIB est passée de 1,9 % en 2011 à 1 % seulement en 2012. C’est tout près de la stagnation. La consommation ralentit, l’investissement résidentiel décroît, le marché immobilier décline, les exportations internationales ne montent pas. Les économistes de Desjardins s’attendent à une croissance tout aussi anémique pour 2013, à 1 %. Et puis, le marché de l’emploi connaît des ratés depuis le début de l’année : pertes de 16 800 emplois en mars, de 13 100 en février, après un faible gain de 5500 emplois en janvier.

On a beaucoup parlé de l’impact des mesures d’austérité sur l’économie au cours des derniers mois. Des économistes du FMI ont avoué en début d’année avoir sous-estimé l’impact de ces politiques sur l’économie. Et d’autres économistes de l’Université Harvard ont avoué la semaine dernière avoir fourni, de façon erronée, de la matière favorable à l’austérité dans une étude qui s’appuyait sur une base de données incomplète.

Pour le Québec, bien des experts s’entendent pour dire qu’un relâchement du gouvernement au niveau budgétaire pourrait avoir un impact sur la note de crédit. Peut-être. Serait-ce vraiment le cas? Est-ce qu’un report de l’équilibre budgétaire d’un an, compte tenu du ralentissement de l’économie québécoise, serait dommageable pour la note de crédit du Québec? Je n’ai pas la réponse claire et ferme. Et je ne suis pas sûr que quiconque l’a cette réponse!

Une chose est certaine : du point de vue politique, le gouvernement Marois aura du mal à gagner des points dans le contexte actuel parce que les compressions pour arriver à l’équilibre ne sont pas très populaires dans certains milieux.  En retour, un report d’un an du déficit zéro serait vu comme un autre recul, voire un échec du gouvernement.

Mais, fondamentalement, quand on regarde le contexte économique du Québec, l’impact de l’austérité sur la croissance et la faiblesse du déficit, le Québec a-t-il vraiment besoin d’atteindre l’équilibre cette année? La question se posait déjà sous le gouvernement Charest, l’an dernier. C’est encore plus vrai aujourd’hui : sommes-nous en train de nous tirer dans le pied en maintenant cet objectif? À quel prix allons-nous atteindre le déficit zéro?

La première ministre semble y réfléchir puisque dans son discours d’aujourd’hui, il n’y a pas de notion de temps. Jugez-en par vous-mêmes : « J’ai dit très clairement en campagne électorale que notre gouvernement allait équilibrer les finances. Je vous le redis aujourd’hui : le gouvernement va équilibrer ses finances et réduire l’endettement du Québec par rapport au PIB. »

L’obsession du déficit zéro

Vendredi 7 décembre 2012 à 13 h 24 | | Pour me joindre

Pour me joindre

J’avais demandé à l’ex-ministre des Finances Raymond Bachand en 2010 si son objectif de revenir à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 n’était peut-être pas un peu irréaliste. Et si finalement on n’aurait pas dû attendre un peu, quelques années de plus, pour éviter de se retrouver à trop taxer les citoyens et à trop couper dans les dépenses pour équilibrer le budget.

Il faut savoir que le déficit du Québec était moins important que celui de ses partenaires et concurrents, qui présentaient alors des plans de retour à l’équilibre sur une plus longue période.

Nicolas MarceauIl m’avait dit qu’il était absolument nécessaire pour le Québec de mettre de l’ordre rapidement dans ses finances publiques en raison de ses défis à moyen et à long terme. On pense surtout à la question du vieillissement de la population, qui est plus accentué au Québec.

Raymond BachandLe Parti québécois a décidé de maintenir le calendrier établi par le gouvernement Charest afin de respecter l’objectif d’équilibrer les finances publiques en 2013-2014. C’est à Nicolas Marceau et à Stéphane Bédard que revient finalement cette tâche qui s’annonçait difficile en 2010 et qui l’est encore plus aujourd’hui, on est à même de le constater.

Soyons francs : c’est un effort quasi surhumain qui est exigé dans les ministères du gouvernement du Québec et dans les sociétés d’État. On doit couper et on doit atteindre des degrés d’efficience en quelques mois seulement.

Je n’ai pas des compétences en gestion. Mais je travaille pour une institution publique et je peux vous dire que, pour de bonnes et parfois de moins bonnes raisons, les virages et les changements prennent du temps à se faire. La culture institutionnelle est forte. Les employés sont bien protégés. Les façons de faire sont installées et standardisées.

Et donc je me demande sérieusement comment le gouvernement du Québec réussira à réduire de 522 millions de dollars les dépenses des ministères et entités, en quelques mois seulement, sans réduire le nombre d’emplois, sans réduire les services aux citoyens, sans provoquer des affrontements et des contestations de toutes parts.

Le Parti québécois, parce qu’il propose un projet politique qui est considéré comme un facteur d’instabilité par les agences de notation et les milieux d’affaires, doit faire mieux que les autres. Si le PQ avait décidé de reporter à plus tard l’équilibre budgétaire, on l’aurait accusé d’amateurisme, d’incompétence et on aurait réclamé la démission du gouvernement.

Le ministre des Finances Nicolas Marceau a ainsi présenté un budget d’austérité et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard est arrivé avec les mauvaises nouvelles jeudi matin : on coupe partout, un peu plus que prévue même. Il le faut si on veut atteindre l’équilibre!

Il est difficile d’en vouloir au gouvernement de couper, si on a claironné qu’il ne fallait pas reporter l’équilibre budgétaire. Mais il est difficile d’imaginer qu’on développe le Québec en comprimant dans la recherche universitaire à hauteur de 37,5 millions de dollars, dans l’aide à l’emploi pour un total de 55 millions et dans le Fonds de développement économique, une réduction de 58 millions de dollars.

Est-ce que l’objectif du déficit zéro n’est pas trop audacieux?

Combien va coûter cette course au déficit zéro?

À quel prix va-t-on l’atteindre?

Le calcul de Nicolas Marceau

Vendredi 23 novembre 2012 à 13 h 45 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Vous êtes nombreux à vous demander comment le gouvernement Marois va arriver à l’équilibre budgétaire au cours de l’exercice 2013-2014. Certains doutent, n’y croient pas. D’autres croient que c’est responsable et raisonnable. Chose certaine, le chemin pour y arriver est très certainement parsemé d’embûches.

Voici donc les chiffres, essentiellement repris de la page A.19 du budget :

Raymond Bachand, ex-ministre des Finances, avait dressé un plan pour arriver à l’équilibre budgétaire en 2013-2014. À partir de ce plan, le nouveau gouvernement a constaté une impasse de 1,434 milliard de dollars.

  • ralentissement économique : -605 millions
  • dépenses supérieures aux prévisions : -829 millions
  • total : -1,434 milliard 

 

Pour arriver à l’équilibre, le gouvernement prévoit les mesures suivantes. Ce qui est accompagné d’un astérisque (*) signifie que les mesures pour arriver à amasser la somme visée demeurent à être identifiées et/ou réalisées.

  • compressions dans les dépenses : 829 millions*
  • réductions dans les autres organismes : 100 millions*
  • économie d’intérêt sur la dette (1) : 25 millions
  • gestes d’efficience des sociétés d’État : 290 millions*
  • efforts additionnels – lutte contre l’évasion fiscale : 80 millions*
  • réduction de l’aide aux entreprises : 68 millions
  • taxe sur le tabac : 130 millions
  • taxe sur la bière, le vin et les spiritueux : 100 millions
  • taxe sur la masse salariale des institutions financières : 80 millions
  • total : 1,702 milliard

 

Décisions et mesures du budget 2013-2014 :

  • mesures budgétaires : 40 millions
  • mesures fiscales : 28 millions
  • provisions pour éventualités : 200 millions
  • total : 268 millions

 

1,702 milliard – 268 millions = 1,434 milliard, ce qui permet d’arriver au déficit zéro.

Maintenant, est-ce que ces chiffres vont tenir la route? Est-ce que la croissance sera plus faible qu’attendu? Est-ce que les ministères réussiront à effectuer toutes les compressions nécessaires? Est-ce que le gouvernement sera en mesure d’atteindre ses nouveaux objectifs en matière de lutte contre l’évasion fiscale? Chose certaine, l’atteinte du déficit zéro demeure vulnérable à une foule de facteurs qui pourraient être difficiles à maîtriser.

(1) en raison d’un remboursement direct de la dette de 1 milliard à même les sommes du Fonds des générations.

Budget taillé sur mesure pour rassurer!

Mercredi 21 novembre 2012 à 15 h 39 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a donné toutes les réponses-clés qu’on pourrait attendre d’un plan visant à calmer des appréhensions, si tel était le cas, qui proviendraient d’agences de notation ou des milieux d’affaires.

Nicolas MarceauEst-ce le cas? Est-ce que des inquiétudes ont été exprimées au ministre par des agences? On nous dit que non. Mais le budget est taillé sur mesure pour leur plaire, pour plaire aux financiers, aux entreprises, aux patrons, aux milieux économiques.

Avait-il le choix? Est-ce le bon premier budget à présenter?

Un plan pour revenir à l’équilibre?

Oui! Et la cible est ambitieuse : croissance des dépenses de seulement 1,8 % en 2013-2014. En plus des compressions exigées dans les ministères, des hausses de taxes et de tarifs sont prévues. Des gains d’efficience sont aussi exigés dans les sociétés d’État, en particulier à Hydro-Québec.

Avez-vous un plan pour réduire le poids de la dette?

La réponse est oui et ça va se faire en ralentissant la croissance des investissements dans les infrastructures. Ça veut dire : moins d’emprunts sur les marchés, moins d’endettement. La dette brute va encore grimper, mais son poids par rapport au PIB va se mettre à baisser.

Conservez-vous le Fonds des générations?

Oui! Contrairement à ce qui avait été annoncé en campagne électorale, le PQ ne vide pas le Fonds pour rembourser la dette. Il le maintient, prend seulement 1 milliard pour l’affecter à la dette et bonifie le Fonds en prévoyant y verser toutes les redevances minières et la nouvelle taxe annoncée sur la bière, le vin et les spiritueux. Les agences ont salué la création de ce Fonds. Sa disparition aurait possiblement généré des grincements de dents.

Avez-vous une stratégie pour attirer les investisseurs?

Oui! Alors qu’on a beaucoup misé sur les investissements publics dans les infrastructures pour stimuler l’économie dans les dernières années, ce budget fait la part belle à l’investissement privé :

  • congé d’impôt pendant 10 ans pour les sociétés qui ont des projets de plus de 300 millions de dollars;
  • 500 millions pour les régions grâce à la nouvelle Banque de développement du Québec;
  • crédit d’impôt à l’investissement pour les PME;
  • crédit d’impôt bonifié pour le secteur pharmaceutique;
  • des fonds de relancer pour la Mauricie-Centre-du-Québec et Asbestos;
  • des fonds pour l’électrification des transports.

Cela dit, tout est à faire. Contrairement au gouvernement fédéral, qui avait un plan très détaillé des compressions à faire dans les ministères et organismes, le travail est à faire. On coupe où? On coupe quoi et quand? Quels services sont touchés?

Par ailleurs, le gouvernement Marois a officialisé le changement de mandat de la Caisse de dépôt. Dorénavant, le rendement et le développement économique du Québec occupent une place équivalente et représentent deux missions essentielles de la Caisse.

Depuis 2004, le mandat de la Caisse établi par le gouvernement Charest était celui-ci : « Faire fructifier l’argent de nos clients, les déposants, tout en contribuant au développement économique du Québec. »

Dans son discours mardi, le ministre des Finances Nicolas Marceau a déclaré que « la Caisse dispose, plus que jamais, des ressources nécessaires pour s’acquitter des deux volets de sa mission, à savoir : obtenir un rendement optimal et contribuer au développement économique du Québec ». La deuxième mission n’est plus subordonnée à la première.

On nous dit que le PDG Michael Sabia est à l’aise avec cette nouvelle définition. Dans un discours prononcé il y a deux ans, le 4 novembre 2010, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, il affirmait : « On ne peut pas séparer artificiellement les questions de rendement et de développement économique du Québec. Les deux vont de pair. »

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, pourrait-il être tenté de reporter d’une année l’équilibre budgétaire? Pour l’instant, il est prévu que le prochain budget, celui du 20 novembre, sera celui du retour au déficit zéro. C’était l’engagement de Raymond Bachand. C’est celui aussi de Nicolas Marceau.

Compressions budgétaires au fédéral Mais, voilà, on apprend aujourd’hui que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, reporte de 2015-2016 à 2016-2017 le retour à l’équilibre budgétaire. Les prix des ressources sont moins élevés que prévu et le gouvernement Harper doit revoir à la baisse ses prévisions de revenus.

Les dernières statistiques économiques confirment un ralentissement plus prononcé au Québec que dans l’ensemble du Canada. Déjà, Québec a indiqué que les dépenses plus élevées que prévu et les revenus moins forts qu’attendu ont créé un manque à gagner de 1,6 milliard de dollars pour l’exercice en cours, qui se terminera le 31 mars prochain.

Étant donné que la croissance plus faible de l’économie pousse Ottawa à reporter l’équilibre à plus tard, le gouvernement Marois ne serait-il pas avisé d’en faire autant, étant donné la hausse encore plus modérée du PIB québécois et des indicateurs qui sont déjà au rouge?

Est-ce que ce serait sensé de faire ça? Est-ce que ce serait responsable? Les agences de notation s’en inquiéteraient-elles? Les partis d’opposition l’accepteraient-ils?