Billets classés sous « déficit zéro »

Ce n’est pas tant le retour au déficit zéro que prépare le gouvernement Couillard que le retour aux surplus budgétaires. En excluant les paiements faits au Fonds des générations, le gouvernement Couillard enregistre un surplus depuis le début de son exercice 2014-2015. Et au rythme où vont les choses, le gouvernement affichera des surplus dans le budget qui sera dévoilé jeudi.

Pourquoi? Pour trois raisons :

  1. Au cours des huit premiers mois de 2014-2015, la croissance des dépenses de programmes a été limitée à 1,1 %. Par ses mesures d’austérité ou de rigueur (c’est essentiellement la même chose), le gouvernement Couillard tient les cordons de la bourse de façon serrée, ce qui provoque une vive opposition, on le sait, dans les milieux sociaux, syndicaux et étudiants, ainsi que dans les organismes régionaux.
  2. La chute des taux d’intérêt aide le gouvernement : alors que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, martèle qu’à 11 milliards de dollars par année, les intérêts sur la dette du Québec sont trop élevés, il faut savoir que ces intérêts ont coûté moins cher depuis le début de l’exercice, un gain de 175 millions de dollars par rapport à l’exercice précédent. Moins d’intérêt à payer malgré une dette qui augmente!
  3. Et puis le gouvernement profite de revenus d’impôt plus élevés en raison de la forte hausse des exportations, de la timide reprise des investissements et du maintien de la consommation des ménages. La chute des cours du pétrole devrait aussi permettre au Québec d’enregistrer une croissance un peu plus forte. Toutefois, des économistes rappellent régulièrement que les compressions du gouvernement ralentissent la croissance en ce moment au Québec.

surplusIl est clair que les suppressions de postes et de structures, la réforme à venir de la fiscalité et les réductions de dépenses exigées dans les ministères s’inscrivent dans le contexte du retour à l’équilibre budgétaire. Mais dans la réalité, le gouvernement va plus loin et refuse de ralentir la cadence malgré quelques éclaircies qui pourraient lui permettre de frapper moins vite.

En fait, le gouvernement Couillard veut générer des surplus budgétaires afin de réduire ce que le premier ministre appelle le « fardeau fiscal » des contribuables. La baisse des charges fiscales est inscrite dans les promesses du printemps 2014 des libéraux et a été réaffirmée à plusieurs reprises par Philippe Couillard, encore hier d’ailleurs à Burlington, au Vermont, où il participait à une annonce conjointe avec le gouverneur de cet État.

Dans ces circonstances, les efforts réclamés ne visent pas qu’à ramener l’équilibre budgétaire, mais à donner également des marges de manoeuvre au gouvernement, des marges qui seront sans doute bien utiles pour les libéraux à l’approche du prochain rendez-vous électoral de 2018.

Les moyens perdus de l’État

Mercredi 18 mars 2015 à 18 h 53 | | Pour me joindre

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Le rapport Godbout permettra-t-il de stimuler l’économie du Québec, d’encourager le travail et de permettre surtout à l’État d’engranger des revenus essentiels à la poursuite des missions qu’il s’est données, dans la mesure où il veut conserver toutes ces missions?

On verra, comme dirait un célèbre politicien! Mais, entre-temps, un petit coup d’œil dans le passé nous permet de constater que les gouvernements du Québec et du Canada ont largement contribué à l’assèchement de leurs capacités financières.

En fait, l’atteinte pénible et difficile du déficit zéro aujourd’hui n’est probablement pas étrangère aux baisses d’impôts adoptées depuis plus de 15 ans au Canada et au Québec. Dans une étude rendue publique mardi, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) affirme que la réduction du nombre de paliers d’impôt (de 5 à 3 en 1997, puis à 4 en 2012) ainsi que les baisses d’impôt ont entraîné un manque à gagner de 4,5 milliards de dollars à l’État québécois.

Ce qu’a fait l’IREC, c’est d’appliquer la grille fiscale de 1997 à l’année 2013. En plus du manque à gagner de 4,5 milliards de dollars, l’IREC affirme que l’ajout et la bonification de crédits d’impôt a privé l’État d’une somme de 4,1 milliards. Ces mesures fiscales destinées pour la plupart aux plus démunis viennent réduire l’effet des hausses de taxes à la consommation.

L’écart budgétaire pour le gouvernement du Québec est donc de 8,6 milliards de dollars selon l’IREC, une somme qui, vous le comprendrez, nous éloignerait largement des débats enflammés qu’on connaît sur l’atteinte du déficit zéro.

10 milliards de moins à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement fédéral a annoncé deux baisses de TPS, de 7 à 5 %,  depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, ce qui le prive de 6 à 7 milliards de dollars de revenus par année. En novembre dernier, le fractionnement de revenus et d’autres mesures pour les familles ont été annoncées, ce qui va priver Ottawa de plus de 4,5 milliards de dollars de revenus sur une année. C’est au moins 10 milliards de dollars de moins dans les coffres de l’État canadien.

Et on ne parle pas ici de la baisse d’impôt pour les entreprises, dont les répercussions (négatives pour les revenus de l’État, apparemment positives pour l’économie) ne sont pas calculées.

Mardi, le directeur parlementaire du budget a révélé que le fractionnement du revenu des conjoints va coûter 2,2 milliards de dollars seulement en 2015 pour aider 15 % des ménages au Canada, c’est-à-dire 2 millions de ménages sur un peu plus de 13 millions. Le gain d’impôt pourrait atteindre un maximum de 2000 $ par famille si les écarts de revenus sont importants entre les deux conjoints. Au Québec, avec l’abattement fédéral de 16,5 %, c’est un maximum de 1670 $ qui sera possible et non 2000 $.

Au nom de l’équilibre budgétaire, les gouvernements coupent. A Ottawa, depuis 2011. À Québec, depuis 2013 et particulièrement cette année. Si l’État n’avait pas tant réduit sa marge de manoeuvre, je pose la question : aurions-nous les mêmes débats et surtout les mêmes soucis face au grand défi qui se dessine pour les deux prochaines décennies, le vieillissement de la population?

Chers fidèles de ce blogue, et à tous les nouveaux qui se joignent à la discussion toutes les semaines, je vous souhaite une belle année 2015, de la santé et du bonheur. Je vous remercie de participer si activement et avec autant d’engagements à ce blogue depuis 2006. C’est grâce à vous que je continue à alimenter ce blogue. C’est grâce à vos idées, vos questions, vos commentaires, votre présence. Tout simplement, merci!

Les derniers jours ont été durs et pénibles avec l’attentat de mercredi dernier à Paris et les prises d’otage vendredi. Dans quel monde sommes-nous entrés? Qu’est-il en train de se passer? Comment combattre le terrorisme, comment déjouer les attaques tout en agissant sur les causes fondamentales du terrorisme? Comment vivre normalement après cette attaque à la liberté, à la liberté d’expression, au cœur de la république et de la démocratie?

Comme vous, je réfléchis, je lis, je discute avec des proches de ce qui s’est passé. Bien malins ceux qui croient avoir les réponses à toutes les questions. Mais les autorités politiques, qui se disent aujourd’hui unies pour faire face à la menace terroriste, devront aller jusqu’au bout de cette affirmation de solidarité et adopter les mesures adéquates pour assurer la sécurité de leurs concitoyens. Elles devront aussi et surtout agir à long terme en misant sur l’éducation et la réduction des inégalités économiques.

***

L’année 2014 a été marquée par la chute du pétrole. On verra l’impact sur l’économie réelle de cet effondrement des prix cette année. C’est, pour l’instant, l’enjeu économique prépondérant, qu’on va suivre de près sur ce blogue et à RDI économie.

Par ailleurs, au pays, on va continuer de s’intéresser à la question de finances publiques. La majorité des provinces sont toujours en déficit, mais l’exercice 2015-2016 va marquer le retour – officiel – à l’équilibre budgétaire au Canada et au Québec. À Ottawa, des baisses d’impôt sont à l’ordre du jour, mais la chute des cours du pétrole pourrait venir contrecarrer les projets du gouvernement Harper.

À Québec, pendant ce temps, le gouvernement Couillard continuera d’appliquer des mesures d’austérité pour réduire ses dépenses tout en continuant d’investir dans les infrastructures. On en parlait le 19 décembre dernier, le gouvernement affiche déjà un surplus budgétaire pour les six premiers mois de l’exercice 2014-2015 en raison d’un contrôle serré des dépenses.

Cela dit, il y a une chose dont on a peu parlé et qui mérite toute notre attention. L’économiste Pierre Fortin nous l’expliquait le 21 novembre dernier à RDI économie : même si le gouvernement continue d’investir dans ses infrastructures, il faut noter que ces investissements seront sérieusement réduits dans les prochaines années.

Les dépenses en immobilisations vont représenter cette année 3,1 % du PIB, mais vont tomber à 2 % d’ici deux ans. Les sommes prévues pour les infrastructures vont passer de 11,5 milliards de dollars cette année à 8,5 milliards dans 2 ans, une baisse rapide de 3 milliards. C’est près de 1 % du PIB du Québec. Et c’est donc une baisse considérable d’investissements publics qui pourrait nuire à la croissance économique du Québec, déjà affaiblie par le vieillissement de la population.

www.finances.gouv.qc.cadocumentsAutresfrAUTFR_lepointAut2014.pdf - Google Chrome

source : Finances Québec

Le Québec veut, certes, ralentir son endettement pour réduire les intérêts à payer sur sa dette. Le gouvernement va le faire en revenant à l’équilibre budgétaire, le déficit représentant environ le quart de l’endettement supplémentaire dans une année. Mais le gouvernement Couillard veut le faire aussi réduisant ses investissements en immobilisations, qui représentent les deux tiers de l’endettement nouveau chaque année.

Le Québec a perdu 15 800 emplois en 2014, du 1er janvier au 31 décembre. La perte est de 2300 en comparant la moyenne mensuelle d’une année sur l’autre. Ce résultat est très décevant dans un contexte où les États-Unis sont en croissance et où la chute du dollar canadien favorise l’économie du Québec. Avec la baisse du prix de l’essence, une occasion en or se présente pour relancer l’économie du Québec. Il serait malheureux que le Québec rate cette chance…

Et l’emploi, Monsieur Leitao?

Mardi 2 décembre 2014 à 19 h 59 | | Pour me joindre

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Comment expliquer que le gouvernement Couillard s’entête à alourdir le fardeau fiscal des contribuables et des entreprises, pendant que la croissance économique demeure faiblarde et que le Québec a perdu 100 000 emplois à temps plein depuis un an?

Le ministre des Finances Carlos Leitao avait prévu, durant la campagne électorale en mars, une croissance du PIB de 2,1 % en 2014. En juin, il a révisé sa projection à 1,8 %. Aujourd’hui, début décembre, la croissance de 2014 est évaluée maintenant à 1,6 %.

Le ministre a aussi révisé à la baisse sa projection pour 2015. Les entreprises hésitent à investir, le Plan Nord est miné par la chute des prix des métaux, les contribuables épargnent moins, s’endettent plus, mais heureusement les exportations bondissent grâce à la chute du dollar canadien et au rebond américain. Eh oui, on peut espérer une accélération de l’économie avec la baisse des prix de l’essence.

Mais c’est trop peu pour l’instant. L’économie du Québec a besoin de son secteur privé, a besoin de créer de la richesse, de la prospérité et des emplois. Avant de ralentir davantage, l’économie du Québec n’a-t-elle pas besoin d’un plan pour l’emploi de la part de son gouvernement?

Qu’en pensez-vous?

Le ministre Leitao était notre invité à RDI économie, regardez l’entrevue.

Dette du Québec : lunettes roses?

Mercredi 18 décembre 2013 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons écouté Jacques Parizeau cette semaine nous parler des finances publiques du Québec. Pour les uns, c’est un sage qui parle, un très grand connaisseur de la finance et de l’économie du dernier demi-siècle au Québec. Il faut l’écouter.

Pour d’autres, Jacques Parizeau est un homme du passé qui regarde les chiffres avec des lunettes anciennes et une analyse qui n’est plus appropriée à la réalité d’aujourd’hui.

Il est clair que le discours de l’ancien premier ministre (1994-1996) et ancien ministre des Finances (1976-1984) détonne des propos habituellement inquiets, préoccupés, alarmistes peut-être, sur l’état de santé des finances publiques du Québec. Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, Jacques Parizeau nous a demandé de cesser de dramatiser la dette, qu’au fond, en nous comparant avec nos pairs, nous sommes « désespérément normaux ».

N’empêche, l’agence de notation Fitch, agence assez dynamique dans la notation des États, est venue, semble-t-il, à un cheveu d’abaisser la note de crédit du Québec. La première ministre Pauline Marois a dû intervenir auprès de l’agence pour expliquer le plan de match de son gouvernement en matière de contrôle des dépenses et de stimulation de l’économie.

L'ancien premier ministre du Québec, Jacques ParizeauLa note sur la dette du Québec est sous surveillance avec perspective négative pour Fitch. Et, selon Christian Dubé, porte-parole de la CAQ en matière de finances, d’autres agences sont préoccupées et pourraient placer la note de crédit du Québec sous surveillance avec perspective négative. Pour l’instant toutefois, à part Fitch, aucune des institutions n’a exprimé publiquement une inquiétude à propos du plan de retour à l’équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.

Le député Dubé accuse Jacques Parizeau de porter des « lunettes roses ». L’ancien premier ministre nous a dit, en entrevue, qu’il fallait comparer des pommes avec des pommes. Le gouvernement fédéral exprime sa dette en fonction des déficits cumulés, ce qui lui donne un ratio d’un peu plus de 33 % par rapport au PIB. Pourquoi devons-nous, au Québec, toujours attirer l’attention sur la dette brute, qui est à 54 % du PIB? Pourquoi, nous, prenons-nous la dette la plus impressionnante, se demande Jacques Parizeau, alors que les autres ne le font pas?

Définissons les types de dettes :

  • La dette du secteur public représente la dette du gouvernement, des réseaux de santé et d’éducation, la dette d’Hydro-Québec, des municipalités et des autres entités du gouvernement. Total d’environ 260 milliards de dollars, soit 73 % du PIB approximativement.
  • La dette brute représente la dette du gouvernement et le passif net au titre des régimes de retraite et des avantages sociaux futurs. On soustrait les sommes investies dans le Fonds des générations. Total de 192 milliards, soit près de 54 % du PIB.
  • La dette nette, c’est la dette brute à laquelle on soustrait les actifs financiers, soit les investissements en immobilisations (immeubles, biens meubles, etc.). Total de 175 milliards, soit 49 % du PIB.
  • Et puis, la dette représentant les déficits cumulés soustrait également de la dette nette les actifs non financiers, c’est-à-dire les actifs qu’on ne peut pas négocier sur un marché et qui ne rapportent pas de revenus. Donc, en soustrayant tous les actifs de la dette brute, on arrive à la dette représentant les déficits accumulés qui totalise 118 milliards, soit 33 % du PIB.

Jacques Parizeau a raison de dire que pour bien comparer les dettes avec les autres gouvernements, c’est la dernière mesure qui est le plus souvent utilisée. En effet, à la page 319 du dernier budget fédéral, le ministre des Finances Jim Flaherty utilise bel et bien la dette représentant les déficits cumulés en parlant de la dette fédérale. À 608 milliards de dollars, cette dette représente 33,5 % du PIB à la fin de l’exercice 2012-2013 pour le Canada. Au Québec, cette même dette est à 33 %.

Le député Christian Dubé, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de financesCela dit, Christian Dubé me faisait remarquer que les provinces sont responsables d’un niveau d’infrastructures élevé, ce qui n’est pas le cas pour le fédéral. Dans les circonstances, il est d’avis qu’on devrait s’intéresser le plus souvent à la dette nette, qui serait, selon lui, la plus représentative. Il met pourtant en évidence, sur son blogue, ce que la dette la plus « heavy metal », la méga-dette (permettez l’allusion !) qui inclut toutes les dettes de toutes les entités sans tenir compte des actifs. C’est la dette que met toujours en évidence l’IEDM.

Cela dit, les défis du Québec sont multiples : la population active est appelée à baisser avec le vieillissement accéléré de la population. Les coûts de santé iront grandissant. Le CIRANO affirme que la croissance des dépenses va largement dépasser la croissance des revenus. Et le contrôle des dépenses demeure un défi constant, un défi que le ministre Marceau donne l’impression de relever pour l’instant. Mais il ne faut en rien baisser les bras.

Jacques Parizeau a-t-il raison de nous dire que c’est gérable ? Christian Dubé a-t-il raison de s’inquiéter d’une décote de la note du Québec?

Le « problème structurel » du Québec

Vendredi 29 novembre 2013 à 13 h 23 | | Pour me joindre

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À première vue, la révision du solde budgétaire de 2013-2014 n’est pas si catastrophique. Un déficit de 2,5 milliards de dollars, c’est 0,7 % du PIB. C’est très peu dans le monde du déficit budgétaire quand on compare le Québec avec d’autres États. Et, comme l’expliquait le ministre des Finances Nicolas Marceau jeudi, le Québec voulait arriver à l’équilibre budgétaire avant les autres. Ce sera finalement en même temps que les autres!

Mais le ministre y arrivera-t-il comme il le prévoit maintenant en 2015-2016?

Le ministre des Finances Nicolas Marceau présente sa mise à jour économique.

La plupart des économistes ont dit à Nicolas Marceau qu’il serait tout à fait intelligent et normal de reporter un peu l’équilibre budgétaire. Quand le PQ est arrivé au pouvoir, le nouveau ministre des Finances a voulu prendre le relais de son prédécesseur Raymond Bachand et maintenir l’objectif d’équilibrer le budget en 2013-2014. La réalité économique l’a toutefois vite rattrapé. La réalité économique et surtout la réalité budgétaire du Québec.

La mise à jour économique de jeudi est un document important. Il est révélateur d’une chose fondamentale : le Québec n’a pas de marge de manoeuvre.

Non seulement le ministre doit-il parfaitement contrôler ses dépenses, ce qu’il réussit le mieux, bien que la croissance des dépenses pour 2013-2014 sera plus élevée que prévu, mais il doit surtout trouver de nouveaux revenus. Or, il ne peut pas hausser les taxes et les impôts. Au fil des années, « on est peut-être allé trop loin » sur les taxes nous a dit en entrevue Nicolas Marceau. En plus, le ministre a révisé à la baisse ses prévisions de hausse du PIB pour les prochaines années et ses prévisions de croissance des revenus autonomes.

Surtout, le ministre admet que le Québec a un « problème structurel » qui lui pend au bout du nez. Dans cinq ans, le ministre des Finances devra composer avec une réalité difficile, complexe et franchement inquiétante. Une réalité qui pourrait nous mener à une situation où, qu’on soit en croissance ou en récession, le Québec serait coincé avec un déficit récurrent, structurel, impossible à éviter à moins d’une réduction majeure du financement des services publics.

Voici ce qu’il nous a dit jeudi soir à ce sujet : « Je pense qu’on va être confronté à un problème structurel dans les années suivantes [suivant 2015-2016]. [...] À moyen et à long terme, il y a un problème structurel, il faut le dire, qui vient de la croissance de nos dépenses en santé, de notre vieillissement de la population et du fait que le gouvernement fédéral a décidé de plafonner sa contribution dans les transferts en santé [ce qui va] nous mettre dans une situation où, structurellement, on va avoir des problèmes. »

Cela dit, le « problème structurel » existe-t-il déjà? Oui, répondait l’économiste Pierre Fortin dans une étude en 2011, donc bien avant l’arrivée du gouvernement Marois. Il affirmait que « la majeure partie du problème financier du gouvernement est de nature structurelle ».

Selon lui, « au début de 2009, la perspective d’un déséquilibre croissant du budget du Québec est soudainement apparue, après 10 ans de conformité à la Loi provinciale sur l’équilibre budgétaire et une croissance des dépenses de programmes parmi les plus modérées de toutes les provinces canadiennes. Ce déséquilibre était de nature structurelle. Il ne découlait pas principalement de la récession de 2008-2009, laquelle a été plutôt modérée au Québec. »

Le vrai débat sur les revenus et les dépenses est-il sur le point de commencer?

Déficit 0 : c’était trop beau…

Jeudi 28 novembre 2013 à 14 h 08 | | Pour me joindre

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Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a finalement confirmé ce qu’on savait déjà : le déficit zéro, ce n’est pas pour cette année.

 

                              Automne 2013                 Budget 2013-2014

2013-2014              -2,5 milliards $                0 (1,1 milliard $ au Fonds des générations)

2014-2015              -1,75 milliard $                0 (1,4 milliard $ au Fonds des générations)

2015-2016              0                                                  0 (1,9 milliard $ au Fonds des générations)

 

Ça s’explique pour une raison fondamentale : la croissance économique n’est pas au rendez-vous. Moins de croissance, moins de production, moins de taxes et d’impôts, moins de revenus. Résultat : le déficit 0, qui s’appuyait sur des fondations optimistes, est tombé comme un château de cartes. Rangez le champagne au sous-sol, c’est pour une autre fois!

 

                                    Automne 2013          Budget 2013-2014         4 premiers mois 2013-2014

Dépenses             +2,5 %                              +1,9 %                               +4,0 %

Revenus              +2,6 %                              +5,2 %                              +0,6 %

 

En fait, le Québec est l’exemple parfait des répercussions d’une économie sans inflation. Et c’est une situation qui nuit directement aux finances publiques. Le ministre des Finances Nicolas Marceau a raison d’établir l’inflation comme étant l’une des principales causes de ses malheurs.

La Banque du Canada vise une inflation moyenne de 2 %. Autrement dit, pour assurer une croissance stable de l’économie, la hausse des biens et services doit se limiter à environ 2 % par année. En ce moment, depuis le début de l’exercice budgétaire 2013-2014 du gouvernement du Québec, l’inflation sur 12 mois est anémique :

 

Inflation par rapport au même mois l’an dernier

Octobre : 0,2 %

Septembre : 0,9 %

Août : 0,8 %

Juillet : 1,1 %

Juin : 1,0 %

Mai : 0,7 %

Avril : 0,4 %

 

Le gouvernement fait des prévisions de croissance de ses revenus en fonction de la croissance économique, de la croissance des dépenses, de la demande et donc de ses revenus de taxation et d’impôts. S’il n’y a pas ou peu d’inflation, ça veut donc dire que la demande est faible, que les détaillants peuvent difficilement augmenter leurs prix. Et des prix qui n’augmentent pas, ce sont des revenus de taxe qui n’augmentent pas.

En mars dernier, lors de la première mise à jour du ministre des Finances à la veille de l’entrée en vigueur de son budget (1er avril 2013-31 mars 2014), Nicolas Marceau avait revu à la baisse sa prévision de revenus en provenance de la taxe de vente du Québec de 437 millions. Aujourd’hui, il retranche encore 505 millions de dollars dans la deuxième mise à jour de son budget 2013-2014. Révision donc totale de près de 1 milliard de dollars.

Si l’inflation est faible, si les revenus de taxes et d’impôts sont moins élevés qu’attendu, c’est que la croissance économique générale est faible. Encore là, le Québec n’est pas isolé. Partout en occident, la hausse du PIB a été révisée à la baisse. Chez nous aussi. À tel point que la Banque du Canada laisse entendre qu’elle pourrait même baisser ses taux d’intérêt, ce qui, par ailleurs, fait chuter le dollar canadien ces jours-ci. Croissance plus faible, manque à gagner dit le ministre d’environ 750 millions.

Cela dit, il y a des questions à se poser à la suite du dépôt de la mise à jour du ministre Marceau :

- pourquoi le déficit est-il si important, alors que nous ne sommes même pas en récession?

- pourquoi les Québécois consomment-ils moins que prévu? La confiance est-elle en baisse?

- et comment va-t-on arriver au déficit zéro dans deux ans? Il y a encore 1 milliard à trouver pour y arriver…

Nicolas Marceau répond à nos questions à 18 h 30 à RDI économie.

Cap sur nos familles : si possible!

Mercredi 25 septembre 2013 à 14 h 51 | | Pour me joindre

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J’ai réécouté l’entrevue que nous a accordée mardi soir Christian Dubé, porte-parole en matière de finances pour le deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale. Et je réalise que l’homme des chiffres de la CAQ est fort en « si » et en « pas nécessairement ». Si bien que j’ai l’impression que plusieurs de ses propositions reposent sur des possibilités et des peut-être. Est-ce mieux que le « on verra » de François Legault?

Le chef de la CAQ, Françcois Legault, tient une conférence de presse.Christian Dubé est un homme convaincu de son engagement en politique. Il est là, s’il peut prendre le pouvoir, pour dégraisser l’État, le rendre plus efficace, dégager des marges de manœuvre pour ensuite baisser les charges fiscales des citoyens. Mais si le parti de Christian Dubé devait prendre le pouvoir, le chemin serait long pour arriver à ses objectifs.

Et Christian Dubé le sait. Mais, le dit-il clairement? Mardi, en entrevue, toutes ses propositions se sont appuyées sur des conditions. Sur la taxe santé, « on va regarder qu’est-ce que ça coûte et si on peut l’enlever ». Est-ce que vous voulez baisser les taxes à la consommation lui ai-je demandé : « Non, pas pour le moment », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter tout de suite que les gens « veulent savoir s’il y a de la marge de manœuvre au gouvernement. Et si on en avait une, marge de manœuvre […] qu’est-ce qu’on ferait avec? »

Le porte-parole de la CAQ dit qu’il faut « requestionner » les dépenses et certains programmes. Alors, ça veut dire quoi?

Voulez-vous couper dans les dépenses?

- « Pas nécessairement. »

Voulez-vous supprimer des postes dans la fonction publique?

- « Pas nécessairement. »

Est-ce que l’austérité actuelle – avec la réduction continuelle de la croissance des dépenses au gouvernement du Québec, dépenses consolidées et non consolidées – nuit à l’économie?

- « Pas nécessairement.»

Pour attirer l’attention des électeurs, Christian Dubé propose un jeu-questionnaire sur son site Internet « Cap sur nos familles » en demandant aux gens quelles taxes ils aimeraient que le gouvernement baisse : la taxe santé, la TVQ, les impôts, les taxes scolaires ou autres choses. Cette démarche, ludique et sympathique, laisse croire aux contribuables qu’ils peuvent espérer une baisse de leurs charges fiscales avec l’élection de la CAQ.

Il faudrait peut-être leur expliquer plus longuement le temps et les efforts qui seront nécessaires pour atteindre cet objectif. Non seulement le travail de révision de l’État sera difficile, mais les pressions sur l’économie du Québec demeurent importantes, à commencer par le vieillissement de la population.

Christian Dubé promet un rapport sur son plan de match en novembre. Espérons qu’il sera clair, réaliste et précis.

L’austérité au Québec

Vendredi 6 septembre 2013 à 12 h 57 | | Pour me joindre

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Au moment où on constate que la croissance économique est faible au Québec et qu’il se perd des emplois depuis le début de l’année, la question que se posent plusieurs groupes sociaux, des syndicats et des économistes, c’est de savoir s’il ne serait pas préférable pour le gouvernement Marois de reporter à plus tard l’équilibre budgétaire, prévu pour cette année, pour l’exercice 2013-2014.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, en entrevue avec Gérald FilionAfin d’atteindre cet objectif, le ministre des Finances Nicolas Marceau a annoncé dans son budget de novembre dernier des hausses de taxes et d’impôts. Les exigences imposées à Hydro-Québec pourraient bientôt entraîner également une hausse marquée des tarifs d’électricité.

Surtout, le gouvernement a annoncé une série de mesures pour réduire la croissance des dépenses, ce que le ministre a qualifié de « contexte d’austérité » dans une entrevue réalisée deux mois après le budget à RDI économie. C’était le 17 janvier dernier.

Dans le cadre d’une autre entrevue réalisée à RDI économie, ça se passait jeudi soir, le ministre a retourné sa veste pour dire que, non, il n’y a pas d’austérité au Québec. Les dépenses sont en hausse et les investissements dans les infrastructures sont massifs. Le conseiller de Pauline Marois Stéphane Gobeil en a rajouté après l’entrevue en m’interpellant sur Twitter afin d’attirer mon attention vers son blogue : « Austérité, mon oeil! » écrit-il. L’austérité, selon lui, c’est une « réduction, souvent très importante », des dépenses publiques.

Définition bien courte, à mon avis, de l’austérité. Le fait de réduire la croissance des dépenses a un effet décélérateur sur l’économie et l’emploi. Et bien que le Québec ne soit pas la Grèce et n’ait pas à se soumettre un régime minceur du même acabit, le dernier budget est bel et bien un exercice d’austérité. Dans le budget des dépenses des ministères et organismes, presque tous les crédits ont été réduits ou augmentés à un plus faible taux que l’inflation, ce qui équivaut finalement à une réduction.

L’économiste François Delorme a évalué sur nos ondes que, sans ces mesures, il y aurait 15 000 emplois de plus dans l’économie du Québec. Il comprend l’objectif du ministre de vouloir atteindre l’équilibre rapidement, mais estime que tout est une question de « timing et de dosage ». Selon lui, il faut du « pragmatisme ». En avril dernier, il recommandait déjà au ministre de reporter le déficit zéro d’un an.

Si vous souhaitez une réduction importante de l’appareil de l’État et des coupes massives dans le nombre de fonctionnaires, il est clair que, pour vous, ce qui se passe, ce n’est pas de l’austérité. Si vous êtes au gouvernement, que vous voulez atteindre le déficit zéro rapidement et que vous devez composer en même temps avec un contexte économique difficile, il est évident que vous ne voulez pas vous faire dire : « Hé! vos coupes budgétaires nuisent à l’économie! »

Loin des intérêts des uns et des autres, il faut nommer les choses telles qu’elles sont, comme le ministre des Finances l’a fait le 17 janvier dernier : le Québec évolue en ce moment dans un « contexte d’austérité » afin d’atteindre l’équilibre budgétaire cette année. Pour le meilleur et pour le pire…

Déficit zéro : à quel prix?

Lundi 22 avril 2013 à 14 h 39 | | Pour me joindre

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Le Conseil du patronat du Québec se réjouit de constater que le gouvernement Marois cherche par tous les moyens à atteindre son objectif d’équilibre budgétaire au cours de l’exercice en cours, l’exercice 2013-2014 qui s’est amorcé le 1er avril dernier. Québec fait des efforts et demande à bien des groupes d’en faire pour arriver au déficit zéro. Les hauts dirigeants de l’organisme ont rencontré la première ministre lundi matin à Montréal, ce qui a été suivi d’un discours de Pauline Marois devant des gens d’affaires. Le mot d’ordre demeure : déficit zéro.

Budget 2013 au NBMais à quel prix?

Il y a de la politique dans ça, mais il y a pas mal d’économie aussi, bien sûr! Il est clair que dans un contexte minoritaire, le gouvernement calcule les points gagnés et perdus par une gestion serrée et austère, caractérisée par une série de compressions dans plusieurs secteurs névralgiques de l’économie et de la société québécoises.

Mais, au strict plan économique, que risque le gouvernement en maintenant la ligne dure pour atteindre l’équilibre budgétaire cette année? Que risque le gouvernement s’il décide de reporter d’un an ce déficit zéro?

Le contexte est le suivant : la croissance du PIB est passée de 1,9 % en 2011 à 1 % seulement en 2012. C’est tout près de la stagnation. La consommation ralentit, l’investissement résidentiel décroît, le marché immobilier décline, les exportations internationales ne montent pas. Les économistes de Desjardins s’attendent à une croissance tout aussi anémique pour 2013, à 1 %. Et puis, le marché de l’emploi connaît des ratés depuis le début de l’année : pertes de 16 800 emplois en mars, de 13 100 en février, après un faible gain de 5500 emplois en janvier.

On a beaucoup parlé de l’impact des mesures d’austérité sur l’économie au cours des derniers mois. Des économistes du FMI ont avoué en début d’année avoir sous-estimé l’impact de ces politiques sur l’économie. Et d’autres économistes de l’Université Harvard ont avoué la semaine dernière avoir fourni, de façon erronée, de la matière favorable à l’austérité dans une étude qui s’appuyait sur une base de données incomplète.

Pour le Québec, bien des experts s’entendent pour dire qu’un relâchement du gouvernement au niveau budgétaire pourrait avoir un impact sur la note de crédit. Peut-être. Serait-ce vraiment le cas? Est-ce qu’un report de l’équilibre budgétaire d’un an, compte tenu du ralentissement de l’économie québécoise, serait dommageable pour la note de crédit du Québec? Je n’ai pas la réponse claire et ferme. Et je ne suis pas sûr que quiconque l’a cette réponse!

Une chose est certaine : du point de vue politique, le gouvernement Marois aura du mal à gagner des points dans le contexte actuel parce que les compressions pour arriver à l’équilibre ne sont pas très populaires dans certains milieux.  En retour, un report d’un an du déficit zéro serait vu comme un autre recul, voire un échec du gouvernement.

Mais, fondamentalement, quand on regarde le contexte économique du Québec, l’impact de l’austérité sur la croissance et la faiblesse du déficit, le Québec a-t-il vraiment besoin d’atteindre l’équilibre cette année? La question se posait déjà sous le gouvernement Charest, l’an dernier. C’est encore plus vrai aujourd’hui : sommes-nous en train de nous tirer dans le pied en maintenant cet objectif? À quel prix allons-nous atteindre le déficit zéro?

La première ministre semble y réfléchir puisque dans son discours d’aujourd’hui, il n’y a pas de notion de temps. Jugez-en par vous-mêmes : « J’ai dit très clairement en campagne électorale que notre gouvernement allait équilibrer les finances. Je vous le redis aujourd’hui : le gouvernement va équilibrer ses finances et réduire l’endettement du Québec par rapport au PIB. »