Billets classés sous « croissance »

Revenons un peu sur l’austérité. Nous avons tenu un forum sur cet enjeu le 11 juin dernier et vous avez été nombreux à nous suivre et à participer à la discussion. Depuis, quelques textes ont été publiés, une entrevue avec le ministre Leitao a été réalisée, il vaut la peine d’y revenir quelques instants.

1- L’austérité, remise en contexte

Les économistes Mia Homsy et Sonny Scarfone ont publié, mercredi, un rapport sur les mesures d’austérité au Québec. Affirmant donner « l’heure juste sur la situation du Québec », ils arrivent à la conclusion « que lorsqu’on regarde la politique budgétaire sur le dernier cycle économique complet (qui va de 2003 à 2016) en évitant de choisir arbitrairement une année précise, il n’est pas question d’austérité budgétaire, mais plutôt de stimulation économique. De 2003 à 2016, le gouvernement aura directement contribué à la croissance économique à hauteur de 3,5 G$ du PIB ».

L’étude calcule tout de même que les mesures actuelles du gouvernement Couillard ralentissent l’économie : réduction de 0,5 à 1 point de pourcentage du PIB cette année et l’an prochain. Les compressions pourraient réduire le PIB du Québec de plus de 3 milliards de dollars cette année et jusqu’à près de 4 milliards l’an prochain. Mais l’économie du Québec peut soutenir ces restrictions budgétaires, selon l’Institut du Québec, qui s’inquiète toutefois de l’impact des compressions dans le secteur de l’éducation.

source: Institut du Québec

source: Institut du Québec

2- Les traces de l’austérité

Mia Homsy faisait partie de nos experts invités à notre forum. Éric Pineault aussi. Associé à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques, l’économiste et sociologue de l’UQAM a mis à jour une étude qu’il avait publiée en 2013 sur l’austérité.

« Dans le contexte d’une économie prise dans une trajectoire stagnationniste, écrit-il, le choix de l’austérité coûte cher. Ce coût, en croissance économique perdue, en ménages fragilisés et surendettés, en entreprises productives sous-équipées, en emplois de qualité qui ne seront pas créés et en services publics désorganisés n’est pas le fardeau temporaire de la génération actuelle qui doit se serrer la ceinture pour les générations futures. Non, l’austérité laissera des traces permanentes. »

source: IRIS

source: IRIS

3- L’austérité, positive à long terme, négative à court terme

L’un des plus fervents défenseurs de l’austérité, c’est la Banque centrale d’Europe qui a participé, depuis 2009, à l’imposition de mesures de restrictions budgétaires sévères en Grèce, en Espagne et au Portugal, avec le FMI, l’Allemagne et la Commission européenne. Dans un texte publié ce mois-ci par la Banque centrale d’Europe, trois chercheurs de l’institution, Thomas Warmedinger, Cristina Checherita-Westphal et Pablo Hernández de Cos, écrivent qu’il est important de mesurer l’impact des mesures d’austérité au-delà des répercussions à court terme, une « vision étroite » de l’enjeu à leur avis.

« Il y a un large consensus, écrivent-ils, que les consolidations fiscales bien construites ont des effets positifs à moyen et à long terme. La consolidation contribue à une amélioration permanente de l’équilibre du budget structurel, alors que la détérioration de la croissance n’est que temporaire. »

4- L’austérité ou la politique qui rate la cible

Le vénérable magazine The Economist, référence mondiale en matière de couverture de l’économie et des finances, a publié un texte important sur l’austérité le 13 juin dernier, texte qui a un fort retentissement dans les médias sociaux. « La croissance est meilleure que l’austérité comme politique visant à ramener les dettes sous contrôle. Les gouvernements devraient concentrer leurs énergies sur des réformes nécessaires du marché des produits et du marché du travail. » Autrement dit, il faut ouvrir davantage les marchés et rendre le marché du travail plus flexible, selon The Economist.

5- Austérité? Non! Rigueur!

Même si tout le monde utilise le mot austérité, entre le FMI et l’OCDE, les Grecs, les Allemands, les Irlandais, les Français, les Espagnols, les Portugais, les Italiens et j’en passe, le ministre des Finances Carlos Leitao nous a dit en entrevue mardi que l’action de son gouvernement, ce n’est pas de l’austérité, c’est de la rigueur. J’ai posé la question au ministre qu’on a posée lors de notre forum : choix politique ou choix de société? « Choix de rigueur », m’a répondu le ministre. Voilà!

C’est Alain Bouchard qui disait cette semaine que depuis 2011, l’économie du Québec est bloquée. Que s’est-il donc passé? Comment expliquer cette lente croissance, cette quasi-stagnation, qui touche le Québec encore aujourd’hui? D’une croissance moyenne de 2,1 % entre 1982 et 2007, nous sommes passés à une moyenne aujourd’hui de 1,3 %.

  • 2011 : +1,9 %
  • 2012 : +1 %
  • 2013 : +1,1 %
  • 2014 : +1,3 %

Le ministre des Finances Carlos Leitao prévoyait en mars 2014 une croissance de 2,1 % pour l’année en cours au Québec. Il a vertement raté sa cible. Et, au rythme où vont les choses, on se demande bien comment le Québec atteindra la barre des 2 % en 2015 et 2016 comme le prévoit le ministère des Finances. La croissance est lente et l’économie américaine a montré quelques signes d’essoufflement récemment.

Mais des emplois!

Malgré l’incertitude économique, nous assistons en ce moment à une reprise du marché de l’emploi. Tous les indicateurs sont au vert :

  • En 2015, au cours des 4 premiers mois : +50 000 emplois grâce au secteur public.
  • Depuis 1 an au Québec : +69 000 emplois grâce surtout au secteur privé.
  • Depuis 1 an, création de 68 700 emplois, dont 84 % sont à temps plein.

Pourquoi? Comment expliquer la croissance de l’emploi alors que la croissance économique n’est pas au rendez-vous? Deux réflexions.

La première : le Québec est-il en train de commencer à vivre le déclin de sa population active? La croissance de la population active n’est que de 1,4 % depuis un an. Le taux d’activité augmente, le taux d’emploi augmente, le taux de chômage baisse. Donc, les signaux sont positifs dans le marché de l’emploi, mais est-ce dû essentiellement à de nombreux départs à la retraite?

Deuxième réflexion : se pourrait-il que la confiance des Québécois vienne affaiblir la consommation et donc la croissance économique? Selon le Conference Board du Canada, l’indice global de confiance des consommateurs québécois a chuté de mai à décembre 2014, avant de rebondir un peu en début d’année 2015. Les dépenses des consommateurs ont augmenté de 2 % en 2014, mais ont presque stagné au cours de la deuxième moitié de l’année. Et l’an dernier, les investissements des entreprises ont baissé de 3,3 %, les dépenses en construction, de 0,5 %.

Poursuivons l’analyse, qu’en pensez-vous?

La manière Schäuble

Mercredi 15 avril 2015 à 12 h 53 | | Pour me joindre

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germany-government

Le ministre allemand des Finances en est convaincu et il assume pleinement ses décisions et sa vision des choses : l’austérité est le bon remède pour l’économie européenne et les pays de la zone euro. Il fallait choisir l’austérité et il faut continuer dans cette direction, laisse entendre Wolfgang Schäuble dans une lettre qu’il publie dans le New York Times mercredi matin, à deux jours de la réunion annuelle du printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington.

« Comme en médecine, écrit-il, pour prescrire le bon traitement, il est essentiel de faire le bon diagnostic. » Et affirmer que l’Allemagne a imposé des mesures qui ont « poussé la zone euro encore plus profondément dans la crise » est faux, selon le ministre.

C’est un mythe, dit Wolfgang Schäuble.

Ce que vit l’Europe, dit-il, c’est une crise de confiance. Les investisseurs ont réalisé que plusieurs pays d’Europe n’étaient pas compétitifs du point de vue économique ou trop fragiles sur le plan financier. Les craintes du marché ont mené à une hausse des coûts d’emprunt pour certains pays.

Et la seule façon de rétablir les choses pour ces membres de la zone euro, écrit le ministre allemand des Finances, c’est d’adopter « des réformes ciblées pour reconstruire la confiance dans les finances des pays, dans leur économie respective et dans l’architecture de l’Union européenne. Dépenser simplement plus d’argent public n’aurait pas fonctionné et ne fonctionnerait pas plus aujourd’hui».

« Il ne s’agit pas d’austérité aveugle, selon lui. Il s’agit plutôt de préparer nos sociétés vieillissantes pour l’avenir et améliorer la qualité des finances publiques. » L’approche allemande a fonctionné, selon Wolfgang Schäuble. La reprise économique de son pays s’est amorcée dès 2009, les investissements publics et privés sont en hausse et la réduction de la dette de l’Allemagne s’accélère. D’autres pays ont choisi la même voie et en tirent des bénéfices, affirme-t-il, citant l’Irlande et l’Espagne.

Il écrit aussi que les pays doivent se préparer, du point de vue budgétaire, à la normalisation des taux d’intérêt. Il s’en prend à la manière américaine : « Le débat sur la réduction de la stimulation aux États-Unis – la fin de la période extraordinaire d’assouplissement quantitatif par la Réserve fédérale pour stimuler la croissance économique en rachetant des quantités phénoménales d’obligations – montre combien il est difficile de retirer ce stimulant une fois que les gouvernements et les marchés s’y sont habitués. »

Ce que Wolfgang Schäuble oublie de dire, c’est que les États-Unis représentent encore en 2015 la locomotive et la puissance de l’économie mondiale. Sa croissance s’accélère, son chômage est retombé sous les 6 % après une série d’interventions de l’État et de la banque centrale : sauvetage des banques et de l’industrie automobile, deux lois pour stimuler le travail aux États-Unis (le Buy America et le Buy American), ainsi que des milliers de milliards injectés par la Réserve fédérale. En parallèle, le déficit américain ne cesse de baisser et la dette par rapport au PIB se stabilise.

Les deux premiers graphiques illustrent clairement que la tendance de croissance économique des États-Unis double celle de l’Allemagne.

croissanceusageramnandUn dernier tableau illustre que le PIB par habitant tend à baisser dans la zone euro, alors qu’il tend à grandir aux États-Unis. Américains et Européens ne vont plus dans la même direction.

pibparhabitant

Wolfgang Schäuble assume et insiste sur sa vision de la gestion des finances publiques. Il faudra encore du temps pour analyser la période que nous connaissons en ce moment pour tirer de vrais enseignements des choix politiques qui ont été faits dans les années suivant cette crise exceptionnelle. Pour l’instant, toutefois, force est de constater que la manière américaine a connu plus de succès que celle de M. Schäuble.

L’éducation permet d’espérer une vie meilleure, plus riche, plus épanouie, plus réjouissante. Des milliers d’études ont été réalisées sur le sujet, la démonstration n’est plus à faire. Les pays les plus éduqués sont les plus riches, les plus prospères, les plus heureux. Selon l’OCDE, ce sont ces pays qui sont les plus compétitifs ou qui sont en voie de le devenir. Et ce sont les pays qui misent sur l’éducation qui ont les niveaux d’espérance de vie les plus élevés, qui sont les plus hauts aussi dans les classements sur la qualité de vie.

« Le niveau de formation, affirme l’OCDE, est l’indicateur selon lequel les individus se répartissent entre la pauvreté et la richesse relative; et la répartition des compétences au sein d’une société – son degré d’inclusion – s’observe dans les inégalités de revenus au sein de la société. Les pays où les adultes peu compétents sont proportionnellement nombreux sont aussi ceux où les inégalités de revenus sont fortes – comme le montre le coefficient de Gini. »

C’est donc fondamental : l’éducation est porteuse de richesse, de succès, de bien-être.

Dans le contexte du Québec, c’est important de rappeler l’importance de l’éducation dans l’enrichissement d’une société. Le gouvernement ne prévoit augmenter que de 0,2 % les sommes dévolues à l’éducation en 2015-2016, ce qui devrait se traduire par une réduction des dépenses réelles dans ce secteur étant donné l’inflation prévue de 1,4 % cette année.

Comment évaluer l’impact d’une telle décision dans une société qui a beaucoup misé, il faut le dire, sur le développement de son système d’éducation depuis 40 ans, dans une société où les taux de diplomation sont dans la moyenne canadienne?

couillardEn point de presse mardi matin pour souligner le premier anniversaire de sa prise du pouvoir, Philippe Couillard a dit que de ne pas restructurer les finances publiques au Québec serait plus dommageable que ce que peuvent provoquer les compressions actuelles.

C’est en regardant la situation à long terme que le premier ministre justifie les mesures d’austérité, qu’il appelle de la rigueur budgétaire, des mesures qui touchent de plein fouet le secteur de l’éducation.

À l’émission La soirée est encore jeune diffusée samedi soir sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première, l’entrepreneur Alexandre Taillefer déclarait qu’il « n’y avait pas de place pour l’austérité en éducation. L’éducation est un investissement. C’est une façon pour une société d’évoluer. C’est une façon pour l’ensemble des classes de générer de meilleurs revenus. Mais, par contre, l’éducation, ce n’est pas  une façon de remplir les besoins des entreprises. Ce n’est pas une adéquation entre les besoins d’une entreprise et ce qu’on va réussir à former. Selon moi, l’éducation, l’enjeu numéro un de l’éducation, c’est de s’assurer d’être capable de transmettre aux étudiants une passion, ce qui va leur permettre d’être heureux dans la vie. »

Alexandre Taillefer exprime en d’autres mots la critique qu’on retrouve dans un collectif publié sous la direction de l’économiste Ianik Marcil. La professeure Joëlle Tremblay écrit que « l’éducation est devenue l’une des composantes d’un système mercantile dont le seul but véritable est d’être rentable ». Elle ajoute que « le débat qui a court sur la remise en question de la culture générale par rapport au savoir technique est probant. De tout temps, nous avons eu un rapport difficile avec le savoir et les connaissances en général ».

Le gouvernement tient un discours résolument différent. Dans le budget 2015-2016, déposé le 26 mars, Québec prévoit « des mesures pour accroître la performance [sic] du marché du travail. Ces actions permettront d’améliorer l’adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail afin d’augmenter la population active en mesure de répondre aux besoins sectoriels et régionaux de main-d’œuvre. »

Allons-nous dans la bonne direction? Qu’en pensez-vous?

Sources :

Les gros chiffres américains

Lundi 2 février 2015 à 17 h 12 | | Pour me joindre

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obama

Je lis régulièrement que les États-Unis ont perdu le contrôle de leur dette et de leurs finances publiques et que ce pays est tout simplement en faillite. Pourtant, en prenant le temps de regarder les faits, c’est très exactement le contraire qui est en train de se produire. La croissance économique est solide et l’administration Obama est parvenue à faire passer le déficit annuel de 9,8 % en 2009 à 3,2 % en 2015 avec l’objectif de la réduire encore à 2,5 % en 2016.

En fait, le problème, c’est qu’une quantité phénoménale de commentateurs et de politiciens lancent des gros chiffres impressionnants dans l’espace public sans les mettre en contexte et sans que personne ne vienne le faire ensuite. Une dette de 19 000 milliards de dollars paraît indécente à première vue. C’est près de 103 % du PIB américain, alors que le Royaume-Uni, le Canada et la France tournent autour de 90 %. L’Allemagne est en bas de 80 %, alors que l’Italie est à plus de 130 %. Le Japon est à 227 % de son PIB. Ça ne signale pourtant pas de faillite à l’horizon, puisque la dette du pays est détenue essentiellement par les Japonais.

La dette de la Grèce, à titre d’exemple, est de 322 milliards d’euros, soit 363 milliards de dollars américains. La dette américaine est 50 fois plus importante, mais en pourcentage du PIB, celle de la Grèce représente 175 % de son PIB.

La dette, en pourcentage du PIB, n’a jamais été aussi élevée depuis 1950 aux États-Unis. Mais les déficits ne cessent de baisser depuis six ans et la dette est plus faible qu’estimée par l’administration Obama. Et, par rapport au PIB, la dette sera réduite dans les prochaines années, même si sa valeur augmente de 60 % dans la prochaine décennie.

defedde

Les États-Unis sont parvenus à relancer leur économie et depuis 2009 tout en réduisant le poids du déficit, en route vers une baisse également de la lourdeur de la dette. Washington peut maintenant s’attaquer à sa principale faiblesse : les fortes inégalités sociales, les plus importantes des pays occidentaux.

Le président Obama annonce ainsi la fin de l’austérité. À moins de 3 % du PIB, le déficit est sous contrôle, laisse-t-il entendre. Et il est temps de tourner définitivement la page sur l’épisode douloureux de la crise financière et de la grande récession. Il propose essentiellement de :

  • taxer davantage les gains en capital en s’assurant que ce sont les 1 % les plus riches qui seront surtout touchés par cette mesure : 99 % de la hausse serait épongée par les 1 %;
  • taxer davantage les profits des entreprises américaines réalisées à l’étranger;
  • investir dans les infrastructures, l’éducation, les familles et les garderies.

Tout est relatif. Les États-Unis représentent la locomotive économique mondiale avec des notes de crédit élevées et des coûts d’emprunt très faibles. Le dollar américain est la devise privilégiée par les investisseurs. La croissance économique est solide. Bref, malgré une dette qui a l’air d’un gouffre sans fond, la situation américaine ne cesse de s’améliorer.

Ralentir…

Mercredi 19 mars 2014 à 12 h 32 | | Pour me joindre

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Stephen Poloz

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a prononcé un discours important mardi à Halifax qui rejoint un constat de plus en plus répandu parmi les économistes : nous sommes appelés à connaître une faible croissance économique au cours des prochaines années. Ce sera le cas dans la plupart des pays occidentaux, dont au Canada.

Plusieurs membres de l’Association des économistes du Québec, comme Jean-Pierre Aubry, François Delorme ou Jean-Pierre Furlong, nous ont déjà parlé du nouveau paradigme qui se dessine : nous entrons, pour plusieurs raisons, dans une phase de croissance lente. L’économiste de l’UQAM Éric Pineault va plus loin et nous a parlé, lui, de stagnation économique.

Selon Stephen Poloz, « l’action conjuguée des forces démographiques et des retombées de la crise financière mondiale […] limite la croissance économique. […]L’économie mondiale ne souffre peut-être pas seulement d’une gueule de bois due à un lendemain de crise financière. D’autres forces à plus long terme sont aussi à l’œuvre ».

Il établit trois défis qui s’articulent au même moment : la morosité de la demande mondiale, les baby-boomers qui commencent à prendre leur retraite et l’augmentation du niveau d’épargne. « Lorsqu’un large pan de la population prend des décisions similaires, a dit le gouverneur Poloz devant un groupe de gens d’affaires, les conséquences de celles-ci sur l’ensemble de l’économie peuvent être notables. »

Lors de la conférence de presse après sa présentation, il est allé plus loin en expliquant que la marge de manœuvre est mince pour les banques centrales du monde. Difficile de baisser davantage les taux d’intérêt pour tenter de stimuler l’économie, alors que des forces s’attaquent aux structures mêmes de l’économie et peuvent venir annuler en quelque sorte une partie de l’impact habituel d’une baisse de taux.

Au cours des 30 dernières années, les baby-boomers travaillaient, ils ont stimulé l’économie, a-t-il dit. Aujourd’hui, nous assistons à un renversement de la tendance démographique. « Si vous voulez critiquer les baby-boomers pour l’avenir (parce qu’ils partent à la retraite), vous devez leur donner du crédit pour le passé! » Mais le passé étant déjà bien consommé, on n’a pas trop le choix de s’intéresser à l’avenir et de le regarder avec lucidité, n’est-ce pas?

Dans les circonstances, Stephen Poloz affirme que les gouvernements doivent être très prudents dans leurs actions. Il faut qu’ils mesurent correctement l’impact des décisions qui ont pour but de réduire la stimulation économique. Et ils doivent continuer d’améliorer l’environnement d’affaires pour les entreprises, en misant notamment sur le libre-échange, a-t-il indiqué.

Le Canada doit aussi composer avec une donne supplémentaire : la migration interprovinciale qui accentue les difficultés pour certaines provinces. Ce phénomène est exacerbé par le fait que l’économie canadienne fonctionne à « deux vitesses », selon Stephen Poloz, soit l’économie de l’énergie et le reste de l’économie canadienne.

Ces propos confirment les récentes observations des économistes Jacques Parizeau, Marc Van Audenrode, Pierre Fortin à propos de la situation du Québec. Le vieillissement de la population se fait plus rapidement au Québec qu’ailleurs au pays. Une quantité importante de travailleurs vont quitter la population active pour aller à  la retraite. Nécessairement, cela nuira à la croissance de l’emploi et de l’économie. En parle-t-on en campagne électorale?

L’an 1 du PQ : pressage de citron

Mardi 3 septembre 2013 à 14 h 50 | | Pour me joindre

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La première ministre, Pauline MaroisIl y a un an, le Parti québécois prenait le pouvoir. Pour la première fois dans l’histoire du Québec, une femme allait devenir première ministre. Nous voici donc 12 mois plus tard : quel est le bilan du Parti québécois à la tête du gouvernement? Comment se porte l’économie du Québec? Quels sont les faits marquants sur le plan des mesures économiques et fiscales du gouvernement Marois? Un an plus tard, qu’est-ce qu’on retient?

1- L’état de  l’économie

J’en parlais dans un billet précédent : quand ça va bien, les politiciens au pouvoir aiment bien s’attribuer les succès économiques de leur territoire. Quand ça va mal, l’opposition aime bien faire porter l’odieux au gouvernement. Dans tous les cas, il faut prendre ça avec un grain de sel : l’action du gouvernement a un impact sur l’économie, mais c’est loin d’être la seule donnée en jeu.

Cela dit, force est de constater que le vent ne souffle pas du bon bord pour le Parti québécois. À son arrivée au pouvoir, l’emploi était en croissance. Mais, depuis la fin de 2012, la croissance est de plus en plus faible et les mois de pertes d’emplois s’additionnent. Depuis octobre 2012, soit 2 semaines après l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, il s’est créé 3700 emplois au Québec.

Il s’est créé en moyenne 9800 emplois par mois de juillet à décembre 2012. Il s’est perdu 5800 emplois en moyenne de janvier à juillet 2013.

Le PIB du Québec croît lentement. En fait, le printemps dernier, le produit intérieur brut a reculé de 0,2 % en mars et de 0,2 % en avril avant de se stabiliser en mai, ce qui veut dire que la croissance était à zéro. La donnée pour le mois de juin pourrait être décevante, elle aussi, puisqu’il y a eu grève dans le secteur de la construction.

D’ailleurs, ce secteur ralentit au Québec en raison notamment des mises en chantier qui se font moins nombreuses. Selon la SCHL, le nombre de mises en chantier sera à son plus bas en une décennie au Québec cette année.

2- Les mesures fiscales et économiques du gouvernement

La grande priorité du gouvernement Marois, c’est l’atteinte de l’équilibre budgétaire en 2013-2014. Aucune décision en ce moment ne résiste au filtre de cet objectif. Dans un contexte de très lente croissance économique, c’est en quelque sorte une politique du pressage de citron qui est appliquée par le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir. Et une réduction importante et rapide de la hausse des dépenses gouvernementales, jumelée à une hausse de tarifs et d’impôts, a un impact décroissant sur l’économie du Québec.

L’économiste François Delorme nous expliquait le 8 mai à RDI économie que les mesures d’austérité du gouvernement Marois allaient réduire le nombre d’emplois créés au Québec. Il y aurait, selon son analyse, 15 000 emplois de plus dans l’économie du Québec en 2014 sans les mesures d’austérité.

En résumé, le gouvernement a adopté les mesures suivantes :

  • Hausse des tarifs d’électricité et dégel du tarif patrimonial;
  • Hausse des taxes scolaires;
  • Hausse indexée des droits de scolarité, bonification des prêts et bourses;
  • Hausse des impôts des mieux nantis;
  • Maintien et hausse pour les mieux nantis de la taxe santé;
  • Compressions dans les dépenses, notamment la recherche, les CPE et l’aide sociale;
  • Exigences d’un rendement plus élevé des sociétés d’État;
  • Fermeture de Gentilly-2, fonds de 200 M$ pour la diversification de l’économie du Centre-du-Québec et de la Mauricie;
  • Fin de l’amiante, fonds de 50 M$ pour la diversification de l’économie de la MRC des Sources;
  • Moratoire sur le gaz de schiste;
  • Annulation de projets d’infrastructures et de minicentrales;
  • Québec et le Fonds de solidarité FTQ participent à la relance d’une partie des activités d’Aveos;
  • Déblocage de projets éoliens (qui pourraient se traduire par une plus forte hausse des tarifs d’électricité à partir du 1er avril 2014);
  • Politique de souveraineté alimentaire;
  • Crédits d’impôt pour favoriser le mécénat culturel.

Il est important de noter que les projets créateurs de richesse pour l’État et l’économie du Québec n’ont pas donné les résultats attendus ou promis :

  • La Banque de développement ne suscite pas l’adhésion de l’opposition, et il semble de moins en moins probable qu’elle verra le jour;
  • Faible hausse des droits miniers;
  • Abandon de la réforme de la taxation du gain en capital.

Le déficit zéro sera probablement atteint grâce à une gestion froide des dépenses publiques : réduction de la croissance des dépenses, nouveaux revenus d’impôts et de tarifs. En retour, la stratégie de croissance économique est encore à élaborer. Que deviendra la Banque de développement économique du Québec? Est-ce que le gouvernement va finalement miser sur Investissement Québec et lever l’incertitude qui pèse sur l’institution?

À surveiller : la politique industrielle que le gouvernement doit déposer cet automne ainsi que les conclusions des commissions en cours sur les mines, les régimes de retraite et le prix du livre.

La décevante reprise au Canada

Vendredi 31 mai 2013 à 15 h 20 | | Pour me joindre

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La croissance au pays a été plus forte qu’attendu au premier trimestre, mais… il y a des mais! D’abord, la hausse du PIB est attribuable à la croissance des exportations énergétiques en janvier et en février. Et la demande intérieure et la consommation ne progressent presque plus. C’est une bonne nouvelle que les exportations prennent le relais, mais est-ce que ça va durer?

Notre PIB dépend toujours en bonne partie de la croissance américaine. On le sait, les signaux sont encourageants, mais l’austérité dans les dépenses gouvernementales à Washington semble ralentir quelque peu la reprise américaine.  Et puis, la croissance chinoise ne cesse de ralentir. À 7,8 % pour 2013, le PIB de la Chine s’éloigne de plus en plus des années fastes de 9 et de 10 %.

Surtout, derrière la statistique du premier trimestre au Canada, se cache une réalité dont on n’a peu parlé jusqu’à maintenant : au Canada aussi, la reprise est décevante. C’est l’économiste Éric Pineault qui nous a fait parvenir un courriel sur la question. De 1975 à 1991, les récessions ont été moins profondes que celle de 2009 et les reprises ont été plus fortes. Aujourd’hui, on vit une reprise beaucoup plus faible que la moyenne historique.

Vous voyez sur le tableau l’évolution de trimestre en trimestre de la croissance économique : la moyenne des trimestres comparables durant les récessions et les reprises de 1975 à 1991. Et l’évolution sur le même temps de la période entourant la récession de 2009.

Pourquoi est-ce ainsi? Parce que la croissance mondiale est faible, particulièrement celle des États-Unis. Et, selon Éric Pineault, parce que le Canada a aussi fait le choix de l’austérité budgétaire. Le directeur parlementaire du budget a publié des études dans les dernières années pour expliquer que les compressions dans les dépenses au gouvernement fédéral réduisent la croissance du PIB et la création d’emplois. Éric Pineault est d’avis que les mesures d’austérité nous donnent une reprise décevante, qui pourraient même conduire à une stagnation économique.

Quand le ministre des Finances Jim Flaherty affirme que le Canada domine les pays du G7 en terme de croissance au 4e trimestre, il offre un portrait un peu plus étincelant qu’il ne l’est en réalité. Dans la vraie vie,  on est « moins pire » que les autres! Il est difficile de bomber le torse avec des croissances annualisées de 0,7 % et de 0,6 % dans les deux derniers trimestres de 2012 et une chute des exportations de près de 10 % au cours de la dernière année.

Le ministre des Finances Jim Flaherty lors de la conférence de presse, le 1er mars 2013Le Canada connaît une très faible croissance économique et les perspectives ne sont pas exactement rassurantes. Dans ces circonstances, les revenus attendus pour atteindre l’équilibre budgétaire dans le budget de 2015-2016 ne seront possiblement pas au rendez-vous. Et c’est pourquoi c’est dans les dépenses que le gouvernement devra trouver son déficit zéro.

Et la question avec laquelle jongle le ministre Flaherty ces jours-ci, c’est de savoir si la croissance est assez forte pour soutenir une nouvelle ronde de compressions budgétaires.

La consommation des ménages ne pourra pas, à elle seule, soutenir la croissance. C’est une donne importante : c’est environ 60 % de la croissance économique. Et puis, deux des secteurs qui ont littéralement propulsé le Canada au cours des dernières années connaissent un passage à vide, dont la durée est indéterminée : l’immobilier et le pétrole.

Dans le cas du premier, la TD annonce que les prix vont stagner au cours des 10 prochaines années. Ils vont baisser d’ici 2015 avant de remonter légèrement dans les années suivantes. Après un boom exceptionnel, la construction de nouvelles propriétés ralentit et la revente de maisons décélère. Les courtiers hypothécaires tiennent le gouvernement Harper responsable de cette situation parce qu’Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires pour calmer l’endettement parfois disproportionné des ménages.

Aujourd’hui, le niveau de mises en chantier est tombé à un rythme de construction plus modeste, soit autour de 170 000 ou de 180 000, loin des années à plus de 200 000. Et les ventes chutent, notamment à Montréal, où elles ont dégringolé de 22 % en février par rapport au même mois en 2012, au plus bas niveau depuis 2009.

Installation pétrolière à Fort McMurray en AlbertaPour ce qui est du pétrole, plus l’écart entre le prix de l’Alberta et le prix du WTI américain et du Brent londonien grandit, plus le Canada perd des revenus. Selon Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura à New York, une différence de 50 $ entre le prix de vente du baril albertain et celui qui est négocié en fonction du Brent entraîne une perte de revenus pour l’économie canadienne de 2,5 milliards de dollars par mois.

Nous en avons parlé à quelques reprises : en raison de la hausse de la production américaine et de l’absence de nouveaux oléoducs pour transporter son pétrole, l’Alberta vend son produit issu des sables bitumineux à 60 ou 70 $. C’est de 20 à 30 $ plus bas que le prix américain. C’est de 40 à 50 $ plus bas que le prix international fixé sur le Brent.

Moins de consommation, moins de profits pour les entreprises, moins de revenus pour le gouvernement. Le Canada est un pays en excellente santé financière. Mais ça n’empêche pas le ministre Flaherty de devoir trouver un équilibre à court et à moyen terme pour éviter de gaspiller cette avance.

Ne sous-estimez pas l’Oncle Sam…

Jeudi 28 février 2013 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le PIB des États-Unis a progressé de 0,1 % au 4e trimestre selon la dernière révision des autorités américaines. On avait d’abord annoncé une baisse de 0,1 %. C’est un peu mieux qu’annoncé, mais on s’entend, l’économie de nos voisins du sud stagne.

À première vue, et vu de chez nous, il y a de quoi s’inquiéter. Dans mon blogue de lundi, j’ai fait une liste d’indicateurs qui nous révèlent clairement que l’économie canadienne ralentit sérieusement, ce qui donne des maux de tête ces jours-ci au ministre des Finances Jim Flaherty.

Mais, selon les analystes Pierre Fournier et Angelo Katsoras, de la Financière Banque Nationale, il faut regarder les choses autrement. L’économie américaine connaîtra, à long terme, une croissance plus forte que tous les autres pays avancés de la planète.

Vraiment? « La croissance sera encore modeste aux États-Unis pour un certain temps, écrivent les auteurs dans une étude publiée pour le milieu financier, mais nous sommes de plus en plus convaincus que l’équilibre des risques tend vers un retour graduel et durable à des niveaux de croissance plus normaux. »

Qu’est-ce que ça veut dire?

Ça veut dire qu’en y regardant de plus près, les avantages fondamentaux de l’économie américaine sont multiples, selon Pierre Fournier et Angelo Katsoras :

  • les États-Unis approchent de l’indépendance énergétique avec un secteur du gaz et du pétrole en forte expansion et pourraient « capitaliser sur un gaz naturel abondant et peu cher et sur un plus grand accès à des sources sûres de pétrole »;
  • face à la Chine, l’Inde et l’Allemagne, les Américains possèdent des réserves d’eau importantes, loin toutefois derrière le Canada et la Nouvelle-Zélande;
  • les États-Unis possèdent les réserves de terres cultivables les plus importantes après le Brésil;
  • le pays est moins touché que plusieurs autres pays avancés par le vieillissement accéléré de sa population;
  • le niveau de taxation par rapport au PIB est, aux États-Unis, l’un des plus bas parmi les pays avancés, ce qui donne au pays un espace fiscal pour améliorer les revenus du gouvernement sans nuire sensiblement à sa compétitivité;
  • le secteur manufacturier a retrouvé le chemin de la croissance au cours des deux dernières années en raison d’une baisse des coûts de main-d’œuvre aux États-Unis et d’une hausse dans les pays émergents, ce qui réduit les écarts de coûts;
  • le marché immobilier est certainement en reprise et l’avoir net des ménages remonte;
  • les États-Unis ne sont pas en conflit avec leurs voisins;
  • pour ce qui est de la sécurité, le fait d’être bordé par deux océans est un élément géophysique qui favorise la protection du territoire;
  • les guerres d’Irak et d’Afghanistan étant essentiellement des événements du passé, et les menaces d’attaques terroristes étant plus faibles, le pays connaît une paix relative, tout en maintenant un haut niveau de surveillance sécuritaire et l’armée la plus puissante du monde.

Bien qu’il soit essentiel de diversifier nos sources d’exportations, cette mise en perspective nous rappelle que nous avons tout intérêt à maintenir d’excellentes relations commerciales avec notre premier partenaire économique!

L’étude se nomme : « Why the u.s. economy will outperform other advanced economies. » Je ne la trouve pas sur le web, je ne peux vous fournir de lien, mais je vais le faire dès que possible.