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Quand le ministre des Finances Jim Flaherty affirme que le Canada domine les pays du G7 en terme de croissance au 4e trimestre, il offre un portrait un peu plus étincelant qu’il ne l’est en réalité. Dans la vraie vie,  on est « moins pire » que les autres! Il est difficile de bomber le torse avec des croissances annualisées de 0,7 % et de 0,6 % dans les deux derniers trimestres de 2012 et une chute des exportations de près de 10 % au cours de la dernière année.

Le ministre des Finances Jim Flaherty lors de la conférence de presse, le 1er mars 2013Le Canada connaît une très faible croissance économique et les perspectives ne sont pas exactement rassurantes. Dans ces circonstances, les revenus attendus pour atteindre l’équilibre budgétaire dans le budget de 2015-2016 ne seront possiblement pas au rendez-vous. Et c’est pourquoi c’est dans les dépenses que le gouvernement devra trouver son déficit zéro.

Et la question avec laquelle jongle le ministre Flaherty ces jours-ci, c’est de savoir si la croissance est assez forte pour soutenir une nouvelle ronde de compressions budgétaires.

La consommation des ménages ne pourra pas, à elle seule, soutenir la croissance. C’est une donne importante : c’est environ 60 % de la croissance économique. Et puis, deux des secteurs qui ont littéralement propulsé le Canada au cours des dernières années connaissent un passage à vide, dont la durée est indéterminée : l’immobilier et le pétrole.

Dans le cas du premier, la TD annonce que les prix vont stagner au cours des 10 prochaines années. Ils vont baisser d’ici 2015 avant de remonter légèrement dans les années suivantes. Après un boom exceptionnel, la construction de nouvelles propriétés ralentit et la revente de maisons décélère. Les courtiers hypothécaires tiennent le gouvernement Harper responsable de cette situation parce qu’Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires pour calmer l’endettement parfois disproportionné des ménages.

Aujourd’hui, le niveau de mises en chantier est tombé à un rythme de construction plus modeste, soit autour de 170 000 ou de 180 000, loin des années à plus de 200 000. Et les ventes chutent, notamment à Montréal, où elles ont dégringolé de 22 % en février par rapport au même mois en 2012, au plus bas niveau depuis 2009.

Installation pétrolière à Fort McMurray en AlbertaPour ce qui est du pétrole, plus l’écart entre le prix de l’Alberta et le prix du WTI américain et du Brent londonien grandit, plus le Canada perd des revenus. Selon Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura à New York, une différence de 50 $ entre le prix de vente du baril albertain et celui qui est négocié en fonction du Brent entraîne une perte de revenus pour l’économie canadienne de 2,5 milliards de dollars par mois.

Nous en avons parlé à quelques reprises : en raison de la hausse de la production américaine et de l’absence de nouveaux oléoducs pour transporter son pétrole, l’Alberta vend son produit issu des sables bitumineux à 60 ou 70 $. C’est de 20 à 30 $ plus bas que le prix américain. C’est de 40 à 50 $ plus bas que le prix international fixé sur le Brent.

Moins de consommation, moins de profits pour les entreprises, moins de revenus pour le gouvernement. Le Canada est un pays en excellente santé financière. Mais ça n’empêche pas le ministre Flaherty de devoir trouver un équilibre à court et à moyen terme pour éviter de gaspiller cette avance.

Ne sous-estimez pas l’Oncle Sam…

Jeudi 28 février 2013 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le PIB des États-Unis a progressé de 0,1 % au 4e trimestre selon la dernière révision des autorités américaines. On avait d’abord annoncé une baisse de 0,1 %. C’est un peu mieux qu’annoncé, mais on s’entend, l’économie de nos voisins du sud stagne.

À première vue, et vu de chez nous, il y a de quoi s’inquiéter. Dans mon blogue de lundi, j’ai fait une liste d’indicateurs qui nous révèlent clairement que l’économie canadienne ralentit sérieusement, ce qui donne des maux de tête ces jours-ci au ministre des Finances Jim Flaherty.

Mais, selon les analystes Pierre Fournier et Angelo Katsoras, de la Financière Banque Nationale, il faut regarder les choses autrement. L’économie américaine connaîtra, à long terme, une croissance plus forte que tous les autres pays avancés de la planète.

Vraiment? « La croissance sera encore modeste aux États-Unis pour un certain temps, écrivent les auteurs dans une étude publiée pour le milieu financier, mais nous sommes de plus en plus convaincus que l’équilibre des risques tend vers un retour graduel et durable à des niveaux de croissance plus normaux. »

Qu’est-ce que ça veut dire?

Ça veut dire qu’en y regardant de plus près, les avantages fondamentaux de l’économie américaine sont multiples, selon Pierre Fournier et Angelo Katsoras :

  • les États-Unis approchent de l’indépendance énergétique avec un secteur du gaz et du pétrole en forte expansion et pourraient « capitaliser sur un gaz naturel abondant et peu cher et sur un plus grand accès à des sources sûres de pétrole »;
  • face à la Chine, l’Inde et l’Allemagne, les Américains possèdent des réserves d’eau importantes, loin toutefois derrière le Canada et la Nouvelle-Zélande;
  • les États-Unis possèdent les réserves de terres cultivables les plus importantes après le Brésil;
  • le pays est moins touché que plusieurs autres pays avancés par le vieillissement accéléré de sa population;
  • le niveau de taxation par rapport au PIB est, aux États-Unis, l’un des plus bas parmi les pays avancés, ce qui donne au pays un espace fiscal pour améliorer les revenus du gouvernement sans nuire sensiblement à sa compétitivité;
  • le secteur manufacturier a retrouvé le chemin de la croissance au cours des deux dernières années en raison d’une baisse des coûts de main-d’œuvre aux États-Unis et d’une hausse dans les pays émergents, ce qui réduit les écarts de coûts;
  • le marché immobilier est certainement en reprise et l’avoir net des ménages remonte;
  • les États-Unis ne sont pas en conflit avec leurs voisins;
  • pour ce qui est de la sécurité, le fait d’être bordé par deux océans est un élément géophysique qui favorise la protection du territoire;
  • les guerres d’Irak et d’Afghanistan étant essentiellement des événements du passé, et les menaces d’attaques terroristes étant plus faibles, le pays connaît une paix relative, tout en maintenant un haut niveau de surveillance sécuritaire et l’armée la plus puissante du monde.

Bien qu’il soit essentiel de diversifier nos sources d’exportations, cette mise en perspective nous rappelle que nous avons tout intérêt à maintenir d’excellentes relations commerciales avec notre premier partenaire économique!

L’étude se nomme : « Why the u.s. economy will outperform other advanced economies. » Je ne la trouve pas sur le web, je ne peux vous fournir de lien, mais je vais le faire dès que possible.

Obama ou Romney, donc?

Lundi 5 novembre 2012 à 13 h 40 | | Pour me joindre

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L’élection présidentielle est cruciale pour l’avenir socioéconomique des États-Unis. Le pays doit retrouver le chemin de la croissance pour espérer relancer un marché de l’emploi fort et solide. Pour l’instant, la croissance de l’emploi est trop faible et les emplois créés sont moins rémunérateurs et moins sûrs que ceux qui ont été perdus dans la foulée de la grande récession.

Comment stimuler l’économie américaine? Comment dégonfler le déficit, qui dépasse en ce moment les 1000 milliards de dollars par année? Comment amoindrir les écarts de richesse qui provoquent des inégalités sociales exceptionnelles? Et comment les États-Unis peuvent-ils réduire leur dépendance au pétrole étranger et surtout au pétrole tout court?

Barack Obama de passage à Springfield en Ohio

Les principales mesures économiques de Barack Obama

  • Hausse d’impôts pour les plus fortunés (taux de 33 % à 36 %, taux de 35 % à 39,6 %).
  • « Buffett rule » en référence au taux d’impôt de Warren Buffett plus faible que celui de sa secrétaire : taux réel d’impôt de 30 % pour les millionnaires.
  • Investissements : infrastructures, éducation, innovation.
  • Coupes dans la défense.
  • Crédit d’impôt pour les entreprises qui rapatrient des emplois aux États-Unis.
  • Développement du gaz naturel.
  • Fin des subventions au secteur pétrole, mais développement tout de même.
  • Augmenter le nombre de diplômés.

Mitt Romney, prenant une pause au cours d'une visite dans une usine de Worthington, en Ohio.

Les principales mesures économiques de Mitt Romney

  • Baisse d’impôts pour les ménages : réduction de 20 % de tous les taux marginaux.
  • Baisse du taux le plus élevé pour les entreprises de 35 à 25 %.
  • Équilibre budgétaire : coupes sociales et l’assurance maladie (Obamacare).
  • Oui à l’oléoduc Keystone (entre l’Alberta et le Texas).
  • Développement énergétique (réduction de la réglementation).
  • Amélioration des programmes de formation.
  • Plus de dépenses dans la Défense.
  • Des éléments de politiques extérieures (affrontement possible avec l’Iran, sanctions possibles contre la Chine) pourraient avoir des répercussions économiques.

 

Peu importe le gagnant, il souhaitera certainement avoir les coudées franches pour mettre en place son plan de match économique, et donc compter sur un Congrès qui lui est favorable. Le prochain président devra :

  1. Éviter le choc fiscal qui pourrait survenir le 1er janvier avec l’annulation automatique des baisses d’impôt annoncées par George W. Bush et la réduction instantanée de plusieurs dépenses publiques, qui stimulent en ce moment l’économie.
  2. Composer avec une économie mondiale qui ralentit : Europe en récession, croissance chinoise toujours un peu moins forte.
  3. Stimuler l’économie intérieure par des mesures ciblées dans le secteur manufacturier notamment, des mesures que plusieurs considèrent comme étant une approche protectionniste, qui semble toutefois permettre aux États-Unis de regagner du terrain dans le secteur de la fabrication.
  4. Et développer une stratégie énergétique efficace : comment se libérer du pétrole, toujours plus difficile à extraire, se libérer du pétrole étranger de plus en plus orienté vers la demande des émergents, surtout la Chine, développer des énergies plus propres comme le gaz naturel et l’éolien?

Alors, vos pronostics?

Sources : Pierre Fournier (Banque Nationale), Francis Généreux (Desjardins), Frédérick Gagnon (UQAM)

Obama : un bilan mitigé

Vendredi 2 novembre 2012 à 11 h 20 | | Pour me joindre

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Si on ne fait que regarder les chiffres, ils ne sont pas très bons. Mais si vous me permettez une image tirée tout droit du baseball, Barack Obama est arrivé au pouvoir début 2009, comme s’il arrivait au milieu de la septième manche et que c’était 6-0 pour l’autre équipe! Vous comprendrez que la pente était raide à remonter!

Le président sortant Barack Obama répond aux questions des citoyens américains lors du deuxième débat télévisé. Relancer une économie ravagée par une crise sans précédent depuis 1929 n’était pas de tout repos. Au final, les États-Unis ont perdu 624 000 emplois sous Barack Obama, mais il faut dire que la chute de l’emploi s’était amorcée avant son arrivée. Par rapport à la fin 2007, il y a environ 4 millions d’emplois en moins aux États-Unis.

La reprise du marché du travail n’a pas été à la hauteur des attentes des Américains. Depuis la crise de 1929, jamais un président n’a affiché un bilan aussi négatif. Même le rebond de 171 000 emplois du mois d’octobre, qui pourrait rassurer le président Obama, ne change pas la donne. Il en faut plus pour se convaincre d’une reprise durable.

  • Emplois : -624 000
  • Déficit : 1100 milliards $ (+151 %)
  • Dette : 70 % du PIB (c’était 35 % en 2009)
  • Croissance annuelle moyenne : 0,7 % (3,1 % depuis 1953)
  • Revenu médian : 50 678 $ (+0,2 %)
  • Pouvoir d’achat pour le ménage médian : -8,2 %
  • Décote de la dette du pays par Standard and Poors à AA
  • Sources : Desjardins, Bloomberg Business Week

Cela dit, le mandat du président se termine tout de même sur une note d’espoir. La hausse de l’emploi est plus forte qu’attendu et dépasse la moyenne mensuelle des deux dernières années. De plus, le marché immobilier semble être en reprise et la confiance des Américains est à son plus haut en cinq ans. Il y a là des signaux encourageants.

Et, il faut le dire, après la chute spectaculaire des marchés, ce qui a le plus profité des investissements publics et de l’intervention massive de la Réserve fédérale dans le marché obligataire, c’est la bourse! Le S&P 500 a repris environ 70 % de sa valeur depuis son creux de 2009.

Lundi : les perspectives économiques, ainsi que les programmes de Barack Obama et de Mitt Romney.

Est-ce la fin de la croissance?

Vendredi 26 octobre 2012 à 14 h 31 | | Pour me joindre

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Page 52 du nouveau livre de l’économiste Jeff Rubin, La fin de la croissance publié chez Hurtubise en français, la semaine prochaine : « Que vous soyez du type libre marché ou adepte de l’intervention de l’État, vous partagez avec la plupart des économistes la croyance indéfectible selon laquelle la croissance est la panacée à tous les maux de nature économique. »

Plus loin, l’auteur pose la question : « Que surviendra-t-il si nos économies cessent de croître? Nous le saurons bientôt parce que ce scénario est sur le point de se produire. »

Jeff Rubin explique, une fois de plus, que l’économie mondiale est vulnérable aux fluctuations du pétrole. Chaque fois que le pétrole a atteint un sommet, explique-t-il, l’économie mondiale est tombée en récession. Croissance économique et consommation de pétrole sont intimement liées. On a vraiment l’impression d’être dans un cercle vicieux : la croissance fait grimper le prix du pétrole, la hausse du prix du pétrole nuit à la croissance et ramène la récession…

Ainsi, l’ex-économiste de la CIBC est d’avis que tout converge vers une montée des cours du pétrole, ce qui viendra ralentir l’économie des pays avancés, qui ne seront pas en mesure de maintenir une croissance soutenue. Un pétrole plus cher est alimenté par une croissance plus forte, mais entraîne un ralentissement de cette croissance, une décélération des revenus des États, qui s’endettent davantage à un taux d’intérêt plus élevé. Dans un contexte économique difficile, les emprunts sont aussi plus difficiles à obtenir.

Cette situation ne sera pas temporaire, mais permanente, selon l’analyse de Jeff Rubin. Il suggère qu’on commence tout de suite à nous adapter à un mode de vie plus simple, basé sur la réduction de notre consommation d’énergie.  Heureusement, dit-il, « les pays de l’OCDE voient déjà naître une nouvelle génération de consommateurs : des jeunes qui rejettent le matérialisme de leurs parents pour adopter un mode de vie plus simple ».

À ceux qui croient que les nouvelles découvertes technologiques vont permettre de régler le problème, il répond ceci : « Les innovations technologiques […], comme la fracturation hydraulique, ne sont pas une solution miracle pour combler tous les besoins énergétiques de la planète. […] De telles innovations technologiques rendent possible une légère augmentation de l’offre de brut, mais ne réussissent pas à exercer la poussée nécessaire pour combler les besoins de la planète pour l’avenir. »

Les États-Unis doivent mettre au point leur stratégie énergétique parce que le pays pourrait manquer de pétrole bientôt. « Si la consommation de pétrole double en Chine, écrit Jeff Rubin, le nombre de barils destinés aux États-Unis pourrait chuter de moitié (ou presque) puisque le volume d’énergie est limité. Cette notion simple deviendra bientôt une réalité asphyxiante pour les États-Unis et les autres pays de l’OCDE. »

Mais, qu’en sera-t-il pour le Canada, dont la production de pétrole est appelée à augmenter et pour qui la situation semble se poser différemment? Le Canada n’est-il pas le mieux placer pour profiter de la demande chinoise avec son projet de pipeline Northern Gateway et des besoins américains avec son projet Keystone? Mais, en même temps, un ralentissement de la croissance pourrait-il toucher plus durement le Canada?

Un livre essentiel, à lire.

Quand la bulle électorale aura éclaté au petit matin du 5 septembre, on constatera que la réalité économique du Québec, du Canada, des États-Unis, de l’Europe et de la Chine n’a rien à voir avec les milliards de dollars en promesses de notre campagne électorale.

Le défi budgétaire du Québec, celui qui se dressera devant nous au cours des deux prochaines décennies avec le vieillissement de la population, le poids des régimes de retraite et l’absence d’amélioration de notre productivité, ce défi à relever n’a pas trouvé de réponses convaincantes lors de cette campagne. Ou bien les partis ont peu de vision, ou bien ils n’ont pas voulu nous dire la vérité!

Au lieu de promesses, de cadeaux et de cadres financiers parfois douteux, les partis politiques auraient mieux fait de nous offrir un programme axé sur la prudence et le réalisme.

Que nous réserve l'avenir, en économie?
Le savent-ils que l’économie et l’emploi stagnent depuis plusieurs mois au Québec?

Réalisent-ils que les prix des minéraux, qui sont censés nous aider à rembourser notre dette, sont en chute de 15 à 25 % depuis leur dernier sommet et que plusieurs entreprises commencent à revoir leurs projets?

Sont-ils conscients que la Chine ne cesse de décélérer et que l’économie de l’Europe, des États-Unis, du Canada, l’économie mondiale finalement, dépend de sa demande, d’abord et avant tout?

Entendent-ils les appels de Mark Carney et de Jim Flaherty, qui demandent aux entreprises de redonner de l’argent aux actionnaires, d’investir dans l’économie, de la stimuler et de cesser de s’appuyer sur leurs 525 milliards de dollars en liquidités? En passant, peut-on leur en vouloir si l’économie mondiale ralentit?

Ont-ils lu le rapport du Bureau du budget du Congrès américain, qui s’inquiète d’un retour en récession en 2013 aux États-Unis avec les compressions prévues l’an prochain et l’expiration d’allégements fiscaux? Cette crainte est justifiée compte tenu du blocage politique en cours aux États-Unis, blocage qui va perdurer au moins jusqu’en janvier, au moment où sera investi le prochain président des États-Unis (Romney ou Obama). La croissance est déjà faible aux États-Unis et demeure largement appuyée sur la consommation.

Sont-ils au fait de l’impact négatif potentiel des cours élevés du pétrole, alimentés par les craintes d’un conflit armé avec l’un des plus gros producteurs de pétrole du monde, l’Iran?

Savent-ils que l’enjeu principal en ce moment, c’est de savoir si la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale d’Europe vont de nouveau intervenir pour soutenir les marchés financiers, par l’achat d’obligations et de bons du Trésor?

Je sais que les Christian Dubé, Nicolas Marceau, Raymond Bachand, Jean-Martin Aussant et les leaders économiques des partis sont au courant de cette situation. N’auraient-ils pas dû en tenir compte dans leur plan de match et dans leur cadre financier? Et tout au long de la campagne? Tout cela peut sembler conjoncturel. Mais ça fait plus de quatre ans que la crise financière est en cours. Ses effets se font toujours sentir et on ne sait absolument pas quand tout cela va se terminer.

Manque à gagner : 300 millions

Vendredi 24 août 2012 à 11 h 16 | | Pour me joindre

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Si l’économie ralentissait tous les mois comme ce qu’on a vu au Québec en mai, le PIB serait en chute de 4,8 % sur 12 mois. C’est loin d’être un léger recul, c’est comparable à la Grèce, ces jours-ci! Et les François Legault, Pauline Marois et Jean Charest de ce monde doivent en tenir compte dans leur cadre financier!

L’ISQ a publié jeudi la donnée statistique sur le PIB au Québec. Le résultat est inquiétant : baisse de 0,4 % en mai après une stagnation en avril. Depuis le début de l’année, de janvier à mai, la croissance du Québec s’est limitée à 0,4 %, alors que la montée du PIB pour l’ensemble de l’économie canadienne sur la même période s’est chiffrée à 1,9 %. Le Québec est presque immobile en terme de croissance depuis le début de l’année. Même chose dans le marché du travail, qui stagne depuis un an.

Les partis politiques, qui nous ont annoncé des milliards en promesses de toutes sortes durant la campagne électorale, ne peuvent ignorer cette information. Elle est le reflet statistique d’une réalité bien ressentie sur le terrain dans les villes et villages du Québec.

D’abord, ils doivent expliquer comment ils vont relancer l’économie du Québec dans un contexte d’incertitude économique. Et ils doivent aussi nous expliquer comment ils arriveront à l’équilibre budgétaire si la croissance est moins forte qu’attendu.

Selon l’économiste Marc Pinsonneault de la Banque Nationale, cité par plusieurs médias, la croissance du PIB, à ce rythme, pourrait ne pas dépasser la barre du 1 % cette année au Québec. Ça pourrait être plus faible encore étant donné le contexte d’incertitude. Plusieurs pays d’Europe sont en récession, le niveau de croissance de la Chine ralentit et les signaux économiques en provenance des États-Unis demeurent incertains.

Qu’est-ce que cela signifie? Ça veut dire, selon Marc Pinsonneault, que le gouvernement perd 300 millions de dollars en revenus autonomes si la croissance est de 1 % au lieu de 1,5 %. « C’est l’équivalent de la réserve budgétaire du gouvernement », m’a dit Marc Pinsonneault au téléphone. On pourrait respecter l’équilibre budgétaire en 2013-2014, mais il faut prendre la réserve! Et espérons que le ralentissement ne sera pas encore plus important.

Un autre économiste, Jean-Pierre Aubry, de l’Université d’Ottawa, m’a indiqué que ça pourrait aller jusqu’à 350 millions de dollars de perte. «Il est même possible que l’impact sur le solde budgétaire soit plus grand (moins de croissance => moins d’emplois => plus d’aide gouvernementale)», m’a-t-il précisé par courriel.

Le PLQ et la CAQ — et aussi le PQ (ajout à 14h15 vendredi après-midi) — appuient leur cadre financier sur une croissance du produit intérieur brut de 1,5 % en 2012 et une croissance encore un peu plus élevée l’an prochain. Doivent-ils revoir leurs chiffres? Quelle crédibilité faut-il donner à leurs prévisions de retour à l’équilibre l’an prochain dans un contexte de plus en plus incertain et inquiétant?

Le Canada est-il arrogant?

Vendredi 8 juin 2012 à 11 h 31 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas la première fois qu’on le constate, mais le gouvernement Harper adopte depuis quelques années un ton qui frise la condescendance face à la zone euro. 

Au moment où des négociations sont en cours pour la création d’une zone de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, le premier ministre Harper et son ministre des Finances Jim Flaherty se sont permis, à plusieurs reprises, d’exprimer exaspération et conseils pressants à l’endroit des chefs de la zone euro.

Le premier ministre Stephen Harper a rencontré le président français François Hollande à Paris. Encore cette semaine, en visite en France, le premier ministre Stephen Harper a déclaré que la situation ne pouvait plus durer, les dirigeants de la zone euro doivent trouver des solutions maintenant. À l’antenne de la CBC, il a déclaré qu’on ne pouvait pas attendre l’élection grecque qui aura lieu dans moins de 10 jours pour décider du sort de la zone euro.

Et surtout, le Canada a décidé de ne pas soutenir l’effort financier que le FMI réclame aux pays du G20 pour créer un fonds de 430 milliards de dollars pour venir en aide aux pays en difficulté, on pense de plus en plus à la possibilité que l’Espagne ait besoin du FMI dans un proche avenir. Avec les États-Unis, le Canada est le seul pays à ne pas contribuer à la cagnotte.

Exprimant la position du gouvernement en Chambre à Ottawa, le député et secrétaire parlementaire conservateur Pierre Poilievre a déclaré ceci à propos des pays de la zone euro en difficulté : « Ils ont imposé leurs contribuables au maximum et emprunté jusqu’à la limite, et ils veulent maintenant se renflouer en continuant de dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas. Ils ne recevront aucune aide du Canada. Le premier ministre n’obligera pas les contribuables canadiens, qui travaillent tous très dur, à renflouer les États providences européens ou les riches banquiers qui leur ont prêté de l’argent. »

Ces propos sont probablement ceux qui décrivent le plus clairement la position du Canada dans ce dossier. Est-ce du mépris? Est-ce de la condescendance? Ou est-ce que le Canada peut se permettre de faire la leçon aux Européens compte tenu de son bilan exceptionnel en matière de finances publiques, de croissance économique et de stabilité bancaire?

Aujourd’hui, le Canada est vu comme un lieu d’investissement sûr, comme un géant de l’énergie qui détient une ressource pour laquelle la demande ne faiblit pas et sa gestion du déficit, surtout le retour au déficit zéro sous Paul Martin, a été citée maintes fois en exemple partout dans le monde. Le Canada ne cache pas son irritation face à la situation européenne et craint même des répercussions sur l’économie du pays si la situation se dégrade encore.

Cela dit, le Canada a aussi ses propres défis. Endettement des ménages excessifs, possibles bulles immobilières dans certains marchés du pays, banques très exposées à l’endettement hypothécaire des Canadiens, notre marché demeure profondément lié à celui des États-Unis, économie à deux vitesses (croissance forte dans l’Ouest, croissance faible dans l’Est) et j’en passe.

Le gouvernement Harper a-t-il la bonne attitude face aux problèmes européens?

Les deux élections de dimanche, celles de France et de Grèce, auront des effets considérables sur la conduite des affaires de la zone euro. Le nouveau président de la France François Hollande pourrait modifier à moyen et à long terme la gestion et l’encadrement de la dette et des budgets des États de la zone, tandis que les législatives tenues en Grèce pourraient provoquer des turbulences à court terme. Les deux élections sont donc importantes.

Des activistes à Berlin, en Allemagne, portent des masques faisant penser à un mariage difficile entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président français élu, François Hollande.« Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage », a écrit le poète Nicolas Boileau. Voilà sans doute ce qui décrit le mieux le nouveau président de la République française. Son ardeur au travail, la rigueur personnelle qu’il s’est imposée pour atteindre le poste le plus élevé de son pays, sa connaissance des dossiers, son intelligence, sa vivacité d’esprit et ses objectifs clairs feront de lui un homme politique incontournable, redoutable et entêté, avec lequel les chefs européens devront négocier et adopter de nouvelles mesures pour stimuler l’économie de la zone euro.

La chancelière allemande Angela Merkel, qui avait exprimé publiquement sa préférence pour Nicolas Sarkozy, guide d’une main de fer les destinées de la zone euro. Depuis près de trois ans, c’est l’austérité qui domine tous les discours, tous les gestes, toutes les décisions de la zone. Cette stratégie, qui a pour objectif de colmater les brèches de l’endettement, a conduit la moitié des pays de la zone euro à un retour en récession. On n’en finit plus d’additionner les chômeurs en Grèce, au Portugal et en Espagne. Nous en avons parlé abondamment dans ce blogue.

François Hollande a nettement indiqué qu’il allait proposer une politique de croissance et d’emploi tout en misant sur un programme de rigueur budgétaire. Éviter une nouvelle récession à la France, dont la croissance est presque à zéro, créer des emplois surtout pour les jeunes, tout en ramenant le déficit à 3 % du PIB l’an prochain et à l’équilibre en 2017, voilà le défi que s’est donné le nouveau président.

Ce sera difficile d’y arriver, soyons honnêtes, mais ce qui sera encore plus difficile pour lui, c’est de convaincre Angela Merkel qu’il faut conjuguer croissance et austérité, emplois et rigueur budgétaire, et miser sur une nouvelle feuille de route pour relever la zone euro. Déjà, Angela Merkel a indiqué ne pas vouloir renégocier le pacte budgétaire européen. Les analystes s’entendent pour dire que François Hollande et Angela Merkel sont toutefois condamnés à s’entendre.

En fait, Angela Merkel devra peut-être s’y résoudre sous la pression des chefs européens, qui ont commencé à exprimer de l’ouverture à l’approche de François Hollande, sous la pression aussi des agences de notation qui ont dit, il y a quelques mois, que l’austérité ne pouvait pas être la seule réponse à la crise, que des mesures de croissance sont nécessaires pour sortir du cercle vicieux actuel.

Le Parlement grec (archives)Et puis, il y a la Grèce aussi qui obligera les dirigeants européens à se parler, à négocier et à intervenir une fois de plus. Les Grecs, dont le niveau de chômage approche 22 % et dont la récession est devenue malheureusement quasi naturelle, en ont marre de l’austérité et l’ont signifié aux partis proeuropéens lors des élections de dimanche. Ils leur ont retiré leur majorité au parlement aux profits des partis d’extrême gauche et d’extrême droite.

La nouvelle coalition grecque, qui ne sera pas facile à former par ailleurs, voudra un assouplissement des exigences européennes en faveur d’une austérité sévère et abrutissante. Les déclarations de François Hollande, dimanche soir, ont résonné fort en Grèce : « Dans toutes les capitales, au-delà des chefs de gouvernement et des chefs d’État, il y a des peuples qui, grâce à nous, espèrent, regardent vers nous et veulent en terminer avec l’austérité. »

Beaucoup de choses passent inaperçues dans un budget, surtout dans un plan budgétaire de l’ampleur de celui qu’a présenté le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, jeudi dernier à Ottawa. Ça se passe vite, il faut gober beaucoup d’informations et le temps est limité pour tout dire en ondes.
 
C’est dans les jours suivants qu’on peut faire des trouvailles dans le budget, comprendre certains enjeux et communiquer certaines informations qu’on n’a pas eu le temps de mettre en lumière. Voici en rafales quelques-unes de ces informations, oubliées ou peu abordées :
 
  • Ottawa va vendre des résidences officielles à l’étranger pour les remplacer par de plus petites, ce qui devrait rapporter 80 millions de dollars au trésor public. « Des locaux plus modestes n’auront pas d’incidence sur la capacité de nos diplomates à accomplir leur travail », est-il écrit dans le budget. Le plafond de remboursement des loyers sera abaissé et des affectations seront prolongées afin de réduire « les coûts administratifs associés aux déménagements fréquents ».
  • Ottawa met fin au programme Katimavik, fondé par le sénateur Jacques Hébert, un proche de Pierre Elliott Trudeau, père du député libéral Justin Trudeau, qui a dirigé dans le passé ce programme destiné aux jeunes de 17 à 21 ans. Le ministre n’y va pas par quatre chemins dans son budget : le gouvernement entend dorénavant financer « des programmes à un coût raisonnable qui profiteront à de nombreux jeunes plutôt que d’affecter les fonds disponibles à des programmes qui touchent un très petit nombre de participants, et ce, à un coût excessif par personne ».
  • Ottawa continue de revoir son discours sur sa décision d’acheter des F-35. Dans le budget, il est écrit que le gouvernement « fera l’acquisition d’appareils abordables en remplacement de la flotte vieillissante d’avions CF-18 ». Il n’y a pas si longtemps, les ministres Peter MacKay et Julian Fantino défendaient avec passion la décision du gouvernement d’acheter 65 avions F-35 pour une somme se situant quelque part entre 5 et 8 milliards de dollars.
  • Le gouvernement Harper confirme que la SCHL va réduire le niveau de couverture en assurance des hypothèques au Canada. De nouveaux changements seront apportés au « cadre de gouvernance et de surveillance » de la SCHL « en aidant les prêteurs à trouver de nouvelles sources de financement et en accroissant la robustesse du marché des obligations sécurisées canadiennes ».
  • Les immigrants investisseurs devront être plus actifs dans l’économie canadienne. Ainsi, « le Programme d’immigration des gens d’affaires ciblera des investissements plus actifs dans les entreprises canadiennes en croissance et des entrepreneurs plus innovateurs ».
  • Le gouvernement veut privilégier les chômeurs et les travailleurs touchant de l’assurance-emploi pour les emplois saisonniers avant de faire appel à des travailleurs étrangers. Les mots du budget : « Grâce aux nouveaux liens entre les programmes d’assurance-emploi et des travailleurs temporaires étrangers, les travailleurs canadiens qualifiés pourront prendre connaissance des postes disponibles dans leur région et les obtenir, alors que les travailleurs étrangers disponibles seront engagés là où le besoin de leur participation est le plus grand. »
  • Les fonctionnaires devront contribuer davantage à leur régime de retraite. « Le gouvernement propose de rajuster le Régime de pension de la fonction publique de sorte que les cotisations des fonctionnaires en viendront au fil du temps à être égales à celles de l’employeur (50/50). Des changements comparables seront aussi apportés aux taux de cotisation aux régimes de retraite des Forces canadiennes, de la Gendarmerie royale du Canada et des parlementaires. » Le rapport est actuellement de 65 % employeur/35 % employé.
  • « Dans le cas des personnes qui deviennent membres de la fonction publique fédérale à compter de 2013, il est proposé de faire passer l’âge normal de la retraite de 60 à 65 ans. »
  • Plusieurs organismes, comme Équiterre par exemple, devront fournir plus d’informations sur leurs activités. Revenu Canada devra améliorer « ses activités d’éducation et d’application de la loi concernant les activités politiques des organismes de bienfaisance », en plus d’améliorer « la transparence en exigeant des organismes de bienfaisance qu’ils fournissent de plus amples renseignements sur leurs activités politiques, y compris sur la mesure dans laquelle leur financement provient de sources étrangères ».
  • Dans plusieurs ministères, le gouvernement consolide des pouvoirs aux mains d’une seule autorité, ce qui permettra un contrôle plus serré des subventions et des contributions gouvernementales.
  • En terminant, il est important de noter et de rappeler qu’en plus des compressions de 5,2 milliards de dollars annoncées dans les 67 ministères et organismes fédéraux, il y a aura un gel des dépenses dans les années suivantes, après 2014. En raison de la hausse du coût de la vie, ce gel signifie des compressions supplémentaires.

Voilà!