Billets classés sous « crise immobilière »

Durant une pause publicitaire jeudi soir lors de notre émission spéciale sur l’austérité, l’un des invités m’a dit : « Et les taux d’intérêt? Allez-vous parler des taux d’intérêt? Que va-t-il se passer si les taux d’intérêt montent? Un point de pourcentage de plus, c’est le budget des cégeps! »

Cet intervenant met le doigt sur ce qui représente probablement le risque le plus important au Canada en ce moment. Les autorités occidentales profitent de taux d’intérêt très avantageux, ce qui leur permet d’emprunter à faibles coûts. Le Québec en profite : ses coûts d’intérêt sont moins élevés que prévu. Ces faibles taux permettent aussi aux consommateurs de soutenir la croissance économique. Le Canada, comme le Québec, ne tombe pas en récession parce que le moteur premier de l’économie, la consommation, tourne toujours. En fait, le niveau des intérêts à rembourser par rapport au revenu disponible baisse même si la dette des ménages augmente, comme l’illustre ce graphique de Statistique Canada :

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Mais ce n’est pas sans conséquence. L’endettement augmente. Et c’est de plus en plus inquiétant, selon la Banque du Canada, cette même institution qui a jugé bon de réduire son taux directeur en début d’année dans l’objectif de stimuler la consommation… et l’endettement! Dans sa revue du système financier, la banque affirme que « la vulnérabilité liée à l’endettement des ménages demeure importante » et que cette vulnérabilité « s’accentue légèrement ». Elle ajoute que le marché du logement est déséquilibré : la hausse des prix ralentit, le marché est surévalué et le niveau de risque des investissements augmente en raison de la faiblesse des rendements des obligations.

Donc, un choc économique pourrait transformer un risque en crise :

  1. Une chute de l’emploi et des revenus pourrait entraîner une correction dans le marché immobilier, risque « moyennement élevé », dit la Banque du Canada.
  2. « La possibilité d’une hausse abrupte des taux d’intérêt à long terme » pourrait survenir si la Réserve fédérale ou la Banque centrale d’Europe faisaient des gestes surprenants. Risque « modéré », affirme la banque centrale.
  3. L’instabilité financière et économique des pays émergents représente un risque « moyennement élevé » pour le Canada.
  4. Et « il existe également un risque que des tensions financières dans la zone euro entraînent de la volatilité sur les marchés financiers mondiaux, une réévaluation généralisée du risque et une ruée vers la liquidité qui auraient une incidence négative sur les marchés financiers canadiens. » Risque modéré.

La Banque du Canada écrit aussi qu’un « défaut de paiement de la Grèce sur sa dette est devenu plus probable qu’auparavant, mais il est moins susceptible de causer de graves tensions financières dans la zone euro. »

L’objectif n’est pas d’exagérer la dette des ménages. Les Canadiens ne sont pas les seuls dans le monde à afficher des niveaux d’endettement élevés. C’est le cas aussi des Danois, des Australiens et des Néerlandais notamment.

Il y a bien sûr derrière une dette hypothécaire un actif. L’enjeu est ailleurs : quel serait l’impact d’une hausse des taux d’intérêt? Et quel serait l’impact d’une instabilité financière accrue sur les prix des maisons et la valeur des actifs?

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* Note : on parle généralement du ratio par rapport au revenu disponible, donc après impôts. Ici, le tableau fait référence au revenu brut, avant impôts.