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Dangereuses inégalités

Lundi 19 janvier 2015 à 19 h 15 | | Pour me joindre

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L’un des endroits dans le monde occidental où les inégalités  sont les plus faibles, c’est au Québec. L’explication est assez simple : le Québec s’est bâti un tissu social étendu pour réduire la souffrance, l’exclusion et améliorer le sort du plus grand nombre de ses citoyens. Ça s’est fait par une intervention massive de l’État dans l’économie et des impôts élevés. On aime ou on n’aime pas ce modèle, mais il est factuel de dire qu’il a contribué à maintenir un niveau d’inégalités parmi les plus bas d’Occident.

Ce modèle n’est pas celui des États-Unis, du Royaume-Uni et d’une bonne partie des pays de l’OCDE. Et c’est ce qui explique pourquoi les inégalités de richesse ne cessent de croître. Oxfam calcule, dans une étude publiée aujourd’hui, que les 1 % les mieux nantis détiendront une plus grande part de la richesse mondiale que le reste de la population mondiale en 2016. Et un total de 80 individus détiendront plus de richesse que la moitié de la population planétaire, soit 3,5 milliards de personnes, les 50 % les moins riches.

Tendance dangereuse

Ce constat ne vous surprendra probablement pas. Mais je pense que ce qu’on apprend aujourd’hui est encore plus important que ce qui nous est généralement révélé. Le graphique qui suit, regardez-le un instant. Il exprime une tendance dangereuse qui vient ajouter aux inquiétudes et aux conséquences néfastes provoquées par la montée des inégalités.

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Vous voyez que de 2000 à 2010, la richesse des 50 % les moins nantis a progressé, sauf durant la période de la crise financière. La croissance de la richesse des 50 % les moins nantis a suivi la tendance des 80 personnes les plus riches de la planète. Ainsi, la richesse des 50 % les moins nantis est passée d’environ 600 milliards de dollars en 2002 à 2500 milliards de dollars en 2010. Au même moment, la richesse des 80 personnes les mieux nanties de la planète a progressé également, avec une pause en 2008, pour atteindre 1500 milliards en 2010.

Mais, depuis 2010, les courbes se déchaînent : la richesse des 50 % les moins nantis chute, alors que celle des 80 personnes les plus riches grandit. En 2014, les 50 % les moins riches possédaient moins que les 80 individus les mieux nantis. Ainsi, la théorie entretenue par ceux qui croient au ruissellement de la richesse, fortement contestée, ne tient pas : les riches qui s’enrichissent n’améliorent pas le sort de ceux qui sont moins choyés. Ce graphique montre un effet contraire : une baisse de richesse pour les 50 % les moins riches, alors que les 80 individus les mieux nantis profitent pleinement de la reprise des marchés financiers depuis 2009.

La croisée des chemins

Ce graphique, qui extrapole une projection pour les prochaines années, illustre une même tendance. La part de la richesse mondiale qui revient aux 1 % les mieux nantis grandit, alors que la part qui sera détenue par les 99 % de la population va décroître.

partrichesse

La grande explication repose dans le fait que les marchés ont bondi depuis 2009 après la crise financière. D’ailleurs, la seule façon qu’on a trouvé de réduire les inégalités, mis à part les impôts élevés des années 40, ce sont les crises financières qui sont venues gruger la valeur des richesses des mieux nantis. C’est ce qui s’est passé en 2008. En période de croissance toutefois, les riches s’enrichissent très rapidement parce que ce sont eux qui ont accès aux marchés et qui détiennent une bonne part des actifs mondiaux.

Les marchés financiers créent de la richesse pour les plus riches. Ce sont des politiques d’éducation et de santé publiques qui vont aider les plus pauvres de notre société. Les marchés financiers ont un apport plus que modeste pour les moins bien nantis.

L’impact des inégalités est multiple et il a été démontré, expliqué des centaines de fois par quantité d’économistes réputés, à commencer par Thomas Piketty et Joseph Stiglitz. L’une des conséquences les plus inquiétantes, et c’est l’OCDE qui l’a récemment expliqué, ce sont les troubles sociaux qu’engendrent les écarts de richesse. Le manque d’accès à l’éducation, le rejet social, une faible qualité de vie sont des contributeurs importants à la criminalité, la violence et certainement au terrorisme.

Des réserves

Cette analyse n’est pas partagée par tous les économistes. L’Institut économique de Montréal (IEDM) a publié plusieurs textes pour réfuter les conclusions de rapports portant sur les inégalités. En 2012, l’économiste Yanick Labrie écrivait qu’on devrait s’intéresser davantage aux mesures de consommation que de revenus, plus révélatrices selon lui, de l’état de santé économique des ménages. En regard de la consommation, les écarts sont moins grands selon l’IEDM.

En débat à RDI économie, Vincent Geloso, également économiste associé à l’IEDM, a émis des réserves sur la validité des données utilisées par Oxfam, affirmant que ces informations sous-estimaient la richesse réelle des plus pauvres de la planète.

Éducation d’abord

Améliorer le sort des moins nantis, c’est miser sur l’éducation et la santé certainement. Mais plusieurs économistes sont d’avis que le moyen le plus simple de réduire les écarts de richesse, c’est de taxer les riches, taxer les entreprises, taxer le capital. Il semble bien que le président Obama veuille aller vers cette option. Il annoncerait dans son discours sur l’état de l’Union mardi soir qu’il faut augmenter les impôts des plus riches pour réduire l’impôt de la classe moyenne.

Qu’en pensez-vous?

Nos suggestions de livres

Mercredi 1 janvier 2014 à 12 h 25 | | Pour me joindre

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Chers amis!

Voici les suggestions de lecture de nos journalistes, diffusées dans notre édition spéciale RDI économie – résolutions 2014.

 

Andrée-Anne Saint-Arnaud

  • Economix par Michael Goodwin, illustrations de Dan E. Burr, Éditions Les Arènes, 2013, 304 pages
  • Dette : 5000 ans d’histoire par David Graeber, Éditions Les liens qui libèrent, 2013, 623 pages

Vincent Maisonneuve

  • Arrêtons d’avoir peur! : Insecticides, OGM, alimentation, pollution, radioactivité, énergie nucléaire, antennes de téléphones portables… Ne croyez pas les nouvelles alarmistes par Maurice Tubiana, Éditions Michel Lafon, 2012, 253 pages
  • L’Apocalypse n’est pas pour demain : pour en finir avec le catastrophisme par Bruno Tertrais, Éditions Denoël, 2011, 285 pages

 

Maxime Bertrand

  • Rebâtir l’avenir par Jacques Racine, Éditions Médiaspaul, 2013, 264 pages
  • Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien par Jean-Michel Naulot, Éditions Seuil, 288 pages

 

Mathieu Dion

  • Freakonomics: A rogue economist explores the hidden side of everything par Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner, Éditions HarperCollins, 2005, 336 pages (en français, Éditions Folio en 2007)
  • L’économie : les grands concepts expliqués par Collectif, Éditions Marcel Didier, 2013, 352 pages

 

Gérald Fillion

  • Créer et partager la prospérité : sortir l’économie canadienne de l’impasse par Diane Bellemare, préface de Claude Castonguay, Éditions Presses de l’Université du Québec, 2013, 252 pages
  • L’égalité, c’est mieux par Richard Wilkinson et Kate Pickett, préface de Claude Cossette, Éditions Écosociété, 384 pages

Sommes-nous à l’abri d’une autre crise?

Vendredi 13 septembre 2013 à 13 h 53 | | Pour me joindre

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Ça fait cinq ans déjà… cinq ans déjà qu’on tente de se remettre de l’effondrement de Lehman Brothers, la quatrième banque des États-Unis, vénérable institution née au milieu du 19e siècle. Cinq années de misères, d’incertitudes, d’espoirs déçus, de décisions malheureuses et de drames humains. Encore aujourd’hui, on croit apercevoir une sortie de crise réelle. La croissance est plus forte aux États-Unis, il y a des signaux encourageants en Europe, la croissance en Chine recommence à s’accélérer. Est-ce la bonne?

Depuis la faillite de Lehman Brothers, les grands pays occidentaux ont injecté des milliers de milliards de dollars dans l’économie, pour sauver les banques, les constructeurs automobiles, pour relancer des industries et des entreprises en dérive. Depuis cinq ans, on a cru à un rebond économique solide à trois ou quatre reprises, on a sous-estimé les effets de l’austérité, qu’on croyait essentielle d’abord et avant tout pour remettre en marche l’économie. Les coûts d’emprunt de plusieurs pays se sont emballés, les taux de chômage en Grèce et en Espagne ont explosé.

Ça fait cinq ans et les taux directeurs sont toujours au plancher aux États-Unis, en Europe, en Angleterre, même au Canada. Les banques centrales jouent encore un rôle actif dans les marchés. La Réserve fédérale hésite encore à ralentir son intervention, évaluée en ce moment à 85 milliards de dollars par mois. Ça pourrait bientôt changer, les marchés l’anticipent. Mais, c’est à voir…

Le rôle du gouvernement Bush

Il faut dire que c’est plus que la faillite de Lehman Brothers qui nous a menés dans le gouffre qu’on a connu. Après avoir sauvé la banque Bear Stearns en mars 2008, puis les sociétés de refinancement hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac à l’été 2008, le gouvernement Bush avait décidé qu’il ne voulait plus mettre d’argent public dans le sauvetage d’une institution financière. C’était contre nature pour les républicains, d’autant que nous étions en pleine année électorale pour la présidentielle.

Une crise se déroulait depuis un an dans les marchés financiers. On savait que la bulle immobilière était en train d’éclater et que ça nuisait à toutes les obligations associées aux prêts hypothécaires. Là où ça faisait le plus mal, c’était dans le marché des hypothèques adossées à des créances douteuses ou très risquées, les « subprimes ». Ces obligations étaient garanties par des prêts qui avaient été octroyés par des gens mal intentionnés à des personnes qui n’avaient pas les moyens de s’offrir une maison.

Tout le monde avait alors établi Lehman Brothers comme étant l’institution la plus exposée à ces « subprimes » et éprouvant le plus de difficultés. Le secrétaire au Trésor Hank Paulson cherchait des investisseurs privés pour sauver la banque, mais il ne voulait pas mettre d’argent dans l’enveloppe. Tout ce qui a été tenté a échoué, et le conseil d’administration de l’institution a voté en faveur d’une déclaration de faillite.

On connaît la suite.

Mais cet événement est la clé. On a laissé les institutions financières prendre des risques inconsidérés, les investisseurs savaient que les échafaudages financiers qu’ils montaient étaient risqués, mais ils n’étaient pas nombreux à mesurer le danger qui les guettait. Au pire, on croyait que l’État allait intervenir au bon moment. Comme il l’avait fait à l’été 2007, puis avec Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac.

On était tellement insouciant à Wall Street qu’entre le 15 mars 2008 et le 15 septembre 2008, l’indice S&P500 n’a cédé que 2 %. Le baril de pétrole a même atteint la barre des 150 $ quelques semaines avant la chute de Lehman Brothers, comme quoi la planète financière et économique continuait de tourner comme si de rien n’était.

Washington a bien tenté de recoller les pots cassés en aidant AIG, puis en adoptant un plan de soutien de 700 milliards de dollars, mais le mal était fait. Le marché du crédit s’est bloqué, la confiance s’est enrayée, le chômage a bondi rapidement à 10 % aux États-Unis.

Et aujourd’hui?

Cinq ans plus tard, de nouvelles règles sur les capitaux de réserve ont été adoptées. Les banques doivent rendre des comptes de façon plus sérieuse et des avancées importantes, mais incomplètes, ont été faites sur la transparence des activités dans les paradis fiscaux.

Mais, dans la réalité, la possibilité de prendre de grands risques existe toujours. Les banques peuvent encore utiliser l’effet de levier, peuvent encore se débarrasser de créances en les revendant sur les marchés pour prêter encore davantage et pour prendre d’autres créances. Les échafaudages financiers risqués et dangereux existent toujours.

On n’a pas connu 1929, mais on a vécu 2008. En principe, on comprend ce que c’est une vraie crise financière et économique. Malgré cela, l’appât du gain domine toujours. Et l’insouciance est de retour. On s’imagine même qu’une telle crise ne peut se produire qu’une fois par siècle.

Sommes-nous inconscients?

Quelle époque, n’est-ce pas ?

Jeudi 13 septembre 2012 à 18 h 59 | | Pour me joindre

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Nous sommes en septembre 2012, la Réserve fédérale nous annonce une troisième intervention dans les marchés financiers à raison de 40 milliards de dollars d’achat d’obligations par mois pour une durée indéterminée.

Ça s’ajoute à l’intervention annoncée de la Banque centrale d’Europe et le déblocage de 500 milliards d’euros pour aider les pays en difficulté en Europe.

La Fed annonce aussi un taux à 0 au moins jusqu’à la mi-2015.

Avril 2006 : les prix des maisons atteignent un sommet aux États-Unis.

Août 2007 : début de la crise du crédit, les papiers commerciaux garantis par des prêts hypothécaires très risqués s’effondrent.

Mars 2008 : Bear Stearns s’effondre.

Septembre 2008 : Lehman Brothers fait faillite, les marchés mondiaux s’effondrent, la crise financière s’amorce et mènera à ce qu’on a appelé la Grande Récession.

Aujourd’hui, cette crise financière s’est mutée en crise de la dette accompagnée d’une faible croissance économique et des récessions un peu partout sur la planète.

Maintenant, la Réserve prévoit maintenir son taux directeur à 0 jusqu’au moins à la mi-2015.

De 2006 à 2015, cette crise, qui a son fondement dans les décennies précédentes, est tout simplement exceptionnelle et son dénouement est imprévisible.

2 poids, 2 mesures

Mercredi 19 octobre 2011 à 12 h 05 | | Pour me joindre

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S’il fallait encore faire la preuve du fossé qui sépare les indignés des grandes banques américaines, on pourrait ne regarder que les résultats des institutions financières de Wall Street cette semaine. Les milliards pleuvent, les banques ont certainement retrouvé leur erre d’aller sans craindre une interférence sérieuse des pouvoirs publics.

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Du meilleur et du pire…

Mercredi 28 septembre 2011 à 14 h 16 | | Pour me joindre

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Il s’écrit et se dit beaucoup de choses sur l’état de l’économie, sur la bourse, sur une possible nouvelle crise financière et une autre récession. Dans notre univers d’informations, d’opinions, de réseaux sociaux, de médias en continue, des gens de tous horizons se prononcent. Et plusieurs « annoncent » ce qui va se passer. Projections, prévisions, prédictions, on nous annonce le meilleur et le pire.
 

Bernanke n’a pas de baguette magique!

Mercredi 21 septembre 2011 à 14 h 51 | | Pour me joindre

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Est-ce que le candidat républicain à la présidentielle de 2012 Rick Perry aurait fait peur à Ben Bernanke? Toujours est-il que la Réserve fédérale a décidé de ne pas se lancer dans une troisième séquence d’achat unilatéral d’obligations gouvernementales, qui aurait nécessité de sortir encore la machine à imprimer des billets.

Pour la petite histoire, Rick Perry a déclaré en août, lors d’un rassemblement partisan en Iowa, que « si ce gars [Ben Bernanke] imprime encore plus d’argent d’ici à l’élection présidentielle, je ne sais pas ce que vous lui feriez ici en Iowa, mais nous, au Texas, on le traiterait particulièrement mal. »

 

La Grèce sacrifiée

Lundi 19 septembre 2011 à 13 h 18 | | Pour me joindre

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En retour d’une aide financière essentielle à sa survie, la Grèce doit accéder aux exigences des autorités économiques et réduire ses dépenses de façon draconienne. Pour y arriver, Athènes privatise des services publics, gèle et réduit des services et des acquis, mais refuse de réduire les dépenses militaires. La population est en colère, et pour cause.

 

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Crise nationale

Vendredi 9 septembre 2011 à 10 h 54 | | Pour me joindre

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L’arrivée de l’an 2000, l’éclatement de la bulle technologique, les attentats du 11 septembre, l’arrivée de George W. Bush, tous ces événements coïncident avec ce qui ressemble à un important tournant dans l’histoire économique des États-Unis.

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Tiens, le pape Benoît XVI nous parle d’économie. Vous avez vu ça passer? Je le cite, jeudi, aux Journées mondiales de la Jeunesse à Madrid : « L’économie ne doit pas se mesurer à l’aune du profit maximum, mais à celle du bien commun [...] L’économie ne peut pas fonctionner uniquement selon une autorégulation mercantile, elle a besoin d’un fondement éthique afin de travailler pour l’homme. »
 
Que vous soyez croyant ou pas, que vous aimiez ou pas le pape, n’est-ce pas intéressant comme commentaire?