Billets classés sous « consommation »

godbout

Le rapport Godbout sur la fiscalité regroupe un ensemble de propositions qui ne seront certainement pas toutes adoptées par le gouvernement Couillard. Toutefois, c’est une réflexion, c’est un apport important pour rendre plus efficace la fiscalité du Québec. Du moins, c’est ce qu’annoncent les commissaires qui ont retourné toutes les pierres de la fiscalité depuis huit mois, des taxes sur les couches pour enfants aux crédits d’impôt pour les aînés, en passant par l’impôt des PME et la myriade de mesures fiscales et crédits de toutes sortes pour les particuliers et les sociétés.

On ne peut pas accuser le fiscaliste Luc Godbout d’incohérence. Ça fait longtemps qu’il dit qu’on devrait taxer plus la consommation et moins le travail. Tout le rapport s’articule autour de cette philosophie. On a regardé l’arbre et ses branches de très près dans les heures qui ont suivi la publication du rapport jeudi, les critiques ont fusé de toutes parts. Mais il faut aussi voir la forêt : le rapport Godbout est imprégné d’une vision de la fiscalité qui apportera des transformations importantes dans le « modèle québécois ».

En fait, ce que propose ce rapport, c’est un « modèle québécois » transformé. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Comment maintenir des services publics généreux et étendus dans le contexte économique et le cadre budgétaire du Québec? Luc Godbout a proposé jeudi un réaménagement de la fiscalité qui a pour but de générer plus de croissance, plus d’emplois, plus de revenus pour l’État. Mais pour le gouvernement, c’est à coût nul.

Si le rapport était adopté, l’État toucherait plus de revenus provenant des taxes et des tarifs, mais moins des impôts. Au final, on maintient le modèle, mais on réorganise son financement. En incitant davantage le travail et les investissements, comme le prétend Luc Godbout, le gouvernement pourrait toucher des revenus supplémentaires à terme.

En théorie, tout cela tient. On est d’accord ou n’est pas d’accord avec les orientations du rapport. Mais tous les experts vous diront que ça tient la route.

Il y a la théorie, il y a la réalité

Mais dans la réalité, quel sera l’impact sur les citoyens? La question est essentielle parce que les changements proposés à la fiscalité par Luc Godbout pourraient avoir un impact majeur dans la vie de chacune des personnes visées. Des dizaines de mesures fiscales seraient abolies si le rapport Godbout était adopté.

Pour les plus démunis, les taxes et les tarifs supplémentaires sont des coûts immédiats, difficiles à gérer au quotidien quand les finances sont serrées. Pour les aînés, l’accès à certains crédits et mesures fiscales, comme le fractionnement de revenus entre conjoints, ne deviendrait accessible qu’à partir de 75 ans. Pour les entreprises à un seul employé, le taux d’imposition passerait de 8 % à 10 %. Plusieurs de ces entreprises ne seraient pas en mesure d’atteindre 100 000 $ de revenus pour réduire ainsi leur taux d’imposition de 4 % proposé par le comité Godbout.

Et puis quel sera l’impact de la transformation de crédits remboursables en crédits non remboursables? Explication : un crédit remboursable permet à une entreprise de toucher le crédit sur l’impôt à payer même s’il n’a plus d’impôt à payer. Un crédit non remboursable n’est plus disponible, une fois les impôts payés.

Or, plusieurs entreprises qui font de la recherche et du développement, notamment dans les jeux vidéo, ont des centres de développement au Québec, mais ne tirent pas de revenus ici. Ces endroits sont des centres de coûts. On dépense dans le développement, on crée de bons emplois, mais on ne vend rien ici. Les revenus sont générés ailleurs.  Ces entreprises seront-elles tentées d’aller ailleurs, en Ontario ou en Colombie-Britannique, là où les crédits remboursables demeurent disponibles?

Souhaitons-nous une large discussion, un débat sur les propositions du rapport Godbout pour comprendre véritablement les impacts positifs et négatifs des recommandations qui pourraient être adoptées par le gouvernement.

Depuis plusieurs décennies, c’est toujours le consommateur qui soutient l’économie. Comme sa rémunération a peu augmenté au fil du temps en tenant compte de l’inflation, il a dû s’endetter. Et, aujourd’hui, il est très endetté.

L’État aussi est très endetté. Et il compte sur la croissance de l’économie pour toucher plus de revenus, qui proviennent essentiellement des impôts des particuliers, des entreprises aussi, mais dans une moindre mesure, et des taxes à la consommation. Pour s’assurer que ces revenus vont continuer d’augmenter, les décideurs comptent sur qui d’après vous?

Sur vous!

Nous sommes en 2015. Bien que les consommateurs, qui sont par ailleurs des travailleurs, des citoyens, des parents, des voisins, des chômeurs et j’en passe… bien que les consommateurs soient endettés jusqu’aux oreilles, on continue de tenter de stimuler votre consommation pour faire tourner l’économie et générer des revenus supplémentaires pour l’État.

Mais, attention. Je ne dis pas qu’il faut cesser de consommer. Votre beau-frère, qui est propriétaire de sa quincaillerie, et votre sœur qui a son salon de massothérapie, a besoin de votre consommation. La roue doit tourner pour que tout le monde mange!

Ce qui est embêtant, c’est la consommation à crédit. À très gros crédit. La Banque du Canada nous disait avant les fêtes – et avant de baisser ses taux d’intérêt! – que parmi les ménages endettés, 12 % étaient très endettés et responsables à eux seuls de plus de 40 % de l’endettement au Canada. Ces gens ont des dettes qui représentent 250 % de leurs revenus disponibles. Ça comprend les hypothèques, les prêts automobile, qui ont fortement augmenté dans les dernières années, les prêts personnels, le crédit.

La firme de recherche McKinsey Global Institute nous apprend aujourd’hui que le processus de réduction de l’endettement qui suit habituellement des crises et des récessions a été très limité depuis l’effondrement qu’on a connu en 2008 et 2009. En fait, la dette des pays, des individus et des entreprises est plus élevée aujourd’hui qu’avant la crise dans la plupart des 47 pays étudiés. Ce constat est inquiétant. Nous sommes, plus que jamais, exposés aujourd’hui à d’autres crises et à des menaces plus fortes à la stabilité financière internationale.

Depuis 2007, la dette globale a monté de 57 mille milliards de dollars à près de 200 mille milliards de dollars, 286 % du PIB planétaire. Les pays les plus touchés par la crise, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Irlande ont vu l’endettement des ménages baisser. Mais, ailleurs, notamment au Canada, le taux d’endettement n’a cessé de grimper.

Ce rapport met en lumière la situation du Canada en soulignant que le pays a maintenant un taux d’endettement des ménages plus élevé que les sommets atteints aux États-Unis et au Royaume-Uni avant l’éclatement de la crise immobilière. La dette des ménages canadiens représente 92 % du PIB du pays, comparativement à 77 % aux États-Unis et à 54 % en Allemagne.

Le Canada fait partie des pays où la dette des ménages a le plus augmenté depuis 2007. Le ratio dette/revenus disponibles a monté de 22 points de pourcentage au Canada, tout juste derrière… la Grèce. Regardez ce graphique :

Pour consulter ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

N’est-ce pas inquiétant?

Comment augmenter les taux d’intérêt dans un tel contexte sans provoquer des faillites à la chaîne? Comment les pays les plus endettés vont-ils parvenir à surmonter ce poids financier sans mettre à risque leur économie et le bien-être de leur population? Comment peut-on aujourd’hui gérer correctement les dettes des gouvernements et les dettes des ménages? Comment la locomotive de la consommation à crédit peut-elle poursuivre sa route à toute vitesse?

La confiance des Québécois

Vendredi 23 janvier 2015 à 13 h 07 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux a beau rejeter le mot « austérité » pour décrire l’action de son gouvernement, il n’en demeure pas moins que les investissements dans les infrastructures vont chuter de 3 milliards de dollars d’ici deux ans. Et en tenant compte de l’inflation, les dépenses de programmes du gouvernement vont baisser au cours des deux prochaines années en termes réels.

Éloignons-nous du débat sémantique et soyons concrets : les répercussions de ces choix politiques seront multiples tant sur le rôle de l’État, les services publics, les employés de la fonction publique, les finances du gouvernement et l’économie. Il est difficile de prendre toute la mesure de l’impact des compressions gouvernementales. Mais sur le plan de l’économie, les experts sont de plus en plus nombreux à s’attendre à un effet négatif.

Plusieurs économistes, dont ceux de Desjardins, affirment que l’action du gouvernement en ce moment ralentit l’économie du Québec. Le directeur des politiques publiques de l’Association des économistes du Québec, Jean-Michel-Cousineau, professeur à l’Université de Montréal, nous a expliqué récemment à RDI économie qu’en 2015, les compressions gouvernementales allaient avoir un impact négatif de 0,3 point de pourcentage sur l’économie.

Ce n’est pas négligeable, mais ça ne devrait pas nous plonger en récession parce que les exportations progressent et la consommation devrait également augmenter. Néanmoins, le Québec connaît une croissance modeste de 1 à 2 % depuis plusieurs années. La réduction gouvernementale sera notable.

AFP_120502_9t8ew_magasinage-etats-unis_sn635

Avant les fêtes, toujours à RDI économie, Pierre Fortin, professeur émérite de l’UQAM, est venu exprimer une inquiétude quant à la possibilité d’une récession au Québec. Ce qui l’inquiète surtout, c’est le ralentissement prononcé des investissements dans les infrastructures au cours des deux prochaines années. Ça pourrait avoir un impact plus sévère sur le PIB québécois.

Entre-temps, le gouvernement du Québec a annoncé que la Caisse de dépôt allait devenir un maître d’œuvre de projets en infrastructures publiques. Peut-être que cet apport de la Caisse aidera à maintenir un niveau plus élevé d’investissements en infrastructures.

En fait, l’enjeu principal dans tout ça, c’est la confiance. Desjardins écrivait cette semaine que « le principal risque à la baisse [sur la croissance économique en 2015] concerne la contribution des ménages. Malgré la chute des prix de l’essence, la confiance des Québécois demeure faible et la création d’emplois tarde à rebondir. Le redressement des finances publiques du Québec exercera une ponction sur l’économie, mais les entreprises pourraient rehausser la croissance économique plus que prévu ».

La confiance, c’est intangible. C’est un état d’être, c’est le sourire qu’on affiche en sortant de la maison le matin en se disant que son salaire est assez élevé, qu’on a les moyens de vivre ce qu’on a envie de vivre et qu’on sent que notre bonne étoile va continuer de nous suivre. Quand ton salaire est en jeu, quand ta retraite est renégociée, quand des coupes de postes sont annoncées autour de toi, la confiance est nécessairement ébranlée.

Ma collègue Stéphanie Grammond, de La Presse, a calculé jeudi que la baisse du taux directeur par la Banque du Canada (qui pourrait se traduire par des baisses de taux hypothécaire), la baisse des cours de l’essence et la réduction d’impôt fédéral pour les parents pourraient générer jusqu’à 3500 $ d’économies pour certaines familles en 2015.

Avec la croissance américaine qui s’accélère, le contexte est parfait pour redémarrer le moteur de l’économie du Québec et recommencer à créer, enfin, de l’emploi. Mais tout dépend de la confiance des Québécois, des citoyens, des consommateurs et des entrepreneurs.

Consommez-vous trop?

Lundi 8 décembre 2014 à 13 h 02 | | Pour me joindre

Pour me joindre

La question se pose. En fait, la question est cruciale. Nous vivons dans une société de consommation, de surconsommation, une société endettée, mais riche en même temps. Notre économie s’appuie, en très grande partie, sur la consommation. Si on réduit notre consommation, l’économie ralentit et le chômage augmente. Si on l’augmente, l’économie roule plus vite, il se crée de la richesse et des emplois. Mais l’endettement augmente aussi,  notre environnement est sacrifié toujours un peu plus. Quel est donc le juste milieu?

Qu’est-ce qu’une consommation acceptable, une consommation qui permet à tout un chacun de profiter des richesses de notre société, qui permet à l’épicier de bien vivre et d’embaucher des travailleurs, qui permet à l’entrepreneur de trouver preneurs pour ses produits innovants, qui permet au fonctionnaire de garder son emploi parce que l’État s’enrichit et peut maintenir ses programmes?

110511_o6i5a_dettes_ados_sn635

La question se pose, elle est cruciale. Elle est philosophique, elle ne trouve pas de réponse rapidement. On ne se « revire » pas sur un 10 cents quand il est question de notre niveau de vie! En attendant, je vous propose de trouver des réponses à certaines questions que vous vous posez peut-être à quelques jours de Noël.

Est-ce une bonne idée d’offrir une tablette électronique à un enfant de 5 ans?

Comment résister à la pression sociale qui vient parfois des amis et des parents des amis de vos enfants?

Peut-on faire les choses autrement, peut-on donner autrement? Du temps, un repas, un article confectionné par soi-même, un cadeau d’artisanat, un produit culturel local?

Et si vous en avez les moyens, sans être milliardaire (!), comment ne pas se ruiner si vous voyagez durant le temps des fêtes?

Est-ce un bon calcul d’aller magasiner aux États-Unis?

Et, parce que c’est toujours bien populaire de consulter le guide des jouets, quels sont les bons jouets et ceux qui sont à éviter?

Voilà quelques questions que nous allons aborder mardi soir à 18 h (HNE), notez bien l’heure, à l’occasion d’une édition spéciale de RDI économie sur les ondes d’ICI RDI. Nous aurons des reportages, des entrevues, des explications, des réactions. Nous aurons aussi besoin de vous. Joignez-vous à la discussion en répondant sur ce blogue ou sur facebook.com/rdieconomie aux  questions suivantes :

Que donnez-vous à Noël?

Combien dépensez-vous?

Avez-vous des trucs pour éviter de trop dépenser?

Consommez-vous trop?

Lundi 9 décembre 2013 à 12 h 40 | | Pour me joindre

Pour me joindre

C’est une période de l’année exigeante, avouons-le. Les fêtes, c’est une occasion de se rassembler, de se retrouver, de s’amuser, de faire plaisir aux autres, aux enfants d’abord. Mais c’est un moment de l’année où la pression de la consommation est très forte. On veut bien recevoir, on veut gâter nos proches, on veut acheter les cadeaux que réclament nos enfants. Comment garder le contrôle?

Endettement pendant la période des FêtesSi on veut éviter de s’endetter, il faut faire comme Nicolas Marceau : il faut travailler sur les revenus et les dépenses! Or, comme pour le ministre des Finances, si les revenus ne sont pas au rendez-vous, contrôlez vos dépenses! Comment? En faisant des choix, en magasinant sérieusement vos achats, en vous faisant un budget, en évitant de sombrer dans les bras enveloppants de la consommation. Facile à dire!

Oui, c’est vrai, facile à dire. D’autant que la publicité, le marketing, les soldes, les annonces de toutes parts nous interpellent et nous font saliver. Il est interdit de cibler les enfants dans les publicités. Mais nous ne sommes pas dupes. Les enfants captent quand même les messages! Et puisqu’ils n’ont pas la responsabilité de gérer le portefeuille, ils se sentent autorisés à s’occuper de la liste de cadeaux, n’est-ce pas?

L’équipe économique de Radio-Canada a préparé une émission spéciale pour vous donner des conseils en matière de consommation. Cette émission se veut aussi une invitation à la réflexion sur la consommation et les pressions qui s’exercent sur nous.

RDI économie spéciale des fêtes (HNE)

  • Lundi 9 décembre 18 h, 23 h
  • Samedi 14 décembre 21 h 30
  • Dimanche 15 décembre 18 h
  • Dimanche 22 décembre 12 h 30

Les questions posées sont les suivantes:

  1. Les enfants reçoivent-ils trop de cadeaux?
  2. Les rabais du temps des fêtes sont-ils vraiment des rabais?
  3. Acheter tout préparé ou cuisiner?
  4. Que penser des commerces éphémères?
  5. Y a-t-il des économies à faire sur le web… et aux États-Unis?
  6. Que donner à ceux qui ont tout?

Rendez-vous avec nos invités et nos journalistes Vincent Maisonneuve, Maxime Bertrand, Mathieu Dion, Raphaël Bouvier-Auclair et Pascal Poinlane.

Et vous?

Que faites-vous pour garder le contrôle de la consommation dans le temps des fêtes?

Quels sont vos trucs, vos suggestions?

Dites-nous…

L’Union des consommateurs met en lumière les problèmes de prévisions d’Hydro-Québec dans un document d’analyse déposé aux audiences de la Régie de l’énergie sur la demande tarifaire de la société d’État pour 2014-2015. Nous savons depuis un certain temps qu’Hydro-Québec produit trop d’électricité, que son offre excède la demande. Elle doit donc racheter ses surplus, une dépense évaluée entre 1,2 milliard et 1,3 milliard de dollars par année.

L’analyste Jean-François Blain, qui a préparé le document de l’Union des consommateurs, a comparé les prévisions de consommation et les ventes réelles. De façon globale, depuis 2005, de façon systématique, Hydro-Québec surestime la consommation.

Voici les chiffres (prévisions en GWh) de l’analyse :

Année   prévisions    ventes réelles     écart
2004     144 221         144 934                +0,5 %
2005     149 844         147 418                -1,6 %
2006     147 042        140 198                -4,7 %
2007     146 548        144 274                -1,6 %
2008     145 260        141 856                 -2,3 %
2009     142 095        137 837                -3,0 %
2010     140 607        138 380                -1,6 %
2011     143 324         141 507                 -1,3 %
2012     143 835         139 430                -3,1 %
2013     143 873        143 474                 -0,3 %
2014     145 456

En moyenne donc, en prenant les données disponibles depuis 10 ans, Hydro-Québec surestime presque toujours la consommation (les ventes réelles) de ses clients, un écart de 1,9 % en moyenne. La surestimation est de 2,93 % dans la catégorie des petites et moyennes puissances, de 2,11 % dans la catégorie industrielle et de 0,84 % dans la catégorie domestique.

Hydro-Québec réclame maintenant pour 2014 une majoration des tarifs de 5,8 %. Cette hausse doit couvrir en partie les coûts qui seront nécessaires au développement éolien.

Les statistiques répertoriées par l’Union des consommateurs sont préoccupantes. Dans un contexte de surplus énergétique, et compte tenu des intentions du gouvernement du Québec de favoriser une hausse de la production d’électricité, jusqu’à quel point le consommateur québécois doit-il casquer? Comment expliquer les erreurs de prévisions qui ont mené à une production trop élevée par rapport à la consommation réelle?

 

La décevante reprise au Canada

Vendredi 31 mai 2013 à 15 h 20 | | Pour me joindre

Pour me joindre

La croissance au pays a été plus forte qu’attendu au premier trimestre, mais… il y a des mais! D’abord, la hausse du PIB est attribuable à la croissance des exportations énergétiques en janvier et en février. Et la demande intérieure et la consommation ne progressent presque plus. C’est une bonne nouvelle que les exportations prennent le relais, mais est-ce que ça va durer?

Notre PIB dépend toujours en bonne partie de la croissance américaine. On le sait, les signaux sont encourageants, mais l’austérité dans les dépenses gouvernementales à Washington semble ralentir quelque peu la reprise américaine.  Et puis, la croissance chinoise ne cesse de ralentir. À 7,8 % pour 2013, le PIB de la Chine s’éloigne de plus en plus des années fastes de 9 et de 10 %.

Surtout, derrière la statistique du premier trimestre au Canada, se cache une réalité dont on n’a peu parlé jusqu’à maintenant : au Canada aussi, la reprise est décevante. C’est l’économiste Éric Pineault qui nous a fait parvenir un courriel sur la question. De 1975 à 1991, les récessions ont été moins profondes que celle de 2009 et les reprises ont été plus fortes. Aujourd’hui, on vit une reprise beaucoup plus faible que la moyenne historique.

Vous voyez sur le tableau l’évolution de trimestre en trimestre de la croissance économique : la moyenne des trimestres comparables durant les récessions et les reprises de 1975 à 1991. Et l’évolution sur le même temps de la période entourant la récession de 2009.

Pourquoi est-ce ainsi? Parce que la croissance mondiale est faible, particulièrement celle des États-Unis. Et, selon Éric Pineault, parce que le Canada a aussi fait le choix de l’austérité budgétaire. Le directeur parlementaire du budget a publié des études dans les dernières années pour expliquer que les compressions dans les dépenses au gouvernement fédéral réduisent la croissance du PIB et la création d’emplois. Éric Pineault est d’avis que les mesures d’austérité nous donnent une reprise décevante, qui pourraient même conduire à une stagnation économique.

Quand le ministre des Finances Jim Flaherty affirme que le Canada domine les pays du G7 en terme de croissance au 4e trimestre, il offre un portrait un peu plus étincelant qu’il ne l’est en réalité. Dans la vraie vie,  on est « moins pire » que les autres! Il est difficile de bomber le torse avec des croissances annualisées de 0,7 % et de 0,6 % dans les deux derniers trimestres de 2012 et une chute des exportations de près de 10 % au cours de la dernière année.

Le ministre des Finances Jim Flaherty lors de la conférence de presse, le 1er mars 2013Le Canada connaît une très faible croissance économique et les perspectives ne sont pas exactement rassurantes. Dans ces circonstances, les revenus attendus pour atteindre l’équilibre budgétaire dans le budget de 2015-2016 ne seront possiblement pas au rendez-vous. Et c’est pourquoi c’est dans les dépenses que le gouvernement devra trouver son déficit zéro.

Et la question avec laquelle jongle le ministre Flaherty ces jours-ci, c’est de savoir si la croissance est assez forte pour soutenir une nouvelle ronde de compressions budgétaires.

La consommation des ménages ne pourra pas, à elle seule, soutenir la croissance. C’est une donne importante : c’est environ 60 % de la croissance économique. Et puis, deux des secteurs qui ont littéralement propulsé le Canada au cours des dernières années connaissent un passage à vide, dont la durée est indéterminée : l’immobilier et le pétrole.

Dans le cas du premier, la TD annonce que les prix vont stagner au cours des 10 prochaines années. Ils vont baisser d’ici 2015 avant de remonter légèrement dans les années suivantes. Après un boom exceptionnel, la construction de nouvelles propriétés ralentit et la revente de maisons décélère. Les courtiers hypothécaires tiennent le gouvernement Harper responsable de cette situation parce qu’Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires pour calmer l’endettement parfois disproportionné des ménages.

Aujourd’hui, le niveau de mises en chantier est tombé à un rythme de construction plus modeste, soit autour de 170 000 ou de 180 000, loin des années à plus de 200 000. Et les ventes chutent, notamment à Montréal, où elles ont dégringolé de 22 % en février par rapport au même mois en 2012, au plus bas niveau depuis 2009.

Installation pétrolière à Fort McMurray en AlbertaPour ce qui est du pétrole, plus l’écart entre le prix de l’Alberta et le prix du WTI américain et du Brent londonien grandit, plus le Canada perd des revenus. Selon Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura à New York, une différence de 50 $ entre le prix de vente du baril albertain et celui qui est négocié en fonction du Brent entraîne une perte de revenus pour l’économie canadienne de 2,5 milliards de dollars par mois.

Nous en avons parlé à quelques reprises : en raison de la hausse de la production américaine et de l’absence de nouveaux oléoducs pour transporter son pétrole, l’Alberta vend son produit issu des sables bitumineux à 60 ou 70 $. C’est de 20 à 30 $ plus bas que le prix américain. C’est de 40 à 50 $ plus bas que le prix international fixé sur le Brent.

Moins de consommation, moins de profits pour les entreprises, moins de revenus pour le gouvernement. Le Canada est un pays en excellente santé financière. Mais ça n’empêche pas le ministre Flaherty de devoir trouver un équilibre à court et à moyen terme pour éviter de gaspiller cette avance.

Le commerçant et son client

Vendredi 14 décembre 2012 à 12 h 06 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Je suis fasciné par les rouages de l’économie. Par les gens qui font et qui animent l’économie. Par les femmes et les hommes qui font en sorte que tous les jours, nous vivons, nous mangeons, nous bougeons, nous avançons, nous évoluons dans l’objectif universel d’être heureux! On est loin d’y arriver tous les jours. Être heureux, ça peut prendre toute une vie pour y arriver. Et encore! Nos petites chimies intérieures et les hauts et les bas de la vie brouillent parfois, et pour plusieurs souvent, nos desseins de bonheur, de paix et de sérénité.

Des clients font la queue à la caisse du magasin de  jouet Toys R Us à Winnipeg vendredi matin.Au Centre Laval, dans les dernières semaines, et jeudi soir lors de notre spéciale des fêtes en direct, j’ai rencontré là des gens que je connais. Je ne veux pas dire que je les connais personnellement. Mais j’ai vu des êtres humains qui m’ont fait penser à d’autres personnes que j’ai connues dans ma vie. Des gens qui travaillent souvent 6 jours semaine, des journées qui peuvent dépasser les 12 heures, des gens qui doivent sacrifier une bonne partie du temps de famille et de loisir pour gagner leur vie.

Les commerçants. Les détaillants. Vos voisins, vos frères et vos soeurs, vos amis, ces gens-là fabriquent, fournissent, vendent des biens et des services que nous achetons et que nous consommons. On le fait par besoin ou par plaisir. Ils le font par nécessité. C’est leur gagne-pain, c’est leur salaire.

Ils sont les deux tiers de l’économie. Près de 70 % du PIB au Québec, au Canada et aux États-Unis reposent sur la consommation. C’est trop? Peut-être, probablement. Le dérapage, de nos jours, si je peux me permettre d’utiliser ce mot, ce n’est pas la consommation. C’est la surconsommation! La conseillère de l’ACEF de l’Île Jésus Eduarda Freitas nous disait jeudi soir en direct à RDI qu’il y a des besoins et des désirs. Il faut obligatoirement s’occuper de l’un et espérer pouvoir combler l’autre.

Mais combler les désirs en s’endettant sans savoir comment rembourser nos cartes de crédit, c’est un aller simple vers l’enfer budgétaire! À 20% d’intérêt, les cartes de crédit peuvent vous faire plonger dans un véritable « précipice budgétaire » pour reprendre une expression à la mode ces jours-ci.

Et notre défi social, il est là. Le vice de notre modèle économique, c’est l’endettement dû à la surconsommation. C’est acheter avec de l’argent qu’on n’a pas et gonfler un peu plus chaque jour la bulle des dépenses et des dettes.

Comment fait-on pour continuer à stimuler l’économie et l’emploi, par la consommation qui, je vous le rappelle, fait vivre une majorité de nos voisins, amis et parents, tout en évitant de crouler sous les dettes et de sombrer dans les dépenses inutiles, irresponsables et contre-productives?

Le monsieur de la caverne d’Ali baba du Centre Laval m’a fait visiter sa jolie boutique jeudi soir. Une partie de sa vie, c’est ce commerce qu’il aime, dont il est fier, qu’il m’a présenté comme l’une des grandes merveilles du monde. Il m’a dit que les affaires étaient relativement bonnes.

J’ai parlé à la propriétaire d’une bijouterie qui, elle, affichait des rabais de 50 % dans sa boutique. Il y a une dizaine de bijouteries dans son petit centre commercial. La concurrence est féroce. Il y a un gros « Target » qui s’en vient au Centre Laval, ça va attirer des gens m’a-t-elle dit.

D’un côté, le commerçant, qui vit d’espoir et d’optimisme, qui attend, qui est patient, qui se doit d’être créatif, ingénieux et original. De l’autre, le consommateur, qui doit faire des choix, qui doit se raisonner, se faire un budget, respecter ses limites et éviter les pièges de l’endettement.

Entre les deux : l’économie. Le rapport social, le lien entre les humains, les besoins, les désirs. Le capitalisme dans ce qu’il y a de meilleur et de pire aussi.

Fêtes : le défi de mieux consommer!

Lundi 10 décembre 2012 à 12 h 07 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Je ne vous cacherai pas d’avoir été étonné par les résultats de ventes de la grande fin de semaine de l’Action de grâces aux États-Unis et du Black Friday, jour de soldes qui, traditionnellement, lance la grande période du magasinage des fêtes. Dans le contexte économique des États-Unis, le niveau de confiance qui est fragile et le taux de chômage qui demeure élevé, on aurait pu croire que les Américains auraient modéré leurs ardeurs à l’approche des fêtes.

Mais non. Pas du tout! Selon un sondage de la National Retail Federation, 247 millions de consommateurs ont magasiné dans les commerces et sur le web durant la grande fin de semaine de l’Action de grâces, comparativement à 226 millions en 2011. C’est une hausse de plus de 9 %. Ils ont dépensé 423 $ chacun, en moyenne, soit 6,3 % de plus qu’en 2011. Total des dépenses : 59,1 milliards de dollars.

Un foule se presse pour profiter des aubaines du Black Friday, au Mall of America, le 25 novembre 2011.Et, comme chaque année, nous avons assisté à des scènes surréalistes. Des gens, en file d’attente depuis des heures, devant des magasins, qui se précipitent, se poussent, se marchent dessus, se blessent pour atteindre les produits en solde sur les planchers des commerces qui viennent d’ouvrir, très très tôt le matin du Black Friday. C’est moins violent, disons-le, devant son écran d’ordinateur, où se font toujours un peu plus d’achats tous les ans.

Les gens consomment donc, malgré les inquiétudes, l’état de l’économie et la précarité dans laquelle plusieurs sont enfoncés. Et l’économie carbure à cette consommation! Environ 70 % de nos économies avancées s’appuient sur la consommation de toute sorte. Et pour s’assurer que l’économie ne s’effondre pas, des tonnes de possibilités ont été, de façon ingénieuse et créative, échafaudées au fil du temps pour faire en sorte que les gens ne cessent de consommer : cartes de crédit, marge de crédit, cartes-cadeaux, paiements étalés, marketing et publicités audacieuses et attractives, etc. On peut consommer, sans s’arrêter, mais tout en payant des intérêts bien sûr! Ce système ne prend pas de vacances. Il tourne à fond!

MagasinLes Canadiens ne sont pas en reste. Selon un sondage effectué par Deloitte, 65 % des gens vont acheter entre 1 et 10 cadeaux pour les fêtes. Des cartes cadeaux, de l’argent, des vêtements, des jouets, des produits électroniques. On cherche les soldes et on compare les prix. Au final : on achète! Tellement qu’on prévoit l’ouverture de 12 à 15 centres commerciaux de plus au Canada dans les prochaines années. De plus, en 2013, plusieurs chaînes américaines, dont Target, ont prévu s’installer au Canada.

Il y a de l’argent à faire… et les commerçants se battent pour attirer votre dollar et vos petites cartes de plastique! Selon un autre sondage, celui-là effectué par la BMO, les Canadiens prévoient augmenter de 15,6 % leurs achats de cadeaux en 2012. Et ils vont voyager encore plus cette année. Voici les données tirées du sondage :

Achats

2012

2011

Achats de cadeaux

674 $

583 $

Voyages

563 $

360 $

Divertissements

267 $

307 $

Autres

106 $

147 $

Dépenses du temps des fêtes au pays

Achats

TOTAL

Atl.

Qué.

Ont.

Man./Sask.

Alb.

C.-B.

Achats de cadeaux

674 $

625 $

359 $

924 $

645 $

553 $

673 $

Voyages

563 $

347 $

286 $

801 $

411 $

639 $

529 $

 
Divertissements

267 $

156 $

125 $

383 $

165 $

240 $

323 $

Autres

106 $

99 $

48 $

133 $

61 $

93 $

173 $

L’ingéniosité est au rendez-vous pour vous attirer. Selon Gerrick Johnson, analyste de jouets (vous avez bien lu…) pour BMO Marché des capitaux, « les consommateurs profiteront de nouvelles tactiques des détaillants, comme des systèmes de réservation de jouets innovateurs, des programmes de correspondance de prix plus dynamiques, la livraison le même jour des commandes en ligne et des mises de côté moins chères ».

La consommation est au cœur de notre société. Nous travaillons tous les jours pour produire des services et des biens qui sont ensuite vendus. Mais, le problème, c’est que la roue tourne toujours un peu plus vite. Et les gens s’endettent toujours un peu plus sans prendre garde aux conséquences qui sont, pour certains, désastreuses. Comment éviter les pièges de la consommation?

Ce sont des questions qu’on va se poser jeudi soir à 20 h (HNE) sur RDI. On vous présente une émission spéciale : RDI économie, édition des fêtes, émission d’une heure au cours de laquelle on va aborder quatre thèmes :

  1. Tendance : qu’est-ce qui est bon à acheter et qu’est-ce que vous devez éviter?
  2. Comment éviter les pièges de l’endettement? Mieux consommer, moins consommer?
  3. Qu’est-ce qu’on achète sur Internet? Est-ce moins cher? Qu’est-ce qu’on évite sur Internet?
  4. Et comment consommer de façon responsable? Des trucs.

Source – sondage Deloitte : http://www.deloitte.com/assets/Dcom-Canada/Local%20Assets/Documents/CB/12-2969%20CB%20Holiday%20Survey%202012_FR_FIN.pdf

Source – sondage BMO : http://nouvelles.bmo.com/press-releases/perspectives-2012-de-bmo-sur-les-depenses-du-temps-tsx-bmo-201211080832502002