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Le cadre financier du Parti libéral

lundi 28 septembre 2015 à 16 h 10 | | Pour me joindre

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Les conservateurs ont plongé le gouvernement en déficit en 2009 parce qu’une crise financière sans précédent depuis celle de 1929 s’abattait sur le monde. Il fallait agir pour éviter une récession trop profonde au Canada. Comme d’autres gouvernements, même si c’était contre-intuitif pour des conservateurs, l’État canadien s’est endetté pour tenter de stimuler l’économie.

Les libéraux auraient probablement fait la même chose. Malgré cela, dans le cadre financier que la formation politique a présenté samedi matin, les libéraux écrivent ceci : « En 2008, [Stephen Harper] a promis un budget équilibré, puis a immédiatement changé son fusil d’épaule et a annoncé un déficit. »

C’est vrai que les conservateurs ont hésité longtemps avant de plonger la main dans la bourse pour investir dans l’économie. Mais ils l’ont fait. Le gouvernement minoritaire de Stephen Harper a même failli être renversé par l’opposition à l’automne 2008.

Les libéraux n’hésitent pas, eux, à proposer aux Canadiens une série de déficits d’ici 2019. Pourtant, nous ne sommes pas en crise. La récession de la première moitié de 2015 est probablement terminée, elle aura été faible et courte.

Dans le but d’investir massivement dans les infrastructures, le parti de Justin Trudeau prévoit un déficit de 9,9 milliards de dollars en 2016-2017, de 9,5 milliards en 2017-2018 et de 5,7 milliards en 2018-2019. Un surplus de 1 milliard est envisagé en 2019-2020.

À noter que la plateforme libérale est muette sur le solde de l’exercice 2015-2016 qui se termine le 31 mars prochain.

Nous en avons souvent parlé, un déficit de 5 à 10 milliards par année sur une économie de 2000 milliards de dollars, ce n’est pas grand-chose. C’est moins de 0,5 % du PIB canadien. Même que durant cette période de déficit, le gouvernement pourrait tout de même continuer à réduire sa dette par rapport à la taille de son économie. C’est important de remettre cela en perspective.

Il est important aussi de noter que les très faibles taux d’intérêt représentent une occasion exceptionnelle pour les gouvernements de mettre à jour, à bas coûts, leurs infrastructures. C’est ce que les libéraux proposent.

Mais a-t-on besoin d’investir autant pour stimuler l’économie canadienne? Avons-nous besoin de quatre années de déficits supplémentaires pour alimenter l’économie canadienne? Pourquoi pas une année ou deux seulement? Pourquoi reporter le retour à l’équilibre à 2019-2020?

Contrairement au NPD et aux Verts, et comme l’a fait le Bloc québécois, les libéraux appuient leurs projections économiques sur les données révisées à la baisse par le Directeur parlementaire du budget. Bonne chose, on est dans la réalité!

Fait remarquable aussi dans le cadre financier du PLC, on soustrait 600 millions de dollars aux revenus supplémentaires prévus avec l’augmentation des impôts des personnes gagnant plus de 200 000 $ par année. Une prudence élémentaire qu’on voit rarement dans  un cadre financier.

Le cadre financier du Parti libéral du Canada est clair, appuyé et réaliste. Mais ça ne veut pas dire que de ramener le Canada en déficit soit pour autant une politique nécessaire et bien étayée. Bien que le Canada soit engagé dans une lente croissance, il n’est pas clair qu’il est approprié d’utiliser tout  de suite une politique aussi stimulatrice.

LE PROGRAMME DU PARTI LIBÉRAL EN CINQ POINTS :

  1. Déficit budgétaire en 2016-2017, 2017-2018, 2018-2019 et surplus en 2019-2020
  2. Programme d’infrastructures de 125 milliards sur 10 ans
  3. Hausse d’impôt sur les revenus dépassant 200 000 $ avec un nouveau taux à 33 % | baisse pour les revenus de 45 000 à 90 000 $
  4. Fin du fractionnement de revenu | baisse de 50 % du plafond CELI
  5. Remplacement des prestations pour les familles par une allocation canadienne aux enfants

Le cadre financier du Bloc québécois

mercredi 23 septembre 2015 à 17 h 39 | | Pour me joindre

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Le Bloc québécois est le premier parti à proposer un cadre financier qui s’appuie sur les données économiques canadiennes révisées. C’est un problème depuis des années : les partis politiques, en pleine campagne électorale, multiplient les annonces et s’appuient sur des chiffres optimistes pour établir leur cadre financier. Le Bloc a le mérite aujourd’hui de prendre les chiffres du directeur parlementaire du budget et de s’appuyer ainsi sur des projections réalistes, une croissance du PIB franchement plus lente que prévu cette année et plus modeste aussi dans les prochaines années.

En intégrant de nombreuses propositions de revenus et de dépenses dans une grille chargée, le Bloc québécois en arrive à un déficit de 1,7 milliard de dollars pour 2015-2016 et des surplus de plus de 4 milliards en 2016-2017 et 2017-2018.

Cependant, il nous faut une baguette magique pour atteindre tous ces objectifs. La même baguette utilisée par le NPD et les verts : on taxe plus les entreprises, les pétrolières, les banques et les mieux nantis… et pouf, les milliards pleuvent.

Comprenez-moi bien : je ne dis pas qu’il est farfelu d’augmenter les impôts des entreprises ou des plus riches. C’est un choix politique et financier qui a sa valeur. Mais il serait primordial que les partis prennent en compte l’effet économique d’une hausse d’impôt.

Dans le cas du NPD, une hausse des impôts des sociétés de 15 à 17 % entraînerait, semble-t-il, des pertes d’emplois. Combien? Le NPD n’en dit rien. Mais économistes et partisans des partis d’opposition ne se sont pas gênés pour chiffrer les pertes potentielles. Le Bloc veut faire passer le taux d’impôt des sociétés de 15 à 16,5 %, et celui des pétrolières et des banques de 15 à 20 %. Alors, Monsieur Duceppe, qu’on soit d’accord ou non avec cette proposition, combien d’emplois seront perdus? Quel sera l’effet sur les investissements?

Par ailleurs, le Bloc québécois propose quelques hausses d’impôt pour les contribuables avec l’annulation du fractionnement de revenus pour les couples avec enfants et un abaissement du plafond du CELI à 5500 $. De plus, le Bloc souhaite l’annulation de la baisse de 21 % des cotisations à l’assurance-emploi, annoncée par les conservateurs. Le Bloc croit qu’il faut sortir le compte de l’assurance-emploi du fonds consolidé du gouvernement pour éviter qu’on ne prenne les surplus pour équilibrer le budget, comme le gouvernement Harper l’a fait le printemps dernier.

Les hausses d’impôt représentent l’essentiel des revenus supplémentaires identifiés qui pourraient permettre des investissements supplémentaires dans une longue liste d’investissements souhaités par le Bloc : le logement social, le supplément de revenu garanti, les soins à domicile, la non-imposition de la prestation universelle pour enfants, le rétablissement des crédits complets pour les fonds de travailleurs, etc.

Nous savons que le Bloc ne prendra pas le pouvoir, mais son cadre financier a le mérite d’être clair, détaillé et de s’appuyer sur des prévisions de croissance du PIB qui sont réalistes. Mais comme les autres partis qui ont présenté leurs chiffres, le Bloc québécois n’explique pas les répercussions économiques des hausses d’impôts qu’il propose.

LE PROGRAMME DU BLOC QUÉBÉCOIS EN CINQ POINTS :

  1. Déficit budgétaire en 2015-2016, surplus en 2016-2017 et 2017-2018
  2. Hausse d’impôt pour les entreprises à 16,5 % (20 % pour les pétrolières et banques)
  3. Hausse d’impôt des particuliers : fin du fractionnement de revenu | baisse de 50 % du plafond CELI | hausse du taux d’impôt à partir de 150 000 $ de revenus
  4. Assurance-emploi : annulation de la baisse de cotisation de 21 % et séparation du compte du fonds consolidé du gouvernement
  5. 10 milliards par année dans les infrastructures vertes

Surplus… et puis après!

lundi 14 septembre 2015 à 11 h 32 | | Pour me joindre

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Ottawa annonce un surplus de 1,9 milliard de dollars pour son exercice 2014-2015 au lieu d’un déficit de 2 milliards tel qu’annoncé dans le budget du printemps dernier. Au cœur de la campagne électorale, les partis politiques vont se saisir de ces chiffres et les utiliser à des fins partisanes.

Voici huit éléments qui vous aideront à comprendre pourquoi cette annonce ne mérite pas toute l’attention que nous allons y porter aujourd’hui :

  1. Le PIB du Canada est de 2300 milliards de dollars canadiens. Un déficit de 2 milliards ou un surplus de 2 milliards, ce n’est que 0,1 % du PIB du pays;
  2. Le budget du gouvernement du Canada totalise des charges de 280 milliards de dollars canadiens. Deux milliards de plus ou de moins, c’est 0,7 % du total budgétaire du Canada;
  3. La cote de crédit du Canada est de AAA, parmi les meilleures notations de crédit de la planète. Annoncer un surplus de 2 milliards au lieu d’un déficit de 2 milliards ne va pas améliorer la note de crédit du pays. Avec l’Australie, le Danemark et la Suisse, le Canada est un des endroits les plus sûrs pour investir dans le monde;
  4. Les coûts d’emprunt du Canada sont extrêmement faibles : le Canada n’offre qu’un taux de 1,5 % sur une obligation 10 ans. Comme on l’expliquait dans un billet de blogue précédent, ne pas profiter de ce marché sans intérêt ou presque pour investir dans les infrastructures, l’innovation et la productivité est une véritable occasion ratée;
  5. Bien que la croissance économique soit modérée, le taux de chômage est relativement faible à 7 %. Le Canada crée des emplois, soit environ 13 000 postes de plus par mois;
  6. La dette du Canada ne cesse de baisser par rapport à son économie. Elle est la plus faible des pays du G7. Le ratio de la dette nette est passé de 36 % du PIB en 2013-2014 à 34,8 % du PIB en 2014-2015. Cette dette nette est de loin la plus faible, si on tient compte en plus des obligations au titre des régimes de retraite non capitalisés des pays du G7;
  7. Les frais de la dette publique ne représentent que 9,5 % des dépenses. On était à 30 % dans les années 90;
  8. Les revenus du gouvernement sont en hausse : de 3,8 % sur les impôts des particuliers, de 7,8 % sur les impôts des sociétés, de 1,1 % sur les revenus de TPS. Les revenus totaux en 2014-2015 ont grimpé de 3,9 % par rapport à l’exercice précédent.

Peu importe ce qu’en disent les chefs politiques, l’équilibre budgétaire est atteint au Canada. Quelques milliards de plus ou de moins ne changeront rien à l’enviable réalité financière du pays.