Billets classés sous « Congrès »

C’est à Washington que se fera le débat sur l’avenir du transport de pétrole par train en Amérique du Nord. Pour ceux qui sont inquiets de voir de plus en plus de train transportant du pétrole circuler tous les jours au cœur des villes et villages du pays, le fait que des sénateurs se soient emparés du dossier aux États-Unis peut les réjouir. Pourquoi?

Le train de la MMA a quitté Farnham dimanche.Parce que c’est à Washington que se trouvent les lobbys, les groupes de pression corporatifs, mais aussi les groupes citoyens. Le Congrès est le théâtre de nombreux affrontements entre les élus, représentant le peuple, et les industries, les entreprises, les responsables de toutes sortes. Des politiques se font et se défont au Congrès, des réputations aussi d’ailleurs. Des enjeux de taille sont négociés, débattus, déconstruits au Congrès.

Il est clair que si le Congrès se saisit du dossier du transport de pétrole par train, il y a là une possibilité pour les différents groupes de se faire entendre et d’avoir de l’influence. Le secteur ferroviaire et les producteurs de pétrole vont défendre leurs industries. Mais des maires, des citoyens et d’autres groupes pourront se faire entendre également. C’est ainsi qu’on pourra possiblement entendre la mairesse de Lac-Mégantic Colette Roy-Laroche, qui sera invitée à témoigner en mars prochain.

Les Américains ont été ébranlés par les événements de Lac-Mégantic. L’explosion qui s’est produite dans la nuit du 5 au 6 juillet aurait pu très bien se produire dans le Maine. Ce train se dirigeait vers les États-Unis. Et en se stationnant à Nantes, il n’était qu’à quelques dizaines de kilomètres de la frontière. Des déraillements de wagons transportant du pétrole ont eu lieu aussi dans les dernières semaines en Alabama et dans le Dakota du Nord. Si la mort a frappé à Lac-Mégantic, les Américains savent qu’elle peut frapper aussi n’importe où sur leur territoire.

Colette Roy-Laroche« La question de la sécurité des gens est plus importante que les profits réalisés par les compagnies ferroviaires », a déclaré Mme Roy-Laroche mardi matin à Lac-Mégantic. Si cette réflexion semble évidente à bien des gens, elle l’est un peu moins pour les compagnies ferroviaires. Le retrait des vieux wagons-citernes qui ne respectent pas les nouvelles normes gouvernementales, environ 215 000 au Canada, prendra 10 ans et coûtera plus de un milliard de dollars affirme l’industrie. Le délai est considérable, certes, mais les coûts le sont aussi disent les transporteurs ferroviaires.

C’est trop long selon la mairesse de Lac-Mégantic. Même si les risques sont très faibles, le danger existe et nous connaissons trop bien les conséquences possibles. Nous avons posé la question dans ce blogue il y a quelques semaines : pour assurer la sécurité des gens, ne devrait-on pas investir les milliards de dollars nécessaires? Des wagons plus étanches, des voies ferrées qui contournent les zones habitées quand il est question de transport de matières dangereuses comme le pétrole, est-ce vraiment trop demandé?

Chose certaine, ce qui va se passer en mars à Washington sera crucial pour la suite des choses.

Alors que la reprise économique aux États-Unis semble finalement prendre racine, les membres du Congrès à Washington n’ont rien trouvé de mieux que de bloquer le fonctionnement normal du gouvernement fédéral et de mettre en péril cette fragile relance. Cinq ans après le déclenchement de la crise financière, l’économie américaine tente toujours de retrouver son envol. Cette fois-ci semblait la bonne…

Plusieurs places publiques sont fermées en raison de l'impasse budgétaire aux États-Unis.J’ai sorti beaucoup de chiffres, des évaluations de différentes institutions qui essaient de calculer l’effet possible de la paralysie gouvernementale aux États-Unis sur l’économie. Le groupe IHS évalue à 300 millions de dollars les pertes quotidiennes. La croissance du PIB américain sera réduite de 0,3 point de pourcentage si la crise dure deux semaines selon la TD. L’impact économique devrait s’accélérer si ça dure plus longtemps. Selon Moody’s, si la paralysie s’étend sur un mois complet, la croissance sera entamée de 1,4 point de pourcentage.

Derrière les chiffres, il y a des réalités, encore une fois. Il y a plus de 800 000 fonctionnaires qui n’ont plus de paie! C’est 800 000 ménages qui sont pris en otage par les membres du Congrès aux États-Unis qui ne s’entendent pas sur le financement de la réforme de la santé du président Obama.

Il y a pire encore. Le Wall Street Journal écrivait mardi qu’environ trois employés sur quatre des Instituts de la santé (NIH) aux États-Unis sont en congé forcé. Résultat, écrit le journal : le directeur Francis Collins a déclaré qu’environ 200 patients qui sont admis à des séances de tests cliniques du NIH chaque semaine ne pourront pas être reçus. Ça comprend une trentaine d’enfants, la plupart d’entre eux atteints du cancer.

Le président américain, Barack Obama, le 1er octobre, à WashingtonLa crédibilité du système budgétaire américain est en jeu. Ça fait trois ans que l’opposition entre démocrates et républicains ralentit le fonctionnement normal de l’État. Le président a du mal à faire avancer ses projets, tandis que les membres du Tea Party à l’intérieur du Parti républicain exigent des compressions budgétaires importantes avant de faire quelque compromis que ce soit. Qui a tort? Qui a raison? Je vous laisse juger.

Mais, il faut faire un constat. Ce système nuit à l’économie en ce moment. Et c’est la Réserve fédérale qui doit compenser en maintenant son intervention massive dans les marchés avec l’achat de 85 milliards de dollars de bons du Trésor et d’obligations tous les mois. Cette intervention est saluée par les uns, critiquée par d’autres, mais elle n’est pas sans conséquence. Elle maintient peut-être les coûts d’emprunt à de très faibles niveaux aux États-Unis, ce qui allège le point des intérêts sur la dette américaine. Elle pourrait aussi créer une forte inflation dans les prochaines années.

Il est difficile d’être optimiste quand on voit le comportement du Congrès dans le dossier de la paralysie budgétaire. D’ici le 17 octobre, républicains et démocrates doivent s’entendre pour relever le plafond légal de la dette du pays. S’il n’y a pas d’entente, le gouvernement ne sera plus en mesure d’emprunter normalement sur les marchés, comme tous les gouvernements doivent faire. Et Washington pourrait se retrouver en défaut de paiement.

Et qui va payer pour ce énième fiasco, au bout du compte, pensez-vous?

Relativiser la dette américaine…

Vendredi 25 janvier 2013 à 13 h 30 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Bien à gauche, on la minimise. Bien à droite, on l’exagère! La dette américaine soulève les passions! Le plafond de la dette dépasse maintenant les 16 000 milliards de dollars et, une fois de plus, l’enjeu provoque des affrontements entre républicains et démocrates à Washington. La situation s’est apaisée ces derniers jours, mais une joute politique non productive pourrait malheureusement reprendre bientôt.

Le président américain Barack Obama avec, à sa droite, le chef de file des républicains à la Chambre des représentants, John Boehner, et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner Il faut dire que le niveau de la dette est passé de 46 à 103 % du PIB en cinq ans aux États-Unis. C’est impressionnant. C’est un bond énorme, spectaculaire, terrifiant diront certains. Mais… mais il faut aller au-delà des chiffres!

Cette formidable poussée de l’endettement aux États-Unis est attribuable à la crise financière, à la Grande Récession et aux milliers de milliards de dollars que le gouvernement américain a dû injecter dans ses banques, dans l’industrie automobile, dans l’économie et dans les marchés financiers pour sauver le pays!

Aussi, cette incroyable progression de l’endettement américain s’est accompagnée d’une tout aussi incroyable progression de l’endettement des autres pays occidentaux. Le ratio de la dette par rapport au PIB a doublé en Allemagne, en Espagne, au Canada (en comprenant les provinces) et a progressé de 15 à 40 % en France, en Grèce, en Italie et au Japon, pour ne nommer que quelques-uns des grands pays.

Dette / PIB                    2007     2011

Allemagne                    41           81

France                           67          86

Grèce                           125        165

Espagne                        30          69

Italie                             105        120

Japon                           150        206

Canada                          40          84  (dettes fédérale et provinciales)

Canada                          30          34  (dette fédérale seulement)

Sources : Université de Sherbrooke, FMI

Ce qui est important pour les agences de notation et pour les opérateurs de marché, c’est la crédibilité du processus budgétaire d’un gouvernement, ce sont les perspectives de croissance et la capacité de l’État à rembourser normalement la dette et les intérêts qui y sont associés.

La chicane politique aux États-Unis a beaucoup plus d’effet que le niveau de la dette à 103 % du PIB. Les États-Unis sont en croissance. La situation économique ne cesse de s’améliorer, même si c’est lent, inégal et fragile. Les pouvoirs politique et monétaire peuvent agir avec vigueur pour stimuler l’économie et le crédit.

Le vrai problème aux États-Unis, il est idéologique et partisan. L’intérêt des uns et des autres au Congrès semble primer sur l’intérêt réel de l’économie américaine. C’est ce qui fait que nous avons connu un psychodrame sur le plafond de la dette à l’été 2011 qui a failli replonger les États-Unis en récession. Et c’est pour ça aussi qu’on a connu un nouvel épisode de cette mauvaise série au cours des derniers mois, qu’on a appelé « le précipice budgétaire ».

Il faut s’intéresser aux faits. La note de crédit des États-Unis a été abaissée par une seule agence en 2011, ce qui n’a pas fait broncher d’un cheveu les marchés. Washington peut emprunter à sa guise sur les marchés, à faibles taux d’intérêt et la demande demeure très forte. Et les agences maintiennent la note parfaite du pays.

Alors, comment se fait-il que le niveau d’endettement actuel ne provoque pas une montée des coûts d’emprunt? Comment se fait-il que les agences de notation n’expriment pas avec angoisse leur inquiétude face à ce taux d’endettement, qui dépasse les 100 % et qui a augmenté rapidement?

La réalité, c’est que l’économie américaine est encore sous perfusion des autorités politiques et monétaires. La réalité aussi, c’est que les États-Unis remboursent leur dette sans faillir et que son plan de réduction du déficit est jugé crédible. Le seul danger, c’est une autre crise politique au Congrès.

Entre minimiser le problème de la dette et en exagérer sa portée, il faut relativiser.

Obama : présider un pays en crise

Lundi 21 janvier 2013 à 12 h 55 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le premier mandat de Barack Obama aura été marqué par des mois d’angoisse pour des millions d’Américains, puisque s’est étirée jusqu’à l’été 2009 la pire récession aux États-Unis depuis la Grande Dépression des années 30. L’essentiel des quatre ans du président Obama aura été consacré à des stratégies de relance de l’économie.

Le président américain Barack Obama

Mais le travail a été ardu. Et les résultats, mitigés. Dans un contexte où la Chambre des représentants était dominée par les républicains, il a été difficile pour le président de mettre en œuvre le plan de relance qu’il souhaitait adopter. Il a dû faire des compromis et, à couper la poire en deux chaque fois, on est arrivé à des résultats en demi-teinte.

 

Ce mandat a été marqué aussi par deux conflits politiques majeurs : celui sur le relèvement du plafond de la dette, qui a mené à la décote de la dette du pays. Et puis, celui appelé le « précipice budgétaire », un péril qui allait survenir le 1er janvier 2013 si républicains et démocrates ne s’entendaient pas sur de nouvelles mesures budgétaires. Une entente a été conclue, mais ce dossier est loin d’être réglé. Des accords doivent survenir sur les dépenses à couper et sur le plafond de la dette.

En fait, soyons francs et clairs : les États-Unis travaillent encore à leur sortie de crise. La Réserve fédérale imprime par milliards des billets en rachetant des bons du Trésor américain, question de stimuler le marché obligataire, de maintenir un haut niveau de liquidité et d’assurer un accès normal au crédit pour les banques, les entreprises et les individus.

Plusieurs craignent un emballement inflationniste avec cette injection monétaire massive. Théoriquement, ils ont raison. Mais, comme l’explique souvent Paul Krugman du New York Times, l’économie américaine est encore dans un état de dépression. Ou, du moins, elle en sort à peine. Que ce mot décrive une situation bien réelle ou qu’il en exagère la réalité, il n’en demeure pas moins que les troubles inflationnistes potentiels semblent bien mineurs à côté des problèmes fondamentaux qui affligent l’économie américaine.

Le chômage est au même point, quatre ans plus tard. Des millions d’emplois perdus n’ont pas été remplacés. Le revenu moyen des ménages a baissé, comme la valeur de leur patrimoine immobilier. Le chemin est encore long pour une reprise économique durable et le retour à une croissance forte et stable dans le pays le plus riche du monde.

Souhaitons, pour l’Américain moyen, que les décideurs à Washington sachent adopter les mesures nécessaires qui assureront leur prospérité, leur protection et leur bonheur. Et, comme c’est important de le rappeler, et comme il l’a rappelé lui-même dans son discours d’assermentation : une société plus verte. Le défi écologique est le défi économique du 21e siècle. Et, alors qu’il doit remettre sur ses rails l’économie de son pays, le président Barack Obama doit aussi orchestrer un plan de match crédible et ambitieux pour réduire de façon importante les émissions de gaz à effet de serre.