Billets classés sous « concurrence »

Oui ou non à Renaud-Bray?

mardi 19 mai 2015 à 17 h 19 | | Pour me joindre

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Renaud-Bray est le numéro un de la vente de livres au Québec avec une trentaine de succursales. Le groupe est dominant et son PDG, Blaise Renaud, ne se gêne pas pour imposer les règles du jeu. En plus d’être en conflit ouvert avec le distributeur Dimédia, de qui il n’achète plus de livres, il s’est vivement opposé à la réglementation du prix du livre et le voilà aujourd’hui aux commandes de l’acquisition de son principal concurrent, Archambault.

Dans un portrait fascinant publié dans la revue L’Actualité, Noémi Mercier écrivait en novembre dernier qu’en quelques années, « Blaise Renaud a réussi à s’aliéner à peu près tous les acteurs du milieu qui l’a vu grandir. On dit qu’il est belliqueux, dur, impitoyable envers ceux qui lui résistent. » Il affiche ses couleurs : « Si j’avais une chaîne de 30 magasins de souliers, j’aurais le même plaisir à gérer mon entreprise. »

Cet homme, déjà puissant dans l’industrie du livre, en veut encore plus. En achetant Archambault, Renaud-Bray passera de 30 à 44 succursales. Les autres chaînes ne comptent que quelques succursales. Suivent les librairies indépendantes et les librairies scolaires.

Cette transaction amène donc son lot de questions :

  • Le Bureau de la concurrence doit-il approuver cette transaction?
  • Dans un marché où la concurrence vient surtout d’Amazon et des changements de consommation, l’avenir du livre au Québec passe-t-il par un acteur fort comme Renaud-Bray?
  • Ou sommes-nous en train de créer un monstre qui viendra accélérer la fermeture de librairies indépendantes?

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Concurrence, règles et prix unique

mercredi 20 février 2013 à 11 h 08 | | Pour me joindre

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Une commission parlementaire est prévue à Québec dans les prochaines semaines sur la pertinence d’instaurer une politique du prix unique du livre. Cet enjeu soulève plusieurs questions sur le commerce, la concurrence et les « produits » culturels.

Les économistes affirment généralement que le libre marché favorise la libre concurrence. Mais il est quand même étonnant de constater parfois qu’un marché encadré et réglementé peut parfois favoriser la concurrence alors que le libre marché peut mener à des oligopoles, soit un marché contrôlé par un très petit nombre de joueurs.

LivresIl est clair que certaines règles ont un effet néfaste sur la concurrence. C’est le cas dans les télécommunications au Canada, longtemps un marché fermé aux sociétés étrangères et qui fait en sorte que les Canadiens paient plus chers que les autres pour leur service de téléphonie mobile. C’était le cas aussi dans le secteur aérien, dont le marché s’ouvre de plus en plus au bénéfice des voyageurs.

Cela dit, l’absence d’encadrement serré peut donner des résultats choquants. Quelques exemples : le marché de l’essence est l’objet de variations illogiques et inexplicables. Celui des frais bancaires fait rager tout le monde, alors que les 6 grandes banques canadiennes ont enregistré 30 milliards de dollars de profits en 2012. Et celui aussi de la bière mérite d’être souligné puisque le marché mondial ne cesse de se consolider et que le marché canadien est contrôlé essentiellement par deux géants, Anheuser-Busch InBev et Molson Coors.

Venons-en au secteur du livre. Devrait-on imposer un prix unique au Québec pour les livres afin d’éviter un décalage entre les gros joueurs, qui peuvent pratiquer des rabais importants, et les plus petits, aux marges plus fragiles?

Il s’est écrit beaucoup de choses sur le prix unique dans les dernières semaines. Et je pense qu’avant toute chose, il faut établir une base de discussion, essentielle et névralgique : le livre n’est pas un produit comme les autres. Le marché du livre, ce n’est pas celui du pneu, du sel de trottoir ou du balai à neige. Le livre est un produit culturel.

Or, l’UNESCO a adopté une résolution faisant en sorte « de reconnaître la nature spécifique des activités, biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeurs et de sens » en plus « de réaffirmer le droit souverain des États de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire ».

Difficile d’imaginer une telle résolution sur les pneus, le sel de trottoir ou les balais à neige! Mais le livre s’inscrit dans ce cadre-là, qui est bien plus complexe que celui du marché commercial ordinaire.

Il faut ajouter aussi qu’un prix unique aurait pour objectif de « protéger » le marché des livres québécois et celui de leurs plus grands ambassadeurs : les libraires.

Le cadre en place, on peut poser la question : est-ce que le prix unique favoriserait un marché concurrentiel du livre au Québec ou est-ce qu’une telle mesure entraînerait une hausse des prix du livre et réduirait ainsi les ventes?

Encore là, il faut aller un peu plus loin dans la réflexion. Veut-on promouvoir le prix le plus bas à la consommation ou veut-on encourager la viabilité d’une industrie sur tous ses paliers, de l’auteur au détaillant?

Autre question fondamentale : une règle comme celle du prix unique n’encouragerait-elle pas le maintien d’une industrie structurée et plurielle plutôt qu’un marché de plus en plus concentré entre les mains de gros joueurs? En contrepartie, est-ce qu’une telle règle tendrait à réduire la vente de livres de façon à nuire à l’ensemble du marché des libraires?

Et, en passant, la véritable menace pour les libraires ne viendrait-elle pas de la vente de livres par Internet?

Quand un géant de la vente au détail réduit ses prix au niveau du prix coûtant ou va même jusqu’à perdre de l’argent, l’objectif réel est de profiter de sa position dominante pour attirer une clientèle qui se rend chez les concurrents, généralement de bien plus petits joueurs. Il n’y a plus de concurrence dans un tel contexte. En fait, on détourne les « règles » de la concurrence.

Pour éviter une telle situation, il y a des organismes de surveillance et de réglementation, il y a des gouvernements qui changent les lois pour corriger ce genre de situation, il y a une intervention pour éviter une situation qu’on ne souhaite pas fondamentalement voir se produire. Si on est pour la concurrence, ça ne veut pas dire qu’on est contre l’intervention d’une entité extérieure.

Favoriser la concurrence, en fait, c’est s’assurer la présence d’un grand nombre de joueurs qui usent d’originalité et de créativité pour vendre leurs produits et attirer les clients. Par des stratégies diverses : marketing, publicité, etc.

En résumé, la commission parlementaire qui se tiendra bientôt à Québec devra tenir un débat ordonné sur la question du prix unique et se poser sérieusement la question sur le marché du livre québécois, l’avenir des libraires, l’intérêt des consommateurs et la concurrence. Bons débats en perspectives…

Plusieurs études sur le sujet :

http://www.iedm.org/files/note0213_fr.pdf

http://noslivresajusteprix.com/lettre-dopinion/

Des blogues aussi sur le sujet :

http://voir.ca/mathieu-poirier/2013/01/31/le-prix-unique-du-livre-quossa-donne/
http://www2.lactualite.com/pierre-duhamel/2012/12/19/livre-le-prix-unique-est-il-la-solution/
http://www.lesaffaires.com/blogues/sebastien-barange/la-lecture-en-cadeau/552362
http://www.lesaffaires.com/blogues/sebastien-barange/la-culture-n-a-pas-de-prix/548199

 

Et le libre marché?

lundi 22 octobre 2012 à 13 h 38 | | Pour me joindre

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J’ai lu quelques messages d’indignation dans ma boîte de courriels et sur Twitter de gens qui dénonçaient l’intervention du CRTC dans la transaction Bell-Astral. Pour certains, il faudrait laisser le marché agir dans un monde sans règle, sans encadrement, sans entrave, proche de l’anarchie finalement!

Pour eux, il est totalement inacceptable qu’une société gouvernementale comme le CRTC bloque une transaction de 3,4 milliards de dollars, négociée entre deux entreprises privées, une transaction déjà approuvée par plus de 99 % des actionnaires de la société achetée (Astral). Ont-ils raison?

Logos de Bell et AstralAprès tout, les actionnaires et les dirigeants de ces entreprises sont des adultes, des gens consentants, qui ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent de leur argent, non? C’est ainsi que fonctionne notre capitalisme, n’est-ce pas?

Peut-être, mais il faut tenir compte de deux choses : l’accès aux ondes et la saine concurrence. Détenir une station de télé ou de radio, c’est aussi détenir un permis de diffusion, un privilège qui est encadré et qui doit respecter des critères nombreux. Le CRTC encadre l’émission des permis et les entreprises qui les obtiennent doivent respecter des normes.

Et puis, il faut réaliser que « libre marché » n’est pas un synonyme de « saine concurrence ». Il a été maintes fois démontré qu’un marché libre n’est pas nécessairement raisonnable et équilibré. L’intervention du gouvernement, du CRTC ou du Bureau de la concurrence a pour objectif de s’assurer que le marché demeure ouvert, concurrentiel et efficace.

Est-ce qu’une industrie est encore concurrentielle quand une entreprise détient le tiers des parts d’écoute comme Bell aurait pu avoir dans les marchés anglophone (43 % ) et francophone (34 %)? On peut aussi se poser la question à propos de Québecor en passant, qui détient environ 30 % des parts d’écoute du marché québécois francophone.

Logo de Progress EnergyPour des raisons différentes, Ottawa a refusé de permettre l’acquisition de la société canadienne gazière et électrique Progress Energy par le géant malaisien Petronas. Cette transaction ne servirait pas l’intérêt des Canadiens selon le gouvernement, qui cherche à assurer sa sécurité énergétique.

Le gouvernement avait aussi bloqué la transaction prévoyant l’acquisition du producteur canadien de potasse Potash par la société anglo-australienne BHP Billiton en 2010. Et on attend sa décision en novembre sur la proposition d’acquisition déposée par la société d’État chinoise CNOOC pour le producteur énergétique canadien Nexen, transaction évaluée à 15 milliards de dollars.

Logo de Nexen
Dans les cas de Petronas et dans la perspective d’un refus de la transaction CNOOC-Nexen, on peut se poser des questions sur l’avenir des relations entre le Canada et les pays en développement, en particulier la Chine. Stephen Harper multiplie les accords de libre-échange, mais les transactions bloquées par le gouvernement ou par une entité de l’État n’envoient-elles pas un message contraire?

En même temps, soyons honnêtes : si vous croyez à la concurrence, si vous voulez stimuler vos entreprises, comment pourrait-il en être autrement? Un marché compétitif, concurrentiel et efficace, qui stimule l’économie canadienne, n’est-ce pas le premier objectif que doit poursuivre un gouvernement? C’est ce qui a motivé Ottawa dans les dossiers de Potash et de Progress. C’est ce qui a motivé le CRTC aussi. C’est ce qui motive en fait ces interventions dans le libre marché au nom d’une bonne marche de l’économie.

Maintenant, qu’en sera-t-il de l’offre de CNOOC pour Nexen?

L’inquiétant futur de RIM

vendredi 16 septembre 2011 à 13 h 49 | | Pour me joindre

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Scepticisme est le mot qui revient le plus souvent chez les analystes qui suivent Research in Motion. L’entreprise, qui a dévoilé ses résultats financiers jeudi soir, affirme que les prochains résultats, ceux du troisième trimestre, se situeront au plus bas de la fourchette de prévision de l’entreprise.