Billets classés sous « Chine »

L’Arabie saoudite n’est plus le meneur mondial incontesté du pétrole. La Russie produit 10,6 millions de barils par jour, les États-Unis sont à 8,8 millions. Et, entre les deux, l’Arabie saoudite produit en ce moment 9,7 millions de barils par jour. Est-ce pour retrouver sa première place sur la planète pétrole qu’elle fait actuellement pression pour faire chuter les cours et nuire ainsi aux producteurs de pétrole de schiste des États-Unis? Ou est-ce pour maintenir à distance l’Iran et la Russie que l’Arabie saoudite, de connivence avec les Américains, fait pression sur les cours du pétrole en ce moment?

La théorie du complot est proche, les analyses et suppositions se multiplient, mais disons simplement que les mesures prises par l’Arabie saoudite au cours des dernières semaines contribuent à la baisse de plus de 25 % des prix du pétrole à New York et à Londres.

On rapporte que l’Arabie saoudite offre son pétrole au rabais aux pays d’Asie en retour de contrats de longue durée et d’une augmentation des exportations saoudiennes. L’Arabie saoudite, qui est assise sur les plus importantes réserves conventionnelles de pétrole du monde, peut vivre avec un prix à la baisse, étant donné le plus faible coût de production du pétrole traditionnel. Le maintien, voire l’augmentation d’une offre excédentaire par l’Arabie saoudite, fait mal à tous les pays producteurs de pétrole dont les seuils de rentabilité sont plus élevés.

AFP_120114_rr2ho_aramco-base_sn635

Base pétrolière d’Aramco à Al Khurais en Arabie saoudite (archives) Photo : AFP/MARWAN NAAMANI

Il faut dire que les États-Unis ne cessent d’augmenter leur production grâce au développement de la technologie de fracturation, qui permet l’extraction du pétrole de schiste au Texas et dans le Dakota du Nord. Ils ouvrent également leur marché à l’exportation de pétrole, du jamais vu en quatre décennies. Les Américains pourraient exporter jusqu’à 1 million de barils par jour d’ici la fin de l’année.

La hausse de production en Irak, en Iran et en Libye contribue aussi à une offre qui grimpe plus rapidement que la demande. La croissance de cette demande n’atteint même pas 1 %, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cette dernière vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance de la demande pour 2014 et 2015, au moment où les économies de la Chine, de l’Allemagne, du Japon et de la Russie ralentissent.

Au Canada, pendant ce temps, les producteurs de l’Alberta commencent à réfléchir à leurs options. Selon l’AIE, le quart des nouveaux projets dans les sables bitumineux pourraient être compromis si le pétrole chute sous les 80 $ le baril pour une période prolongée. Les projets déjà en développement ne seraient pas en danger. Le prix minimum de rentabilité pour ces projets est de 63,50 $US le baril en moyenne. Mais les projets qui sont dans les cartons sont beaucoup plus coûteux, avec un seuil de rentabilité qui se situe entre 85 et 115 $US le baril.

Orage boursier en vue?

Mardi 14 octobre 2014 à 16 h 56 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Par un petit dimanche de septembre, il y a trois semaines, le ministre des Finances de la Chine, Lou Jiwei, a déclaré à la presse que son gouvernement n’avait pas l’intention de modifier ses politiques en réaction à une donnée économique en particulier. La croissance de la production industrielle est moins forte que par le passé. C’est la plus faible en Chine depuis décembre 2008, et tous les opérateurs de marché s’en inquiètent.

Depuis cette déclaration chinoise, l’indice de référence aux États-Unis, le Standard and Poors 500, a perdu 7 % de sa valeur. Depuis son sommet le 3 septembre dernier, le TSX à Toronto a perdu près de 10,5 % de sa valeur, officiellement en correction.

Ce qui se passe en Chine a un effet majeur sur les marchés boursiers. Mais ce n’est pas le seul. Une succession d’événements explique l’incertitude actuelle en bourse. Et la Chine a possiblement servi de déclencheur à un ralentissement de la croissance des bourses.

Voici ce que vous devez savoir en cinq points :

  1. Les cours du pétrole sont en baisse depuis juin dernier, alors que l’offre semble dépasser une demande qui ralentit. Les États-Unis pourraient commencer à exporter de leur pétrole. La Libye recommence à produire normalement du pétrole. Et la Chine ralentit;
  2. La Chine, justement, a révisé à la baisse ses projections de croissance économique en septembre, indiquant du même coup qu’elle n’allait pas intervenir pour stimuler davantage son économie;
  3. L’Europe, et au premier chef l’Allemagne, s’approche d’une récession en raison notamment du conflit en cours avec la Russie dans le dossier de l’Ukraine;
  4. L’Europe et le Japon pourraient baisser leur taux d’intérêt, alors que les États-Unis semblent s’approcher d’une hausse en 2015, ce qui favorise la montée du dollar américain. Cette hausse du dollar rend moins intéressants les investissements dans les ressources comme le pétrole, qui sont négociées en dollars américains;
  5. Différents événements géopolitiques créent des tensions continues : le groupe armé État islamique, Russie-Ukraine, Ebola, etc.

Petrole-BRENTLe FMI a donc révisé à la baisse ses prévisions de croissance économique mondiale. Cela a poussé sa directrice, Christine Lagarde, à déclarer que nous entrons dans une zone de croissance économique médiocre. Il s’agit d’événements extérieurs au Canada, a tenu à spécifier le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver. Mais ils ont néanmoins un impact sur l’économie canadienne et sur les marchés boursiers canadiens.

Le marché canadien réagit fortement aux attentes de croissance et de demande mondiales. Ce marché est lié aux métaux et aux ressources. Et il est donc sensible aux fluctuations économiques. Le marché américain réagit aussi aux marchés des ressources, mais également à la stimulation de la Réserve fédérale, aux données économiques fondamentales de l’économie américaine et aux résultats des entreprises.

Dans les circonstances, il est possible que le marché canadien réagisse plus négativement aux incertitudes mondiales liées à la Chine, l’Europe et les prix de l’énergie. D’ailleurs, le marché canadien est déjà entré dans la zone qui est considérée comme étant une correction : baisse de plus de 10 % depuis le dernier sommet.

S&P / TSX

depuis 1 an : +8,9 %

depuis le début de l’année : +3 %

depuis le sommet (3 sept.) : -10,5 %

 

Le Canada possède les réserves de pétrole les plus importantes du monde avec l’Arabie saoudite et le Venezuela. Ces réserves sont actuellement estimées à 175 milliards de barils, soit environ 75 ans de production au rythme prévu en 2030. C’est énorme! Et que vous soyez ou non pour le développement de cette énergie fossile, le Canada a fait le choix très clair de produire encore plus de pétrole à l’avenir.

La décision d’Ottawa sur le projet de pipeline Northern Gateway s’inscrit dans une stratégie tous azimuts visant un accroissement de la production et des exportations. La croissance de l’un ne va pas sans l’autre, de là la vaste offensive canadienne pour de multiples projets d’oléoducs, vers Kitimat puis Burnaby en Colombie-Britannique, vers le golfe du Mexique avec le projet Keystone XL, vers le Midwest américain, puis vers l’est du Canada, en passant par le Québec. On tire dans toutes les directions.

La production actuelle du Canada est de 3,5 millions de barils par jour. D’ici 15 ans, ce niveau de production devrait augmenter de plus de 80 % à 6,4 millions de barils par jour. En ce moment, 1 baril sur 4 est destiné à des raffineries canadiennes. Le reste est exporté aux États-Unis.

Le potentiel sur le marché canadien est intéressant, mais les pétrolières visent à augmenter leurs exportations vers les États-Unis, mais aussi vers l’Asie. En raison du manque de débouchés en ce moment, le pétrole canadien se vend environ 20 $ moins cher que le pétrole américain, dont le baril dépasse les 100 $.

L’Association canadienne des produits pétroliers a déterminé les marchés supplémentaires possibles pour le pétrole albertain, dans la mesure où des pipelines sont ajoutés :

  • 640 000 bpj : c’est ce qu’importent les raffineries du Québec et de l’Atlantique, c’est environ 90 % du pétrole raffiné dans l’est du pays;
  • 680 000 bpj : c’est l’ajout possible de pétrole que le Canada pourrait exporter vers les raffineries américaines du golfe du Mexique. En ce moment, ces installations raffinent 8 millions de barils par jour, dont 2 millions provenant de pétrole importé. L’association est d’avis que le Canada pourrait remplacer 680 000 barils par jour de ce pétrole importé;
  • 465 000 bpj : c’est le potentiel d’exportations pour les pétrolières canadiennes vers les raffineries du Midwest américain actuellement en rénovation pour transformer davantage de pétrole lourd;
  • 100 000 bpj : vers les raffineries les États de Washington et de Californie;
  • 100 000 bpj : vers les raffineries de la côte est américaine, qui ajouteraient à leur capacité.

À cela, le Canada vise aussi la Chine et l’Inde. En ce moment, la demande en pétrole importé des deux pays émergents les plus importants du monde est de 9,7 millions de barils par jour. Projection pour 2030? 17,7 millions! Le Canada veut une part du gâteau.

Stephen Harper a été très clair : « Aucun pays, quoi qu’ils en disent, ne veut entreprendre des actions sur le changement climatique qui détruiront les emplois et la croissance […] Nous sommes juste un peu plus francs à ce propos. »

Le premier ministre exprime une inquiétude réelle : la réduction des gaz à effet de serre (GES) pourrait-elle entraîner un ralentissement de l’économie? La question est légitime. Mais il faut se poser aussi une autre question : la hausse continue des GES, notamment par l’exploitation des sables bitumineux, pourrait-elle nuire davantage à l’économie dans 30 ans, dans 50 ans, dans 75 ans?

Chute boursière : que se passe-t-il?

Lundi 3 février 2014 à 16 h 55 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Ceux qui s’inquiètent au moindre mouvement de la bourse dorment mal ces jours-ci. Depuis la mi-janvier, un sentiment négatif anime les marchés du monde. Plusieurs sessions boursières se sont terminées avec des pertes de 1 à 3 %, des pertes à « trois chiffres » dans le cas du Dow Jones, c’est-à-dire des reculs de plus de 100 points. C’est arrivé au cours de cinq des huit dernières séances boursières pour l’indice des valeurs industrielles de Wall Street. Lundi, c’est une chute de 209 points à Toronto pour le TSX et de 326 pour le Dow Jones.

Depuis les derniers sommets en 2014 :

  • New York           – 5,9 %
  • Toronto               – 3,7 %
  • Paris                     – 5,6 %
  • Londres               – 5,8 %
  • Tokyo                   – 10,4 %

Soudainement, les grands investisseurs voient poindre à l’horizon un déséquilibre de taille. Selon plusieurs experts, qui se sont prononcés dans les derniers jours sur la chute des devises des pays émergents, plusieurs facteurs s’entrechoquent et alimentent les incertitudes :

  1. La Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé en décembre, puis une fois de plus en janvier, de réduire son intervention dans les marchés financiers. Ainsi, la Fed a annoncé une première réduction de 10 milliards de dollars, puis une autre la semaine dernière. Dès février, le rachat mensuel d’obligations et de bons du Trésor ne sera plus de 85 milliards de dollars, comme avant les fêtes, mais de 65 milliards. C’est encore beaucoup, mais c’est un signal d’un retour progressif à la normale et d’une éventuelle remontée des taux d’intérêt.
  2. Des troubles sociaux et politiques apparaissent dans plusieurs pays émergents, notamment l’Ukraine, la Turquie et la Thaïlande.
  3. L’inflation est galopante dans d’autres pays émergents, entre autres l’Argentine, l’Inde et la Russie, où les autorités économiques et les banques centrales ont du mal à stabiliser la situation.
  4. Les pays émergents ont profité, en grande partie, de l’injection massive de liquidités par la Réserve fédérale dans les marchés financiers. Beaucoup de grands investisseurs ont placé de l’argent dans les marchés émergents. Aujourd’hui, le retrait progressif de la Fed fait craindre un assèchement des liquidités disponibles pour ces marchés.
  5. La croissance de la Chine est plus faible qu’attendu.
  6. Les dernières données économiques aux États-Unis semblent avoir refroidi un peu les attentes de reprise en plus en plus solide chez nos voisins du sud.

Il y a d’autres explications. Mais, disons qu’en additionnant celles-ci, c’est assez pour semer un vent d’inquiétude qui fait grimper la volatilité en bourse. Les investisseurs semblent vouloir se réfugier dans le dollar américain, toujours la devise jugée la plus sûre dans le monde. La bourse, elle, plonge parce que les perspectives de croissance apparaissent tout à coup moins fortes.

Est-ce qu’une correction est en cours?

La reprise mondiale, qu’on voyait s’installer avec un peu plus d’emprise en 2014, est-elle déjà en train de s’essouffler?

Le Waterloo de BlackBerry?

Lundi 12 août 2013 à 14 h 09 | | Pour me joindre

Pour me joindre

C’est par la nouvelle famille de Q10 et de Z10, lancée cette année, que BlackBerry devait assurer son avenir. L’heure n’est pas au bilan, mais les premiers mois de vente des appareils ont été décevants. Et, aujourd’hui,  l’entreprise se cherche un partenaire ou un acheteur.

À la lumière des commentaires émis par plusieurs analystes, deux questions se posent : BlackBerry sera-t-elle encore canadienne à la fin de l’année? Et son avenir se joue-t-il en Asie?

L’acheteur potentiel est une entreprise qui se cherche un système d’exploitation, une plateforme qui lui est propre. Donc, Apple, Google et Microsoft ne sont pas sur la liste des prétendants. Mais Samsung, Lenovo, ZTE et Huawei sont probablement les acheteurs les plus sérieux selon le Wall Street Journal.

Acheteurs potentiels de BlackBerry

Samsung (Suwon, Corée du sud)
chiffre d’affaires : 188 milliards de dollars

Lenovo (Pékin, Chine)
chiffre d’affaires : 30 milliards de dollars


ZTE (
Shenzhen, Chine)
chiffre d’affaires : 13,5 milliards de dollars

Huawei (Shenzhen, Chine)
chiffre d’affaires : 37 milliards de dollars

 

Au nombre des partenaires qui pourraient s’associer à BlackBerry comme investisseurs, le journal nomme 5 groupes : IBM, Amazon, HTC, Silver Lake Partners et l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada.

Fairfax Financial pourrait aussi jouer un rôle important. Prem Watsa, président de Fairfax,  principal actionnaire de l’entreprise, a annoncé son départ du conseil d’administration pour éviter tout conflit d’intérêts.

Est-ce que les autorités réglementaires américaine et canadienne diraient oui à un acheteur chinois? Ce n’est pas clair. BlackBerry a des contrats avec la Défense, donc des contrats qui touchent à des questions sensibles et stratégiques.

BlackBerry n’arrive pas à stopper son déclin. L’entreprise a supprimé 5000 emplois l’an dernier et a cessé ses activités dans plusieurs endroits. En 2009, l’entreprise détenait jusqu’à 50 % des parts de marché des téléphones intelligents sur la planète. Aujourd’hui, BlackBerry n’est même plus à 3 %… à des lunes de Samsung et d’Apple.

Parts de marché – vente de téléphones intelligents (selon IDC) :

  • Samsung                30,4 %
  • Apple                     13,1 %
  • LG                           5,1 %
  • Lenovo                  4,7 %
  • ZTE                         4,2 %

Parts de marché – systèmes d’exploitation (selon IDC) :

  • Android                 79,3 %
  • IOS                         13,2  %
  • Windows               3,7 %
  • BlackBerry            2,9 %
  • Linux                      0,8 %

BlackBerry perd du terrain aux États-Unis, au Canada et même dans les marchés émergents, où les concurrents qui utilisent la plateforme Android offrent des appareils à moindre coût. Aujourd’hui, 52 % des analystes qui suivent BlackBerry recommandent de vendre l’action.

Dans les derniers résultats financiers diffusés à la fin juin, l’entreprise a annoncé que 40 % des téléphones intelligents qu’elle a vendus étaient des BlackBerry 10. C’est 2,7 millions d’unités. Les analystes attendaient 3,3 millions.

BlackBerry compte 72 millions d’abonnés, une baisse de 4 millions par rapport au trimestre précédent.

L’entreprise devrait survivre. Mais où?

Il me semble qu’avant – vous savez avant notre époque qui se définit essentiellement par l’arrivée de centaines de postes de télé, par le World Wide Web et par les médias sociaux – avant, il me semble qu’on fermait les livres à la Saint-Jean et qu’on revenait en vie le lendemain de la fête du Travail. Et, encore, en juin, on se mettait en mode de ralentissement graduel et on prenait au moins deux semaines en septembre pour reprendre un rythme normal. Vous vous souvenez de cette époque?

Aujourd’hui, on est à « ON » 12 mois par année et ce n’est pas vraiment facile de se débrancher.

Alors, puisqu’il le faut, puisque l’actualité économique ne prend pas de vacances, voici cinq enjeux clés de l’économie à surveiller cet été.

  1. Les marchés : Depuis que la Réserve fédérale laisse entendre qu’elle va bientôt cesser de faire marcher frénétiquement sa planche à billets, la bourse se dégonfle ou donne des signes d’inquiétudes. Les propos de Ben Bernanke le 18 juin ont créé de la confusion : la Fed pourrait réduire son intervention dans les marchés d’ici la fin de l’année et arrêter tout ça l’été prochain. Le printemps s’est terminé sur une glissade boursière. Tous les signaux économiques et en provenance des membres de la Réserve fédérale pourraient provoquer une certaine volatilité sur les marchés financiers cet été.
  2. L’Europe : La moitié des pays sont en récession, les taux de chômage ne cessent de monter. Mais il y a quelques éclaircies, en Espagne notamment. Les dirigeants des pays en difficulté et les grandes organisations comme le FMI ont compris que l’austérité n’est pas le bon remède pour soulager les malheurs de l’économie. À surveiller donc : les projets de croissance de la France, au moment où le président Hollande est très impopulaire et que des mesures de stimulation économique lui sont réclamées. La zone euro va-t-elle s’enfoncer un peu plus encore ou verra-t-on apparaître des indices de stabilisation puis éventuellement de reprise?
  3. La Chine : Depuis plusieurs trimestres, les indicateurs économiques de la Chine sont moins forts qu’attendu. L’activité manufacturière est à son plus bas depuis neuf mois. Chaque donnée économique moins forte en provenance de la puissance émergente qu’est la Chine a un impact immédiat sur les marchés, les cours des métaux entre autres. La croissance du PIB demeure spectaculaire à 7 ou 8 %, mais la révision à la baisse des prévisions laisse entrevoir une demande moins forte pour les ressources mondiales, dont celles du Canada. À surveiller : les indicateurs économiques de la Chine vont donner le ton quant à la solidité de la reprise économique mondiale pour les années suivantes, d’autant que le premier client des Chinois, c’est l’Europe!
  4. Chez nous, la construction, les prix des maisons, la banque centrale, le dollar : Tout est lié. Nous en avons souvent parlé. L’endettement élevé des Canadiens est le premier danger pour notre économie et le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz a été clair : la croissance doit venir des entreprises et particulièrement des exportateurs. Il sera intéressant de voir dans le communiqué de la Banque du Canada le 17 juillet si l’évocation d’une hausse éventuelle des taux d’intérêt y figurera encore. Si Stephen Poloz veut aider les exportateurs, il sera sans doute tentant pour lui de repousser le plus tard possible la hausse des taux afin de ne pas créer de pression à la hausse sur le dollar canadien. À suivre aussi : les prix des maisons, les intentions de construction, les dangers de bulle dans le secteur des condos à Toronto et à Montréal.
  5. Libre-échange : le Canada va-t-il finir par conclure un accord de libre-échange avec l’Union européenne? Et si oui, à quel prix? Quelles seront les concessions? Sinon, comment sortir de cette démarche la tête haute? À quoi pourrait ressembler un accord incomplet, mais qui serait jugé satisfaisant pour les deux parties? Il sera intéressant de surveiller aussi les premières déclarations entourant le début des négociations entre les États-Unis et l’Union européenne en juillet.

En terminant, j’ai le plaisir de partager avec vous des réflexions comme ça plusieurs fois par semaine depuis maintenant sept ans, depuis 2006. C’est un immense privilège pour deux raisons : la première, c’est de pouvoir expliquer les choses, d’avoir de la place pour le faire. Et la deuxième, c’est de pouvoir vous lire, de parler avec vous et d’échanger des idées. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes une grande partie des sujets qu’on développe au module économie. Et c’est ainsi, je pense, que l’on réussit à remplir une mission essentielle au service public : vous donner la parole.

Merci, bon été. Continuez d’écrire ici, sur ce blogue, et de partager vos idées, vos suggestions, vos réflexions.

Reportage absolument épatant dimanche soir à 60 minutes sur CBS à propos du développement immobilier de la Chine. La mythique émission américaine dresse un portrait fascinant d’une femme du nom de Zhang Xin, qui s’est spécialisée dans le développement d’immeubles de bureaux.

Elle est milliardaire : 3,6 milliards de dollars, c’est sa fortune. Elle est au 15e rang à ce chapitre en Chine. Elle au 376e rang du dernier classement des milliardaires de la planète de Forbes.

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clairEn raison des craintes réelles de voir éclater une bulle immobilière en Chine, Zhang Xin explique qu’elle est très prudente et qu’elle concentre ses activités sur Pékin et Shanghai. « Le développement de la propriété résidentielle en Chine est vraiment arrivé à sa fin, explique-t-elle à 60 minutes. […] Je pense que dans le détail, les centres commerciaux, il y a une offre excédentaire. Mais les bureaux, c’est le seul secteur qui va bien. »

C’est une femme simple, accessible, qui vient d’un milieu pauvre et difficile, devenue aujourd’hui une vedette en Chine, une femme acclamée comme une star d’Hollywood. Voyez le reportage ici, c’est très intéressant.

Et quand Zhang Xin dit que c’est fini pour le marché résidentiel, voyez pourquoi ici. Des milliers de tours et de quartiers résidentiels, des villes entières construites et non habitées. L’éclatement d’une bulle immobilière et une crise de la dette sont à craindre nous disent des experts dans le reportage.

Avec ce développement inconsidéré, où les prix des maisons sont hors de portée pour la vaste majorité des Chinois, le gouvernement vient d’annoncer une hausse de la mise de départ requise et des taux d’intérêt pour l’achat d’une seconde propriété toujours dans le but de ralentir le marché.

Pékin prévoit aussi imposer une taxe de 20 % sur le bénéfice encaissé à la vente d’une propriété ou encore une taxe de 1 à 3 % sur le prix de vente. Ainsi, une maison, achetée 100 millions de yuans, vendue à 200 millions de yuans, entraînerait une taxe de 20 millions de yuans. En ce moment, c’est entre 2 et 6 millions de yuans. Un million de yuans = 163 000 $CA.

Le gouvernement veut éviter une crise sociale. Pékin doit maîtriser les attentes de sa population qui sont immenses. Il y a ceux et celles qui veulent accéder à un meilleur niveau de vie, mais qui n’y arrivent pas en raison des prix trop élevés. Il y a ceux et celles qui se sont lancés dans le développement et l’acquisition de propriétés et qui n’accepteraient pas de voir s’effondrer la valeur de leurs avoirs et de leurs investissements.

Il n’est pas simple pour les gouvernements au Canada d’attirer des entreprises qui veulent investir et maintenir ici des activités lucratives, créatrices de richesse et d’emplois. Pour y arriver, ils jouent fort sur la fiscalité : baisses d’impôts, crédits d’impôt, prêts sans intérêt, etc.

La première ministre du Québec, Pauline Marois, dans les studios de Framestore à LondresUn bel exemple : au moment où la première ministre Pauline Marois était à Londres, son gouvernement a annoncé l’octroi d’un prêt sans intérêt de 900 000 $ sur 5 ans à la société britannique Framestore pour l’encourager à ouvrir un studio d’effets spéciaux cinématographiques à Montréal, investissement prévu de 6 millions de dollars. Au total, 200 emplois seront créés. De généreux crédits d’impôt sont offerts à l’entreprise. Sans ces avantages, Framestore aurait choisi Toronto, Vancouver ou une ville asiatique.

C’est ainsi que se joue le jeu de la concurrence en ce moment : une grande part de la compétitivité repose sur le contexte fiscal. Le développement des marchés émergents, en particulier la Chine, a exercé une forte pression sur la fiscalité des entreprises dans les pays occidentaux au cours de la dernière décennie.

Aujourd’hui, on constate que la hausse des coûts de main d’œuvre en Chine et les prix élevés de l’énergie donnent une chance à des villes, des provinces et des États d’attirer des entreprises pour qu’elles investissent sur leur territoire. Pour y arriver, encore là, on joue fort sur la fiscalité. On se montre généralement très généreux.

Tellement, qu’on arrive aujourd’hui à un constat qui suscite de vifs débats : les entreprises paient de moins en moins d’impôts. En fait, le taux d’imposition des sociétés au Canada est passé de 40 à 15 % en 50 ans au Canada. Il a été coupé de moitié pratiquement depuis 2000.

Et dans un monde économique incertain, quantité d’entreprises n’ont pas profité de ces baisses d’impôts pour investir, améliorer leur production ou créer des emplois. Ils dorment sur leurs liquidités comme le disait récemment le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney.

Selon le Congrès du Travail du Canada, qui représente 3,3 millions de membres au pays, les liquidités des entreprises sont passées de 187 milliards à 575 milliards de dollars de 2001 à 2011. Le syndicat affirme que ces entreprises en profitent aussi pour investir… dans la rémunération de leur PDG.

Le Congrès du Travail du Canada a aussi déterminé que la journée d’affranchissement des impôts des entreprises canadiennes est le 30 janvier, cette année. Autrement dit, les revenus moyens des entreprises à cette date équivalent au total de leurs impôts à payer pour l’ensemble de l’année. L’Institut Fraser fait ce calcul toutes les années pour les contribuables. Généralement, ce jour d’affranchissement arrive en juin pour les individus.

2 questions :

  • Peut-on demander aux entreprises de payer plus d’impôts dans un contexte extrêmement concurrentiel et compétitif?
  • Est-il acceptable d’offrir des conditions fiscales aussi avantageuses pour les entreprises si, en retour, elles n’investissent pas suffisamment, dans l’économie? 

Dans l’indifférence…

Mercredi 5 décembre 2012 à 15 h 29 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Sentez-vous une urgence à répondre efficacement au défi écologique?

Alors qu’on nous annonce à Doha, où se tient la 18e conférence des Nations unies sur les changements climatiques, que la température moyenne mondiale va grimper de 5 degrés Celsius d’ici 2100, les grands enjeux au cœur des discussions des dirigeants mondiaux ne font qu’effleurer les questions écologiques. À raison, diront certains, compte tenu de l’ampleur des problèmes économiques et financiers. À tort, diront d’autres, compte tenu de l’importance des questions environnementales pour l’avenir de la planète.

Conférence sur le climat à DohaEn Europe, tous les yeux sont tournés sur ces gouvernements qui ont du mal à contrôler leurs finances publiques, qui plongent un peu plus chaque trimestre dans la récession et qui provoquent de vifs débats sur l’avenir de la zone euro.

Aux États-Unis, on ne parle plus que du précipice budgétaire et de l’affrontement entre un président démocrate à la Maison-Blanche et un président républicain à la Chambre des représentants. L’objectif : trouver un compromis qui permettra à chacun de ne pas perdre la face et qui fera en sorte d’éviter un choc fiscal de 600 milliards, hausse d’impôts et réduction de dépenses, le 1er janvier prochain.

En Chine, le gouvernement œuvre à réorganiser son économie pour développer une demande intérieure durable. Cela fera en sorte de ralentir et de stopper la hausse des inégalités, et de permettre aussi au pays de réduire sa dépendance aux exportations vers des pays qui sont aujourd’hui en difficulté financière et économique.

Chez nous, au Canada, le pétrole, le gaz et les mines sont au centre des discussions pour développer l’économie. Ottawa soutient le développement de l’industrie pétrolière de l’Alberta et des sables bitumineux. Même Québec s’y intéresse : on discute d’inverser l’oléoduc Sarnia-Montréal pour permettre le transport du pétrole de l’ouest vers l’est. Le gouvernement Marois souhaite aussi développer le pétrole qui se trouve sur son territoire.

Pendant ce temps, comme Le Monde le rapporte mercredi, les négociations de Doha n’ont pas permis de faire des progrès notables. « Le cœur n’y est pas », dit-on en marge des négociations. On maintient l’objectif d’en arriver à un accord d’ici 2015, mais on a l’impression qu’il n’y a pas vraiment de sentiment d’urgence pour en arriver à un accord prochainement.

Comme si on pouvait reporter continuellement à un peu plus tard.

Comme si 2020, 2030, 2050, 2100 étaient des échéances lointaines, très très lointaines.

En fait, comme l’écrivait de nouveau Le Monde le 26 novembre, « les budgets publics sont exsangues, le marché carbone s’est effondré et le débat sur les financements innovants (taxe sur l’aviation notamment) piétine ».

Pourtant, les émissions ne font qu’augmenter sur la planète : hausse prévue de 2,6 % cette année, hausse de 58 % par rapport au niveau de 1990. Les émissions de la Chine sur environ 25 ans (de 2004 à 2030) devraient être deux fois les émissions de l’OCDE. Selon le Global Carbon Project, la Chine est le plus grand pollueur du monde avec 28 % des émissions, suivi des États-Unis à 16 %. Mais les émissions par habitant sont de 6,6 tonnes en Chine et de 17,2 tonnes aux États-Unis.

Pour la suite, la Chine hésite, tout comme les États-Unis d’ailleurs. Le Japon ne veut pas s’engager avec des cibles précises. Le Canada, qui a quitté l’accord de Kyoto, continue à recevoir des prix fossiles pour ses positions jugées rétrogrades en matière d’environnement. Mis à part l’Europe et l’Australie, la volonté politique n’y est pas.

N’est-ce pas inquiétant?

Est-ce la fin de la croissance?

Vendredi 26 octobre 2012 à 14 h 31 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Page 52 du nouveau livre de l’économiste Jeff Rubin, La fin de la croissance publié chez Hurtubise en français, la semaine prochaine : « Que vous soyez du type libre marché ou adepte de l’intervention de l’État, vous partagez avec la plupart des économistes la croyance indéfectible selon laquelle la croissance est la panacée à tous les maux de nature économique. »

Plus loin, l’auteur pose la question : « Que surviendra-t-il si nos économies cessent de croître? Nous le saurons bientôt parce que ce scénario est sur le point de se produire. »

Jeff Rubin explique, une fois de plus, que l’économie mondiale est vulnérable aux fluctuations du pétrole. Chaque fois que le pétrole a atteint un sommet, explique-t-il, l’économie mondiale est tombée en récession. Croissance économique et consommation de pétrole sont intimement liées. On a vraiment l’impression d’être dans un cercle vicieux : la croissance fait grimper le prix du pétrole, la hausse du prix du pétrole nuit à la croissance et ramène la récession…

Ainsi, l’ex-économiste de la CIBC est d’avis que tout converge vers une montée des cours du pétrole, ce qui viendra ralentir l’économie des pays avancés, qui ne seront pas en mesure de maintenir une croissance soutenue. Un pétrole plus cher est alimenté par une croissance plus forte, mais entraîne un ralentissement de cette croissance, une décélération des revenus des États, qui s’endettent davantage à un taux d’intérêt plus élevé. Dans un contexte économique difficile, les emprunts sont aussi plus difficiles à obtenir.

Cette situation ne sera pas temporaire, mais permanente, selon l’analyse de Jeff Rubin. Il suggère qu’on commence tout de suite à nous adapter à un mode de vie plus simple, basé sur la réduction de notre consommation d’énergie.  Heureusement, dit-il, « les pays de l’OCDE voient déjà naître une nouvelle génération de consommateurs : des jeunes qui rejettent le matérialisme de leurs parents pour adopter un mode de vie plus simple ».

À ceux qui croient que les nouvelles découvertes technologiques vont permettre de régler le problème, il répond ceci : « Les innovations technologiques […], comme la fracturation hydraulique, ne sont pas une solution miracle pour combler tous les besoins énergétiques de la planète. […] De telles innovations technologiques rendent possible une légère augmentation de l’offre de brut, mais ne réussissent pas à exercer la poussée nécessaire pour combler les besoins de la planète pour l’avenir. »

Les États-Unis doivent mettre au point leur stratégie énergétique parce que le pays pourrait manquer de pétrole bientôt. « Si la consommation de pétrole double en Chine, écrit Jeff Rubin, le nombre de barils destinés aux États-Unis pourrait chuter de moitié (ou presque) puisque le volume d’énergie est limité. Cette notion simple deviendra bientôt une réalité asphyxiante pour les États-Unis et les autres pays de l’OCDE. »

Mais, qu’en sera-t-il pour le Canada, dont la production de pétrole est appelée à augmenter et pour qui la situation semble se poser différemment? Le Canada n’est-il pas le mieux placer pour profiter de la demande chinoise avec son projet de pipeline Northern Gateway et des besoins américains avec son projet Keystone? Mais, en même temps, un ralentissement de la croissance pourrait-il toucher plus durement le Canada?

Un livre essentiel, à lire.