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Bourses : sentiment de panique

Lundi 24 août 2015 à 15 h 11 | | Pour me joindre

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Il est très difficile de conclure à la rationalité des marchés boursiers. Mais il ne faut pas négliger l’émotion qui motive les investisseurs, les opérateurs de marché et les gestionnaires de placements dans leurs décisions. Quand le Dow Jones chute en quelques secondes de 1000 points ou quand il reprend en quelques minutes 700 points, bien des analystes n’hésitent pas à parler de panique.

En même temps, après une hausse de 220 % entre mars 2009 et juillet 2015 aux États-Unis, une route ponctuée de quelques petites corrections, peut-on se surprendre de voir les bourses connaître une mauvaise séquence? Certes, il ne faut pas sous-estimer les risques de propagation de la panique, si tel est le cas. Mais il ne faut pas surévaluer non plus la chute des derniers jours. Cette chute boursière va-t-elle se poursuivre? Va-t-elle prendre de l’ampleur? Quelles seront ses conséquences?

Ce mouvement boursier illustre une chose : la bourse ne peut pas, sans fin, être galvanisée par la croissance d’un pays comme la Chine et l’injection de milliers de milliards par les gouvernements et les banques centrales. Aujourd’hui, nous assistons à une conjonction d’événements : la Chine ralentit et la Réserve fédérale se prépare à monter ses taux.

Surtout, la Chine demeure énigmatique pour bien des investisseurs. Est-ce que des bulles sont en train d’éclater? Bulle boursière? Bulle immobilière? Pourquoi le gouvernement et la banque centrale interviennent-ils si brusquement avec des baisses de taux d’intérêt, des injections de dizaines de milliards dans les institutions financières et la dévaluation de devise? Peut-on se fier aux chiffres officiels de la Chine? La situation est-elle pire qu’il n’y paraît?

Année après année, depuis la crise de 2008-2009, nous sommes confrontés à des événements fondamentaux qui viennent continuellement modifier les perspectives envisagées. Le pétrole est sous les 40 $ le baril, la Chine ralentit, les États-Unis demeurent la locomotive économique mondiale, la Réserve fédérale doit encore retourner à sa table à dessin.

Ça bouge vite. Et les marchés sont le reflet de l’incertitude, de l’inquiétude, de la peur, de la panique. Est-ce que la situation est si risquée? Est-ce qu’il y a exagération boursière? Ou s’agit-il d’ajustements normaux qui auront peu d’effets au final?

Alors, taux fixe ou taux variable?

Vendredi 21 août 2015 à 12 h 37 | | Pour me joindre

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Les incertitudes qui planent sur l’état de santé économique de la Chine pourraient amener la Réserve fédérale américaine à reporter à plus tard la première hausse de son taux directeur depuis celle de 2006. Alors que la plupart des analystes entrevoient depuis un bon moment déjà cette première hausse en septembre, le dernier compte rendu de la Fed en fait hésiter plusieurs. Oui, la banque centrale signale une hausse imminente. Mais, à la lumière des derniers événements, la Réserve fédérale sera-t-elle tentée d’attendre encore un peu?

Les taux d’intérêt demeurent donc très bas. Le taux directeur de la banque centrale américaine se situe toujours dans une fourchette de 0 à 0,25 %, celui de la Banque du Canada est rendu à 0,5 % à la suite de deux baisses en 2015. Les coûts d’emprunt des deux pays demeurent extrêmement faibles : sur les obligations à échéance 10 ans, on est à seulement 1,28 % au Canada et à 2,06 % aux États-Unis.

Les taux hypothécaires sont à des niveaux plancher. Les institutions financières canadiennes offrent des contrats hypothécaires sur 5 ans fixes à 2,7 %, et sur 5 ans variables, certains descendent jusqu’à 2,25 % en ce moment. C’est exceptionnel.

Un jour, ça va remonter! Mais quand? De nombreux analystes nous ont avertis dans les dernières années qu’une hausse des taux était à prévoir et que, dans les circonstances, les citoyens endettés devaient se montrer prudents. Mais cette hausse est sans cesse reportée en raison des incertitudes qui ne cessent de surgir : la Chine, la Grèce, le pétrole, l’euro, le yuan, la Russie, etc.

Dans ce contexte, plusieurs nous demandent, au moment de contracter une hypothèque ou d’en renouveler une : vaut-il mieux opter pour un taux fixe ou un taux variable? C’est une question qui revient régulièrement je vous dirais, comme celle sur les prix de l’essence qui ne baissent pas autant que les prix du pétrole. Mais la réponse demeure nuancée.

Dans le livre que François Delorme et moi avons publié en 2014*, nous faisons référence aux conseils du site canadianmortgagetrends.com à ce propos. Avant d’opter pour le taux fixe ou le taux variable, il faut se poser cinq questions :

  1. Vos revenus sont-ils prévisibles?
  2. Votre taux d’endettement est-il soutenable?
  3. Pouvez-vous refinancer votre dette en fonction de la valeur de votre maison?
  4. En cas de coup dur, avez-vous des liquidités pour rembourser votre hypothèque pendant six mois?
  5. Une hausse de taux de 2,5 points de pourcentage peut entraîner une hausse de vos paiements de 30 %. Le saviez-vous?

En répondant à ces questions, vous serez en mesure de voir si vous êtes capables de vivre avec un taux variable ou si vous dormez mieux avec un taux fixe. Historiquement, on paie moins d’intérêt avec le taux variable. Cela dit, le taux fixe demeure plus populaire que le variable.

———

* FILLION, Gérald et François DELORME, Vos questions sur l’économie, Éd. La Presse, 2014, 231 p.

Bilan 2014 de l’économie

Vendredi 19 décembre 2014 à 16 h 50 | | Pour me joindre

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Cette année se termine sur un événement qui n’était pas prévu, qui est finalement, à mon avis, l’événement économique de l’année. Les prix du pétrole ont chuté de moitié, et bien malin celui qui saura prévoir la fin de cette chute et la remontée des cours.

On produit trop de pétrole sur cette planète pour répondre à une demande qui croît moins rapidement que la production. Et ceux qui occupent les premiers rôles dans le grand ballet pétrolier mondial n’ont pas l’intention de jouer les acteurs de soutien.

L’Arabie saoudite est entrée dans une guerre de prix avec les Américains : les Saoudiens ne vont pas réduire leur exploitation parce que les États-Unis augmentent la production de pétrole de schiste à vitesse grand V!

C’est une mauvaise nouvelle pour le Canada, qui compte sur ses ressources pour s’enrichir. Qui, pensez-vous, va réduire sa production dans la foulée de la chute des prix du pétrole? L’Arabie saoudite a besoin de son pétrole, mais peut vivre avec une chute importante des cours. Les États-Unis sont devenus indépendants du point de vue énergétique et ont l’intention d’augmenter leurs exportations de pétrole. Mais le pétrole de schiste coûte cher à produire. Tout comme les sables bitumineux de l’Alberta, qui ont besoin d’un pétrole à 70 et 80 $ pour atteindre la rentabilité.

En même temps, la chute du pétrole va stimuler l’économie, puisque les prix de l’essence sont en glissade. Cette chute représente une baisse d’impôt de plusieurs centaines de milliards de dollars dans les pays développés, y compris chez nous. Avec la reprise américaine qui semble prendre racine, la baisse du prix de l’essence et du dollar canadien pourrait stimuler les économies de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick.

Sur le plan environnemental, la reprise économique et la chute des prix du pétrole viennent réduire l’impact négatif des prix élevés sur la consommation d’énergie fossile et l’achat de gros véhicules polluants. Le « signal du prix » est souvent considéré par les économistes comme la meilleure façon de changer les comportements.

PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE 2014 

Le top 5 – économie – monde

  1. Chute de 50 % des cours du pétrole
  2. Fin de l’intervention exceptionnelle de la Réserve fédérale
  3. Décélération de l’économie chinoise
  4. Russie : conflit avec l’Ukraine, sanctions économiques, chute du rouble, récession
  5. Quasi-récession en Allemagne : la croissance européenne est anémique

Le top 10 – économie – Québec, Canada

  1. La chute du pétrole affecte les finances publiques de l’Alberta, de Terre-Neuve et du gouvernement du Canada, mais va stimuler les économies centrales
  2. Chute du dollar canadien : impact positif pour les exportateurs et les provinces manufacturières – impact négatif pour les importations
  3. Annonce du projet Énergie Est, projet de 12 milliards de dollars de TransCanada – projet suspendu en décembre pour analyser la nouvelle classification des bélugas du Saint-Laurent, maintenant considérés comme en voie de disparition
  4. Baisse d’impôt pour les 4 millions de familles biparentales au Canada
  5. La réduction de la taille de l’État par le nouveau gouvernement Couillard au Québec : réformes, suppressions de postes, hausse de tarifs, révision des régimes de retraite
  6. Bombardier supprime 1700 emplois, dont 1100 au Québec, année 2015 importante pour l’avenir de l’entreprise
  7. Burger King achète Tim Hortons, transaction de 12 milliards de dollars, siège social en Ontario;
  8. L’Espagnole Repsol offre 8,3 milliards de dollars (15 milliards de dollars en incluant la dette) pour acheter la canadienne Talisman, ce ne sera probablement pas la seule transaction
  9. Démission en février et décès en avril de Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada de 2006 à 2014
  10. Québec injecte 115 millions de dollars dans deux projets totalisant 190 millions de dollars avec Pétrolia et Junex, notamment pour explorer l’île d’Anticosti.

PERSONNALITÉS MARQUANTES DE L’ANNÉE

Martin Coiteux : Peu connu du public, cet économiste, que nous recevions à l’occasion à RDI économie, est devenu l’homme de la restructuration de l’appareil de l’État : coupes dans les dépenses, réduction des effectifs, révision des façons de faire. L’homme de la rigueur pour les uns, l’homme de l’austérité pour les autres.

Geoff Molson :  Le succès de son entreprise (et de son équipe) n’est plus à faire. Le Canadien de Montréal vaut maintenant 1 milliard de dollars. Tous les matchs sont joués à guichets fermés. Le Canadien a aussi signé un contrat de diffusion de ses matchs avec Rogers, contrat de 5,2 milliards de dollars pour 12 ans.

Le pouvoir citoyen : L’opposition de groupes environnementaux, de groupes citoyens et même des milieux d’affaires ont eu raison, de toute évidence, du projet de terminal pétrolier à Cacouna. Sur tous les aspects, le projet de TransCanada est dénoncé. Il n’est pas impossible, en retour, que TransCanada propose un nouveau tracé pour son pipeline et un nouveau site pour son terminal pétrolier. Le même pouvoir citoyen semble avoir eu raison du gaz de schiste. Non seulement un moratoire est en cours, mais le dernier rapport en lice, celui du BAPE, conclut au rejet de cette filière énergétique : il n’y a pas d’acceptabilité sociale, les risques sont élevés et la rentabilité économique mettra plusieurs décennies à se réaliser.

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Jim Flaherty

Jim Flaherty : Quelques semaines avant de mourir, Jim Flaherty a déposé son 10e et dernier budget le 10 février. Il a préparé le retour au déficit zéro qui sera officiellement annoncé dans le budget 2015-2016 de son successeur, Joe Oliver. Il a aussi bousillé la promesse des conservateurs, le lendemain de son budget, qui était celle de permettre le fractionnement de revenus pour les familles. Plusieurs ajustements et d’autres mesures ont été nécessaires pour rendre ce fractionnement acceptable politiquement, alors qu’une seule famille sur 10 peut en profiter.

Vladimir Poutine : L’intervention russe en Ukraine a poussé les pays occidentaux à imposer des sanctions commerciales contre Moscou. Avec la chute du pétrole, le pays a plongé en récession et le rouble s’est écroulé. La Russie est aux prises en ce moment avec une stagflation : récession et forte inflation. Le président russe a-t-il perdu la maîtrise de son pays? Comment va-t-il relever l’économie russe?

Jack Ma: C’est le fondateur d’Alibaba, géant chinois du commerce électronique, utilisé par le tiers des Chinois. Son entrée en bourse sur Wall Street en septembre est la plus importante de l’histoire des marchés, valeur de 25 milliards de dollars. Jack Ma a 50 ans et est l’un des hommes les plus riches du monde. Il est l’une des personnalités de l’année du magazine Time.

Thomas Piketty : Il est rare qu’un livre d’économie fasse autant parler, surtout aux États-Unis. De surcroît, un livre de 700 pages, écrit par un Français, socialiste, sur un sujet qui fâche chez les Américains : les inégalités. Son livre a été salué, puis critiqué. Le capital au 21e siècle fait partie des livres importants publiés sur les écarts de richesse.

L’Arabie saoudite n’est plus le meneur mondial incontesté du pétrole. La Russie produit 10,6 millions de barils par jour, les États-Unis sont à 8,8 millions. Et, entre les deux, l’Arabie saoudite produit en ce moment 9,7 millions de barils par jour. Est-ce pour retrouver sa première place sur la planète pétrole qu’elle fait actuellement pression pour faire chuter les cours et nuire ainsi aux producteurs de pétrole de schiste des États-Unis? Ou est-ce pour maintenir à distance l’Iran et la Russie que l’Arabie saoudite, de connivence avec les Américains, fait pression sur les cours du pétrole en ce moment?

La théorie du complot est proche, les analyses et suppositions se multiplient, mais disons simplement que les mesures prises par l’Arabie saoudite au cours des dernières semaines contribuent à la baisse de plus de 25 % des prix du pétrole à New York et à Londres.

On rapporte que l’Arabie saoudite offre son pétrole au rabais aux pays d’Asie en retour de contrats de longue durée et d’une augmentation des exportations saoudiennes. L’Arabie saoudite, qui est assise sur les plus importantes réserves conventionnelles de pétrole du monde, peut vivre avec un prix à la baisse, étant donné le plus faible coût de production du pétrole traditionnel. Le maintien, voire l’augmentation d’une offre excédentaire par l’Arabie saoudite, fait mal à tous les pays producteurs de pétrole dont les seuils de rentabilité sont plus élevés.

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Base pétrolière d’Aramco à Al Khurais en Arabie saoudite (archives) Photo : AFP/MARWAN NAAMANI

Il faut dire que les États-Unis ne cessent d’augmenter leur production grâce au développement de la technologie de fracturation, qui permet l’extraction du pétrole de schiste au Texas et dans le Dakota du Nord. Ils ouvrent également leur marché à l’exportation de pétrole, du jamais vu en quatre décennies. Les Américains pourraient exporter jusqu’à 1 million de barils par jour d’ici la fin de l’année.

La hausse de production en Irak, en Iran et en Libye contribue aussi à une offre qui grimpe plus rapidement que la demande. La croissance de cette demande n’atteint même pas 1 %, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cette dernière vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance de la demande pour 2014 et 2015, au moment où les économies de la Chine, de l’Allemagne, du Japon et de la Russie ralentissent.

Au Canada, pendant ce temps, les producteurs de l’Alberta commencent à réfléchir à leurs options. Selon l’AIE, le quart des nouveaux projets dans les sables bitumineux pourraient être compromis si le pétrole chute sous les 80 $ le baril pour une période prolongée. Les projets déjà en développement ne seraient pas en danger. Le prix minimum de rentabilité pour ces projets est de 63,50 $US le baril en moyenne. Mais les projets qui sont dans les cartons sont beaucoup plus coûteux, avec un seuil de rentabilité qui se situe entre 85 et 115 $US le baril.

Orage boursier en vue?

Mardi 14 octobre 2014 à 16 h 56 | | Pour me joindre

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Par un petit dimanche de septembre, il y a trois semaines, le ministre des Finances de la Chine, Lou Jiwei, a déclaré à la presse que son gouvernement n’avait pas l’intention de modifier ses politiques en réaction à une donnée économique en particulier. La croissance de la production industrielle est moins forte que par le passé. C’est la plus faible en Chine depuis décembre 2008, et tous les opérateurs de marché s’en inquiètent.

Depuis cette déclaration chinoise, l’indice de référence aux États-Unis, le Standard and Poors 500, a perdu 7 % de sa valeur. Depuis son sommet le 3 septembre dernier, le TSX à Toronto a perdu près de 10,5 % de sa valeur, officiellement en correction.

Ce qui se passe en Chine a un effet majeur sur les marchés boursiers. Mais ce n’est pas le seul. Une succession d’événements explique l’incertitude actuelle en bourse. Et la Chine a possiblement servi de déclencheur à un ralentissement de la croissance des bourses.

Voici ce que vous devez savoir en cinq points :

  1. Les cours du pétrole sont en baisse depuis juin dernier, alors que l’offre semble dépasser une demande qui ralentit. Les États-Unis pourraient commencer à exporter de leur pétrole. La Libye recommence à produire normalement du pétrole. Et la Chine ralentit;
  2. La Chine, justement, a révisé à la baisse ses projections de croissance économique en septembre, indiquant du même coup qu’elle n’allait pas intervenir pour stimuler davantage son économie;
  3. L’Europe, et au premier chef l’Allemagne, s’approche d’une récession en raison notamment du conflit en cours avec la Russie dans le dossier de l’Ukraine;
  4. L’Europe et le Japon pourraient baisser leur taux d’intérêt, alors que les États-Unis semblent s’approcher d’une hausse en 2015, ce qui favorise la montée du dollar américain. Cette hausse du dollar rend moins intéressants les investissements dans les ressources comme le pétrole, qui sont négociées en dollars américains;
  5. Différents événements géopolitiques créent des tensions continues : le groupe armé État islamique, Russie-Ukraine, Ebola, etc.

Petrole-BRENTLe FMI a donc révisé à la baisse ses prévisions de croissance économique mondiale. Cela a poussé sa directrice, Christine Lagarde, à déclarer que nous entrons dans une zone de croissance économique médiocre. Il s’agit d’événements extérieurs au Canada, a tenu à spécifier le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver. Mais ils ont néanmoins un impact sur l’économie canadienne et sur les marchés boursiers canadiens.

Le marché canadien réagit fortement aux attentes de croissance et de demande mondiales. Ce marché est lié aux métaux et aux ressources. Et il est donc sensible aux fluctuations économiques. Le marché américain réagit aussi aux marchés des ressources, mais également à la stimulation de la Réserve fédérale, aux données économiques fondamentales de l’économie américaine et aux résultats des entreprises.

Dans les circonstances, il est possible que le marché canadien réagisse plus négativement aux incertitudes mondiales liées à la Chine, l’Europe et les prix de l’énergie. D’ailleurs, le marché canadien est déjà entré dans la zone qui est considérée comme étant une correction : baisse de plus de 10 % depuis le dernier sommet.

S&P / TSX

depuis 1 an : +8,9 %

depuis le début de l’année : +3 %

depuis le sommet (3 sept.) : -10,5 %

 

Le Canada possède les réserves de pétrole les plus importantes du monde avec l’Arabie saoudite et le Venezuela. Ces réserves sont actuellement estimées à 175 milliards de barils, soit environ 75 ans de production au rythme prévu en 2030. C’est énorme! Et que vous soyez ou non pour le développement de cette énergie fossile, le Canada a fait le choix très clair de produire encore plus de pétrole à l’avenir.

La décision d’Ottawa sur le projet de pipeline Northern Gateway s’inscrit dans une stratégie tous azimuts visant un accroissement de la production et des exportations. La croissance de l’un ne va pas sans l’autre, de là la vaste offensive canadienne pour de multiples projets d’oléoducs, vers Kitimat puis Burnaby en Colombie-Britannique, vers le golfe du Mexique avec le projet Keystone XL, vers le Midwest américain, puis vers l’est du Canada, en passant par le Québec. On tire dans toutes les directions.

La production actuelle du Canada est de 3,5 millions de barils par jour. D’ici 15 ans, ce niveau de production devrait augmenter de plus de 80 % à 6,4 millions de barils par jour. En ce moment, 1 baril sur 4 est destiné à des raffineries canadiennes. Le reste est exporté aux États-Unis.

Le potentiel sur le marché canadien est intéressant, mais les pétrolières visent à augmenter leurs exportations vers les États-Unis, mais aussi vers l’Asie. En raison du manque de débouchés en ce moment, le pétrole canadien se vend environ 20 $ moins cher que le pétrole américain, dont le baril dépasse les 100 $.

L’Association canadienne des produits pétroliers a déterminé les marchés supplémentaires possibles pour le pétrole albertain, dans la mesure où des pipelines sont ajoutés :

  • 640 000 bpj : c’est ce qu’importent les raffineries du Québec et de l’Atlantique, c’est environ 90 % du pétrole raffiné dans l’est du pays;
  • 680 000 bpj : c’est l’ajout possible de pétrole que le Canada pourrait exporter vers les raffineries américaines du golfe du Mexique. En ce moment, ces installations raffinent 8 millions de barils par jour, dont 2 millions provenant de pétrole importé. L’association est d’avis que le Canada pourrait remplacer 680 000 barils par jour de ce pétrole importé;
  • 465 000 bpj : c’est le potentiel d’exportations pour les pétrolières canadiennes vers les raffineries du Midwest américain actuellement en rénovation pour transformer davantage de pétrole lourd;
  • 100 000 bpj : vers les raffineries les États de Washington et de Californie;
  • 100 000 bpj : vers les raffineries de la côte est américaine, qui ajouteraient à leur capacité.

À cela, le Canada vise aussi la Chine et l’Inde. En ce moment, la demande en pétrole importé des deux pays émergents les plus importants du monde est de 9,7 millions de barils par jour. Projection pour 2030? 17,7 millions! Le Canada veut une part du gâteau.

Stephen Harper a été très clair : « Aucun pays, quoi qu’ils en disent, ne veut entreprendre des actions sur le changement climatique qui détruiront les emplois et la croissance […] Nous sommes juste un peu plus francs à ce propos. »

Le premier ministre exprime une inquiétude réelle : la réduction des gaz à effet de serre (GES) pourrait-elle entraîner un ralentissement de l’économie? La question est légitime. Mais il faut se poser aussi une autre question : la hausse continue des GES, notamment par l’exploitation des sables bitumineux, pourrait-elle nuire davantage à l’économie dans 30 ans, dans 50 ans, dans 75 ans?

Chute boursière : que se passe-t-il?

Lundi 3 février 2014 à 16 h 55 | | Pour me joindre

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Ceux qui s’inquiètent au moindre mouvement de la bourse dorment mal ces jours-ci. Depuis la mi-janvier, un sentiment négatif anime les marchés du monde. Plusieurs sessions boursières se sont terminées avec des pertes de 1 à 3 %, des pertes à « trois chiffres » dans le cas du Dow Jones, c’est-à-dire des reculs de plus de 100 points. C’est arrivé au cours de cinq des huit dernières séances boursières pour l’indice des valeurs industrielles de Wall Street. Lundi, c’est une chute de 209 points à Toronto pour le TSX et de 326 pour le Dow Jones.

Depuis les derniers sommets en 2014 :

  • New York           – 5,9 %
  • Toronto               – 3,7 %
  • Paris                     – 5,6 %
  • Londres               – 5,8 %
  • Tokyo                   – 10,4 %

Soudainement, les grands investisseurs voient poindre à l’horizon un déséquilibre de taille. Selon plusieurs experts, qui se sont prononcés dans les derniers jours sur la chute des devises des pays émergents, plusieurs facteurs s’entrechoquent et alimentent les incertitudes :

  1. La Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé en décembre, puis une fois de plus en janvier, de réduire son intervention dans les marchés financiers. Ainsi, la Fed a annoncé une première réduction de 10 milliards de dollars, puis une autre la semaine dernière. Dès février, le rachat mensuel d’obligations et de bons du Trésor ne sera plus de 85 milliards de dollars, comme avant les fêtes, mais de 65 milliards. C’est encore beaucoup, mais c’est un signal d’un retour progressif à la normale et d’une éventuelle remontée des taux d’intérêt.
  2. Des troubles sociaux et politiques apparaissent dans plusieurs pays émergents, notamment l’Ukraine, la Turquie et la Thaïlande.
  3. L’inflation est galopante dans d’autres pays émergents, entre autres l’Argentine, l’Inde et la Russie, où les autorités économiques et les banques centrales ont du mal à stabiliser la situation.
  4. Les pays émergents ont profité, en grande partie, de l’injection massive de liquidités par la Réserve fédérale dans les marchés financiers. Beaucoup de grands investisseurs ont placé de l’argent dans les marchés émergents. Aujourd’hui, le retrait progressif de la Fed fait craindre un assèchement des liquidités disponibles pour ces marchés.
  5. La croissance de la Chine est plus faible qu’attendu.
  6. Les dernières données économiques aux États-Unis semblent avoir refroidi un peu les attentes de reprise en plus en plus solide chez nos voisins du sud.

Il y a d’autres explications. Mais, disons qu’en additionnant celles-ci, c’est assez pour semer un vent d’inquiétude qui fait grimper la volatilité en bourse. Les investisseurs semblent vouloir se réfugier dans le dollar américain, toujours la devise jugée la plus sûre dans le monde. La bourse, elle, plonge parce que les perspectives de croissance apparaissent tout à coup moins fortes.

Est-ce qu’une correction est en cours?

La reprise mondiale, qu’on voyait s’installer avec un peu plus d’emprise en 2014, est-elle déjà en train de s’essouffler?

Le Waterloo de BlackBerry?

Lundi 12 août 2013 à 14 h 09 | | Pour me joindre

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C’est par la nouvelle famille de Q10 et de Z10, lancée cette année, que BlackBerry devait assurer son avenir. L’heure n’est pas au bilan, mais les premiers mois de vente des appareils ont été décevants. Et, aujourd’hui,  l’entreprise se cherche un partenaire ou un acheteur.

À la lumière des commentaires émis par plusieurs analystes, deux questions se posent : BlackBerry sera-t-elle encore canadienne à la fin de l’année? Et son avenir se joue-t-il en Asie?

L’acheteur potentiel est une entreprise qui se cherche un système d’exploitation, une plateforme qui lui est propre. Donc, Apple, Google et Microsoft ne sont pas sur la liste des prétendants. Mais Samsung, Lenovo, ZTE et Huawei sont probablement les acheteurs les plus sérieux selon le Wall Street Journal.

Acheteurs potentiels de BlackBerry

Samsung (Suwon, Corée du sud)
chiffre d’affaires : 188 milliards de dollars

Lenovo (Pékin, Chine)
chiffre d’affaires : 30 milliards de dollars


ZTE (
Shenzhen, Chine)
chiffre d’affaires : 13,5 milliards de dollars

Huawei (Shenzhen, Chine)
chiffre d’affaires : 37 milliards de dollars

 

Au nombre des partenaires qui pourraient s’associer à BlackBerry comme investisseurs, le journal nomme 5 groupes : IBM, Amazon, HTC, Silver Lake Partners et l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada.

Fairfax Financial pourrait aussi jouer un rôle important. Prem Watsa, président de Fairfax,  principal actionnaire de l’entreprise, a annoncé son départ du conseil d’administration pour éviter tout conflit d’intérêts.

Est-ce que les autorités réglementaires américaine et canadienne diraient oui à un acheteur chinois? Ce n’est pas clair. BlackBerry a des contrats avec la Défense, donc des contrats qui touchent à des questions sensibles et stratégiques.

BlackBerry n’arrive pas à stopper son déclin. L’entreprise a supprimé 5000 emplois l’an dernier et a cessé ses activités dans plusieurs endroits. En 2009, l’entreprise détenait jusqu’à 50 % des parts de marché des téléphones intelligents sur la planète. Aujourd’hui, BlackBerry n’est même plus à 3 %… à des lunes de Samsung et d’Apple.

Parts de marché – vente de téléphones intelligents (selon IDC) :

  • Samsung                30,4 %
  • Apple                     13,1 %
  • LG                           5,1 %
  • Lenovo                  4,7 %
  • ZTE                         4,2 %

Parts de marché – systèmes d’exploitation (selon IDC) :

  • Android                 79,3 %
  • IOS                         13,2  %
  • Windows               3,7 %
  • BlackBerry            2,9 %
  • Linux                      0,8 %

BlackBerry perd du terrain aux États-Unis, au Canada et même dans les marchés émergents, où les concurrents qui utilisent la plateforme Android offrent des appareils à moindre coût. Aujourd’hui, 52 % des analystes qui suivent BlackBerry recommandent de vendre l’action.

Dans les derniers résultats financiers diffusés à la fin juin, l’entreprise a annoncé que 40 % des téléphones intelligents qu’elle a vendus étaient des BlackBerry 10. C’est 2,7 millions d’unités. Les analystes attendaient 3,3 millions.

BlackBerry compte 72 millions d’abonnés, une baisse de 4 millions par rapport au trimestre précédent.

L’entreprise devrait survivre. Mais où?

Il me semble qu’avant – vous savez avant notre époque qui se définit essentiellement par l’arrivée de centaines de postes de télé, par le World Wide Web et par les médias sociaux – avant, il me semble qu’on fermait les livres à la Saint-Jean et qu’on revenait en vie le lendemain de la fête du Travail. Et, encore, en juin, on se mettait en mode de ralentissement graduel et on prenait au moins deux semaines en septembre pour reprendre un rythme normal. Vous vous souvenez de cette époque?

Aujourd’hui, on est à « ON » 12 mois par année et ce n’est pas vraiment facile de se débrancher.

Alors, puisqu’il le faut, puisque l’actualité économique ne prend pas de vacances, voici cinq enjeux clés de l’économie à surveiller cet été.

  1. Les marchés : Depuis que la Réserve fédérale laisse entendre qu’elle va bientôt cesser de faire marcher frénétiquement sa planche à billets, la bourse se dégonfle ou donne des signes d’inquiétudes. Les propos de Ben Bernanke le 18 juin ont créé de la confusion : la Fed pourrait réduire son intervention dans les marchés d’ici la fin de l’année et arrêter tout ça l’été prochain. Le printemps s’est terminé sur une glissade boursière. Tous les signaux économiques et en provenance des membres de la Réserve fédérale pourraient provoquer une certaine volatilité sur les marchés financiers cet été.
  2. L’Europe : La moitié des pays sont en récession, les taux de chômage ne cessent de monter. Mais il y a quelques éclaircies, en Espagne notamment. Les dirigeants des pays en difficulté et les grandes organisations comme le FMI ont compris que l’austérité n’est pas le bon remède pour soulager les malheurs de l’économie. À surveiller donc : les projets de croissance de la France, au moment où le président Hollande est très impopulaire et que des mesures de stimulation économique lui sont réclamées. La zone euro va-t-elle s’enfoncer un peu plus encore ou verra-t-on apparaître des indices de stabilisation puis éventuellement de reprise?
  3. La Chine : Depuis plusieurs trimestres, les indicateurs économiques de la Chine sont moins forts qu’attendu. L’activité manufacturière est à son plus bas depuis neuf mois. Chaque donnée économique moins forte en provenance de la puissance émergente qu’est la Chine a un impact immédiat sur les marchés, les cours des métaux entre autres. La croissance du PIB demeure spectaculaire à 7 ou 8 %, mais la révision à la baisse des prévisions laisse entrevoir une demande moins forte pour les ressources mondiales, dont celles du Canada. À surveiller : les indicateurs économiques de la Chine vont donner le ton quant à la solidité de la reprise économique mondiale pour les années suivantes, d’autant que le premier client des Chinois, c’est l’Europe!
  4. Chez nous, la construction, les prix des maisons, la banque centrale, le dollar : Tout est lié. Nous en avons souvent parlé. L’endettement élevé des Canadiens est le premier danger pour notre économie et le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz a été clair : la croissance doit venir des entreprises et particulièrement des exportateurs. Il sera intéressant de voir dans le communiqué de la Banque du Canada le 17 juillet si l’évocation d’une hausse éventuelle des taux d’intérêt y figurera encore. Si Stephen Poloz veut aider les exportateurs, il sera sans doute tentant pour lui de repousser le plus tard possible la hausse des taux afin de ne pas créer de pression à la hausse sur le dollar canadien. À suivre aussi : les prix des maisons, les intentions de construction, les dangers de bulle dans le secteur des condos à Toronto et à Montréal.
  5. Libre-échange : le Canada va-t-il finir par conclure un accord de libre-échange avec l’Union européenne? Et si oui, à quel prix? Quelles seront les concessions? Sinon, comment sortir de cette démarche la tête haute? À quoi pourrait ressembler un accord incomplet, mais qui serait jugé satisfaisant pour les deux parties? Il sera intéressant de surveiller aussi les premières déclarations entourant le début des négociations entre les États-Unis et l’Union européenne en juillet.

En terminant, j’ai le plaisir de partager avec vous des réflexions comme ça plusieurs fois par semaine depuis maintenant sept ans, depuis 2006. C’est un immense privilège pour deux raisons : la première, c’est de pouvoir expliquer les choses, d’avoir de la place pour le faire. Et la deuxième, c’est de pouvoir vous lire, de parler avec vous et d’échanger des idées. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes une grande partie des sujets qu’on développe au module économie. Et c’est ainsi, je pense, que l’on réussit à remplir une mission essentielle au service public : vous donner la parole.

Merci, bon été. Continuez d’écrire ici, sur ce blogue, et de partager vos idées, vos suggestions, vos réflexions.

Reportage absolument épatant dimanche soir à 60 minutes sur CBS à propos du développement immobilier de la Chine. La mythique émission américaine dresse un portrait fascinant d’une femme du nom de Zhang Xin, qui s’est spécialisée dans le développement d’immeubles de bureaux.

Elle est milliardaire : 3,6 milliards de dollars, c’est sa fortune. Elle est au 15e rang à ce chapitre en Chine. Elle au 376e rang du dernier classement des milliardaires de la planète de Forbes.

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clairEn raison des craintes réelles de voir éclater une bulle immobilière en Chine, Zhang Xin explique qu’elle est très prudente et qu’elle concentre ses activités sur Pékin et Shanghai. « Le développement de la propriété résidentielle en Chine est vraiment arrivé à sa fin, explique-t-elle à 60 minutes. […] Je pense que dans le détail, les centres commerciaux, il y a une offre excédentaire. Mais les bureaux, c’est le seul secteur qui va bien. »

C’est une femme simple, accessible, qui vient d’un milieu pauvre et difficile, devenue aujourd’hui une vedette en Chine, une femme acclamée comme une star d’Hollywood. Voyez le reportage ici, c’est très intéressant.

Et quand Zhang Xin dit que c’est fini pour le marché résidentiel, voyez pourquoi ici. Des milliers de tours et de quartiers résidentiels, des villes entières construites et non habitées. L’éclatement d’une bulle immobilière et une crise de la dette sont à craindre nous disent des experts dans le reportage.

Avec ce développement inconsidéré, où les prix des maisons sont hors de portée pour la vaste majorité des Chinois, le gouvernement vient d’annoncer une hausse de la mise de départ requise et des taux d’intérêt pour l’achat d’une seconde propriété toujours dans le but de ralentir le marché.

Pékin prévoit aussi imposer une taxe de 20 % sur le bénéfice encaissé à la vente d’une propriété ou encore une taxe de 1 à 3 % sur le prix de vente. Ainsi, une maison, achetée 100 millions de yuans, vendue à 200 millions de yuans, entraînerait une taxe de 20 millions de yuans. En ce moment, c’est entre 2 et 6 millions de yuans. Un million de yuans = 163 000 $CA.

Le gouvernement veut éviter une crise sociale. Pékin doit maîtriser les attentes de sa population qui sont immenses. Il y a ceux et celles qui veulent accéder à un meilleur niveau de vie, mais qui n’y arrivent pas en raison des prix trop élevés. Il y a ceux et celles qui se sont lancés dans le développement et l’acquisition de propriétés et qui n’accepteraient pas de voir s’effondrer la valeur de leurs avoirs et de leurs investissements.