Billets classés sous « Charest »

D’influence et de puissance…

Mercredi 9 octobre 2013 à 13 h 35 | | Pour me joindre

Pour me joindre

On ne peut pas parler du succès d’affaires de Paul Desmarais père sans faire mention des liens politiques qu’il a tissé tout au long de sa vie. Des années 50, où il a redressé l’entreprise d’autobus de son père, aux années 2000, Paul Desmarais a bâti un empire puissant, efficace, tentaculaire et très rentable, dans l’assurance, l’investissement  et, dans une certaine mesure, dans le secteur des médias avec les journaux de la division Gesca.

Pour arriver à ses fins, il a construit un réseau exceptionnel de contacts et de liens dans le monde des affaires, de la politique et de la culture, partout dans le monde, en Europe comme en Asie. Au fil des décennies, il n’a cessé de rapprocher ses décisions d’affaires du monde politique, de Trudeau à Charest, avec des liens particulièrement serrés avec Brian Mulroney et Jean Chrétien. D’allégeance conservatrice, il se disait idéologiquement près de Ronald Reagan, président des États-Unis de 1980 à 1988.

Même scénario en Europe, où il a fait des affaires avec les Bettancourt, Arnaud, Dassault et surtout Albert Frère, grand patron de la sidérurgie belge. Avec lui, il a investi dans plusieurs entreprises, GDF Suez, Total, Pernod Ricard et Lafarge, notamment. C’est Albert Frère qui lui a présenté en 1995 le politicien Nicolas Sarkozy. Devenu président de la France en 2007, Nicolas Sarkozy a clairement exprimé sa reconnaissance envers Paul Desmarais en le décorant du grade le plus élevé de la Légion d’honneur, la Grand-Croix. Nicolas Sarkozy l’a alors chaleureusement remercié : « Si je suis président aujourd’hui, c’est grâce en grande partie aux conseils, à l’amitié et à la loyauté de Paul Desmarais. »

Aujourd’hui, Power Corporation est présente dans votre vie. C’est LE géant de l’assurance au Canada, avec entre autres la Great-West, la London Life, la Canada-Vie. C’est aussi LE géant de l’investissement avec le Groupe Investors et Placements Mackenzie, notamment. C’est un acteur important dans le paysage médiatique québécois avec La Presse, Le Soleil et d’autres quotidiens. Et c’est aussi un investisseur important dans plusieurs entreprises en Europe : Lafarge, GDF Suez, Total et Pernod Ricard pour ne nommer que celles-là.

Paul Desmarais père est l’homme le plus riche du Québec, une des 300 personnes les plus riches du monde. On ne bâtit pas un tel empire sans casser des œufs. Ce lien très puissant qu’il a toujours entretenu entre le monde politique et le développement des affaires de Power Corporation a suscité de nombreuses critiques, qui courent encore aujourd’hui, même au jour de son décès. Les images de son domaine dans Charlevoix, avec les dignitaires invités pour de grandes fêtes, ont provoqué la plupart du temps des réactions négatives dans le grand public.

Et c’est important de souligner cet aspect important de la personnalité de Paul Desmarais père. Ceux qui l’ont connu, et qui faisaient partie des privilégiés, l’ont beaucoup aimé et apprécié. Les commentaires louangeurs de gens d’affaires et d’artistes affluent depuis l’annonce de son décès.

Mais l’homme a bâti une entreprise qui n’a jamais voulu s’exposer au grand public. Power Corporation a, depuis longtemps, une image froide et austère, refermée sur elle-même, qui n’a jamais laissé entrevoir les jeux de coulisse qui ont permis à cet homme de bâtir un monstre d’influence et de puissance.

Manque à gagner : 300 millions

Vendredi 24 août 2012 à 11 h 16 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Si l’économie ralentissait tous les mois comme ce qu’on a vu au Québec en mai, le PIB serait en chute de 4,8 % sur 12 mois. C’est loin d’être un léger recul, c’est comparable à la Grèce, ces jours-ci! Et les François Legault, Pauline Marois et Jean Charest de ce monde doivent en tenir compte dans leur cadre financier!

L’ISQ a publié jeudi la donnée statistique sur le PIB au Québec. Le résultat est inquiétant : baisse de 0,4 % en mai après une stagnation en avril. Depuis le début de l’année, de janvier à mai, la croissance du Québec s’est limitée à 0,4 %, alors que la montée du PIB pour l’ensemble de l’économie canadienne sur la même période s’est chiffrée à 1,9 %. Le Québec est presque immobile en terme de croissance depuis le début de l’année. Même chose dans le marché du travail, qui stagne depuis un an.

Les partis politiques, qui nous ont annoncé des milliards en promesses de toutes sortes durant la campagne électorale, ne peuvent ignorer cette information. Elle est le reflet statistique d’une réalité bien ressentie sur le terrain dans les villes et villages du Québec.

D’abord, ils doivent expliquer comment ils vont relancer l’économie du Québec dans un contexte d’incertitude économique. Et ils doivent aussi nous expliquer comment ils arriveront à l’équilibre budgétaire si la croissance est moins forte qu’attendu.

Selon l’économiste Marc Pinsonneault de la Banque Nationale, cité par plusieurs médias, la croissance du PIB, à ce rythme, pourrait ne pas dépasser la barre du 1 % cette année au Québec. Ça pourrait être plus faible encore étant donné le contexte d’incertitude. Plusieurs pays d’Europe sont en récession, le niveau de croissance de la Chine ralentit et les signaux économiques en provenance des États-Unis demeurent incertains.

Qu’est-ce que cela signifie? Ça veut dire, selon Marc Pinsonneault, que le gouvernement perd 300 millions de dollars en revenus autonomes si la croissance est de 1 % au lieu de 1,5 %. « C’est l’équivalent de la réserve budgétaire du gouvernement », m’a dit Marc Pinsonneault au téléphone. On pourrait respecter l’équilibre budgétaire en 2013-2014, mais il faut prendre la réserve! Et espérons que le ralentissement ne sera pas encore plus important.

Un autre économiste, Jean-Pierre Aubry, de l’Université d’Ottawa, m’a indiqué que ça pourrait aller jusqu’à 350 millions de dollars de perte. «Il est même possible que l’impact sur le solde budgétaire soit plus grand (moins de croissance => moins d’emplois => plus d’aide gouvernementale)», m’a-t-il précisé par courriel.

Le PLQ et la CAQ — et aussi le PQ (ajout à 14h15 vendredi après-midi) — appuient leur cadre financier sur une croissance du produit intérieur brut de 1,5 % en 2012 et une croissance encore un peu plus élevée l’an prochain. Doivent-ils revoir leurs chiffres? Quelle crédibilité faut-il donner à leurs prévisions de retour à l’équilibre l’an prochain dans un contexte de plus en plus incertain et inquiétant?

Les propositions des partis

Samedi 18 août 2012 à 13 h 00 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Vous voulez tout savoir des propositions économiques des partis politiques?

Voici mes 5 derniers blogues en 5 clics :

CAQ

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/13/caq-economie-legault/

Option nationale

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/14/les-propositions-doption-nationale/

Québec solidaire

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/15/les-propositions-de-quebec-solidaire/

Parti québécois

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/16/les-propositions-du-parti-quebecois/

Parti libéral

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2012/08/17/les-propositions-du-parti-liberal/

Continuez de commenter!

C’est François Legault qui disait qu’il faut que « ça balance! » Oui, Monsieur Legault, vous avez raison, il le faut! Mais, soyons honnêtes, on a hâte de savoir comment vous allez faire « balancer » le tout parce qu’à l’instar de vos collègues Charest et Marois, on s’occupe bien de la colonne des dépenses durant cette campagne électorale, mais très peu de celle des revenus.

François Legault.
Et pourtant, si l’on se fie au chef de la CAQ, ça va mal au Québec et il faut relancer notre économie. Dans les circonstances, ne devrait-on pas faire plus que de tenter de « balancer » les promesses et de travailler à générer plus de revenus et moins de dépenses?

Les promesses fiscales pleuvent depuis le début de cette campagne, et on peut se demander si les propositions des partis sont à la hauteur des défis du Québec. Comment stimuler la croissance? Comment cesser de gonfler la dette au Québec, la plus importante du pays? Comment garder les travailleurs expérimentés au travail et alléger le poids du vieillissement de la population sur les jeunes générations? Comment bien gérer les coûts liés à la santé? Comment réduire le décrochage et assurer un avenir aux jeunes?

Entouré des ministres Sam Hamad et Clément Gignac, Jean Charest a nié toute intervention dans la fin de la filature d'Eddy Brandone.En lieu et place de stratégies structurantes et comportant une vision à long terme, le PLQ et la CAQ ont beaucoup misé sur des propositions à la pièce pour des clientèles précises. Ce sont des cadeaux fiscaux, un peu comme on a vu lors de la campagne fédérale du printemps 2011.

Par exemple, la CAQ propose une baisse d’impôts et l’annulation de la contribution santé, ce qui va coûter près de 2 milliards de dollars, pour les familles dont le revenu total ne dépasse pas 100 000 $ par année. Au PLQ, on prévoit envoyer un chèque de 100 $ par année aux parents d’enfants pour le matériel scolaire, d’augmenter la prime au travail pour les personnes seules de 200 $ et d’offrir le crédit d’impôt pour travailleurs expérimentés à plus de gens, à partir de l’âge de 62 ans plutôt que 65.

Le Parti québécois s’intéresse moins aux petites mesures individuelles et vise davantage à restructurer les secteurs de l’économie québécoise : plus de redevances pour les sociétés minières, une charte du bois, révision du mandat de la Caisse de dépôt et placement, une Banque de développement économique. Mais, il y a beaucoup de questions sans réponse : va-t-on exploiter le pétrole du Québec? Va-t-on aller de l’avant avec l’exploitation du gaz de schiste? Et que faire de la question des droits de scolarité? Le PQ s’en remet à un grand forum sur l’éducation, une ouverture saluée par les étudiants et les professeurs, mais qui permet au Parti québécois de demeurer vague sur sa position.

On est au jour 9 de la campagne. On attend certainement une vision plus élaborée et plus complète de l’économie du Québec de la part des trois grands partis.

La chef du Parti québécois, Pauline MaroisUn mot, en terminant, sur la Caisse de dépôt. La CAQ et le PQ entendent intervenir massivement dans le travail des dirigeants de la Caisse. La Coalition avenir Québec demanderait à la Caisse de réserver 5 milliards de dollars de son actif pour prendre des participations dans des projets miniers au Québec, une avenue qui pourrait rapporter gros, mais qui pourrait aussi faire perdre de l’argent à la Caisse. Le Parti québécois entend demander à l’institution de réorienter 10 milliards de dollars de son actif vers des investissements au Québec afin de favoriser l’économie du Québec. Pauline Marois affirme que les investissements de la Caisse au Québec et au Canada offrent de meilleurs rendements que ceux faits ailleurs dans le monde.

Deux questions donc : êtes-vous satisfaits des propositions et promesses fiscales nombreuses des partis? Et voulez-vous qu’on revoie les stratégies d’investissements de la Caisse comme la CAQ et le PQ le proposent?

Difficile de trouver un événement qui symbolise autant le capitalisme que la Conférence de Montréal qui se déroule dans le cadre du Forum économique international des Amériques. C’est un événement annuel qui rassemble à Montréal de grandes pointures mondiales pour discuter des grands enjeux et des grands défis économiques de la planète.
 
18e Forum économique international des AmériquesLes plus grandes entreprises du pays sont les commanditaires de cet événement, de Power Corporation à Rio Tinto Alcan, en passant par les banques, les grands investisseurs comme la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi qu’Investissement Québec, en collaboration avec McGill, HEC et l’UdeM, appuyé par les premiers ministres Jean Charest et Stephen Harper, d’ailleurs présents à l’événement.
 
Des gouverneurs de banques centrales sont présents, ceux du Canada, du Mexique, de France, du Portugal. Les dirigeants des grandes organisations internationales sont sur place : OCDE, OIF, OEA, BAD, OMC, AIE, etc.
 
On y parle de quoi? D’économie, de gouvernance, de démographie, de ressources, d’éducation, d’alimentation, de libre-échange, de santé, d’innovation, d’environnement, de développement durable, les grands thèmes y sont tous. J’y suis allé faire un tour lundi matin : tout le monde parle de l’Espagne et de la situation dans la zone euro.
 
Ces enjeux doivent aussi nous mener à la question du partage de la richesse. Les grands créateurs de richesse sont réunis pour parler de développement et de relance. Mais parlent-ils aussi de partage de richesse pour ces populations qui ne trouvent plus de travail dans plusieurs pays d’Europe? Pour les Africains, qui attendent toujours les prétendues répercussions positives de la mondialisation et de l’ouverture des marchés? Pour ces millions d’Américains qui subissent et subiront encore longtemps les contrecoups de la crise qui s’est amorcée en 2008?
 
Faut-il le rappeler : le chômage mondial augmente, la faim augmente aussi. En fait, les défis fondamentaux n’ont pas changé :
 
- comment faire en sorte que tous aient une chance d’accéder à une vie décente?
- comment permettre aux citoyens de profiter des richesses de leur pays?
- comment produire et développer sans entamer davantage notre capital environnemental?
- comment assurer une équité entre les humains et entre les générations?
 
Il est très bien de discuter de la gouvernance des institutions, de commerce international et d’innovation. Mais comment marier les défis écologiques et démographiques dans un monde qui ne mise que sur la croissance du PIB?

À 100 $ d’une sortie de crise…

Vendredi 1 juin 2012 à 12 h 43 | | Pour me joindre

Pour me joindre

L’ampleur du fossé entre le gouvernement et les associations étudiantes tient beaucoup plus aux principes qu’aux chiffres. Entre le gel et la hausse, les deux parties ne trouvent pas de compromis. Mais, quand on s’intéresse aux chiffres, on constate que les associations étudiantes et le gouvernement n’ont jamais cessé de se rapprocher. Et l’arrêt des négociations, vu de cet angle, est reçu avec déception par à peu très tous les intervenants et observateurs, des syndicats au patronat.

Soyons clairs.

1- Le gouvernement a fait un gros bout de chemin en réduisant la hausse de 325 $ par année sur 5 ans prévue dans le budget 2011-2012 à un montant annuel de 254 $ sur 7 ans, puis à 100 $ dans les négociations des derniers jours, même si ce chiffre de 100 $ n’est que pour la première année de la hausse prévue.

2- Les associations étudiantes ont aussi fait un gros bout de chemin en proposant la réduction d’avantages fiscaux (REEE et crédits d’impôt) qui avaient pour but de combler la hausse prévue pour les deux premières années, à coût nul pour le gouvernement et les universités.

3- Nous savons tous maintenant que ce débat sera tranché lors d’une prochaine élection générale qui aura lieu, comme le disait le premier ministre jeudi soir, d’ici 18 mois.

Donc, la réalité, c’est que nous étions à 100 $ seulement d’une sortie de crise temporaire!

Entre 0 et 100 $, n’aurait-il pas été possible d’arriver à une entente temporaire sur, à tout le moins, la première année du plan de financement universitaire du gouvernement? N’aurait-il pas été possible de faire ça en sachant, de part et d’autre, que c’est lors d’une élection qu’on va vraiment pouvoir trancher ce débat?

Tout le monde y aurait trouvé son compte : le gouvernement aurait maintenu son plan de match, les étudiants auraient pu défendre avantageusement une telle entente devant leurs associations et les citoyens, inquiets de la crise actuelle, auraient été soulagés.

À la fin des négociations jeudi après-midi, voici l’état de la situation :

L’offre du gouvernement

2012-2013 : hausse des droits de scolarité de 100 $ plutôt que 254 $ tel que prévu. Le manque à gagner de 154 $ sera comblé par une réduction du crédit d’impôt pour frais de scolarité.

2013-2014 à 2018-2019 : hausse de 254 $ des droits de scolarité par année.

Cette proposition fait passer la hausse sur 7 ans de 1779 $ à 1624 $. Autrement dit, la hausse prévue de 82 % passe à 75 %.

Dans une autre proposition soumise un peu plus tôt cette semaine, le gouvernement proposait de réduire la hausse prévue de 254 $ à 219 $ par année. Encore une fois, c’est une réduction du crédit d’impôt pour frais de scolarité qui allait financer cette baisse. Cette proposition était un peu plus généreuse : elle ramenait la hausse à 1533 $ sur 7 ans, soit 71 %.

Sur les ondes de RDI jeudi soir, à l’émission 24 heures en 60 minutes, la ministre Courchesne a déclaré qu’elle aurait été prête à descendre jusqu’à 200 $ par année, ce qui aurait ramené la hausse à 1400 $, soit 65 %. Cette proposition du gouvernement n’a pas été mise sur la table lors des négociations.

Le premier ministre Charest a indiqué, en point de presse jeudi, que le gouvernement était prêt à tenir un forum sur l’éducation à l’automne avec la participation des acteurs socioéconomiques du Québec. Jean Charest s’est dit prêt à présider ce forum.

Il faut ajouter que le gouvernement, depuis le début de la grève, a modifié sa proposition à deux reprises.

Le 5 avril, le gouvernement a annoncé une bonification des prêts étudiants, une mesure qui ne coûte rien au gouvernement dans l’immédiat, mais qui pourrait entraîner des coûts supplémentaires dans le temps. Le gouvernement garantit les prêts des institutions financières aux étudiants, de là les taux d’intérêt préférentiels. Québec doit rembourser aux institutions les prêts en défaut de paiement.

Le 27 avril, le gouvernement a bonifié de 39 millions de dollars les bourses versées aux étudiants. C’est une opération à coût nul, puisque pour financer cette mesure, Québec a décidé de réduire de 20 % à 16,5 % le crédit d’impôt pour frais de scolarité.

D’ailleurs, à ce propos, comment fonctionne ce crédit d’impôt? Prenons par exemple une somme de 2000 $ de frais de scolarité. Au moment de remplir votre déclaration de revenus, vous inscrivez 2000 $ à la ligne prévue à cet effet. Vous calculez 16,5 % de ce 2000 $, ça vous donne 330 $. Vous pouvez donc réduire votre impôt de 330 $. Si vous n’avez pas d’impôts à payer, vous pouvez refiler ce crédit d’impôt à vos parents ou à un conjoint, ou encore en profiter plus tard lors d’une autre déclaration de revenus.

C’est aussi le 27 avril que le gouvernement du Québec a décidé d’étirer la hausse des droits sur 7 ans au lieu de 5. L’impact financier est moindre chaque année pour les étudiants, mais l’objectif du gouvernement est le même.

L’offre des étudiants

Les étudiants ont proposé au gouvernement de réduire davantage le crédit d’impôt pour frais de scolarité. La FEUQ m’explique, dans un courriel que, « vu que le gouvernement du Québec a estimé que couper 3,5 points de pourcentage dans le crédit d’impôt pour frais de scolarité coûte 39 millions de dollars, une diminution d’un point rapporterait au trésor public 11,1 millions de dollars ».

Les étudiants ont donc proposé ceci :

2012-2013 : réduction de 4 points du crédit d’impôt, qui passerait ainsi de 16,5 % à 12,5 %. Cette décision permettrait d’épargner 44,4 millions de dollars et compenserait la hausse prévue pour cette année-là.

2013-2014 : réduction de 5 points supplémentaires du crédit d’impôt, qui passerait ainsi de 12,5 % à 7,5 %. Cette décision permettrait d’épargner 55,5 millions de dollars de plus et compenserait la hausse prévue pour cette année-là, en ajoutant les 44,4 millions déjà épargnés par la première baisse du crédit d’impôt.

Ainsi, par la réduction du crédit d’impôt, de 16,5 à 12,5% la première année, puis à 7,5 % la deuxième année, les droits de scolarité ne seraient pas relevés en 2012-2013 et 2013-2014.

Je présume que les associations étudiantes laisseraient le gouvernement imaginer une hausse de 254 $ pour les 5 années suivantes, mais que la question serait, de toute façon, débattue de nouveau à l’occasion d’un forum sur l’éducation et d’une élection générale.

Les étudiants ont aussi proposé d’annuler l’Incitatif québécois à l’épargne-études. C’est un autre crédit d’impôt qui a coûté 56 millions de dollars aux contribuables en 2010-2011. 

Le gouvernement du Québec vous donne de 10 à 20 % de ce que vous épargnez dans un Régime enregistré d’épargne-études, un REEE. Il y a des maximums, de 250 à 500 $ dépendamment des cas, je ne veux pas m’étendre sur le sujet.

Pour bien des gens, le REEE est une manière d’épargner pour aider leurs enfants à étudier. Pour la FEUQ, « les subventions aux REEE sont fortement régressives. Selon [le professeur d'économie] Kevin Milligan, la subvention bénéficie surtout aux deux quintiles de revenu supérieur. En gros, on subventionne des familles qui n’en ont pas nécessairement besoin, vu que la capacité d’épargne est concentrée dans les familles plus riches ». La FEUQ propose d’annuler ou de réduire la subvention.

Voilà. Bonne fin de semaine…  

Ceux qui croyaient que le gouvernement comptait sur l’essoufflement de la contestation étudiante pour mettre fin au conflit qui dure depuis février ont peut-être l’impression que Québec a eu raison d’adopter une telle stratégie. L’entente conclue samedi est loin d’atteindre les objectifs pour lesquels se sont battus les chefs étudiants : pas de gratuité, pas de gel des droits de scolarité.

En réalité, les faits sont les suivants : la hausse est certaine, la compensation est incertaine. La hausse prévue et maintenue est de 1779 $ sur 7 ans en incluant dans le calcul total un niveau d’inflation de 2 ou de 2,1 %. En retour, un comité sera formé pour analyser les économies potentielles qui permettraient de réduire les frais afférents obligatoires. Ces frais atteignent en moyenne 800 $ selon le gouvernement en ce moment.

Le comité pourrait trouver des économies pour réduire les frais afférents payés actuellement ou même les annuler complètement. Ça pourrait aller jusqu’à couvrir la hausse des droits. C’est à voir…

Les fédérations étudiantes ont déterminé des économies potentielles de 189 millions de dollars. La hausse des droits d’ici 7 ans dépassera les 350 millions de dollars.

Le président de la Conférence des recteurs et des principaux du Québec Daniel Zizian a dit, pour sa part, qu’il n’y avait pas grand-chose à couper dans les universités. Et qu’il sera difficile de trouver des économies substantielles. Faut-il le rappeler : les universités se considèrent comme sous-financées. Accepter de faire des économies de 200, 500, 1000 $ ou plus dans les frais afférents ferait revenir les universités au point de départ, ou presque, d’un point de vue financier.

Cela dit, les étudiants vont sans doute faire le bilan de ce qu’ils ont obtenu durant le conflit : bonification des prêts et bourses, accessibles à un plus grand nombre de familles et étudiants, étalement de la hausse sur sept ans au lieu de cinq, comité de réflexion sur la gestion des universités, réduction à déterminer des frais afférents.

De plus, la hausse de septembre est annulée par le report de 125 $ en frais afférents à la session suivante. Sachant que des élections auront lieu au Québec d’ici l’automne 2013, il y a fort à parier que le mouvement étudiant, en acceptant l’entente de samedi, pourrait faire le calcul qu’il lui est possible de reprendre éventuellement son credo pour un gel ou la gratuité après avoir gagné un peu de temps.

Que décideront les étudiants?

Conflit étudiant : que fait-on?

Vendredi 4 mai 2012 à 10 h 53 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Tout le monde s’entend et le comprend : la formation professionnelle, technique et générale, ainsi que les études supérieures, permet aux citoyens d’espérer une bien meilleure vie que celle qui les attend s’ils abandonnent l’école avant d’avoir un diplôme. C’est une généralité, chaque cas est particulier, mais disons que ça s’applique à la plupart des gens. L’éducation est donc au coeur de notre société, de notre économie, de notre avenir, collectif et individuel.
 
Depuis plusieurs mois, on a entendu beaucoup de choses sur la hausse des droits de scolarité, décrétée par le gouvernement du Québec. Le conflit qui en a découlé se poursuit toujours et l’on ne semble pas apercevoir à l’horizon un début d’entente entre les principales associations étudiantes et le gouvernement Charest. C’est l’impasse.
 
Et la question qui se pose encore aujourd’hui, c’est : que fait-on?
 
Plusieurs options sont sur la table, des options qui ont été présentées par différents acteurs :
 
1- Les étudiants reculent ou le gouvernement recule.
 
Gabriel Nadeau-Dubois, Martine Desjardins et Léo Bureau-BlouinC’est l’option qui ne se produira probablement pas. Les étudiants et le gouvernement sont rendus trop loin pour reculer. Les sessions sont presque perdues, la session d’été aussi, plusieurs vont rater la possibilité d’avoir un emploi d’été. Il est, de toute évidence, trop tard pour reculer. Le gouvernement, pour sa part, ne veut pas perdre la face et maintient sa décision : la hausse des droits a été annoncée et sera maintenue.
 
Les étudiants sont revenus avec des propositions qui visent le gel des droits de scolarité et, à terme, la gratuité scolaire.
 
À RDI Économie mercredi soir, la chancelière de l’Université de Montréal Louise Roy disait ceci : « Il faut faire appel à la responsabilité des uns et des autres. On a une jeunesse qui s’est mobilisée. C’est l’aspect constructif. Des jeunes qu’on pensait absents et qui nous ont fait valoir leurs aspirations. [...]
 
Aujourd’hui, on est dans une situation qui met en péril beaucoup de choses. Et je pense que c’est le temps que les leaders étudiants lancent un appel de retour. [...] La proposition que le gouvernement a mise sur la table bonifie de façon très importante l’accessibilité. [...] Je pense que les étudiants doivent réaliser qu’ils ont fait des gains importants, ne serait-ce que de nous alerter tous à ces enjeux-là. Ils ont mis également la question de la gestion des universités à l’agenda. Et j’accueille ça avec ouverture. »
 
2- On négocie.
 
Pour négocier, il faut mettre de l’eau dans son vin. Le gouvernement, comme les associations étudiantes, accepterait-il de reprendre la négociation même si publiquement chacun maintient sa position? Une fois la porte fermée, pourrait-on imaginer que chacun revoit ses positions et en arrive à une entente? Ça semble peu probable pour l’instant.
 
3- Nomination d’un médiateur.
 
Plusieurs sont de l’avis que nous en sommes à la médiation. C’est le cas notamment de l’économiste Ianik Marcil, qui demandait dans son blogue la semaine dernière au premier ministre de nommer « sans délai un médiateur pour régler le conflit avec les étudiants, afin d’apaiser les tensions qui en ont découlé depuis ».
 
Claude Castonguay lance un appel au clame dans le conflit étudiant.Claude Castonguay, à RDI Économie le 25 avril, a fait une proposition semblable : « Il faut qu’il se pose un geste qui va débloquer cette impasse qui dure depuis des semaines. Je crois que le premier ministre devrait nommer un médiateur. On s’accuse de part et d’autre. [...] On retombe dans le même genre de dynamique qu’on a vécu depuis des semaines. Le premier ministre devrait nommer un médiateur accepté évidemment par les deux parties. »
 
La FECQ et la FEUQ sont ouvertes à la médiation. La CLASSE ne la propose pas, mais l’accepterait. Le premier ministre Charest n’en veut pas, affirmant qu’il n’a pas à sous-traiter ses responsabilités. Il faut savoir aussi que la médiation obligerait toutes les parties à accepter que le résultat ne soit peut-être pas fidèle à leur position actuellement très fixe.
 
4- Suspension de la hausse et forum sur l’éducation.
 
Pour calmer le jeu et espérer ramener tous les étudiants en classe, le gouvernement pourrait suspendre la hausse des droits de scolarité temporairement. Claude Castonguay est d’avis que ça ne brisera pas l’équilibre financier du Québec.
 
Un forum ou des états généraux sur l’éducation permettraient, par ailleurs, de discuter d’enjeux fondamentaux sur le sujet : le décrochage au secondaire, le niveau de fréquentation universitaire et le taux de diplomation au Québec.
 
Après notre entrevue de mercredi, Louise Roy me disait qu’elle serait tout à fait favorable à la tenue d’une telle discussion. Elle pourrait même la présider, qui sait!
 
5- Des élections.
 
Je serai court sur cette option, toute politique : le ministre des Finances Raymond Bachand a dit, en point de presse mercredi, que l’enjeu pourrait finalement se régler lors d’une élection générale d’ici un an.
 
Alors, qu’on soit pour ou contre la hausse des droits, que fait-on pour sortir de l’impasse?

Les travailleurs de 2012

Mercredi 2 mai 2012 à 13 h 13 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Mardi, c’était la fête des Travailleurs. Aujourd’hui, mercredi, c’est le premier anniversaire de l’élection d’un gouvernement majoritaire fédéral à Ottawa. Voilà deux événements qui nous poussent à réfléchir à la situation des travailleurs au Canada.
 
C’est important de le faire parce que la réalité socioéconomique des travailleurs change rapidement. C’est vrai surtout pour ceux qui travaillent dans les secteurs manufacturier et forestier.
 
Jeunes travailleursLes fermetures d’usines sont nombreuses, souvent expéditives, draconiennes, brutales et irréversibles. Les exemples sont nombreux : Aveos, qui a fermé du jour au lendemain en mars, laissant tomber 2400 travailleurs; Mabe en janvier, qui va fermer ses installations de Montréal en 2014, ce qui entraînera la perte de près de 740 emplois; Electrolux en 2010 a annoncé le transfert de ses activités de L’Assomption, à Memphis, au Tennessee, soit la mise à pied de 1300 travailleurs d’ici la fin de 2013.
 
Il faut ajouter White Birch et AbitibiBowater, et quantité d’autres entreprises, qui ont mis fin à des activités, qui ont fermé des usines, qui ont provoqué, par leurs décisions, un chambardement total dans la vie de milliers de travailleurs et de leur famille.
 
Les raisons pour expliquer ces fermetures sont multiples : les coûts de main-d’oeuvre sont apparemment plus bas ailleurs, la force du dollar canadien nuit à la rentabilité, les soutiens publics sont beaucoup plus alléchants aux États-Unis qu’on ne peut pratiquement plus les refuser, etc. Sur ce dernier point d’ailleurs, le gouvernement américain et les États ne cessent d’offrir des cadeaux aux entreprises depuis quelques années pour maintenir ou pour gagner des emplois. C’est une nouvelle stratégie, purement protectionniste, que les Américains ont développée pour ralentir la décroissance de leur secteur manufacturier.
 
Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement décide de mettre fin au monopole de la Commission canadienne du blé, négocie avec ardeur et conviction des accords de libre-échange bilatéraux et multilatéraux qui font craindre l’abandon de certaines protections industrielles, mise beaucoup sur la réduction des impôts des entreprises au point d’offrir à ces sociétés un régime d’imposition parmi les plus faibles du monde. La stratégie de création de richesse et de développement de l’économie à Ottawa n’est pas axée d’abord sur le travailleur, mais surtout sur la concurrence, le marché et les entreprises. C’est un constat.
 
Le Mouvement Desjardins, dans sa publication Perspectives du printemps 2012, confirme les transformations en cours : de 2015 à 2020, le nombre d’emplois dans la fabrication devrait diminuer au Québec après une très faible progression de 2010 à 2015.
 
Il faut des travailleurs en usine. Il nous en faudra toujours. Mais la redéfinition du monde manufacturier sur la planète, les lois en vigueur, le marché qui domine et l’approche libérale de plusieurs pays occidentaux obligent les travailleurs et les syndicats à une profonde réflexion sur deux choses : leur rapport de force et leur stratégie pour maintenir, sauver et contribuer à créer des emplois.

Budget Bachand : les attentes

Lundi 19 mars 2012 à 11 h 33 | | Pour me joindre

Pour me joindre

La feuille de route du ministre des Finances du Québec se trouve dans le budget 2010-2011 et c’est dans cet exercice-là que se trouve l’essentiel de ce qu’on va retrouver dans le troisième budget de Raymond Bachand mardi après-midi.
 
Le ministre va chercher à attirer l’attention pour 2012-2013 sur les aînés et les régimes de retraite. Il aura sans doute raison de le faire parce que ces enjeux sont importants. Mais il ne faudra pas oublier que les annonces d’il y a deux ans vont prendre pleinement effet au cours de l’exercice suivant le budget de mardi.
 
Le ministe des Finances du Québec, Raymond Bachand, et le premier ministre Jean Charest.
Le ministre présente un budget dans un cadre difficile. L’économie a ralenti, le chômage a augmenté et la zone euro est en récession. Mais, nouvelle encourageante, l’économie américaine est en reprise. Ça demeure toutefois fragile. Québec ne peut pas trop compter sur des sommes supplémentaires d’Ottawa au moment où le gouvernement fédéral est en compressions. Néanmoins, un premier chèque de 733 millions de dollars sera versé par le gouvernement Harper au gouvernement du Québec dans le cadre du règlement sur l’harmonisation de la TPS et de la TVQ.
 
Ainsi, d’abord et avant tout, plusieurs taxes et tarifs augmentent cette année :
 
- la TVQ a augmenté d’un autre point le 1er janvier dernier, de 8,5 à 9,5 %;
 
- la taxe sur l’essence passera à 18,2 ¢ le 1er avril, hausse de 20 % en 3 ans, et une nouvelle augmentation de 1 ¢ est prévue pour 2013;
 
- la contribution santé passe de 100 $ à 200 $ par personne cette année;
 
- les droits de scolarité vont augmenter de 325 $ cette année, première hausse en 5 ans.
 
Ensuite, on s’attend à quelques annonces dans le budget de mardi :
 
- beaucoup de mots et peut-être quelques annonces sur les ressources et le Plan Nord;
 
- des annonces « très ciblées et structurantes », a dit le ministre Bachand sur le secteur manufacturier;
 
- répétition d’une annonce, celle d’Investissement-compétences dont le budget est déjà alloué ici et là pour stimuler la formation dans les PME;
 
- des annonces sur les soins à domicile pour les aînés et les aidants naturels;
 
- détails possibles sur le Régime volontaire d’épargne retraite, déjà annoncé l’an dernier, mais le ministre pourrait attendre le rapport d’Alban D’Amours sur les régimes de retraite d’ici la fin de l’année;
 
- bonification des prêts et bourses?
 
Du point de vue financier, il est prévu ceci :
 
- déficit budgétaire pour 2012-2013 : 1,5 milliard après un déficit de 3,8 milliards en 2011-2012;
 
- 9,1 milliards de dollars en infrastructures en 2012-2013, si on se fie au Plan québécois des infrastructures 2010-2015, ce qui fait augmenter la dette;
 
- croissance des dépenses de seulement 2,4 %? Est-ce que M. Bachand va y arriver?
 
Quelques chiffres…
 
- Croissance de 1,6 % prévue en 2012 au Québec;
 
- Taux de chômage actuel de 8,4 %;
 
- Mises en chantiers – 2 premiers mois de 2012 : baisse de 9 % sur les 2 premiers mois de 2011;
 
- Dette brute : probablement autour de 184 milliards aujourd’hui (56 % du PIB).
 
À demain, au budget, en direct, à 15 h 30 à RDI, puis à 18 h 15 à RDI Économie, sur nos ondes. Ce sera suivi d’une discussion en direct sur ici.radio-canada.ca/vosfinances à 19 h (HAE). À ne pas manquer…