Billets classés sous « Carney »

Entre le conflit étudiant, les manifestations contre le Grand Prix et les vidéos de Rocco Magnotta, on n’a pas beaucoup parlé du « mal hollandais » au Québec. Le débat fait rage au Canada anglais. Et le chef de l’opposition officielle à Ottawa, Thomas Mulcair, dit que le Canada est atteint de la terrible maladie. Le gouvernement conservateur répond que le chef du NPD ne cherche qu’à diviser les Canadiens.

En fait, coincé dans le discours politique, le contexte économique canadien est bien mal expliqué. Pour être bien honnête, ça fait des années que sur ce blogue, on parle des disparités économiques entre les régions du Canada. Ça fait des années qu’on évoque ce fait que l’économie canadienne fonctionne à deux vitesses.

Ça fait longtemps qu’on voit les provinces du centre et de l’Ouest profiter de la manne pétrolière, alors que dans l’Est, les manufacturiers exportateurs doivent gérer une décroissance de leurs activités provoquées par la hausse du dollar canadien et le ralentissement de l’économie américaine, en particulier l’explosion de sa bulle immobilière.

Le Canada souffre-t-il pour autant du « mal hollandais »? Le Canada souffre-t-il d’un pétrole cher qui profite à l’Ouest au détriment des exportateurs manufacturiers de l’Est affectés par la force du dollar canadien? Le Canada souffre-t-il de ce concept économique qui décrit un déséquilibre à l’intérieur d’un pays ? Dans le cas du Canada, la hausse du pétrole bénéficierait aux provinces de l’ouest au détriment des fabricants de l’Est qui seraient ralentis et ébranlés par la hausse du huard.

Réponse de Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada, en entrevue cette semaine à RDI Économie: non! « L’économie canadienne est très intégrée. Il n’y a pas une économie de l’Ouest et une économie de l’Est », nous a-t-il dit. L’évolution du dollar canadien dépend de plusieurs facteurs, pas seulement du pétrole, pas seulement des taux d’intérêt, selon Mark Carney.

Oui, répond mercredi l’OCDE, il y a nettement des signes de mal hollandais au Canada. C’est la conclusion de l’organisation dans un rapport de 128 pages rendu public ce matin. La valeur ajoutée totale à l’économie pour le secteur manufacturier est passée de 18,6 % en 2000 à 12,6 % en 2011, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques. La part de l’emploi est passée de 15,2 % à 10,2 % au pays.

Ce graphique que nous présentait l’économiste François Delorme à RDI Économie récemment nous oblige à constater que le dollar canadien a tendance à suivre de près l’évolution des prix du pétrole. On a d’ailleurs bien remarqué que le dollar canadien a faibli ces dernières semaines en même temps que le prix du pétrole.

Bien sûr, le lien n’est pas direct. Bien sûr, il y a d’autres facteurs. Mais y a-t-il un économiste ou un député qui peut nous dire, sans avoir peur de se tromper, que la force du dollar canadien n’est pas liée à la force des cours du pétrole? Quand le Canada vend du pétrole à l’étranger, l’acheteur paie en dollars canadiens. Et plus la valeur du baril grimpe, plus il faut acheter en quelque sorte des dollars canadiens, et plus cette demande grandit, plus la valeur de notre devise grandit.

Dans ce contexte, si on tenait pour acquis qu’une bonne partie de la croissance du dollar canadien est attribuable à la montée du pétrole, peut-on pour autant en conclure que les pertes d’emplois manufacturiers sont liées à la montée du dollar canadien? Et c’est là qu’on ne s’entend pas. C’est sur ce point que la chicane devient partisane à Ottawa. L’Ouest qui nuit à l’Est, voilà un beau terrain d’affrontements entre politiciens qui cherchent à séduire des électorats.

L’économiste Maurice Marchon me disait récemment qu’il faudrait d’abord s’intéresser à la productivité des entreprises. Selon les dernières données disponibles, le niveau de productivité des entreprises américaines a grimpé de 37 % depuis 10 ans. Celui des entreprises canadiennes, d’à peine 1 %. C’est ça qui explique surtout les malheurs du secteur manufacturier du Québec, selon lui. Les fabricants du Québec auraient dû profiter davantage de la montée du dollar canadien pour importer des équipements sophistiqués et améliorer davantage leur productivité.

Ce qu’on comprend, c’est qu’avant de conclure que l’un nuit à l’autre, il faut prendre le temps d’évaluer ce que l’un apporte aussi à l’autre. La hausse des cours et de la production du pétrole a provoqué un enrichissement sans précédent de l’Alberta et du Canada. La question qui demeure en débat : est-ce que ça profite à l’Ontario, au Québec, à l’est du Canada?

Difficile de trouver un événement qui symbolise autant le capitalisme que la Conférence de Montréal qui se déroule dans le cadre du Forum économique international des Amériques. C’est un événement annuel qui rassemble à Montréal de grandes pointures mondiales pour discuter des grands enjeux et des grands défis économiques de la planète.
 
18e Forum économique international des AmériquesLes plus grandes entreprises du pays sont les commanditaires de cet événement, de Power Corporation à Rio Tinto Alcan, en passant par les banques, les grands investisseurs comme la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi qu’Investissement Québec, en collaboration avec McGill, HEC et l’UdeM, appuyé par les premiers ministres Jean Charest et Stephen Harper, d’ailleurs présents à l’événement.
 
Des gouverneurs de banques centrales sont présents, ceux du Canada, du Mexique, de France, du Portugal. Les dirigeants des grandes organisations internationales sont sur place : OCDE, OIF, OEA, BAD, OMC, AIE, etc.
 
On y parle de quoi? D’économie, de gouvernance, de démographie, de ressources, d’éducation, d’alimentation, de libre-échange, de santé, d’innovation, d’environnement, de développement durable, les grands thèmes y sont tous. J’y suis allé faire un tour lundi matin : tout le monde parle de l’Espagne et de la situation dans la zone euro.
 
Ces enjeux doivent aussi nous mener à la question du partage de la richesse. Les grands créateurs de richesse sont réunis pour parler de développement et de relance. Mais parlent-ils aussi de partage de richesse pour ces populations qui ne trouvent plus de travail dans plusieurs pays d’Europe? Pour les Africains, qui attendent toujours les prétendues répercussions positives de la mondialisation et de l’ouverture des marchés? Pour ces millions d’Américains qui subissent et subiront encore longtemps les contrecoups de la crise qui s’est amorcée en 2008?
 
Faut-il le rappeler : le chômage mondial augmente, la faim augmente aussi. En fait, les défis fondamentaux n’ont pas changé :
 
– comment faire en sorte que tous aient une chance d’accéder à une vie décente?
– comment permettre aux citoyens de profiter des richesses de leur pays?
– comment produire et développer sans entamer davantage notre capital environnemental?
– comment assurer une équité entre les humains et entre les générations?
 
Il est très bien de discuter de la gouvernance des institutions, de commerce international et d’innovation. Mais comment marier les défis écologiques et démographiques dans un monde qui ne mise que sur la croissance du PIB?

L’économie en 2011…

mardi 20 décembre 2011 à 11 h 35 | | Pour me joindre

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