Billets classés sous « Canada »

2015 : climat, pétrole, récession

Vendredi 18 décembre 2015 à 16 h 16 | | Pour me joindre

Pour me joindre

En venant travailler ce matin, je me disais que c’était donc pratique de marcher jusqu’à l’autobus, puis jusqu’au travail en chaussures et en petit manteau d’automne. J’ai presque sorti mes gants, imaginez! Un matin de décembre à New York ressemble à ça, mais ce n’est pas trop normal pour Montréal, n’est-ce pas?

Un voisin me disait cette semaine qu’il en avait vu, des Noëls sans neige. Et que le phénomène El Nino y est probablement pour quelque chose cette année. N’empêche que d’année en année, on bat des records de températures sur notre belle planète pendant que l’activité humaine ne cesse de réchauffer la Terre.

C’est sur cette note que 2015 se termine. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres enjeux qui nous préoccupent et qui retiennent notre attention. Mais l’enjeu climatique, longuement discuté à Paris au cours des deux premières semaines de décembre et qui a mené à un accord à 195 pays, est certainement le défi économique de notre époque. Et ces jours très doux de décembre semblent nous servir d’exemple ou de rappel de la tâche à accomplir pour limiter les dégâts. Parce que c’est de ça dont il s’agit : limiter le réchauffement et non l’empêcher.

Cette année qui s’achève est donc celle d’un espoir : celui de voir les dirigeants du monde se rassembler autour d’un objectif commun. L’accord de Paris est exceptionnel parce que la planète s’est entendue sur un texte, sur un plan de match. Maintenant, à chacun d’établir ses cibles pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Tous devront en faire plus. Les cibles connues pour l’instant ne permettront pas de limiter le réchauffement à 1,5 ou à 2 degrés Celsius.

1- L’accord de Paris

L’accord de Paris est donc l’événement économique de 2015 à mes yeux. On ne peut pas espérer un développement, une prospérité et une croissance durable sans un programme sérieux en matière d’impact environnemental. Il faut réduire notre empreinte carbone, il faut miser sur les énergies renouvelables et les innovations vertes. La décarbonisation de l’économie est en cours. Des investisseurs, des dirigeants d’entreprises, des économistes l’ont compris.

L’entente conclue à la Conférence des Nations unies servira de guide, de cadre pour la suite des choses. Si elle n’est pas aussi exigeante que plusieurs l’auraient voulu, elle est mieux que l’absence d’accord. Elle réunit le monde sur des objectifs précis. L’engagement vaut cher.

parisIl faut donner au gouvernement français, à François Hollande, à Laurent Fabius et à Ségolène Royal le crédit pour cet accord. Beaucoup d’énergies ont été investies dans la réussite de cette conférence. Si l’accord de Paris est l’événement le plus marquant de l’économie en 2015, les leaders français doivent être considérés comme étant les personnalités économiques de l’année. Cet accord aura plus d’effet et sera franchement plus important sur le plan historique et économique que les événements en Grèce.

2- Le drame grec

Cela dit, ce qui s’est passé en Grèce aura aussi marqué 2015. Un nouveau gouvernement de gauche, qui tient tête au FMI avant de céder aux demandes des créanciers pour être finalement reporté au pouvoir en septembre. La tragédie grecque a été totale. Rocambolesque, elle nous a fourni plusieurs épisodes dans nos bulletins d’informations. Le film, toutefois, est répétitif : la dette grecque est insoutenable, l’austérité exigée est trop difficile à imposer et à supporter, et le drame grec risque de se jouer encore.

3- La chute du pétrole

La chute du pétrole s’est poursuivie en 2015. Et contrairement à ce que les économistes nous ont souvent expliqué, la baisse des prix de l’énergie n’a pas galvanisé l’économie mondiale. Au contraire, cette chute des ressources s’accompagne d’une montée d’incertitude qui ramène les investisseurs vers les actifs américains jugés les plus sûrs. La hausse du taux directeur en décembre par la Réserve fédérale, une première en près de 10 ans, ne viendra qu’accentuer cette ruée vers les actifs américains.

La chute du pétrole pourrait se poursuivre pendant que la Chine continue de décélérer et que l’Arabie saoudite refuse de céder un millimètre sur ses parts de marché. Un bras de fer est engagé avec les États-Unis et la Russie, mais surtout avec l’Iran, qui est de retour dans le marché mondial du pétrole avec la levée des sanctions internationales. L’Arabie saoudite ne veut rien céder et l’offre de pétrole demeure abondante, largement plus élevée que la demande.

4- Au Canada : récession, baisse de taux et chute du dollar

L’effondrement du pétrole a entraîné notre dollar canadien en glissade constante. Selon l’économiste en chef de Desjardins, François Dupuis, le dollar tombera sous les 70 ¢US. Les exportateurs pourraient en profiter, mais ils sont aux prises avec une concurrence de plus en plus vive auprès de leur premier partenaire, les États-Unis, qui se tournent de plus en plus vers les produits chinois.

moreanLe Canada affronte aujourd’hui de nouveaux défis structurels. Et comme me l’écrivait l’économiste Jean-Pierre Aubry il y a quelques jours, la récession qu’a connue le Canada dans la première moitié de 2015 n’est pas un accident, mais un avertissement.

Le Canada dépend trop des ressources naturelles. La productivité est trop faible, la chute du dollar canadien n’est plus le signal automatique d’une formidable reprise pour les manufacturiers et les exportateurs. Et le Canada, et surtout le Québec, connaît un vieillissement marqué de sa population.

Il faut ajouter l’endettement des Canadiens, qui soulève des inquiétudes, et l’apparition d’une bulle immobilière dans certains marchés, des zones à risque, selon le ministre des Finances Bill Morneau et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz.

La réponse des autorités sera importante pour l’avenir économique du pays. Le nouveau gouvernement veut stimuler l’économie et le moment est sans doute propice à une telle approche. Et la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser de nouveau son taux directeur après l’avoir fait à deux reprises en 2015. Le gouverneur Poloz a même évoqué la possibilité (très peu probable) d’amener le taux directeur en territoire négatif.

5- Les jeunes entrepreneurs

Cette année 2015 nous donne un autre espoir, celui de la place qu’entend prendre la génération Y, les jeunes qui ont aujourd’hui 18 ans, 25 ans, 30 ans. Les jeunes Québécois veulent se lancer en affaires. Ils ont de bonnes idées, ils sont nés avec les technologies, les applications, ce sont des créateurs de solutions. Ils sont créatifs et ils n’ont pas peur de foncer et de se lancer. Ils n’ont pas de barrières géographiques, mentales, culturelles. Ils respirent en français, travaillent souvent en anglais, apprennent une troisième puis une quatrième langue.

L’indice entrepreneurial du Québec nous apprenait récemment que 20 % des Québécois ont l’intention de se lancer en affaires. C’est probablement l’effet des Taillefer, Archambault, Brown, Dutil et j’en passe. Chez les 18-34 ans, ce taux double à 37 %. C’est phénoménal. J’ai interrogé une entrepreneure de 21 ans à RDI économie cet automne, Frédérique Rioux, qui a fondé Millenya, qui organise des événements.

La génération Y n’est pas individualiste. Elle a une vision de la société différente des autres générations. Elle a un rapport au monde qui n’est pas le même que le mien ou celui de mes parents. Les jeunes habitent le monde, via les médias sociaux, interagissent avec lui, voyagent, s’expriment, s’engagent. Ils sont conscients des vrais défis de notre époque : l’environnement et les inégalités sociales.

Ce genre de choses me rend très optimiste.

Vous avez dit… récession mondiale?

Lundi 9 novembre 2015 à 17 h 14 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le mot récession apparaît dans l’analyse de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) diffusée en ce début de semaine sur l’état de l’économie mondiale. Au rythme actuel, la croissance du commerce planétaire en 2015 touche des niveaux qu’on considérait, dans le passé, comme étant « associés à une récession internationale ».

Plusieurs experts considèrent qu’en bas de 3 % de croissance, le monde est en récession ou se trouve dans un contexte économique qui ressemble à une récession. On associe généralement une croissance du PIB mondial qui se situe entre 3 et 3,5 % à un fléchissement des matières premières.

Or, l’OCDE révise sa prévision pour 2015 de 3 à 2,9 % seulement. Et pour 2016, de 3,6 % à 3,3 %. Pourquoi? Parce que la Chine ne cesse de décélérer. Ses importations dégringolent. L’OCDE prévoit une hausse du PIB cette année de 6,8 %, l’an prochain, de 6,5 % et en 2017, de 6,2 %. Vous comprenez que la croissance de la Chine demeure forte, mais le ralentissement de sa croissance a un impact marqué sur l’économie mondiale.

Des pays exportateurs, comme le Canada, sont particulièrement ébranlés par ce qui se passe en Chine. Plusieurs pays qui ont des liens importants avec la Chine demeurent en récession. C’est le cas de plusieurs pays émergents comme la Russie et le Brésil. C’est le cas aussi de la Grèce. Dans ces trois cas, il n’est pas prévu qu’une reprise se pointe avant 2017.

La croissance est faible au Canada : 1,2 % cette année et 2 % l’an prochain. Elle demeure assez faible aux États-Unis à environ 2,5 %. Il y a tout lieu de croire que la Réserve fédérale va encore se montrer hésitante avant de relever son taux directeur, malgré les bonnes données récentes sur l’emploi.

chine

 

importations mondiales

exportations

 

5 faits sur la récession au Canada

Mardi 1 septembre 2015 à 14 h 10 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Au milieu de la campagne électorale, il est clair que la confirmation d’une récession au pays peut avoir un effet politique non négligeable. Mais allons au-delà des intérêts politiques et regardons les chiffres de près pour en tirer le portrait le plus factuel possible.

1. Officiellement, le Canada est ou était en récession. La loi C-59 associée au budget du 21 avril dernier présenté par le ministre Oliver définit la récession comme étant une « période d’au moins deux trimestres consécutifs de croissance négative du produit intérieur brut réel du Canada dont Statistique Canada fait état en vertu de la Loi sur la statistique ». Avec une baisse du PIB annualisée de 0,8 % et de 0,5 % au cours des deux premiers trimestres de 2015, Statistique Canada confirme donc que le Canada est en récession.

pib-canadlna

2. En juin, dernier mois du deuxième trimestre, le Canada a connu une croissance de son PIB de 0,5 %, un fort rebond qui laisse croire, selon les économistes, à une reprise de l’économie canadienne. Il faudra attendre les prochaines statistiques officielles pour affirmer que le Canada est sorti de récession après les deux premiers trimestres de l’année. Selon les économistes, le Canada a retrouvé la croissance au cours du troisième trimestre, actuellement en cours (juillet, août, septembre).

3. Cette récession est atypique, en raison de la croissance de la consommation des ménages et la croissance également de l’emploi. Il faut savoir que les économistes ont une définition plus large, plus détaillée de ce qu’est une récession. Aux États-Unis, le National Bureau of Economic Research affirme qu’une récession signifie un déclin économique de plusieurs mois, qui se fait sentir dans la production, l’emploi et le revenu réel, notamment. La contraction n’est pas confinée à un seul secteur de l’économie, affirme l’organisme.

4. La faiblesse de l’économie canadienne vient en bonne partie de la baisse des investissements des entreprises : reculs de 10,9 % au premier trimestre et de 7,9 % au deuxième trimestre. La chute du dollar canadien touche aussi les importations, qui sont en baisse de 1,4 % au cours du deuxième trimestre. En retour, les dépenses de consommation ont augmenté de 2,3 %, et les exportations, de 0,4 %.

pib secteurs

5. À la lumière de ces données, plusieurs économistes sont d’avis que la Banque du Canada ne devrait pas abaisser ses taux d’intérêt une troisième fois cette année. Cela dit, comme on l’expliquait dans deux billets précédents, la croissance plus lente aura un effet sur l’objectif de l’équilibre budgétaire à Ottawa.

Ah, la dette…

Jeudi 2 juillet 2015 à 13 h 19 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Un téléspectateur de RDI économie m’a demandé pourquoi la Grèce et Porto Rico sont plongés dans des difficultés financières de grande ampleur, alors que d’autres États ont des niveaux d’endettement plus élevés. Excellente question.

D’abord, les chiffres :

dettepibb

Pourquoi le Japon, dont la dette représente 230 % de son PIB, n’est pas plongé dans une crise financière abyssale avec un tel endettement? Et pourquoi un pays comme le Sri Lanka, dont la dette ne représente que 76 % de son PIB, doit offrir ses obligations gouvernementales sur 10 ans à 9 % d’intérêt, alors que le Canada, dont l’endettement est plus élevé, à 87 %, s’en tire avec un taux de seulement 1,8 %?

Réponse courte : la confiance. Un pays dont l’économie est solide et diversifiée, dont le pouvoir politique est stable, qui rembourse ses dettes, qui est bien coté par les agences de notation, va inspirer la confiance et va attirer les investissements. Cet État n’aura pas de mal à se financer dans les marchés, à faibles coûts d’intérêt.

C’est le cas de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, du Québec aussi. Mais c’est plus difficile pour des pays plus instables, dont les revenus sont plus irréguliers, des endroits où la population est pauvre, où le filet social est faible. Le ratio dette/PIB peut être plus faible au Sri Lanka qu’au Canada, d’autres indicateurs expriment des écarts majeurs, notamment sur le niveau de vie, l’inflation, le commerce, le budget ou la corruption.

De plus, il faut regarder les actifs d’un pays. Si vous prenez l’exemple du Japon, sa dette brute est à 230 % de son PIB, mais sa dette nette, qui tient compte de ses actifs, est à 100 %. L’endettement japonais est attribuable à son manque de croissance économique et au vieillissement de sa population. Mais une très grande part de sa dette appartient aux Japonais et non à des investisseurs étrangers. On évalue à 90 % le niveau de la dette entre les mains de la population locale, ce qui permet au pays de maintenir ses taux d’intérêt plus bas.

Effacer la dette grecque?

Dans le cas de la Grèce, son endettement ne cesse de grimper, son PIB est en chute, son niveau de chômage dépasse les 25 % et c’est le double chez les jeunes. Entre les mesures d’austérité et les problèmes structurels de la fiscalité grecque, Athènes n’arrive pas à émerger de ses difficultés. La Grèce n’est plus capable de se financer sur les marchés financiers. Et certains en arrivent à proposer qu’on efface une partie de la dette du pays pour lui donner de l’air et lui permettre de se restructurer et de se relancer.

Après avoir poussé la Grèce à des réformes structurelles, notamment avec la privatisation  d’actifs, la coupe d’effectifs et la réduction des pensions, le FMI en arrive aujourd’hui à la conclusion qu’il faudra réfléchir à la possibilité de radier une partie de la dette du pays.

À RDI économie lundi, l’analyste géopolitique Pierre Fournier expliquait que « la réalité, c’est que les Grecs ne pourront jamais rembourser leur dette. C’est un secret de Polichinelle, tout le monde le sait, mais l’Europe n’est pas prête, ni le FMI d’ailleurs, à effacer une partie de la dette grecque […] comme ça a été fait avec l’Allemagne en 1953, comme ça s’est fait avec la Pologne, la Russie, plusieurs pays d’Amérique latine. C’est ça la solution. Ce que craignent les autorités européennes, c’est évidemment l’effet de contagion. »

Quand on sait que la Grèce doit 90 milliards d’euros à l’Allemagne, on comprend facilement que Berlin n’est pas vraiment prête à envisager une radiation de dette, à moins que la Grèce accepte de se soumettre à de nouvelles mesures d’austérité, des réductions de dépenses et des hausses d’impôt.

Tout est relatif donc quand il est question de dette.

Sur ces mots, je sors de mon bureau pour quelques semaines, à la recherche de mon ami Galarneau. Bon été, soyez sages!

Sources : Trading Economics, The Globe and Mail, Université de Sherbrooke

Après les scientifiques, les écologistes, les économistes, voilà que le G7 entre dans la danse et épouse le constat qu’il est urgent d’agir. Les pays membres du G7, parmi les plus grands émetteurs du monde, ont établi une cible hier en vue de la conférence de l’ONU à Paris en décembre. Il nous faut avoir atteint une réduction de 40 à 70 % des émissions de GES en 2050 par rapport au niveau de 2010. De plus, nous devons nous affranchir des énergies fossiles à la fin du siècle. L’engagement est colossal. Greenpeace a salué le G7.

En fait, deux mots s’installent dans le vocabulaire financier et économique : désinvestissement et décarbonisation. Le premier explique la sortie de nombreux investisseurs des secteurs pétroliers, gaziers et charbonniers. Ces derniers se posent la question suivante : la lutte contre les changements climatiques rendra-t-elle possible l’exploitation des réserves énergétiques annoncées?

Donc, comme l’expliquait à RDI économie lundi soir le spécialiste des négociations climatiques Hugo Séguin, quelle est la valeur à long terme d’un investissement dans une exploitation de ressources pétrolières, gazières et charbonnières?

Le deuxième terme, décarbonisation, n’existe pas dans tous les dictionnaires, mais l’Observatoire de néologie du Québec définissait ainsi la décarbonisation en 2011 : « ensemble des mesures et techniques mises en place en vue de limiter l’utilisation des hydrocarbures comme sources d’énergie ». Et l’Office québécois de la langue française l’a inclus dans son dictionnaire terminologique.

Sortir de l’économie du carbone avant 2100, c’est donc mettre fin progressivement à l’utilisation des énergies fossiles. Le mot est sans appel. Nous pourrions opter aussi pour « décarboner ».

Du bout des lèvres, le Canada fait partie de cet engagement en tant que membre du G7. Mais, comme nous l’expliquait Hugo Séguin, le premier ministre Harper a choisi de « ne pas confronter ses pairs au sommet du G7 et de se joindre au consensus, qui était inévitable. […] La question est de savoir si le gouvernement fédéral croit en son engagement. C’est malheureux comme Canadien de le constater, mais le gouvernement fédéral n’a pas brillé par sa capacité de démontrer sa crédibilité au niveau international dans l’enjeu des changements climatiques. »

On peut encore se demander jusqu’où ira le Canada à la conférence de Paris. Une élection est prévue entre les deux et aura un impact sur la position d’Ottawa d’ici là.

emetteurs

Malgré l’optimisme qu’a généré la conclusion des dirigeants du G7 sur l’enjeu environnemental, on ne vient pas garantir le succès de la conférence de l’ONU selon Hugo Séguin. « C’est comme si on passait le chapeau des bonnes volontés. Des joueurs majeurs de cette négociation se sont engagés aujourd’hui. » Mais il faut d’autres engagements, ceux de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Turquie et de l’Indonésie notamment.

À n’en pas douter, le défi écologique est le risque économique le plus important de notre siècle. Les grands dirigeants de la planète semblent l’avoir compris.

Les moyens perdus de l’État

Mercredi 18 mars 2015 à 18 h 53 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le rapport Godbout permettra-t-il de stimuler l’économie du Québec, d’encourager le travail et de permettre surtout à l’État d’engranger des revenus essentiels à la poursuite des missions qu’il s’est données, dans la mesure où il veut conserver toutes ces missions?

On verra, comme dirait un célèbre politicien! Mais, entre-temps, un petit coup d’œil dans le passé nous permet de constater que les gouvernements du Québec et du Canada ont largement contribué à l’assèchement de leurs capacités financières.

En fait, l’atteinte pénible et difficile du déficit zéro aujourd’hui n’est probablement pas étrangère aux baisses d’impôts adoptées depuis plus de 15 ans au Canada et au Québec. Dans une étude rendue publique mardi, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) affirme que la réduction du nombre de paliers d’impôt (de 5 à 3 en 1997, puis à 4 en 2012) ainsi que les baisses d’impôt ont entraîné un manque à gagner de 4,5 milliards de dollars à l’État québécois.

Ce qu’a fait l’IREC, c’est d’appliquer la grille fiscale de 1997 à l’année 2013. En plus du manque à gagner de 4,5 milliards de dollars, l’IREC affirme que l’ajout et la bonification de crédits d’impôt ont privé l’État d’une somme de 4,1 milliards. Ces mesures fiscales destinées pour la plupart aux plus démunis viennent réduire l’effet des hausses de taxes à la consommation.

L’écart budgétaire pour le gouvernement du Québec est donc de 8,6 milliards de dollars selon l’IREC, une somme qui, vous le comprendrez, nous éloignerait largement des débats enflammés qu’on connaît sur l’atteinte du déficit zéro.

10 milliards de moins à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement fédéral a annoncé deux baisses de TPS, de 7 à 5 %,  depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, ce qui le prive de 6 à 7 milliards de dollars de revenus par année. En novembre dernier, le fractionnement de revenus et d’autres mesures pour les familles ont été annoncés. Ça va priver Ottawa de plus de 4,5 milliards de dollars de revenus sur une année. C’est au moins 10 milliards de dollars de moins dans les coffres de l’État canadien.

Et on ne parle pas ici de la baisse d’impôt pour les entreprises, dont les répercussions (négatives pour les revenus de l’État, apparemment positives pour l’économie) ne sont pas calculées.

Mardi, le directeur parlementaire du budget a révélé que le fractionnement du revenu des conjoints va coûter 2,2 milliards de dollars seulement en 2015 pour aider 15 % des ménages au Canada, c’est-à-dire 2 millions de ménages sur un peu plus de 13 millions. Le gain d’impôt pourrait atteindre un maximum de 2000 $ par famille si les écarts de revenus sont importants entre les deux conjoints. Au Québec, avec l’abattement fédéral de 16,5 %, c’est un maximum de 1670 $ qui sera possible et non 2000 $.

Au nom de l’équilibre budgétaire, les gouvernements coupent. À Ottawa, depuis 2011. À Québec, depuis 2013 et particulièrement cette année. Si l’État n’avait pas tant réduit sa marge de manoeuvre, je pose la question : aurions-nous les mêmes débats et surtout les mêmes soucis face au grand défi qui se dessine pour les deux prochaines décennies, le vieillissement de la population?

Nuages à Ottawa, soleil à Québec!

Vendredi 30 janvier 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le gouvernement Couillard peut dire merci à la bonne Providence! La péréquation augmente, les taux d’intérêt baissent, le prix de l’essence recule, le dollar canadien dégringole, la croissance américaine est solide.

Au final, les finances publiques du Québec en profitent. Les revenus augmentent. Pour les sept premiers mois de l’année, les revenus des impôts des particuliers ont augmenté de 3,3 %, les revenus des taxes à la consommation ont monté de 3,4 % et ceux provenant des impôts des sociétés ont bondi de 10,6 %.

Résultat : le gouvernement affiche, avant les versements au Fonds des générations, un surplus de 227 millions de dollars pour les sept premiers mois de son exercice 2014-2015, comparativement à un déficit de 860 millions de dollars au cours de la même période en 2013-2014. Il faut dire que les mesures d’austérité appliquées à Québec contribuent également à ce surplus. La hausse des dépenses de programmes a été contenue à 1,3 % seulement avec des hausses de dépenses de seulement 2,4 % en santé et services sociaux et 1,3 % en éducation et culture. Ces deux missions gouvernementales représentent 75 % des dépenses de programmes.

soleilAu rythme où vont les choses, Québec pourrait afficher un déficit moins important que ce qui est prévu cette année à un peu plus de 1 milliard de dollars. Les coûts d’intérêt ont baissé de 150 millions au cours des sept premiers mois de l’année ,même si l’endettement du Québec a augmenté.

Et les revenus de taxation grimpent plus rapidement qu’attendu. L’occasion économique qui se présente au Québec, avec la chute du dollar, du pétrole et des taux d’intérêt, pourrait générer des revenus encore plus élevés d’ici la fin de l’exercice.

Honnêtement, malgré les inquiétudes maintes fois répétées sur les finances du Québec, sur un budget de 100 milliards de dollars, le Québec est pratiquement à l’équilibre budgétaire. Et je pense que c’est important d’appuyer encore sur le fait que la conjoncture économique favorise le Québec, une occasion que le gouvernement Couillard pourrait saisir en misant sur des mesures d’accélération économique : investissements, exportations, création d’emplois.

Politique d’austérité à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, la marge de manœuvre du gouvernement fédéral rétrécit. Comme on l’a clairement constaté en 2008, le gouvernement Harper s’automutile en réduisant sa capacité de réaction à coup de baisse de taxes et d’impôts. Aujourd’hui, après avoir promis longtemps que l’équilibre budgétaire arriverait en 2015, le gouvernement doit trouver des solutions pour respecter son engagement.

Avec la réduction des impôts offerte à 4 millions de ménages en novembre dernier, le gouvernement fédéral sera obligé de piger dans sa réserve de 3 milliards de dollars pour combler une partie du manque à gagner pétrolier et arriver au déficit zéro en 2015-2016.

nuagesL’économie a ralenti en novembre, baisse de 0,2 % du PIB. Et le déficit pour les huit premiers mois de l’exercice 2014-2015 est à 3,3 milliards de dollars. Cela dit, les revenus augmentent toujours, les coûts d’intérêt sont en baisse, alors que les dépenses du gouvernement baissent. La politique d’austérité mise en œuvre il y a trois ans n’est pas terminée : les dépenses de programmes sont en baisse de 2 % depuis le début de l’exercice.

Les rôles sont inversés : les nuages s’amoncellent à Ottawa, tandis que le soleil commence à briller au Québec. Et il n’y a pas un météorologue qui l’avait prévu!

La flamme éteinte…

Vendredi 7 novembre 2014 à 12 h 39 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Il n’y a aucune source de réjouissance dans les chiffres sur l’emploi publiés pour le Québec en octobre. Rien ne laisse entrevoir une reprise du marché en ce moment. Depuis janvier 2013, l’emploi stagne. Et depuis janvier 2014, l’emploi chute. Brève reprise durant l’été, mais rien de solide. Le bilan depuis un an, c’est l’ajout de 70 000 emplois à temps partiel au Québec, mais la perte de 100 000 à temps plein. C’est très décevant.

Pendant ce temps, la croissance de l’emploi se poursuit en Ontario, et le total pour l’ensemble du Canada continue d’augmenter. Il s’est ajouté plus de 200 000 emplois au Canada cette année jusqu’à maintenant. L’Ontario  a gagné près de 120 000 emplois depuis décembre.

 

 

Que se passe-t-il au Québec? Qu’est-ce qui explique l’absence de vitalité du marché de l’emploi? Qu’est-il arrivé dans les derniers mois et les dernières années pour que le Québec cesse de créer des emplois? Je sais qu’ici, les discussions deviendront partisanes. C’est la faute aux péquistes, diront certains. D’autres vont ironiser  en disant que c’est « l’effet libéral ».

N’y a-t-il pas des explications un peu plus profondes et structurelles? Sans écarter l’effet des décisions politiques, sur lesquelles il est difficile d’aller sans se faire accuser de pencher d’un bord ou de l’autre, prenons le temps d’analyser certains facteurs et événements qui auraient eu un impact sur l’état de santé du marché de l’emploi depuis un an et demi :

  1. La chute des matières premières. Depuis le début de 2013, les prix des matières premières sont en baisse et plusieurs projets miniers ont ralenti leur développement ou reporté des projets. Que ce soit le « Nord pour tous » ou le « Plan Nord », la dégringolade des prix de l’or et du fer a un impact économique réel.
  2. Le Québec tarde à ressentir les effets de la reprise américaine. La croissance des États-Unis est de plus en plus solide. Les économistes de Desjardins écrivent ce matin qu’il « faudra peut-être attendre 2015 pour en voir les effets concrètement au Québec ».
  3. Le secteur privé en Ontario et dans l’ensemble du pays crée de l’emploi. Depuis un an, il s’est ajouté 140 000 emplois au Canada dans le privé, alors qu’au Québec on a perdu près de 50 000 emplois dans les entreprises privées. Pourquoi? Qu’est-ce qui explique la réticence du secteur privé à créer des emplois au Québec?
  4. Fondamentalement, nous en parlons souvent, la structure démographique du Québec change. Le taux d’activité, c’est-à-dire les gens qui travaillent et ceux qui cherchent de l’emploi par rapport à l’ensemble de la population de 15 ans et plus, baisse au Québec. Ce taux est passé de 65,3 % en janvier à 64,4 % en octobre. Beaucoup de gens partent à la retraite.
  5. Si on devait ajouter un aspect politique, on pourrait évoquer la présence d’un gouvernement minoritaire pendant 18 mois, la menace d’augmenter les impôts en septembre 2012 et, aujourd’hui, les mesures d’austérité du gouvernement qui s’accompagnent d’une réduction du soutien aux entreprises.

 

Difficile de montrer du doigt un, deux ou trois éléments précis. Une chose cependant qu’on peut dire, c’est que le climat de confiance doit être rétabli. Pourquoi une entreprise voudrait-elle investir au Québec, créer de l’emploi ici et vivre au Québec? Pourquoi un entrepreneur déciderait-il de se lancer dans un projet d’entreprise ou un projet d’économie sociale en ce moment au Québec?

Qu’est-ce qui stimule l’économie en ce moment, qu’est-ce qui donne le goût aux femmes et aux hommes du Québec d’aller de l’avant avec leurs projets, leurs innovations, leurs idées de grandeur? Qu’est-ce qui peut rallumer la flamme, dites?

Les entreprises n’embauchent plus!

Vendredi 5 septembre 2014 à 12 h 42 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Les dernières statistiques sur l’emploi au Canada ne sont pas très réjouissantes. Malgré une accélération de la croissance économique au deuxième trimestre au pays, le marché de l’emploi croît lentement, près de la stagnation, particulièrement au Québec. Trois constats :

  1. Les entreprises n’embauchent pas. Il s’est perdu 112 000 emplois dans le secteur privé au Canada en août. En faisant le compte des bons et mauvais mois depuis le début de l’année, on constate une perte nette de 57 000 emplois dans les entreprises privées au Canada en 2014. Au Québec, la tendance est la même : perte de 35 500 emplois dans le secteur privé en août, de 50 000 depuis le début de l’année. C’est franchement inquiétant.
  2. Rien de mieux que de créer son emploi, paraît-il, quand on n’arrive pas à se dénicher du boulot! Eh bien, c’est le cas pour une bonne partie des citoyens : 15 % des travailleurs au Canada sont des travailleurs autonomes. Et ça se poursuit : Statistique Canada rapporte l’ajout de 87 000 travailleurs autonomes au Canada en août, dont 12 000 au Québec.
  3. Et, disons les choses simplement, il ne se crée presque pas d’emplois au Québec. Toutes les mesures arrivent au même constat :
    • faible gain de 4100 emplois en août;
    • encore plus faible gain de 9500 emplois depuis trois mois (moyenne de 3166 par mois);
    • perte de 21 000 emplois en 2014;
    • gain de 20 200 emplois depuis un an, soit 1683 emplois en moyenne par mois;
    • perte de 31 300 emplois à temps plein sur 12 mois, gain de 51 300 emplois à temps partiel.

Taxer le carbone, pas la richesse!

Mercredi 11 juin 2014 à 13 h 38 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le Canada ne fait pas ce qui doit être fait en matière de politiques environnementales, selon l’OCDE. Dans un rapport publié en marge de la Conférence de Montréal, l’organisme expose clairement la faiblesse du gouvernement canadien sur le plan de la taxation du carbone. Comme nous l’a expliqué le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, dans une entrevue qui sera diffusée mercredi soir à 18 h 30 (HAE) à RDI économie, les gouvernements n’aiment pas parler de taxe parce que ce n’est pas très gagnant dans les urnes!

Or, sur 34 pays membres de l’OCDE, le Canada est en queue de peloton avec les États-Unis et le Mexique pour ce qui est de la taxation des émissions de gaz à effet de serre. L’OCDE recommande d’utiliser des « instruments économiques pour tarifer les émissions de carbone ». Idéalement, c’est une taxe carbone qui devrait être adoptée, selon Angel Gurria. Une bourse du carbone est aussi une possibilité, mais l’expérience n’a pas été très concluante jusqu’à maintenant en Europe, rappelle le secrétaire général de l’OCDE.

À RDI économie mardi soir, le professeur Pierre-Olivier Pineau est venu expliquer toutefois que ce marché d’unités de carbone avait du potentiel. Dans la mesure où plusieurs États et provinces devaient se joindre à un marché continental du carbone, l’objectif ultime, qui est celui d’abaisser nos émissions de gaz à effet de serre, pourrait être atteint. Le gouvernement du Québec participe à ce marché depuis janvier. La Californie aussi. Des enchères d’unités ont eu lieu en mai.

Le principe est simple : le gouvernement autorise l’émission d’un nombre précis d’unités de carbone. Ce nombre est appelé à baisser d’année en année, afin de réduire les émissions annuelles. Une entreprise qui émet des gaz à effet de serre à un niveau plus élevé que prévu doit acheter des unités dans le marché organisé. Dans ce même marché, des entreprises peu polluantes peuvent vendre leurs unités à celles qui en ont besoin.

Le Canada a promis de réduire ses émissions de GES de 17 % en 2020 par rapport au niveau de 2005, sans s’engager toutefois sur le plan international, car il s’est exclu du protocole de Kyoto.

Cela dit, si l’OCDE parle de taxe carbone aujourd’hui, il ne faut pas croire que l’organisme vient de tomber en amour avec les impôts et les charges fiscales. À une question sur les solutions proposées par l’économiste Thomas Piketty pour réduire les écarts de richesse, Angel Gurria a clairement dit que l’idée de taxer les patrimoines et les plus riches n’est pas très porteuse. L’OCDE mise sur la croissance inclusive, une croissance qui n’alimente pas les inégalités, mais qui améliore les perspectives pour tous quant à l’emploi, l’éducation et la santé.

Il faut taxer davantage la pollution, mais pas la richesse, nous dit donc l’OCDE. Qu’en pensez-vous?