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Y a-t-il de « l’eau dans le gaz » dans le projet d’union libre du Canada et de l’Union européenne? À quelques semaines du début des négociations de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne, on peut sérieusement se demander si les relations canado-européennes ne sont pas en train de dérailler. Les signaux envoyés sont tous au jaune. Et les irritants se multiplient.

Ce qui achoppe, ce sont les questions agricoles. Le Canada veut exporter plus de bœuf vers l’Europe. L’Union refuse et exige un accès plus grand au marché des produits laitiers du Canada. La plupart des autres points seraient réglés ou sur le point de l’être. Mais cette question bloquerait toutes les avancées supplémentaires.

Ce problème survient au moment où l’administration Obama est sur le point de lancer des négociations avec l’Union européenne. Si le Canada n’a pas conclu d’entente avec les Européens avant le début des discussions entre Washington et Bruxelles, comment pourrait-on prétendre à Ottawa que l’Union européenne a encore beaucoup d’énergie à mettre sur une entente. Le réel intérêt pour l’Europe, ce sont les États-Unis. Et ils sont sur le point de pouvoir y aller directement, sans passer par le nord.

Les relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis représentent le tiers des échanges commerciaux mondiaux. Total de 645 milliards de dollars en 2012. Barack Obama sera en Allemagne les 18 et 19 juin prochain.

Dans l’urgence, le Canada devra-t-il plier sur des points cruciaux?

Il faut ajouter qu’il y a deux dossiers qui nuisent aux relations canado-européennes : le phoque et les sables bitumineux. Le boycottage des produits du phoque canadien a été confirmé, il y a quelques jours, une fois de plus. Et ça agace le Canada.

Et l’Europe est allergique au pétrole issu des sables bitumineux. Même si les Européens ne sont pas vraiment appelés à consommer de ce pétrole, ils continuent de mener une campagne contre ce type d’énergie. Le ministre fédéral des Ressources naturelles Joe Oliver affirme que les directives européennes sont discriminatoires et ne s’appuient pas sur la science. En notant les types de pétrole, les Européens minimisent les émissions de gaz à effet de serre (GES) émises par le Venezuela, selon Joe Oliver.

La Commission européenne pourrait bientôt conclure que les émissions de GES du pétrole des sables bitumineux sont 22 % plus élevées que le pétrole conventionnel. Le Canada pourrait saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) du dossier.

L’enthousiasme qui a régné pendant un certain dans l’avenue d’une entente sur un libre-échange entre le Canada et l’Union européenne a disparu. Les yeux sont tournés vers Washington aujourd’hui. Et ce qui apparaissait récemment comme des petits détails à régler entre le Canada et l’Union européenne ressemblent de plus en plus à des cadenas difficiles à déverrouiller.

Emplois au Québec : du contexte

Vendredi 10 mai 2013 à 16 h 37 | | Pour me joindre

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En économie, il faut souvent se décoller le nez de la fenêtre, prendre un ou deux pas de recul pour mieux comprendre ce qui se passe. Il faut du contexte. Des économistes comme Pierre Fortin ou François Delorme, Bernard Élie, Luc Godbout et j’en passe viennent régulièrement à RDI économie pour nous aider à mettre un peu de lumière sur les enjeux.

Pour notre émission spéciale du 20 mai, jour de la fête des Patriotes, de Dollard et de la Reine, nous allons vous présenter une entrevue avec l’économiste Pierre Fortin, observateur de la scène économique québécoise depuis cinq décennies. Nous sommes allés chez lui ce matin pour réaliser cette entrevue qui, je pense, va beaucoup vous intéresser.

Il m’a donné un graphique pour vous, que je reproduis ici :

Alors que le Québec voit son taux de chômage augmenter depuis le début de l’année, il est passé de 7,1 à 7,8 %, le taux d’emploi du Québec demeure encore plus élevé qu’aux États-Unis. Et l’écart qui s’était resserré avec l’Ontario ne s’est que très légèrement agrandi. Le taux d’emploi, c’est le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15 ans et plus.

Ainsi, selon Statistique Canada, le taux d’emploi en Ontario était de 61,2 en janvier. Il est à 61,3 en avril. Au Québec, il était à 60,7 en janvier. Il est à 60,2 aujourd’hui. On a raison de dire que le bilan québécois est moins bon que celui de l’Ontario dans les derniers mois. Mais il faudra attendre encore pour établir des tendances lourdes et évaluer si le Québec est en train de recommencer à prendre du retard sur l’Ontario.

Il s’est ajouté 44 000 emplois au Québec en avril 2013 par rapport à avril 2012. En Ontario, c’est un ajout de 71 000. La croissance économique est faible dans les deux provinces. Comme l’expliquent les économistes de Desjardins, « il faut reconnaître que depuis janvier, le bilan du marché du travail est plutôt terne. Il est vrai que sur le plan des données économiques, c’est un début d’année hésitant qui caractérise le continent nord-américain. Avril ne présente pas de surprise. […] D’ici l’été, le marché du travail devrait afficher un meilleur score que les quatre premiers mois de l’année qui se sont soldés négativement. »

Il ne faut pas amoindrir le message que nous envoient les statistiques. Comme le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty l’exprimait hier à Londres, il est à souhaiter que les pays occidentaux vont orienter leurs politiques et leurs priorités vers la croissance et l’emploi. Nous sommes largement dépendants de la croissance mondiale, surtout américaine.

 

Déficits et dettes : les chiffres

Mardi 16 avril 2013 à 17 h 05 | | Pour me joindre

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Amateurs de chiffres, bonsoir!

Voici les prévisions du FMI en matière de déficit budgétaire et de dette publique pour plusieurs États du monde pour 2013.

Pour consultations et discussions!

—-

Déficit budgétaire (en pourcentage du PIB)

Japon : 9,8
Inde : 8,3
Irlande : 7,5
Royaume-Uni : 7,0
Espagne : 6,6
États-Unis : 6,5
Portugal : 5,5
Grèce : 4,6
France : 3,7
Canada : 2,8
Italie : 2,6
Chine : 2,1
Brésil : 1,2
Allemagne : 0,3
Russie : 0,3

Dette publique (en pourcentage du PIB)

Japon : 245,4
Grèce : 179,5
Italie : 130,6
Portugal : 122,3
Irlande : 122,0
États-Unis : 108,1
Royaume-Uni : 93,6
France : 92,7
Espagne : 91,8
Canada : 87,0
Allemagne : 80,4
Brésil : 67,2
Inde : 66,4
Chine : 21,3
Russie : 10,4

D’entrée de jeu, permettez-moi de vous souhaiter une bonne année 2013 : du bonheur, de l’amour, de la paix et du succès! De la sérénité afin que chacun, peu importe sa situation, puisse mieux vivre, plus calmement, sans manquer de rien.

Cette année s’amorce avec deux nouvelles encourageantes.

D’abord, des avancées pour éviter le précipice budgétaire aux États-Unis, ce qui aurait pu avoir un impact économique majeur. Plus de peur que de mal finalement! Et puis, un règlement dans la LNH. Cela permettra à des milliers de personnes de retrouver des emplois perdus par ce conflit de travail opposant de riches joueurs à de riches propriétaires, et qui s’étirait…

Surtout, le bilan de 2012 est très appréciable au chapitre de l’emploi. Les changements imposés par le gouvernement Harper à l’assurance-emploi vont bouleverser la vie de milliers de travailleurs et de leur famille, c’est certain. Mais les dernières statistiques confirment une amélioration générale de la situation économique au pays, surtout au Québec.

Ainsi, après la perte de 51 000 emplois en 2011, le Québec a rebondi au cours de la dernière année en ajoutant 138 000 emplois. Le taux de chômage a baissé, les taux d’emploi et d’activité ont augmenté.

Dans les bonnes nouvelles, notons l’ajout de 128 000 emplois dans la région métropolitaine de Montréal, stimulée en particulier par un faible taux de chômage en Montérégie à 6,1 %. Aussi, la presque totalité des emplois créés au cours de la dernière année ont été à temps plein.

 

Les régions championnes en terme de faible chômage :

  • Chaudière-Appalaches : 4,6 %
  • Capitale-Nationale : 4,9 %
  • Montérégie : 6,1 %
  • Côte-Nord et Nord-du-Québec : 6,3 %
  • Laurentides : 6,5 %
  • Abitibi-Témiscamingue : 6,7 %
  • Bas-Saint-Laurent : 6,8 %

 

Les régions autour de la moyenne :

  • Centre-du-Québec : 7,1 %
  • Outaouais : 7,2 %
  • Lanaudière : 7,2 %

 

Les régions où le taux de chômage a monté en 2012 :

  • Laval : 7,4 %
  • Estrie : 7,9 %
  • Saguenay-Lac-Saint-Jean : 9,4 %
  • Montréal : 10,1 %
  • Mauricie : 10,5 %
  • Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine : 14,6 %

 

Cela dit, les économistes sont d’avis que la situation ne va pas perdurer. Parlant pour l’ensemble du Canada, l’économiste Matthieu Arseneau de la Nationale affirmait vendredi qu’il demeure « sceptique quant à la durabilité de ces gains en raison de la volatilité des données sur l’emploi ».

Chez Desjardins, l’économiste Joëlle Noreau disait ceci : « Bien que les données économiques s’améliorent au sud de la frontière, les préoccupations entourant le contexte budgétaire laissent encore bien des inquiétudes quant à la performance de l’économie américaine cette année. Ce climat de tension amènera bien des hésitations chez les employeurs qui préféreront peut-être jouer de prudence dans les premiers mois de 2013 en limitant à la fois les investissements et les embauches. »

Une fois de plus, ce début d’année s’amorce sur une série de doutes, qui laissent croire qu’une croissance durable et soutenable peut s’installer, mais les risques demeurent assez nombreux pour faire dérailler, encore une fois, ce qui peut ressembler à une reprise. N’est-ce pas très prudent comme projection pour 2013?

États-Unis : incertitude au Canada

Mercredi 7 novembre 2012 à 11 h 02 | | Pour me joindre

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La réélection du démocrate Barack Obama et un Congrès toujours divisé à Washington nous obligent à constater que le Canada et le Québec sont, une fois de plus, plongés dans l’incertitude. Les États-Unis demeurent notre premier client et partenaire économique. Sans vouloir exagérer la situation, la suite des choses demeure tout à fait incertaine pour nos exportateurs, pour nos manufacturiers et pour l’économie dans son ensemble.

Pour trois raisons :

1- Un précipice fiscal attend les Américains le 1er janvier prochain, dans moins de deux mois. De quoi s’agit-il? D’une hausse d’impôt et d’une réduction draconienne des dépenses publiques. Ce sont des mesures automatiques qui entreront en vigueur si le Congrès ne s’entend pas sur de nouvelles lois. Une hausse brusque des charges fiscales accompagnée d’une coupe brutale dans les investissements de l’État pourrait plonger le pays en récession selon plusieurs économistes. Une telle situation aurait un impact sur la demande de produits canadiens.

Barack Obama, grand vainqueur de l'élection présidentielle américaine2- Le protectionnisme américain est au coeur de la réforme industrielle des États-Unis. Mon collègue animateur de Classe économique, Jean-Sébastien Bernatchez, rappelait à juste titre il y a quelques jours à la radio que le président Obama avait exposé clairement son jeu dans son dernier discours sur l’état de l’Union : vous ramenez des emplois aux États-Unis, vous pouvez être assurés du soutien du gouvernement. Il avait même donné l’exemple d’une entreprise qui venait de déplacer des emplois du Canada aux États-Unis. Le soutien au secteur manufacturier passe par de fortes subventions et des soutiens fiscaux pour les entreprises qui fabriquent aux États-Unis et qui emploient des Américains.

C’est ainsi que Barack Obama veut stopper les délocalisations vers les pays émergents et ramener et créer des emplois aux États-Unis. Et ça se fait aussi au détriment du Canada comme on l’a vu dans l’affaire Electrolux. Les autorités publiques américaines ont donné pour plus de 130 millions de dollars à l’entreprise pour qu’elle déménage son usine de L’Assomption, au Québec, à Memphis, au Tennessee.

La politique protectionniste du président oblige aussi les entreprises d’ici à s’installer en sol américain pour avoir accès aux contrats ou aux soutiens publics. Il ne faut pas minimiser cette situation. Barack Obama est déterminé et très agressif sur ce plan. Et cette stratégie est gagnante partout aux États-Unis, que vous soyez démocrate ou républicain.

3- Il n’est pas encore clair que le président démocrate donnera son aval à la construction de l’oléoduc Keystone, qui doit permettre d’acheminer le pétrole des sables bitumineux vers le sud des États-Unis.  Les analystes croient que Washington donnera son aval au début de 2013. En même temps, Barack Obama a exprimé très clairement son engagement à développer le gaz naturel et à réduire les subventions pour l’industrie pétrolière. L’Alberta garde un espoir réel pour Keystone. Mais l’incertitude, pour l’instant, persiste.

Cela dit, tout n’est pas noir, loin de là. Si la part des exportations canadiennes vers les États-Unis tend à diminuer, il n’en demeure pas moins que les échanges commerciaux avec les Américains sont fluides. Les électeurs du Michigan ont donné leur accord à la construction d’un nouveau pont entre Détroit et Windsor. Cela est un signal fort en faveur du commerce entre les deux pays. De plus, plusieurs experts craignaient que les coupes sociales qui étaient prévues par le républicain Mitt Romney, ainsi qu’une politique extérieure plus dure au sujet de l’Iran et de la Chine, aient augmenté les possibilités de récession chez nos voisins du sud. Ce scénario n’a pas été retenu finalement.

Puis, et je termine là-dessus, le professeur Pierre Martin de l’Université de Montréal a écrit un papier fort instructif à la fin octobre sur l’impact économique des choix politiques des Américains. On y apprend que, contrairement à la croyance populaire, le Canada profite généralement beaucoup plus de la présence d’un démocrate à la présidence que d’un républicain.

Ainsi, en moyenne, depuis 1961, la croissance du PIB au Canada dans l’année suivant l’élection d’un président démocrate est de 2,92 % alors qu’elle n’est que de 1,34 % quand le président élu est un républicain. Aussi, sous les administrations démocrates, le taux de chômage au Canada a été 1,1 point de pourcentage inférieur à celui sous les administrations républicaines. Et surtout, depuis les années 50, la production manufacturière du Canada a progressé de 5,7 % en moyenne par année sous un président démocrate comparativement à 1,7 % sous un président républicain.

À suivre…

Est-ce la fin de la croissance?

Vendredi 26 octobre 2012 à 14 h 31 | | Pour me joindre

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Page 52 du nouveau livre de l’économiste Jeff Rubin, La fin de la croissance publié chez Hurtubise en français, la semaine prochaine : « Que vous soyez du type libre marché ou adepte de l’intervention de l’État, vous partagez avec la plupart des économistes la croyance indéfectible selon laquelle la croissance est la panacée à tous les maux de nature économique. »

Plus loin, l’auteur pose la question : « Que surviendra-t-il si nos économies cessent de croître? Nous le saurons bientôt parce que ce scénario est sur le point de se produire. »

Jeff Rubin explique, une fois de plus, que l’économie mondiale est vulnérable aux fluctuations du pétrole. Chaque fois que le pétrole a atteint un sommet, explique-t-il, l’économie mondiale est tombée en récession. Croissance économique et consommation de pétrole sont intimement liées. On a vraiment l’impression d’être dans un cercle vicieux : la croissance fait grimper le prix du pétrole, la hausse du prix du pétrole nuit à la croissance et ramène la récession…

Ainsi, l’ex-économiste de la CIBC est d’avis que tout converge vers une montée des cours du pétrole, ce qui viendra ralentir l’économie des pays avancés, qui ne seront pas en mesure de maintenir une croissance soutenue. Un pétrole plus cher est alimenté par une croissance plus forte, mais entraîne un ralentissement de cette croissance, une décélération des revenus des États, qui s’endettent davantage à un taux d’intérêt plus élevé. Dans un contexte économique difficile, les emprunts sont aussi plus difficiles à obtenir.

Cette situation ne sera pas temporaire, mais permanente, selon l’analyse de Jeff Rubin. Il suggère qu’on commence tout de suite à nous adapter à un mode de vie plus simple, basé sur la réduction de notre consommation d’énergie.  Heureusement, dit-il, « les pays de l’OCDE voient déjà naître une nouvelle génération de consommateurs : des jeunes qui rejettent le matérialisme de leurs parents pour adopter un mode de vie plus simple ».

À ceux qui croient que les nouvelles découvertes technologiques vont permettre de régler le problème, il répond ceci : « Les innovations technologiques […], comme la fracturation hydraulique, ne sont pas une solution miracle pour combler tous les besoins énergétiques de la planète. […] De telles innovations technologiques rendent possible une légère augmentation de l’offre de brut, mais ne réussissent pas à exercer la poussée nécessaire pour combler les besoins de la planète pour l’avenir. »

Les États-Unis doivent mettre au point leur stratégie énergétique parce que le pays pourrait manquer de pétrole bientôt. « Si la consommation de pétrole double en Chine, écrit Jeff Rubin, le nombre de barils destinés aux États-Unis pourrait chuter de moitié (ou presque) puisque le volume d’énergie est limité. Cette notion simple deviendra bientôt une réalité asphyxiante pour les États-Unis et les autres pays de l’OCDE. »

Mais, qu’en sera-t-il pour le Canada, dont la production de pétrole est appelée à augmenter et pour qui la situation semble se poser différemment? Le Canada n’est-il pas le mieux placer pour profiter de la demande chinoise avec son projet de pipeline Northern Gateway et des besoins américains avec son projet Keystone? Mais, en même temps, un ralentissement de la croissance pourrait-il toucher plus durement le Canada?

Un livre essentiel, à lire.

Été 2012, entre chaos et espoir

Vendredi 29 juin 2012 à 11 h 06 | | Pour me joindre

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La première moitié de l’année 2012 se termine sur une note d’espoir. Les dirigeants européens sont arrivés à un accord qui établit une stratégie à court et à moyen terme. D’une part, l’Espagne obtient des pays de la zone euro un engagement pour que le fonds de soutien européen aide directement les banques du pays sans endetter l’État. Et l’Italie obtient que le fonds de stabilité européen rachète des obligations de la péninsule pour faire pression à la baisse sur les taux d’intérêt et les coûts d’emprunts.

Le président français François Hollande s'entretient avec le premier ministre belge, Elio Di Rupo et le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, à l'ouverture du sommet européen à Bruxelles, jeudi.

D’autre part, l’Union européenne a convenu de mettre en place un plan de croissance de 120 milliards d’euros. Il aura notamment pour objectif d’investir dans des projets d’infrastructures. Un plan de stimulation économique, finalement! Et ce plan a obtenu l’aval de Madrid et de Rome parce qu’une stratégie à court terme, pour réduire la pression des marchés, a été adoptée.

 

Voilà pour les bonnes nouvelles. Pour le reste, soyons bien honnêtes, l’été s’annonce difficile sur plusieurs plans :

  • L’économie mondiale ralentit. La plupart des pays de la zone euro sont en récession, l’économie américaine ralentit, la confiance des consommateurs est en baisse.
  • Les défis à long terme de la zone euro sont immenses. Il faut une meilleure intégration de la zone, une union fiscale, monétaire et économique qui fonctionne. On est encore à se demander si la zone euro va résister aux turbulences qu’elle connaît. Est-ce que Berlin va plier pour mettre en commun les dettes des pays de l’ensemble? Est-ce que Paris et les autres grandes capitales de la région vont accepter de céder de leur souveraineté pour donner plus de pouvoir aux entités centrales de l’Union et de la zone, peut-être un peu plus de poids à l’économie « modèle » de l’Europe, c’est-à-dire l’Allemagne?
  • La Chine ralentit. La Chine demeure en forte croissance, mais l’un des gros moteurs du monde économique a perdu de sa force dans les derniers mois. Son secteur manufacturier fonctionne, de mois en mois, à un rythme toujours un peu plus modéré. La banque centrale réduit ses taux d’intérêt pour stimuler la consommation. Pékin a beaucoup misé sur le développement du pays, sur une augmentation de sa capacité de production, mais, pour l’instant, des quartiers entiers sont peuplés d’appartements vides et d’usines immobiles. En 2012, on ne peut pas négliger une réduction de 2, 3 ou 4 points de pourcentage de croissance du PIB en Chine et dans les pays émergents du monde.
  • Le Canada n’est pas à l’abri. Si Jim Flaherty et Stephen Harper parlent beaucoup des troubles européens pour nous avertir d’un ralentissement possible au Canada, il faut savoir que deux autres menaces planent au-dessus de l’économie canadienne : le ralentissement de la Chine qui a provoqué une chute de plus de 20 % des cours du pétrole depuis deux mois et l’endettement des ménages canadiens, qui obligent le gouvernement à resserrer l’accès au crédit hypothécaire.
  • Et, je terminerai là-dessus : comme en 2008, nous devons encore aujourd’hui poser le diagnostic que notre modèle économique, qui repose sur la consommation, le crédit et l’endettement, est fatigué. Cet endettement, des États et des particuliers, étouffe les perspectives normales de croissance. Les entreprises, surtout les sociétés financières, ont engrangé des profits et des milliards au fil du temps, ont pris des risques inconsidérés avec l’argent des épargnants et nous nous retrouvons aujourd’hui dans un total déséquilibre qui menace nos économies. Faudra-t-il annuler des dettes? Faudra-t-il effacer l’ardoise?

Et surtout, avons-nous d’autres façons de croître, d’améliorer notre niveau de vie, notre qualité de vie, tout en cessant d’épuiser notre capital écologique? Si les défis des prochains mois sont importants, les défis fondamentaux du capitalisme des années 2000 le sont encore plus. L’espoir de Bruxelles aujourd’hui nous conduira-t-il à une plus large réflexion sur la croissance, sur la richesse, sur la création et la répartition de la richesse, sur l’avenir de notre planète?

Je vous souhaite un bon été. Avec les odeurs d’élections qui planent au Québec, je vous retrouve en août, mais pas très tard en août…

Un monde de précarité…

Mercredi 23 mai 2012 à 12 h 00 | | Pour me joindre

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D’ici 2016, le niveau de chômage dans le monde ne devrait pas baisser chez les jeunes selon l’OIT, l’Organisation internationale du travail. Le taux de chômage des 15-24 ans devrait légèrement augmenter à 12,7 % en 2012, et ça devrait demeurer ainsi pour plusieurs années.

L’OCDE attirait aussi l’attention sur la situation des jeunes il y a quelques jours en appelant le G20 à s’intéresser en priorité à leur niveau d’emploi. « Près de 11 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans étaient sans emploi dans les pays de l’OCDE début 2012. Dans la zone de l’OCDE, le taux de chômage des jeunes s’élevait à 17,1 % en mars 2012, un niveau proche du record de 18,3 % atteint en novembre 2009. » Le taux de chômage des jeunes est environ trois fois celui de la moyenne.

En Espagne et en Grèce, le taux de chômage chez les moins de 25 ans dépasse maintenant 51 % en raison de la récession qui perdure, des mesures d’austérité qui aggravent la situation et de la crise de la dette qui ne trouve pas de solutions durables. En mars 2007, le taux de chômage des jeunes Espagnols était de 17,7 %. C’est vous dire la détérioration de la situation.

Derrière ces chiffres, s’annonce une précarisation malheureusement durable de l’emploi. Selon l’OIT, « le recours aux contrats temporaires pour les jeunes travailleurs a pratiquement doublé depuis que la crise économique a éclaté. [...] Entre 2008 et 2011, la part des contrats temporaires parmi les jeunes employés — âgés de 15 à 24 ans — a augmenté de 0,9 point de pourcentage par an, après une hausse annuelle de 0,5 point sur la période 2000-2008. [...] Plus d’un jeune sur trois affirme ne pas pouvoir trouver d’emploi permanent. »

Et la hausse de l’emploi à temps partiel chez les jeunes est particulièrement rapide, selon l’OIT, en Australie, au Japon, en Nouvelle-Zélande et… au Canada.

Taux de chômage des jeunes dans les pays de l’OCDE, décembre 2007-mars 2012
Pourcentage du total de la main-d’oeuvre jeune (15-24)

source : OCDE

Les perspectives économiques se brouillent une fois de plus. Deux avis publiés à quelques jours d’intervalle sur l’économie canadienne et les taux de la Banque du Canada nous le montrent.
 
Le premier, publié mardi, est celui de Jimmy Jean, économiste du Mouvement Desjardins, après la publication récente des données sur le PIB au Canada en février :
« Les dernières données suggèrent que l’écart de production se résorbera plus tard que prévu en 2013, ce qui implique que la Banque du Canada pourrait afficher un empressement moindre à resserrer sa politique monétaire [à monter son taux directeur]. Cela est d’autant plus vrai que l’inflation demeure sous contrôle, que l’économie américaine semble connaître un nouveau passage à vide et que la récession européenne montre des signes d’aggravation. Avec les nombreux risques qui pèsent, une augmentation des turbulences financières ne peut être écartée. Dans ce contexte, l’anticipation de hausses de taux par la Banque du Canada en 2012 semble prématurée. Dans un tel scénario, elle serait en toute vraisemblance l’unique banque centrale majeure au monde à aller dans cette direction cette année. »
Et puis, un deuxième, publié aujourd’hui par l’économiste Douglas J. Porter de la BMO, après l’annonce par Statistique Canada d’un deuxième mois de forte hausse de l’emploi au pays :
« La plus forte séquence de hausse d’emplois sur 2 mois en 30 ans (+140 500) va calmer les inquiétudes à propos d’un ralentissement considérable de l’économie canadienne. Ce qui est le plus impressionnant, ce sont les gains d’emplois substantiels dans le secteur privé, ce qui est venu compenser les pertes d’emplois du dernier mois dans le secteur public — le meilleur scénario serait que cette tendance se maintienne. Alors que ces résultats solides et surprenants ne changeront pas de façon significative les perspectives de la Banque du Canada, ça viendra même l’encourager à maintenir un discours positif, malgré les troubles en Europe et le ralentissement en Chine. »
Tiens, tiens.
 
À ce point-ci donc, plusieurs questions se posent :
 
  • quel sera l’impact de la résurgence de la crise grecque et des troubles persistants en Espagne?
  • comment évolueront les discussions Merkel-Hollande? Quelle est l’ampleur du fossé entre les deux chefs?
  • le « passage à vide » américain est-il temporaire, l’essoufflement va-t-il durer?
On en parlait récemment, on a l’impression de vivre le jour de la marmotte! La reprise est-elle, encore cette année, en train de déraper?
Dans les entrevues qu’il a accordées à CBC et à Radio-Canada, Stephen Harper est demeuré fidèle à son plan de match : il y aura des compressions dans le secteur public, dans le cadre d’une vaste révision des dépenses. C’est une question de rigueur budgétaire et c’est ce qu’avaient annoncé nettement les conservateurs. Et, selon lui, c’est dans l’intérêt de l’économie canadienne.
 
En anglais, dans l’entrevue menée par Peter Mansbridge, Stephen Harper a dit qu’il fallait que les travailleurs de la fonction publique contribuent davantage à leur fonds de retraite.
 
Cela dit, avec les compressions prévues et la hausse des cotisations pour les employés du secteur public qui sera peut-être annoncée, on peut se demander si l’économie canadienne va en souffrir. Plus de 282 000 personnes travaillent pour l’État. Ils seront nécessairement touchés, de près ou de loin, par ces coupes.
 
Le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty a paru plus prudent à CTV hier soir compte tenu de la situation économique mondiale. « Je crois que les Canadiens [...] s’attendent à ce que nous soyons prudents, a-t-il dit, à ce qu’on revienne à des budgets équilibrés, mais qu’on ait une approche équilibrée aussi à ce propos parce que nous devons en même temps encourager la création d’emplois et la croissance économique. On ne peut pas avoir une approche d’austérité. »
 
Dans son communiqué ce matin, la Banque du Canada écrit que la croissance sera moins forte que prévu au pays. « Le taux de croissance projeté pour la période à venir est plus modeste qu’envisagé précédemment, en raison surtout de la conjoncture extérieure, selon la Banque. [...] Par contre, on s’attend à ce que les conditions financières très avantageuses soutiennent les dépenses de consommation et l’activité dans le secteur du logement. Les dépenses des ménages devraient rester élevées par rapport au PIB, et le ratio de la dette au revenu des ménages, augmenter davantage. »
 
Donc, la Banque est d’avis que la reprise sera plus rapide que prévu, à l’été 2013 plutôt qu’en fin d’année. L’économie canadienne résiste, résistera selon Stephen Harper et Mark Carney. En fait, le Canada semble se démarquer à tous les points de vue.
 
Au chapitre des notes de crédit, le Canada fait dorénavant partie d’un club sélect de notation AAA. Avec l’Australie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Suisse, la Norvège, la Suède, la Finlande, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, Singapour et le Liechtenstein, le Canada a une note parfaite parmi toutes les agences de notation. La France, les États-Unis, l’Autriche et la Nouvelle-Zélande ont vu leur note être abaissée par une ou deux agences, mais conservent leur AAA avec Moody’s notamment.
 
Pour ce qui est du chômage, le Canada fait également bonne figure parmi les membres de l’OCDE. Le taux de chômage au pays est de 7,5 %, le même niveau que la moyenne du G7, sous la moyenne de l’OCDE (8,2 %), de l’Union européenne (9,8 %) et de la zone euro (10,3 %).
 
Ottawa peut-il se reposer sur ces relatives bonnes conditions économiques pour aller de l’avant, tout de même, avec son plan de compressions dans l’objectif de revenir à l’équilibre en 2015?