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Taux, mise de fonds et hypothèque

vendredi 11 décembre 2015 à 16 h 09 | | Pour me joindre

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Vous voulez vous acheter une maison ou vous souhaitez renouveler votre hypothèque? Que faire? Les derniers jours, et les prochains aussi, soulèvent un lot de questions légitimes auxquelles on va tenter de répondre dans ce billet.

Ottawa augmente la mise de fonds hypothécaire. Est-ce que ça vous touche?

Le ministre des Finances Bill Morneau a décidé de resserrer les règles hypothécaires afin de calmer la flambée immobilière de Vancouver et de Toronto. Ainsi, lors de l’acquisition d’une propriété principale, le capital minimum sur les premiers 500 000 $ sera toujours de 5 %. Mais, ensuite, après 500 000 $, ce sera 10 %.

Si vous achetez une maison de 700 000 $, la mise de fonds sera de 5 % sur les premiers 500 000 $, soit 25 000 $. Et elle sera de 10 % sur les suivants 200 000 $, soit 20 000 $. La mise de fonds sera alors de 45 000 $ (25 000 + 20 000). Le taux de capital minimum est ainsi de 6,4 % sur l’ensemble de l’achat.

Si vous êtes déjà titulaire d’une hypothèque, ces changements ne vous touchent pas.

Pourquoi le gouvernement resserre-t-il les règles hypothécaires?

Les dernières données sur les prix et les reventes de maisons nous montrent clairement que les marchés de Toronto et de Vancouver sont en surchauffe ou s’en s’approchent. Des hausses de prix de 10 à 18 % en octobre sur un an, des reventes en hausse de 40 % à Vancouver et de 14 % à Toronto.

prix des maisons

Pendant ce temps, la Banque du Canada envoie des signaux de baisses de taux. Pourquoi?

Le ralentissement de l’économie canadienne se poursuit. Au cours de 6 des 9 premiers mois de 2015, le PIB était en baisse au Canada. L’économie est malmenée par la chute des prix du pétrole qui se poursuit, par une reprise des exportations qui tarde à se matérialiser, malgré la croissance américaine. Des économistes commencent à évoquer la possibilité d’une baisse de taux en 2016, possiblement en mars.

La banque centrale a même évoqué la possibilité de réduire son taux directeur jusqu’à un taux négatif de -0,5 %. Tout en précisant qu’il est très peu probable qu’il soit obligé d’aller aussi bas, le gouverneur Stephen Poloz n’a pas hésité à expliquer en long et en large l’étendue des outils qu’il a à sa disposition pour intervenir en cas de crise. La réduction du taux directeur en territoire négatif obligerait les banques privées à payer la Banque du Canada pour y déposer leurs liquidités. En appliquant un taux négatif, la banque centrale souhaiterait pousser les banques privées à remettre davantage d’argent dans l’économie.

Le taux variable sur les hypothèques pourrait-il devenir négatif?

Non. Le taux préférentiel des banques est actuellement de 2,7 %. Les banques ont le choix de réduire ce taux quand la Banque du Canada abaisse son taux directeur. Mais elles ne sont pas obligées. En admettant que la banque centrale fasse passer son taux directeur de 0,5 % actuellement à -0,5 %, il est possible que les banques abaissent leur taux préférentiel jusqu’à 1,7 %. La baisse pourrait être moindre.

Si vous avez un rabais de 0,5 ou 1 point de pourcentage sur le taux préférentiel, votre taux pourrait s’approcher de 0. Il serait étonnant que les banques privées abaissent leur taux préférentiel au point de voir certains clients, avec un fort rabais sur leur hypothèque, profiter d’un taux négatif.

Le dollar canadien chute. Pourquoi?

Pour trois raisons. La première, c’est que la Banque du Canada envoie des signaux de baisse de taux. En principe, le rendement sur un investissement au Canada pourrait être appelé à être moins élevé. La demande pour des actifs canadiens est donc moins forte, et la demande pour le dollar canadien est moins élevée.

Deuxièmement, en même temps, la Réserve fédérale américaine s’apprête à augmenter pour la première fois depuis 2006 son taux directeur. Le rendement américain est appelé à grandir, ce qui attire les investisseurs vers les États-Unis. Cela fait que la demande pour le dollar américain est en hausse. Sa valeur grimpe face aux autres devises mondiales, dont le dollar canadien.

Et puis la chute du pétrole entraîne le dollar canadien en baisse. Du pétrole qui coûte moins cher nécessite une demande moins grande en dollars canadiens pour acheter le pétrole de l’Alberta, notamment.

La carotte, le bâton et le huard

vendredi 13 décembre 2013 à 15 h 06 | | Pour me joindre

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Malgré tous les avertissements, malgré le resserrement des règles hypothécaires et même si l’économie ralentit, les Canadiens continuent de s’endetter. Le niveau d’endettement des ménages monte moins rapidement que par le passé, mais il monte encore. Au troisième trimestre, ce taux est passé de 163,1 à 163,7 %. Autrement dit, pour chaque tranche de 100 $ de revenu disponible, les ménages ont une dette moyenne de 163,70 $, en incluant le crédit à la consommation et les dettes hypothécaires.

Votre dette, c’est la menace principale dans l’économie canadienne selon plusieurs experts. Le FMI nous le dit souvent : le Canada s’expose à des jours difficiles si une bulle d’endettement se forme et éclate avec une éventuelle hausse des taux d’intérêt.

Dans les circonstances, la Banque du Canada peut difficilement envisager une baisse de taux d’intérêt pour stimuler l’économie. Mais elle ne peut pas non plus les monter compte tenu de la faible croissance du PIB et de l’inflation. C’est un exercice d’équilibrisme intense pour le nouveau gouverneur de la Banque du Canada.

Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, et Gérald Fillion, à droiteD’ailleurs, en entrevue à RDI économie jeudi, Stephen Poloz a admis sans gêne que la banque centrale a joué un rôle dans l’embellie immobilière au pays. Une étude de la Deutsche Bank nous apprenait cette semaine que c’est au Canada que le marché est le plus surévalué dans le monde en raison de la hausse des prix à Toronto et à Vancouver principalement. « C’est vrai que c’est surévalué, a dit Stephen Poloz, mais c’est l’une des conséquences prévisibles de notre politique qui était celle d’avoir plus de dépenses des ménages pour contrebalancer le manque d’exportations durant la récession. »

Stephen Poloz a clairement changé la ligne directrice à la Banque du Canada, tandis que l’économie a montré des signes de faiblesse depuis l’été dernier. Sous Mark Carney, stratégie du bâton, on cherchait à freiner les élans de l’endettement en maintenant une menace de hausse de taux d’intérêt. Sous Stephen Poloz, stratégie de la carotte, on laisse poindre la possibilité de baisser les taux, ce qui a pour effet de faire chuter le dollar canadien.

La banque centrale tente de transférer une partie du soutien à l’économie du consommateur vers l’exportateur qui, en principe, devrait bénéficier d’une baisse du dollar canadien face au dollar américain.

Sur ce sujet-là aussi, Stephen Poloz ne passe pas par quatre chemins : « Nous sommes plus clairs, plus honnêtes, nous avons des incertitudes autour du taux d’inflation et de la trajectoire pour retourner à 2 %. » Et le marché capte le message!

Pour résumer, si Jim Flaherty ne réussit pas à ralentir l’endettement des Canadiens en resserrant les règles hypothécaires et si la Banque du Canada ne peut pas vraiment freiner la consommation, que reste-t-il? Le dollar canadien! Et c’est sur la devise que semble travailler la Banque du Canada pour tenter d’équilibrer et de consolider les sources de croissance pour l’économie canadienne.

Pour ceux et celles qui parcourent le web et les médias sociaux au quotidien, vous avez entendu parler des « bitcoins », sorte de monnaie virtuelle à cheval entre l’argent de Monopoly et la valeur refuge. Attention toutefois : les mots spéculation, bulle et « buzz » doivent être immédiatement accolés à celui de « bitcoins ».

Le bitcoin : une monnaie virtuelle qui vaut cherC’est quoi? C’est une monnaie virtuelle créée par un Japonais en 2009 qu’on peut acheter sur des sites comme www.bitcoins.org.

Ça sert à quoi? C’est comme une vraie monnaie, mais il n’y a pas de pièces ou de billets physiques. Vous pouvez vous en servir pour acheter ou vendre des biens ou des services, sans passer par une banque, de gré à gré, sans encadrement d’une autorité réglementaire ou d’une banque centrale. C’est totalement libre et décentralisé. Pour l’instant du moins…

Est-ce bon pour vous? Les variations de prix sont très fortes. C’est très spéculatif et volatile. Des attaques informatiques ont été menées récemment sur le marché. Compte tenu du flou et du cours sans entrave de cette monnaie, les milieux criminels ont pu s’emparer de ce marché : vente de drogue, activités mafieuses, etc.

Est-ce une valeur refuge? Un jour, si cette monnaie survit et maintient son intérêt, elle pourrait devenir une valeur refuge comme l’or. Il est prévu qu’un maximum de bitcoins sera émis, soit environ 21 millions. Valeur refuge? Peut-être selon notre invité, l’économiste indépendant Ianik Marcil mardi soir, qui a exprimé beaucoup de réserve sur la viabilité des « bitcoins ». Voyez l’entrevue qu’il nous a accordée à RDI Économie.

Pourquoi une telle devise virtuelle? Parce qu’un homme, Satoshi Nakamoto, a vu le potentiel d’une telle aventure. Il a créé sa devise, a organisé son marché, une demande s’est installée rapidement et a pris de l’ampleur. Parce que bien des investisseurs sont à la recherche de nouveaux vecteurs de croissance, de refuge ou de protection (si on croit que les monnaies mondiales vont s’effondrer). Et parce que derrière cette devise virtuelle, il y a un logiciel libre qui la soutient, une forme de logiciel qu’on peut distribuer, copier, modifier sans contrôle d’un propriétaire. Le logiciel libre est défendu par des gens qui jugent injuste qu’une entité contrôle l’utilisation d’un logiciel et ses utilisateurs.

Si le bitcoin ne survit pas, représente-t-il tout de même le début d’une nouvelle ère de monnaies d’échanges virtuels, non réglementées et éclatées? Est-ce le début de la fin de l’autorité suprême des banques centrales sur la masse monétaire? Oh les grandes questions… qu’en pensez-vous?

L’entrevue réalisée avec Stephen Jarislowsky et diffusée hier soir à RDI a suscité de nombreuses réactions. L’investisseur, milliardaire et toujours actif à 86 ans, en avait long à dire sur plusieurs sujets : l’endettement des ménages, l’action des banques centrales, le conflit étudiant, la retraite et l’art. Un texte, diffusé samedi et portant sur le point de vue de Stephen Jarislowsky sur le conflit étudiant, a reçu 200 commentaires et a été recommandé sur Facebook 1400 fois. Il en a dit des choses dans cette entrevue, Stephen Jarislowsky.
 
D’abord, retrouvez l’entrevue ici :
 
 
Et puis, permettez-moi de faire écho à quelques commentaires reçus dans ma boîte de courriels et dans celle de RDI Économie afin d’alimenter la discussion avec vous.
 
Ainsi, à propos du conflit étudiant, alors que Stephen Jarislowsky affirme que les étudiants devraient être reconnaissants que la société soutienne environ 85 % des droits de scolarité, Denyse Gagnon d’Alma écrit qu’il « est tellement vrai de dire que plus on paie quelque chose et plus on le paie cher, plus on y fait attention et on l’apprécie. […] C’était rafraîchissant d’entendre cet homme au lieu des leaders étudiants et des artistes. »
 
Avis contraire de Stéphane-René Gallant de Drummondville, qui est d’avis que l’investisseur montréalais a fait preuve d’incohérence en souhaitant une forte hausse des droits de scolarité tout en dénonçant l’endettement des ménages. « Il dit que c’est par la hausse des droits de scolarité qu’on donnerait une meilleure valorisation des études. Pourtant, on pourrait aussi simplement offrir aux étudiants la gratuité scolaire à la mesure de leurs bonnes notes, sans avoir besoin d’endetter plus de gens qui ne sont pas aussi riches que lui. »
 
Le témoignage de Marie Laverdure porte sur la proposition de Stephen Jarislowsky d’augmenter l’âge de la retraite à au moins 69 ans. « J’ai travaillé pendant 43 ans, dit-elle. […] Je n’ai jamais pu gagner plus de 19 000 $ annuellement. Contrairement à ce que Stephen Jarislowsky dit, tout le monde n’a pas pu économiser! […] Moi, je trouve les étudiants qui manifestent présentement très gâtés par rapport à nous. Ils ont toutes sortes de choses, des gadgets coûtant des centaines et des milliers de dollars, et plus encore! »
 
« Son commentaire sur la retraite des enseignants, écrit Daniel Beaudry de Moncton, ne tient pas compte du fait que ce travail reçoit un salaire insuffisant pour pouvoir recruter du talent. Peut-être que la solution serait un salaire beaucoup plus alléchant, quitte à laisser plus de responsabilités aux enseignants quant à la planification de leur retraite. »
 
Même avis de Richard Landry, enseignant de Montréal : « Il critique sans le savoir les enseignants. Il insinue qu’ils ne méritent pas leur retraite. De toute évidence, M. Jarislowsky sous-estime grandement le travail des enseignants. »
 
Jean-François Couture nomme Stephen Jarislowsky, « le Charles Aznavour de l’investissement ». Il se dit en accord « avec lui sur la majorité des sujets sauf sur l’âge de la retraite, particulièrement pour les gens ayant travaillé plus de 40 ans dans des métiers extrêmement exigeants physiquement. Et quand vous avez déploré le manque de moyens pour prendre une retraite le moindrement confortable, il vous a répondu qu’il aurait fallu économiser davantage. J’attendais une sous-question qui n’est pas venue : comment les petits salariés dont les revenus ont gravité autour du salaire minimum toute leur vie auraient-ils pu économiser suffisamment pour se procurer des revenus de retraite capables de leur assurer une qualité de vie? »
 
Hélène Villeneuve nous écrit qu’il est intéressant et rassurant « de voir qu’il y a encore des gens sensés dans notre société. Les idées prônées par M. Jarislowsky sont d’une grande sagesse et démontrent un haut degré d’intelligence. […] Il serait peut-être temps que les parents reprennent leurs responsabilités plutôt que de toujours les laisser aux autres, ou alors faire le choix de ne pas avoir d’enfants! »
 
Alexandre Gagnon de Beaconsfield a été choqué par les propos de Stephen Jarislowsky. « Premièrement, comment un milliardaire peut-il émettre des opinions si polarisées sur les finances du contribuable moyen qui peine à boucler son budget? Réalise-t-il seulement que pour une grande majorité du peuple, économiser pour la retraite n’est tout simplement pas possible dû au coût de la vie? Quand il dit que les Québécois arrivent à la retraite avec pas assez d’épargne, il néglige le fait qu’il est aujourd’hui très difficile avec un salaire moyen de payer les factures associées aux besoins fondamentaux.
 
« Aussi, comment peut-il dire qu’il faudrait que les frais de scolarité soient de 40 000 $ pour que les gens soient reconnaissants? On néglige trop souvent, dans une tentative de comparer notre système d’éducation avec le système américain, que les impôts ne sont pas les mêmes. Comment pourrions-nous payer des études universitaires à 40 000 $ alors que le taux d’imposition est dramatiquement plus élevé qu’aux États-Unis? »
 
Et vous, qu’en pensez-vous?

Bulle Facebook?

vendredi 18 mai 2012 à 11 h 30 | | Pour me joindre

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Ça y est, Facebook a dorénavant des millions d’amis actionnaires. Depuis 11 h 30 ce matin, heure de l’Est, les actions du réseau social le plus populaire du monde sont en bourse. Elles ont été émises à 38 $ et on devine que ça s’envole comme des petits pains chauds, puisque dans les premières minutes de transaction, l’action était à 42-43 $, en hausse de plus de 11 %.
 
D’abord, voici une entrevue réalisée avec Jean-René Ouellet, analyste principal chez Valeurs mobilières Desjardins…
 
 
Au total, 421 millions de nouvelles actions ont été offertes au public, soit environ 15 % de l’entreprise, ainsi que 180 millions d’actions déjà existantes et qui ont été vendues en bourse. Facebook est l’une des entrées en bourse les plus importantes de l’histoire américaine, après Visa et General Motors.
 
Est-ce un bon achat? Les analystes ne s’entendent pas.
 
D’un côté, on dit que Facebook représente une plateforme publicitaire exceptionnelle avec près de 1 milliard d’utilisateurs, soit près de la moitié de la population mondiale qui navigue sur Internet. Les dépenses de l’entreprise sont appelées à augmenter, pour développer sa main d’oeuvre, ses équipements et pour faire des acquisitions. Mais le potentiel pour atteindre les consommateurs est tellement important que ça représente très certainement une belle occasion d’achats selon certains analystes.
 
Le Wall Street Journal rapportait il y a quelques jours que l’analyste Sterne Agee, de la firme Wedbush Securities, a recommandé l’achat de l’action de Facebook. Il s’attend à ce que l’action atteigne éventuellement une cible de 44 $. Un autre analyste, Arvind Bhatia, a une cible de 46 $. « Facebook a 48 % de la population Internet mondiale, affirme-t-il. Et l’entreprise a la moitié d’un pour cent du marché publicitaire international. Nous croyons qu’elle a une perspective importante devant elle. »
 
D’autres expriment des inquiétudes. La valeur de Facebook représente 104 fois ses profits de 2011 contre 19,2 fois pour Apple et 17,3 fois pour Google. Généralement, selon les analystes, un tel ratio valeur-profits ne devrait pas dépasser 20. Il faut dire toutefois que la valeur du site de recherche Google représentait 120 fois les profits de la société en 2004 à son arrivée en bourse.
 
Facebook n’est pas parvenu encore à trouver le moyen de monnayer le nombre croissant d’utilisateurs qui se rendent sur son réseau avec des appareils intelligents notamment. « C’est gratuit (et ça le restera toujours) », écrit Facebook quand vient le temps de s’inscrire. Des liens publicitaires s’affichent sur votre page Facebook, mais quelle sera la suite? Comment Facebook peut-il générer encore plus de revenus pour répondre à l’intérêt de ses nouveaux actionnaires, qui apportent aujourd’hui plus de 18 milliards d’argent frais à l’entreprise?
 
L’entreprise doit redéfinir notre rapport à la publicité, doit innover, c’est son travail, c’est son objectif, c’est la seule voie de succès. Sinon, la bulle va…