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Déficit zéro : à quel prix?

Lundi 22 avril 2013 à 14 h 39 | | Pour me joindre

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Le Conseil du patronat du Québec se réjouit de constater que le gouvernement Marois cherche par tous les moyens à atteindre son objectif d’équilibre budgétaire au cours de l’exercice en cours, l’exercice 2013-2014 qui s’est amorcé le 1er avril dernier. Québec fait des efforts et demande à bien des groupes d’en faire pour arriver au déficit zéro. Les hauts dirigeants de l’organisme ont rencontré la première ministre lundi matin à Montréal, ce qui a été suivi d’un discours de Pauline Marois devant des gens d’affaires. Le mot d’ordre demeure : déficit zéro.

Budget 2013 au NBMais à quel prix?

Il y a de la politique dans ça, mais il y a pas mal d’économie aussi, bien sûr! Il est clair que dans un contexte minoritaire, le gouvernement calcule les points gagnés et perdus par une gestion serrée et austère, caractérisée par une série de compressions dans plusieurs secteurs névralgiques de l’économie et de la société québécoises.

Mais, au strict plan économique, que risque le gouvernement en maintenant la ligne dure pour atteindre l’équilibre budgétaire cette année? Que risque le gouvernement s’il décide de reporter d’un an ce déficit zéro?

Le contexte est le suivant : la croissance du PIB est passée de 1,9 % en 2011 à 1 % seulement en 2012. C’est tout près de la stagnation. La consommation ralentit, l’investissement résidentiel décroît, le marché immobilier décline, les exportations internationales ne montent pas. Les économistes de Desjardins s’attendent à une croissance tout aussi anémique pour 2013, à 1 %. Et puis, le marché de l’emploi connaît des ratés depuis le début de l’année : pertes de 16 800 emplois en mars, de 13 100 en février, après un faible gain de 5500 emplois en janvier.

On a beaucoup parlé de l’impact des mesures d’austérité sur l’économie au cours des derniers mois. Des économistes du FMI ont avoué en début d’année avoir sous-estimé l’impact de ces politiques sur l’économie. Et d’autres économistes de l’Université Harvard ont avoué la semaine dernière avoir fourni, de façon erronée, de la matière favorable à l’austérité dans une étude qui s’appuyait sur une base de données incomplète.

Pour le Québec, bien des experts s’entendent pour dire qu’un relâchement du gouvernement au niveau budgétaire pourrait avoir un impact sur la note de crédit. Peut-être. Serait-ce vraiment le cas? Est-ce qu’un report de l’équilibre budgétaire d’un an, compte tenu du ralentissement de l’économie québécoise, serait dommageable pour la note de crédit du Québec? Je n’ai pas la réponse claire et ferme. Et je ne suis pas sûr que quiconque l’a cette réponse!

Une chose est certaine : du point de vue politique, le gouvernement Marois aura du mal à gagner des points dans le contexte actuel parce que les compressions pour arriver à l’équilibre ne sont pas très populaires dans certains milieux.  En retour, un report d’un an du déficit zéro serait vu comme un autre recul, voire un échec du gouvernement.

Mais, fondamentalement, quand on regarde le contexte économique du Québec, l’impact de l’austérité sur la croissance et la faiblesse du déficit, le Québec a-t-il vraiment besoin d’atteindre l’équilibre cette année? La question se posait déjà sous le gouvernement Charest, l’an dernier. C’est encore plus vrai aujourd’hui : sommes-nous en train de nous tirer dans le pied en maintenant cet objectif? À quel prix allons-nous atteindre le déficit zéro?

La première ministre semble y réfléchir puisque dans son discours d’aujourd’hui, il n’y a pas de notion de temps. Jugez-en par vous-mêmes : « J’ai dit très clairement en campagne électorale que notre gouvernement allait équilibrer les finances. Je vous le redis aujourd’hui : le gouvernement va équilibrer ses finances et réduire l’endettement du Québec par rapport au PIB. »

Déficits et dettes : les chiffres

Mardi 16 avril 2013 à 17 h 05 | | Pour me joindre

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Amateurs de chiffres, bonsoir!

Voici les prévisions du FMI en matière de déficit budgétaire et de dette publique pour plusieurs États du monde pour 2013.

Pour consultations et discussions!

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Déficit budgétaire (en pourcentage du PIB)

Japon : 9,8
Inde : 8,3
Irlande : 7,5
Royaume-Uni : 7,0
Espagne : 6,6
États-Unis : 6,5
Portugal : 5,5
Grèce : 4,6
France : 3,7
Canada : 2,8
Italie : 2,6
Chine : 2,1
Brésil : 1,2
Allemagne : 0,3
Russie : 0,3

Dette publique (en pourcentage du PIB)

Japon : 245,4
Grèce : 179,5
Italie : 130,6
Portugal : 122,3
Irlande : 122,0
États-Unis : 108,1
Royaume-Uni : 93,6
France : 92,7
Espagne : 91,8
Canada : 87,0
Allemagne : 80,4
Brésil : 67,2
Inde : 66,4
Chine : 21,3
Russie : 10,4

L’éclairage nécessaire

Mercredi 20 mars 2013 à 12 h 33 | | Pour me joindre

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Avant et durant la dernière campagne électorale au Québec, la Coalition avenir Québec et le Parti québécois ont proposé de doter le Québec d’un directeur parlementaire du budget comme à Ottawa. Pourquoi? Pour être capable d’avoir une évaluation indépendante des projections budgétaires, à l’abri du discours politique, partisan et électoraliste. Projet louable dans un contexte où l’on cherche à obtenir des informations solides, vérifiées et fiables.

Kevin PageLe modèle, c’est donc celui d’Ottawa. C’est Kevin Page, le directeur parlementaire du budget nommé il y a cinq ans par le gouvernement Harper. Mais ce modèle le sera-t-il encore longtemps? Kevin Page quitte son poste au terme de son mandat, qui n’est pas renouvelé. Et bien que le gouvernement fédéral souhaite maintenir le poste en vie, plusieurs soupçonnent qu’on choisira un directeur plus docile, moins critique des prévisions budgétaires du ministre des Finances Jim Flaherty.

Dans une entrevue accordée à mon collègue Marc Godbout, Kevin Page se vide le coeur et affirme qu’une véritable « culture du secret » s’est installée à Ottawa. Le directeur parlementaire a même dû faire appel aux tribunaux pour tenter d’obtenir certaines informations que le gouvernement refuse de lui livrer. Or, pour faire la lumière sur l’état des finances publiques et pour le faire surtout de façon indépendante et complète, Kevin Page affirme qu’il faut avoir toutes les informations en mains.

C’est dans l’intérêt des contribuables canadiens. La création du poste de directeur parlementaire du budget était une bonne idée des conservateurs. La nomination d’un expert qui n’aurait pas les coudées franches que s’est données Kevin Page durant son mandat pourrait représenter un recul pour l’accès à une information indépendante et non partisane. Le défi du détenteur de ce poste est de maintenir une indépendance totale face au pouvoir politique, même si le gouvernement en place se montre critique et exprime son désaccord.

Il faut se rappeler que Statistique Canada a abandonné la publication de certains indicateurs et que plusieurs scientifiques ont dénoncé la décision des conservateurs de modifier la cueillette d’informations par Statistique Canada. De plus, les scientifiques ne peuvent plus communiquer les résultats de leurs recherches aux médias sans obtenir l’approbation au préalable du gouvernement.

C’est dans ce contexte que le ministre des Finances Jim Flaherty présente son huitième budget jeudi après-midi. Et c’est aussi dans un contexte économique difficile : la demande ralentit, la croissance ralentit, le prix du pétrole albertain est en baisse et celui du gaz demeure faible. Plus que jamais, à un peu plus de deux ans des prochaines élections, et tandis que le ministre tient à annoncer l’équilibre budgétaire en 2015, il est essentiel d’avoir un homme ou une femme au regard aiguisé et indépendant au poste de directeur parlementaire.

Quand le ministre des Finances Jim Flaherty affirme que le Canada domine les pays du G7 en terme de croissance au 4e trimestre, il offre un portrait un peu plus étincelant qu’il ne l’est en réalité. Dans la vraie vie,  on est « moins pire » que les autres! Il est difficile de bomber le torse avec des croissances annualisées de 0,7 % et de 0,6 % dans les deux derniers trimestres de 2012 et une chute des exportations de près de 10 % au cours de la dernière année.

Le ministre des Finances Jim Flaherty lors de la conférence de presse, le 1er mars 2013Le Canada connaît une très faible croissance économique et les perspectives ne sont pas exactement rassurantes. Dans ces circonstances, les revenus attendus pour atteindre l’équilibre budgétaire dans le budget de 2015-2016 ne seront possiblement pas au rendez-vous. Et c’est pourquoi c’est dans les dépenses que le gouvernement devra trouver son déficit zéro.

Et la question avec laquelle jongle le ministre Flaherty ces jours-ci, c’est de savoir si la croissance est assez forte pour soutenir une nouvelle ronde de compressions budgétaires.

La consommation des ménages ne pourra pas, à elle seule, soutenir la croissance. C’est une donne importante : c’est environ 60 % de la croissance économique. Et puis, deux des secteurs qui ont littéralement propulsé le Canada au cours des dernières années connaissent un passage à vide, dont la durée est indéterminée : l’immobilier et le pétrole.

Dans le cas du premier, la TD annonce que les prix vont stagner au cours des 10 prochaines années. Ils vont baisser d’ici 2015 avant de remonter légèrement dans les années suivantes. Après un boom exceptionnel, la construction de nouvelles propriétés ralentit et la revente de maisons décélère. Les courtiers hypothécaires tiennent le gouvernement Harper responsable de cette situation parce qu’Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires pour calmer l’endettement parfois disproportionné des ménages.

Aujourd’hui, le niveau de mises en chantier est tombé à un rythme de construction plus modeste, soit autour de 170 000 ou de 180 000, loin des années à plus de 200 000. Et les ventes chutent, notamment à Montréal, où elles ont dégringolé de 22 % en février par rapport au même mois en 2012, au plus bas niveau depuis 2009.

Installation pétrolière à Fort McMurray en AlbertaPour ce qui est du pétrole, plus l’écart entre le prix de l’Alberta et le prix du WTI américain et du Brent londonien grandit, plus le Canada perd des revenus. Selon Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura à New York, une différence de 50 $ entre le prix de vente du baril albertain et celui qui est négocié en fonction du Brent entraîne une perte de revenus pour l’économie canadienne de 2,5 milliards de dollars par mois.

Nous en avons parlé à quelques reprises : en raison de la hausse de la production américaine et de l’absence de nouveaux oléoducs pour transporter son pétrole, l’Alberta vend son produit issu des sables bitumineux à 60 ou 70 $. C’est de 20 à 30 $ plus bas que le prix américain. C’est de 40 à 50 $ plus bas que le prix international fixé sur le Brent.

Moins de consommation, moins de profits pour les entreprises, moins de revenus pour le gouvernement. Le Canada est un pays en excellente santé financière. Mais ça n’empêche pas le ministre Flaherty de devoir trouver un équilibre à court et à moyen terme pour éviter de gaspiller cette avance.

Ce qui a déjoué l’Alberta…

Vendredi 8 mars 2013 à 15 h 37 | | Pour me joindre

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Si l’Alberta voit ses revenus de ressources chuter autant ces jours-ci, c’est parce que l’essor pétrolier et gazier des États-Unis est tout simplement spectaculaire. Dans son budget présenté hier pour l’exercice 2013-2014, le gouvernement Redford à Edmonton indique que les revenus pétroliers seront de 6,2 milliards de dollars moins élevés qu’attendu en 2013-2014. Pourquoi?

Pétrole de schisteUne bonne partie de la réponse se trouve dans un rapport du Service de recherche du Congrès américain, publié il y a une semaine.  On apprend ainsi que la production totale américaine de pétrole a atteint 6 208 200 barils par jour en 2012, une hausse de 11,6 % par rapport à l’année précédente, de 24,1 % par rapport au niveau de 2008.

On apprend aussi que la production de gaz naturel a totalisé 23,966 milliards de pieds cubes en 2012, une hausse de 1,6 % comparativement à 2011, de 20,1 % par rapport à 2007.

Dans les deux cas, l’Agence internationale de l’énergie prévoit une hausse de la production au cours des prochaines décennies. Plusieurs observateurs s’attendent à ce que les États-Unis atteignent l’indépendance énergétique dans une ou deux décennies.

Ainsi, la demande américaine pour le pétrole albertain est de moins en moins forte, ce qui fait pression sur le prix de vente du bitume albertain. Le prix international du pétrole, le BRENT, est à plus de 110 $. Le prix américain du WTI est à 90 $. Et celui de l’Alberta se situe entre 60 et 70 $ en ce moment.

Il y a aussi l’exploitation massive des gaz de schiste aux États-Unis qui a provoqué une hausse importante de la production de gaz naturel, ce qui a fait pression à la baisse sur les prix.

Alors, les prévisions albertaines ne tiennent plus la route. Et la province, qui comptait sur ces revenus pour éponger la hausse de ses dépenses, provoquée notamment par une croissance démographique majeure,  doit refaire ses devoirs.

Edmonton refuse d’utiliser l’espace fiscal disponible : pas de taxe de vente, pas de hausse d’impôts. Le gouvernement coupe donc dans les dépenses, emprunte sur le marché et s’endette pour financer ses projets. Et il espère que ses projets d’oléoducs (vers le sud, vers l’ouest et vers l’est) seront bientôt approuvés.

Les choses se sont compliquées à Ottawa dans les dernières semaines. Les hauts fonctionnaires des Finances ont été obligés de dire à leur patron, le ministre des Finances Jim Flaherty, que les fluctuations dans la colonne des revenus sont peut-être un peu plus prononcées que souhaité.

Si bien que le ministre consulte encore un paquet d’économistes cette semaine pour mettre en œuvre un plan de match crédible et adapté à l’économie canadienne, le budget 2013-2014 qui devrait être dévoilé quelque part entre le 18 et le 28 mars.

Deux pièces de 1 $Si le dollar canadien est tombé à 97 ¢US dans les derniers jours, c’est en partie attribuable à la succession de données économiques qui confirment le ralentissement de l’économie canadienne. Les signaux sont clairs et ça complique le travail de Jim Flaherty, qui souhaitait poursuivre le régime minceur de l’État dans son prochain budget avec l’objectif ultime d’atteindre l’équilibre en 2015, à temps pour les prochaines élections.

Mais ça ne se semble pas se passer comme prévu. Encore une fois…

  • La progression du produit intérieur brut a ralenti à seulement 0,6 % au troisième trimestre. Il y a eu croissance en octobre et en novembre, mais il y a des doutes sérieux à propos de décembre, dont on connaîtra les chiffres publiquement vendredi. Les dernières statistiques pour ce mois sont plutôt négatives, ce qui pourrait peser d’ailleurs sur l’ensemble du quatrième trimestre. Aux États-Unis d’ailleurs, on a eu la surprise d’assister à un recul de 0,1 % du PIB annualisé au dernier trimestre de 2012.
  • En décembre, les ventes au détail au Canada ont chuté brutalement, comme jamais en 3 ans, de 2,1 % après plusieurs mois de progression. Il faudra voir pour la tendance.
  • Les ventes des grossistes ont chuté de 0,9 % en décembre.
  • Les ventes manufacturières ont baissé de 3,1 %, plus fort recul depuis mai 2009.
  • Décembre toujours, la valeur des permis de bâtir a chuté de 11,2 % au pays par rapport au mois précédent.
  • Les mises en chantier ralentissent. Selon la SCHL, le nombre de mises en chantier d’habitations devrait passer de 215 000 en 2012 à 190 000 en 2013.
  • Les prix des maisons décélèrent. Selon Royal Lepage, le prix moyen au Canada va grimper de 1 % cette année avec des ralentissements à Toronto et à Vancouver, et dans le segment des condos à Montréal.
  • Les exportations canadiennes ont chuté de 9,9 % en 2012 avec une baisse au cours de 7 des 12 mois de l’année. On a assisté à des reculs de 0,7 % en novembre et de 0,9 % en décembre. Pour l’ensemble de l’année, c’est le secteur de l’énergie qui a fait pression sur l’ensemble des exportations en raison des prix très bas du gaz naturel et de la chute du prix du pétrole exporté par l’Alberta. Quelques secteurs ont été particulièrement touchés en 2012 selon les données de Statistique Canada :

Pétrole brut et pétrole brut bitumineux : -24,3 %
Gaz naturel : -14,9 %
Liquides de gaz naturel et produits connexes : -26,5 %
Minerais et concentrés de fer : -23,7 %
Produits en métal et produits minéraux non métalliques : -15,0 %
Métaux précieux et alliages en métaux précieux sous forme brute : -30,1 %

  • Il s’est perdu 22 000 emplois au Canada en janvier 2013 après des hausses importantes en août, septembre, novembre et décembre. Il faudra attendre pour établir une tendance, alors que les économistes croient depuis un bon moment et que le marché de l’emploi va ralentir. Ajoutons que le secteur public a supprimé 27 000 emplois en janvier après une décélération des embauches en novembre et en décembre.
  • L’Alberta vient de faire le point sur ses finances et annoncer que ses revenus sont moins élevés que prévu, manque à gagner de 6 milliards de dollars. Cela l’amènera à enregistrer un déficit quatre fois plus important que prévu pour 2012-2013, de 3,5 à 4 milliards de dollars.
  • La chute des prix du pétrole a provoqué la baisse des prix de l’essence en Alberta et en Saskatchewan, faisant plonger le taux d’inflation à seulement 0,5 % en janvier au Canada. En Alberta, les prix ont baissé même de 0,5 %.

Arrêtons-nous ici. Les signaux sont clairs et de nouvelles mesures d’austérité pourraient avoir un impact encore plus négatif sur la croissance. Au moment où le gouvernement vient de lancer une campagne publicitaire pour faire la promotion de ses crédits d’impôt, quels seront donc les choix de Jim Flaherty?

Le manque à gagner de 6 milliards de dollars dans la colonne des revenus en Alberta est attribuable à la chute soudaine du prix du pétrole albertain l’automne dernier. Les redevances énergétiques ont donc fondu. Le gouvernement, qui a doublé ses dépenses au cours de la dernière décennie, doit, tout à coup, réfléchir à de nouvelles solutions pour revenir à l’équilibre budgétaire : hausse d’impôts, taxe de vente ou réduction des dépenses, le débat fait rage en Alberta ces jours-ci.

Jim Flaherty souffre d'une rare maladie de peauPendant ce temps, à Ottawa, le ministre des Finances Jim Flaherty prépare son budget pour l’exercice 2013-2014 et, de toute évidence, il doit lui aussi composer avec une réduction des revenus en provenance des pétrolières. « L’enjeu au Canada, ce sont les ressources », me disait l’économiste Serge Coulombe dans un huis clos du budget fédéral à Ottawa il y a quelques années. Si les prix des ressources montent, si on continue de développer nos ressources, les finances canadiennes ne s’en porteront que mieux. Le contraire nous conduit à la fragilisation de nos finances publiques.

L’impact du pétrole est clair et notable. Les exportations canadiennes ont chuté en 2012 de 9,9 % en raison principalement de la baisse du prix du pétrole canadien, captif du marché américain, et qu’on doit brader à environ la moitié du prix du pétrole international, celui qui se fixe sur le Brent de Londres. La valeur des exportations de produits énergétiques est passée de 9,84 milliards  en décembre 2011 à 7,97 milliards en décembre 2012, une glissade de 19 %.

Cette dégringolade a provoqué un déficit commercial record au pays en 2012 (on parle de déficit parce que les importations sont plus élevées que les exportations) : total de 12 milliards de dollars, 9 mois de déficit de suite.

Ottawa réalise aussi ces jours-ci que les quatre séances de resserrement des règles hypothécaires, rendues nécessaires par le niveau trop élevé de la dette des ménages, provoquent un ralentissement peut-être plus important qu’attendu dans l’immobilier et la construction.

Maisons en constructionLes ventes résidentielles sont tombées sous la moyenne des 10 dernières années en 2012, chute de 17,4 % de décembre 2011 à décembre 2012. Et puis, selon les données de janvier, les mises en chantier atteindront le nombre de 160 000 en 2013, plutôt que les 200 000 enregistrées annuellement depuis des années.

L’économiste François Delorme me fait remarquer qu’une ville comme Montréal pourrait être particulièrement touchée par le ralentissement en cours. Son marché présente des signes de plus en plus inquiétants. Les mises en chantier et la revente de maisons sont en chute et les inscriptions au service MLS de l’Association canadienne de l’immeuble n’ont jamais été aussi élevées depuis 2005.

François Delorme croit que le ministre Flaherty n’aura d’autres choix que d’annoncer un nouveau programme d’infrastructures dans son budget pour stimuler l’économie. Les dernières indications sur le PIB ont révélé la faiblesse de la croissance canadienne. Le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney a même cru bon reporter la possibilité d’une hausse des taux d’intérêt.

Dans son blogue, l’économiste Jean-Pierre Furlong nous rappelle que The Economist conclut à une surévaluation des prix des maisons au Canada. « Advenant une correction importante du marché de l’habitation, les consommateurs pourraient se retrouver avec des emprunts hypothécaires plus élevés que la valeur de leurs maisons. S’ensuivrait une série de réactions sur les marchés qui pourraient être comparables à ce que les États-Unis ont connu en 2008 et 2009. »

Il termine son texte en écrivant que « la correction du marché de l’habitation au Canada est, pour l’instant, bien engagée : les mises en chantier et les ventes de logements existants diminuent depuis quelques mois sans conséquence importante et immédiate sur les prix, sauf dans des marchés spécifiques comme celui de Vancouver. Mais, que nous réserve l’avenir? »

Il faut ajouter les chiffres sur l’emploi du mois de janvier. Il est exclu d’établir quelque tendance que ce soit à partir des données d’un seul mois. N’en demeure pas moins qu’il s’est perdu près de 22 000 emplois en début d’année au pays, principalement en Ontario. De plus, c’est le secteur public, touché par plusieurs mesures d’austérité, qui a encaissé le coup avec la perte de 27 000 postes.

Il faut faire le constat : l’Alberta est touchée par la chute des cours du pétrole. Et Montréal, Toronto et Vancouver sont touchées par le ralentissement de la construction et de l’immobilier.

Faut-il donc stimuler encore l’économie?

Et faut-il reporter l’équilibre budgétaire au-delà de 2015?

La saison des REER est une sorte de fabrication marketing des institutions financières qui veulent vous inciter à investir dans un régime enregistré d’épargne-retraite. C’est de bonne guerre parce que l’État permet l’inclusion dans sa déclaration de revenus des investissements effectués dans un REER jusqu’au 1er mars suivant la fin de l’année visée par la déclaration.

De plus en plus de Canadiens éprouvent de la difficulté à équilibrer les priorités financières Autrement dit, si vous investissez 5000 $ dans votre REER aujourd’hui 5 février 2013, vous pourrez l’inscrire dans votre déclaration de 2012 et ainsi reporter l’impôt à payer à plus tard lorsque vous allez retirer cet argent. Dépêchez-vous à le faire, vous disent les institutions financières, il ne vous reste que quelques semaines!

Cela dit, s’il y a un conseil que je peux me permettre de vous donner, c’est celui d’épargner sur une base régulière. Que vous investissiez votre argent dans un REER ou non, c’est à vous de décider. Mettez de l’argent de côté à chaque paie. Si vous avez des revenus beaucoup plus importants que vos dépenses courantes, n’hésitez pas à épargner. Vous allez en profiter longtemps. Si vous avez peu de marge de manœuvre, l’épargne devrait tout de même faire partie de vos habitudes : 10 ou 20 $ par deux semaines, c’est un peu d’argent que vous mettez de côté pour des dépenses plus importantes ou pour la retraite. Et vous ne le regretterez pas!

Les experts s’entendent pour dire que les personnes à faibles revenus ne gagnent pas grand-chose à placer de l’argent dans un REER. Au moment de décaisser, le supplément de revenus garantis ou certains crédits d’impôt que vous recevez pourraient être réduits parce que vous aurez augmenté votre revenu total avec le retrait effectué dans votre REER.

Chose certaine, faites-vous un budget pour connaître votre marge de manœuvre. Et tentez d’intégrer l’épargne dans vos habitudes de vie. Pour deux grandes raisons…

1- Les pressions sur vos revenus de retraite augmentent :

  • Québec évalue en ce moment la capacité de la RRQ à respecter ses obligations;
  • Ottawa a décidé de reporter de deux ans l’accès à la sécurité de la vieillesse;
  • Les marchés ont été décevants depuis le début de la décennie et les entreprises, comme les gouvernements, évaluent la viabilité de leurs régimes de retraite;
  • Les entreprises ne cessent de faire pression pour réduire leurs obligations face aux employés en matière de fiscalité et de régimes de retraite.

2- La tentation du crédit est trop facile :

  • Les 30 dernières années ont vu l’éclosion d’une consommation basée sur le crédit : cartes de crédit, cartes de magasins, paiements  différés, etc. Il n’est plus nécessaire d’attendre d’avoir accumulé une certaine somme pour acheter un produit, on peut l’acheter sans attendre… et payer plus tard avec une bonne dose d’intérêts toutefois;
  • L’endettement des Canadiens atteint des niveaux records : pour chaque 100 $ de revenu disponible, une famille a en moyenne une dette (crédits et hypothèques) de 1,65 $;
  • La dette totale, excluant l’hypothèque, a augmenté au Canada de 6 % du quatrième trimestre 2011 au quatrième trimestre 2012 pour passer de 25 950 $ par personne à 27 485 $, la plus forte hausse en trois ans.

Les syndicats affirment que la solution pour offrir une meilleure retraite à l’ensemble de la population, c’est d’augmenter les rentes publiques versées à la retraite. Actuellement, les rentes du Québec couvrent 25 % d’un revenu de travail maximal d’environ 50 000 $. On propose de doubler ce niveau, de 25 à 50 %.

D’autres encouragent plutôt la prise en charge personnelle de sa retraite. L’ex-ministre Claude Castonguay a même proposé la création d’un REER obligatoire pour les personnes de plus de 35 ans afin de soulager les finances de l’État.

Plus que jamais, il est temps de s’intéresser à ses finances, peu importe les décisions qui seront prises au cours des prochaines années à propos des régimes de retraite.

J’en parlais hier lors d’une table ronde au Téléjournal 21 h et 22 h. Et nous en parlons à RDI Économie à l’occasion de quatre « mardis REER » à 18 h 30 à RDI suivi d’une période de discussion en direct sur www.radio-canada.ca/vosfinances tout de suite après l’émission.

L’obsession du déficit zéro

Vendredi 7 décembre 2012 à 13 h 24 | | Pour me joindre

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J’avais demandé à l’ex-ministre des Finances Raymond Bachand en 2010 si son objectif de revenir à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 n’était peut-être pas un peu irréaliste. Et si finalement on n’aurait pas dû attendre un peu, quelques années de plus, pour éviter de se retrouver à trop taxer les citoyens et à trop couper dans les dépenses pour équilibrer le budget.

Il faut savoir que le déficit du Québec était moins important que celui de ses partenaires et concurrents, qui présentaient alors des plans de retour à l’équilibre sur une plus longue période.

Nicolas MarceauIl m’avait dit qu’il était absolument nécessaire pour le Québec de mettre de l’ordre rapidement dans ses finances publiques en raison de ses défis à moyen et à long terme. On pense surtout à la question du vieillissement de la population, qui est plus accentué au Québec.

Raymond BachandLe Parti québécois a décidé de maintenir le calendrier établi par le gouvernement Charest afin de respecter l’objectif d’équilibrer les finances publiques en 2013-2014. C’est à Nicolas Marceau et à Stéphane Bédard que revient finalement cette tâche qui s’annonçait difficile en 2010 et qui l’est encore plus aujourd’hui, on est à même de le constater.

Soyons francs : c’est un effort quasi surhumain qui est exigé dans les ministères du gouvernement du Québec et dans les sociétés d’État. On doit couper et on doit atteindre des degrés d’efficience en quelques mois seulement.

Je n’ai pas des compétences en gestion. Mais je travaille pour une institution publique et je peux vous dire que, pour de bonnes et parfois de moins bonnes raisons, les virages et les changements prennent du temps à se faire. La culture institutionnelle est forte. Les employés sont bien protégés. Les façons de faire sont installées et standardisées.

Et donc je me demande sérieusement comment le gouvernement du Québec réussira à réduire de 522 millions de dollars les dépenses des ministères et entités, en quelques mois seulement, sans réduire le nombre d’emplois, sans réduire les services aux citoyens, sans provoquer des affrontements et des contestations de toutes parts.

Le Parti québécois, parce qu’il propose un projet politique qui est considéré comme un facteur d’instabilité par les agences de notation et les milieux d’affaires, doit faire mieux que les autres. Si le PQ avait décidé de reporter à plus tard l’équilibre budgétaire, on l’aurait accusé d’amateurisme, d’incompétence et on aurait réclamé la démission du gouvernement.

Le ministre des Finances Nicolas Marceau a ainsi présenté un budget d’austérité et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard est arrivé avec les mauvaises nouvelles jeudi matin : on coupe partout, un peu plus que prévue même. Il le faut si on veut atteindre l’équilibre!

Il est difficile d’en vouloir au gouvernement de couper, si on a claironné qu’il ne fallait pas reporter l’équilibre budgétaire. Mais il est difficile d’imaginer qu’on développe le Québec en comprimant dans la recherche universitaire à hauteur de 37,5 millions de dollars, dans l’aide à l’emploi pour un total de 55 millions et dans le Fonds de développement économique, une réduction de 58 millions de dollars.

Est-ce que l’objectif du déficit zéro n’est pas trop audacieux?

Combien va coûter cette course au déficit zéro?

À quel prix va-t-on l’atteindre?

La fin du monde n’est pas le 21 décembre comme l’attendent plus ou moins sérieusement plusieurs commentateurs. C’est plutôt le 1er janvier! Ça se passe aux États-Unis et ça se nomme le fiscal cliff, qu’on traduit chez nous par l’expression « précipice budgétaire ».

À Washington D.C. le président de la Chambre des représentants, John Boehner, a appelé le président Obama à collaborer avec les républicains de la Chambre.En fait, cette histoire-là est devenue une obsession totale aux États-Unis. Si on ne réussit pas à éviter le choc fiscal provoqué par le précipice budgétaire, l’économie américaine va replonger en récession, entraînant avec elle l’économie mondiale. C’est ce qu’annoncent les experts, les gens de la bourse, les économistes, les analystes…

Le pire est à prévoir, nous dit-on. L’humeur des opérateurs de marché est instable et varie au rythme des déclarations, tantôt optimistes du président démocrate Barack Obama, tantôt déprimantes du président républicain de la Chambre des représentants John Boehner. Et vice versa! Il reste 28 jours avant le 1er janvier 2013. La chaîne d’affaires américaine CNBC nous fait un décompte en temps réel (jour, heures, minutes, secondes) avant le jour J.

Qu’en est-il?

Le président Barack Obama, dans une usine de Hatfield,  explique sa stratégie pour éviter le mur fiscal.

Si une nouvelle entente budgétaire entre démocrates et républicains n’est pas conclue d’ici le 1er janvier 2013, c’est toute une série de hausses d’impôts qui entreront en vigueur automatiquement et des coupes draconiennes qui seront appliquées dans les dépenses publiques. Les mesures suivantes se produiront :

  • Hausse de 3 points de pourcentage des différents niveaux d’impôts (avec l’annulation des baisses d’impôts annoncées par George W. Bush, renouvelées par Barack Obama);
  • Compressions dans les programmes discrétionnaires du budget de 2011;
  • Abolition de certaines exemptions fiscales;
  • Réduction des paiements pour le programme « Medicare » aux médecins, programme qui assure aux aînés l’accès à leur médecin;
  • Fin de la baisse de 2 % des coûts de sécurité sociale;
  • Fin des mesures d’urgence pour les personnes sans emploi;
  • Ajout de nouvelles taxes pour financer le secteur de la santé;

Le bureau du budget du Congrès, un organisme indépendant, affirme que l’application de ces mesures provoquerait un ralentissement sérieux de l’économie. Ainsi :

  • Le déficit passerait de 1128 milliards de dollars en 2012 à 641 milliards en 2013;
  • La dette par rapport au PIB passerait de 73 % en 2012 à 68 % en 2017;
  • Le pays se retrouverait en récession avec une croissance pour 2013 de  -0,5 %;
  • Le taux de chômage remonterait jusqu’à 9,1 % à la fin 2013.

Les Américains ont choisi le démocrate Barack Obama pour diriger les destinées du pays pour un second mandat de 4 ans. Ça lui donne une légitimité renouvelée pour faire avancer son programme, qui prévoit notamment des hausses d’impôts pour les plus riches.

En même temps, les Américains ont donné une majorité aux républicains à la Chambre des représentants, détenteurs à leur tour d’une légitimité pour mettre de l’avant des projets de loi qui correspondent à leurs valeurs et à leurs attentes.

Surtout, le président Obama et les républicains ont le devoir moral de trouver rapidement des solutions et des lieux d’accord pour éviter que l’économie américaine, qui demeure blessée et fragile, ne retombe encore en récession. Les seules craintes provoquées par le « crêpage de chignon » entre les deux partis convainquent les entreprises d’attendre avant d’investir.

Ça ralentit déjà l’économie. Et ça se répercute sur l’économie canadienne en passant…