Billets classés sous « Banque du Canada »

630 milliards qui dorment

Mercredi 3 septembre 2014 à 14 h 49 | | Pour me joindre

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Quand on s’est demandé si Burger King avait choisi d’installer son nouveau siège social au Canada, dans le cadre de l’acquisition de Tim Hortons, pour des raisons fiscales, on a relevé le fait que le taux d’imposition des entreprises est passée au Canada de 28 % en 2000 à 15 % aujourd’hui.

Cela dit, que l’impulsion pour Burger King soit fiscale ou non, il faut rappeler que les entreprises au pays n’en profitent pas nécessairement pour investir davantage dans l’économie. Selon les dernières données publiées par Statistique Canada, les liquidités des sociétés s’élevaient à 630 milliards de dollars à la fin de mars 2014. De l’argent qui dort, affirmait l’ex-gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney.

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L’institution s’en inquiète encore aujourd’hui. Dans le communiqué portant sur sa politique monétaire ce matin, la Banque du Canada écrit que « bien qu’un nombre croissant de secteurs d’exportation semblent avoir amorcé le virage de la reprise, il faudra que ce redressement se poursuive avant de se traduire par des investissements des entreprises et des taux d’embauche plus élevés ».

Les dernières statistiques sur la croissance du PIB au Canada laissent voir une faible croissance des investissements des entreprises. L’économiste Jimmy Jean, de Desjardins, a dit que ce niveau d’investissement était même « décevant ». La croissance des investissements en machinerie et équipements a été de 0,9 %, plus faible qu’attendu, après deux trimestres en baisse.

L’Institut Fraser a aussi exprimé son inquiétude quant aux investissements des entreprises en juillet. Il a affirmé que le Canada prenait du retard à ce chapitre, et que ça pouvait ralentir l’économie du pays. Malgré la baisse importante de l’imposition des entreprises depuis 15 ans, Fraser est d’avis qu’il faut développer de nouveaux avantages fiscaux pour stimuler les investissements et l’économie.

Comment stimuler les investissements des entreprises? Cet enjeu est capital quand on sait que de 15 à 20 milliards de plus dans l’économie, c’est 1 point de pourcentage de plus au PIB.

Doit-on encore baisser leurs impôts?

Qu’en pensez-vous?

Le portrait déformé du chômage

Mercredi 14 mai 2014 à 12 h 04 | | Pour me joindre

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Les médias vous parlent souvent du taux de chômage. Pourtant, ça fait des années que les économistes nous disent que cet indicateur est incomplet et ne donne pas un portrait juste de l’état du marché du travail. La Banque du Canada vient de publier une analyse qui sera utile pour la suite des choses. Et ça vient confirmer notre désir à RDI économie de mettre en lumières davantage les tendances du marché du travail, sur 3 mois, 6 mois et 12 mois, et les indicateurs plus révélateurs comme le taux d’emploi ou le taux d’activité.

Explications.

Il s’est perdu 430 000 emplois au Canada durant la Grande Récession de 2007-2009. Depuis, le Canada a retrouvé plus d’un million d’emplois. Aux États-Unis, c’est 8,7 millions d’emplois qui ont été éliminés. Des économistes nous signalaient récemment que ce trou allait probablement et finalement être totalement comblé ce mois-ci.

Et le taux de chômage au Canada est passé de 5,9 % en février 2008 à 8,7 % en août 2009 pour revenir aujourd’hui à 6,9 %. Aux États-Unis, le taux de chômage (qui, par ailleurs, ne se calcule pas tout à fait de la même façon qu’au Canada) est passé de 4,4 % en mai 2007 à 10 % en octobre 2009 pour retomber aujourd’hui à 6,3 %.

À première vue, tout est rentré dans l’ordre… ou presque! Mais attention, dit la Banque du Canada, « la reprise des marchés du travail demeure incomplète ». À la lumière de sept autres indicateurs, des experts de la banque centrale en arrivent à des observations nuancées sur l’état du marché du travail. Derrière le reflet étincelant du taux de chômage, la Banque du Canada dit que se cachent des éléments importants d’informations, comme :

  • les proportions de personnes sans emploi depuis plus de six mois demeurent « inhabituellement élevées », ce qui s’appelle du « chômage de longue durée »;
  • beaucoup de gens qui travaillent à temps partiel voudraient travailler à temps plein, mais ils n’arrivent pas à améliorer leur sort, une forme de « sous-utilisation de la main-d’œuvre »;
  • la croissance des salaires ralentit : en 2007, elle était de 3,5 % au Canada et de 4 % aux États-Unis; en 2013, elle était de 2,1 % au Canada et de 2 % au sud de la frontière.

En ce moment, environ 20 % des personnes qui n’ont pas d’emploi sont des chômeurs de longue durée. Ce niveau était d’environ 10 % à la fin 2008, début 2009, au Canada. Il a pratiquement doublé et il se maintient à 20 % depuis. Aux États-Unis, on est passé d’environ 17 % à 45 %. Aujourd’hui, c’est 37 % des personnes sans emploi qui sont des chômeurs de longue durée.

Donc, derrière les belles données du chômage se révèle une détérioration profonde de l’état de santé du marché du travail. Qualité des emplois, accessibilité au marché et salaires sont en jeu. C’est sérieux.

Taux d’emploi, taux d’activité

Avec les changements démographiques en cours, il est de plus en plus intéressant et surtout pertinent de regarder de près le taux d’activité. Cet indicateur nous donne la proportion de gens qui travaillent ou qui cherchent un emploi par rapport à la population.

Ce taux était de 66,1 % en avril au Canada, le plus faible depuis 2001. Ce taux exprime clairement les pressions sociodémographiques dans l’économie. Au Québec, ce taux est plus faible et il baisse rapidement. Il était de 64,6 %.

Autre indicateur : le taux d’emploi. Il nous donne, selon Statistique Canada, le nombre de personnes occupées exprimé en pourcentage de la population de 15 ans et plus. Il était de 61,5 % au Canada en avril, de 59,7 % au Québec.

Ainsi, la Banque du Canada en arrive à la conclusion que le taux de chômage surestime légèrement l’amélioration du marché du travail au Canada et exagère « de façon marquée » l’amélioration de la situation aux États-Unis.

Ralentir…

Mercredi 19 mars 2014 à 12 h 32 | | Pour me joindre

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Stephen Poloz

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a prononcé un discours important mardi à Halifax qui rejoint un constat de plus en plus répandu parmi les économistes : nous sommes appelés à connaître une faible croissance économique au cours des prochaines années. Ce sera le cas dans la plupart des pays occidentaux, dont au Canada.

Plusieurs membres de l’Association des économistes du Québec, comme Jean-Pierre Aubry, François Delorme ou Jean-Pierre Furlong, nous ont déjà parlé du nouveau paradigme qui se dessine : nous entrons, pour plusieurs raisons, dans une phase de croissance lente. L’économiste de l’UQAM Éric Pineault va plus loin et nous a parlé, lui, de stagnation économique.

Selon Stephen Poloz, « l’action conjuguée des forces démographiques et des retombées de la crise financière mondiale […] limite la croissance économique. […]L’économie mondiale ne souffre peut-être pas seulement d’une gueule de bois due à un lendemain de crise financière. D’autres forces à plus long terme sont aussi à l’œuvre ».

Il établit trois défis qui s’articulent au même moment : la morosité de la demande mondiale, les baby-boomers qui commencent à prendre leur retraite et l’augmentation du niveau d’épargne. « Lorsqu’un large pan de la population prend des décisions similaires, a dit le gouverneur Poloz devant un groupe de gens d’affaires, les conséquences de celles-ci sur l’ensemble de l’économie peuvent être notables. »

Lors de la conférence de presse après sa présentation, il est allé plus loin en expliquant que la marge de manœuvre est mince pour les banques centrales du monde. Difficile de baisser davantage les taux d’intérêt pour tenter de stimuler l’économie, alors que des forces s’attaquent aux structures mêmes de l’économie et peuvent venir annuler en quelque sorte une partie de l’impact habituel d’une baisse de taux.

Au cours des 30 dernières années, les baby-boomers travaillaient, ils ont stimulé l’économie, a-t-il dit. Aujourd’hui, nous assistons à un renversement de la tendance démographique. « Si vous voulez critiquer les baby-boomers pour l’avenir (parce qu’ils partent à la retraite), vous devez leur donner du crédit pour le passé! » Mais le passé étant déjà bien consommé, on n’a pas trop le choix de s’intéresser à l’avenir et de le regarder avec lucidité, n’est-ce pas?

Dans les circonstances, Stephen Poloz affirme que les gouvernements doivent être très prudents dans leurs actions. Il faut qu’ils mesurent correctement l’impact des décisions qui ont pour but de réduire la stimulation économique. Et ils doivent continuer d’améliorer l’environnement d’affaires pour les entreprises, en misant notamment sur le libre-échange, a-t-il indiqué.

Le Canada doit aussi composer avec une donne supplémentaire : la migration interprovinciale qui accentue les difficultés pour certaines provinces. Ce phénomène est exacerbé par le fait que l’économie canadienne fonctionne à « deux vitesses », selon Stephen Poloz, soit l’économie de l’énergie et le reste de l’économie canadienne.

Ces propos confirment les récentes observations des économistes Jacques Parizeau, Marc Van Audenrode, Pierre Fortin à propos de la situation du Québec. Le vieillissement de la population se fait plus rapidement au Québec qu’ailleurs au pays. Une quantité importante de travailleurs vont quitter la population active pour aller à  la retraite. Nécessairement, cela nuira à la croissance de l’emploi et de l’économie. En parle-t-on en campagne électorale?

Entre 2 taux…

Mercredi 22 janvier 2014 à 13 h 53 | | Pour me joindre

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Depuis le temps qu’on nous raconte que les taux d’intérêt vont monter, voilà que dans la même semaine, on apprend que les banques baissent leurs taux hypothécaires et que la Banque du Canada maintient la possibilité d’une baisse de son taux directeur. Docteur, que se passe-t-il?

D’abord, la Banque du Canada.

L’institution a fait le point sur sa politique monétaire mercredi matin et les économistes ont conclu, pour la plupart, que la banque centrale se montre un peu plus préoccupée par la faiblesse de l’inflation au pays. La modeste hausse des prix depuis plusieurs mois ralentit l’économie. C’est des revenus moins importants que prévu pour les entreprises et pour les gouvernements, c’est moins d’argent injecté dans l’économie. C’est une croissance du PIB qui est donc plus faible.

En principe, un niveau d’inflation faible pourrait pousser la Banque du Canada à abaisser son taux directeur pour tenter de stimuler la consommation, les dépenses et la demande. Ainsi, une demande plus élevée permettrait aux détaillants par exemple d’augmenter leurs prix, et donc leurs revenus. Ça ferait grimper l’inflation et ça stimulerait l’économie!

L’expression d’une inquiétude sur la faible inflation laisse croire à une baisse possible du taux directeur au Canada, même s’il est peu probable que la banque centrale aille jusque là. L’impact est tangible toutefois : ça fait chuter le dollar canadien. Pendant qu’aux États-Unis et en Europe on assiste à une amélioration de la situation économique, au Canada, le gouverneur de la banque centrale alimente une préoccupation sur la faiblesse de l’inflation.

Résultat : les investisseurs se détournent du Canada, ce qui fait chuter notre dollar, qui est sur le point de tomber sous la barre des 90 ¢US. La Banque du Canada n’est pas étrangère à la chute du dollar, c’est clair, et s’en réjouit presque publiquement! Dans son communiqué aujourd’hui, elle écrit que la dépréciation du dollar canadien « stimule les exportations », d’autant que la demande américaine est en hausse.

Dans sa politique monétaire, la Banque du Canada va plus loin et laisse entendre que le dollar est peut-être à un niveau trop élevé : « Bien que notre monnaie se soit dépréciée au cours des derniers mois, écrit-elle, elle demeure forte et continuera de présenter des défis sur le plan de la compétitivité des exportations canadiennes hors produits de base. »

Et les taux hypothécaires?

Pendant ce temps, des banques canadiennes ont décidé d’abaisser quelques-uns de leurs taux hypothécaires pour la première fois depuis 10 mois.

Le taux directeur de la Banque du Canada influence les taux à court terme sur les emprunts que se font les banques, sur l’argent qui circule entre elles. Le taux directeur oriente aussi généralement le taux préférentiel accordé par les institutions financières, taux qu’on utilise, avec ou sans rabais, pour établir le taux variable hypothécaire.

Les taux hypothécaires fixes sont influencés, pour leur part, par le marché obligataire. Et, en ce moment, les taux d’intérêt sur les obligations sont en baisse, car les dernières données économiques sont moins bonnes qu’attendu, notamment sur l’emploi aux États-Unis.

Ainsi, depuis le début du mois, les taux américains baissent, ce qui entraîne également une réduction des taux canadiens qui ont tendance à suivre le mouvement du marché obligataire américain. Le taux sur une obligation de 5 ans du gouvernement du Canada est passé de 1,95 % le 31 décembre à 1,67 % le 20 janvier.

Dans les circonstances, les coûts d’emprunt sont moins élevés dans le marché, ce qui permet aux institutions financières de baisser leurs taux. Cela dit, les économistes, tout comme le gouverneur de la Banque du Canada, s’attendent à une remontée des taux hypothécaires en 2014. En principe, la croissance américaine devrait s’accélérer et le Canada devrait en profiter.

Alors, deux choses en terminant : 1- le taux de la Banque du Canada n’est pas sur le point de monter. La plupart des économistes sont d’avis que la hausse s’amorcera seulement dans la deuxième moitié de 2015. Et, bien que les taux hypothécaires diminuent ces jours-ci, il semble toujours probable qu’ils sont appelés à augmenter en 2014. Restez à l’écoute…

Chute du dollar : une bonne chose?

Vendredi 17 janvier 2014 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Plusieurs économistes ne se gênent pas ces jours-ci pour exprimer leur satisfaction à voir le dollar canadien chuter. Du printemps 2013 jusqu’aux fêtes, le dollar est passé du niveau de parité avec le dollar américain à 92 ¢US. Le huard est en ce moment à 91 ¢US. Et, à ce rythme, il ne serait pas étonnant de le retrouver bientôt sous la valeur des 90 ¢US.

Évitons de spéculer sur la suite des choses. Expliquons simplement ce qui se passe.

Le dollar est en baisse parce que les mots de la Banque du Canada et de son gouverneur Stephen Poloz favorisent son recul. Pendant que les États-Unis affichent des signaux toujours plus clairs de reprise économique et que la croissance de la zone euro se raffermit lentement, les données des derniers mois au Canada sont plus faibles.

La Banque du Canada dit quatre choses :

  • le marché immobilier ralentit, « atterrissage en douceur » en perspective;
  • les exportations sont décevantes;
  • les investissements des entreprises montent trop lentement;
  • « les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands ».

De plus, le gouverneur de la Banque du Canada et le ministre des Finances Jim Flaherty n’hésitent pas à s’exprimer sur le dollar canadien. Les deux hommes semblent se réjouir de la situation, voyant là un potentiel de croissance pour l’économie canadienne.

L’un des outils économiques à la portée de certains pays, c’est d’agir sur la devise. Les Américains l’ont fait sans vraiment le dire. Les Japonais l’ont fait clairement pour faire baisser la valeur du yen afin de stimuler leurs exportations. Et on pourrait penser que le Canada le fait aussi.

Y a-t-il une véritable menace de déflation au Canada? Les économistes y croient peu. Il est clair qu’un très faible niveau d’inflation et l’expression d’une crainte de déflation envoient un message possible de baisse de taux plutôt que de hausse. On a peut-être intérêt à laisser planer cette possibilité, non?

La Banque du Canada va-t-elle baisser ses taux d’intérêt? Encore une fois, les économistes y croient peu. Mais le seul fait que cette possibilité existe, alors qu’aux États-Unis, la banque centrale est en train de réduire son intervention dans l’économie, est suffisant pour faire chuter le dollar canadien par rapport au dollar américain, et vice versa.

Dans une économie qui a beaucoup compté sur les consommateurs aujourd’hui très endettés, la Banque du Canada mise sur les exportateurs. Et la meilleure façon de les aider et de les stimuler, c’est d’encourager un affaiblissement du dollar canadien. C’est pas mal ça qui est en train de se produire…

La carotte, le bâton et le huard

Vendredi 13 décembre 2013 à 15 h 06 | | Pour me joindre

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Malgré tous les avertissements, malgré le resserrement des règles hypothécaires et même si l’économie ralentit, les Canadiens continuent de s’endetter. Le niveau d’endettement des ménages monte moins rapidement que par le passé, mais il monte encore. Au troisième trimestre, ce taux est passé de 163,1 à 163,7 %. Autrement dit, pour chaque tranche de 100 $ de revenu disponible, les ménages ont une dette moyenne de 163,70 $, en incluant le crédit à la consommation et les dettes hypothécaires.

Votre dette, c’est la menace principale dans l’économie canadienne selon plusieurs experts. Le FMI nous le dit souvent : le Canada s’expose à des jours difficiles si une bulle d’endettement se forme et éclate avec une éventuelle hausse des taux d’intérêt.

Dans les circonstances, la Banque du Canada peut difficilement envisager une baisse de taux d’intérêt pour stimuler l’économie. Mais elle ne peut pas non plus les monter compte tenu de la faible croissance du PIB et de l’inflation. C’est un exercice d’équilibrisme intense pour le nouveau gouverneur de la Banque du Canada.

Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, et Gérald Fillion, à droiteD’ailleurs, en entrevue à RDI économie jeudi, Stephen Poloz a admis sans gêne que la banque centrale a joué un rôle dans l’embellie immobilière au pays. Une étude de la Deutsche Bank nous apprenait cette semaine que c’est au Canada que le marché est le plus surévalué dans le monde en raison de la hausse des prix à Toronto et à Vancouver principalement. « C’est vrai que c’est surévalué, a dit Stephen Poloz, mais c’est l’une des conséquences prévisibles de notre politique qui était celle d’avoir plus de dépenses des ménages pour contrebalancer le manque d’exportations durant la récession. »

Stephen Poloz a clairement changé la ligne directrice à la Banque du Canada, tandis que l’économie a montré des signes de faiblesse depuis l’été dernier. Sous Mark Carney, stratégie du bâton, on cherchait à freiner les élans de l’endettement en maintenant une menace de hausse de taux d’intérêt. Sous Stephen Poloz, stratégie de la carotte, on laisse poindre la possibilité de baisser les taux, ce qui a pour effet de faire chuter le dollar canadien.

La banque centrale tente de transférer une partie du soutien à l’économie du consommateur vers l’exportateur qui, en principe, devrait bénéficier d’une baisse du dollar canadien face au dollar américain.

Sur ce sujet-là aussi, Stephen Poloz ne passe pas par quatre chemins : « Nous sommes plus clairs, plus honnêtes, nous avons des incertitudes autour du taux d’inflation et de la trajectoire pour retourner à 2 %. » Et le marché capte le message!

Pour résumer, si Jim Flaherty ne réussit pas à ralentir l’endettement des Canadiens en resserrant les règles hypothécaires et si la Banque du Canada ne peut pas vraiment freiner la consommation, que reste-t-il? Le dollar canadien! Et c’est sur la devise que semble travailler la Banque du Canada pour tenter d’équilibrer et de consolider les sources de croissance pour l’économie canadienne.

Baisse de taux en vue?

Mercredi 4 décembre 2013 à 13 h 27 | | Pour me joindre

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Mark Carney nous disait qu’une hausse de taux allait bientôt être nécessaire. Le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz laisse entendre le contraire. Une baisse de taux est de plus en plus possible. Probable? On ne peut pas le dire en ce moment. Mais, possible, certainement. Dans son dernier communiqué, la banque centrale affirme que « les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands ».

Ça fait trois ans que la Banque du Canada  maintient son taux directeur au même niveau, à 1 %. L’endettement des Canadiens continue d’augmenter, même si Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires. La croissance économique est modeste, bien qu’à court terme les nouvelles ont été meilleures avec une croissance annualisée de 2,7 % au troisième trimestre.

Surtout, l’inflation est extrêmement faible et ne cesse de décélérer. Nous approchons de la zone de déflation, c’est-à-dire une période assez longue de baisse des prix. Ce n’est pas le cas en ce moment, et il faudra du temps pour conclure que nous y sommes si ça devait être le cas. Il est clair qu’on ne veut pas se retrouver dans le marasme de la déflation, un malheur dont le Japon essaie encore de s’extirper 20 ans plus tard.

En octobre, la croissance des prix des biens et services sur 12 mois s’est limitée à 0,7 %. Nous étions à plus de 3,5 % il y a deux ans. Ce graphique exprime bien le ralentissement de la croissance des prix depuis 2011 au Canada :

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Qu’est-ce que ça veut dire?

  1. Si l’inflation est anémique, c’est parce que la demande n’est pas assez forte, que la croissance économique est faible et donc ne permet pas une hausse des prix.
  2. Pour stimuler l’inflation, donc l’économie, la Banque du Canada devrait dans les circonstances baisser ses taux d’intérêt. Est-ce une bonne idée?

Avec l’endettement qui est élevé et un marché immobilier qui n’a que très peu ralenti, la banque centrale devrait monter ses taux plutôt que de les baisser. Mais monter ses taux en ce moment aurait pour conséquence de ralentir une économie qui croît déjà lentement. Ça serait contre-productif dans un contexte de faible inflation.

Cela dit, la menace indirecte d’une baisse de taux a pour conséquence de faire chuter le dollar canadien. Le huard a commencé l’année au-dessus du niveau de parité avec le dollar américain. Il est aujourd’hui à 93 ¢US. Une baisse de taux, c’est une baisse de rendement sur les investissements au Canada. Le dollar canadien est directement touché, d’autant que le prix du pétrole est en baisse.

Que va faire la Banque du Canada? Voici l’avis de quelques experts :

CIBC : La possibilité d’une baisse de taux augmente avec le communiqué d’aujourd’hui de la Banque du Canada. Mais il serait prématuré d’aller aussi loin. La baisse du dollar canadien devrait stimuler les exportations. La Banque du Canada devrait maintenir son taux directeur inchangé jusque dans la deuxième moitié de 2015.

Nomura : La Banque semble donner un peu plus d’importance, un penchant léger, aux inquiétudes sur la faible inflation. La Banque du Canada est en train de déplacer le curseur vers une baisse de taux. Possibilité d’une baisse de taux d’ici six mois : 30 %.

BMO : La Banque du Canada met un peu plus l’accent sur l’inflation. La situation l’inquiète clairement, mais ne va pas, pour l’instant, jusqu’à exprimer qu’elle pourrait réduire ses taux prochainement. Ça provoque une baisse du dollar canadien, ce qui doit certainement faire plaisir au gouverneur Poloz et à ses acolytes.

Desjardins : L’inflation très faible persiste. On comprend que la Banque du Canada pourrait patienter encore un peu plus avant de relever ses taux. Pas avant septembre 2015.

Nationale : La Banque du Canada semble avancer vers un discours qui pourrait laisser entendre qu’une baisse de taux est nécessaire. Si l’inflation baisse encore, la Banque n’aura pas le choix et devra baisser ses taux. Mais on n’est pas là. La baisse du dollar devrait aider les exportateurs et l’endettement des Canadiens demeure trop important.

 

« On va-tu magasiner aux States? »

Mercredi 20 novembre 2013 à 17 h 22 | | Pour me joindre

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Quand le dollar canadien valait environ 65 ¢US au début des années 2000, ça coûtait cher aller aux États-Unis! Aujourd’hui, avec un huard à parité – ou pas très loin – avec le billet vert, il est plus qu’intéressant pour les consommateurs d’aller faire un petit tour de temps en temps aux États-Unis pour faire quelques achats. Même en payant les taxes au retour, le gain sur un bon nombre de produits est important.

L’Association canadienne des détaillants de pneus du Canada s’attend à ce qu’une quantité notable de Canadiens aillent aux États-Unis pour acheter leurs pneus d’hiver cette année. Elle évalue que les pneus aux États-Unis sont 32 % moins chers qu’au Canada. C’est un écart considérable, difficile à expliquer. Et ça fait 40 ans que ça dure! Pourquoi est-ce encore le cas, maintenant que le dollar canadien vaut environ 95 ¢US?

La Banque du Canada répond que la situation est peut-être moins inquiétante que ce qu’on en dit. L’écart de prix entre les États-Unis et le Canada, sur un panier de 150 produits, est passé de 20 %  en 2007 à 9 % aujourd’hui. Autrement, depuis le retour du dollar canadien à parité avec le dollar américain, la situation ne cesse de s’améliorer.

Et dans un discours livré au Nouveau-Brunswick, le sous-gouverneur John Murray a déclaré que « s’il y a des inégalités importantes entre les prix, les raisons sous-jacentes peuvent en grande partie s’expliquer, et il ne faudrait pas en déduire que le marché déraille. » Il va plus loin : « Les forces du marché sont à l’œuvre et poussent généralement les prix et le taux de change dans la bonne direction. »

C’est très intéressant comme réponse parce que la Banque du Canada nous dit qu’elle fait confiance aux « forces du marché », ce qui en soit n’est pas une surprise. Mais qu’est-ce que les « forces du marché »? Bien, c’est vous. C’est vous, consommateurs, qui êtes responsables de la demande. Et c’est vous qui allez agir sur les prix au Canada si vous allez magasiner aux États-Unis! Si les grands détaillants d’ici sentent que la demande est moins forte pour des produits vendus plus chers que chez nos voisins du sud, ils vont réagir!

Dans son discours du Trône, le gouvernement Harper a dit qu’il allait prendre les mesures nécessaires pour réduire ce qu’il considère comme une « discrimination géographique ». Est-ce vraiment le cas? Et est-ce que le vrai pouvoir n’est pas, tout simplement, entre les mains des consommateurs?

Les taux hypothécaires grimpent

Jeudi 22 août 2013 à 12 h 32 | | Pour me joindre

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La tendance à la hausse des taux hypothécaires fixes au pays se poursuit. La raison pour expliquer cette situation est simple : la croissance économique semble s’accélérer sur la scène internationale. Les investisseurs sont prêts à prendre plus de risques, s’attendent aussi à un ralentissement de l’intervention de la Réserve fédérale dans les marchés d’emprunt et délaissent les obligations gouvernementales, celles du Canada notamment, au profit d’obligations d’entreprises.

Les taux augmentent parce que la demande pour les obligations canadiennes est moins forte. Statistique Canada rapportait récemment que les investissements étrangers dans les obligations canadiennes étaient passés de 12,8 milliards de dollars en avril à 5,5 milliards en mai.

Comme l’exprime bien ce graphique préparé par la Banque du Canada, les taux obligataires sont en hausse depuis le mois de mai. C’est le cas des obligations portant à échéance sur 5 ans :

Rendements d'obligations types du gouvernement canadien à 5 ans

C’est vrai aussi pour les obligations 10 ans :

Rendements d'obligations types du gouvernement canadien à 10 ans

Les taux obligataires augmentent ainsi que les coûts d’emprunt pour les banques dans les marchés financiers. Ainsi, puisque les banques doivent payer davantage pour obtenir du financement, elles se tournent donc vers les consommateurs en leur proposant des taux d’intérêt plus élevés.

Ainsi, une institution comme la BMO, qui avait eu l’outrecuidance aux yeux du ministre Flaherty de proposer un taux de 2,99 % sur une hypothèque 5 ans en mars dernier, a remonté son offre à 3,79 % cette semaine. Certaines sont à 3,69 %, d’autres à 3,89 %.

Cette croissance des taux n’est pas pour déplaire à Jim Flaherty. Le gouvernement canadien a resserré les règles hypothécaires à quatre reprises dans les années passées pour ralentir la croissance de l’endettement des Canadiens. Cette approche a connu un succès mitigé : le marché immobilier poursuit sa croissance, les prix montent encore, l’endettement des ménages grandit.

La hausse des taux hypothécaires pourrait s’avérer encore plus efficace que les actions du gouvernement. Mais, si la croissance est trop forte, elle pourrait faire mal à bien des ménages, qui ont pris le risque de s’endetter au maximum pour réaliser leur rêve d’accéder à la propriété.

Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale américaine Le patron de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke est en mode « sortie de crise ». Son objectif : réduire progressivement l’intervention de la banque centrale dans les marchés financiers sans nuire à la reprise économique qui semble s’installer. La Fed achète encore pour 85 milliards de dollars d’obligations chaque mois en ce moment. Elle a injecté plus de 2300 milliards de dollars depuis le début de la crise financière. Cette intervention exceptionnelle doit, un moment donné, arriver à son terme. On s’en approche…

Chez nous, le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz doit tout faire pour éviter de poser des gestes qui accentueraient les problèmes structurels qui se sont installés dans l’économie canadienne au cours des dernières années. On a beaucoup misé sur le consommateur au Canada pour soutenir l’économie. Aujourd’hui, ce consommateur-citoyen-travailleur-contribuable est très endetté! Peut-être trop d’ailleurs…

Et c’est pour ça que Stephen Poloz mise sur les exportateurs et une hausse des investissements des entreprises, qui dorment sur des centaines de milliards de dollars en liquidités, pour relancer l’économie. Le consommateur a assez donné, nous dit la Banque du Canada. On lui en a assez demandé. L’endettement des ménages atteint des sommets et cet endettement représente aujourd’hui la menace la plus importante qui plane sur l’économie canadienne.

Ce qui se passe au Canada et aux États-Unis est particulier. Depuis des années, les États-Unis se démènent pour tenter de relancer leur croissance de façon durable et faire baisser le chômage. Pendant ce temps, le Canada a claironné sur tous les toits que sa recette était la meilleure : des banques stables, des assises financières solides, une économie forte stimulée par la construction et les ressources.

Maintenant, ils sont de plus en plus nombreux parmi les experts à reconnaître que les dépenses publiques, l’intervention de la Réserve fédérale et l’évitement du « mur budgétaire » ont permis aux États-Unis d’éviter une chute encore plus brutale de leur économie et de reconstruire une croissance qui apparaît un peu plus solide.

Au Canada, parce que la récession a frappé moins fort qu’ailleurs, on s’est cru et on se croit peut-être encore à l’abri d’intempéries. Mais, est-ce le cas? Notre croissance est moins forte qu’aux États-Unis, les indicateurs économiques expriment un peu partout au pays, notamment au Québec, qu’il y a un ralentissement en cours. Quantité d’experts du FMI, de la Banque du Canada et même jusqu’à Paul Krugman expriment une réelle inquiétude quant à l’impact éventuel du niveau d’endettement des ménages.

De toute évidence, le vent ne souffle pas dans la même direction au nord et au sud de la frontière…