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Il est facile de glisser dans le pessimisme ambiant quand on regarde les indicateurs de l’économie canadienne, soit la chute du dollar et du prix du pétrole, l’endettement des ménages et le ralentissement mondial. Mais le gouverneur de la Banque du Canada ne mange pas de ce pain-là.

L’économiste à la tête de la banque centrale, venu de la planète exportations (il dirigeait il y a quelques années l’organisme Exportations et Développement Canada) est un homme optimiste, jovial, positif. Le verre est toujours à moitié plein avec lui. L’économie ira mieux, nous dit-il.

Le passage à vide de l’économie américaine, qui a touché notre économie, est temporaire. L’économie américaine va bien, les taux d’intérêt remontent, nos exportateurs devraient en profiter, affirme Stephen Poloz. L’économie mondiale va retrouver une meilleure vitesse de croisière, nous dit-il aussi, quelque part en 2016. Et le budget fédéral, qui contiendra des mesures de stimulation fiscale, va certainement aider l’économie canadienne.

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Stephen Poloz

Au micro, Stephen Poloz se montre prudent, non alarmiste, assez optimiste. Le dollar canadien protège notre économie, va-t-il jusqu’à dire, en amortissant l’effet du choc de la chute du pétrole. Mais, dans le détail de l’analyse de la Banque du Canada, dans son rapport sur la politique monétaire de 32 pages publié aujourd’hui, le portrait est plutôt incertain. L’économie canadienne doit s’ajuster à un prix plus faible du pétrole et à un dollar canadien plus faible également. La banque parle d’un « processus long et complexe d’ajustement ».

Ça veut dire deux choses :

  • La chute des ressources entraîne des pertes d’emplois, des faillites d’entreprises, une réduction de revenu pour les citoyens et les gouvernements. Le monde du pétrole, du gaz et des ressources non énergétiques, qui représente 16 % du PIB canadien, est en pleine restructuration.
  • « La diminution de la richesse et du revenu intérieur réel, écrit la Banque du Canada dans son rapport, a freiné les dépenses des ménages et les investissements dans le secteur hors ressources. » Il faudra de trois à cinq ans pour que toute l’économie s’adapte à cette nouvelle réalité, celle d’une économique plus diversifiée, moins orientée vers ses ressources.

Dans les circonstances, cinq choses à savoir sur l’économie canadienne à la lecture du rapport de l’institution sur sa politique monétaire :

  1. La Banque du Canada a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour le Canada, de 2 % annoncé en octobre à 1,4 % aujourd’hui pour l’année 2016, puis à 2,4 % en 2017.
  2. La banque centrale prévoit que « les cours du pétrole demeureront près de leurs niveaux récents », mais à moyen terme, les prix devraient remonter. Les pétrolières ont réduit leurs coûts de production depuis 2014, ce qui leur permettrait de retrouver une certaine rentabilité à un prix plus faible du pétrole que par le passé. Tout de même, selon la Banque du Canada, « les prix vont probablement demeurer volatils ».
  3. Des « vulnérabilités » demeurent dans les finances des ménages, parce que le niveau d’endettement est élevé et que certains marchés immobiliers sont surévalués. Ces « vulnérabilités » s’accentuent toujours un peu plus, selon la banque, et devraient prendre un peu plus d’ampleur encore avec la faiblesse continue des taux d’intérêt.
  4. Les investissements des entreprises ralentissent de façon plus marquée qu’attendu, alors que de plus en plus d’entreprises et de régions du pays disent subir les effets négatifs de la chute du pétrole. Néanmoins, la banque s’attend à une poussée à la hausse des investissements dans la deuxième moitié de 2016.
  5. Une chute encore plus forte du pétrole pourrait avoir des « incidences négatives sur la confiance et les retombées sur la demande [...] pourraient peser lourdement sur l’économie en général ».

Avec la dégringolade des marchés boursiers mercredi midi, il y a probablement plus d’un épargnant qui s’inquiète de la suite des choses. Notre système économique s’abreuve à des crises régulières, de la crise du pétrole au début des années 80 à la crise financière de 2008-2009, en passant par l’éclatement de la bulle technologique et la faillite de l’Argentine ou de la Grèce. Sans céder à la panique, on ne peut pas sous-estimer les risques qui pèsent sur l’économie canadienne et ceux qui font réagir les marchés boursiers.

Les lumières rouges sur le tableau de bord de l’économie canadienne se multiplient. Tellement qu’on peut commencer à se demander si le gouvernement Trudeau ne sera pas obligé d’aller plus loin que prévu dans ses investissements pour stimuler l’économie du pays. Il ne serait pas étonnant, dans les circonstances, que des déficits encore plus grands soient à prévoir. Rappelez-vous que lors de la dernière récession, le déficit du gouvernement Harper avait dépassé les 55 milliards de dollars en 2009. Allons-nous revoir de tels chiffres?

Les inquiétudes sont nombreuses :

  • Le prix du pétrole chute encore et encore. Il se dirige vers les 20 $ le baril aux États-Unis, un niveau sous lequel le prix du pétrole canadien est déjà tombé. Produire, vendre, exporter du pétrole aujourd’hui en 2016 au Canada est une activité non rentable;
  • Le dollar canadien est sur le point de tomber sous les 70 cents américains. Si c’est avantageux pour certains exportateurs, les effets ne seront pas les mêmes que par le passé, en raison d’un manque de compétitivité des entreprises canadiennes. La chute du dollar a un effet négatif sur les importations canadiennes, notamment les prix alimentaires, ce qui touche les ménages;
  • La Banque mondiale a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour le PIB mondial, de 3,3 % à 2,9 % pour 2016. Le Canada et ses ressources dépendent de la demande mondiale;
  • Le bilan des mises en chantier en 2015 est positif. On en compte 193 000 au pays, selon les premières données disponibles. Les économistes ne croient pas qu’un tel niveau pourra être atteint de nouveau en 2016;
  • De toute façon, certains marchés sont en surchauffe, et les autorités expriment de plus en plus d’inquiétudes sur des zones à risque, où les familles sont trop endettées et où les marchés immobiliers sont surévalués.

C’est dans ce contexte que les entreprises canadiennes se montrent de plus en plus inquiètes, et donc de plus en plus prudentes. Dans l’enquête effectuée pour l’hiver 2015-2016 par la Banque du Canada, on apprend que la confiance est en chute. « Les intentions d’investissement et d’embauche atteignent leurs plus bas niveaux depuis 2009, les entreprises tournées vers le marché intérieur et celles exposées au secteur des ressources revoyant leurs plans pour tenir compte du ralentissement de l’activité », écrit la Banque du Canada

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, indiquait la semaine dernière que la transition économique en cours au Canada prendra de trois à cinq ans. Ce passage d’une économie trop dépendante aux ressources à une économie plus diversifiée prendra du temps, ce qui pourrait amputer l’économie canadienne dans les prochaines années.

Vous voyez le tableau : l’économie mondiale ralentit, l’économie canadienne est de plus en plus lente, la confiance des entreprises baisse, les intentions d’embauche s’étiolent. Et on a du mal à trouver des indicateurs qui nous permettraient de croire que cette situation est temporaire. Dans les circonstances, comment doivent réagir les gouvernements, en particulier celui de Justin Trudeau?

Avant même d’avoir baissé les impôts et d’avoir investi des sommes dans l’économie, le nouveau gouvernement a fait le constat que le budget 2015-2016, présenté par le précédent gouvernement, allait être déficitaire et non en surplus. Alors qu’il s’est engagé à plusieurs réformes qui nécessiteront un déficit de 10 milliards de dollars en 2016-2017, le gouvernement Trudeau pourrait devoir assumer un déficit encore plus grand. Il peut le faire, parce que même à 15 ou 20 milliards de dollars, le déficit demeurerait à environ 1 % du PIB et le gouvernement pourrait tout de même réduire sa dette. Mais jusqu’où faut-il aller?

Je vous pose la question autrement : le gouvernement Trudeau a-t-il d’autres choix que d’appuyer davantage son économie? Sommes-nous en train de réaliser qu’un simple investissement général dans les infrastructures ne sera pas suffisant? Est-ce qu’un véritable plan de relance économique doit être envisagé à Ottawa?

Bien malin celui qui va prévoir la prochaine crise. Cela dit, certains s’y risquent et parfois ils ont raison. George Soros, financier milliardaire américain, avait vu venir la crise de 2008, mais disait en 2011 que la crise grecque allait être pire. Aujourd’hui, il affirme que les marchés financiers lui font penser à la situation de 2008 juste avant le déclenchement de la crise financière. Et puis, il y a le ministre des Finances de Grande-Bretagne, George Osborne, qui parle, lui, d’un « cocktail dangereux » de risques économiques de toutes sortes : faibles investissements, difficultés à recalibrer une économie qui s’appuie trop sur l’endettement des consommateurs.

L’année 2016 est critique, selon lui. Et les problèmes de la Chine ressemblent à une crise, dit George Soros. À la lecture de ces propos inquiets, le pire est-il donc à venir? Ou donne-t-on trop d’importance aux projections les plus négatives?

En ce premier anniversaire de l’attentat contre Charlie Hebdo, à Paris, l’économiste Bernard Maris, qui faisait partie des 11 victimes de l’attaque des frères Kouachi, pourrait réitérer ce qu’il a souvent expliqué : le capitalisme carbure au risque, à l’incertitude et à l’opacité*. Et nous en avons possiblement une nouvelle illustration aujourd’hui.

Sur un ton un peu plus neutre, le gouverneur de la Banque du Canada affirme, lui, que la chute boursière à Shanghai ne reflète pas nécessairement l’état de l’économie chinoise, que l’économie mondiale devrait retrouver une certaine accélération plus tard en 2016 et que les Canadiens doivent être patients. Il faudra du temps pour que le Canada complète sa transition d’une économie qui dépend trop des ressources à une économie plus diversifiée.

Baisse de taux en vue? Pas de signal clair en ce sens, mais si les taux obligataires canadiens suivent la tendance à la hausse des États-Unis, la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser son taux directeur, une possibilité de plus en plus considérée par les économistes. En attendant, Stephen Poloz laisse sous-entendre qu’il faudra voir ce que le gouvernement Trudeau entend faire en matière de stimulation de l’économie.

Il est difficile d’annoncer avec conviction ce qui s’en vient. La croissance économique se poursuit, mais les marchés boursiers sont instables et les signaux négatifs se multiplient.

*Un an après l’attentat contre Charlie Hebdo, un film sur l’économiste Bernard Maris, victime de cette attaque, est à l’affiche à la Cinémathèque québécoise, à Montréal. Oncle Bernard – l’anti-leçon d’économie sera présenté jusqu’au 17 janvier.

Pendant que la Réserve fédérale des États-Unis annonce une première hausse de son taux directeur en neuf ans, la Banque du Canada, elle, parle de taux négatif et de ménages trop endettés, de marchés surévalués et de « pockets of risk », des zones à risque de surchauffe, essentiellement à Toronto et à Vancouver.

Comment expliquer que l’économie américaine puisse absorber une hausse de taux d’intérêt, alors que le Canada semble s’engluer dans une lente croissance économique et une banque centrale de plus en plus accommodante?

Quelques réflexions sur le sujet…

1- L’économie américaine est beaucoup plus diversifiée que la nôtre. La chute des ressources nous a bien fait voir la fragilité de l’économie canadienne. C’est pas moins de 20 % du PIB canadien qui s’appuie sur les ressources naturelles. Ce seul secteur a rapporté, en moyenne, par année, entre 2009 et 2013, 26 milliards de dollars aux différents paliers de gouvernement.

2- Le gouvernement américain a largement soutenu son économie de 2008 à 2011 pour assurer la reprise. La croissance des dépenses a recommencé à s’accélérer en 2014. Certains économistes sont d’avis que le gouvernement aurait dû en faire plus. D’autres ont reproché à l’administration Obama d’avoir alourdi la dette du pays. Au Canada, le gouvernement Harper a ralenti sensiblement la croissance des dépenses publiques de 2011 à 2015. Le graphique suivant montre que la croissance américaine a été parmi les plus fortes des pays riches entre 2011 et 2014.

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3- Le marché du travail aux États-Unis est jugé plus « flexible » qu’au Canada. Le salaire minimum est plus faible, le niveau de productivité est plus élevé. Ces caractéristiques du marché américain ont peut-être favorisé la baisse du chômage et la reprise économique. Toutefois, l’envers de la médaille, c’est que les États-Unis sont le pays riche le plus inégalitaire de la planète. Ce pays est puissant, c’est la première économie du monde. Mais, les écarts de richesse sont grands. Des dizaines de millions de personnes vivent dans la pauvreté. Plusieurs doivent occuper deux ou trois emplois pour espérer joindre les deux bouts. Tous les indices sociaux laissent voir un niveau d’inégalité élevé aux États-Unis, si bien qu’on peut se demander si la façon de faire des Américains en terme de croissance de la richesse est un modèle à suivre.

L’incertitude plane au Canada

Quoi qu’il en soit, la réalité aujourd’hui, c’est que les États-Unis sont en croissance, le niveau de chômage est faible et la banque centrale juge qu’elle peut recommencer à hausser ses taux d’intérêt. Elle fera, sans doute, preuve de prudence en évitant une succession rapide de hausses de taux. Au Canada, le niveau d’endettement des ménages est élevé, on craint l’éclatement de bulles immobilières dans certains marchés et la croissance économique tout comme les finances publiques sont malmenées par la chute des cours des ressources, surtout du pétrole.

Plusieurs économistes affirment que la Banque du Canada pourrait songer à une baisse de taux en 2016 et attendra certainement 2017 avant d’envisager une hausse de taux. L’écart entre les taux américains et canadiens est donc appelé à grandir, ce qui pourrait faire chuter davantage le dollar canadien. Une telle situation pourrait finir par stimuler davantage les exportateurs canadiens. Mais, sur d’autres plans, le Canada est désavantagé, notamment pour ce qui est des importations alimentaires, car 80 % des fruits et légumes, par exemple, sont importés.

L’économiste Jean-Pierre Aubry me fait remarquer que Statistiques Canada a rapporté mardi une baisse importante de la valeur du patrimoine national, soit la valeur des actifs non financiers au Canada. En raison de la chute des prix des ressources naturelles, la valeur des actifs a chuté de 190 milliards de dollars, l’équivalent de 9,5 % du PIB canadien.

« La baisse de la valeur de notre monnaie reflète également la baisse de notre richesse collective, selon Jean-Pierre Aubry. La valeur de nos importations est proche de 30 % de notre PIB. Si ces biens et services importés coûtent 33 % plus cher en raison de la dépréciation du dollar, cela implique un coût supplémentaire d’une valeur de 10 % de notre PIB. [...] Le choc que nous subissons est important. »

Stimuler la croissance

Dans les circonstances, plusieurs experts soulignent que les investissements publics prévus par le nouveau gouvernement à Ottawa seront certainement bénéfiques à l’économie. S’il est vrai que les déficits seront plus importants que prévu, peut-être à 0,8 % du PIB au lieu de 0,5 %, il faut espérer que l’économie s’en portera mieux et que les nouvelles richesses créées produiront de nouveaux revenus pour les citoyens et l’État.

N’oublions pas que le gouvernement Trudeau a prévu un retour à l’équilibre budgétaire en 2019. Pour y arriver, il faudra que la croissance économique soit plus forte. Sinon, ce sont des compressions budgétaires qui devront être ramenées sur la table et peut-être une hausse de taxation.

Déjà, mardi, le ministre des Finances Bill Morneau a laissé planer la possibilité que le gouvernement puisse augmenter la TPS. Il est clair, en tout cas, que la réduction des taxes et des impôts depuis 10 ans au pays a largement amputé la marge de manoeuvre du gouvernement.

Taux, mise de fonds et hypothèque

Vendredi 11 décembre 2015 à 16 h 09 | | Pour me joindre

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Vous voulez vous acheter une maison ou vous souhaitez renouveler votre hypothèque? Que faire? Les derniers jours, et les prochains aussi, soulèvent un lot de questions légitimes auxquelles on va tenter de répondre dans ce billet.

Ottawa augmente la mise de fonds hypothécaire. Est-ce que ça vous touche?

Le ministre des Finances Bill Morneau a décidé de resserrer les règles hypothécaires afin de calmer la flambée immobilière de Vancouver et de Toronto. Ainsi, lors de l’acquisition d’une propriété principale, le capital minimum sur les premiers 500 000 $ sera toujours de 5 %. Mais, ensuite, après 500 000 $, ce sera 10 %.

Si vous achetez une maison de 700 000 $, la mise de fonds sera de 5 % sur les premiers 500 000 $, soit 25 000 $. Et elle sera de 10 % sur les suivants 200 000 $, soit 20 000 $. La mise de fonds sera alors de 45 000 $ (25 000 + 20 000). Le taux de capital minimum est ainsi de 6,4 % sur l’ensemble de l’achat.

Si vous êtes déjà titulaire d’une hypothèque, ces changements ne vous touchent pas.

Pourquoi le gouvernement resserre-t-il les règles hypothécaires?

Les dernières données sur les prix et les reventes de maisons nous montrent clairement que les marchés de Toronto et de Vancouver sont en surchauffe ou s’en s’approchent. Des hausses de prix de 10 à 18 % en octobre sur un an, des reventes en hausse de 40 % à Vancouver et de 14 % à Toronto.

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Pendant ce temps, la Banque du Canada envoie des signaux de baisses de taux. Pourquoi?

Le ralentissement de l’économie canadienne se poursuit. Au cours de 6 des 9 premiers mois de 2015, le PIB était en baisse au Canada. L’économie est malmenée par la chute des prix du pétrole qui se poursuit, par une reprise des exportations qui tarde à se matérialiser, malgré la croissance américaine. Des économistes commencent à évoquer la possibilité d’une baisse de taux en 2016, possiblement en mars.

La banque centrale a même évoqué la possibilité de réduire son taux directeur jusqu’à un taux négatif de -0,5 %. Tout en précisant qu’il est très peu probable qu’il soit obligé d’aller aussi bas, le gouverneur Stephen Poloz n’a pas hésité à expliquer en long et en large l’étendue des outils qu’il a à sa disposition pour intervenir en cas de crise. La réduction du taux directeur en territoire négatif obligerait les banques privées à payer la Banque du Canada pour y déposer leurs liquidités. En appliquant un taux négatif, la banque centrale souhaiterait pousser les banques privées à remettre davantage d’argent dans l’économie.

Le taux variable sur les hypothèques pourrait-il devenir négatif?

Non. Le taux préférentiel des banques est actuellement de 2,7 %. Les banques ont le choix de réduire ce taux quand la Banque du Canada abaisse son taux directeur. Mais elles ne sont pas obligées. En admettant que la banque centrale fasse passer son taux directeur de 0,5 % actuellement à -0,5 %, il est possible que les banques abaissent leur taux préférentiel jusqu’à 1,7 %. La baisse pourrait être moindre.

Si vous avez un rabais de 0,5 ou 1 point de pourcentage sur le taux préférentiel, votre taux pourrait s’approcher de 0. Il serait étonnant que les banques privées abaissent leur taux préférentiel au point de voir certains clients, avec un fort rabais sur leur hypothèque, profiter d’un taux négatif.

Le dollar canadien chute. Pourquoi?

Pour trois raisons. La première, c’est que la Banque du Canada envoie des signaux de baisse de taux. En principe, le rendement sur un investissement au Canada pourrait être appelé à être moins élevé. La demande pour des actifs canadiens est donc moins forte, et la demande pour le dollar canadien est moins élevée.

Deuxièmement, en même temps, la Réserve fédérale américaine s’apprête à augmenter pour la première fois depuis 2006 son taux directeur. Le rendement américain est appelé à grandir, ce qui attire les investisseurs vers les États-Unis. Cela fait que la demande pour le dollar américain est en hausse. Sa valeur grimpe face aux autres devises mondiales, dont le dollar canadien.

Et puis la chute du pétrole entraîne le dollar canadien en baisse. Du pétrole qui coûte moins cher nécessite une demande moins grande en dollars canadiens pour acheter le pétrole de l’Alberta, notamment.

Des taux négatifs?

Mercredi 9 décembre 2015 à 14 h 28 | | Pour me joindre

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Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, en a surpris plusieurs en expliquant mardi que des taux d’intérêt négatifs faisaient partie des outils de sa politique monétaire non traditionnels qui pourraient être utilisés si nécessaire.

Que sont des taux d’intérêt négatifs? Il nous semble impossible qu’une telle chose puisse arriver, non?

Les banques accumulent vos dépôts. De cet argent, elles peuvent effectuer des prêts hypothécaires, des prêts personnels et livrer d’autres services financiers. Les sommes excédentaires sont déposées à la banque centrale en retour d’un intérêt.

Au Canada, le taux directeur est de 0,5 %. C’est le taux qui guide la rémunération des dépôts des banques privées auprès de la banque centrale. En baissant ce taux directeur sous 0 %, la banque centrale se trouverait à faire payer les banques pour ce qu’elles déposent à la banque centrale.

Pourquoi? Pour les pousser à réinjecter cet argent dans l’économie sous forme de prêts aux consommateurs. Il deviendrait ainsi plus intéressant pour les banques privées de prêter cet argent que de le déposer à la banque centrale.

La Banque du Canada dit également qu’elle est en mesure d’évaluer le plancher de son taux directeur sous zéro parce que d’autres banques centrales l’ont fait avec succès, notamment en Suède et en Suisse. Le marché s’est ajusté à ce nouveau contexte.

Plusieurs économistes affirment qu’une baisse du taux directeur en territoire négatif pourrait avoir un impact également sur les taux obligataires. Certains pourraient aussi devenir négatifs. Il est très peu probable que les taux deviennent négatifs pour les épargnants.

Ajoutons que les taux peuvent être négatifs dans la réalité sans que le taux directeur le soit. Si vous empruntez une somme à 1 % d’intérêt et que l’inflation est à 2 %, votre taux réel est de -1 %. Bref, cette possibilité au Canada est très faible.

Toutefois, le fait que la Banque du Canada évoque une telle chose publiquement laisse croire qu’elle se prépare peut-être à des chocs importants. La croissance est faible au Canada. Certains marchés immobiliers, dont celui d’où je vous écris aujourd’hui, Vancouver, sont surévalués et les ménages sont très endettés.

Alors, taux fixe ou taux variable?

Vendredi 21 août 2015 à 12 h 37 | | Pour me joindre

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Les incertitudes qui planent sur l’état de santé économique de la Chine pourraient amener la Réserve fédérale américaine à reporter à plus tard la première hausse de son taux directeur depuis celle de 2006. Alors que la plupart des analystes entrevoient depuis un bon moment déjà cette première hausse en septembre, le dernier compte rendu de la Fed en fait hésiter plusieurs. Oui, la banque centrale signale une hausse imminente. Mais, à la lumière des derniers événements, la Réserve fédérale sera-t-elle tentée d’attendre encore un peu?

Les taux d’intérêt demeurent donc très bas. Le taux directeur de la banque centrale américaine se situe toujours dans une fourchette de 0 à 0,25 %, celui de la Banque du Canada est rendu à 0,5 % à la suite de deux baisses en 2015. Les coûts d’emprunt des deux pays demeurent extrêmement faibles : sur les obligations à échéance 10 ans, on est à seulement 1,28 % au Canada et à 2,06 % aux États-Unis.

Les taux hypothécaires sont à des niveaux plancher. Les institutions financières canadiennes offrent des contrats hypothécaires sur 5 ans fixes à 2,7 %, et sur 5 ans variables, certains descendent jusqu’à 2,25 % en ce moment. C’est exceptionnel.

Un jour, ça va remonter! Mais quand? De nombreux analystes nous ont avertis dans les dernières années qu’une hausse des taux était à prévoir et que, dans les circonstances, les citoyens endettés devaient se montrer prudents. Mais cette hausse est sans cesse reportée en raison des incertitudes qui ne cessent de surgir : la Chine, la Grèce, le pétrole, l’euro, le yuan, la Russie, etc.

Dans ce contexte, plusieurs nous demandent, au moment de contracter une hypothèque ou d’en renouveler une : vaut-il mieux opter pour un taux fixe ou un taux variable? C’est une question qui revient régulièrement je vous dirais, comme celle sur les prix de l’essence qui ne baissent pas autant que les prix du pétrole. Mais la réponse demeure nuancée.

Dans le livre que François Delorme et moi avons publié en 2014*, nous faisons référence aux conseils du site canadianmortgagetrends.com à ce propos. Avant d’opter pour le taux fixe ou le taux variable, il faut se poser cinq questions :

  1. Vos revenus sont-ils prévisibles?
  2. Votre taux d’endettement est-il soutenable?
  3. Pouvez-vous refinancer votre dette en fonction de la valeur de votre maison?
  4. En cas de coup dur, avez-vous des liquidités pour rembourser votre hypothèque pendant six mois?
  5. Une hausse de taux de 2,5 points de pourcentage peut entraîner une hausse de vos paiements de 30 %. Le saviez-vous?

En répondant à ces questions, vous serez en mesure de voir si vous êtes capables de vivre avec un taux variable ou si vous dormez mieux avec un taux fixe. Historiquement, on paie moins d’intérêt avec le taux variable. Cela dit, le taux fixe demeure plus populaire que le variable.

———

* FILLION, Gérald et François DELORME, Vos questions sur l’économie, Éd. La Presse, 2014, 231 p.

Gonfler la bulle

Mercredi 19 août 2015 à 13 h 28 | | Pour me joindre

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Y a-t-il une bulle immobilière au Canada et prend-elle de l’ampleur? Il faut rester prudent quand on évoque la possibilité d’une bulle afin d’éviter d’exagérer ou d’alarmer les gens. Mais on peut penser que s’il y a une bulle, elle est probablement en train de se gonfler, et ça pourrait malheureusement se poursuivre. Les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), les baisses de taux à la Banque du Canada et certaines propositions faites durant la campagne laissent poindre à l’horizon des moments difficiles si une bulle devait éclater.

D’abord, plusieurs marchés présentent des signes inquiétants au Canada. Selon la SCHL, les risques d’éclatement d’une bulle immobilière sont élevés à Toronto, Winnipeg et Regina. Et ils sont modérés à Québec et à Montréal, même si dans la Vieille Capitale le marché est jugé comme étant largement surévalué. Feu rouge à Toronto, feu jaune à Montréal et à Québec. Ailleurs au pays, les risques sont plus faibles.

Mais Toronto et Montréal dans le haut des marchés où les risques augmentent, c’est inquiétant. Et pourtant, à Ottawa, on juge bon d’encourager la consommation, les emprunts et l’endettement en baissant les taux d’intérêt et en proposant des mesures fiscales pour motiver les jeunes couples à s’endetter pour acheter une maison. Pour alimenter une bulle immobilière, il est difficile de faire mieux… ou pire!

tableauschlLa Banque du Canada a abaissé à deux reprises son taux directeur cette année en raison du ralentissement de l’économie. Et comme l’inflation n’est pas un facteur d’inquiétude en ce moment, la banque centrale a choisi la méthode traditionnelle, qui est celle d’abaisser les taux pour stimuler les prêts et la consommation pour relancer l’économie. C’est vrai qu’on est très dépendant de la consommation de ce côté-ci de l’Atlantique…

Pour en mettre un peu plus dans le panier du citoyen, la campagne électorale, lancée au coeur de l’été, apporte son lot de propositions stimulantes pour ceux qui pensent acheter, rénover, consommer, emprunter, s’endetter. Comme s’il fallait en rajouter!

La palme (pour l’instant, parce que la campagne sera longue!) revient aux conservateurs, qui proposent un crédit d’impôt à la rénovation et une augmentation du montant possible de retrait dans le cadre du Régime d’accès à la propriété.  Si le crédit à la rénovation a des vertus intéressantes, comme stimuler la construction et économiser un peu d’impôt, faire passer de 25 000 à 35 000 $ le retrait possible d’un REER pour acheter une première demeure est un véhicule d’accélération de l’endettement pour les jeunes familles.

Ce n’est pas une mauvaise chose de s’acheter une maison, loin de là. Mais est-ce le bon moment pour l’État de stimuler ce type de consommation? Alors que la Banque du Canada et plusieurs autres économistes affirment que le marché immobilier canadien est surévalué, est-il raisonnable et responsable de proposer d’en faire plus pour stimuler la consommation immobilière et l’endettement qui y est associé?

Le défunt ministre des Finances Jim Flaherty a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires au Canada pour éviter qu’une bulle se forme et éclate. Ces actions sont remplacées aujourd’hui par des gestes et des promesses qui vont dans le sens contraire.

Au moment où notre regard est tourné vers la Grèce, notre propre économie vacille. La chute des cours du pétrole depuis un an a eu l’effet d’une douche froide sur l’économie canadienne. Et nous commençons à en réaliser l’impact réel. La donnée statistique sur le PIB du mois d’avril vient de faire réapparaître le mot qu’on ne veut pas voir : récession. Le Canada serait peut-être en récession.

Avant l’analyse, les faits : la baisse du PIB en avril est de 0,1 %. C’est le quatrième recul mensuel de suite. Le secteur de l’extraction minière, gazière et pétrolière est en déclin depuis cinq mois maintenant.

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La définition la plus mécanique de la récession, c’est deux trimestres de suite en baisse. D’autres définitions existent, mais c’est celle-ci qui est la plus simple et la plus utilisée.

Selon Desjardins, « les probabilités d’un second recul [du PIB] au deuxième trimestre sont assez élevées. [...] Il est plutôt vraisemblable que la croissance du PIB réel par industrie demeure assez modeste dans les mois à venir, considérant les difficultés du secteur de l’énergie et leurs répercussions négatives sur plusieurs autres secteurs d’activité. Il est donc probable que l’économie canadienne soit actuellement en récession technique.

Dans les circonstances, il est « probable », selon Desjardins, que la Banque du Canada annonce une nouvelle baisse de son taux directeur le 15 juillet prochain. La CIBC va dans le même sens : il y aura une baisse du taux directeur dans 15 jours.

« L’économie canadienne vacille et se trouve au bord de la récession technique », écrit pour sa part la TD.  La probabilité d’une nouvelle baisse du taux directeur grandit, à son avis.

La firme Nomura s’attend à ce que les données du secteur des ressources aient été négatives pour mai et juin en raison du ralentissement de production engendré par les feux de forêt en Alberta, baisse d’environ 10 % dans la production de pétrole des sables bitumineux. Ainsi, le deuxième trimestre aura probablement été négatif, baisse de 0,5 %, selon Nomura, ce qui confirmerait ainsi une récession technique.

Mais…

Analyse divergente à la Nationale : « Malgré la faible croissance dans la première moitié de 2015, l’économie n’est pas sur le point de glisser en récession. Le marché du travail montre des signes d’accélération dans les heures travaillées et les ventes de gros produits vont bien comme on a pu le constater dans les statistiques de ventes d’autos et de mises en chantier en mai. »

Le niveau d’emplois à temps plein est à un record. Et la bonification de la prestation universelle pour enfants, annoncée dans le dernier budget et qui se répercutera dans les chèques gouvernementaux délivrés en juillet, va stimuler la consommation des Canadiens, selon la Nationale, dans les mois suivants. Cette bonification équivaut à 0,7 % du PIB. Les exportations devraient aussi bénéficier de la croissance américaine.

Pendant ce temps, la Réserve fédérale prépare une hausse de son taux directeur qui aura lieu, selon plusieurs experts, en septembre. Il est rare de voir les économies canadienne et américaine évoluer de façon aussi distincte. C’est dire l’importance de l’énergie dans le PIB canadien et le déficit réel de diversification économique.

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Durant une pause publicitaire jeudi soir lors de notre émission spéciale sur l’austérité, l’un des invités m’a dit : « Et les taux d’intérêt? Allez-vous parler des taux d’intérêt? Que va-t-il se passer si les taux d’intérêt montent? Un point de pourcentage de plus, c’est le budget des cégeps! »

Cet intervenant met le doigt sur ce qui représente probablement le risque le plus important au Canada en ce moment. Les autorités occidentales profitent de taux d’intérêt très avantageux, ce qui leur permet d’emprunter à faibles coûts. Le Québec en profite : ses coûts d’intérêt sont moins élevés que prévu. Ces faibles taux permettent aussi aux consommateurs de soutenir la croissance économique. Le Canada, comme le Québec, ne tombe pas en récession parce que le moteur premier de l’économie, la consommation, tourne toujours. En fait, le niveau des intérêts à rembourser par rapport au revenu disponible baisse même si la dette des ménages augmente, comme l’illustre ce graphique de Statistique Canada :

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Mais ce n’est pas sans conséquence. L’endettement augmente. Et c’est de plus en plus inquiétant, selon la Banque du Canada, cette même institution qui a jugé bon de réduire son taux directeur en début d’année dans l’objectif de stimuler la consommation… et l’endettement! Dans sa revue du système financier, la banque affirme que « la vulnérabilité liée à l’endettement des ménages demeure importante » et que cette vulnérabilité « s’accentue légèrement ». Elle ajoute que le marché du logement est déséquilibré : la hausse des prix ralentit, le marché est surévalué et le niveau de risque des investissements augmente en raison de la faiblesse des rendements des obligations.

Donc, un choc économique pourrait transformer un risque en crise :

  1. Une chute de l’emploi et des revenus pourrait entraîner une correction dans le marché immobilier, risque « moyennement élevé », dit la Banque du Canada.
  2. « La possibilité d’une hausse abrupte des taux d’intérêt à long terme » pourrait survenir si la Réserve fédérale ou la Banque centrale d’Europe faisaient des gestes surprenants. Risque « modéré », affirme la banque centrale.
  3. L’instabilité financière et économique des pays émergents représente un risque « moyennement élevé » pour le Canada.
  4. Et « il existe également un risque que des tensions financières dans la zone euro entraînent de la volatilité sur les marchés financiers mondiaux, une réévaluation généralisée du risque et une ruée vers la liquidité qui auraient une incidence négative sur les marchés financiers canadiens. » Risque modéré.

La Banque du Canada écrit aussi qu’un « défaut de paiement de la Grèce sur sa dette est devenu plus probable qu’auparavant, mais il est moins susceptible de causer de graves tensions financières dans la zone euro. »

L’objectif n’est pas d’exagérer la dette des ménages. Les Canadiens ne sont pas les seuls dans le monde à afficher des niveaux d’endettement élevés. C’est le cas aussi des Danois, des Australiens et des Néerlandais notamment.

Il y a bien sûr derrière une dette hypothécaire un actif. L’enjeu est ailleurs : quel serait l’impact d’une hausse des taux d’intérêt? Et quel serait l’impact d’une instabilité financière accrue sur les prix des maisons et la valeur des actifs?

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* Note : on parle généralement du ratio par rapport au revenu disponible, donc après impôts. Ici, le tableau fait référence au revenu brut, avant impôts.