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La crainte du syndrôme Greenspan

Mercredi 29 mai 2013 à 11 h 04 | | Pour me joindre

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En entrevue la semaine dernière à RDI économie, sa dernière à titre de gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney n’a pas trop aimé la comparaison que j’ai faite entre la situation entourant son départ et celle qui prévalait au moment de la retraite d’Alan Greenspan à la Réserve fédérale des États-Unis en 2006.

Si on veut faire des comparaisons, il y a plusieurs banques centrales, plusieurs banquiers, disait-il, nommant entre autres le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, que Mark Carney va remplacer dans un mois. Le gouverneur de la Banque du Canada sait très bien que les taux d’intérêt sont peut-être trop bas en ce moment au pays compte tenu des inquiétudes qui persistent à propos de l’endettement des Canadiens et d’une possible bulle immobilière.

C’est pourquoi il persiste encore à envoyer un signal de hausse de taux dans le dernier communiqué rédigé sous sa gouverne mercredi matin, un signal qui a dû être reporté, mais qui est encore là : « La détente monétaire considérable en place actuellement demeurera probablement appropriée pendant un certain temps, après quoi une réduction modeste sera probablement nécessaire, de façon à atteindre la cible d’inflation de 2 %. »

Alan Greenspan est parti dans la gloire il y a sept ans, mais l’histoire lui a donné tort. Plusieurs observateurs sont d’avis qu’il a contribué à une déréglementation excessive des marchés financiers et à la création de la bulle immobilière américaine en maintenant des taux à de très bas niveaux.

Un peu comme Alan Greenspan en 2006, Mark Carney jouit d’une excellente réputation. Et comme lui, il a maintenu les taux à de faibles niveaux. Il a tenté une remontée en 2010, mais il a dû s’arrêter. Avait-il le choix? Probablement pas. Mais le constat est le même : les bas taux ont favorisé le gonflement de ce qui pourrait ressembler à une bulle (bulle d’endettement ou bulle immobilière).

Prudent, Mark Carney nous a dit qu’il faut laisser passer un peu de temps avant de prendre la pleine mesure de son héritage au Canada. C’est prudent et c’est la réponse la plus intelligente qu’il peut donner étant donné les incertitudes qui planent sur l’économie canadienne. Il n’a pas manqué de souligner les forces de l’économie canadienne et les bonnes décisions en matière de restrictions hypothécaires adoptées par le gouvernement Harper.

Cela dit, dans une étude publiée le 24 mai, Dan Werner de Morningstar Canada affirme qu’advenant une baisse de 10 % des prix des maisons au pays, « il apparaît que la SCHL et les banques présentent des risques de pertes importantes ou de dégradation du capital ». La Nationale et la CIBC sont les plus exposées selon l’étude.

Morningstar s’attend à ce que les taux demeurent faibles pour un bon moment, ce qui devrait encore favoriser l’endettement des ménages. Le chercheur affirme que le ratio entre les prêts et la valeur des maisons est à peu près le même aujourd’hui au Canada que ce qu’il était avant l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis.

Puis, comme l’explique l’économiste en chef de la BMO Douglas Porter dans une note diffusée le 24 mai, le nouveau patron de la banque centrale Stephen Poloz fait face à plusieurs « périls ». Mark Carney part au moment où le Canada traverse une période difficile.

Ces périls sont les suivants, selon la BMO :

  1. la croissance économique est faible;
  2. l’inflation est faible;
  3. la devise est surévaluée;
  4. le marché immobilier ralentit;
  5. l’endettement des ménages atteint des niveaux records;
  6. il y a encore des déséquilibres régionaux importants;
  7. il y a des excès potentiels : déficit commercial, faibles taux;
  8. les prix des ressources ont baissé;
  9. le nouveau gouverneur doit composer avec l’orientation actuelle de la Banque, qui est celle de continuer d’annoncer qu’elle prévoit probablement une hausse de taux (éventuellement, plus tard, on verra…);
  10. et puis, le nouveau gouverneur doit composer avec les perceptions : Stephen Poloz vient de l’externe et le candidat attendu n’était pas lui!

Alors, Mark Carney fait ses boîtes ces jours-ci et s’en va à Londres relever un nouveau défi, le plus important de sa vie. Il part pour cinq ans, au moins. Mais, il est possible que, malgré lui, son nom retentisse dans l’actualité économique canadienne dans les prochaines années. L’heure du bilan n’a pas encore sonné.

La bonne étoile de Mark Carney

Lundi 26 novembre 2012 à 13 h 07 | | Pour me joindre

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Le Canada perd sa star du monde de la finance internationale. Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada depuis février 2008, s’était fait remarquer durant la dernière crise financière au point d’en devenir un acteur pivot dans la recherche de solutions durables pour l’avenir de la finance, des banques et de l’économie mondiale. Sa nomination au poste de gouverneur de la Banque d’Angleterre le place parmi les financiers les plus influents de la planète.

Mark CarneyAprès avoir terminé des études en économie à Harvard et à Oxford au tournant des années 90, Mark Carney a travaillé dans les grandes capitales financières pour Goldman Sachs : Londres, Tokyo, New York avant de prendre la tête de Goldman Sachs Canada à Toronto. Rapidement, Ottawa a mis le grappin dessus : à la Banque du Canada, puis au ministère des Finances comme sous-ministre associé avant d’être nommé au plus haut poste à la banque centrale du pays, peu de temps avant l’accélération de la crise qui a provoqué la « grande récession ».

Il faudra attendre l’avis des spécialistes de la banque centrale pour évaluer sa gestion de la politique monétaire canadienne. Au cours des dernières années, il a surtout travaillé à utiliser les bons mots et les bonnes formules pour tenter d’assurer un équilibre entre le niveau d’inflation, la force du dollar canadien, la préoccupante dette des ménages et les contraintes économiques internationales.

C’est sur la scène internationale qu’il a le plus brillé. Le modèle bancaire canadien l’a bien servi. Les banques d’ici ont bien résisté à la crise, appuyées par les institutions publiques. Une certaine maîtrise de la dette et une croissance dopée par le pétrole ont fourni des assises solides, une sorte d’autorité morale à Mark Carney pour exposer la vision canadienne des solutions à adopter.

Cette autorité morale a poussé le G20 à lui donner le poste de président du Conseil de stabilité financière, une organisation regroupant 26 entités réglementaires financières de la planète. Il a travaillé à un encadrement plus serré des banques afin qu’elles maintiennent plus de capital en réserve et qu’elles s’exposent moins à une défaillance. Les banquiers de Wall Street ne se sont pas gênés pour le critiquer vertement, l’accusant de nuire à la prise de risque et donc à la croissance économique.

Le 1er juillet prochain, il deviendra gouverneur de la Banque d’Angleterre, à un moment crucial de l’existence de cette institution vieille de 318 ans et dans un contexte économique difficile, le Royaume-Uni étant aujourd’hui en récession. Il dirigera une banque centrale qui s’est vue confier de nouveaux pouvoirs de supervision des banques à dépôt, des assureurs et des firmes d’investissements, en plus de devoir poursuivre la politique monétaire du pays. Il se retrouvera surtout au cœur d’une économie qui tente de se reconstruire et d’un continent qui n’arrive plus à se relever.

Mark Carney a rendu la Banque du Canada peut-être un peu moins froide et moins austère. Souriant, affable et accessible, le gouverneur a probablement contribué à moderniser quelque peu l’image de l’institution.

Cela dit, sa bonne étoile brillera-t-elle encore dans le ciel de Londres tandis que son prochain défi risque d’être bien plus difficile et complexe à relever?