Billets classés sous « austérité »

Revenons un peu sur l’austérité. Nous avons tenu un forum sur cet enjeu le 11 juin dernier et vous avez été nombreux à nous suivre et à participer à la discussion. Depuis, quelques textes ont été publiés, une entrevue avec le ministre Leitao a été réalisée, il vaut la peine d’y revenir quelques instants.

1- L’austérité, remise en contexte

Les économistes Mia Homsy et Sonny Scarfone ont publié, mercredi, un rapport sur les mesures d’austérité au Québec. Affirmant donner « l’heure juste sur la situation du Québec », ils arrivent à la conclusion « que lorsqu’on regarde la politique budgétaire sur le dernier cycle économique complet (qui va de 2003 à 2016) en évitant de choisir arbitrairement une année précise, il n’est pas question d’austérité budgétaire, mais plutôt de stimulation économique. De 2003 à 2016, le gouvernement aura directement contribué à la croissance économique à hauteur de 3,5 G$ du PIB ».

L’étude calcule tout de même que les mesures actuelles du gouvernement Couillard ralentissent l’économie : réduction de 0,5 à 1 point de pourcentage du PIB cette année et l’an prochain. Les compressions pourraient réduire le PIB du Québec de plus de 3 milliards de dollars cette année et jusqu’à près de 4 milliards l’an prochain. Mais l’économie du Québec peut soutenir ces restrictions budgétaires, selon l’Institut du Québec, qui s’inquiète toutefois de l’impact des compressions dans le secteur de l’éducation.

source: Institut du Québec

source: Institut du Québec

2- Les traces de l’austérité

Mia Homsy faisait partie de nos experts invités à notre forum. Éric Pineault aussi. Associé à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques, l’économiste et sociologue de l’UQAM a mis à jour une étude qu’il avait publiée en 2013 sur l’austérité.

« Dans le contexte d’une économie prise dans une trajectoire stagnationniste, écrit-il, le choix de l’austérité coûte cher. Ce coût, en croissance économique perdue, en ménages fragilisés et surendettés, en entreprises productives sous-équipées, en emplois de qualité qui ne seront pas créés et en services publics désorganisés n’est pas le fardeau temporaire de la génération actuelle qui doit se serrer la ceinture pour les générations futures. Non, l’austérité laissera des traces permanentes. »

source: IRIS

source: IRIS

3- L’austérité, positive à long terme, négative à court terme

L’un des plus fervents défenseurs de l’austérité, c’est la Banque centrale d’Europe qui a participé, depuis 2009, à l’imposition de mesures de restrictions budgétaires sévères en Grèce, en Espagne et au Portugal, avec le FMI, l’Allemagne et la Commission européenne. Dans un texte publié ce mois-ci par la Banque centrale d’Europe, trois chercheurs de l’institution, Thomas Warmedinger, Cristina Checherita-Westphal et Pablo Hernández de Cos, écrivent qu’il est important de mesurer l’impact des mesures d’austérité au-delà des répercussions à court terme, une « vision étroite » de l’enjeu à leur avis.

« Il y a un large consensus, écrivent-ils, que les consolidations fiscales bien construites ont des effets positifs à moyen et à long terme. La consolidation contribue à une amélioration permanente de l’équilibre du budget structurel, alors que la détérioration de la croissance n’est que temporaire. »

4- L’austérité ou la politique qui rate la cible

Le vénérable magazine The Economist, référence mondiale en matière de couverture de l’économie et des finances, a publié un texte important sur l’austérité le 13 juin dernier, texte qui a un fort retentissement dans les médias sociaux. « La croissance est meilleure que l’austérité comme politique visant à ramener les dettes sous contrôle. Les gouvernements devraient concentrer leurs énergies sur des réformes nécessaires du marché des produits et du marché du travail. » Autrement dit, il faut ouvrir davantage les marchés et rendre le marché du travail plus flexible, selon The Economist.

5- Austérité? Non! Rigueur!

Même si tout le monde utilise le mot austérité, entre le FMI et l’OCDE, les Grecs, les Allemands, les Irlandais, les Français, les Espagnols, les Portugais, les Italiens et j’en passe, le ministre des Finances Carlos Leitao nous a dit en entrevue mardi que l’action de son gouvernement, ce n’est pas de l’austérité, c’est de la rigueur. J’ai posé la question au ministre qu’on a posée lors de notre forum : choix politique ou choix de société? « Choix de rigueur », m’a répondu le ministre. Voilà!

Le premier minstre britannique David Cameron quitte sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace.
Le premier ministre britannique David Cameron quittant sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace. (archives). Stefan Wermuth / Reuters

S’il y a un gouvernement qui assume pleinement ses politiques d’austérité, c’est bien celui du Royaume-Uni : compressions, ventes d’actifs, privatisations, coupes de services, réductions d’emplois. Le gouvernement britannique a considérablement réduit ses dépenses depuis 2011 et annonce maintenant un nouveau plan d’austérité dans le but de revenir à l’équilibre budgétaire en 2018-2019.

Le gouvernement de David Cameron charcute dans les activités de l’État et se sent autorisé à poursuivre cette oeuvre après avoir été réélu, cette fois majoritaire, aux élections du 8 mai dernier. Les conservateurs ont l’impression, probablement bien réelle, d’avoir les coudées franches.

Ainsi, Londres a annoncé jeudi son intention de vendre ses actions restantes dans la poste britannique, soit 30 % de la Royal Mail, ce qui va rapporter 3 milliards de dollars dans les coffres publics. La privatisation de la poste au Royaume-Uni est complète quoi qu’en pense la population, qui doit payer beaucoup plus que par le passé pour les timbres. Le Royaume-Uni fait partie des pays qui ont le plus augmenté le tarif des timbres au cours des dernières années.

Le gouvernement britannique a aussi annoncé de nouvelles compressions évaluées à 5 milliards de dollars. Et il dit devoir encore trouver près de 60 milliards de dollars d’économies pour atteindre le déficit zéro comme prévu dans trois ans.

Au cours du mandat 2011-2015 de David Cameron, à la tête d’une coalition gouvernementale avec les libéraux démocrates, Londres a procédé à des coupes majeures. Ces compressions ont eu lieu en bonne partie dans les deux premières années du mandat. Une austérité sévère qui se résume ainsi :

  • Réduction du déficit structurel de 5 points de PIB en 1 an et demi
  • Dépenses publiques de 2010 à 2014 : -6 %
  • Financement de l’enseignement supérieur de 2011 à 2015 : -40 %
  • Emplois dans la fonction publique de  2009 à 2014 : -15 % (-743 000 emplois)
  • Gel des salaires de 2010 à 2012 dans la fonction publique
  • Hausse de la TVA de 17,5 % à 20 %

Contrairement au Québec, le Royaume-Uni est aux prises avec un déficit important, avec lequel il est difficile de conjuguer. Par rapport à son économie, le Royaume-Uni part de loin.

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1er mai : 10 choses à savoir

Vendredi 1 mai 2015 à 16 h 45 | | Pour me joindre

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Comme toutes les années, la Journée internationale des travailleurs nous invite à la réflexion sur l’état de santé du marché du travail, le traitement des travailleurs, la justice sociale, les inégalités, l’impact des mesures gouvernementales, le salaire minimum.

J’ai discuté avec l’économiste François Delorme de salaire minimum et d’austérité. Je me permets à la lumière de cette discussion, après avoir également jeté un œil sur les études de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) et de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) sur le salaire minimum, de retenir 10 choses que vous devez savoir pour mieux comprendre les enjeux du salaire minimum et de l’austérité.

Ce n’est pas exhaustif. C’est un apport à la réflexion.

  1. Le salaire minimum représente environ 45 % du salaire moyen au Québec depuis une vingtaine d’années. Après un effondrement relatif dans les années 70 et au début des années 80, le salaire minimum par rapport au salaire moyen a progressé depuis 1986 au Canada. Selon Statistique Canada, avant 2005, il y a eu des variations de 38 à 45 %. Depuis 2005, il est passé de 41 à 46 %.
  2. Selon les calculs de Statistique Canada, de 1975 à 1986, le salaire minimum réel au pays est passé de 10,13 $ à 7,53 $. Il est remonté à 8,81 $ en 1996 et à 10,14 $ en 2013.
  3. Le salaire minimum permet à une personne qui travaille 40 heures par semaine de dépasser le seuil de faible revenu. Toutefois, au Québec, c’est environ 60 % des personnes au salaire minimum qui travaillent à temps partiel.
  4. Si le salaire minimum à temps plein nous amène au seuil de faible revenu, il ne permet pas en retour d’atteindre ce qu’on appelle le « salaire viable », un concept que l’IRIS explique par la définition suivante : « il s’agit de permettre qu’un·e salarié·e à temps plein soit en mesure de gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de base de sa famille, tout en se donnant la possibilité d’accéder éventuellement à un meilleur revenu ». Selon l’IRIS, une famille monoparentale ou biparentale au salaire minimum n’atteint pas le niveau de « salaire viable ». Le manque à gagner va de 2000 à 6000 $.
  5. « La recherche contemporaine, affirme François Delorme, tend à indiquer que, loin de disparaître, l’effet négatif du salaire minimum sur l’emploi au Canada est plus important qu’aux États-Unis, et plus important en niveau absolu qu’on le croyait encore il y a 15 ans à peine. La hausse du coût d’embauche amène bel et bien les entreprises à réduire leur embauche de travailleurs au salaire minimum. Chaque hausse de 1 point de pourcentage du rapport entre le salaire minimum et le salaire moyen entraînerait grosso modo une baisse estimative de 8000 emplois au Québec en 2014. »
  6. En retour, dit François Delorme, l’austérité gouvernementale au Québec a un impact équivalent à 1 % du PIB, selon les calculs de l’économiste Pierre Fortin. Autrement dit, l’économie du Québec aurait pu croître de 1 % de plus, n’eût été la rigueur budgétaire. Ce sont aussi des milliers d’emplois qui ne seront pas créés.
  7. Toujours selon François Delorme, l’objectif d’assainir les finances publiques pour réduire le déficit structurel ou pour améliorer le surplus structurel (qui ne tient pas compte des variations de l’économie) est considéré par les économistes comme étant de la consolidation budgétaire, ce qu’on considère comme étant de l’austérité.
  8. Près de 60 % des travailleurs au salaire minimum au Québec sont âgés de 15 à 24 ans.
  9. Les femmes représentent 58 % des personnes qui  travaillent au salaire minimum.
  10. Environ 36 % des travailleurs au salaire minimum occupent  un emploi à ce niveau de salaire depuis plus de deux ans.

L’éducation permet d’espérer une vie meilleure, plus riche, plus épanouie, plus réjouissante. Des milliers d’études ont été réalisées sur le sujet, la démonstration n’est plus à faire. Les pays les plus éduqués sont les plus riches, les plus prospères, les plus heureux. Selon l’OCDE, ce sont ces pays qui sont les plus compétitifs ou qui sont en voie de le devenir. Et ce sont les pays qui misent sur l’éducation qui ont les niveaux d’espérance de vie les plus élevés, qui sont les plus hauts aussi dans les classements sur la qualité de vie.

« Le niveau de formation, affirme l’OCDE, est l’indicateur selon lequel les individus se répartissent entre la pauvreté et la richesse relative; et la répartition des compétences au sein d’une société – son degré d’inclusion – s’observe dans les inégalités de revenus au sein de la société. Les pays où les adultes peu compétents sont proportionnellement nombreux sont aussi ceux où les inégalités de revenus sont fortes – comme le montre le coefficient de Gini. »

C’est donc fondamental : l’éducation est porteuse de richesse, de succès, de bien-être.

Dans le contexte du Québec, c’est important de rappeler l’importance de l’éducation dans l’enrichissement d’une société. Le gouvernement ne prévoit augmenter que de 0,2 % les sommes dévolues à l’éducation en 2015-2016, ce qui devrait se traduire par une réduction des dépenses réelles dans ce secteur étant donné l’inflation prévue de 1,4 % cette année.

Comment évaluer l’impact d’une telle décision dans une société qui a beaucoup misé, il faut le dire, sur le développement de son système d’éducation depuis 40 ans, dans une société où les taux de diplomation sont dans la moyenne canadienne?

couillardEn point de presse mardi matin pour souligner le premier anniversaire de sa prise du pouvoir, Philippe Couillard a dit que de ne pas restructurer les finances publiques au Québec serait plus dommageable que ce que peuvent provoquer les compressions actuelles.

C’est en regardant la situation à long terme que le premier ministre justifie les mesures d’austérité, qu’il appelle de la rigueur budgétaire, des mesures qui touchent de plein fouet le secteur de l’éducation.

À l’émission La soirée est encore jeune diffusée samedi soir sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première, l’entrepreneur Alexandre Taillefer déclarait qu’il « n’y avait pas de place pour l’austérité en éducation. L’éducation est un investissement. C’est une façon pour une société d’évoluer. C’est une façon pour l’ensemble des classes de générer de meilleurs revenus. Mais, par contre, l’éducation, ce n’est pas  une façon de remplir les besoins des entreprises. Ce n’est pas une adéquation entre les besoins d’une entreprise et ce qu’on va réussir à former. Selon moi, l’éducation, l’enjeu numéro un de l’éducation, c’est de s’assurer d’être capable de transmettre aux étudiants une passion, ce qui va leur permettre d’être heureux dans la vie. »

Alexandre Taillefer exprime en d’autres mots la critique qu’on retrouve dans un collectif publié sous la direction de l’économiste Ianik Marcil. La professeure Joëlle Tremblay écrit que « l’éducation est devenue l’une des composantes d’un système mercantile dont le seul but véritable est d’être rentable ». Elle ajoute que « le débat qui a court sur la remise en question de la culture générale par rapport au savoir technique est probant. De tout temps, nous avons eu un rapport difficile avec le savoir et les connaissances en général ».

Le gouvernement tient un discours résolument différent. Dans le budget 2015-2016, déposé le 26 mars, Québec prévoit « des mesures pour accroître la performance [sic] du marché du travail. Ces actions permettront d’améliorer l’adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail afin d’augmenter la population active en mesure de répondre aux besoins sectoriels et régionaux de main-d’œuvre. »

Allons-nous dans la bonne direction? Qu’en pensez-vous?

Sources :

Depuis un bon moment, quand je vous parle du déficit et du surplus du Québec, je prends le temps de vous donner le solde total, mais aussi le solde avant versements au Fonds des générations. Pourquoi? Parce que les versements au Fonds des générations ne représentent pas une vraie dépense gouvernementale. Ce fonds réduit la dette nette du Québec et représente un investissement pour l’avenir. Le vrai surplus du Québec, c’est celui qui se situe sur la ligne avant les versements au Fonds des générations.

Dans la réalité donc, avant les versements au Fonds des générations, on prévoit 13,207 milliards de dollars de surplus au Québec au cours des cinq prochains exercices budgétaires. Cette évaluation tient compte de la réduction de la taxe santé qui va s’amorcer le 1er janvier 2017 :

  • 2015-2016 : +1,675 milliard $
  • 2016-2017 : +2,236 milliards $
  • 2017-2018 : +2,765 milliards $
  • 2018-2019 : +3,085 milliards $
  • 2019-2020 : +3,446 milliards $

Selon l’économiste Jean-Pierre Aubry, « le gouvernement veut éviter de dire aux citoyens qu’il a des surplus budgétaires de peur que la pression publique le force à dépenser ses surplus. Il a créé une définition qui, d’une certaine façon, fait disparaître artificiellement  les vrais surplus pour qu’on n’y touche pas et qui augmente artificiellement les déficits dans le but d’inciter la prise de mesures budgétaires pour les réduire. Cette définition n’est donc qu’un artifice comptable trompeur. Est-ce que cet artifice trompeur est bénéfique en permettant d’accumuler des surplus et de réduire la dette? Peut-être pour quelques années. Mais plus le temps va passer, plus ce stratagème sera inefficace. En fin de compte, le gouvernement va perdre de la crédibilité ».

Le gouvernement prévoit aussi une provision pour prudence de 400 millions à partir de 2016-2017. Si on multiplie par 4, on arrive donc à 1,6 milliard en réserve d’ici 2020, et si on l’ajoute aux surplus déjà prévus avant les versements au Fonds des générations, on arrive à un total de 14,807 milliards.

À cela, il faut peut-être ajouter encore des « marges de prudence » établies par le vérificateur général Michel Samson après la publication de la mise à jour économique de Carlos Leitao en décembre dernier. Ces marges sont évaluées à 2,3 milliards. C’est raisonnable selon lui pour le gouvernement de se créer ainsi des « marges de prudence ». Si ce montant aux surplus prévus avant les versements au Fonds des générations et avant réserve, on arriverait donc à une somme dépassant les 17 milliards.

Ainsi, d’ici 2020, selon les prévisions du gouvernement du Québec, ce sont des marges de manœuvre allant de 13 milliards à 17 milliards qui pourraient être dégagées. Cet argent proviendra de la réduction des dépenses dans certains ministères, de la réduction de la croissance des dépenses dans d’autres, de revenus plus élevés qui seront générés, selon le gouvernement, par les baisses d’impôt accordées aux entreprises et aux contribuables.

Le gouvernement Couillard doit-il maintenir la pression sur les dépenses comme il le fait ou devrait-il la relâcher afin de réduire l’impact de ses mesures sur ses travailleurs, sur les régions et les services publics? Jean-Pierre Aubry affirme que la hausse moyenne prévue des dépenses gouvernementales au Québec est de 2,1 % au cours des cinq prochaines années.  À 3,1 %, dit-il, le Québec atteindrait tout de même l’équilibre budgétaire, sans générer de surplus toutefois.

Les moyens perdus de l’État

Mercredi 18 mars 2015 à 18 h 53 | | Pour me joindre

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Le rapport Godbout permettra-t-il de stimuler l’économie du Québec, d’encourager le travail et de permettre surtout à l’État d’engranger des revenus essentiels à la poursuite des missions qu’il s’est données, dans la mesure où il veut conserver toutes ces missions?

On verra, comme dirait un célèbre politicien! Mais, entre-temps, un petit coup d’œil dans le passé nous permet de constater que les gouvernements du Québec et du Canada ont largement contribué à l’assèchement de leurs capacités financières.

En fait, l’atteinte pénible et difficile du déficit zéro aujourd’hui n’est probablement pas étrangère aux baisses d’impôts adoptées depuis plus de 15 ans au Canada et au Québec. Dans une étude rendue publique mardi, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) affirme que la réduction du nombre de paliers d’impôt (de 5 à 3 en 1997, puis à 4 en 2012) ainsi que les baisses d’impôt ont entraîné un manque à gagner de 4,5 milliards de dollars à l’État québécois.

Ce qu’a fait l’IREC, c’est d’appliquer la grille fiscale de 1997 à l’année 2013. En plus du manque à gagner de 4,5 milliards de dollars, l’IREC affirme que l’ajout et la bonification de crédits d’impôt ont privé l’État d’une somme de 4,1 milliards. Ces mesures fiscales destinées pour la plupart aux plus démunis viennent réduire l’effet des hausses de taxes à la consommation.

L’écart budgétaire pour le gouvernement du Québec est donc de 8,6 milliards de dollars selon l’IREC, une somme qui, vous le comprendrez, nous éloignerait largement des débats enflammés qu’on connaît sur l’atteinte du déficit zéro.

10 milliards de moins à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement fédéral a annoncé deux baisses de TPS, de 7 à 5 %,  depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, ce qui le prive de 6 à 7 milliards de dollars de revenus par année. En novembre dernier, le fractionnement de revenus et d’autres mesures pour les familles ont été annoncés. Ça va priver Ottawa de plus de 4,5 milliards de dollars de revenus sur une année. C’est au moins 10 milliards de dollars de moins dans les coffres de l’État canadien.

Et on ne parle pas ici de la baisse d’impôt pour les entreprises, dont les répercussions (négatives pour les revenus de l’État, apparemment positives pour l’économie) ne sont pas calculées.

Mardi, le directeur parlementaire du budget a révélé que le fractionnement du revenu des conjoints va coûter 2,2 milliards de dollars seulement en 2015 pour aider 15 % des ménages au Canada, c’est-à-dire 2 millions de ménages sur un peu plus de 13 millions. Le gain d’impôt pourrait atteindre un maximum de 2000 $ par famille si les écarts de revenus sont importants entre les deux conjoints. Au Québec, avec l’abattement fédéral de 16,5 %, c’est un maximum de 1670 $ qui sera possible et non 2000 $.

Au nom de l’équilibre budgétaire, les gouvernements coupent. À Ottawa, depuis 2011. À Québec, depuis 2013 et particulièrement cette année. Si l’État n’avait pas tant réduit sa marge de manoeuvre, je pose la question : aurions-nous les mêmes débats et surtout les mêmes soucis face au grand défi qui se dessine pour les deux prochaines décennies, le vieillissement de la population?

editions.lapresse.camediafiler_public20150219communique_finvachessacrees_v2.pdf - Google Chrome« Les Québécois souhaitent naturellement voir leurs revenus croître, et cela est légitime. Par contre, dès qu’une personne réussit, elle devient souvent l’objet de méfiance et de jalousie. On veut bien que les entreprises réussissent et créent des emplois, mais en même temps, on entretient des préjugés envers leurs propriétaires ou leurs dirigeants. Ces préjugés bien enracinés s’expliquent pour une bonne part par la méconnaissance du fonctionnement de l’économie. Combien de fois ai-je constaté que des personnes, pourtant intelligentes, sont convaincues que si une entreprise fait un gain, ou « fait de l’argent » en langage populaire, quelqu’un d’autre subit une perte. Comme s’il s’agissait de vases communicants et qu’automatiquement quelqu’un doit être lésé. »

- Claude Castonguay, La fin des vaches sacrées

Claude Castonguay aura 86 ans dans un peu plus de deux mois. L’ex-ministre demeure actif, réfléchit aux enjeux sociaux, politiques, économiques du Québec, des régimes de retraite aux réformes en santé en passant par la création de la richesse et les inégalités sociales.

Il publie aujourd’hui un nouvel ouvrage : La fin des vaches sacrées, réflexions sur l’avenir du Québec aux Éditions La Presse. Il revient avec ses propositions en matière de santé et réaffirme la nécessité, selon lui, d’adopter une forme de REER obligatoire pour améliorer la protection des aînés à la retraite.

Mais, il va plus loin, il ratisse plus large.

Culture de dépendance

Il invite les Québécois à appuyer sur l’accélérateur du changement afin de se libérer d’une forme de « culture de dépendance » envers l’État qui subsiste, selon lui, depuis trop longtemps. « Collectivement, nous nous sommes habitués à un certain confort, écrit-il. Si nous voulons développer notre plein potentiel, le succès doit être valorisé. L’époque où seuls les pauvres allaient au ciel est chose du passé. Quand allons-nous enfin tourner la page? »

Il demande, en fait, à tout le monde de faire un effort. Il invite le gouvernement Couillard à faire appel à la concertation, comme les Scandinaves savent le faire. Et il est d’avis aussi que les syndicats doivent mettre de l’eau dans leur vin. Selon lui, « les syndicats sont les plus dogmatiques. Ils ont convaincu une bonne partie de la population qu’ils sont les défenseurs de l’intérêt public contre les méchants néolibéraux et les employeurs en qui on ne peut avoir confiance. […] Nous sommes devenus une société corporatiste tellement structurée que le gouvernement ne peut agir sans provoquer des levées de boucliers, au besoin, des manifestations dans la rue ».

Climat généralisé de morosité

Claude Castonguay nous dit qu’il y a en ce moment au Québec, « un climat généralisé de morosité, d’incertitude et de cynisme […] Heureusement, dit-il, une majorité de Québécois ressentent un profond besoin de changement même s’il existe des divergences quant aux orientations à prendre et aux mesures qui s’imposent ». Comme à la fin des années 50 quand sont apparus les premiers pas de la Révolution tranquille.

Cela dit, tout au long de la lecture, on constate plus d’inquiétude que d’espoir chez Claude Castonguay. « Il faut être conscient que nous présentons une image d’instabilité, affirme l’ex-ministre, et, à l’occasion, d’hostilité à l’endroit des milieux d’affaires et des investisseurs. La tenue possible d’un troisième référendum, les manifestations violentes du printemps érable, le saccage de la salle du conseil municipal de Montréal en présence de policiers passifs et le désastreux projet de charte des valeurs sont autant d’événements qui donnent l’image d’un climat social en effervescence et d’un milieu hautement instable. »

Claude Castonguay écrit aussi que nous consommons trop et que les écarts de richesse sont une plaie qui ne fait que grandir : « Le monde n’a jamais été aussi riche, mais également jamais aussi peu solidaire. »

Le ministre qui s’inspire de l’URSS

En plus de se surprendre de voir le gouvernement Couillard favoriser « l’austérité et la ligne dure », Claude Castonguay s’en prend également à Gaétan Barrette, le ministre de la Santé du Québec qui, « avec son style particulier », a proposé des projets de loi qui « s’inspirent des régimes de pays comme la Chine et l’URSS. Ils procèdent d’une pensée autoritaire hiérarchique, une orientation vouée à l’échec ».

En retour, il exprime un avis favorable à l’enjeu qui a été évoqué récemment par le ministre de l’Énergie, Pierre Arcand, celui d’augmenter les tarifs d’électricité. « Si les tarifs étaient les mêmes qu’en Ontario, affirme Claude Castonguay, on a calculé qu’il en résulterait des revenus additionnels pour le gouvernement de l’ordre de trois à quatre milliards de dollars. L’ensemble des Québécois bénéficierait de ces revenus additionnels. »

Approche comptable

Mardi 10 février 2015 à 12 h 18 | | Pour me joindre

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Si vous doutiez de la philosophie qui anime le gouvernement Couillard, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs est venu préciser les choses lundi soir à RDI économie. Dans le cas du ministère de la Faune à tout le moins, la rentabilité doit être au rendez-vous.

L’approche comptable, celle qui doit permettre d’équilibrer dépenses et revenus, s’applique aussi à la Faune, un ministère qui a une vocation bien particulière, étant donné son expertise et son caractère scientifique.

Le ministère de la Faune doit résorber son déficit, nous a expliqué Laurent Lessard. Et c’est pour atteindre l’équilibre budgétaire à l’intérieur même de cette division du ministère qu’il dirige que Laurent Lessard justifie les compressions annoncées jusqu’à maintenant.

Le Devoir rapporte justement ce matin qu’une centaine de postes auront été supprimés au ministère de la Faune, des compressions nécessaires aux yeux du ministre parce que la section forêt de son ministère paie en ce moment le manque à gagner de la section faune.

Résultat : au-delà de toutes les inquiétudes portant sur la recherche, la surveillance, la connaissance quant aux écosystèmes fauniques, le ministre applique un discours comptable.« Quand je regarde le ministère, sur les 400-450 qui sont des agents de protection, et 400 autres qui sont au service du ministère, j’ai 153 contractuels. Il faut quand même que je me questionne pourquoi c’est comme ça. La mission première repose sur des personnes qui ne sont pas des permanents. Donc, moi, je pense que c’est sain d’analyser ça. »

Il ajoute qu’il « n’appartient pas seulement aux chasseurs et aux pêcheurs de payer la mission ». À la rentrée parlementaire mardi matin à Québec, il a déclaré qu’avant d’aller d’augmenter les permis, il veut faire le tour des dépenses du ministère.

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« Nous sommes profondément atterrés », a déclaré Richard Perron, le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec. Ça ressemble aux coupes du gouvernement Harper dans la science, selon lui. Jeudi dernier, à RDI économie toujours, le biologiste retraité du ministère de la Faune Pierre Dumont allait dans le même sens, affirmant qu’une expertise scientifique coupée peut prendre de 50 à 100 ans à reconstruire.

C’est vrai qu’il est sain d’assurer l’efficacité d’un ministère. Et, dans un cadre de rigueur budgétaire, il n’est pas étonnant que des demandes de compressions soient faites également au ministère de la Faune.

Est-ce raisonnable de procéder ainsi? Est-il approprié d’appliquer la règle du déficit zéro à tous les ministères? Une approche comptable est-elle pertinente quand il est question de recherche scientifique, si essentielle à la compréhension de notre monde?

Nuages à Ottawa, soleil à Québec!

Vendredi 30 janvier 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le gouvernement Couillard peut dire merci à la bonne Providence! La péréquation augmente, les taux d’intérêt baissent, le prix de l’essence recule, le dollar canadien dégringole, la croissance américaine est solide.

Au final, les finances publiques du Québec en profitent. Les revenus augmentent. Pour les sept premiers mois de l’année, les revenus des impôts des particuliers ont augmenté de 3,3 %, les revenus des taxes à la consommation ont monté de 3,4 % et ceux provenant des impôts des sociétés ont bondi de 10,6 %.

Résultat : le gouvernement affiche, avant les versements au Fonds des générations, un surplus de 227 millions de dollars pour les sept premiers mois de son exercice 2014-2015, comparativement à un déficit de 860 millions de dollars au cours de la même période en 2013-2014. Il faut dire que les mesures d’austérité appliquées à Québec contribuent également à ce surplus. La hausse des dépenses de programmes a été contenue à 1,3 % seulement avec des hausses de dépenses de seulement 2,4 % en santé et services sociaux et 1,3 % en éducation et culture. Ces deux missions gouvernementales représentent 75 % des dépenses de programmes.

soleilAu rythme où vont les choses, Québec pourrait afficher un déficit moins important que ce qui est prévu cette année à un peu plus de 1 milliard de dollars. Les coûts d’intérêt ont baissé de 150 millions au cours des sept premiers mois de l’année ,même si l’endettement du Québec a augmenté.

Et les revenus de taxation grimpent plus rapidement qu’attendu. L’occasion économique qui se présente au Québec, avec la chute du dollar, du pétrole et des taux d’intérêt, pourrait générer des revenus encore plus élevés d’ici la fin de l’exercice.

Honnêtement, malgré les inquiétudes maintes fois répétées sur les finances du Québec, sur un budget de 100 milliards de dollars, le Québec est pratiquement à l’équilibre budgétaire. Et je pense que c’est important d’appuyer encore sur le fait que la conjoncture économique favorise le Québec, une occasion que le gouvernement Couillard pourrait saisir en misant sur des mesures d’accélération économique : investissements, exportations, création d’emplois.

Politique d’austérité à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, la marge de manœuvre du gouvernement fédéral rétrécit. Comme on l’a clairement constaté en 2008, le gouvernement Harper s’automutile en réduisant sa capacité de réaction à coup de baisse de taxes et d’impôts. Aujourd’hui, après avoir promis longtemps que l’équilibre budgétaire arriverait en 2015, le gouvernement doit trouver des solutions pour respecter son engagement.

Avec la réduction des impôts offerte à 4 millions de ménages en novembre dernier, le gouvernement fédéral sera obligé de piger dans sa réserve de 3 milliards de dollars pour combler une partie du manque à gagner pétrolier et arriver au déficit zéro en 2015-2016.

nuagesL’économie a ralenti en novembre, baisse de 0,2 % du PIB. Et le déficit pour les huit premiers mois de l’exercice 2014-2015 est à 3,3 milliards de dollars. Cela dit, les revenus augmentent toujours, les coûts d’intérêt sont en baisse, alors que les dépenses du gouvernement baissent. La politique d’austérité mise en œuvre il y a trois ans n’est pas terminée : les dépenses de programmes sont en baisse de 2 % depuis le début de l’exercice.

Les rôles sont inversés : les nuages s’amoncellent à Ottawa, tandis que le soleil commence à briller au Québec. Et il n’y a pas un météorologue qui l’avait prévu!

La victoire de la gauche en Grèce ramène à l’avant-plan deux enjeux qui font toujours débat et sur lesquels il n’y a pas de consensus : l’austérité et l’euro.

Dans le cas de l’austérité, les Grecs ont accepté six années de restrictions, de compressions et de chômage, de récession et de réduction du pouvoir d’achat parce que leur gouvernement a accepté (ou n’a pas eu le choix d’accepter) des mesures d’austérité : privatisations, réduction des salaires et des retraites, mises à pied de travailleurs dans la fonction publique, réductions de service, etc. Après toutes ces années de douleur, qui n’ont pas empêché un accroissement important de la dette, les citoyens grecs tentent une nouvelle avenue.

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Le parti Syriza propose de renégocier la dette et des mesures pour améliorer le sort des contribuables grecs. Il n’est pas impossible que la légitimité de la dette soit remise en cause. La gauche considère qu’une partie de la dette est illégitime parce qu’elle est attribuable aux dictatures passées, à la fraude fiscale et à des dépenses publiques inconsidérées faites avant les Jeux olympiques d’Athènes en 2004.

Dans les circonstances, une partie de la dette grecque devrait être effacée. Il est clair que l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale d’Europe (BCE) vont s’opposer férocement à toute tentative d’effacement de la dette ou à un défaut de paiement qui entraînerait, dans les faits, une faillite du pays.

Sortie de la zone euro?

Selon les analystes géopolitiques de la Financière Banque Nationale, Pierre Fournier et Angelo Katsoras, « il est difficile de voir comment on va trouver un terrain d’entente » entre la Grèce et les membres de la BCE, de l’UE et du FMI. À leur avis, l’Union européenne pourrait, au mieux, accepter de prolonger la durée des emprunts consentis à la Grèce et abaisser leurs taux d’intérêt.

Il sera difficile pour la Grèce de retrouver la prospérité à l’intérieur de la zone euro, selon les experts, sans rayer une partie importante de sa dette. Et la crainte encore, c’est la contagion du contexte grec aux autres pays en difficulté, qui pourraient aussi demander une radiation de dette. Le marasme économique qui perdure en plusieurs endroits pourrait entraîner l’élection d’autres partis situés plus aux extrêmes, anti-euro ou anti-austérité.

Le nouveau premier ministre Alexis Tsipras a réclamé dans les mois passés une conférence européenne sur la dette afin de renégocier les termes de la dette du pays et peut-être envisager une radiation d’une partie de cet endettement. Les dirigeants européens ont exprimé une ouverture polie, mais sans grande conviction.

Selon l’économiste Joseph Stiglitz, qui a reçu dans le passé le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en hommage à Alfred Nobel, rien n’a autant divisé l’Europe que la création d’une nouvelle zone monétaire. S’ils croient à l’euro, les pays de la zone doivent repenser leurs politiques et donner de l’air à la Grèce.

« La Grèce a fait quelques erreurs, a dit Joseph Stiglitz sur les ondes de CNBC. Mais l’Europe en a aussi fait de bien plus importantes. La médecine [imposée à la Grèce notamment] était un poison. Elle a mené à un accroissement de la dette et à un ralentissement de l’économie. »

Joseph Stiglitz affirme que le problème de la zone euro, ce n’est pas la Grèce, mais l’Allemagne. Berlin doit réaliser, selon lui, que l’éclatement de la zone euro lui coûterait cher. Si l’Allemagne réintroduisait le mark, la valeur de sa devise grimperait au détriment de ses exportations, part très importante de l’économie allemande.

La Grèce émerge

Le pays est en train d’émerger de la récession, tandis que le gouvernement a augmenté sensiblement ses dépenses en 2014. Le PIB est revenu au vert dans les derniers trimestres. C’est sur cet élan qu’Antonis Samaras a tenté de gagner l’élection de dimanche. C’est sur cet élan aussi que le nouveau premier ministre Alexis Tsipras veut renégocier les termes de la dette de son pays.

Une fois de plus, la Grèce, l’UE, la BCE, le FMI et l’Allemagne doivent se regarder dans le miroir et trouver des solutions réalistes pour améliorer le sort des citoyens européens. Y arriveront-ils?

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