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La confiance des Québécois

Vendredi 23 janvier 2015 à 13 h 07 | | Pour me joindre

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Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux a beau rejeter le mot « austérité » pour décrire l’action de son gouvernement, il n’en demeure pas moins que les investissements dans les infrastructures vont chuter de 3 milliards de dollars d’ici deux ans. Et en tenant compte de l’inflation, les dépenses de programmes du gouvernement vont baisser au cours des deux prochaines années en termes réels.

Éloignons-nous du débat sémantique et soyons concrets : les répercussions de ces choix politiques seront multiples tant sur le rôle de l’État, les services publics, les employés de la fonction publique, les finances du gouvernement et l’économie. Il est difficile de prendre toute la mesure de l’impact des compressions gouvernementales. Mais sur le plan de l’économie, les experts sont de plus en plus nombreux à s’attendre à un effet négatif.

Plusieurs économistes, dont ceux de Desjardins, affirment que l’action du gouvernement en ce moment ralentit l’économie du Québec. Le directeur des politiques publiques de l’Association des économistes du Québec, Jean-Michel-Cousineau, professeur à l’Université de Montréal, nous a expliqué récemment à RDI économie qu’en 2015, les compressions gouvernementales allaient avoir un impact négatif de 0,3 point de pourcentage sur l’économie.

Ce n’est pas négligeable, mais ça ne devrait pas nous plonger en récession parce que les exportations progressent et la consommation devrait également augmenter. Néanmoins, le Québec connaît une croissance modeste de 1 à 2 % depuis plusieurs années. La réduction gouvernementale sera notable.

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Avant les fêtes, toujours à RDI économie, Pierre Fortin, professeur émérite de l’UQAM, est venu exprimer une inquiétude quant à la possibilité d’une récession au Québec. Ce qui l’inquiète surtout, c’est le ralentissement prononcé des investissements dans les infrastructures au cours des deux prochaines années. Ça pourrait avoir un impact plus sévère sur le PIB québécois.

Entre-temps, le gouvernement du Québec a annoncé que la Caisse de dépôt allait devenir un maître d’œuvre de projets en infrastructures publiques. Peut-être que cet apport de la Caisse aidera à maintenir un niveau plus élevé d’investissements en infrastructures.

En fait, l’enjeu principal dans tout ça, c’est la confiance. Desjardins écrivait cette semaine que « le principal risque à la baisse [sur la croissance économique en 2015] concerne la contribution des ménages. Malgré la chute des prix de l’essence, la confiance des Québécois demeure faible et la création d’emplois tarde à rebondir. Le redressement des finances publiques du Québec exercera une ponction sur l’économie, mais les entreprises pourraient rehausser la croissance économique plus que prévu ».

La confiance, c’est intangible. C’est un état d’être, c’est le sourire qu’on affiche en sortant de la maison le matin en se disant que son salaire est assez élevé, qu’on a les moyens de vivre ce qu’on a envie de vivre et qu’on sent que notre bonne étoile va continuer de nous suivre. Quand ton salaire est en jeu, quand ta retraite est renégociée, quand des coupes de postes sont annoncées autour de toi, la confiance est nécessairement ébranlée.

Ma collègue Stéphanie Grammond, de La Presse, a calculé jeudi que la baisse du taux directeur par la Banque du Canada (qui pourrait se traduire par des baisses de taux hypothécaire), la baisse des cours de l’essence et la réduction d’impôt fédéral pour les parents pourraient générer jusqu’à 3500 $ d’économies pour certaines familles en 2015.

Avec la croissance américaine qui s’accélère, le contexte est parfait pour redémarrer le moteur de l’économie du Québec et recommencer à créer, enfin, de l’emploi. Mais tout dépend de la confiance des Québécois, des citoyens, des consommateurs et des entrepreneurs.

Certains considèrent que le gouvernement conservateur a volontairement réduit sa marge de manœuvre pour procéder à des compressions budgétaires qui relèvent davantage de l’idéologie que de la nécessité économique. En baissant les impôts des entreprises et la TPS, le gouvernement a réduit de plusieurs milliards de dollars ses recettes financières. Quand la récession a frappé, le parti au pouvoir n’avait plus de marge de manœuvre, a dû injecter des dizaines de milliards de dollars dans l’économie pour plonger le pays dans le déficit le plus important de son histoire en 2009.

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En même temps, le premier ministre Harper et le ministre des Finances Jim Flaherty, décédé en avril dernier, ont tissé patiemment la toile qui nous ramène aujourd’hui à l’équilibre budgétaire et à l’annonce de cadeaux fiscaux à quelques mois d’élections fédérales.

La parenthèse keynésienne de Stephen Harper – celle d’injecter un tas d’argent dans la stimulation de l’économie – a été intense, mais courte. Elle a rapidement fait place à un retour de la vision Harper de l’économie et des finances publiques : un contrôle serré des dépenses, des investissements déterminés au cas par cas et très orientés, un soutien indéfectible au secteur pétrolier, une réduction continue de l’encadrement environnemental et des réductions majeures dans les ministères et les sociétés d’État.

En ce sens, le budget le plus important a été déposé le 29 mars 2012. C’est dans ce budget que le gouvernement a annoncé un imposant plan de réduction des dépenses publiques sur trois ans.

Or, le point ultime de cet effort arrive en ce moment même. L’État est en train de terminer son programme de coupes budgétaires. L’exercice 2014-2015 est celui où les économies récurrentes atteignent la cible envisagée au printemps 2012, soit de 5,2 milliards de dollars.

Ainsi, pendant qu’on coupe, la croissance de l’économie se poursuit, modestement, mais de façon continue. La hausse du PIB dépasse en ce moment les 2 % en moyenne annualisée au Canada. Dans la dernière revue financière, le gouvernement Harper rapporte pour les cinq premiers mois de l’exercice 2014-2015 des chiffres qui expriment clairement l’avantageuse situation financière du pays :

Revenus : 108,2 milliards de dollars +4,2 %

  • impôts des particuliers : +4,3 %
  • impôts des entreprises : +7,7 %
  • TPS : +4,5 %

Dépenses : 109,4 milliards de dollars -1 %

  • Agriculture, agroalimentaire : -43 %
  • Affaires étrangères : -25 %
  • Sociétés d’État : -16 %
  • Emploi et développement social : -11 %

Dans un contexte économique incertain, les revenus montent de plus de 4 %, alors que les dépenses sont en baisse de 1 %. Ça s’appelle de l’austérité. Peut-on en convenir? On n’en parle pas parce que le pouvoir fédéral est moins proche du citoyen dans les services que le gouvernement d’une province. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement Harper coupe dans ses dépenses, tandis que ses revenus bondissent.

Il y a des risques qui sont réels : les Canadiens sont endettés et il y a des bulles immobilières potentielles. Et il y a la chute des cours du pétrole qui pourrait sérieusement réduire les recettes du gouvernement fédéral.

En attendant, on peut apprécier ou dénoncer le plan de match budgétaire du gouvernement conservateur. Mais il y a une chose qui est réelle et indéniable : le plan de Stephen Harper est diablement efficace.

Et si on reportait le déficit zéro?

Vendredi 24 octobre 2014 à 15 h 29 | | Pour me joindre

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Les économistes de Desjardins ont évoqué la possibilité que le gouvernement Couillard reporte d’un an le déficit zéro. Autrement dit, plutôt que d’annoncer l’équilibre dans le budget 2015-2016, qui sera présenté en mars prochain, le ministre des Finances Carlos Leitao pourrait remettre cet objectif à mars 2016, pour le budget 2016-2017. Cette éventualité pourrait être envisagée si les revenus ne sont pas au rendez-vous.

Pour l’instant, il y a fort à parier que le gouvernement va garder le cap. Les revenus augmentent plus rapidement que prévu : au cours des quatre premiers mois de l’exercice, les revenus autonomes ont grimpé de 4 %, alors que les transferts fédéraux ont grimpé de 1,9 % grâce à un bond de la péréquation de 18,5 %.

Ces données proviennent du dernier rapport mensuel des opérations financières, qui couvre les mois d’avril, mai, juin et juillet. Le déficit est de 1,3 milliard de dollars, de 950 millions si on exclut les sommes versées au Fonds des générations. Pour l’ensemble de l’année, Québec projette un déficit de 2,35 milliards de dollars ou de 1,05 milliard de dollars avant le dépôt dans le Fonds des générations.

Les dépenses progressent plus rapidement que prévu : hausse de 2,3 % des dépenses de programmes par rapport à l’an passé, alors que le gouvernement Couillard vise 1,8 % pour l’ensemble de l’exercice. Le gouvernement affirme qu’au cours des quatre premiers mois de l’année, « les dépenses sont généralement supérieures aux revenus, puisque des sommes plus importantes sont utilisées par les ministères dans le cadre de leurs activités ».

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Alors, que faut-il comprendre?

  1. les revenus augmentent plus rapidement que prévu, grâce aux impôts, aux taxes et à la péréquation;
  2. les compressions sont loin d’être terminées, le gouvernement n’a pas encore réussi à atteindre ses objectifs pour ce qui est de la croissance des dépenses;
  3. il se perd des emplois au Québec, perte de plus de 50 000 emplois à temps plein depuis avril; aucune création nette d’emplois prévue par Desjardins en 2014;
  4. les perspectives de croissance économique sont faibles : certaines institutions abaissent leurs prévisions à 1,5 % ou 1,6 % cette année.

Tous les économistes le disent : il faut toujours tenter d’atteindre l’équilibre budgétaire. Mais comme l’ont expliqué quantité d’experts et comme l’ont reconnu les économistes du FMI, des mesures d’austérité peuvent avoir un impact défavorable plus grand qu’envisagé sur la croissance économique. Le PIB progresse lentement au Québec et le marché de l’emploi est carrément anémique.

La réduction des impôts pour les PME manufacturières pourrait aider, en principe, à stimuler ces entreprises. Mais c’est peu. Et la réduction des crédits d’impôt provoque tant de craintes dans les milieux d’affaires qu’on peut se demander si ces décisions ne seront pas contre-productives du point de vue économique.

Si des réformes doivent être engagées, et c’est bien ce que le gouvernement veut faire, à quelle vitesse devons-nous aller? N’y a-t-il pas un danger réel que des compressions effectuées trop rapidement entraînent une baisse de la confiance et une réduction de la croissance économique? Et donc, que finalement, il faille tout recommencer.

On dramatise, oui ou non?

Vendredi 3 octobre 2014 à 15 h 10 | | Pour me joindre

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Pierre Karl Péladeau à RDI économie
Le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau

Le porte-parole du PQ en matière d’économie, Pierre Karl Péladeau, nous a dit jeudi soir à RDI économie que le gouvernement Couillard dramatise la situation budgétaire du Québec. A-t-il raison?

Regardons les faits :

  • La dette du Québec est la plus importante du Canada à 54,3 % du PIB quand on s’intéresse à la dette brute, qui atteint presque 200 milliards de dollars. La dette nette représente 49,9 % du PIB au 31 mars dernier.
  • La prévision pour le déficit du Québec est de 2,35 milliards de dollars en 2014-2015, soit 0,6 % du PIB. Sur les sept provinces qui prévoient un déficit cette année, le Québec est, à égalité avec le Nouveau-Brunswick, celle dont le déficit est le moins important par rapport à son économie.
  • Les cotes de crédit du Québec sont de haute qualité, sauf à S&P, qui la classe au niveau de moyenne qualité supérieure, et le Québec se situe à peu près au milieu des 10 provinces en terme de qualité de crédit :

Moody’s: Aa2 (stable)

Fitch: AA- (stable)

S&P: A+ (stable)

DBRS: A élevé (stable)

  • Selon l’Institut de la statistique du Québec, il n’y aura pas de déclin de population à partir de 2031, comme envisagé il y a 10 ans. Mais, dès 2017, et jusqu’en 2030, le nombre de personnes de 20-64 ans, faisant ainsi partie du groupe officiel des effectifs en âge de travailler, va baisser.

Il est clair que la situation budgétaire du Québec est sérieuse et que les défis des prochaines décennies sont importants. Il est clair aussi que le gouvernement du Québec doit contrôler ses dépenses, mais doit également générer davantage de revenus, ce qui passe par une croissance plus forte. Pour l’instant, la hausse du PIB est faible et il se perd des emplois au Québec.

Nous n’avons pas à amplifier les chiffres sur la dette et les défis du Québec pour faire comprendre qu’il est important d’agir. Le président du Conseil du Trésor ne cesse de répéter que si son gouvernement n’avait pas agi, nous allions avoir un déficit de 5,8 milliards de dollars.

Or, cette projection s’appuie sur les données du Secrétariat au Conseil du Trésor qui révélait, au lendemain de l’élection du 7 avril, que les coûts de reconduction des programmes allaient entraîner une hausse des dépenses de 6,1 %. Cette forte hausse se réaliserait seulement si le ministre des Finances et le Conseil du Trésor ne faisaient pas le travail habituel qu’ils doivent faire tous les ans dans la préparation du budget et des crédits : prendre des décisions. Dire oui à un ministère, dire non à un autre, faire des choix pour éviter justement une croissance sans fin des dépenses.

Le problème, c’est que le gouvernement Marois n’a pas déposé les crédits avant l’élection et n’a pas fait les arbitrages habituels. On imagine que si le parti au pouvoir avait été réélu, les décisions habituelles auraient été prises pour contrôler les dépenses.

Tout cela mis en contexte, je vous pose donc la question : le gouvernement Couillard dramatise-t-il la situation budgétaire du Québec?

L’inquiétant ralentissement

Vendredi 29 août 2014 à 11 h 54 | | Pour me joindre

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Les récentes données sur l’emploi et le PIB soulèvent des inquiétudes sur la solidité de l’économie québécoise. Le gouvernement Couillard doit déjà revoir ses chiffres. On évoque la possibilité de présenter un minibudget à l’automne pour mettre à jour les prévisions et mettre en oeuvre les mesures de révision demandées aux comités sur la fiscalité et les programmes.

Alors qu’on apprend que le gouvernement procède à des compressions au ministère de la Faune, l’austérité est-elle appropriée dans un contexte de faible croissance du PIB et de l’emploi?

Voici deux graphiques, qui parlent :

 

On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres, paraîtrait-il. On peut choisir ceux qui font notre affaire. On peut aussi lancer des affirmations qui, dans les faits, ne seront jamais vérifiables. On peut bâtir des scénarios de toute nature en s’appuyant sur des chiffres hypothétiques. Bref, derrière les données, les statistiques, les taux, les ratios et aussi les mots, on a souvent besoin de vérifier, d’éclairer, de contextualiser, de revenir aux faits, finalement!

Carlos Leitao : à 5 ans de la Grèce et du Portugal

« À la lumière de ce qui s’est passé récemment avec mes cousins au Portugal, et en Grèce, et ailleurs, je pense qu’il est absolument impératif – c’est crucial – que l’État maintienne sa marge de manœuvre, pour qu’on puisse nous-mêmes décider de quelles mesures mettre en place. Mes cousins au Portugal n’ont plus le choix. Les décisions leur sont imposées de l’extérieur, ils doivent s’adapter. Moi, je veux contribuer à ce qu’on puisse maintenir notre droit de choisir. »

Ce sont les mots du nouveau ministre des Finances Carlos Leitao. En entrevue  à RDI économie, en direct, vendredi soir, je lui ai demandé jusqu’à quel point nous étions près d’une situation semblable à celle de la Grèce et du Portugal? « Si on ne fait rien, a répondu Carlos Leitao, si on allait tous en vacances et qu’on laissait les choses aller, d’ici cinq ans, on y serait. »

Depuis plusieurs années, nous entendons des gens comparer le Québec à la Grèce. Aujourd’hui, c’est le ministre des Finances qui fait ce rapprochement. Il est difficile de vérifier s’il voit clair ou s’il tente plutôt de noircir la situation pour mieux faire passer son premier budget. Une chose est certaine toutefois : il sera impossible de vérifier si cette déclaration tient la route. Parce qu’il est clair que le gouvernement du Québec ne laissera pas aller la situation. Comme je l’expliquais en avril 2010, il est peu probable, compte tenu de la structure politique du Canada, que le Québec se retrouve dans le chaos qu’ont connu le Portugal et la Grèce.

Les syndicats : écart de 8,3 % avec le privé?

En conférence de presse dimanche, le président de la FTQ et co-porte-parole du Front commun des syndicats du Québec a déclaré qu’il y a « un retard des salaires dans le secteur public de 8,3 % par rapport au secteur privé. » C’est faux.

La rémunération des travailleurs de l’administration québécoise est, en réalité, 1,7 % plus élevée que celle du secteur privé. Elle est toutefois plus faible de 8,3 % par rapport aux « autres salariés québécois » selon l’expression de l’Institut de la statistique du Québec. Cette catégorie inclut le secteur privé, mais aussi les sociétés d’État, « les entreprises à caractère public des trois paliers de gouvernement au Québec, les universités ainsi que les administrations fédérale et municipale ».

Rémunération des travailleurs de l’administration québécoise par rapport à…

  • Autres salariés québécois : -8,3 %
    • Syndiqués : -25,3 %
    • Non syndiqués : +7,4 %
  • Privé : +1,7 %
    • Syndiqués : -20,7 %
    • Non syndiqués : +9,4 %
  • Administration municipale : -37,9 %
  • Entreprises publiques : -35,8 %
  • Universitaire : -9,5 %
  • Administration fédérale : -21, 8 %

Le communiqué de la FTQ ne reprend pas l’erreur véhiculée en conférence de presse.

Efforts budgétaires de 3,7 milliards 

Pour justifier les compressions à venir et les mesures d’austérité qui seront incluses dans le premier budget Leitao, le gouvernement Couillard utilise la somme suivante : 3,7 milliards de dollars. D’où ça vient?

Nous en avons parlé, mais ça mérite une nouvelle explication puisque cette somme ne cesse d’être utilisée à tous les vents. L’effort budgétaire de 3,7 milliards de dollars émane du rapport Godbout/Montmarquette et repose sur une croissance hypothétique des dépenses de 6,1 % en 2014-2015. Cette croissance des dépenses n’aura pas lieu, c’est Luc Godbout lui-même qui l’a dit à notre antenne. Comme Stéphane Bédard auparavant, le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux doit trier les demandes des ministères afin de respecter une cible de croissance des dépenses. L’effort budgétaire est, en fait, l’exercice normal des activités du Conseil du Trésor.

Martin Coiteux a évoqué la possibilité que le déficit dépasse les 5 milliards de dollars si rien n’est fait. Il est peu probable qu’une telle chose survienne. L’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau visait une croissance des dépenses de programmes de 2 % en 2014-2015. Carlos Leitao aura une cible qui sera semblable, un peu plus, un peu moins, on verra. Malgré cela, toute la communication du gouvernement repose sur ce total – 3,7 milliards – qui s’appuie sur une croissance de 6,1 %.

Austérité à Québec?

Vendredi 25 avril 2014 à 12 h 48 | | Pour me joindre

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La campagne électorale n’a pas porté sur les défis du Québec en matière de gestion des finances publiques. François Legault a bien tenté de faire surgir cet enjeu en proposant des coupes immédiates et importantes dans l’appareil de l’État. Les Libéraux ont été plus discrets sur la question, bien que leur cadre financier prévoyait des compressions de 1,3 milliard de dollars sur deux ans.

Aujourd’hui, une fois au pouvoir et une fois le conseil des ministres formé, le nouveau premier ministre Philippe Couillard montre un ton franchement plus inquiet et alarmé sur les finances publiques. En fait, le constat qu’il fait est celui d’une situation financière plus difficile que prévu dans le budget Marceau du 20 février. Et ses solutions annoncent des transformations qui pourraient être majeures.

En présentant un rapport commandé par Philippe Couillard sur les finances publiques, l’économiste et fiscaliste Luc Godbout a dit qu’il est étonnant de voir le Québec s’engluer dans les déficits alors qu’on n’arrête pas de dire, depuis des années, que le Québec a connu une récession beaucoup moins profonde que les autres en 2009. Si l’état des choses était normal, on serait rapidement revenu à des surplus selon lui. Mais des facteurs structurels nous maintiennent en déficit. C’est inquiétant dit Luc Godbout, qui a travaillé avec l’économiste Claude Montmarquette à la rédaction de ce rapport.

Je pense que c’est important de préciser une chose : un déficit de 3,1 milliards de dollars n’est pas un déficit très important. C’est gérable comme dirait Jacques Parizeau. C’est 0,9 % du PIB. Le problème, c’est d’être incapable depuis 2010 de remonter la pente comme l’avaient prévu Raymond Bachand et Nicolas Marceau, qui visaient, tous les deux, le retour à l’équilibre en 2013-2014.

Le vrai problème, c’est le poids de la démographie du Québec. Il y a plus de sorties que d’entrées dans la population active. Autrement dit, des travailleurs expérimentés partent à la retraite et ne sont pas remplacés par des jeunes qui arrivent sur le marché du travail. C’est moins de croissance pour le Québec, c’est moins de revenus pour le gouvernement, c’est une difficulté fondamentale qui rend difficile l’équilibre des finances publiques.

Les solutions des experts Godbout et Montmarquette sont les suivantes :

  1. « des gestes à court terme » qu’on pourrait considérer comme des mesures d’austérité dans l’appareil de l’État, des efforts de 3,7 milliards de dollars pour atteindre l’objectif de 2014-2015, c’est-à-dire un déficit de 1,75 milliard de dollars;
  2. un examen stratégique des programmes, processus et structures, un peu comme l’a fait le gouvernement Harper à Ottawa, ce qui a mené à des compressions budgétaires de 5,2 milliards de dollars en 2012;
  3. gérer les dépenses sur 3 ans, un cadre qui serait plus transparent, plus prévisible, plus productif;
  4. réexaminer la fiscalité des particuliers et des entreprises : on compte pour 23 milliards de dollars de crédit d’impôt au Québec;
  5. produire un rapport à date fixe AVANT l’élection à date fixe pour faire un état non politisé des finances publiques.

Dans leurs propositions, les deux économistes sont d’avis qu’on pourrait songer à la possibilité de vendre des actifs et qu’on devrait maintenir la hausse des tarifs de garderie de 7 à 9 $ annoncée par l’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau le 20 février. Déjà, Philippe Couillard a exclu cette option.

Ça fait des mois qu’on discute ensemble de l’importance pour le Québec de contrôler ses dépenses et de générer des revenus plus importants et récurrents. En voulant agir rapidement et avec force, le nouveau gouvernement doit s’assurer de ne pas faire peur aux Québécois avec des mesures draconiennes qui seraient, finalement, contre-productives.

L’action appelle la mesure. Tout un défi. Qu’en pensez-vous?

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Je tiens à faire une précision sur l’austérité. Est-ce que les annonces du gouvernement représentent vraiment des mesures d’austérité? J’aurais tendance à dire oui, compte tenu de l’intention du gouvernement de geler les budgets de tous les ministères, sauf la santé et l’éducation. Un gel des dépenses, c’est, dans les faits, une réduction des dépenses en tenant compte de l’inflation.

Des « efforts budgétaires » de 3,7 milliards, qui sont des « coupes et des remises en question », a dit Philippe Couillard jeudi, représentent aussi des mesures de compressions. J’ai vraiment tendance à croire que c’est de l’austérité.

Mais plusieurs diront qu’en maintenant une croissance générale des dépenses de 2 %, on ne peut pas utiliser ce mot. L’austérité serait alors une vraie baisse des dépenses publiques, comme l’ont fait plusieurs pays d’Europe, notamment la Grèce.

Le Monde écrivait il y a deux jours qu’il « n’existe pas de définition scientifique de rigueur et austérité en matière économique. Ces deux termes désignent de manière générale une politique économique, qui se veut l’inverse de la relance. » Or, il faut le préciser, Philippe Couillard veut augmenter les investissements en infrastructures, crée un nouveau crédit à la rénovation et annonce de nouveaux investissements dans le secteur de la forêt.

Alors, peut-être peut-on parler de « mesures d’austérité » dans un cadre qui n’est pas une « politique d’austérité »? Qu’en pensez-vous?

Le moment des décisions difficiles

Mercredi 23 avril 2014 à 19 h 23 | | Pour me joindre

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Philippe Couillard veut saisir l’occasion qui se présente, celle de mettre de l’ordre dans les finances publiques à un moment crucial pour le Québec. « Le moment des décisions difficiles est venu », a dit le nouveau premier ministre. « Le Québec fait face à des enjeux structurels qui vont au-delà des changements de gouvernement. »

Le bon ton

Ces mots sont porteurs, le ton est le bon. Mais jusqu’où tout cela tiendra-t-il? On verra. Le plus longtemps, souhaitons-le, parce que le Québec fait face à des défis de taille. Il y a un véritable problème de productivité. Et il y a une forte pression sur les finances publiques qui va perdurer avec cette équation révélatrice : il y a plus de travailleurs expérimentés qui quittent la population active que de jeunes qui y entrent. C’est crucial. Le gouvernement Marois le savait, le gouvernement Couillard le sait aussi.

L’avantage du nouveau gouvernement, c’est d’avoir les coudées franches pour quatre ans. Il n’y a pas de menace de voir le gouvernement se faire renverser. Le gouvernement peut aller de l’avant avec son programme et son plan. En ce sens, qu’on soit d’accord ou non avec les projets du PLQ, l’occasion est belle de réaliser des choses.

Contrôler sans nuire à l’économie

Attention! Quelle est la bonne mesure entre l’austérité et les investissements dans l’économie? Jusqu’où coupe-t-on et qu’est-ce qu’on coupe sans créer du chômage, sans ralentir l’économie? Comment contrôler les dépenses sans réduire, d’une façon qui serait totalement contre-productive, les revenus?

Les déficits des dernières années au Québec ne sont pas très importants, mais ils sont récurrents. Et on n’arrive pas à revenir à la surface, à l’équilibre. Raymond Bachand et Nicolas Marceau avaient promis l’équilibre en 2013-2014. Or, c’est un déficit de 2,5 milliards de dollars qui a été annoncé le 20 février. Et ce sera pire encore selon les informations du journaliste Denis Lessard : le déficit atteindrait finalement 3,3 milliards de dollars.

Il faut ajouter que les dépenses consolidées sont tombées à moins de 18 % du PIB dans les années 90 au Québec avant de remonter à un niveau record aujourd’hui d’environ 23 %.

De plus, le niveau de la dette nette par rapport au PIB demeure collé à 49-50 %. On ne cesse de repousser, année après année, la courbe de réduction de la dette nette. Peut-on cesser de pelleter par en avant sans nuire à la croissance économique?

Alors, le trio économique est connu :

  • Carlos Leitao : Finances
  • Martin Coiteux : Conseil du Trésor
  • Jacques Daoust : Développement économique, Innovation et Exportation

Les autres ministres qu’on doit associer aux enjeux économiques sont les suivants :

  • Pierre Arcand : Énergie, Ressources naturelles et Plan Nord
  • Robert Poëti : Transports, responsable de la région de Montréal
  • Jean D’Amour : Stratégie maritime
  • Jean-Denis Girard : PME
  • Kathleen Weil : Immigration
  • David Heurtel : Environnement
  • Laurent Lessard : Forêt
  • Luc Blanchet : Mines
  • Yves Bolduc : Éducation et Enseignement supérieur
  • Gaétan Barrette : Santé

Derrière l’écran de fumée…

Vendredi 21 février 2014 à 12 h 59 | | Pour me joindre

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À lire les journaux et à écouter la radio, le budget Marceau se résume essentiellement à une hausse du tarif de garderie de 7 à 9 $. Cette mesure va permettre au gouvernement de toucher plus ou moins 100 millions de plus par année. Ce n’est pas grand-chose sur un budget de 75 milliards, et ce n’est rien à côté de ce qui est vraiment important, ambitieux et irréaliste selon certains dans ce budget. En fait, les 2 chiffres les plus importants de cet exercice, c’est 2 et 3.

D’abord, 2 % 

Le ministre des Finances Nicolas Marceau prévoit une croissance des dépenses de programmes de 2 %. En 2012-2013, année où le PLQ et le PQ ont été au pouvoir, la croissance des dépenses de l’État s’est limitée à 1,2 %. Pour l’exercice qui se termine le 31 mars prochain, soit 2013-2014, le gouvernement cible une croissance de 2,5 %.

Revenir à 2 % pour le prochain exercice exigera des compressions budgétaires qui demanderont un courage politique et une conviction sans faille. Le gouvernement Marois s’expose à la critique et à la contestation. Un bras de fer s’engagera avec les fonctionnaires, à qui l’État demandera des concessions, avec les médecins aussi, à qui le gouvernement voudra faire avaler la pilule de revoir l’entente de rémunération conclue avec eux. Un débat va s’engager aussi dans le réseau des commissions scolaires, où le gouvernement veut déterminer au moins 125 millions d’économies.

L’autre chiffre, c’est 3. Seulement 3 % de hausse de dépenses en santé

Depuis l’introduction de la contribution santé, la hausse des dépenses en santé est d’environ 4,6 % par année. Réduire à 3 % la croissance des dépenses dans ce secteur, c’est exiger purement et simplement des compressions importantes dans le système. L’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux évalue à 400 millions de dollars les compressions nécessaires pour l’exercice 2014-2015 dans un tel contexte.

Le ministre Marceau demande aux médecins de rouvrir l’entente salariale négociée avec eux. Cet accord prévoit une hausse de rémunération de 540 millions cette année. Si les médecins acceptent de réduire cette augmentation ou de l’étaler sur trois ans, on pourrait atténuer ou éviter d’autres compressions dans le monde de la santé. Mais il est loin d’être acquis que le gouvernement du Québec et les médecins vont s’entende sur une révision de ce qui a été négocié et signé par les deux partis. Et il n’est donc pas impossible de voir les listes d’attente dans les hôpitaux s’allonger.

Un autre chiffre : 613 millions

Si l’État a un travail magistral à faire pour contrôler ses dépenses, il ne doit pas oublier que ses nouvelles entrées de revenus ne viennent pas d’une croissance économique plus forte, mais d’une taxation plus élevée : garderies, hydroélectricité, réduction de l’avantage fiscal de l’investissement dans le Capital régional et coopératif Desjardins.

Surtout, le ministre des Finances Nicolas Marceau peut compter sur de l’argent inespéré : les transferts fédéraux sont 1,2 milliard plus élevés qu’attendu lors de la mise à jour économique de novembre dernier. Pourquoi? Parce que la croissance économique de la plus grande province au Canada, l’Ontario, a été plus forte que prévu. Cette croissance est venue relever la moyenne attendue du niveau de services à rendre par province. Du coup, toutes les provinces qui reçoivent de la péréquation ont vu les montants qui leur étaient destinés augmenter.

Donc, 50 millions de plus pour le Québec en 2013-2014, 613 millions de plus en 2014-2015 et 532 millions de plus l’an prochain, 2015-2016.

Alors, derrière l’écran de fumée de la hausse des tarifs de garderie, le gouvernement appuie son équilibre sur deux piliers fragiles : des compressions en santé et des transferts fédéraux plus généreux.

L’Allemagne, la France et l’austérité

Vendredi 27 septembre 2013 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Le gouvernement de François Hollande mise encore sur l’austérité, bien que son ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici préfère ne pas nommer les choses ainsi. Des compressions sont prévues dans les dépenses, des hausses de taxe aussi sont annoncées pour le 1er janvier. Pas de hausse d’impôts toutefois pour les particuliers, et des allègements fiscaux sont offerts aux entreprises. Cela dit, les dépenses de l’État sont abaissées de 1,5 milliard de dollars. Chez nous, au Québec, c’est la croissance des dépenses qui ralentit. En France, ce sont les dépenses tout court qui baissent.

Le président français, François HollandeLe ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici a-t-il raison de poursuivre sur le chemin de l’austérité? On peut se poser la question sérieusement étant donné la très très faible reprise économique en Europe, particulièrement en France. La hausse prévue du PIB pour l’ensemble de 2013 est de 0,1 % et, pour 2014, de seulement 0,9 %. Le taux de chômage est actuellement de 10,5 %.

Cela dit, la dette du pays atteindra un sommet à 95,1 % du PIB. Entre l’obligation de s’assurer à court terme d’une reprise durable et celle de maintenir une politique budgétaire saine et crédible, le ministre doit naviguer dans un canal très serré.

La chancelière allemande Angela Merkel

Pendant ce temps, en Allemagne, Angela Merkel vient d’être réélue à la tête du pays pour un troisième mandat. On s’y attendait, les citoyens de son pays l’aiment beaucoup. La « maman » des Allemands, la dame de fer de l’Europe, la tortionnaire des pays retardataires, tout a été dit et redit sur Angela Merkel, peut-être la femme politique la plus puissante du monde. Mais les raisons de son succès sont-elles bien connues? Savons-nous pourquoi l’Allemagne se tire si bien d’affaire par rapport aux autres pays d’Europe?

Trois grandes raisons expliquent les forces de l’Allemagne :

  1. La faiblesse de l’Euro. Au cours de la crise, en 2009-2010, la valeur de l’euro face au dollar américain a chuté, passant de 1,50 à 1,20 $US. Pour un pays d’exportateurs comme l’Allemagne, c’est très avantageux. Les problèmes économiques des pays voisins ont aussi permis à l’Allemagne de récupérer certains champs d’exportations abandonnés.
  2. Les faibles coûts d’intérêt. Alors que partout autour, particulièrement en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce, les coûts d’emprunt augmentaient de façon spectaculaire, ceux de l’Allemagne sont demeurés extrêmement bas. Le pays était vu comme le facteur de stabilité de la région. Berlin a pu emprunter à des taux d’intérêt faibles lui permettant de maintenir une politique économique et budgétaire normale. En fait, le gouvernement Merkel a bénéficié de coûts d’emprunts plus faibles qu’avant le déclenchement de la crise, lui permettant d’économiser des milliards de dollars en intérêt. Les faibles taux ont aussi stimulé le secteur immobilier.
  3. La réduction du temps de travail. Les Allemands ont travaillé moins d’heures durant les temps de crise, réduction plus importante qu’en France. Cette situation a permis d’éviter une hécatombe dans le marché de l’emploi. L’absence de salaire minimum a aussi contribué au maintien de milliers d’emplois. Le taux de chômage est aujourd’hui à seulement 5,4 % comparativement à 12,1 % dans l’ensemble de la zone euro.

Les succès de l’Allemagne ne signifient pas pour autant moins de pauvreté. Le nombre de personnes qui vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté demeure élevé en Allemagne. Peu importe la statistique utilisée (taux de gens dont le revenu est inférieur à 40 %, 50 % ou 60 % du revenu médian), l’Allemagne affiche des taux de pauvreté plus élevés qu’en Belgique, en France ainsi que dans les pays nordiques. Le pays est essentiellement dépassé par des pays en récession ou en dépression : la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Pologne et le Royaume-Uni. À lire ici : http://www.inegalites.fr/spip.php?article388

Nous savons que l’Allemagne est venue en aide à ses voisins. Mais les exigences ont été telles que plusieurs de ces pays ont vu leur situation empirer. L’Allemagne a prêté 70 milliards d’euros à ses voisins. Ce n’est pas un don, c’est un prêt. L’Allemagne entend récupérer ses billes.

Derrière la façade, celle d’une économie solide et en santé, il est important de comprendre que l’Allemagne n’est pas, seule, responsable de ses succès.