Billets classés sous « austérité »

Alors qu’on constate ces jours-ci que l’austérité à court terme n’était peut-être pas la meilleure solution dans un contexte aussi exceptionnel que celui de l’après-crise financière de 2007-2009, les gouvernements du Canada et du Québec multiplient, pour leur part, les compressions budgétaires. La croissance économique est pourtant faible au pays, particulièrement au Québec. Malgré tout, l’austérité règne.

Dans les budgets présentés en 2012 et en 2013, dans l’objectif d’atteindre l’équilibre en 2015-2016, le gouvernement Harper a dévoilé une série de mesures qui visent à réduire ses dépenses. C’est de l’austérité de « déficit zéro » pourrait-on dire et non pas de l’austérité de dernier recours comme le vivent la Grèce et le Portugal. Le Canada et le Québec choisissent d’appliquer des mesures d’austérité alors que ces mesures en Europe sont associées à une aide et à des exigences du FMI notamment.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas MarceauAu Québec, le gouvernement Charest avait ciblé 2013-2014 pour retrouver l’équilibre budgétaire et le Parti québécois, au pouvoir depuis septembre dernier, a décidé de maintenir cette cible. Mais l’économie ralentit, les revenus ne sont pas à la hauteur des attentes et le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard se sont lancés dans une série de compressions et de révisions de budgets qui touchent plusieurs ministères et organismes.

Si l’austérité a eu un effet dépressif sur les économies européennes, le bureau du Directeur parlementaire du budget à Ottawa nous permet de savoir ce que des mesures de compressions auront, en principe, sur le potentiel économique du pays. Ainsi, dans son rapport du 29 avril, la directrice par intérim du bureau Sonia L’Heureux évalue que les compressions annoncées en 2012 et 2013 vont réduire de 0,5 % environ le PIB au Canada en 2015, 2016 et 2017. Sonia L’Heureux calcule aussi que, sans les compressions des deux derniers budgets, le Canada compterait 62 000 emplois de plus en 2016 et 67 000 de plus en 2017.

Quel serait le résultat d’une telle analyse au Québec avec les multiples compressions annoncées par le gouvernement Marois? Ne serions-nous pas mieux servis par le travail d’un directeur parlementaire du budget à Québec aussi, chose pourtant promise par le PQ en campagne électorale?

 

C’est donc Krugman qui avait raison?

Vendredi 26 avril 2013 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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« Paul Krugman a gagné » annonçait sur son blogue mercredi l’ancien analyste financier de la CIBC et de Merrill Lynch, Henry Blodget, dont la carrière s’est écroulée avec l’éclatement de la bulle techno au début des années 2000. Il anime aujourd’hui The Daily Ticker sur Yahoo et dirige The Business Insider. Mais, c’est une autre histoire.

Concentrons-nous sur Paul Krugman. Il a gagné quoi au juste?

Selon le blogueur, et selon plusieurs observateurs, cinq ans après le début de la crise, force est de constater que les tenants de l’austérité avaient tort. La crise européenne ne cesse de prendre de l’ampleur, tandis que plusieurs pays endettés ont été obligés d’imposer de sévères mesures d’austérité, qui ont réduit considérablement le niveau de vie des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Italiens, notamment. L’austérité n’a rien réglé.

Ajoutons à cela les États-Unis avec un endettement qui dépasse les 100 % du PIB, mais qui ont du mal à générer des revenus nouveaux et durables au moment où la reprise est extrêmement timide. Paul Krugman a toujours dénoncé les coupes budgétaires américaines. Il affirmait qu’il fallait continuer à stimuler l’économie pour assurer une reprise durable, des revenus supplémentaires et à une réduction de la dette à long terme.

« Il est rare que des débats économiques se terminent par un K.-O. technique, écrit le chroniqueur Paul Krugman dans le New York Times ce matin. Mais le grand débat des dernières années entre les keynésiens, qui militent en faveur de dépenses gouvernementales durables et en croissance durant les temps de dépression, et les pro-austérité, qui exigent des réductions de dépenses immédiates, s’achève, du moins dans le monde des idées.

« En ce moment, poursuit Krugman, la position de ceux qui favorisent l’austérité a implosé. Non seulement leurs prédictions touchant le monde réel ont complètement échoué, mais la recherche scolaire sur laquelle ils appuyaient leur position était finalement truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques discutables. »

Le chroniqueur fait référence aux économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, qui ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Un pays qui arrive à un niveau d’endettement représentant 90 % de son PIB ne voit pas sa croissance baisser de 0,1 %, comme ils l’affirmaient, mais croître plutôt de 2,2 % en moyenne. L’étude des deux économistes avait largement été citée par les pays occidentaux pour justifier les mesures d’austérité. Les experts qui ont découvert l’erreur dans le tableau Excel de Rogoff et Reinhart s’entendent tout de même avec eux pour dire qu’un endettement grandissant à long terme n’est pas soutenable pour les finances publiques.

Il faut ajouter qu’en début d’année, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, affirmait à titre personnel, de concert avec un autre économiste du FMI Daniel Leigh, que les experts avaient sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance. Leur déclaration a fait grand bruit.

Pourquoi tant d’austérité alors? Pourquoi ce discours est-il encore très présent malgré un affaiblissement de sa domination dans les derniers mois?

Paul Krugman affirme qu’une « partie de la réponse repose certainement sur le désir très répandu de considérer les questions économiques comme un jeu moral, comme une histoire d’excès et de conséquences. Nous visons au-dessus de nos moyens, l’histoire se répète, et maintenant nous payons le prix inévitable ».

Selon lui, on peut expliquer longtemps que des dépenses supplémentaires vont réduire le chômage, « on s’en fout, bien des gens ont la profonde impression que nous vivons dans le péché et que la rédemption viendra de la souffrance ».

Voilà où nous en sommes. Depuis 2010, on annonce année après année une reprise durable de l’économie américaine et de l’économie mondiale. Nous sommes en 2013 et les prochains mois seront encore décevants selon les prévisionnistes. Mais, encore là, il y a de l’espoir parce que les signaux sont encourageants aux États-Unis.

Que faire? Les autorités politiques et économiques doivent encore se poser la question aujourd’hui et continuer de tirer des leçons de ce qui est arrivé au cours des cinq dernières années. Il y a, dans les pays développés, 26 millions de jeunes de 15 à 24 ans qui sont au chômage ou qui ne sont pas à l’école selon The Economist. C’est inquiétant. Comment réagir? Compte tenu des espoirs de reprise, doit-on poursuivre sur la voie de l’austérité ou stimuler l’économie pour asseoir cette reprise?

Déficit zéro : à quel prix?

Lundi 22 avril 2013 à 14 h 39 | | Pour me joindre

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Le Conseil du patronat du Québec se réjouit de constater que le gouvernement Marois cherche par tous les moyens à atteindre son objectif d’équilibre budgétaire au cours de l’exercice en cours, l’exercice 2013-2014 qui s’est amorcé le 1er avril dernier. Québec fait des efforts et demande à bien des groupes d’en faire pour arriver au déficit zéro. Les hauts dirigeants de l’organisme ont rencontré la première ministre lundi matin à Montréal, ce qui a été suivi d’un discours de Pauline Marois devant des gens d’affaires. Le mot d’ordre demeure : déficit zéro.

Budget 2013 au NBMais à quel prix?

Il y a de la politique dans ça, mais il y a pas mal d’économie aussi, bien sûr! Il est clair que dans un contexte minoritaire, le gouvernement calcule les points gagnés et perdus par une gestion serrée et austère, caractérisée par une série de compressions dans plusieurs secteurs névralgiques de l’économie et de la société québécoises.

Mais, au strict plan économique, que risque le gouvernement en maintenant la ligne dure pour atteindre l’équilibre budgétaire cette année? Que risque le gouvernement s’il décide de reporter d’un an ce déficit zéro?

Le contexte est le suivant : la croissance du PIB est passée de 1,9 % en 2011 à 1 % seulement en 2012. C’est tout près de la stagnation. La consommation ralentit, l’investissement résidentiel décroît, le marché immobilier décline, les exportations internationales ne montent pas. Les économistes de Desjardins s’attendent à une croissance tout aussi anémique pour 2013, à 1 %. Et puis, le marché de l’emploi connaît des ratés depuis le début de l’année : pertes de 16 800 emplois en mars, de 13 100 en février, après un faible gain de 5500 emplois en janvier.

On a beaucoup parlé de l’impact des mesures d’austérité sur l’économie au cours des derniers mois. Des économistes du FMI ont avoué en début d’année avoir sous-estimé l’impact de ces politiques sur l’économie. Et d’autres économistes de l’Université Harvard ont avoué la semaine dernière avoir fourni, de façon erronée, de la matière favorable à l’austérité dans une étude qui s’appuyait sur une base de données incomplète.

Pour le Québec, bien des experts s’entendent pour dire qu’un relâchement du gouvernement au niveau budgétaire pourrait avoir un impact sur la note de crédit. Peut-être. Serait-ce vraiment le cas? Est-ce qu’un report de l’équilibre budgétaire d’un an, compte tenu du ralentissement de l’économie québécoise, serait dommageable pour la note de crédit du Québec? Je n’ai pas la réponse claire et ferme. Et je ne suis pas sûr que quiconque l’a cette réponse!

Une chose est certaine : du point de vue politique, le gouvernement Marois aura du mal à gagner des points dans le contexte actuel parce que les compressions pour arriver à l’équilibre ne sont pas très populaires dans certains milieux.  En retour, un report d’un an du déficit zéro serait vu comme un autre recul, voire un échec du gouvernement.

Mais, fondamentalement, quand on regarde le contexte économique du Québec, l’impact de l’austérité sur la croissance et la faiblesse du déficit, le Québec a-t-il vraiment besoin d’atteindre l’équilibre cette année? La question se posait déjà sous le gouvernement Charest, l’an dernier. C’est encore plus vrai aujourd’hui : sommes-nous en train de nous tirer dans le pied en maintenant cet objectif? À quel prix allons-nous atteindre le déficit zéro?

La première ministre semble y réfléchir puisque dans son discours d’aujourd’hui, il n’y a pas de notion de temps. Jugez-en par vous-mêmes : « J’ai dit très clairement en campagne électorale que notre gouvernement allait équilibrer les finances. Je vous le redis aujourd’hui : le gouvernement va équilibrer ses finances et réduire l’endettement du Québec par rapport au PIB. »

Les choses se sont compliquées à Ottawa dans les dernières semaines. Les hauts fonctionnaires des Finances ont été obligés de dire à leur patron, le ministre des Finances Jim Flaherty, que les fluctuations dans la colonne des revenus sont peut-être un peu plus prononcées que souhaité.

Si bien que le ministre consulte encore un paquet d’économistes cette semaine pour mettre en œuvre un plan de match crédible et adapté à l’économie canadienne, le budget 2013-2014 qui devrait être dévoilé quelque part entre le 18 et le 28 mars.

Deux pièces de 1 $Si le dollar canadien est tombé à 97 ¢US dans les derniers jours, c’est en partie attribuable à la succession de données économiques qui confirment le ralentissement de l’économie canadienne. Les signaux sont clairs et ça complique le travail de Jim Flaherty, qui souhaitait poursuivre le régime minceur de l’État dans son prochain budget avec l’objectif ultime d’atteindre l’équilibre en 2015, à temps pour les prochaines élections.

Mais ça ne se semble pas se passer comme prévu. Encore une fois…

  • La progression du produit intérieur brut a ralenti à seulement 0,6 % au troisième trimestre. Il y a eu croissance en octobre et en novembre, mais il y a des doutes sérieux à propos de décembre, dont on connaîtra les chiffres publiquement vendredi. Les dernières statistiques pour ce mois sont plutôt négatives, ce qui pourrait peser d’ailleurs sur l’ensemble du quatrième trimestre. Aux États-Unis d’ailleurs, on a eu la surprise d’assister à un recul de 0,1 % du PIB annualisé au dernier trimestre de 2012.
  • En décembre, les ventes au détail au Canada ont chuté brutalement, comme jamais en 3 ans, de 2,1 % après plusieurs mois de progression. Il faudra voir pour la tendance.
  • Les ventes des grossistes ont chuté de 0,9 % en décembre.
  • Les ventes manufacturières ont baissé de 3,1 %, plus fort recul depuis mai 2009.
  • Décembre toujours, la valeur des permis de bâtir a chuté de 11,2 % au pays par rapport au mois précédent.
  • Les mises en chantier ralentissent. Selon la SCHL, le nombre de mises en chantier d’habitations devrait passer de 215 000 en 2012 à 190 000 en 2013.
  • Les prix des maisons décélèrent. Selon Royal Lepage, le prix moyen au Canada va grimper de 1 % cette année avec des ralentissements à Toronto et à Vancouver, et dans le segment des condos à Montréal.
  • Les exportations canadiennes ont chuté de 9,9 % en 2012 avec une baisse au cours de 7 des 12 mois de l’année. On a assisté à des reculs de 0,7 % en novembre et de 0,9 % en décembre. Pour l’ensemble de l’année, c’est le secteur de l’énergie qui a fait pression sur l’ensemble des exportations en raison des prix très bas du gaz naturel et de la chute du prix du pétrole exporté par l’Alberta. Quelques secteurs ont été particulièrement touchés en 2012 selon les données de Statistique Canada :

Pétrole brut et pétrole brut bitumineux : -24,3 %
Gaz naturel : -14,9 %
Liquides de gaz naturel et produits connexes : -26,5 %
Minerais et concentrés de fer : -23,7 %
Produits en métal et produits minéraux non métalliques : -15,0 %
Métaux précieux et alliages en métaux précieux sous forme brute : -30,1 %

  • Il s’est perdu 22 000 emplois au Canada en janvier 2013 après des hausses importantes en août, septembre, novembre et décembre. Il faudra attendre pour établir une tendance, alors que les économistes croient depuis un bon moment et que le marché de l’emploi va ralentir. Ajoutons que le secteur public a supprimé 27 000 emplois en janvier après une décélération des embauches en novembre et en décembre.
  • L’Alberta vient de faire le point sur ses finances et annoncer que ses revenus sont moins élevés que prévu, manque à gagner de 6 milliards de dollars. Cela l’amènera à enregistrer un déficit quatre fois plus important que prévu pour 2012-2013, de 3,5 à 4 milliards de dollars.
  • La chute des prix du pétrole a provoqué la baisse des prix de l’essence en Alberta et en Saskatchewan, faisant plonger le taux d’inflation à seulement 0,5 % en janvier au Canada. En Alberta, les prix ont baissé même de 0,5 %.

Arrêtons-nous ici. Les signaux sont clairs et de nouvelles mesures d’austérité pourraient avoir un impact encore plus négatif sur la croissance. Au moment où le gouvernement vient de lancer une campagne publicitaire pour faire la promotion de ses crédits d’impôt, quels seront donc les choix de Jim Flaherty?

Incroyable cet aveu exprimé jeudi dernier par l’économiste en chef du FMI Olivier Blanchard et par Daniel Leigh, économiste également au Fonds monétaire international. En quelques mots, ils ont dit que les experts comme eux, qui orientent les grandes décisions mondiales en matière de finance, se sont trompés en misant à tout prix sur l’austérité dans le but de réduire le plus rapidement possible les dettes souveraines.

Olivier Blanchard

Ils parlent à titre personnel et pas au nom du FMI. Mais, tout de même, dans un texte publié sur le site du FMI, ils affirment ceci : « Nous démontrons que, dans les économies développées, une plus forte consolidation fiscale est allée de concert avec une croissance plus faible que prévu. »

En quelques mots et quelques chiffres, ils s’attendaient à ce que la réduction des dépenses publiques équivalentes, disons à 1 % du PIB, allait entraîner une réduction de l’activité économique de 0,5 point de pourcentage. Or, l’effet a été bien pire : réduction de l’activité de 0,9 à 1,7 point. L’erreur, c’est d’avoir appliqué un modèle qu’on connaît en période de croissance dite normale, alors que les pays visés par des mesures d’austérité étaient en pleine crise.

Comme l’ont titré plusieurs groupes de presse : oups!

Des Grecs manifestent à l'extérieur du ministère des Finances à Athènes, le 17 octobre 2012, contre les mesures d'austérité. Ce constat n’est pas banal. Le FMI, l’UE, l’Allemagne, la BCE et les agences de notation ont fait pression dès 2009 pour que d’importantes mesures d’austérité soient appliquées afin de réduire l’endettement des pays développés. Hausse d’impôts, compressions dans les programmes sociaux, suppressions d’emplois dans la fonction publique, quantité de mesures ont été mises en place de façon quasi dogmatique, plongeant encore davantage la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et plusieurs autres pays dans une récession qui semble sans fond.

Aujourd’hui, près de 19 millions de personnes sont au chômage dans la zone euro, du jamais vu depuis la création de la monnaie unique en 1999. Taux de chômage de 11,8 % avec des pointes à 26 % en Grèce et à presque 27 % en Espagne. Et cette hausse du chômage se poursuit toujours dans la zone euro.

Cela dit, un point de vue divergent apparaît dans un texte publié dans Bloomberg lundi. Anders Aslund, chercheur au réputé Peterson Institute for International Economics, affirme que l’austérité fonctionne, contrairement à ce qu’affirment les économistes Blanchard et Leigh. « L’Europe du Nord est en bonne santé financière, merci à l’austérité, écrit-il, alors que l’Europe du Sud souffre d’une austérité à demi-assumée, pire, de mesures de stimulation fiscale. »

Anders Aslund compare la Grèce à la Lettonie. D’un côté, dit-il, il y a un pays qui n’a pas adopté les mesures d’austérité nécessaires, avec une rigueur absolue. C’est la Grèce, dont l’économie se décompose un peu tous les jours. De l’autre, il y a la Lettonie, qui s’est obligée à un régime de pain sec pendant deux ans, conduisant à une chute de son PIB de 24 %. Aujourd’hui, la croissance dépasse les 5 % annuellement et le déficit budgétaire ne représente plus que 1,5 % de son PIB.

À quel prix toutefois? Le FMI affirme que la Lettonie a beaucoup trop réduit ses dépenses sociales. Mais sa directrice, Christine Lagarde, déclarait tout de même en septembre que ce pays était un exemple à suivre. Le FMI est venu en aide à la Lettonie, qui a déjà commencé à rembourser son prêt au Fonds monétaire international.

Les victimes de l’austérité se comptent par millions, c’est indéniable. Et c’est pourquoi tout cela m’apparaît profondément troublant.

Encore de l’austérité? Vraiment?

Vendredi 28 septembre 2012 à 12 h 46 | | Pour me joindre

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L’économie mondiale continue de ralentir, et la crise ne cesse de prendre de l’ampleur, en Espagne tout particulièrement, quatrième économie d’Europe. La Grande-Bretagne est en récession, plusieurs autres pays de la région le sont aussi. Et la France semble se diriger vers une récession, selon les prévisions de sa banque centrale.

Les budgets pour l’exercice 2013 sont dévoilés un peu partout et comportent encore plusieurs mesures d’austérité. Pourtant, cette austérité a provoqué, dans les dernières années, des chutes de revenus publics plus importantes encore que la réduction des dépenses prévue par plusieurs gouvernements. Comme le chien qui se mord la queue, on tourne en rond et on creuse son trou toujours un peu plus profondément.

Les chiffres d’austérité sont les suivants :

Manifestation à Athènes contre l'austéritéEncore 15 milliards de dollars en Grèce, qui n’en finit plus de mourir. Il faut encore compresser et comprimer. Il faut couper davantage dans la fonction publique et les mesures sociales pour être en mesure d’obtenir une nouvelle tranche d’aide de l’Europe et du FMI.

L’Espagne est plongée dans une crise économique terrible : le quart de sa population active est au chômage. Malgré tout, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy annonce des mesures visant à couper près de 50 milliards de dollars dans ses dépenses. Déréglementations de différents secteurs et compressions dans les programmes sociaux sont prévues.

Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault

La France est dans une situation moins périlleuse, mais tout de même préoccupante. Les Français ne sont pas convaincus que leur nouveau président, François Hollande, a les bons remèdes pour redresser la situation. Le budget annoncé aujourd’hui par Paris prévoit des réductions budgétaires de près de 13 milliards de dollars et des hausses d’impôt pour les entreprises et les particuliers de plus de 25 milliards de dollars.

Et puis, il y a l’Allemagne, qui ralentit sérieusement. Alternatives économiques écrit dans son édition de septembre 2012 que « l’économie allemande a tiré profit de la crise grâce à des taux d’intérêt exceptionnellement bas et la baisse du taux de change de l’euro, qui a dopé ses exportations ». Mais, aujourd’hui, l’économie du pays d’Angela Merkel fléchit aussi et pourrait s’approcher du niveau de récession.

Combien de temps cette glissade va-t-elle durer?  Et quelle sera l’ampleur de l’effet sur l’économie mondiale, notamment sur la Chine, qui a besoin de son partenaire européen pour continuer à prospérer? Tout est lié, vous le savez…

Faudrait-il permettre aux pays d’Europe d’investir massivement dans leur économie et de reporter à plus tard la réduction de leur endettement? Ou faut-il continuer sur le chemin douloureux de l’austérité et de la récession avec pour objectif (ou espoir) d’assainir une fois pour toutes les finances publiques?

Le Canada est-il arrogant?

Vendredi 8 juin 2012 à 11 h 31 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas la première fois qu’on le constate, mais le gouvernement Harper adopte depuis quelques années un ton qui frise la condescendance face à la zone euro. 

Au moment où des négociations sont en cours pour la création d’une zone de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, le premier ministre Harper et son ministre des Finances Jim Flaherty se sont permis, à plusieurs reprises, d’exprimer exaspération et conseils pressants à l’endroit des chefs de la zone euro.

Le premier ministre Stephen Harper a rencontré le président français François Hollande à Paris. Encore cette semaine, en visite en France, le premier ministre Stephen Harper a déclaré que la situation ne pouvait plus durer, les dirigeants de la zone euro doivent trouver des solutions maintenant. À l’antenne de la CBC, il a déclaré qu’on ne pouvait pas attendre l’élection grecque qui aura lieu dans moins de 10 jours pour décider du sort de la zone euro.

Et surtout, le Canada a décidé de ne pas soutenir l’effort financier que le FMI réclame aux pays du G20 pour créer un fonds de 430 milliards de dollars pour venir en aide aux pays en difficulté, on pense de plus en plus à la possibilité que l’Espagne ait besoin du FMI dans un proche avenir. Avec les États-Unis, le Canada est le seul pays à ne pas contribuer à la cagnotte.

Exprimant la position du gouvernement en Chambre à Ottawa, le député et secrétaire parlementaire conservateur Pierre Poilievre a déclaré ceci à propos des pays de la zone euro en difficulté : « Ils ont imposé leurs contribuables au maximum et emprunté jusqu’à la limite, et ils veulent maintenant se renflouer en continuant de dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas. Ils ne recevront aucune aide du Canada. Le premier ministre n’obligera pas les contribuables canadiens, qui travaillent tous très dur, à renflouer les États providences européens ou les riches banquiers qui leur ont prêté de l’argent. »

Ces propos sont probablement ceux qui décrivent le plus clairement la position du Canada dans ce dossier. Est-ce du mépris? Est-ce de la condescendance? Ou est-ce que le Canada peut se permettre de faire la leçon aux Européens compte tenu de son bilan exceptionnel en matière de finances publiques, de croissance économique et de stabilité bancaire?

Aujourd’hui, le Canada est vu comme un lieu d’investissement sûr, comme un géant de l’énergie qui détient une ressource pour laquelle la demande ne faiblit pas et sa gestion du déficit, surtout le retour au déficit zéro sous Paul Martin, a été citée maintes fois en exemple partout dans le monde. Le Canada ne cache pas son irritation face à la situation européenne et craint même des répercussions sur l’économie du pays si la situation se dégrade encore.

Cela dit, le Canada a aussi ses propres défis. Endettement des ménages excessifs, possibles bulles immobilières dans certains marchés du pays, banques très exposées à l’endettement hypothécaire des Canadiens, notre marché demeure profondément lié à celui des États-Unis, économie à deux vitesses (croissance forte dans l’Ouest, croissance faible dans l’Est) et j’en passe.

Le gouvernement Harper a-t-il la bonne attitude face aux problèmes européens?

Jim FlahertyAprès le Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan, voilà que le gouvernement fédéral s’amène avec son budget jeudi, qui pourrait être le plus important du gouvernement Harper depuis son arrivée au pouvoir en 2006, pour deux raisons. Il signalera une réduction de la taille de l’État par des baisses de dépenses importantes (« modestes » a dit le ministre) et c’est le premier vrai budget présenté par un gouvernement majoritaire conservateur. 
 
Cela dit, les dépenses de programmes ont augmenté de 43 % au Canada de 2005 à 2012.
Ainsi, 6 choses à surveiller dans le budget Flaherty de jeudi :
 
1- Compressions de 5 à 10 % dans les dépenses des 67 ministères et organismes à qui le gouvernement a demandé une révision stratégique. Des rumeurs nombreuses ont circulé sur l’ampleur des réductions. Il est probable que le gouvernement demandera des efforts variables aux différentes entités.
 
Des sources m’ont signalé que certains secteurs pourraient subir des compressions allant jusqu’à 15 %, mais le gouvernement conservateur a mis beaucoup de temps à boucler son budget en raison de négociations intenses, de plans révisés et en raison aussi de la complexité d’un plan de compressions qui touchent autant de budgets, ministères, organismes, cadres et employés.
 
Les compressions pourraient atteindre 8 milliards de dollars sur un total de 80 milliards, des compressions qui s’étendraient sur 3 ans. Le Centre canadien des politiques alternatives affirme que de telles compressions pourraient entraîner la suppression de 60 000 emplois, par attrition et par mises à pied. Il y aurait environ 11 000 personnes qui quitteraient la fonction publique chaque année.
 
2- Simplification des programmes d’aide à la recherche et au développement pour les entreprises dans le cadre d’une nouvelle stratégie en matière d’innovation. Une enveloppe de 6 milliards de dollars est au coeur de cette réévaluation. Déjà, dans sa mise à jour de novembre, le ministre des Finances indiquait son intention de soutenir les PME afin qu’elle puisse adopter plus rapidement de nouvelles technologies.
 
Il a évoqué aussi la création de 10 nouvelles chaires d’excellence en recherche au Canada en plus d’appuyer des projets conjoints de commercialisation menés par les collèges et universités. De plus, le versement de certains soutiens fiscaux et la politique d’achat du gouvernement seraient conditionnels à une preuve d’innovation de la part des entreprises. Les activités du Conseil national de recherche du Canada seraient totalement revues.
 
3- Une révision du financement de la sécurité de la vieillesse pourrait être lancée. On a évoqué la possibilité de faire passer l’âge pour recevoir les premiers chèques de sécurité de vieillesse de 65 à 67 ans. Est-ce qu’on s’en va vers cette possibilité? Si oui, ça se fera en combien d’années?
 
4- Le processus d’approbation de certains projets serait accéléré. Afin de répondre à la demande asiatique, l’évaluation environnementale de projets énergétiques se ferait dorénavant plus rapidement. Des mesures concrètes seraient annoncées dans le budget.
 
5- Est-ce qu’Ottawa va intervenir de nouveau pour calmer le marché immobilier? Le ministre a dit qu’il souhaitait que le marché se corrige par lui-même. En même temps, on sait que la SCHL entend réduire considérablement le montant d’hypothèques qu’elle va assurer dans les prochaines années.
 
Certains économistes craignent des bulles immobilières à Toronto et à Vancouver. Au moment où les banques rivalisent d’originalité pour offrir des contrats hypothécaires alléchants pour attirer de nouveaux clients, la SCHL, la Banque du Canada et le gouvernement fédéral tentent de ralentir un marché qui demeure particulièrement dynamique. Selon les économistes de la TD, une hausse des taux de 2 à 3 points de pourcentage entraînerait un ménage sur 10 à consacrer plus de 40 % de ses revenus au remboursement de son hypothèque. À leur avis, le marché immobilier canadien est surévalué de 10 à 15 %.
 
6- Le ministre Flaherty devrait aussi établir une nouvelle cible pour l’équilibre budgétaire. Plutôt que 2015-2016, l’équilibre pourrait être atteint en 2014-2015 grâce aux compressions budgétaires et à une révision à la baisse des déficits attendus. Cela dit, des agences de crédit et d’autres observateurs ont émis la crainte que les compressions à venir pourraient ralentir la croissance au Canada.
 
De plus, la croissance du PIB au Canada a été révisée à la baisse. Pour la première fois en six ans, la hausse du PIB au pays sera plus faible qu’aux États-Unis. La reprise économique mondiale demeure aussi extrêmement fragile. La croissance chinoise ralentit, ce qui affecte le niveau de demande pour les ressources canadiennes.
 
Ne manquez pas nos émissions spéciales à RDI, dès 15 h 30 (HAE) jeudi et RDI Économie, 18 h 15 (HAE).

La Grèce pourra-t-elle se relever?

Mardi 21 février 2012 à 13 h 08 | | Pour me joindre

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Malgré une entente à l’arrachée sur la restructuration de la dette grecque, il est loin, très loin d’être acquis que la Grèce est sur la bonne voie pour se sortir d’affaires. Le gouvernement devra encore réduire ses dépenses, imposer des mesures d’austérité qui ont pour conséquence d’accentuer la grave crise sociale et économique que connaît le pays.
 
Tout ça dans l’objectif de faire passer son niveau d’endettement de 164 % par rapport au PIB aujourd’hui à 120,5 % en 2020 et d’éviter un défaut de paiement dans un mois.
 
Drapeaux grec et européen
Or, le pays ne cesse de s’enfoncer dans la récession, les coûts d’emprunts sur les marchés demeurent prohibitifs et les exigences du FMI et de l’UE ne permettront pas au gouvernement d’investir dans son économie et de tenter de relancer l’emploi et la croissance. L’essentiel de l’aide à la Grèce ira au remboursement de la dette et le gouvernement devra se soumettre à une surveillance accrue de la part de ses créanciers. Des rumeurs commencent déjà à circuler quant à la possibilité qu’un troisième plan d’aide soit nécessaire pour soutenir la Grèce.
 
En fait, la réalité, c’est qu’on maintient le patient en vie, mais on ne fait rien de concret pour le remettre sur pied. Et les coûts ne cessent d’augmenter. Bloomberg calcule que les soutiens financiers de l’Europe à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande s’élèvent jusqu’à maintenant à 386 milliards d’euros, soit 507 milliards de dollars canadiens. La survie de la jeune zone euro coûte une fortune.
 
J’ai vu un film en fin de semaine qu’on m’a recommandé : Debtocracy, un pamphlet de Katerina Kitidi et d’Aris Hatzistefanou, très critiqué du fait qu’il ne présente qu’une seule solution : la Grèce doit cesser de payer sa dette. Plutôt que de choisir les banques, le gouvernement doit choisir son peuple et cesser de le faire souffrir.
 
Des comparaisons sont faites avec l’Équateur et l’Argentine. L’Équateur, parce que son président Rafael Correa a nettement fait le choix de ne pas faire souffrir son peuple aux profits des créanciers. L’Argentine, parce que le pays a connu une grave crise en 2001.
 
Les experts interrogés appuient leur conclusion sur le concept de « dette odieuse », une dette qui a été contractée et qui n’était pas dans l’intérêt des citoyens du pays. Dans le cas de la Grèce, la dette prétendument odieuse serait associée aux dépenses pour les Jeux olympiques de 2004 et la sécurité.
 
Je n’irai pas plus loin sur ce point. Je ne m’y connais pas assez. Toutefois, posons la question : même en restructurant sa dette comme elle le fait, la Grèce sera-t-elle vraiment capable de se remettre sur pied, de retrouver une croissance normale et de retrouver des finances publiques soutenables? Tout ce qui est demandé aux Grecs nous conduira à quel résultat?

Coupes en Ontario : Mike Harris x 10?

Jeudi 16 février 2012 à 13 h 25 | | Pour me joindre

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Les prochaines années seront marquées par l’austérité en Ontario, et on peut se demander si la plus grosse province du pays, sous surveillance des agences de notation, ne risque pas de revenir éventuellement en récession. Si le gouvernement McGuinty va de l’avant avec les compressions recommandées par l’économiste Don Drummond mercredi, et si le gouvernement Harper procède aux coupes attendues dans les dépenses de l’État à hauteur possible de 8 milliards de dollars, on peut penser que plusieurs Ontariens seront obligés de manger leur pain noir pendant plusieurs années.
 
L'économiste Don Drummond
L’économiste Don Drummond
 
Le président de la Commission sur la réforme des services publics en Ontario, Don Drummond, est catégorique : « La réponse fiscale [aux problèmes budgétaires de l'Ontario], écrit-il dans le Globe and Mail jeudi matin, doit non seulement être forte et soutenue, elle doit réformer la façon de faire du gouvernement dans l’offre de tous ses services. »
 
Le gouvernement vise l’équilibre budgétaire pour 2017-2018. Mais, au rythme des dépenses et des revenus actuels, la Commission conclut que les déficits vont grandir, année après année, pour atteindre 30 milliards de dollars dans cinq ans. La croissance du PIB va plafonner à 2 % annuellement, la croissance des revenus sera trop faible pour couvrir les dépenses de programmes qui sont appelées, elles, à grandir encore, en éducation et en santé surtout. Selon Don Drummond, la dette par rapport au PIB passera de 35 % l’an dernier à plus de 50 % dans 5 ans.
 
Pendant ce temps, le ministère des Finances est à terminer la préparation du budget fédéral, qui sera dévoilé en mars. Le gouvernement fédéral entend réduire ses dépenses, couper un peu partout dans les ministères et organismes et, nécessairement, c’est la ville d’Ottawa qui sera touchée au premier chef. L’Ontario, plus grande province du pays, sera la première touchée par les compressions. Et comme le craignent les agences de notation Fitch et Moody’s, la croissance économique pourrait s’en ressentir.
 
Or, comme en Europe, le chien se mord la queue dans cette affaire. La croissance économique ne sera pas assez forte pour alimenter une hausse suffisante des revenus, selon Don Drummond. Mais la croissance économique sera, à coup sûr, altérée par des mesures draconiennes venant de Queen’s Park et d’Ottawa. Et c’est pour ça que la Commission sur les services publics dit qu’il ne faut pas simplement couper, il faut réformer la machine. Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire plus d’efficacité, ça nécessite l’atteinte rigoureuse de résultats ciblés et précis et l’abandon de ce qui ne fonctionne pas bien.
 
Et le chiffre qui tue, c’est celui-ci : 0,8 %. La croissance des dépenses ne doit pas dépasser 0,8 % par année d’ici sept ans. Pour y arriver, il faut du courage politique, il faut hausser les taxes et possiblement les impôts, il faut des compressions dans les dépenses de l’État. Il faudra supprimer des emplois. Bref, Don Drummond annonce que ça fera mal, encore plus que la « révolution du bon sens » de Mike Harris.