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Les 10 évènements de 2012

Mardi 18 décembre 2012 à 13 h 49 | | Pour me joindre

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C’est l’heure des bilans. Voici mon classement des 10 évènements économiques de l’année :

  • 1- Budget fédéral : compressions de 5,2 milliards, âge de la sécurité de la vieillesse à 67 ans.
  • 2- Ottawa accepte la vente de Nexen et Progress à des sociétés d’État étrangères
  • 3- Budget Marceau : hausse d’impôts, fermeture de Gentilly-2, équilibre budgétaire.
  • 4- Mark Carney annonce qu’il va passer de la Banque du Canada à la Banque d’Angleterre.
  • 5- La crise s’étend à l’Espagne et à l’Italie, danger de récession mondiale.
  • 6- Le CRTC empêche Bell d’acquérir Astral.
  • 7- SNC-Lavalin : paiements non autorisés, démission du PDG Pierre Duhaime, accusé de fraude.
  • 8- Fermeture d’Aveos au Canada : 2400 emplois supprimés.
  • 9- Dégringolade de Research in Motion.
  • 10- Lowe’s tente d’acheter en vain Rona; démission du PDG Robert Dutton.

Qu’en pensez-vous? Quels sont les évènements qui ont marqué l’année à votre avis?

Il sera intéressant de voir la suite de ces évènements en 2013 :

  • D’autres compressions dans le budget Flaherty probablement en mars?
  • D’autres hausses de contributions pour le RPC et la RRQ?
  • D’autres offres de société étrangères au Canada?
  • Qui va remplacer Mark Carney à la Banque du Canada?
  • La zone euro vivra-t-elle d’autres drames?
  • Bell réussira-t-elle à acheter Astral?
  • Est-ce que d’autres révélations sont à venir sur SNC-Lavalin?
  • RIM rebondira-t-elle avec la sortie de son Blackberry 10 le 30 janvier?
  • Et une nouvelle offre sera-t-elle déposée pour acheter Rona?

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Ne manquez pas notre émission spéciale : RDI économie – bilan/perspectives avec nos journalistes. Ce sera diffusé les jours suivants :

  • dimanche 30 décembre               12 h 30 et 17 h 30
  • mardi 1er janvier                            18 h 30 et 23 h 30

Et le libre marché?

Lundi 22 octobre 2012 à 13 h 38 | | Pour me joindre

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J’ai lu quelques messages d’indignation dans ma boîte de courriels et sur Twitter de gens qui dénonçaient l’intervention du CRTC dans la transaction Bell-Astral. Pour certains, il faudrait laisser le marché agir dans un monde sans règle, sans encadrement, sans entrave, proche de l’anarchie finalement!

Pour eux, il est totalement inacceptable qu’une société gouvernementale comme le CRTC bloque une transaction de 3,4 milliards de dollars, négociée entre deux entreprises privées, une transaction déjà approuvée par plus de 99 % des actionnaires de la société achetée (Astral). Ont-ils raison?

Logos de Bell et AstralAprès tout, les actionnaires et les dirigeants de ces entreprises sont des adultes, des gens consentants, qui ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent de leur argent, non? C’est ainsi que fonctionne notre capitalisme, n’est-ce pas?

Peut-être, mais il faut tenir compte de deux choses : l’accès aux ondes et la saine concurrence. Détenir une station de télé ou de radio, c’est aussi détenir un permis de diffusion, un privilège qui est encadré et qui doit respecter des critères nombreux. Le CRTC encadre l’émission des permis et les entreprises qui les obtiennent doivent respecter des normes.

Et puis, il faut réaliser que « libre marché » n’est pas un synonyme de « saine concurrence ». Il a été maintes fois démontré qu’un marché libre n’est pas nécessairement raisonnable et équilibré. L’intervention du gouvernement, du CRTC ou du Bureau de la concurrence a pour objectif de s’assurer que le marché demeure ouvert, concurrentiel et efficace.

Est-ce qu’une industrie est encore concurrentielle quand une entreprise détient le tiers des parts d’écoute comme Bell aurait pu avoir dans les marchés anglophone (43 % ) et francophone (34 %)? On peut aussi se poser la question à propos de Québecor en passant, qui détient environ 30 % des parts d’écoute du marché québécois francophone.

Logo de Progress EnergyPour des raisons différentes, Ottawa a refusé de permettre l’acquisition de la société canadienne gazière et électrique Progress Energy par le géant malaisien Petronas. Cette transaction ne servirait pas l’intérêt des Canadiens selon le gouvernement, qui cherche à assurer sa sécurité énergétique.

Le gouvernement avait aussi bloqué la transaction prévoyant l’acquisition du producteur canadien de potasse Potash par la société anglo-australienne BHP Billiton en 2010. Et on attend sa décision en novembre sur la proposition d’acquisition déposée par la société d’État chinoise CNOOC pour le producteur énergétique canadien Nexen, transaction évaluée à 15 milliards de dollars.

Logo de Nexen
Dans les cas de Petronas et dans la perspective d’un refus de la transaction CNOOC-Nexen, on peut se poser des questions sur l’avenir des relations entre le Canada et les pays en développement, en particulier la Chine. Stephen Harper multiplie les accords de libre-échange, mais les transactions bloquées par le gouvernement ou par une entité de l’État n’envoient-elles pas un message contraire?

En même temps, soyons honnêtes : si vous croyez à la concurrence, si vous voulez stimuler vos entreprises, comment pourrait-il en être autrement? Un marché compétitif, concurrentiel et efficace, qui stimule l’économie canadienne, n’est-ce pas le premier objectif que doit poursuivre un gouvernement? C’est ce qui a motivé Ottawa dans les dossiers de Potash et de Progress. C’est ce qui a motivé le CRTC aussi. C’est ce qui motive en fait ces interventions dans le libre marché au nom d’une bonne marche de l’économie.

Maintenant, qu’en sera-t-il de l’offre de CNOOC pour Nexen?

Quelle surprise!

Le CRTC a décidé de refuser la transaction Bell-Astral, prenant ainsi tous les analystes par surprise. Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications, la transaction évaluée à 3,38 milliards de dollars n’aurait pas servi l’intérêt des Canadiens et celle de l’industrie.

Logo du CRTCDans la décision, le CRTC affirme qu’après la transaction, Bell aurait eu 42,7 % des parts d’écoute au Canada anglais et de 33,1 % dans le marché francophone, ce qui aurait octroyé une position encore plus dominante à BCE au Canada et un niveau de parts semblable à Québecor au Québec.

La nouvelle BCE aurait eu 107 stations de radio, 2 réseaux nationaux de télévision et 49 réseaux de chaînes spécialisées. Le patron du CRTC Jean-Pierre Blais affirme que d’accepter une telle transaction aurait permis une « consolidation sans précédent » et aurait pu mener à des « pratiques anticoncurrentielles » de BCE.

En télévision, « 63 % de tous les revenus des services payants et spécialisés » se seraient retrouvés dans les coffres de BCE. En radio, « BCE n’a fait part d’aucune vision » et « n’a pas pris d’engagements fermes ».

Après avoir permis une concentration continue des médias au Canada et le développement d’entreprises verticales (production + distribution + plateformes de diffusion), le CRTC appuie sur le frein. Une nouvelle ère s’annonce.

BCE est perdante, elle ne pourra plus croître par acquisition. Est-ce qu’Astral pourra être achetée dans le contexte actuel? Rogers, Telus et surtout Québecor sortent grandes gagnantes de cette décision. Le concurrent tant craint au Québec par Québecor ne verra pas le jour.

Le CRTC sera-t-il à la hauteur?

Lundi 10 septembre 2012 à 14 h 48 | | Pour me joindre

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Le CRTC doit se prononcer sur l’acquisition d’Astral par Bell, transaction de 3,38 milliards de dollars. Pour y arriver, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes tient des audiences publiques cette semaine à Montréal. Des entreprises des secteurs du multimédia, des télécommunications, de la radio, des producteurs, des groupes cinématographiques et des associations de consommateurs vont s’exprimer sur la transaction.

Le pdg de Bell, George Cope.

Depuis plus d’une décennie, le CRTC a peu fait pour réduire la concentration des médias. En fait, on pourrait même penser qu’elle l’a encouragée en raison de ses décisions. Au fil du temps, le Conseil a rendu des décisions favorables aux acquéreurs tout en leur demandant de réduire leurs parts dans certains marchés, en se délestant de quelques stations de radio ou de télévision. On peut penser qu’il en sera ainsi dans le projet d’acquisition d’Astral par Bell.

Bell possède une trentaine de chaînes de télévision, notamment CTV et RDS, et 33 stations de radio. Astral est propriétaire de 24 chaînes de télévision spécialisée, dont Canal Vie et Séries+, ainsi que de 84 stations de radio.

En 2010-2011, selon le CRTC, Bell détenait 33,7 % du marché de la télé anglophone au pays. Cette part ne bougera pas, selon Bell, avec l’acquisition d’Astral, mais la part au Québec passerait de 6 à 24,4 %. Les opposants, Cogeco, Quebecor, Telus et Rogers, font valoir que BCE se retrouverait avec près de 40 % du marché de la télé dans tout le pays.

Cette transaction se ferait à l’intérieur du cadre officieux que s’est donné l’organisme, c’est-à-dire une part de marché qui ne doit pas dépasser, en principe, la barre des 35 % dans un même marché. Bell dit respecter ce modèle (34 anglo, 24 franco), mais les opposants sont d’avis qu’il faut regarder la portée pour tout le pays.

Tout de même, dans tous les cas, si le CRTC dit oui à la transaction, il dit oui aussi à une concentration plus grande des médias. En fait, la réalité, c’est que le CRTC favorise la concentration des médias au Canada depuis les années 90. De grands groupes se sont bâtis pour créer des structures verticales : Bell et Quebecor en sont de bons exemples.

Ces entreprises vous offrent le câble ou le satellite, sont propriétaires de chaînes de télé et de journaux, produisent du contenu télé, rassemblent leurs équipes d’informations pour créer du contenu à distribuer sur plusieurs plateformes, achètent du contenu vivant pour alimenter leurs réseaux et supports technologiques (équipes de sports, producteurs de spectacles, etc.) et le rouleau compresseur de la convergence et de la concentration poursuit sa route à vive allure.

Si le CRTC a la commande politique de favoriser davantage le libre marché, le résultat est tout autre. On ne favorise pas la concurrence en permettant une plus grande concentration des médias. Deux questions se posent : 1- le CRTC doit-il revoir ses lignes directrices en matière de concentration? 2- Si elle devait refuser la transaction Bell-Astral, serait-elle tenue d’imposer de nouvelles règles à Qeébecor, qui détient environ 35 % du marché de la télé au Québec?

Cette décision à venir du CRTC est importante. Le Conseil élèvera-t-il la réflexion au-delà de la transaction Bell-Astral, de l’opposition orchestrée par Quebecor pour aller plus loin et réfléchir à l’état de la concurrence dans le marché des médias et à l’intérêt des Canadiens?

Il est clair que l’offre de Bell pour Astral ne va pas passer comme une lettre à la poste. Si le CRTC accepte la transaction évaluée à 3,38 milliards de dollars, Bell se retrouvera avec 37,6 % des parts de marché dans l’écoute télévisuelle en plus de dominer le marché radiophonique. Bell deviendrait ainsi un puissant joueur dans la production de contenu, la diffusion et la distribution (téléphonie, Internet, satellite, fibre, etc.).

Il est donc normal que certains expriment des réticences, voire une opposition totale à ce que cette transaction soit conclue. Il y a un lieu pour exprimer son opposition : le CRTC. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications reçoit jusqu’à jeudi les commentaires sur la vente d’Astral à Bell. Puis, les audiences publiques commenceront le mois prochain.

Pierre Karl Péladeau Quebecor, Cogeco et Eastlink ont décidé de ne pas attendre ces audiences et de lancer une offensive publique contre la transaction. Lettre dans les journaux, site web et conférence de presse pour demander aux Canadiens d’exprimer leur opposition à la transaction. Que Cogeco veuille défendre le marché radiophonique qui est le sien est une chose. Mais que Quebecor vienne dénoncer une concentration du marché de la télé entre les mains d’une seule entreprise nous oblige à poser de sérieuses questions à cette entreprise.

En fait, il faut poser beaucoup de questions sur la transaction BCE-Astral qui donnera un avantage concurrentiel exceptionnel à BCE. Mais on doit aussi poser des questions à Quebecor aujourd’hui, qui lance publiquement une charge contre ses concurrents.

Pourquoi Quebecor peut-elle dominer le marché québécois avec 35 % des parts de marché dans l’écoute télévisuelle et que BCE ne pourrait pas en faire autant avec 37,6 % du marché canadien (et 32 % au Québec)? Pourquoi est-ce deux poids deux mesures entre le Québec et l’ensemble du Canada? Pourquoi Pierre Karl Péladeau considère-t-il qu’au Québec, le marché de la télé se livre à une « saine concurrence », alors qu’un niveau de part de marché semblable pour son concurrent Bell dans l’ensemble du Canada menace la concurrence, le marché de la publicité et les prix pour les consommateurs?

Pierre Karl Péladeau et Louis Audet répondent que le marché a changé depuis l’acquisition de TVA par Vidéotron, puis de Vidéotron par Quebecor. Ils affirment aussi que le débat n’est pas québécois, mais canadien et que c’est l’avenir du pays qui est en jeu. N’empêche, le résultat des transactions Vidéotron-TVA-Quebecor a été le même que celui qui s’annonce avec la transaction Bell-Astral : une plus grande concentration des médias.

Alors, pourquoi c’était bon pour Quebecor et que ce ne le serait pas pour BCE ?

Souhaitons que les audiences du CRTC nous donnent d’excellents débats et une vraie réflexion sur cet enjeu.

La vente d’Astral à BCE marque une étape importante de l’histoire des médias du Québec. Après la vente et la disparition de Radiomutuel, puis celle de Télémédia, voilà qu’un joueur majeur de la télé et de la radio au Québec est avalé par le conglomérat BCE. Cette transaction est marquante pour des raisons financières, stratégiques et historiques.
 
George Cope et Ian GreenbergD’abord, Bell ajoute 24 chaînes de télévision aux 28 qu’elle possède déjà : on ajoute notamment Super Écran, Canal Vie, Canal D, Musique Plus aux chaînes CTV, TSN et RDS entre autres. Bell s’offre aussi 84 stations de radio, en plus des 30 qu’elle possède. NRJ, Rouge FM, Boom FM, EZ Rock s’ajoutent à l’offre de BCE. Cela dit, Bell devra probablement se départir de certaines stations dans le Canada anglais pour que la transaction soit approuvée par le CRTC. Bell met aussi la main sur la division d’affiches extérieures d’Astral et son contenu numérique. Dorénavant, Bell va dominer dans tous les secteurs au Canada : télévision, radio, Internet, téléphonie, distribution.
 
Deuxièmement, BCE devient un joueur de premier plan au Québec. La part de marché de Bell dans la télévision francophone passera de 6 à 32 % contre 35 % pour Quebecor, propriétaire de la chaîne de télé la plus importante au Québec, TVA. Pour un annonceur, l’offre de Bell sera bien plus complète que par le passé, d’un océan à l’autre, sur toutes les plateformes.
 
Et puis, quel coup de Ian Greenberg, grand patron d’Astral, propriétaire de 12 % des actions et de 63 % des actions multivotantes! On peut dire qu’il vend au bon moment. Les revenus publicitaires de la radio sont moins intéressants que par le passé. Les revenus d’abonnement des télés spécialisées sont de moins en moins stables. Et il devenait de plus en plus difficile pour Astral de dépendre des grands distributeurs que sont Rogers, BCE et Vidéotron, qui imposent la marche à suivre en exigeant dorénavant que les contenus soient disponibles sur les mobiles, le web et à la télé.
 
Surtout, Ian Greenberg a été un bâtisseur du monde médiatique québécois, comme les Beaulne, Beauchamp, de Gaspé Beaubien, Chagnon et j’en passe. Aujourd’hui, il a tenu à saluer ses employés, les artisans de son succès, ce qui est tout à fait honorable.
 
Plusieurs se demandent aujourd’hui si la culture Astral va survivre à Bell, si elle va demeurer intacte, si Bell va imposer ses façons de faire, une structure souvent décrite dans les corridors comme étant lourde et distante?