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Dette du Québec : lunettes roses?

mercredi 18 décembre 2013 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons écouté Jacques Parizeau cette semaine nous parler des finances publiques du Québec. Pour les uns, c’est un sage qui parle, un très grand connaisseur de la finance et de l’économie du dernier demi-siècle au Québec. Il faut l’écouter.

Pour d’autres, Jacques Parizeau est un homme du passé qui regarde les chiffres avec des lunettes anciennes et une analyse qui n’est plus appropriée à la réalité d’aujourd’hui.

Il est clair que le discours de l’ancien premier ministre (1994-1996) et ancien ministre des Finances (1976-1984) détonne des propos habituellement inquiets, préoccupés, alarmistes peut-être, sur l’état de santé des finances publiques du Québec. Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, Jacques Parizeau nous a demandé de cesser de dramatiser la dette, qu’au fond, en nous comparant avec nos pairs, nous sommes « désespérément normaux ».

N’empêche, l’agence de notation Fitch, agence assez dynamique dans la notation des États, est venue, semble-t-il, à un cheveu d’abaisser la note de crédit du Québec. La première ministre Pauline Marois a dû intervenir auprès de l’agence pour expliquer le plan de match de son gouvernement en matière de contrôle des dépenses et de stimulation de l’économie.

L'ancien premier ministre du Québec, Jacques ParizeauLa note sur la dette du Québec est sous surveillance avec perspective négative pour Fitch. Et, selon Christian Dubé, porte-parole de la CAQ en matière de finances, d’autres agences sont préoccupées et pourraient placer la note de crédit du Québec sous surveillance avec perspective négative. Pour l’instant toutefois, à part Fitch, aucune des institutions n’a exprimé publiquement une inquiétude à propos du plan de retour à l’équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.

Le député Dubé accuse Jacques Parizeau de porter des « lunettes roses ». L’ancien premier ministre nous a dit, en entrevue, qu’il fallait comparer des pommes avec des pommes. Le gouvernement fédéral exprime sa dette en fonction des déficits cumulés, ce qui lui donne un ratio d’un peu plus de 33 % par rapport au PIB. Pourquoi devons-nous, au Québec, toujours attirer l’attention sur la dette brute, qui est à 54 % du PIB? Pourquoi, nous, prenons-nous la dette la plus impressionnante, se demande Jacques Parizeau, alors que les autres ne le font pas?

Définissons les types de dettes :

  • La dette du secteur public représente la dette du gouvernement, des réseaux de santé et d’éducation, la dette d’Hydro-Québec, des municipalités et des autres entités du gouvernement. Total d’environ 260 milliards de dollars, soit 73 % du PIB approximativement.
  • La dette brute représente la dette du gouvernement et le passif net au titre des régimes de retraite et des avantages sociaux futurs. On soustrait les sommes investies dans le Fonds des générations. Total de 192 milliards, soit près de 54 % du PIB.
  • La dette nette, c’est la dette brute à laquelle on soustrait les actifs financiers, soit les investissements en immobilisations (immeubles, biens meubles, etc.). Total de 175 milliards, soit 49 % du PIB.
  • Et puis, la dette représentant les déficits cumulés soustrait également de la dette nette les actifs non financiers, c’est-à-dire les actifs qu’on ne peut pas négocier sur un marché et qui ne rapportent pas de revenus. Donc, en soustrayant tous les actifs de la dette brute, on arrive à la dette représentant les déficits accumulés qui totalise 118 milliards, soit 33 % du PIB.

Jacques Parizeau a raison de dire que pour bien comparer les dettes avec les autres gouvernements, c’est la dernière mesure qui est le plus souvent utilisée. En effet, à la page 319 du dernier budget fédéral, le ministre des Finances Jim Flaherty utilise bel et bien la dette représentant les déficits cumulés en parlant de la dette fédérale. À 608 milliards de dollars, cette dette représente 33,5 % du PIB à la fin de l’exercice 2012-2013 pour le Canada. Au Québec, cette même dette est à 33 %.

Le député Christian Dubé, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de financesCela dit, Christian Dubé me faisait remarquer que les provinces sont responsables d’un niveau d’infrastructures élevé, ce qui n’est pas le cas pour le fédéral. Dans les circonstances, il est d’avis qu’on devrait s’intéresser le plus souvent à la dette nette, qui serait, selon lui, la plus représentative. Il met pourtant en évidence, sur son blogue, ce que la dette la plus « heavy metal », la méga-dette (permettez l’allusion !) qui inclut toutes les dettes de toutes les entités sans tenir compte des actifs. C’est la dette que met toujours en évidence l’IEDM.

Cela dit, les défis du Québec sont multiples : la population active est appelée à baisser avec le vieillissement accéléré de la population. Les coûts de santé iront grandissant. Le CIRANO affirme que la croissance des dépenses va largement dépasser la croissance des revenus. Et le contrôle des dépenses demeure un défi constant, un défi que le ministre Marceau donne l’impression de relever pour l’instant. Mais il ne faut en rien baisser les bras.

Jacques Parizeau a-t-il raison de nous dire que c’est gérable ? Christian Dubé a-t-il raison de s’inquiéter d’une décote de la note du Québec?

Relativiser la dette américaine…

vendredi 25 janvier 2013 à 13 h 30 | | Pour me joindre

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Bien à gauche, on la minimise. Bien à droite, on l’exagère! La dette américaine soulève les passions! Le plafond de la dette dépasse maintenant les 16 000 milliards de dollars et, une fois de plus, l’enjeu provoque des affrontements entre républicains et démocrates à Washington. La situation s’est apaisée ces derniers jours, mais une joute politique non productive pourrait malheureusement reprendre bientôt.

Le président américain Barack Obama avec, à sa droite, le chef de file des républicains à la Chambre des représentants, John Boehner, et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner Il faut dire que le niveau de la dette est passé de 46 à 103 % du PIB en cinq ans aux États-Unis. C’est impressionnant. C’est un bond énorme, spectaculaire, terrifiant diront certains. Mais… mais il faut aller au-delà des chiffres!

Cette formidable poussée de l’endettement aux États-Unis est attribuable à la crise financière, à la Grande Récession et aux milliers de milliards de dollars que le gouvernement américain a dû injecter dans ses banques, dans l’industrie automobile, dans l’économie et dans les marchés financiers pour sauver le pays!

Aussi, cette incroyable progression de l’endettement américain s’est accompagnée d’une tout aussi incroyable progression de l’endettement des autres pays occidentaux. Le ratio de la dette par rapport au PIB a doublé en Allemagne, en Espagne, au Canada (en comprenant les provinces) et a progressé de 15 à 40 % en France, en Grèce, en Italie et au Japon, pour ne nommer que quelques-uns des grands pays.

Dette / PIB                    2007     2011

Allemagne                    41           81

France                           67          86

Grèce                           125        165

Espagne                        30          69

Italie                             105        120

Japon                           150        206

Canada                          40          84  (dettes fédérale et provinciales)

Canada                          30          34  (dette fédérale seulement)

Sources : Université de Sherbrooke, FMI

Ce qui est important pour les agences de notation et pour les opérateurs de marché, c’est la crédibilité du processus budgétaire d’un gouvernement, ce sont les perspectives de croissance et la capacité de l’État à rembourser normalement la dette et les intérêts qui y sont associés.

La chicane politique aux États-Unis a beaucoup plus d’effet que le niveau de la dette à 103 % du PIB. Les États-Unis sont en croissance. La situation économique ne cesse de s’améliorer, même si c’est lent, inégal et fragile. Les pouvoirs politique et monétaire peuvent agir avec vigueur pour stimuler l’économie et le crédit.

Le vrai problème aux États-Unis, il est idéologique et partisan. L’intérêt des uns et des autres au Congrès semble primer sur l’intérêt réel de l’économie américaine. C’est ce qui fait que nous avons connu un psychodrame sur le plafond de la dette à l’été 2011 qui a failli replonger les États-Unis en récession. Et c’est pour ça aussi qu’on a connu un nouvel épisode de cette mauvaise série au cours des derniers mois, qu’on a appelé « le précipice budgétaire ».

Il faut s’intéresser aux faits. La note de crédit des États-Unis a été abaissée par une seule agence en 2011, ce qui n’a pas fait broncher d’un cheveu les marchés. Washington peut emprunter à sa guise sur les marchés, à faibles taux d’intérêt et la demande demeure très forte. Et les agences maintiennent la note parfaite du pays.

Alors, comment se fait-il que le niveau d’endettement actuel ne provoque pas une montée des coûts d’emprunt? Comment se fait-il que les agences de notation n’expriment pas avec angoisse leur inquiétude face à ce taux d’endettement, qui dépasse les 100 % et qui a augmenté rapidement?

La réalité, c’est que l’économie américaine est encore sous perfusion des autorités politiques et monétaires. La réalité aussi, c’est que les États-Unis remboursent leur dette sans faillir et que son plan de réduction du déficit est jugé crédible. Le seul danger, c’est une autre crise politique au Congrès.

Entre minimiser le problème de la dette et en exagérer sa portée, il faut relativiser.

Budget taillé sur mesure pour rassurer!

mercredi 21 novembre 2012 à 15 h 39 | | Pour me joindre

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Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a donné toutes les réponses-clés qu’on pourrait attendre d’un plan visant à calmer des appréhensions, si tel était le cas, qui proviendraient d’agences de notation ou des milieux d’affaires.

Nicolas MarceauEst-ce le cas? Est-ce que des inquiétudes ont été exprimées au ministre par des agences? On nous dit que non. Mais le budget est taillé sur mesure pour leur plaire, pour plaire aux financiers, aux entreprises, aux patrons, aux milieux économiques.

Avait-il le choix? Est-ce le bon premier budget à présenter?

Un plan pour revenir à l’équilibre?

Oui! Et la cible est ambitieuse : croissance des dépenses de seulement 1,8 % en 2013-2014. En plus des compressions exigées dans les ministères, des hausses de taxes et de tarifs sont prévues. Des gains d’efficience sont aussi exigés dans les sociétés d’État, en particulier à Hydro-Québec.

Avez-vous un plan pour réduire le poids de la dette?

La réponse est oui et ça va se faire en ralentissant la croissance des investissements dans les infrastructures. Ça veut dire : moins d’emprunts sur les marchés, moins d’endettement. La dette brute va encore grimper, mais son poids par rapport au PIB va se mettre à baisser.

Conservez-vous le Fonds des générations?

Oui! Contrairement à ce qui avait été annoncé en campagne électorale, le PQ ne vide pas le Fonds pour rembourser la dette. Il le maintient, prend seulement 1 milliard pour l’affecter à la dette et bonifie le Fonds en prévoyant y verser toutes les redevances minières et la nouvelle taxe annoncée sur la bière, le vin et les spiritueux. Les agences ont salué la création de ce Fonds. Sa disparition aurait possiblement généré des grincements de dents.

Avez-vous une stratégie pour attirer les investisseurs?

Oui! Alors qu’on a beaucoup misé sur les investissements publics dans les infrastructures pour stimuler l’économie dans les dernières années, ce budget fait la part belle à l’investissement privé :

  • congé d’impôt pendant 10 ans pour les sociétés qui ont des projets de plus de 300 millions de dollars;
  • 500 millions pour les régions grâce à la nouvelle Banque de développement du Québec;
  • crédit d’impôt à l’investissement pour les PME;
  • crédit d’impôt bonifié pour le secteur pharmaceutique;
  • des fonds de relancer pour la Mauricie-Centre-du-Québec et Asbestos;
  • des fonds pour l’électrification des transports.

Cela dit, tout est à faire. Contrairement au gouvernement fédéral, qui avait un plan très détaillé des compressions à faire dans les ministères et organismes, le travail est à faire. On coupe où? On coupe quoi et quand? Quels services sont touchés?

Par ailleurs, le gouvernement Marois a officialisé le changement de mandat de la Caisse de dépôt. Dorénavant, le rendement et le développement économique du Québec occupent une place équivalente et représentent deux missions essentielles de la Caisse.

Depuis 2004, le mandat de la Caisse établi par le gouvernement Charest était celui-ci : « Faire fructifier l’argent de nos clients, les déposants, tout en contribuant au développement économique du Québec. »

Dans son discours mardi, le ministre des Finances Nicolas Marceau a déclaré que « la Caisse dispose, plus que jamais, des ressources nécessaires pour s’acquitter des deux volets de sa mission, à savoir : obtenir un rendement optimal et contribuer au développement économique du Québec ». La deuxième mission n’est plus subordonnée à la première.

On nous dit que le PDG Michael Sabia est à l’aise avec cette nouvelle définition. Dans un discours prononcé il y a deux ans, le 4 novembre 2010, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, il affirmait : « On ne peut pas séparer artificiellement les questions de rendement et de développement économique du Québec. Les deux vont de pair. »

Avec raison, on se demande encore aujourd’hui ce que l’agence de notation Standard and Poor’s cherche vraiment à faire en menaçant d’abaisser à court terme la notation de 15 des 17 pays de la zone euro. L’agence pousse le bouchon un peu plus en affirmant que la France est plus à risque encore : on pourrait vous arracher votre note parfaite et, en plus, on pourrait l’abaisser de deux crans!

AFP

Quelle intervention étrange de l’agence Standard and Poor’s, n’est-ce pas? Et que dire du choix du moment? La Grèce et l’Italie viennent d’adopter des mesures d’austérité jugées satisfaisantes par les autorités européennes.

L’aide négociée avec la Grèce est versée normalement et un soutien semble s’organiser pour appuyer l’Italie. Les dirigeants français et allemand annoncent des mesures pour resserrer l’encadrement des budgets de la zone, préconisent la mise en activé du fonds de stabilité financière dès 2012 et appellent à la négociation d’un nouveau traité européen dans les prochains mois.

Et un sommet de la zone euro est prévu jeudi et vendredi pour parler de tout ça.

Pourquoi l’agence Standard and Poor’s choisit-elle d’intervenir maintenant? Et pourquoi s’acharner ainsi sur la France? Le pays a déjà adopté deux plans d’austérité, en août et en novembre, qui totalisent près de 20 milliards d’euros. Il en faut plus? Plus d’austérité, dans un pays où la croissance est presque nulle, où le chômage approche les 10 %? Plus d’austérité, vraiment?

Standard and Poor’s donne l’impression d’intervenir dans le jeu politique, de façon stratégique, pour imprimer son autorité et bousculer la rencontre de la fin de la semaine. C’est le constat, en tout cas, de plusieurs intervenants politiques, économiques et financiers en Europe.

Michael Fuchs, le numéro deux du CDU, le parti d’Angela Merkel, parle d’un « calcul d’ordre politique » d’une agence de notation américaine qui a pour but de détourner l’attention des États-Unis et de leur propre problème d’endettement. Même constat dans l’opposition en Allemagne. Rainer Brüderle, ancien ministre de l’Écologie et membre du parti libéral FDP affirme que « quelquefois, il est difficile de se défaire de l’impression que certaines agences de notation et certains gestionnaires de fonds américains travaillent contre la zone euro ».

Dans les banques centrales, l’étonnement est tout aussi grand. Ewald Nowotny, membre de la Banque centrale d’Europe et gouverneur de la Banque d’Autriche, affirme « qu’il s’agit d’une déclaration politique liée au sommet [de la fin de la semaine] ».

Christian Noyer, gouverneur de la Banque centrale de France, exprime la même suspicion. « La méthodologie [de Standard and Poor’s], explique-t-il, a évolué et est maintenant plus liée à des facteurs politiques qu’aux fondamentaux économiques. [Cette décision] arrive, une nouvelle fois, complètement à contre-temps, au lendemain d’un accord franco-allemand sur un paquet de gouvernance extrêmement puissant. »

Le ministre des Finances d’Allemagne Wolfgang Schäuble refuse de tomber dans la théorie du complot. Selon lui, c’est la « meilleure motivation possible pour le sommet de cette semaine. […] Je ne peux rien imaginer de plus efficace », a-t-il déclaré.

Sur le front politique, la tension qui grandit dans la zone euro est en train de jeter un froid dans la relation franco-allemande. Et, à un peu plus de cinq mois de la présidentielle (premier tour : 22 avril), cette tension provoque la pagaille dans le débat politique français.

Sources : Le Monde, Libération, cbanque.com

La journée se terminait, la Grèce avait encore retenu l’attention en ce début de semaine, les opérateurs de marché s’inquiétant de la capacité du pays à répondre à toutes les demandes des autorités européennes, de lourdes exigences que j’ai énumérées dans ce blogue hier.

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