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Lente croissance économique, menaces terroristes, défis écologiques, inégalités grandissantes, lourdes dettes publiques : cette année 2016 s’amorce sur une panoplie de défis complexes, exigeants, inquiétants. J’éviterai ici de me prendre pour un expert géopolitique et de me lancer dans une savante analyse de ce qui devrait être fait pour combattre le terrorisme. Mais, face aux autres enjeux, les décideurs économiques et politiques ont le pouvoir d’agir maintenant.

Ce n’est pas d’un coup de baguette magique qu’on va effacer les déficits, ramener la croissance à plus de 2 %, plafonner le réchauffement climatique et renverser la courbe des inégalités. Mais c’est par des décisions courageuses, intelligentes et durables qu’on va y arriver.

C’est en misant sur la recherche, le développement et l’innovation qu’on fait grandir une économie et qu’on améliore sa productivité. C’est en misant sur l’éducation – de la formation professionnelle à la fin des études universitaires – qu’on enrichit une population et améliore le niveau de bonheur.

Et c’est sans doute par une meilleure coordination des politiques internationales, entre les pays les plus avancés, qu’on pourrait espérer réduire les inégalités sociales et les écarts de richesse. Dans sa dernière étude, Oxfam constate, une fois de plus, que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres grandit toujours. Dorénavant, les 1 % les plus riches sont mieux nantis que tout le reste de la population mondiale, les autres 99 %.

Le problème, on le connaît, mais il demeure entier. Quantité de gens riches et de multinationales ne paient pas les impôts qu’ils devraient payer, là où ils devraient les payer. Entourloupettes fiscales légales, paradis fiscaux, niches fiscales avantageuses, incitatifs fiscaux, nommez-les, des milliards et des milliards ne sont pas récoltés par les gouvernements et ne sont pas redistribués dans la population, chez ceux qui pourraient en bénéficier.

Les grandes organisations internationales, de gauche comme de droite, qu’elles soient très favorables ou peu enclines au libre marché, le savent et le reconnaissent : les inégalités n’augurent rien de bon sur le plan économique. Ça ne favorise pas le bonheur et, dans une société de consommation où le pouvoir d’achat ne s’améliore pas, ça ne génère pas de croissance économique. Plus encore, les inégalités créent des tensions sociales.

Alors, soyons optimistes quand même : l’humanité est capable d’innover, de créer, de changer les choses. Il y a des milliers d’exemples, souvent à petite échelle, de gens et de communautés qui se prennent en main, qui inventent, qui choisissent la solidarité pour créer de la richesse.

En ces temps particulièrement pénibles, avec les attaques terroristes qui se multiplient, espérons que nos décideurs vont s’élever au-dessus de la mêlée en proposant des projets verts, durables, innovants, justes et créateurs d’emplois.

Pourquoi moins de riches au Québec?

mardi 3 novembre 2015 à 14 h 14 | | Pour me joindre

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Le Québec est la seule province au pays à voir son nombre de personnes faisant partie des 1 % les plus riches baisser. Ils étaient 43 360 à faire partie de ce club sélect en 2012. Ils sont passés à 40 825 en 2013, une baisse de près de 6 %. Dans l’ensemble du pays, nous sommes passés de 261 365 individus faisant partie des 1 % les plus riches en 2012 à 264 030 en 2013.

Comprenons-nous bien : on ne parle pas d’une fuite des capitaux au Québec. On parle plutôt d’une hausse du seuil de revenus pour faire partie des 1 % les plus riches qui est venue exclure, en 2013, des gens qui faisaient partie du grand club en 2012. Je vais y revenir.

C’est l’Alberta qui a bénéficié de la hausse la plus importante du nombre de personnes dans les 1 % les plus riches en raison, bien sûr, de l’exploitation des ressources. La part des personnes faisant partie de ce groupe dans le Canada et qui se trouve en Alberta est passée de 12,7 % en 2000 à 23,6 % en 2013. En Ontario, la chute est marquée sur la même période : on est passé de 51,7 % à 41,2 %. Mouvement à la baisse au Québec aussi, mais moins prononcé : en 2000, 17,2 % des 1 % et plus se trouvaient au Québec. En 2013, c’était 15,5 %.

Il est facile de comprendre pourquoi il y a de plus en plus de riches en Alberta. Il est plus difficile de saisir ce qui s’est passé au Québec pour que le nombre de personnes faisant partie des 1 % les plus riches soit en baisse. Première explication : le seuil du 1 % a rapidement augmenté en raison de la richesse du pétrole, ce qui ne favorise pas le Québec. Mais, l’Ontario n’est pas vraiment plus favorisé, mais son nombre monte tout de même.

Deuxième explication : les riches du Québec sont moins riches qu’en Alberta ou en Ontario. Il y a probablement plus de membres du club du 1 % au Québec qui sont sur la limite qu’ailleurs au pays.

Et puis, autre explication possible : la fiscalité.

La concurrence fiscale joue un rôle majeur dans le déplacement des personnes les plus riches et des entreprises. La conférence TaxCoop, qui se tient ces jours-ci à Montréal, souligne avec raison l’impact de cet affrontement fiscal qui est en cours. Les provinces, les États, les pays ont tendance à réduire leurs impôts pour attirer des investissements. Cette compétition sur le plan fiscal réduit de plus en plus la capacité financière des gouvernements à soutenir leurs services publics. Et les endroits, qui vont dans le sens inverse, ne sont pas majoritaires.

Le gouvernement de Pauline Marois a tenté en 2012 d’augmenter les impôts des mieux nantis. Mal lui en prit, un branle-bas de combat s’est engagé dans la communauté d’affaires pour que le gouvernement revoie ses plans. Ce qu’il a fait en limitant la hausse des impôts. Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau, qui arrive au pouvoir au Canada, veut augmenter les impôts des personnes gagnant 200 000 $ et plus. Déjà, des gens d’affaires et des fiscalistes expriment leur opposition : en haussant le niveau d’imposition des plus riches, en additionnant l’impôt des provinces, le taux effectif dépassera le seuil apparemment psychologique de 50 %, ce qui pourrait favoriser le déplacement géographique fiscal ou l’évitement fiscal.

On comprend facilement que sans coordination fiscale, les efforts des provinces, des États et des pays qui veulent trouver des solutions durables seront vains. Hausser les impôts des entreprises et des plus riches n’est pas tendance ces jours-ci. Faire le contraire est la norme, semble-t-il, mais à quel prix? Les entreprises canadiennes ont pour 700 milliards de dollars en liquidités, de l’argent qui attend pour être investi dans l’innovation et l’emploi. Les gouvernements ont de plus en plus de mal à atteindre l’équilibre budgétaire.

Comment faire pour ralentir et mettre fin à cette guerre fiscale dont nous parle la fiscaliste Brigitte Alepin et qui est expliquée avec efficacité dans le film Le prix à payer?

Les gros chiffres américains

lundi 2 février 2015 à 17 h 12 | | Pour me joindre

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obama

Je lis régulièrement que les États-Unis ont perdu le contrôle de leur dette et de leurs finances publiques et que ce pays est tout simplement en faillite. Pourtant, en prenant le temps de regarder les faits, c’est très exactement le contraire qui est en train de se produire. La croissance économique est solide et l’administration Obama est parvenue à faire passer le déficit annuel de 9,8 % en 2009 à 3,2 % en 2015 avec l’objectif de la réduire encore à 2,5 % en 2016.

En fait, le problème, c’est qu’une quantité phénoménale de commentateurs et de politiciens lancent des gros chiffres impressionnants dans l’espace public sans les mettre en contexte et sans que personne ne vienne le faire ensuite. Une dette de 19 000 milliards de dollars paraît indécente à première vue. C’est près de 103 % du PIB américain, alors que le Royaume-Uni, le Canada et la France tournent autour de 90 %. L’Allemagne est en bas de 80 %, alors que l’Italie est à plus de 130 %. Le Japon est à 227 % de son PIB. Ça ne signale pourtant pas de faillite à l’horizon, puisque la dette du pays est détenue essentiellement par les Japonais.

La dette de la Grèce, à titre d’exemple, est de 322 milliards d’euros, soit 363 milliards de dollars américains. La dette américaine est 50 fois plus importante, mais en pourcentage du PIB, celle de la Grèce représente 175 % de son PIB.

La dette, en pourcentage du PIB, n’a jamais été aussi élevée depuis 1950 aux États-Unis. Mais les déficits ne cessent de baisser depuis six ans et la dette est plus faible qu’estimée par l’administration Obama. Et, par rapport au PIB, la dette sera réduite dans les prochaines années, même si sa valeur augmente de 60 % dans la prochaine décennie.

defedde

Les États-Unis sont parvenus à relancer leur économie et depuis 2009 tout en réduisant le poids du déficit, en route vers une baisse également de la lourdeur de la dette. Washington peut maintenant s’attaquer à sa principale faiblesse : les fortes inégalités sociales, les plus importantes des pays occidentaux.

Le président Obama annonce ainsi la fin de l’austérité. À moins de 3 % du PIB, le déficit est sous contrôle, laisse-t-il entendre. Et il est temps de tourner définitivement la page sur l’épisode douloureux de la crise financière et de la grande récession. Il propose essentiellement de :

  • taxer davantage les gains en capital en s’assurant que ce sont les 1 % les plus riches qui seront surtout touchés par cette mesure : 99 % de la hausse serait épongée par les 1 %;
  • taxer davantage les profits des entreprises américaines réalisées à l’étranger;
  • investir dans les infrastructures, l’éducation, les familles et les garderies.

Tout est relatif. Les États-Unis représentent la locomotive économique mondiale avec des notes de crédit élevées et des coûts d’emprunt très faibles. Le dollar américain est la devise privilégiée par les investisseurs. La croissance économique est solide. Bref, malgré une dette qui a l’air d’un gouffre sans fond, la situation américaine ne cesse de s’améliorer.

Le Canada et les riches

lundi 2 juin 2014 à 12 h 27 | | Pour me joindre

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Le Globe and Mail rapporte lundi matin que la rémunération totale des hauts dirigeants d’entreprises au Canada a augmenté pour une quatrième année de suite en 2013, une hausse de 11 %. Certains dirigeants ont touché des montants si élevés que certains pays du monde pourraient pratiquement en être jaloux.

La rémunération évaluée de Gerald Schwartz, grand patron d’Onex, donne le tournis. Il a obtenu l’an dernier une rétribution totalisant 88 millions de dollars. Combien? Oui, vous avez bien lu : 88 millions de dollars. C’est une hausse de 561 % par rapport à l’année précédente. Voici comment il arrive à ce montant.

Gerald W. Schwartz, PDG d’Onex, en 2013 :

  • Salaire de base : 1 339 611 $
  • Boni : 25 178 068 $
  • Options* : 61 399 347 $
  • Total : 87 917 026 $

Les autres dirigeants qui suivent dans le classement ne sont certainement pas à plaindre, bien que le plus proche concurrent de Gerald Schwartz à ce chapitre n’ait touché qu’une rémunération totale évaluée à 30 % de celle du patron d’Onex. En voici quelques-uns.

Les patrons les mieux rémunérés au Canada en 2013 :

  • Gerald W. Schwartz, Onex : 87 917 026 $
  • Nadir Mohamed, Rogers : 26 769 973 $
  • Michael M. Wilson, Agrium : 23 818 740 $

Le journal Les Affaires a réalisé aussi à la fin de la semaine dernière un classement des dirigeants les mieux rémunérés des sociétés québécoises en bourse. Le gestionnaire de portefeuille Carl Simard, de Médici, est allé plus loin en réalisant une étude de l’efficacité de ces différents dirigeants. Il a évalué le rendement du capital des investisseurs, la croissance des profits par action depuis quatre ans et les revenus du dernier exercice de l’entreprise en question.

Résultat : au jeu du rapport qualité-prix, les mieux payés ne sont pas les plus efficaces ou les plus « rentables ». Sur 45 patrons, voici les cinq mieux payés.

Les patrons les mieux rémunérés au Québec en 2013 :

  1. Jeffrey Orr, Financière Power : 11,2 millions de dollars (efficacité : 38e rang)
  2. George Cope, BCE : 11 millions de dollars (efficacité : 36e rang)
  3. Michael Roach, CGI : 8,8 millions de dollars (efficacité : 34e rang)
  4. Claude Mongeau, CN : 8,2 millions de dollars (efficacité : 31e rang)
  5. Alain Bouchard, Couche-Tard : 7,9 millions de dollars (efficacité : 32e rang)

Les faits sont têtus. Oui, les inégalités grandissent et, oui, les plus riches s’enrichissent. Et ce ne sont plus les groupes habituels qui s’en inquiètent ou seulement les économistes de gauche, c’est aussi l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques. Dans une étude publiée à la mi-mai, l’organisme expliquait combien les plus riches touchent une part « disproportionnée » de la croissance des revenus depuis 30 ans. Et le Canada fait partie des pays où la portion de revenus qui va aux 1 % les plus riches est parmi la plus élevée.

Part de la croissance obtenue par les 1 % les plus riches (de 1975 à 2007) :

  • États-Unis : 46,9 %
  • Canada : 37,3 %
  • Royaume-Uni : 24,3 %
  • Australie : 22,5 %
  • Danemark : 2,5 %

Selon l’OCDE, les charges fiscales des plus riches ont baissé pendant cette période. On est passé d’une moyenne de 70 % « dans la moitié des pays de l’OCDE dans les années 70 » à environ la moitié de ce niveau dans plusieurs pays aujourd’hui.

Il est important de préciser que ces données rassemblées ici n’ont pas pour objectif de critiquer la richesse ou les riches. Les statistiques qui sont publiées dans ce billet de blogue portent sur la concentration de la richesse.

Et ces constats nous ramènent aux travaux de l’économiste Thomas Piketty, auteur du livre Le Capital au XXIe siècle. Les inégalités tendent à grandir davantage. Dans la mesure où la croissance des pays riches est appelée à demeurer faible, les écarts de richesse représentent-ils une menace à la cohésion sociale? Doit-on taxer les revenus plus élevés pour réduire la croissance de la richesse entre les mains d’un petit groupe de gens? Ou faut-il se réjouir de cet enrichissement privé, le valoriser et y voir une réussite du modèle capitaliste?

 

*Options : produit dérivé dont le prix d’achat ou de vente est déterminé à l’avance et que le propriétaire peut acheter ou vendre quand bon lui semble.

Les classes sociales, selon Mitt Romney

mardi 18 septembre 2012 à 13 h 37 | | Pour me joindre

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Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine du 6 novembre prochain ne juge pas nécessaire de rallier 47 % des Américains qui dépendent, selon lui, de l’État et ne paient pas d’impôts. Mitt Romney,qui a fait cette déclaration sans savoir qu’elle allait se retrouver dans les médias, a affirmé, après coup, que tout cela manquait d’élégance et qu’il aurait dû trouver une formulation plus appropriée pour exprimer sa réflexion.

mitt-romneyCes mots nous ramènent à une vision de la société par classes : les riches, les pauvres; les créateurs de richesse, les personnes à charge, les assistés sociaux ; ceux qui ont du pouvoir, ceux qui subissent et attendent le soutien de l’État. Et dans l’esprit de Mitt Romney, un homme très riche, qui a bâti son succès dans les fonds d’investissement, il n’est pas nécessaire de dépenser de l’énergie pour gagner à sa cause une (grosse) partie des Américains.

Il y a un an s’amorçait le mouvement Occupons Wall Street, qui visait à dénoncer les inégalités de richesse. On a polarisé le débat en parlant du 1% représentant les plus riches de la société contre les 99 % formés par la classe moyenne et les démunis. Mitt Romney introduit une nouvelle dynamique : il y a les 47 % perdus d’avance pour lui, dépendant de l’État et ne payant pas d’impôts. Et il y a les 5 à 10 % d’indépendants qu’il juge réceptifs à ses arguments.

On peut estimer que ces propos ne font qu’exacerber les divisions et les tensions entre les uns et les autres. Le bureau du budget du Congrès américain, un organisme indépendant, a publié il y a près d’un an, des chiffres qui confirment que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de grandir. Les voici :

Croissance des revenus après impôts – 1979-2007

Groupes de revenus      0-20 %                  21-80 %                81-99 %                     1 %

Croissance                      18 %                      37 %                      65 %                      275 %

Ces données expriment une réalité économique qui n’améliore pas la paix sociale. Certes, il faut créer de la richesse pour mieux la distribuer. Mais une grande part de cette richesse se retrouve toujours entre les mêmes mains. Et on est en droit de s’attendre à ce que les candidats à la présidence présentent des mesures concrètes pour améliorer le sort de tous les Américains, sans exclusion.