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Le premier budget de Carlos Leitao

Mercredi 4 juin 2014 à 19 h 07 | | Pour me joindre

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Voici les faits saillants du premier budget du ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao :

Cliquez ici pour consulter notre dossier sur le budget Leitao

Le Canada et les riches

Lundi 2 juin 2014 à 12 h 27 | | Pour me joindre

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Le Globe and Mail rapporte lundi matin que la rémunération totale des hauts dirigeants d’entreprises au Canada a augmenté pour une quatrième année de suite en 2013, une hausse de 11 %. Certains dirigeants ont touché des montants si élevés que certains pays du monde pourraient pratiquement en être jaloux.

La rémunération évaluée de Gerald Schwartz, grand patron d’Onex, donne le tournis. Il a obtenu l’an dernier une rétribution totalisant 88 millions de dollars. Combien? Oui, vous avez bien lu : 88 millions de dollars. C’est une hausse de 561 % par rapport à l’année précédente. Voici comment il arrive à ce montant.

Gerald W. Schwartz, PDG d’Onex, en 2013 :

  • Salaire de base : 1 339 611 $
  • Boni : 25 178 068 $
  • Options* : 61 399 347 $
  • Total : 87 917 026 $

Les autres dirigeants qui suivent dans le classement ne sont certainement pas à plaindre, bien que le plus proche concurrent de Gerald Schwartz à ce chapitre n’ait touché qu’une rémunération totale évaluée à 30 % de celle du patron d’Onex. En voici quelques-uns.

Les patrons les mieux rémunérés au Canada en 2013 :

  • Gerald W. Schwartz, Onex : 87 917 026 $
  • Nadir Mohamed, Rogers : 26 769 973 $
  • Michael M. Wilson, Agrium : 23 818 740 $

Le journal Les Affaires a réalisé aussi à la fin de la semaine dernière un classement des dirigeants les mieux rémunérés des sociétés québécoises en bourse. Le gestionnaire de portefeuille Carl Simard, de Médici, est allé plus loin en réalisant une étude de l’efficacité de ces différents dirigeants. Il a évalué le rendement du capital des investisseurs, la croissance des profits par action depuis quatre ans et les revenus du dernier exercice de l’entreprise en question.

Résultat : au jeu du rapport qualité-prix, les mieux payés ne sont pas les plus efficaces ou les plus « rentables ». Sur 45 patrons, voici les cinq mieux payés.

Les patrons les mieux rémunérés au Québec en 2013 :

  1. Jeffrey Orr, Financière Power : 11,2 millions de dollars (efficacité : 38e rang)
  2. George Cope, BCE : 11 millions de dollars (efficacité : 36e rang)
  3. Michael Roach, CGI : 8,8 millions de dollars (efficacité : 34e rang)
  4. Claude Mongeau, CN : 8,2 millions de dollars (efficacité : 31e rang)
  5. Alain Bouchard, Couche-Tard : 7,9 millions de dollars (efficacité : 32e rang)

Les faits sont têtus. Oui, les inégalités grandissent et, oui, les plus riches s’enrichissent. Et ce ne sont plus les groupes habituels qui s’en inquiètent ou seulement les économistes de gauche, c’est aussi l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques. Dans une étude publiée à la mi-mai, l’organisme expliquait combien les plus riches touchent une part « disproportionnée » de la croissance des revenus depuis 30 ans. Et le Canada fait partie des pays où la portion de revenus qui va aux 1 % les plus riches est parmi la plus élevée.

Part de la croissance obtenue par les 1 % les plus riches (de 1975 à 2007) :

  • États-Unis : 46,9 %
  • Canada : 37,3 %
  • Royaume-Uni : 24,3 %
  • Australie : 22,5 %
  • Danemark : 2,5 %

Selon l’OCDE, les charges fiscales des plus riches ont baissé pendant cette période. On est passé d’une moyenne de 70 % « dans la moitié des pays de l’OCDE dans les années 70 » à environ la moitié de ce niveau dans plusieurs pays aujourd’hui.

Il est important de préciser que ces données rassemblées ici n’ont pas pour objectif de critiquer la richesse ou les riches. Les statistiques qui sont publiées dans ce billet de blogue portent sur la concentration de la richesse.

Et ces constats nous ramènent aux travaux de l’économiste Thomas Piketty, auteur du livre Le Capital au XXIe siècle. Les inégalités tendent à grandir davantage. Dans la mesure où la croissance des pays riches est appelée à demeurer faible, les écarts de richesse représentent-ils une menace à la cohésion sociale? Doit-on taxer les revenus plus élevés pour réduire la croissance de la richesse entre les mains d’un petit groupe de gens? Ou faut-il se réjouir de cet enrichissement privé, le valoriser et y voir une réussite du modèle capitaliste?

 

*Options : produit dérivé dont le prix d’achat ou de vente est déterminé à l’avance et que le propriétaire peut acheter ou vendre quand bon lui semble.

Couche-Tard est un succès exceptionnel du Québec inc. Cette chaîne de dépanneurs, née en 1980 à Laval, est aujourd’hui une véritable multinationale du magasin d’accommodation. Alimentation Couche-Tard, c’est maintenant 12 500 magasins dans le monde avec des dizaines de milliers d’employés, un chiffre d’affaires de 35 milliards de dollars en 2013.

Ce succès, il est attribuable à la vision et au travail d’un entrepreneur reconnu, Alain Bouchard. L’homme d’affaires, qui va bientôt quitter la direction quotidienne de sa société, fait partie des quelques milliardaires du Québec, riche d’une expansion qui se poursuit encore aujourd’hui.

Pour Alain Bouchard, comme pour plusieurs entrepreneurs du Québec, le gouvernement a joué un rôle de premier plan dans leur expansion et dans leur succès. Tous se souviennent du million de dollars investi par le gouvernement Lévesque dans l’aventure de Guy Laliberté en 1984, alors que les prêteurs privés ne souhaitaient pas prendre de risque avec cet homme.

On se rappellera aussi de la création du Régime épargne actions mis en place par Jacques Parizeau en 1979, alors ministre des Finances du Québec. Ce programme du gouvernement permettait aux Québécois de déduire de leur revenu imposable les actions achetées d’entreprises d’ici. C’est grâce à ce programme, le REA, que Cascades est entrée en bourse en 1983. Même chose pour CGI, Sico, Bombardier et… Couche-Tard!

Trop d’État!

Aujourd’hui à la tête d’un succès québécois époustouflant, Alain Bouchard est d’avis que le Québec dépense trop. Aujourd’hui et depuis 40 ans, selon lui. « La richesse, elle ne se crée pas par le gouvernement […], elle se partage, pas toujours comme on aimerait. J’aimerais moins de gouvernement, moins de réglementation et plus d’aide aux entrepreneurs », a-t-il déclaré mercredi devant des membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Ce point est légitime et partagé par beaucoup de dirigeants et d’entrepreneurs. Cependant, quand Alain Bouchard réclame moins d’État et quand il dénonce les choix des gouvernements, il faut lancer un appel à la cohérence. D’abord, parce que Couche-Tard est ce qu’elle est aujourd’hui parce qu’elle a eu, un jour, un bon coup de pouce de l’État.

Et aussi parce que les entreprises ne disent jamais non à un soutien financier des gouvernements. Combien y a-t-il eu d’annonces d’investissements dans des entreprises privées par Jean Charest et Pauline Marois dans les dernières années? Combien de crédits d’impôt octroyés, de garanties de prêts, de prêts, de subventions, de prises de participation, d’interventions de l’État dans l’économie? Qui, parmi les dirigeants qui ont bénéficié de l’aide de l’État – du REA de 1979 aux centaines de millions de Port Daniel –, qui a dit non, merci?

Est-ce qu’Alain Bouchard a raison? Oui, non, je vous laisse juger. Mais n’est-il pas normal d’exiger de ceux qui dénoncent le rôle de l’État dans l’économie, un minimum de cohérence?

Le BS

Alain Bouchard a aussi déclaré, en parlant du Québec, ceci : « On reçoit du BS des autres provinces. Aimez-vous ça, être sur le BS, vous autres? Ç’a pas de maudite allure qu’on tolère ça, nous, les Québécois, qui sommes si créatifs, capables de bâtir, de développer qu’on accepte d’être sur le BS. Ça pas de sens, moi je trouve ça absolument ridicule. »

Encore là, je ne veux pas me prononcer sur le fond. Des gens diront que ces propos sont inacceptables et faux. D’autres diront qu’il dit tout haut ce que bien des gens pensent tout bas.

Le BS dont il parle, c’est la péréquation.

La péréquation est un fonds alimenté par les contribuables canadiens et non pas les provinces du Canada. Les Québécois y contribuent. Sur l’ensemble, quatre provinces ne reçoivent pas de péréquation et 6 en sont bénéficiaires, dont le Québec. Le but de la péréquation est de s’assurer que tout le monde a des revenus suffisants pour offrir des services publics comparables et de qualité. Le calcul est fait par habitant.

La province qui reçoit le plus de péréquation, c’est l’Île-du-Prince-Édouard, à 2481 $ par habitant. Suivi du Nouveau-Brunswick (2206 $), de la Nouvelle-Écosse (2206 $) et du Manitoba (1367 $). Le Québec est cinquième à 1130 $ par habitant, puis l’Ontario, à 146 $.

En raison d’une population bien plus importante, le Québec est la province qui reçoit la somme la plus substantielle, à 9,286 milliards de dollars. Si l’Île du Prince-Édouard avait la même population que le Québec, elle recevrait plus de 20 milliards de dollars en péréquation. Le Nouveau-Brunswick aurait plus de 18 milliards, la Nouvelle-Écosse, plus de 14 milliards, et le Manitoba, plus de 11 milliards.

Alors, le Québec est-il sur le « BS »?

Le débat demeure entier : peut-on exploiter le pétrole du Québec tout en luttant contre les changements climatiques? Est-ce que ces deux réalités sont incompatibles? Oui, non, ça dépend où on se place.

Chose certaine, il est important d’en débattre. C’est ce qu’on a fait mardi midi à la Maison du développement durable à Montréal avec Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec, Steven Guilbault, directeur principal d’Équiterre, et Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. Bien sûr, Yves-Thomas Dorval appuyait l’exploitation potentielle du pétrole au Québec et, bien sûr, Steven Guilbault s’y opposait. On a repris l’échange à RDI économie mardi soir.

Mais, au-delà des points de vue de base, il y a des zones de convergence dans le débat et il est important de les établir :

  1. Il faut de nouveaux revenus au Québec pour dénouer l’impasse qui s’amplifie et sortir du « déficit structurel » tel qu’avancé par le ministre des Finances Carlos Leitao.
  2. Si le Québec a atteint les objectifs fixés à Kyoto, il faut continuer de réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est une réalité incontournable.
  3. Environnement et économie vont de pairs : peu de décisions qui s’inscrivent dans le cadre d’un développement durable peuvent se prendre aujourd’hui sans considérer les deux réalités : l’impact écologique, l’impact socioéconomique.

Une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’on peut prétendre lutter efficacement contre les changements climatiques en décidant d’exploiter le pétrole d’Anticosti, et possiblement celui de la Gaspésie et du golfe Saint-Laurent?

Steven Guilbeault nous dit qu’il faut s’éloigner du pétrole. Il rappelle un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié récemment qui nous indiquait que pour éviter un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés Celsius d’ici 2100, il ne faut pas exploiter deux tiers des réserves de pétrole sur la planète.

La concentration de CO2 était de 280 parties par million avant la révolution industrielle. Nous sommes aujourd’hui à 400 parties par million. Selon les études, à 450 parties par million, nous avons une chance sur 2 de dépasser les 2 degrés Celsius. À 550 parties par million, nous sommes à 3 chances sur 4. La Banque mondiale affirme qu’au rythme actuel, avec les efforts en place, nous nous dirigeons vers un réchauffement de 4 degrés Celsius en 2100.

Yves-Thomas Dorval affirme, pour sa part, qu’il a le même objectif que le directeur d’Équiterre : il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour y arriver, il faut investir dans les énergies renouvelables, et pour investir massivement dans l’économie verte, il nous faut des moyens. Il est d’avis que l’argent généré par les ressources pourrait aider aux investissements dans le développement durable. Il affirme aussi que le modèle social du Québec, pour vivre et survivre, doit obtenir de nouveaux revenus. Il est possible d’exploiter nos ressources, pour lui, de façon responsable.

Quant à Pierre-Olivier Pineau, il s’est placé à mi-chemin entre Yves-Thomas Dorval et Steven Guilbeault. Le problème pour lui n’est pas dans la production, mais dans la consommation. Nous dépensons, au Québec, 1 milliard de dollars par mois en nouvelles voitures. Et les VUS sont de plus en plus populaires.

La solution, c’est dans la réduction de la consommation. Il faut réduire notre consommation pour ralentir la demande en pétrole. L’exemple à suivre, sur la planète, est le Danemark, affirme Pierre-Olivier Pineau. Le Danemark exploite ses ressources et réduit, par la même occasion, ses émissions de gaz à effet de serre. Les Danois réduisent également leur consommation.

J’ai posé la question à Steven Guilbeault : à partir de quel moment l’exploitation du pétrole est-elle acceptable? Soupir, et rire dans la salle. Honnêtement, dans le cadre de fortes balises environnementales, ce serait possible. Mais répondre à cette question, c’est s’éloigner du problème fondamental, nous a-t-il dit : il faut réduire notre consommation et notre production de pétrole, c’est vital.

La demande en pétrole augmente toujours, cela dit. Nous sommes à environ 92 millions de barils par jour sur la planète en ce moment.

Voilà.

L’avenir de Lac-Mégantic

Lundi 26 mai 2014 à 16 h 26 | | Pour me joindre

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Il n’y aura pas de consensus à Lac-Mégantic. Trop de gens ont perdu trop grand et trop gros dans la tragédie du 6 juillet. On voudrait rembobiner et revenir à ce vendredi d’été, arrêter le temps et jouer le film autrement. Mais, malheureusement…

Malheureusement.

Il y a beaucoup de gens qui voudraient retrouver un centre-ville qui ressemblait à l’ancien. Une fois décontaminée, la zone pourrait retrouver ses formes habituelles et la vie pourrait tenter de reprendre un semblant de cours normal. Ces citoyens qui s’expriment ne voient pas d’un très bon œil les projets touristiques qui sont proposés par des gens d’affaires, des projets vus comme une tentative de récupérer les événements malheureux du 6 juillet et d’en « profiter ».

Ce serait vrai si des investisseurs venus d’ailleurs débarquaient à Lac-Mégantic avec leurs gros sabots pour annoncer la construction d’un site récréotouristique et pour en tirer un profit. Dans le cas qui nous occupe, l’initiative qui est sur la table est proposée par une trentaine de gens d’affaires de la région. Il serait étonnant que ces citoyens, touchés aussi par la tragédie de l’été dernier, soient animés par le désir du profit.

Voilà, je ne suis pas là pour juger d’une position ou de l’autre. Il y a probablement du chemin à faire entre les deux. C’est la ville qui soumettra le projet attendu et souhaité par la population pour la suite de l’histoire de Lac-Mégantic.

Il faut toutefois partir de certains constats.

Premièrement, la croissance économique et démographique de Lac-Mégantic montrait des signes d’affaiblissement, de ralentissement continu. Plusieurs commerçants cherchaient déjà à améliorer leur sort avant la tragédie, aux prises avec un contexte économique difficile. La Chambre de commerce de la région de Mégantic travaille d’arrache-pied depuis des années à stimuler l’économie de la région en utilisant notamment ses atouts touristiques.

Deuxièmement, qu’on soit pour une reconstitution de l’ancien centre-ville ou une nouvelle zone récréotouristique, personne ne semble imaginer que des wagons de pétrole puissent recommencer à circuler à proximité. La diffusion de notre reportage exclusif mardi dernier sur une étude qui évalue à 50 millions de dollars la construction d’une voie de contournement a mené ce matin à l’annonce par le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau de la réalisation d’une étude de faisabilité sur le projet. D’ici la fin de l’année, une décision serait prise.

Troisièmement, l’impact psychosocial est majeur. La mairesse Colette Roy-Laroche en parle chaque fois qu’elle tient un point de presse. Beaucoup de gens souffrent à Lac-Mégantic, et la situation ne s’améliore pas. La mairesse a demandé au gouvernement d’intégrer le ministre de la Santé dans le comité interministériel pour qu’on s’occupe aussi de cette question cruciale. On comprend donc que tout débat portant sur la suite des choses à Lac-Mégantic est hautement sensible et en dérange plusieurs. C’est le contexte, et c’est comme ça.

Il n’y aura pas de consensus sur le projet. Mais c’est dans la discussion, la consultation et le respect que Lac-Mégantic va se relever de la tragédie du 6 juillet 2013.

Le retour du gaz de schiste?

Vendredi 23 mai 2014 à 11 h 59 | | Pour me joindre

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En annonçant qu’il voulait « amorcer une véritable et rigoureuse évaluation environnementale stratégique de l’ensemble de la filière des hydrocarbures », le premier ministre du Québec semble préparer le retour dans le débat public de l’enjeu de l’exploitation des gaz de schiste. Dans son discours inaugural, Philippe Couillard a dit vouloir « favoriser l’utilisation du gaz naturel en lieu et place du diesel et du mazout ».

Alors que le Parti québécois avait adopté un moratoire sur le gaz de schiste et semblait vouloir laisser la question en plan, pour quelque temps à tout le moins, le premier ministre Couillard voit les choses autrement. Mais il sait qu’il devra y aller lentement, par étapes, pour éviter de brusquer la population comme l’ont fait les gazières en 2010. Ça avait alors poussé le gouvernement Charest à stopper la machine.

La stratégie de Pauline Marois s’est concentrée sur le pétrole de l’île d’Anticosti. Philippe Couillard, lui, évite soigneusement de se prononcer sur ce projet, bien qu’il ait déclaré en février dernier qu’il était « favorable à l’exploitation des hydrocarbures de façon responsable ». À mon collègue Patrice Roy, mercredi, il a dit ceci : « On va vous revenir là-dessus prochainement. Je veux aborder la question globalement et non pas de façon ponctuelle […] On va présenter une approche cohérente et large des hydrocarbures. »

Comprenez bien : tout est sur la table.

Le gaz de schiste demeure attirant pour les gouvernements qui misent sur les ressources pour stimuler leur économie. Jeudi, un rapport de l’Institut géologique de Grande-Bretagne portant sur les gaz de schiste a été rendu public à Londres. Constat : il y a du gaz et du pétrole de schiste dans les entrailles du pays, et ces hydrocarbures pourraient éventuellement remplacer les réserves de la mer du Nord qui s’épuisent. Le ministre britannique de l’Énergie, Michael Fallon, a déclaré que « la Grande-Bretagne a besoin de plus d’énergie produite sur son sol. La mise en valeur des schistes apportera de l’emploi, des occasions d’affaires. »

Le discours du ministre britannique est clair et assumé. Le premier ministre Couillard dira-t-il la même chose dans quelques années?

Il y a quelques années, s’ajoutait au débat sur la sécurité et l’impact environnemental, la pertinence économique d’exploiter le gaz de schiste au Québec. Le prix du gaz naturel avait chuté et plusieurs affirmaient qu’on allait perdre beaucoup de temps et d’énergie à pousser sur une production qui provoquait autant d’opposition dans la population et qui allait rapporter peu à la société. Depuis, les prix remontent. De 2 $ le million de BTU à l’été 2012, le prix a atteint les 6 $ cette année avant de redescendre à 4,50 $.

Êtes-vous prêts à reprendre le débat?

Thomas Piketty sera à RDI économie jeudi, à 18 h 30 (HAE), sur ICI RDI. C’est noté?

Thomas Piketty est la vedette de l’heure dans le monde économique, on s’en est parlé dans les derniers jours. Je suis en pleine lecture de son livre pour l’entrevue. Quantité de gens se sont prononcés jusqu’à maintenant sur son livre : certains dévorent et savourent. D’autres critiquent, cherchent des failles et en trouvent. Le seul projet de taxer le capital et d’imposer davantage les revenus élevés pue au nez de certains. Pour d’autres, c’est tout simplement de la musique à leurs oreilles.

Au-delà des idéologies et des idées toutes conçues d’avance, quelle est la valeur de cette proposition qui n’est, cela dit en passant, pas très neuve? Le riche travail de Piketty réside dans sa collecte de données, les recoupements qu’il fait et sa projection de voir les inégalités grandir encore à l’avenir. Mais, qu’en est-il de ses solutions?

« L’impôt mondial sur le capital est une utopie », admet Thomas Piketty dans son livre Le capital au XXIe siècle. Mais il faut aller de l’avant selon lui. Des entités régionales ou continentales doivent foncer et créer du mouvement. Les plus forts, l’Europe, les États-Unis, sont capables de taxer davantage, dit-il.

Par ailleurs, taxer les plus hauts revenus permettrait de ralentir la croissance des rémunérations extravagantes. Un revenu imposé à plus de 80 %, comme on l’a fait le siècle dernier essentiellement entre 1940 et 1980, ralentirait sérieusement la course aux fortes rémunérations entre les multinationales et entre les institutions financières.

« Le rôle principal de l’impôt sur le capital n’est pas de financer l’état social, mais de réguler le capitalisme, écrit Thomas Piketty. Il s’agit d’une part d’éviter une spirale inégalitaire sans fin et une divergence sans limites des inégalités patrimoniales, et d’autre part de permettre une régulation efficace des crises financières et bancaires. »

Il avance différentes possibilités de taxation.

1- Une taxe sur le capital – patrimoine de :

  • 0,1 % sur le patrimoine de 200 000 euros et moins;
  • 0,5 % de 500 000 à 1 000 000 d’euros;
  • 1 % de 1 million à 5 millions d’euros;
  • 2 % au-delà de 5 millions d’euros;
  • 5 ou 10 % au-delà de 1 milliard d’euros.

 2- Sur les revenus des plus riches, un taux d’impôt de :

  • 80 % sur les revenus de plus de 500 000 $ ou 1 000 000 $;
  • 50 % ou 60 % sur les revenus de plus de 200 000 $.

Ces taux ne disent pas tout des propositions de Thomas Piketty. Ça ne résume pas 950 pages, vous comprenez bien! On comprend tout de même où l’auteur veut en venir. Est-ce la voie à suivre pour réduire les inégalités, que celle de taxer lourdement les patrimoines et les hauts revenus? S’il est utopique de croire à ce projet, est-il encore plus utopique de penser qu’on puisse appliquer une telle stratégie sans provoquer de nouvelles contorsions pour contourner ce régime fiscal?

Qu’en pensez-vous?

C’est avec beaucoup d’appréhension que des gens de Lac-Mégantic voient arriver dans quelques semaines le premier anniversaire de la tragédie ferroviaire du 6 juillet. Différents événements sont prévus, mais tout se fera dans la sobriété. C’est un moment difficile pour plusieurs, qui doivent composer aujourd’hui avec des répercussions complexes et multiples : la phase de deuil qui se poursuit, les projets de reconstruction, l’attente de soutiens financiers et le retour du train depuis quelque temps, et celui du pétrole, possiblement dans peu de temps.

La Central Maine and Quebec Railway, nouveau nom de la MMA qui a été rachetée par la société américaine Fortress, négocie avec Lac-Mégantic pour assurer le transport ferroviaire et le retour éventuel des wagons de pétrole. La question d’une voie de contournement est aussi en négociations. Mais il n’est pas clair que Fortress s’avancerait à payer pour la construction d’un nouveau tracé.

En même temps, on a vu cette semaine trois employés de la MMA être arrêtés et accusés de négligence criminelle ayant provoqué la mort de 47 personnes. Beaucoup de gens ont réagi en posant la question : est-ce que ce sont les bonnes personnes qui sont accusées?

On a décidé de consacrer l’émission Tout se calcule (vendredi 16 h 25 HAE, à  ICI RDI) au pétrole et à la sécurité du transport dans la foulée des récents événements à Lac-Mégantic. La question : a-t-on fait le débat nécessaire sur le transport du pétrole?

Il y a eu Lac-Mégantic, il y a eu plusieurs autres déraillements et explosions en Amérique du Nord. Le transport de pétrole par train augmente rapidement, mais aucune instance ne s’est penchée sur l’impact humain, environnemental, social comme on le fait pour les oléoducs ou la plupart des projets qui ont des répercussions sur les communautés et les écosystèmes.

La pression du marché est forte : la demande augmente, la production augmente.

PRODUCTION DE PÉTROLE BRUT AU CANADA (en millions de barils par jour)

  • 2012 : 3,2
  • 2015 : 3,9
  • 2020 : 4,9
  • 2025 : 6,0
  • 2030 : 6,7

PÉTROLE BRUT CANADIEN PAR TRAIN

  • 2012 : 16 963 521 barils
  • 2013 : 45 866 808 barils (+170 %)
  • janvier-mars 2012 : 15 980 barils/jour
  • octobre-décembre 2013 : 146 047 barils/jour

Les chiffres sont clairs : la production est en hausse continuelle, et le transport par train est en forte progression. Cela dit, le ferroviaire demeure bien en deçà du transport par oléoduc. Et, on le sait, les pipelines comportent leur lot de risques. Différents incidents nous l’ont prouvé.

L’enjeu n’est pas de faire un débat polarisé : pipeline ou train? La question fondamentale est la suivante : a-t-on fait le débat nécessaire pour garantir la sécurité des citoyens?

Qu’en pensez-vous?

Le portrait déformé du chômage

Mercredi 14 mai 2014 à 12 h 04 | | Pour me joindre

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Les médias vous parlent souvent du taux de chômage. Pourtant, ça fait des années que les économistes nous disent que cet indicateur est incomplet et ne donne pas un portrait juste de l’état du marché du travail. La Banque du Canada vient de publier une analyse qui sera utile pour la suite des choses. Et ça vient confirmer notre désir à RDI économie de mettre en lumières davantage les tendances du marché du travail, sur 3 mois, 6 mois et 12 mois, et les indicateurs plus révélateurs comme le taux d’emploi ou le taux d’activité.

Explications.

Il s’est perdu 430 000 emplois au Canada durant la Grande Récession de 2007-2009. Depuis, le Canada a retrouvé plus d’un million d’emplois. Aux États-Unis, c’est 8,7 millions d’emplois qui ont été éliminés. Des économistes nous signalaient récemment que ce trou allait probablement et finalement être totalement comblé ce mois-ci.

Et le taux de chômage au Canada est passé de 5,9 % en février 2008 à 8,7 % en août 2009 pour revenir aujourd’hui à 6,9 %. Aux États-Unis, le taux de chômage (qui, par ailleurs, ne se calcule pas tout à fait de la même façon qu’au Canada) est passé de 4,4 % en mai 2007 à 10 % en octobre 2009 pour retomber aujourd’hui à 6,3 %.

À première vue, tout est rentré dans l’ordre… ou presque! Mais attention, dit la Banque du Canada, « la reprise des marchés du travail demeure incomplète ». À la lumière de sept autres indicateurs, des experts de la banque centrale en arrivent à des observations nuancées sur l’état du marché du travail. Derrière le reflet étincelant du taux de chômage, la Banque du Canada dit que se cachent des éléments importants d’informations, comme :

  • les proportions de personnes sans emploi depuis plus de six mois demeurent « inhabituellement élevées », ce qui s’appelle du « chômage de longue durée »;
  • beaucoup de gens qui travaillent à temps partiel voudraient travailler à temps plein, mais ils n’arrivent pas à améliorer leur sort, une forme de « sous-utilisation de la main-d’œuvre »;
  • la croissance des salaires ralentit : en 2007, elle était de 3,5 % au Canada et de 4 % aux États-Unis; en 2013, elle était de 2,1 % au Canada et de 2 % au sud de la frontière.

En ce moment, environ 20 % des personnes qui n’ont pas d’emploi sont des chômeurs de longue durée. Ce niveau était d’environ 10 % à la fin 2008, début 2009, au Canada. Il a pratiquement doublé et il se maintient à 20 % depuis. Aux États-Unis, on est passé d’environ 17 % à 45 %. Aujourd’hui, c’est 37 % des personnes sans emploi qui sont des chômeurs de longue durée.

Donc, derrière les belles données du chômage se révèle une détérioration profonde de l’état de santé du marché du travail. Qualité des emplois, accessibilité au marché et salaires sont en jeu. C’est sérieux.

Taux d’emploi, taux d’activité

Avec les changements démographiques en cours, il est de plus en plus intéressant et surtout pertinent de regarder de près le taux d’activité. Cet indicateur nous donne la proportion de gens qui travaillent ou qui cherchent un emploi par rapport à la population.

Ce taux était de 66,1 % en avril au Canada, le plus faible depuis 2001. Ce taux exprime clairement les pressions sociodémographiques dans l’économie. Au Québec, ce taux est plus faible et il baisse rapidement. Il était de 64,6 %.

Autre indicateur : le taux d’emploi. Il nous donne, selon Statistique Canada, le nombre de personnes occupées exprimé en pourcentage de la population de 15 ans et plus. Il était de 61,5 % au Canada en avril, de 59,7 % au Québec.

Ainsi, la Banque du Canada en arrive à la conclusion que le taux de chômage surestime légèrement l’amélioration du marché du travail au Canada et exagère « de façon marquée » l’amélioration de la situation aux États-Unis.

On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres, paraîtrait-il. On peut choisir ceux qui font notre affaire. On peut aussi lancer des affirmations qui, dans les faits, ne seront jamais vérifiables. On peut bâtir des scénarios de toute nature en s’appuyant sur des chiffres hypothétiques. Bref, derrière les données, les statistiques, les taux, les ratios et aussi les mots, on a souvent besoin de vérifier, d’éclairer, de contextualiser, de revenir aux faits, finalement!

Carlos Leitao : à 5 ans de la Grèce et du Portugal

« À la lumière de ce qui s’est passé récemment avec mes cousins au Portugal, et en Grèce, et ailleurs, je pense qu’il est absolument impératif – c’est crucial – que l’État maintienne sa marge de manœuvre, pour qu’on puisse nous-mêmes décider de quelles mesures mettre en place. Mes cousins au Portugal n’ont plus le choix. Les décisions leur sont imposées de l’extérieur, ils doivent s’adapter. Moi, je veux contribuer à ce qu’on puisse maintenir notre droit de choisir. »

Ce sont les mots du nouveau ministre des Finances Carlos Leitao. En entrevue  à RDI économie, en direct, vendredi soir, je lui ai demandé jusqu’à quel point nous étions près d’une situation semblable à celle de la Grèce et du Portugal? « Si on ne fait rien, a répondu Carlos Leitao, si on allait tous en vacances et qu’on laissait les choses aller, d’ici cinq ans, on y serait. »

Depuis plusieurs années, nous entendons des gens comparer le Québec à la Grèce. Aujourd’hui, c’est le ministre des Finances qui fait ce rapprochement. Il est difficile de vérifier s’il voit clair ou s’il tente plutôt de noircir la situation pour mieux faire passer son premier budget. Une chose est certaine toutefois : il sera impossible de vérifier si cette déclaration tient la route. Parce qu’il est clair que le gouvernement du Québec ne laissera pas aller la situation. Comme je l’expliquais en avril 2010, il est peu probable, compte tenu de la structure politique du Canada, que le Québec se retrouve dans le chaos qu’ont connu le Portugal et la Grèce.

Les syndicats : écart de 8,3 % avec le privé?

En conférence de presse dimanche, le président de la FTQ et co-porte-parole du Front commun des syndicats du Québec a déclaré qu’il y a « un retard des salaires dans le secteur public de 8,3 % par rapport au secteur privé. » C’est faux.

La rémunération des travailleurs de l’administration québécoise est, en réalité, 1,7 % plus élevée que celle du secteur privé. Elle est toutefois plus faible de 8,3 % par rapport aux « autres salariés québécois » selon l’expression de l’Institut de la statistique du Québec. Cette catégorie inclut le secteur privé, mais aussi les sociétés d’État, « les entreprises à caractère public des trois paliers de gouvernement au Québec, les universités ainsi que les administrations fédérale et municipale ».

Rémunération des travailleurs de l’administration québécoise par rapport à…

  • Autres salariés québécois : -8,3 %
    • Syndiqués : -25,3 %
    • Non syndiqués : +7,4 %
  • Privé : +1,7 %
    • Syndiqués : -20,7 %
    • Non syndiqués : +9,4 %
  • Administration municipale : -37,9 %
  • Entreprises publiques : -35,8 %
  • Universitaire : -9,5 %
  • Administration fédérale : -21, 8 %

Le communiqué de la FTQ ne reprend pas l’erreur véhiculée en conférence de presse.

Efforts budgétaires de 3,7 milliards 

Pour justifier les compressions à venir et les mesures d’austérité qui seront incluses dans le premier budget Leitao, le gouvernement Couillard utilise la somme suivante : 3,7 milliards de dollars. D’où ça vient?

Nous en avons parlé, mais ça mérite une nouvelle explication puisque cette somme ne cesse d’être utilisée à tous les vents. L’effort budgétaire de 3,7 milliards de dollars émane du rapport Godbout/Montmarquette et repose sur une croissance hypothétique des dépenses de 6,1 % en 2014-2015. Cette croissance des dépenses n’aura pas lieu, c’est Luc Godbout lui-même qui l’a dit à notre antenne. Comme Stéphane Bédard auparavant, le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux doit trier les demandes des ministères afin de respecter une cible de croissance des dépenses. L’effort budgétaire est, en fait, l’exercice normal des activités du Conseil du Trésor.

Martin Coiteux a évoqué la possibilité que le déficit dépasse les 5 milliards de dollars si rien n’est fait. Il est peu probable qu’une telle chose survienne. L’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau visait une croissance des dépenses de programmes de 2 % en 2014-2015. Carlos Leitao aura une cible qui sera semblable, un peu plus, un peu moins, on verra. Malgré cela, toute la communication du gouvernement repose sur ce total – 3,7 milliards – qui s’appuie sur une croissance de 6,1 %.