Billets classés sous la catégorie « Scandale financier »

Thomas Piketty sera à RDI économie jeudi, à 18 h 30 (HAE), sur ICI RDI. C’est noté?

Thomas Piketty est la vedette de l’heure dans le monde économique, on s’en est parlé dans les derniers jours. Je suis en pleine lecture de son livre pour l’entrevue. Quantité de gens se sont prononcés jusqu’à maintenant sur son livre : certains dévorent et savourent. D’autres critiquent, cherchent des failles et en trouvent. Le seul projet de taxer le capital et d’imposer davantage les revenus élevés pue au nez de certains. Pour d’autres, c’est tout simplement de la musique à leurs oreilles.

Au-delà des idéologies et des idées toutes conçues d’avance, quelle est la valeur de cette proposition qui n’est, cela dit en passant, pas très neuve? Le riche travail de Piketty réside dans sa collecte de données, les recoupements qu’il fait et sa projection de voir les inégalités grandir encore à l’avenir. Mais, qu’en est-il de ses solutions?

« L’impôt mondial sur le capital est une utopie », admet Thomas Piketty dans son livre Le capital au XXIe siècle. Mais il faut aller de l’avant selon lui. Des entités régionales ou continentales doivent foncer et créer du mouvement. Les plus forts, l’Europe, les États-Unis, sont capables de taxer davantage, dit-il.

Par ailleurs, taxer les plus hauts revenus permettrait de ralentir la croissance des rémunérations extravagantes. Un revenu imposé à plus de 80 %, comme on l’a fait le siècle dernier essentiellement entre 1940 et 1980, ralentirait sérieusement la course aux fortes rémunérations entre les multinationales et entre les institutions financières.

« Le rôle principal de l’impôt sur le capital n’est pas de financer l’état social, mais de réguler le capitalisme, écrit Thomas Piketty. Il s’agit d’une part d’éviter une spirale inégalitaire sans fin et une divergence sans limites des inégalités patrimoniales, et d’autre part de permettre une régulation efficace des crises financières et bancaires. »

Il avance différentes possibilités de taxation.

1- Une taxe sur le capital – patrimoine de :

  • 0,1 % sur le patrimoine de 200 000 euros et moins;
  • 0,5 % de 500 000 à 1 000 000 d’euros;
  • 1 % de 1 million à 5 millions d’euros;
  • 2 % au-delà de 5 millions d’euros;
  • 5 ou 10 % au-delà de 1 milliard d’euros.

 2- Sur les revenus des plus riches, un taux d’impôt de :

  • 80 % sur les revenus de plus de 500 000 $ ou 1 000 000 $;
  • 50 % ou 60 % sur les revenus de plus de 200 000 $.

Ces taux ne disent pas tout des propositions de Thomas Piketty. Ça ne résume pas 950 pages, vous comprenez bien! On comprend tout de même où l’auteur veut en venir. Est-ce la voie à suivre pour réduire les inégalités, que celle de taxer lourdement les patrimoines et les hauts revenus? S’il est utopique de croire à ce projet, est-il encore plus utopique de penser qu’on puisse appliquer une telle stratégie sans provoquer de nouvelles contorsions pour contourner ce régime fiscal?

Qu’en pensez-vous?

Bitcoin : est-ce fait pour vous?

Mercredi 5 février 2014 à 18 h 26 | | Pour me joindre

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Vous faites peut-être partie de ces gens qui aiment bien se lancer dans l’inconnu et dans l’aventure, sensibles aux mondes sans limite, sans cadre, sans entrave. Je le lis, je l’entends et je le perçois ce désir chez certains d’aimer et de croire en une nouvelle monnaie, une cryptomonnaie, enfouie dans les méandres du web, sans contrôle d’une banque centrale ou d’un gouvernement aux mains longues.

Voici à quoi ressemble le premier distributeur de bitcoins à Ottawa.À écouter les adeptes du bitcoin, nous avons enfin accès à une devise qui appartient véritablement aux utilisateurs. C’est l’offre et la demande pure qui est en action, les frais de transaction sont presque absents, vous n’avez qu’à vous ouvrir un compte, acheter des bitcoins et vous procurer des biens et des produits là où la devise est acceptée.

Les avantages d’une telle devise sont réels. Mais, attention! Dans l’inconnu et dans l’aventure, il y a le risque, la spéculation et la possibilité de perdre beaucoup d’argent. Vous pourriez en gagner aussi… mais vous pourriez en perdre pas mal! Un bitcoin vaut un peu plus de 800 $US aujourd’hui. En août, le cours de la devise était de 100 $. On est monté à 1100 $ en décembre, avant de dégringoler de moitié puis de remonter un peu par la suite.

Le dollar canadien évolue au gré de l’offre et de la demande sur les marchés financiers. C’est une devise forte, stable, dont les billets et la monnaie sont émis par une banque centrale, qui peut agir pour agir pour soutenir le dollar canadien si le besoin s’en faisait sentir. Les investisseurs comme les utilisateurs ont confiance en cette devise.

Le bitcoin évolue aussi au gré de l’offre et de la demande, mais son échange se fait sans intermédiaire et sans contrôle d’une banque centrale. L’émission de monnaie s’arrêtera à 21 millions de bitcoin, quelque part probablement autour de 2020. Son avenir repose également sur la confiance des investisseurs et utilisateurs. Si, du jour au lendemain, une crise éclate, la valeur de la devise peut tomber à 0. Et mourir tout simplement!

Donc, si vous possédez des bitcoins et que sa valeur tombe, vous perdrez votre investissement dans cette devise. Il n’y a pas de protection : pas d’assurance dépôt, pas de fonds d’indemnisation. Rien. Vous êtes seul dans le grand univers du web avec vos bitcoins, qui peuvent grandir ou disparaître. Vous le savez, j’espère?

Cela dit, est-ce bien différent de la bourse? Oui et non. Oui, parce qu’une action s’appuie sur une propriété réelle : celle d’une part dans une entreprise existante. Et ce ne l’est pas en ce sens que l’investissement en bourse est aussi une aventure risquée. L’ancien patron de Desjardins Claude Béland nous a déjà dit à RDI économie qu’il était quand même incroyable qu’on ait réussi au fil du temps à convaincre des gens aux moyens modestes de mettre leur argent à risque en bourse!

En fait, la mise en garde doit être bien plus large : toute prise de risque peut vous faire gagner beaucoup d’argent… mais peut aussi vous faire perdre un bon magot. Vous êtes prévenus.

Davos et les écarts de richesse

Lundi 20 janvier 2014 à 13 h 09 | | Pour me joindre

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Les puissants de la planète se rencontrent cette semaine à Davos, grande réunion annuelle des chefs politiques et économiques du monde. C’est un lieu où les rencontres en marge des grands ateliers ont souvent plus d’importance que tout ce qui est prévu au programme officiel. C’est dans ce genre d’événements que des liens se tissent, que des rapprochements s’effectuent, que des négociations s’amorcent, que des avancées importantes peuvent se faire dans la conclusion d’une entente contractuelle ou d’un investissement à développer.

Pendant que les puissants discutent business, Oxfam nous rappelle que les inégalités de richesse ne cessent de grandir. Et qu’au final, malgré tous les contrats et les investissements, malgré toute l’importance des relations qui s’établissent à Davos, les riches sont toujours plus riches et les moins nantis ne voient guère leur situation s’améliorer. Le Forum économique mondial indiquait il y a 2 mois que les écarts de richesse représentaient le risque général le plus important pour les 12 à 18 prochains mois après les tensions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

« Un certain degré d’inégalité économique est nécessaire, écrit Oxfam, pour le progrès et la croissance, rétribuant ceux qui ont du talent, des compétences durement acquises, l’ambition d’innover et d’entreprendre. Toutefois, la concentration extrême des richesses observée actuellement menace de priver des centaines de millions de personnes des fruits de leur talent et de leur travail. »

Presque la moitié des richesses mondiales appartient à 1 % de la population selon les données du Crédit Suisse et de Forbes citées par Oxfam. Les 1 % les plus riches possèdent 110 trillions de dollars, soit l’équivalent de 65 fois la richesse de la moitié des moins nantis du monde. En fait, cette moitié a une richesse totale équivalente à celle des 85 personnes les plus riches de la planète.

Autre fait soulevé par Oxfam : « 7 personnes sur 10 vivent dans un pays où l’inégalité économique a augmenté au cours des 30 dernières années. » Et, fait troublant, 95 % de la croissance depuis 2009 aux États-Unis ont été accaparés par les 1 % les plus riches.

L’économiste Lawrence Mishel et l’historien Colin Gordon ont calculé l’évolution salariale des Américains de 1973 à 2012. C’est le chroniqueur Paul Krugman qui attire notre attention sur ces données ce matin dans le New York Times, des données révélatrices.

Ainsi, en tenant compte de l’inflation, de 1973 à 2012…

  • les salaires des 20 % les moins nantis ont reculé de 0,7 %;
  • les gens qui se trouvent dans les 30 % à 70 % les plus riches ont vu leur salaire réel augmenter de 0,1 % à 11,7 %;
  • chez les gens dont les salaires sont dans les 70 à 80 % les plus élevés, la hausse est de 21,2 %;
  • dans la tranche de 80 % à 90 %, la hausse atteint 31,1 %;
  • et puis, les 10 % les plus riches ont vu leur salaire réel augmenter de 35 %.

Ces données nous laissent voir que la seule période où les écarts ont cessé de s’agrandir, c’est entre 1995 et 2000, période économique faste. Autrement, les inégalités de salaires n’ont cessé de s’agrandir depuis trois décennies chez nos voisins du sud.

La question, on la pose encore : comment faire pour réduire ces inégalités? Les 10 grandes tendances établies par le Forum économique mondial en novembre peuvent nous fournir quelques éléments de réponses. En fait, c’est en agissant positivement sur ces « 10 tendances » qu’on pourrait peut-être espérer une amélioration de la situation des moins nantis et ainsi réduire l’écart avec les plus riches.

Voici ces 10 tendances établies par le Forum économique mondial :

  1. Hausse des tensions sociales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord;
  2. Agrandissement des écarts de revenus;
  3. Chômage structurel persistant;
  4. Les cybermenaces s’intensifient;
  5. Inaction sur les changements climatiques;
  6. Confiance à la baisse envers les politiques économiques;
  7. Manque d’éthique et de respect de valeurs dans le leadership;
  8. Classe moyenne en expansion en Asie;
  9. L’importance grandissante des « mégacités »;
  10. Et la transmission rapide des fausses informations en ligne.

Améliorer les institutions démocratiques, agir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, restaurer la confiance envers les meneurs économiques et politiques en agissant avec éthique et justice, prendre conscience de l’impact de l’émergence de classes moyennes dans les pays émergents, voilà quelques avenues pour réduire les inégalités.

Va-t-on encore en parler dans 10 ans? Va-t-on encore poser les mêmes questions avec les mêmes réponses dans 20 ans? Quelles sont les actions concrètes qui seront prises à Davos cette semaine et qui pourraient réduire les écarts de richesse?

L’importance des fonds de travailleurs

Mercredi 6 novembre 2013 à 14 h 14 | | Pour me joindre

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Il y a des gens qui s’en prennent à l’existence des fonds de travailleurs parce qu’ils profitent de généreux crédits d’impôt des gouvernements. Pour certains, c’est une subvention de l’État qui profite à des privilégiés. Il n’est pas acceptable pour ces gens que l’État donne un cadeau fiscal à ceux et à celles qui épargnent par l’entremise des fonds de travailleurs. Est-ce l’affiliation syndicale qui les dérange? Est-ce l’existence d’une autre intervention de l’État qui les agace?

Quoi qu’il en soit, il faut faire des nuances.

Michel Arsenault ne sollicitera pas de deuxième mandat
Les fonds de travailleurs atteignent leurs objectifs :

1- Ils favorisent l’épargne chez les travailleurs (par des contributions ou par des retenues salariales) dans un contexte où la majorité des Québécois n’ont pas d’argent pour la retraite.
2- Ils stimulent l’économie, l’entrepreneuriat et la création d’emplois.

Surtout, les fonds de travailleurs font tout sauf spéculer. On ne peut pas retirer ses investissements dans les fonds de travailleurs avant la retraite sauf lors de circonstances exceptionnelles. C’est pour ça qu’il y a des crédits d’impôt. Et c’est pour ça que les fonds peuvent investir massivement dans les petites et moyennes entreprises du Québec.

Ce sont ces conditions serrées qui permettent de stabiliser le financement des fonds, qui sont ainsi beaucoup plus libres de donner une chance à des entrepreneurs qui ont besoin d’un coup de pouce. En sachant que l’actif est stable et solide, qu’il n’est pas soumis aux fluctuations intempestives des marchés, les fonds de travailleurs peuvent prendre des risques et investir dans des projets audacieux et difficiles que d’autres prêteurs hésitent à approcher.  C’est essentiel de souligner l’importance de la stabilité de l’actif, de l’action et du financement.

Cela dit, dans le cas du Fonds FTQ, force est de constater que cette institution est devenue pas mal grosse au fil des années. L’actif dépasse aujourd’hui les 9 milliards de dollars, c’est une grosse machine. Et, comme l’expliquait l’expert en gouvernance Yvan Allaire à RDI économie mardi soir, toutes les institutions financières d’importance sont exposées aux pressions de toutes parts, notamment du crime organisé ou de gens malveillants, qui veulent favoriser un intérêt ou avoir accès à du financement. Ces gens-là tentent de joueur de leur influence auprès d’institutions puissantes et riches. Et le Fonds FTQ n’échappe pas à ça.

Dans les circonstances, des questions essentielles se posent :

  1. Le Fonds FTQ est-il trop gros? Et donc, serait-il approprié d’amorcer une réflexion sur la taille des fonds de travailleurs, surtout quand ils ressemblent à des fonds d’investissement ordinaires?
  2. Et puis, le Fonds FTQ doit-il revoir sa gouvernance? La réponse ici semble s’imposer d’elle-même : le Fonds doit s’éloigner de la FTQ selon Yvan Allaire pour qui la centrale syndicale doit absolument sortir de la gestion du Fonds pour se concentrer sur de saines pratiques de gouvernance.

Soyons clairs : les fondements des fonds de travailleurs sont louables en ce qui concerne l’épargne et le développement économique, notamment. C’est ça qu’il faut protéger. Et les informations qui circulent en ce moment tendent à nous laisser croire qu’on s’est éloigné avec le temps des valeurs fondamentales qui animaient il y a 30 ans les Parizeau, Laberge, Daoust quand ils ont participé à la création du Fonds de solidarité FTQ.

Peut-on faire confiance au Fonds FTQ?

Jeudi 31 octobre 2013 à 12 h 21 | | Pour me joindre

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Le Fonds de solidarité FTQ fait pratiquement le travail d’un ministère du Développement économique au Québec. Il est partout, il intervient massivement dans l’économie du Québec, il investit souvent là où d’autres prêteurs n’osent pas le faire. Le Fonds investit avec le gouvernement du Québec, avec Capital régional et coopératif Desjardins, avec nombre d’acteurs économiques. C’est 9,3 milliards de dollars d’épargne de travailleurs québécois qui font partie de l’actif net du Fonds de solidarité FTQ.

Ce qu’on apprend ces jours-ci à la commission Charbonneau, c’est-à-dire les tentatives d’influence du crime organisé sur des investissements du Fonds FTQ, pourrait avoir un impact majeur sur l’épargne et sur l’économie. Depuis 30 ans, le Fonds de solidarité a joué un rôle névralgique dans l’encouragement à l’épargne auprès des travailleurs, dans l’aide au développement de PME et dans le soutien à l’essor économique des régions.

Aujourd’hui, à un moment où le Fonds FTQ devrait concentrer toutes ses énergies à convaincre le gouvernement fédéral de maintenir le crédit d’impôt de 15 % sur les fonds de travailleurs, la confiance des investisseurs est ébranlée. Plusieurs courriels, que nous avons reçus à RDI économie et que j’ai personnellement reçus, confirment les inquiétudes : est-ce encore sûr d’acheter des actions du Fonds FTQ, nous demandent plusieurs personnes? Puis-je sortir des actions du Fonds sans payer d’impôt, me demandent d’autres téléspectateurs?

Pour l’économie du Québec, le conseil d’administration du Fonds de solidarité doit procéder à une analyse rigoureuse de la situation. Pour les épargnants qui ont fait confiance au Fonds, les hauts dirigeants doivent donner des réponses. Et ils doivent expliquer et nous assurer que le Fonds de solidarité FTQ est à l’abri de toute influence indue.

Et par respect pour tous les acteurs socioéconomiques qui ont apporté leur soutien public au Fonds FTQ dans sa bataille sur le crédit d’impôt (Conseil du patronat, chambres de commerces, PDG d’entreprises, syndicats, etc.),  l’institution doit s’expliquer et poser les gestes qui seront jugés nécessaires dans les circonstances.

Je veux être bien clair : je ne dis pas que les dirigeants du Fonds sont coupables de quoi que ce soit. Mais ce qui circule est suffisant pour exiger des réponses de la part des dirigeants, du PDG Yvon Bolduc d’une part, mais aussi du conseil d’administration. Pour les épargnants, pour les entrepreneurs et pour les acteurs socioéconomiques du Québec.

L’économie, c’est passionnant…

Jeudi 24 octobre 2013 à 17 h 27 | | Pour me joindre

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J’ai reçu et j’ai lu plusieurs commentaires à la suite du débat des candidats à la mairie de Montréal lundi, seul débat économique de la campagne. Je vous en parle aujourd’hui parce que bien des gens m’ont dit des choses du genre : c’était très intéressant, très dynamique, on ne s’attendait pas à ça d’un débat sur les enjeux économiques.

Mon bon ami François Cormier, journaliste spécialisé dans la couverture de la politique municipale de Montréal, a bien résumé dans son reportage le préjugé qui en habite plusieurs sur l’économie : « Avec comme thème l’économie, le débat aurait pu être ennuyant. Mais, au contraire, c’est celui qui, depuis le début, a soulevé le plus les passions. »

L'ancien 100 $ des États-Unis

Permettez-moi un plaidoyer en faveur de l’économie, de la nouvelle économique et d’un plus grand intérêt pour les questions économiques.

L’économie, c’est quoi? À la racine du mot grec, c’est de gérer son foyer. Alors, c’est quoi gérer ou administrer son foyer? C’est organiser sa vie! L’économie, finalement, c’est toute notre vie. Du petit matin au suivant, du petit déjeuner à la tisane en regardant les nouvelles.

Ainsi, en escaladant la barrière du préjugé, on constate qu’il n’y a pas une décision prise dans ce bas monde sans qu’il y ait un enjeu sous-jacent ou un intérêt économique. Combien ça coûte? Combien ça rapporte? Est-ce rentable? Surtout : est-ce possible?

Bien sûr qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie. Et heureusement d’ailleurs. Mais c’est un enjeu économique qui brille derrière une tonne d’événements de la vie, que ce soit de passer du bon temps à la campagne, de s’offrir un billet de théâtre ou un excellent souper au restaurant, de se permettre une semaine de vacances, une visite chez des amis ou encore de s’abonner au câble, à un club de bowling ou de s’acheter un billet de loto.

En ai-je les moyens? Si je les ai ces moyens, c’est parce que j’ai un bon emploi, je suis bien rémunéré, j’ai de bons avantages sociaux, j’ai bien négocié, j’ai travaillé fort, j’ai fait des heures supplémentaires. Ou si je n’ai pas besoin de beaucoup de choses dans la vie, je mise sur la simplicité volontaire, je consomme peu, je recycle, je composte, je réutilise. Bien, tout ça, ce sont des choix de vie et ce sont aussi des décisions économiques.

Quand on parle des taxes au débat municipal, on parle de votre capacité de payer et de bien vous en sortir. Quand on parle du transport, de la congestion et de l’efficacité du métro, on parle de votre qualité de vie, de ce qui va vous pousser à vivre ici ou ailleurs. Cette question du transport est fondamentale pour l’économie de Montréal : une ville qui est fluide, qui permet des déplacements faciles et rapides, qui pense son transport en fonction des habitations et des lieux de travail, c’est une ville qui développe son économie. C’est prouvé.

Quand je vous parle à RDI économie d’environnement, de culture, de finance, de bourse, d’itinérance, de santé, d’éducation, surtout d’éducation, je vous parle de quoi? D’ÉCONOMIE!

Plus on est formé, plus on se donne les moyens de mieux vivre. Un diplômé, qui s’est donné une formation professionnelle, collégiale ou universitaire, aura de meilleurs revenus durant sa vie, une meilleure santé et vivra plus heureux que celui qui n’a pas de diplôme. C’est une généralité, c’est une moyenne, ce n’est pas le cas de tout le monde. Mais, dans la plupart des cas, c’est comme ça. Plus de gens formés entraînent une augmentation de la richesse, de la croissance, de la productivité. Si ce n’est pas économique…

Quand Richard Béliveau est venu nous parler des cinq grands problèmes de santé à RDI économie il y a deux ans, il est venu nous parler d’économie. Nos habitudes de vie ont un impact direct sur notre santé, notre système de santé, les dépenses publiques, les finances de l’État et l’économie en général. Santé et économie vont de pair, parlez-en au ministre des Finances.

Demandez aux meneurs montréalais si le dynamisme culturel de la métropole québécoise ne représente pas l’un des piliers économiques principaux de cette ville. Autour d’une salle de spectacles, il y a des restaurants, des commerces divers, une vie économique liée à l’existence d’une offre culturelle. En fait, on pourrait aller plus loin : sans culture, il n’y a pas d’économie. Qui veut vivre dans un monde gris, sans couleur, sans sourire, sans éclat?

Les Journées de la culture quelques suggestions d'activités à faire dans le cadre de la 17e édition des Journées de la culture.
Et puis, l’environnement est un enjeu franchement économique, lui aussi. Pourquoi? Parce que la hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) représente un défi de taille pour l’humanité. Combien coûte une décontamination? Quels seront les coûts associés aux changements technologiques nécessaires quand on réalisera que l’environnement ne supporte plus les émissions de GES engendrées par une activité industrielle? La seule incertitude associée aux coûts futurs est un enjeu économique majeur pour une entreprise.

La confiance est économique. Si vous avez peur, vous allez moins consommer. Si vous croyez que les choses vont bien aller pour vous et votre société, vous irez de l’avant avec vos projets, qui auront nécessairement des répercussions sur l’économie. La maison de campagne que vous allez acheter, le voyage en Inde que vous vous promettiez depuis longtemps, l’équipement de peinture que vous allez vous procurer pour vos loisirs. Ces gestes que vous allez faire auront des répercussions importantes sur l’économie.

Ne pas se préoccuper de l’économie, c’est, à mon sens, une occasion perdue de mieux comprendre le monde dans lequel on vit. L’économie, ce n’est pas la seule affaire de la Chambre de commerce, des PDG d’entreprises, des amateurs de bourse ou des économistes.

C’est vrai que les questions économiques paraissent parfois complexes ou ardues. Elles sont surtout mal aimées, incomprises, victimes de préjugés tenaces. Il faut élargir notre vision de l’économie, souvent coincée dans une conception étroite de la réalité.

Bref, l’économie, ça vous concerne et fiez-vous sur moi, c’est passionnant!

Sommes-nous à l’abri d’une autre crise?

Vendredi 13 septembre 2013 à 13 h 53 | | Pour me joindre

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Ça fait cinq ans déjà… cinq ans déjà qu’on tente de se remettre de l’effondrement de Lehman Brothers, la quatrième banque des États-Unis, vénérable institution née au milieu du 19e siècle. Cinq années de misères, d’incertitudes, d’espoirs déçus, de décisions malheureuses et de drames humains. Encore aujourd’hui, on croit apercevoir une sortie de crise réelle. La croissance est plus forte aux États-Unis, il y a des signaux encourageants en Europe, la croissance en Chine recommence à s’accélérer. Est-ce la bonne?

Depuis la faillite de Lehman Brothers, les grands pays occidentaux ont injecté des milliers de milliards de dollars dans l’économie, pour sauver les banques, les constructeurs automobiles, pour relancer des industries et des entreprises en dérive. Depuis cinq ans, on a cru à un rebond économique solide à trois ou quatre reprises, on a sous-estimé les effets de l’austérité, qu’on croyait essentielle d’abord et avant tout pour remettre en marche l’économie. Les coûts d’emprunt de plusieurs pays se sont emballés, les taux de chômage en Grèce et en Espagne ont explosé.

Ça fait cinq ans et les taux directeurs sont toujours au plancher aux États-Unis, en Europe, en Angleterre, même au Canada. Les banques centrales jouent encore un rôle actif dans les marchés. La Réserve fédérale hésite encore à ralentir son intervention, évaluée en ce moment à 85 milliards de dollars par mois. Ça pourrait bientôt changer, les marchés l’anticipent. Mais, c’est à voir…

Le rôle du gouvernement Bush

Il faut dire que c’est plus que la faillite de Lehman Brothers qui nous a menés dans le gouffre qu’on a connu. Après avoir sauvé la banque Bear Stearns en mars 2008, puis les sociétés de refinancement hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac à l’été 2008, le gouvernement Bush avait décidé qu’il ne voulait plus mettre d’argent public dans le sauvetage d’une institution financière. C’était contre nature pour les républicains, d’autant que nous étions en pleine année électorale pour la présidentielle.

Une crise se déroulait depuis un an dans les marchés financiers. On savait que la bulle immobilière était en train d’éclater et que ça nuisait à toutes les obligations associées aux prêts hypothécaires. Là où ça faisait le plus mal, c’était dans le marché des hypothèques adossées à des créances douteuses ou très risquées, les « subprimes ». Ces obligations étaient garanties par des prêts qui avaient été octroyés par des gens mal intentionnés à des personnes qui n’avaient pas les moyens de s’offrir une maison.

Tout le monde avait alors établi Lehman Brothers comme étant l’institution la plus exposée à ces « subprimes » et éprouvant le plus de difficultés. Le secrétaire au Trésor Hank Paulson cherchait des investisseurs privés pour sauver la banque, mais il ne voulait pas mettre d’argent dans l’enveloppe. Tout ce qui a été tenté a échoué, et le conseil d’administration de l’institution a voté en faveur d’une déclaration de faillite.

On connaît la suite.

Mais cet événement est la clé. On a laissé les institutions financières prendre des risques inconsidérés, les investisseurs savaient que les échafaudages financiers qu’ils montaient étaient risqués, mais ils n’étaient pas nombreux à mesurer le danger qui les guettait. Au pire, on croyait que l’État allait intervenir au bon moment. Comme il l’avait fait à l’été 2007, puis avec Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac.

On était tellement insouciant à Wall Street qu’entre le 15 mars 2008 et le 15 septembre 2008, l’indice S&P500 n’a cédé que 2 %. Le baril de pétrole a même atteint la barre des 150 $ quelques semaines avant la chute de Lehman Brothers, comme quoi la planète financière et économique continuait de tourner comme si de rien n’était.

Washington a bien tenté de recoller les pots cassés en aidant AIG, puis en adoptant un plan de soutien de 700 milliards de dollars, mais le mal était fait. Le marché du crédit s’est bloqué, la confiance s’est enrayée, le chômage a bondi rapidement à 10 % aux États-Unis.

Et aujourd’hui?

Cinq ans plus tard, de nouvelles règles sur les capitaux de réserve ont été adoptées. Les banques doivent rendre des comptes de façon plus sérieuse et des avancées importantes, mais incomplètes, ont été faites sur la transparence des activités dans les paradis fiscaux.

Mais, dans la réalité, la possibilité de prendre de grands risques existe toujours. Les banques peuvent encore utiliser l’effet de levier, peuvent encore se débarrasser de créances en les revendant sur les marchés pour prêter encore davantage et pour prendre d’autres créances. Les échafaudages financiers risqués et dangereux existent toujours.

On n’a pas connu 1929, mais on a vécu 2008. En principe, on comprend ce que c’est une vraie crise financière et économique. Malgré cela, l’appât du gain domine toujours. Et l’insouciance est de retour. On s’imagine même qu’une telle crise ne peut se produire qu’une fois par siècle.

Sommes-nous inconscients?

Michael Applebaum est apparu calme dans la voiture qui l'amenait au quartier général de la SQ, à Montréal.    Iriez-vous faire des affaires dans une ville où le maire vient de se faire arrêter par la police? C’est la question que se posent et se poseront bien des dirigeants à la tête d’entreprises qui font affaire à Montréal et avec des sociétés qui sont installées à Montréal.

La réputation de Montréal, déjà entachée par des années de révélations sur la collusion et la corruption qui sévissent dans la ville, vient de descendre de quelques crans encore avec l’arrestation du maire Michael Applebaum, qui assure l’intérim depuis la démission de l’ex-maire Gérald Tremblay, qui a lui-même cédé sous la pression des révélations à la commission Charbonneau.

Pour vous donner une idée de ce qui est en jeu, des chiffres :

  • le PIB de Montréal représente le tiers de l’économie du Québec : 112 milliards de dollars en 2012;
  • Montréal, Laval et la Montérégie, c’est la moitié de l’économie du Québec;
  • Montréal, c’est 2 millions de personnes;
  • c’est près de 1 million d’emplois, le quart de tous les emplois du Québec;
  • 15 milliards de dollars d’investissements en 2012, selon l’ISQ;
  • 8000 mises en chantier par année, soit 18 % du total québécois;
  • le prix de vente des maisons a augmenté de 4 à 5 % par année dans les dernières années.

Les atouts de Montréal :

  • coûts compétitifs pour faire des affaires;
  • pôle financier;
  • ville universitaire;
  • ville de haute technologie;
  • personnalité axée sur la culture et le divertissement.

Ce qui joue contre Montréal :

  • corruption, collusion;
  • problèmes d’infrastructures;
  • congestion routière;
  • taux de chômage élevé à 10 %, faible croissance économique.

Il y a près de 150 000 emplois à pourvoir à Montréal d’ici 2015, selon Emploi-Québec, dont 65 % pour remplacer des départs à la retraite. Il y a près de 8 millions de touristes par année, d’après Tourisme Montréal. C’est l’économie de Montréal qui est en jeu. C’est l’économie du Québec aussi.

Mais attention, Montréal n’est pas une ville dangereuse. Et donc les gens vont continuer d’aimer et de visiter Montréal. Toutefois, le climat d’affaires devient toxique : comment les entrepreneurs d’ici vont-ils convaincre les investisseurs d’ailleurs de venir chez nous, injecter des sommes pour faire prospérer leurs avoirs et notre économie? Comment les entrepreneurs d’ici vont-ils réussir à convaincre les acheteurs et fournisseurs d’ailleurs de conclure des contrats avec eux?

Un haut dirigeant d’entreprise, et je vous en ai déjà parlé ici dans ce blogue, m’avait dit il y a déjà quelques années de cela que Montréal était considérée comme la Palerme du Nord. Et que cette perception pouvait nuire à l’obtention de contrats.

C’est un jour triste pour Montréal.

Sources : Desjardins, ISQ

Information, éducation et éthique

Vendredi 7 juin 2013 à 13 h 54 | | Pour me joindre

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J’ai eu le privilège de recevoir jeudi le prix de journalisme en littératie financière de l’Institut québécois (IQPF) de la planification financière. Je n’écris pas ça pour m’attirer des félicitations, loin de là. Je veux faire part des réflexions que j’ai transmises aux membres de l’IQPF qui étaient rassemblés pour leur congrès au Château Frontenac à Québec.

Permettez-moi tout de même de remercier l’IQPF pour cette reconnaissance, qui me touche beaucoup. En remettant un tel prix à un journaliste, l’IQPF reconnaît qu’il est important de s’informer pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit et pour prendre de meilleures décisions personnelles, dont celles qui touchent les finances. On parle ici d’une information large et variée sur les questions économiques, qui ont un impact quotidien sur les marchés.

Information

Les journalistes de la presse écrite, de la télévision, du web et de la radio, des médias reconnus comme Radio-Canada, TVA, La Presse ou Les Affaires, et j’en passe bien sûr, sont guidés par des normes sévères de déontologie qui vous assurent une information vérifiée, juste et équilibrée. Aujourd’hui, quantité de sources fournissent une multitude d’informations notamment par le canal des médias sociaux. Plus que jamais, il faut rappeler l’importance de bien choisir ses sources d’informations.

Éducation

Obtenir un ou plusieurs diplômes, c’est se donner une chance de vivre une meilleure vie, de demeurer maître de son destin et ça vient réduire les risques de subir les événements et décisions, mais plutôt d’y participer, de les comprendre et de saisir les occasions qui se présentent. Bien sûr, il y a beaucoup d’imprévus et de malchances qui peuvent nous toucher, mais l’éducation nous ouvre des portes et peut nous donner des ailes. Et dans le cas qui nous occupe dans ce blogue, elle peut nous permettre de comprendre et de connaître de façon tout à fait fonctionnelle les enjeux financiers qui nous touchent.

Éthique

Les planificateurs financiers et les journalistes ont ceci en partage : l’importance de l’éthique. Les planificateurs financiers, comme les journalistes économiques, sont en possession d’informations, dont ils comprennent bien la nature et qui peuvent avoir une influence sur votre vie, qui peuvent vous aider, mais qui peuvent aussi vous nuire si elles sont présentées et utilisées à mauvais escient. Les gens qui vont voir un planificateur financier ou qui suivent RDI économie tous les soirs placent leur confiance dans les gens qui leur parlent! C’est un beau privilège, qui vient bien sûr avec de grandes responsabilités.

Bref, tout ça pour dire que du mieux qu’on peut, on tente à RDI économie de proposer un contenu accessible, clair, précis et juste. Si on peut, ne serait-ce que modestement, participer à l’éducation économique et financière de nos téléspectateurs, alors, tant mieux!

Paradis fiscaux et complicité

Vendredi 5 avril 2013 à 14 h 29 | | Pour me joindre

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Il ne faut pas se leurrer : les réactions ulcérées des gouvernements occidentaux aux informations obtenues par des journalistes d’enquête sur les avoirs de milliers d’individus dans les paradis fiscaux ne sont que des effets de scène. Ils savent, et nous savons tous, que des gens bien nantis et bien conseillés utilisent de nombreux stratagèmes fiscaux pour réduire leurs impôts. Depuis longtemps.

Carte des paradis fiscauxLes gouvernements qui mènent la marche du monde acceptent et approuvent la présence de pays et de juridictions à la fiscalité excessivement avantageuse pour les riches individus et les sociétés, notamment les banques.

Pour payer moins d’impôts, des gens d’affaires et des gens de pouvoir profitent de l’existence de ces passerelles fiscales, d’échappatoires de toutes sortes et de couloirs secrets et complexes, considérés comme étant légaux.

La fiscalité est essentielle au fonctionnement des états et est un outil stratégique dans la marche du commerce mondial et du développement de l’économie ainsi que pour attirer des investissements. C’est la fiscalité qui permet de garnir les coffres des gouvernements, qui permet aussi d’accorder des avantages à des citoyens, des groupes ou des sociétés. Mais c’est aussi en utilisant une tonne d’astuces fiscales qu’on peut se faufiler entre toutes les règles qui encadrent la circulation des revenus, des profits et des pertes.

Ce qui est révélé par des fuites et des enquêtes journalistiques, c’est un système connu des gouvernements occidentaux depuis des décennies. On peut sortir tous les noms qu’on veut de cette boîte à milliards, il n’en demeure pas moins que les règles fiscales en place, partout dans le monde, encadrent faiblement la circulation de l’argent vers les paradis fiscaux.

Le travail sérieux pour éviter les fuites de milliers de milliards de dollars vers les cocotiers et les palmiers ne fait que commencer.