Billets classés sous la catégorie « Retraite et démographie »

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Les Canadiens ont fait leur choix. Ils ont opté pour le changement, celui qu’incarnent les libéraux, et ce choix est assumé puisque le nouveau gouvernement Trudeau sera majoritaire. Il est clair que les enjeux politiques vont dominer les prochains jours avec la transition du pouvoir, la formation du nouveau Conseil des ministres et les changements à prévoir dans les partis d’opposition. Mais, tôt ou tard, la réalité économique et financière du Canada va rattraper le nouveau gouvernement. Et des choix devront être faits.

Voici les cinq tâches et défis économiques et financiers du nouveau gouvernement :

1- La réalité des chiffres : présenter une mise à jour budgétaire

Nous avons expliqué 100 fois que la révision à la baisse de la prévision de croissance économique pour 2015 allait obliger le gouvernement à revoir à la baisse ses revenus projetés et donc le surplus envisagé dans le budget 2015-2016 à 1,9 milliard de dollars. C’est environ 3 milliards de dollars qui seront manquants, selon les calculs de l’économiste Jean-Pierre Aubry.

Le Parti libéral a clairement dit qu’il allait enregistrer des déficits d’ici 2019 avant de revenir à l’équilibre budgétaire. Il n’a pas donné de précisions sur le solde envisagé pour l’exercice en cours, 2015-2016, qui se termine le 31 mars prochain. Mais il y a fort à parier que le nouveau gouvernement annoncera un déficit pour cet exercice et attribuera tous les torts au gouvernement conservateur précédent.

Cette mise à jour viendra avant Noël et le budget probablement en mars, question de laisser un peu de temps au nouveau ministre des Finances de s’installer et de mettre en oeuvre les priorités de son gouvernement.

D’ailleurs, qui sera le prochain ministre des Finances?

  • Bill Morneau, nouveau député libéral de Toronto-Centre, a étudié à la London School of Economics. Il est administrateur, il a siégé au conseil consultatif sur la retraite du gouvernement ontarien et à l’Institut CD Howe. Il fait partie de la famille qui a fondé Morneau Sheppel, société de conseils en ressources humaines.

  • John McCallum, député de Markham-Thornhill, a notamment été ministre du Revenu, a été aussi économiste en chef de la Banque Royale. Il est vu comme l’un des architectes de la politique keynésienne des libéraux, c’est-à-dire une politique d’investissements massifs de l’État dans l’économie, quitte à faire des déficits.

  • Ralph Goodale, député de Regina-Wascana, a été ministre des Finances du Canada. Il a été élu la première fois à Ottawa en 1974, c’est un vétéran, qui a aussi dirigé les ministères des Ressources naturelles et de l’Agriculture.

  • Jean-Yves Duclos, nouveau député libéral dans Québec, est un économiste qui a fondé récemment la Chaire sur les enjeux économiques des changements démographiques. Il a fait plusieurs recherches sur le financement de la santé. Peu probable qu’il se retrouve aux finances, mais probable qu’il soit au Conseil des ministres.

  • Scott Brison, député dans Kings-Hants, était le porte-parole du PLC en matière de finances dans l’opposition. Il est coprésident du conseil consultatif sur l’économie de Justin Trudeau. Il a été ministre des Travaux publics et connaît bien le secteur de l’investissement bancaire.

2- Le signal du premier budget

C’est dans ce budget qu’on verra poindre la vision du nouveau gouvernement. Les principes qui guideront les libéraux seront résolument différents sur le plan du développement économique. Les conservateurs misaient sur les baisses d’impôt et le contrôle des dépenses. Les libéraux injecteront des milliards de dollars dans l’économie pour stimuler la construction d’infrastructures, une vieille recette économique qui a pour but d’alimenter la croissance économique et les revenus d’impôt pour le gouvernement.

Il faudra surveiller les bases de projections du nouveau gouvernement. Sera-t-il optimiste sur la croissance du PIB et la remontée des cours du pétrole comme l’était l’ancien gouvernement? Ou jouera-t-il de prudence en adoptant l’approche de la surestimation des déficits afin d’annoncer ensuite de « bonnes nouvelles », autre vieille recette, politique celle-là?

Il est clair que les libéraux se sont donné une belle marge de manoeuvre en promettant des déficits et non des surplus budgétaires dès cette année ou l’an prochain. N’importe quel ministre des Finances voudrait bénéficier d’une telle marge de manoeuvre. Le Canada est un pays riche, coté AAA, avec des finances publiques saines et qui peut emprunter à de très faibles coûts. Son défi n’est pas budgétaire. Il est économique.

3- Stimuler l’économie : un plan pour faire face au vieillissement de la population et générer de l’activité économique dans un contexte de lente croissance du PIB

Et c’est ici qu’on attend de l’audace, de la vision et une compréhension fine de l’économie. Les Canadiens méritent qu’on voie venir les coups 5, 10, 15 ans d’avance, dans la mesure du possible bien sûr. Il y aura toujours des impondérables, des guerres, des crises, des événements de toute nature. Mais il y a des tendances que nous pouvons analyser en prospective. Nous savons que le Canada vieillit. Il y a plus d’aînés que d’enfants au Canada. C’est un changement démographique radical, majeur, qui va ralentir l’économie plutôt que de la stimuler, c’est dans l’ordre des choses.

Il faut donc stimuler l’innovation, la productivité, aider les entreprises à exporter, à se développer, à créer et à embaucher. Oui, les infrastructures stimulent l’économie. Mais quelles infrastructures vont modeler notre futur? Ce sont certainement les infrastructures vertes, les bâtiments et les structures fondées sur le développement durable, le transport en commun, un aménagement urbain convivial, efficace, intelligent, qui réduit notre dépendance au pétrole et notre empreinte carbone.

Et n’oublions surtout pas qu’il faudra gérer ces budgets d’infrastructures. S’il y a une chose qu’il faut éviter, c’est le bar ouvert pour les entreprises qui pourraient se magasiner de généreuses primes. On ne veut pas une nouvelle commission Charbonneau.

4- Stimuler l’épargne et améliorer le sort des aînés

Par quel bout commencer? D’abord, le Parti libéral a pris l’engagement d’annuler la bonification du compte d’épargne libre d’impôt (CELI), qui était passé à 10 000 $ sous les conservateurs dans le dernier budget. Le PLC a aussi pris l’engagement de bonifier de 10 % le Supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls. Maintenant, il faut faire davantage.

Le Canada fait partie des pays qui assument une faible part des revenus de retraite dans l’OCDE. Faut-il bonifier le Régime de pensions du Canada (et le Régime des rentes du Québec)? Faut-il s’inspirer de l’Ontario, qui veut ajouter un régime public au Régime de pensions en faisant passer de 25 % à 40 % le remplacement par les rentes du revenu de travail à la retraite? Faut-il adopter une stratégie d’épargne solide pour amener les employeurs et les travailleurs à épargner davantage?

Le vieillissement de la population au Canada ralentit la croissance économique et risque d’augmenter l’appauvrissement des aînés. Que va faire le nouveau gouvernement majoritaire de Justin Trudeau?

5- Environnement : adopter un plan audacieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre en gardant en tête les répercussions économiques à long terme

Le défi économique du 21e siècle, je l’ai souvent dit et écrit, c’est le défi écologique. Justin Trudeau prévoit aller à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques avec des premiers ministres provinciaux. Il propose d’établir ensuite des cibles précises pour le Canada. Il est non seulement souhaitable que le Canada accélère son travail en matière de réduction de gaz à effet de serre, mais surtout que ces objectifs soient atteints.

Le Canada doit maintenant faire partie de la solution. Mais comment le nouveau gouvernement va-t-il gérer l’essor de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux? Et comment pourra-t-il demeurer cohérent si les prix du pétrole repartent à la hausse et viennent remplir les coffres à Ottawa?

Après la campagne, après les promesses, la réalité économique et financière se dresse devant le nouveau gouvernement. Le PLC va recentrer son action et il y a fort à parier que, malgré des engagements environnementaux plus solides, le gouvernement Trudeau continuera de défendre le développement du pétrole.

Il faut croire aussi que les milliards vont pleuvoir dans les infrastructures, mais que dans l’objectif de ne pas effrayer les Canadiens, le premier ministre désigné voudra revenir à l’équilibre budgétaire plus rapidement que prévu, en 2018-2019 plutôt qu’en 2019-2020. Et attendez-vous à ce que Justin Trudeau approuve le Partenariat transpacifique, avec ou sans compensations pour les secteurs de l’automobile et des producteurs laitiers.

16 promesses libérales

  • Baisse d’impôt de 22 à 20,5 %
  • Hausse d’impôt à 33 % au-delà de 200 000 $
  • Baisse d’impôt pour les PME de 11 à 9 %
  • Infrastructures : 125 milliards de dollars sur 10 ans
  • Allocation canadienne pour enfants
  • Annulation de la bonification du CELI
  • Annulation du fractionnement du revenu entre conjoints
  • Hausse de 10 % du SRG pour les aînés vivant seuls
  • Pas de péage sur le nouveau pont Champlain
  • Nouvelle évaluation environnementale d’Énergie Est
  • Nouveau plan pour la réduction des GES avec les provinces
  • Partenariat transpacifique?
  • Nouvel accord sur les transferts en santé aux provinces
  • Postes : annuler la fin de la livraison à domicile
  • 150 millions de dollars de plus pour CBC/Radio-Canada
  • Conseil des arts du Canada : de 181 à 360 millions de dollars

 

Lisez, regardez, écoutez, votez!

Vendredi 16 octobre 2015 à 16 h 23 | | Pour me joindre

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Vous êtes appelés à voter lundi. Dans les derniers jours, je vous ai soumis quelques questions à caractère économique pour vous aider, bien humblement, à faire votre choix, à préciser vos attentes quant au prochain gouvernement. C’est donc la fin d’une longue campagne.

Je vous propose ici de lire, voir, relire, revoir les blogues et entrevues de la campagne électorale. Nous avons analysé, dans l’ordre de diffusion, les cadres financiers du Parti vert, du NPD, du Bloc québécois, du Parti libéral du Canada et du Parti conservateur du Canada. En extraits vidéo, des entrevues avec cinq représentants des partis ainsi qu’une capsule diffusée au Téléjournal Grand Montréal, une entrevue avec le fiscaliste Stéphane Leblanc et une autre avec le journaliste spécialisé en environnement Étienne Leblanc.

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PARTI VERT

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NPD

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BLOC QUÉBÉCOIS

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PARTI LIBÉRAL DU CANADA

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PARTI CONSERVATEUR DU CANADA

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 À VOIR AUSSI SUR LES MESURES FISCALES ET L’ENVIRONNEMENT :

Cliquez ici pour les principales mesures fiscales

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec le fiscaliste Stéphane Leblanc

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec le journaliste spécialisé en environnement Étienne Leblanc

RDI économie : saison 8!

Lundi 17 août 2015 à 11 h 36 | | Pour me joindre

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C’est un plaisir de vous retrouver. Aujourd’hui, on lance la huitième saison de RDI économie. C’est, je vais vous l’avouer, au-delà de mes espérances. Je ne le réalise pas très bien, mais nous présenterons quelque part d’ici un an une 2000e émission de RDI économie! L’aventure a été lancée quelques jours avant l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008. Et, depuis, on explique, on analyse, on tente de mettre en contexte, de faire entendre des points de vue différents sur les enjeux de la finance et de l’économie.

Je saisis le privilège qui est celui d’animer une émission, d’entrer dans les foyers de milliers de gens tous les jours. C’est un privilège, mais c’est aussi une responsabilité. Celle de présenter les faits, avec équilibre, sans fioritures, à l’abri de la démagogie et des a priori, dans le plus grand respect des citoyens qui nous choisissent.

Ce travail, c’est moi qui vous le présente tous les jours, mais c’est l’oeuvre de toute une équipe. Une petite équipe, dévouée, engagée, créative. Je les remercie d’ailleurs d’être aussi dédiés à la tâche. Sans eux, rien de tout cela ne serait possible.

Cette saison sera chargée. D’abord parce que nous sommes en pleine campagne électorale et parce que le Canada est possiblement en récession. Nous allons décortiquer les propositions économiques des partis politiques, nous allons contextualiser les ralentissements de l’économie canadienne. Nous concoctons aussi plusieurs émissions spéciales au cours de la prochaine saison, des émissions que nous présenterons dans certaines villes du pays, des émissions sur la consommation, les impôts et le commerce électronique notamment.

Et le 5 septembre, j’aurai le plaisir d’animer une table ronde sur les paradis fiscaux en marge de la présentation du film Le prix à payer sur les ondes d’Ici Radio-Canada Télé.

Nous voulons aussi prendre le temps de faire de la « prospective » avec la présentation tous les lundis à RDI économie d’une chronique consacrée à l’économie de demain. Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui se trame en ce moment, qu’est-ce que vous devez savoir, pour comprendre ce qui s’en vient bientôt, demain, dans les prochaines années? Je pense que cette chronique sera très utile.

Nous lancerons également une série d’entrevues avec des meneurs inspirants. À suivre. Nous allons aussi continuer, bien sûr, de répondre à vos questions à RDI économie, de suivre l’actualité, la chute du yuan, les difficultés de Bombardier, etc.

C’est parti!

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Ah, la dette…

Jeudi 2 juillet 2015 à 13 h 19 | | Pour me joindre

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Un téléspectateur de RDI économie m’a demandé pourquoi la Grèce et Porto Rico sont plongés dans des difficultés financières de grande ampleur, alors que d’autres États ont des niveaux d’endettement plus élevés. Excellente question.

D’abord, les chiffres :

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Pourquoi le Japon, dont la dette représente 230 % de son PIB, n’est pas plongé dans une crise financière abyssale avec un tel endettement? Et pourquoi un pays comme le Sri Lanka, dont la dette ne représente que 76 % de son PIB, doit offrir ses obligations gouvernementales sur 10 ans à 9 % d’intérêt, alors que le Canada, dont l’endettement est plus élevé, à 87 %, s’en tire avec un taux de seulement 1,8 %?

Réponse courte : la confiance. Un pays dont l’économie est solide et diversifiée, dont le pouvoir politique est stable, qui rembourse ses dettes, qui est bien coté par les agences de notation, va inspirer la confiance et va attirer les investissements. Cet État n’aura pas de mal à se financer dans les marchés, à faibles coûts d’intérêt.

C’est le cas de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, du Québec aussi. Mais c’est plus difficile pour des pays plus instables, dont les revenus sont plus irréguliers, des endroits où la population est pauvre, où le filet social est faible. Le ratio dette/PIB peut être plus faible au Sri Lanka qu’au Canada, d’autres indicateurs expriment des écarts majeurs, notamment sur le niveau de vie, l’inflation, le commerce, le budget ou la corruption.

De plus, il faut regarder les actifs d’un pays. Si vous prenez l’exemple du Japon, sa dette brute est à 230 % de son PIB, mais sa dette nette, qui tient compte de ses actifs, est à 100 %. L’endettement japonais est attribuable à son manque de croissance économique et au vieillissement de sa population. Mais une très grande part de sa dette appartient aux Japonais et non à des investisseurs étrangers. On évalue à 90 % le niveau de la dette entre les mains de la population locale, ce qui permet au pays de maintenir ses taux d’intérêt plus bas.

Effacer la dette grecque?

Dans le cas de la Grèce, son endettement ne cesse de grimper, son PIB est en chute, son niveau de chômage dépasse les 25 % et c’est le double chez les jeunes. Entre les mesures d’austérité et les problèmes structurels de la fiscalité grecque, Athènes n’arrive pas à émerger de ses difficultés. La Grèce n’est plus capable de se financer sur les marchés financiers. Et certains en arrivent à proposer qu’on efface une partie de la dette du pays pour lui donner de l’air et lui permettre de se restructurer et de se relancer.

Après avoir poussé la Grèce à des réformes structurelles, notamment avec la privatisation  d’actifs, la coupe d’effectifs et la réduction des pensions, le FMI en arrive aujourd’hui à la conclusion qu’il faudra réfléchir à la possibilité de radier une partie de la dette du pays.

À RDI économie lundi, l’analyste géopolitique Pierre Fournier expliquait que « la réalité, c’est que les Grecs ne pourront jamais rembourser leur dette. C’est un secret de Polichinelle, tout le monde le sait, mais l’Europe n’est pas prête, ni le FMI d’ailleurs, à effacer une partie de la dette grecque […] comme ça a été fait avec l’Allemagne en 1953, comme ça s’est fait avec la Pologne, la Russie, plusieurs pays d’Amérique latine. C’est ça la solution. Ce que craignent les autorités européennes, c’est évidemment l’effet de contagion. »

Quand on sait que la Grèce doit 90 milliards d’euros à l’Allemagne, on comprend facilement que Berlin n’est pas vraiment prête à envisager une radiation de dette, à moins que la Grèce accepte de se soumettre à de nouvelles mesures d’austérité, des réductions de dépenses et des hausses d’impôt.

Tout est relatif donc quand il est question de dette.

Sur ces mots, je sors de mon bureau pour quelques semaines, à la recherche de mon ami Galarneau. Bon été, soyez sages!

Sources : Trading Economics, The Globe and Mail, Université de Sherbrooke

Le tabou de l’argent

Jeudi 25 juin 2015 à 13 h 25 | | Pour me joindre

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S’il semble vrai que depuis la crise de 2008, les gens parlent plus d’économie, s’y intéressent davantage, il n’est pas clair en retour que l’argent n’est plus un tabou. C’est difficile de parler d’argent, de ses revenus, de la valeur des biens et des services, de se comparer et de se comprendre sur les questions financières. L’argent peut donner des ailes, mais aussi de la misère!

Il est tellement difficile de parler d’argent qu’on en vient même à constater qu’un très grand nombre de personnes n’ont aucune idée précise du revenu de leur conjoint. Le savez-vous, vous? Je vous pose la question : combien gagne votre époux-épouse-copain-copine?

Croyez-le ou non, selon un sondage réalisé par Fidelity aux États-Unis, 43 % des gens n’arrivent pas à dire combien leur partenaire gagne dans la vie! Et 10 % se sont trompés d’au moins 25 000 $ dans leur évaluation! En plus, le tiers des couples ne s’entendent pas sur l’argent disponible pour investir. La moitié n’a aucune idée du montant nécessaire à la retraite pour vivre convenablement.

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Quand madame gagne plus que monsieur

Le tabou s’explique peut-être, en partie, par le fait que bien des hommes ne veulent pas vraiment voir que leur concubine gagne plus qu’eux. L’économiste François Delorme m’a fait découvrir, dans le cadre de notre projet de rédaction de livre sur l’économie en 2013-2014, une étude de l’Université de Chicago. Cette dernière montre que « 50 % des répondants nés avant 1945 croient qu’il est problématique qu’une femme gagne un revenu plus élevé que son mari. Cette proportion baisse à 30 % pour les répondants nés entre 1946 et 1964 et remonte à près de 40 % pour ceux nés après 1965 [...] Quand une femme gagne un revenu supérieur à celui de son conjoint, la probabilité de se marier diminue significativement. Et si, au cours d’une relation, une femme en vient à gagner davantage que son mari, il y a beaucoup plus de risques que leur union dure moins longtemps que si le mari avait continué d’avoir un revenu plus élevé ».

Ça peut ressembler à de vieux a priori, je vous entends réagir. C’est pourtant très sérieux et très réel. La situation des femmes ne cesse de progresser, mais les convictions, conscientes et inconscientes, avancent un peu plus lentement.

Parler d’argent

L’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de lancer une campagne pour qu’on parle d’argent au Québec et pour faire en sorte que les gens s’intéressent davantage à ces questions. Dans son document exposant sa stratégie en matière d’éducation financière, l’AMF écrit que « plusieurs personnes prétendent que la société québécoise et sa majorité francophone subissent encore l’influence de certaines valeurs réfractaires à l’argent, notamment les valeurs judéo-chrétiennes ayant marqué plusieurs générations. […] À bien des égards, notre relation avec l’argent nous distingue des Canadiens des autres provinces ».

Dans son évaluation des comportements financiers des Québécois, réalisée à partir d’un sondage effectué auprès de « 1500 personnes responsables de la gestion des finances dans leur ménage », l’AMF nous apprend que « moins d’un Québécois sur deux (46 %) a fait l’exercice de vérifier si les sommes épargnées sont suffisantes pour la retraite ». Pourtant, trop de gens vivent pauvrement à la retraite.

Pour tenter d’améliorer la situation, l’AMF amorce cet automne une tournée des cégeps pour parler de surendettement, de fraude, de finances et d’économie. L’Autorité veut également relancer la promotion d’une trousse pour les professeurs du primaire, « Mes sous, j’y vois », afin de les aider à parler d’argent en classe. Des projets sont en développement aussi pour 2016 avec la Fondation PGL. Et des pressions sont toujours exercées pour faire accepter par le ministère de l’Éducation la réintroduction d’un cours d’éducation financière.

Le tabou de l’argent est tenace, nourri par des préjugés, peut-être aussi notre héritage judéo-chrétien et une forme répandue de désintérêt pour les questions financières. Pourtant, parler d’argent pourrait sans doute permettre à bien des gens de mieux comprendre leur situation, de participer davantage à la société et d’améliorer leur bien-être personnel.

Sources :

Fidelity : https://www.fidelity.com/bin-public/060_www_fidelity_com/documents/couples-retirement-fact-sheet.pdf

FILLION, Gérald et DELORME, François – Vos questions sur l’économie 75 questions – 75 réponses, Éditions La Presse, 231 p.

Marianne Bertrand, Emir Kamenica et Jessica Pan (octobre 2013). « Gender Identity and Relative Income Within Households », Working paper, University of Chicaco.

AMF, Stratégie québécoise en éducation financière http://www.lautorite.qc.ca/files/pdf/education-financiere/SQEF01062015.pdf

Repousser la rente à 67 ans?

Lundi 15 juin 2015 à 15 h 08 | | Pour me joindre

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La commission politique du PLQ a présenté plusieurs résolutions en fin de semaine au congrès du parti. L’une d’entre elles a provoqué de vives discussions. Voici la résolution :

« Que le gouvernement du Québec soutienne les aînés qui désirent demeurer actifs et qu’il s’assure d’une retraite équitable pour toutes les générations en :

2.5.1  Adaptant les régimes de retraite du gouvernement (RRQ et RREGOP) à travers :

a. Une augmentation graduelle de l’âge de la retraite pour les rentes de la Régie des rentes du Québec (RRQ), compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés au cours des dernières années;

b. Une augmentation graduelle, dans le cadre des négociations de conventions collectives, de l’âge de la retraite des employés de l’État (RREGOP), compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés au cours des dernières années;

c. La mise en place, à la suite de l’augmentation graduelle de l’âge de la retraite, de mécanismes d’ajustements périodiques de l’âge de la retraite en fonction de l’évolution dans le temps de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés. »

Alors…

1- Quand on dit la retraite à 67 ans, que veut-on dire exactement?

Il y a trois étages dans l’édifice de la retraite au Canada : la sécurité de la vieillesse payée à partir des impôts de tous les Canadiens, versée à tous les Canadiens à partir de 65 ans. Ensuite, deuxième étage, il y a les rentes qui sont versées à partir des cotisations des travailleurs et des employeurs en fonction du nombre d’années travaillées. Au Québec, c’est la Régie des rentes du Québec qui est responsable de l’administration des rentes. Puis, dernier étage, ce sont les épargnes additionnelles que nous accumulons pour la retraite dans un REER et/ou dans un régime de retraite complémentaire.

Aujourd’hui, ce que les membres du PLQ ont exploré, c’est la possibilité de faire passer la pleine rente de la RRQ, de 65 à 67 ans. Il est possible, en ce moment, de toucher sa rente dès l’âge de 60 ans, mais avec une pénalité. Si vous attendez après 65 ans, on bonifie votre rente.

2- La situation est-elle aussi périlleuse qu’on le laisse croire? 

Réponse courte : non. La Régie des rentes est en mesure de respecter tous ses engagements à long terme pour trois grandes raisons :

  • les rendements sont supérieurs aux attentes, alors que les prévisions de la RRQ s’appuient sur un taux de rendement moyen sur 50 ans de 4,1 %, tandis que le taux historique est de 8,7 %;
  • la population ne décroît pas, contrairement à ce qu’on prévoyait il y a 12 ans;
  • et les cotisations des travailleurs et des employeurs augmentent : elles atteindront 10,8 % en 2017.

L’équilibre demeure tout de même fragile. Les pressions financières demeurent importantes, alors que les prestations versées aux bénéficiaires seront supérieures aux cotisations annuelles à partir de 2019. Toutefois, le rendement du marché permettra de maintenir l’équilibre (tableau 1). De plus, le nombre de citoyens de 20 à 64 ans pour chaque citoyen de 65 ans et plus va passer de 3,7 en 2013 à 2,1 en 2031 (tableau 2). Tout de même, le nombre de citoyens au Québec va continuer de grandir. On prévoyait, en 2003, une baisse de la population à l’horizon 2051. On a révisé à la hausse dans les deux dernières études de l’ISQ (tableau 3).

TABLEAU 1

TABLEAU 2

TABLEAU 3

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3- Cela dit, augmenter l’âge de la retraite est une tendance.

Oui.

TABLEAU 4

4- Mais le problème fondamental de la retraite demeure le même!

La moitié des gens ne sont pas préparés à la retraite. Les rentes et la sécurité de la vieillesse ne sont pas suffisantes pour offrir une retraite décente. Il faut d’autres revenus. Sur ce point, à part encourager les gens à travailler et à épargner par eux-mêmes, les élus ont fait bien peu.

Postes Canada est rentable!

Vendredi 22 mai 2015 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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Postes Canada est un service public. C’est une société de la Couronne aux services de la population canadienne. À la suite des compressions annoncées en 2013 et de la réorganisation des services qui y est associée, des citoyens et des élus, de partout au Canada, ont exprimé leur attachement aux services de Postes Canada et leur opposition à la fin de la livraison du courrier à domicile.

Encore récemment, les maires de Montréal, Longueuil, Laval et Westmount ont annoncé que c’est devant les tribunaux qu’ils vont se battre dorénavant pour bloquer la décision de Postes Canada sur la livraison du courrier.

Faisant fi de l’opposition populaire et politique, Postes Canada claironne dans le communiqué de ses derniers résultats financiers qu’elle « doit demeurer financièrement autonome » et qu’il faut « éviter que l’entreprise devienne un fardeau pour les contribuables ». Autrement dit, selon la direction de ce service public que les Canadiens veulent pourtant conserver, accorder de nos impôts pour Postes Canada ou payer plus pour maintenir ce service est considéré comme un « fardeau ».

Ce qui est paradoxal dans tout ça, c’est que pour « éviter que l’entreprise devienne un fardeau pour les contribuables », vous savez ce que fait la société d’État? Je vous le donne en mille : elle augmente la tarification! « La hausse des revenus provenant de la structure de tarification progressive, qui est entrée en vigueur au début du deuxième trimestre de 2014, a permis de contrer les effets du déclin des volumes du service Poste-lettres. »

Suis-je bête? Quelqu’un ici peut-il m’expliquer en quoi une hausse de tarification n’est pas un alourdissement du « fardeau pour les contribuables », alors que ce serait le cas si on décidait de payer les services de Postes Canada avec nos impôts?

Des profits malgré les défis

Il est clair que Postes Canada fait face aux mêmes défis que les autres grands services postaux de la planète : celui de la baisse du volume de courrier postal. Mais, comme le montrent bien les résultats financiers publiés jeudi par Postes Canada, les autres services fonctionnent. Grâce à la hausse de tarification, le service qui inclut la livraison du courrier est même en progression!

  • Courrier transactionnel : 889 millions $ (+9,1 %)
  • Colis : 380 millions $ (+6,2 %)
  • Marketing direct : 298 millions $ (-1 %)
  • Groupe d’entreprises (Purolator, SCI, Innovapost) : 22 millions $ (perte l’année précédente)

Le profit avant impôt du 1er trimestre 2015 est de 24 millions de dollars. Et malgré les gains enregistrés dans tous les secteurs, Postes Canada sous-titre son communiqué ainsi : « Les volumes Poste-lettres du régime intérieur ont baissé de 8,4 %, accélérant le déclin continu du secteur de base. » En français, ça veut dire que le volume de lettres (lettres, cartes postales, factures, etc.) envoyées au Canada ne cesse de baisser.

Le Conference Board du Canada a publié une étude en 2012 qui prévoyait des pertes de 1 milliard de dollars en 2020 pour Postes Canada. C’est en s’appuyant sur ce rapport que la société a lancé sa vaste réforme. Trois ans plus tard, les chiffres ne suivent pas du tout la tendance envisagée par le Conference Board.

postesPostes Canada doit certainement trouver des solutions pour maintenir des finances saines. Mais son discours sur le « fardeau » que pourrait représenter Postes Canada est décalé de la réalité. Et ses décisions sont, dans ce contexte, difficiles à défendre.

1er mai : 10 choses à savoir

Vendredi 1 mai 2015 à 16 h 45 | | Pour me joindre

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Comme toutes les années, la Journée internationale des travailleurs nous invite à la réflexion sur l’état de santé du marché du travail, le traitement des travailleurs, la justice sociale, les inégalités, l’impact des mesures gouvernementales, le salaire minimum.

J’ai discuté avec l’économiste François Delorme de salaire minimum et d’austérité. Je me permets à la lumière de cette discussion, après avoir également jeté un œil sur les études de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) et de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) sur le salaire minimum, de retenir 10 choses que vous devez savoir pour mieux comprendre les enjeux du salaire minimum et de l’austérité.

Ce n’est pas exhaustif. C’est un apport à la réflexion.

  1. Le salaire minimum représente environ 45 % du salaire moyen au Québec depuis une vingtaine d’années. Après un effondrement relatif dans les années 70 et au début des années 80, le salaire minimum par rapport au salaire moyen a progressé depuis 1986 au Canada. Selon Statistique Canada, avant 2005, il y a eu des variations de 38 à 45 %. Depuis 2005, il est passé de 41 à 46 %.
  2. Selon les calculs de Statistique Canada, de 1975 à 1986, le salaire minimum réel au pays est passé de 10,13 $ à 7,53 $. Il est remonté à 8,81 $ en 1996 et à 10,14 $ en 2013.
  3. Le salaire minimum permet à une personne qui travaille 40 heures par semaine de dépasser le seuil de faible revenu. Toutefois, au Québec, c’est environ 60 % des personnes au salaire minimum qui travaillent à temps partiel.
  4. Si le salaire minimum à temps plein nous amène au seuil de faible revenu, il ne permet pas en retour d’atteindre ce qu’on appelle le « salaire viable », un concept que l’IRIS explique par la définition suivante : « il s’agit de permettre qu’un·e salarié·e à temps plein soit en mesure de gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de base de sa famille, tout en se donnant la possibilité d’accéder éventuellement à un meilleur revenu ». Selon l’IRIS, une famille monoparentale ou biparentale au salaire minimum n’atteint pas le niveau de « salaire viable ». Le manque à gagner va de 2000 à 6000 $.
  5. « La recherche contemporaine, affirme François Delorme, tend à indiquer que, loin de disparaître, l’effet négatif du salaire minimum sur l’emploi au Canada est plus important qu’aux États-Unis, et plus important en niveau absolu qu’on le croyait encore il y a 15 ans à peine. La hausse du coût d’embauche amène bel et bien les entreprises à réduire leur embauche de travailleurs au salaire minimum. Chaque hausse de 1 point de pourcentage du rapport entre le salaire minimum et le salaire moyen entraînerait grosso modo une baisse estimative de 8000 emplois au Québec en 2014. »
  6. En retour, dit François Delorme, l’austérité gouvernementale au Québec a un impact équivalent à 1 % du PIB, selon les calculs de l’économiste Pierre Fortin. Autrement dit, l’économie du Québec aurait pu croître de 1 % de plus, n’eût été la rigueur budgétaire. Ce sont aussi des milliers d’emplois qui ne seront pas créés.
  7. Toujours selon François Delorme, l’objectif d’assainir les finances publiques pour réduire le déficit structurel ou pour améliorer le surplus structurel (qui ne tient pas compte des variations de l’économie) est considéré par les économistes comme étant de la consolidation budgétaire, ce qu’on considère comme étant de l’austérité.
  8. Près de 60 % des travailleurs au salaire minimum au Québec sont âgés de 15 à 24 ans.
  9. Les femmes représentent 58 % des personnes qui  travaillent au salaire minimum.
  10. Environ 36 % des travailleurs au salaire minimum occupent  un emploi à ce niveau de salaire depuis plus de deux ans.

La manière Schäuble

Mercredi 15 avril 2015 à 12 h 53 | | Pour me joindre

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Le ministre allemand des Finances en est convaincu et il assume pleinement ses décisions et sa vision des choses : l’austérité est le bon remède pour l’économie européenne et les pays de la zone euro. Il fallait choisir l’austérité et il faut continuer dans cette direction, laisse entendre Wolfgang Schäuble dans une lettre qu’il publie dans le New York Times mercredi matin, à deux jours de la réunion annuelle du printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington.

« Comme en médecine, écrit-il, pour prescrire le bon traitement, il est essentiel de faire le bon diagnostic. » Et affirmer que l’Allemagne a imposé des mesures qui ont « poussé la zone euro encore plus profondément dans la crise » est faux, selon le ministre.

C’est un mythe, dit Wolfgang Schäuble.

Ce que vit l’Europe, dit-il, c’est une crise de confiance. Les investisseurs ont réalisé que plusieurs pays d’Europe n’étaient pas compétitifs du point de vue économique ou trop fragiles sur le plan financier. Les craintes du marché ont mené à une hausse des coûts d’emprunt pour certains pays.

Et la seule façon de rétablir les choses pour ces membres de la zone euro, écrit le ministre allemand des Finances, c’est d’adopter « des réformes ciblées pour reconstruire la confiance dans les finances des pays, dans leur économie respective et dans l’architecture de l’Union européenne. Dépenser simplement plus d’argent public n’aurait pas fonctionné et ne fonctionnerait pas plus aujourd’hui».

« Il ne s’agit pas d’austérité aveugle, selon lui. Il s’agit plutôt de préparer nos sociétés vieillissantes pour l’avenir et améliorer la qualité des finances publiques. » L’approche allemande a fonctionné, selon Wolfgang Schäuble. La reprise économique de son pays s’est amorcée dès 2009, les investissements publics et privés sont en hausse et la réduction de la dette de l’Allemagne s’accélère. D’autres pays ont choisi la même voie et en tirent des bénéfices, affirme-t-il, citant l’Irlande et l’Espagne.

Il écrit aussi que les pays doivent se préparer, du point de vue budgétaire, à la normalisation des taux d’intérêt. Il s’en prend à la manière américaine : « Le débat sur la réduction de la stimulation aux États-Unis – la fin de la période extraordinaire d’assouplissement quantitatif par la Réserve fédérale pour stimuler la croissance économique en rachetant des quantités phénoménales d’obligations – montre combien il est difficile de retirer ce stimulant une fois que les gouvernements et les marchés s’y sont habitués. »

Ce que Wolfgang Schäuble oublie de dire, c’est que les États-Unis représentent encore en 2015 la locomotive et la puissance de l’économie mondiale. Sa croissance s’accélère, son chômage est retombé sous les 6 % après une série d’interventions de l’État et de la banque centrale : sauvetage des banques et de l’industrie automobile, deux lois pour stimuler le travail aux États-Unis (le Buy America et le Buy American), ainsi que des milliers de milliards injectés par la Réserve fédérale. En parallèle, le déficit américain ne cesse de baisser et la dette par rapport au PIB se stabilise.

Les deux premiers graphiques illustrent clairement que la tendance de croissance économique des États-Unis double celle de l’Allemagne.

croissanceusageramnandUn dernier tableau illustre que le PIB par habitant tend à baisser dans la zone euro, alors qu’il tend à grandir aux États-Unis. Américains et Européens ne vont plus dans la même direction.

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Wolfgang Schäuble assume et insiste sur sa vision de la gestion des finances publiques. Il faudra encore du temps pour analyser la période que nous connaissons en ce moment pour tirer de vrais enseignements des choix politiques qui ont été faits dans les années suivant cette crise exceptionnelle. Pour l’instant, toutefois, force est de constater que la manière américaine a connu plus de succès que celle de M. Schäuble.

Depuis un bon moment, quand je vous parle du déficit et du surplus du Québec, je prends le temps de vous donner le solde total, mais aussi le solde avant versements au Fonds des générations. Pourquoi? Parce que les versements au Fonds des générations ne représentent pas une vraie dépense gouvernementale. Ce fonds réduit la dette nette du Québec et représente un investissement pour l’avenir. Le vrai surplus du Québec, c’est celui qui se situe sur la ligne avant les versements au Fonds des générations.

Dans la réalité donc, avant les versements au Fonds des générations, on prévoit 13,207 milliards de dollars de surplus au Québec au cours des cinq prochains exercices budgétaires. Cette évaluation tient compte de la réduction de la taxe santé qui va s’amorcer le 1er janvier 2017 :

  • 2015-2016 : +1,675 milliard $
  • 2016-2017 : +2,236 milliards $
  • 2017-2018 : +2,765 milliards $
  • 2018-2019 : +3,085 milliards $
  • 2019-2020 : +3,446 milliards $

Selon l’économiste Jean-Pierre Aubry, « le gouvernement veut éviter de dire aux citoyens qu’il a des surplus budgétaires de peur que la pression publique le force à dépenser ses surplus. Il a créé une définition qui, d’une certaine façon, fait disparaître artificiellement  les vrais surplus pour qu’on n’y touche pas et qui augmente artificiellement les déficits dans le but d’inciter la prise de mesures budgétaires pour les réduire. Cette définition n’est donc qu’un artifice comptable trompeur. Est-ce que cet artifice trompeur est bénéfique en permettant d’accumuler des surplus et de réduire la dette? Peut-être pour quelques années. Mais plus le temps va passer, plus ce stratagème sera inefficace. En fin de compte, le gouvernement va perdre de la crédibilité ».

Le gouvernement prévoit aussi une provision pour prudence de 400 millions à partir de 2016-2017. Si on multiplie par 4, on arrive donc à 1,6 milliard en réserve d’ici 2020, et si on l’ajoute aux surplus déjà prévus avant les versements au Fonds des générations, on arrive à un total de 14,807 milliards.

À cela, il faut peut-être ajouter encore des « marges de prudence » établies par le vérificateur général Michel Samson après la publication de la mise à jour économique de Carlos Leitao en décembre dernier. Ces marges sont évaluées à 2,3 milliards. C’est raisonnable selon lui pour le gouvernement de se créer ainsi des « marges de prudence ». Si ce montant aux surplus prévus avant les versements au Fonds des générations et avant réserve, on arriverait donc à une somme dépassant les 17 milliards.

Ainsi, d’ici 2020, selon les prévisions du gouvernement du Québec, ce sont des marges de manœuvre allant de 13 milliards à 17 milliards qui pourraient être dégagées. Cet argent proviendra de la réduction des dépenses dans certains ministères, de la réduction de la croissance des dépenses dans d’autres, de revenus plus élevés qui seront générés, selon le gouvernement, par les baisses d’impôt accordées aux entreprises et aux contribuables.

Le gouvernement Couillard doit-il maintenir la pression sur les dépenses comme il le fait ou devrait-il la relâcher afin de réduire l’impact de ses mesures sur ses travailleurs, sur les régions et les services publics? Jean-Pierre Aubry affirme que la hausse moyenne prévue des dépenses gouvernementales au Québec est de 2,1 % au cours des cinq prochaines années.  À 3,1 %, dit-il, le Québec atteindrait tout de même l’équilibre budgétaire, sans générer de surplus toutefois.