Billets classés sous la catégorie « Retraite et démographie »

Le tabou de l’argent

Jeudi 25 juin 2015 à 13 h 25 | | Pour me joindre

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S’il semble vrai que depuis la crise de 2008, les gens parlent plus d’économie, s’y intéressent davantage, il n’est pas clair en retour que l’argent n’est plus un tabou. C’est difficile de parler d’argent, de ses revenus, de la valeur des biens et des services, de se comparer et de se comprendre sur les questions financières. L’argent peut donner des ailes, mais aussi de la misère!

Il est tellement difficile de parler d’argent qu’on en vient même à constater qu’un très grand nombre de personnes n’ont aucune idée précise du revenu de leur conjoint. Le savez-vous, vous? Je vous pose la question : combien gagne votre époux-épouse-copain-copine?

Croyez-le ou non, selon un sondage réalisé par Fidelity aux États-Unis, 43 % des gens n’arrivent pas à dire combien leur partenaire gagne dans la vie! Et 10 % se sont trompés d’au moins 25 000 $ dans leur évaluation! En plus, le tiers des couples ne s’entendent pas sur l’argent disponible pour investir. La moitié n’a aucune idée du montant nécessaire à la retraite pour vivre convenablement.

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Quand madame gagne plus que monsieur

Le tabou s’explique peut-être, en partie, par le fait que bien des hommes ne veulent pas vraiment voir que leur concubine gagne plus qu’eux. L’économiste François Delorme m’a fait découvrir, dans le cadre de notre projet de rédaction de livre sur l’économie en 2013-2014, une étude de l’Université de Chicago. Cette dernière montre que « 50 % des répondants nés avant 1945 croient qu’il est problématique qu’une femme gagne un revenu plus élevé que son mari. Cette proportion baisse à 30 % pour les répondants nés entre 1946 et 1964 et remonte à près de 40 % pour ceux nés après 1965 [...] Quand une femme gagne un revenu supérieur à celui de son conjoint, la probabilité de se marier diminue significativement. Et si, au cours d’une relation, une femme en vient à gagner davantage que son mari, il y a beaucoup plus de risques que leur union dure moins longtemps que si le mari avait continué d’avoir un revenu plus élevé ».

Ça peut ressembler à de vieux a priori, je vous entends réagir. C’est pourtant très sérieux et très réel. La situation des femmes ne cesse de progresser, mais les convictions, conscientes et inconscientes, avancent un peu plus lentement.

Parler d’argent

L’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de lancer une campagne pour qu’on parle d’argent au Québec et pour faire en sorte que les gens s’intéressent davantage à ces questions. Dans son document exposant sa stratégie en matière d’éducation financière, l’AMF écrit que « plusieurs personnes prétendent que la société québécoise et sa majorité francophone subissent encore l’influence de certaines valeurs réfractaires à l’argent, notamment les valeurs judéo-chrétiennes ayant marqué plusieurs générations. […] À bien des égards, notre relation avec l’argent nous distingue des Canadiens des autres provinces ».

Dans son évaluation des comportements financiers des Québécois, réalisée à partir d’un sondage effectué auprès de « 1500 personnes responsables de la gestion des finances dans leur ménage », l’AMF nous apprend que « moins d’un Québécois sur deux (46 %) a fait l’exercice de vérifier si les sommes épargnées sont suffisantes pour la retraite ». Pourtant, trop de gens vivent pauvrement à la retraite.

Pour tenter d’améliorer la situation, l’AMF amorce cet automne une tournée des cégeps pour parler de surendettement, de fraude, de finances et d’économie. L’Autorité veut également relancer la promotion d’une trousse pour les professeurs du primaire, « Mes sous, j’y vois », afin de les aider à parler d’argent en classe. Des projets sont en développement aussi pour 2016 avec la Fondation PGL. Et des pressions sont toujours exercées pour faire accepter par le ministère de l’Éducation la réintroduction d’un cours d’éducation financière.

Le tabou de l’argent est tenace, nourri par des préjugés, peut-être aussi notre héritage judéo-chrétien et une forme répandue de désintérêt pour les questions financières. Pourtant, parler d’argent pourrait sans doute permettre à bien des gens de mieux comprendre leur situation, de participer davantage à la société et d’améliorer leur bien-être personnel.

Sources :

Fidelity : https://www.fidelity.com/bin-public/060_www_fidelity_com/documents/couples-retirement-fact-sheet.pdf

FILLION, Gérald et DELORME, François – Vos questions sur l’économie 75 questions – 75 réponses, Éditions La Presse, 231 p.

Marianne Bertrand, Emir Kamenica et Jessica Pan (octobre 2013). « Gender Identity and Relative Income Within Households », Working paper, University of Chicaco.

AMF, Stratégie québécoise en éducation financière http://www.lautorite.qc.ca/files/pdf/education-financiere/SQEF01062015.pdf

Repousser la rente à 67 ans?

Lundi 15 juin 2015 à 15 h 08 | | Pour me joindre

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La commission politique du PLQ a présenté plusieurs résolutions en fin de semaine au congrès du parti. L’une d’entre elles a provoqué de vives discussions. Voici la résolution :

« Que le gouvernement du Québec soutienne les aînés qui désirent demeurer actifs et qu’il s’assure d’une retraite équitable pour toutes les générations en :

2.5.1  Adaptant les régimes de retraite du gouvernement (RRQ et RREGOP) à travers :

a. Une augmentation graduelle de l’âge de la retraite pour les rentes de la Régie des rentes du Québec (RRQ), compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés au cours des dernières années;

b. Une augmentation graduelle, dans le cadre des négociations de conventions collectives, de l’âge de la retraite des employés de l’État (RREGOP), compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés au cours des dernières années;

c. La mise en place, à la suite de l’augmentation graduelle de l’âge de la retraite, de mécanismes d’ajustements périodiques de l’âge de la retraite en fonction de l’évolution dans le temps de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés. »

Alors…

1- Quand on dit la retraite à 67 ans, que veut-on dire exactement?

Il y a trois étages dans l’édifice de la retraite au Canada : la sécurité de la vieillesse payée à partir des impôts de tous les Canadiens, versée à tous les Canadiens à partir de 65 ans. Ensuite, deuxième étage, il y a les rentes qui sont versées à partir des cotisations des travailleurs et des employeurs en fonction du nombre d’années travaillées. Au Québec, c’est la Régie des rentes du Québec qui est responsable de l’administration des rentes. Puis, dernier étage, ce sont les épargnes additionnelles que nous accumulons pour la retraite dans un REER et/ou dans un régime de retraite complémentaire.

Aujourd’hui, ce que les membres du PLQ ont exploré, c’est la possibilité de faire passer la pleine rente de la RRQ, de 65 à 67 ans. Il est possible, en ce moment, de toucher sa rente dès l’âge de 60 ans, mais avec une pénalité. Si vous attendez après 65 ans, on bonifie votre rente.

2- La situation est-elle aussi périlleuse qu’on le laisse croire? 

Réponse courte : non. La Régie des rentes est en mesure de respecter tous ses engagements à long terme pour trois grandes raisons :

  • les rendements sont supérieurs aux attentes, alors que les prévisions de la RRQ s’appuient sur un taux de rendement moyen sur 50 ans de 4,1 %, tandis que le taux historique est de 8,7 %;
  • la population ne décroît pas, contrairement à ce qu’on prévoyait il y a 12 ans;
  • et les cotisations des travailleurs et des employeurs augmentent : elles atteindront 10,8 % en 2017.

L’équilibre demeure tout de même fragile. Les pressions financières demeurent importantes, alors que les prestations versées aux bénéficiaires seront supérieures aux cotisations annuelles à partir de 2019. Toutefois, le rendement du marché permettra de maintenir l’équilibre (tableau 1). De plus, le nombre de citoyens de 20 à 64 ans pour chaque citoyen de 65 ans et plus va passer de 3,7 en 2013 à 2,1 en 2031 (tableau 2). Tout de même, le nombre de citoyens au Québec va continuer de grandir. On prévoyait, en 2003, une baisse de la population à l’horizon 2051. On a révisé à la hausse dans les deux dernières études de l’ISQ (tableau 3).

TABLEAU 1

TABLEAU 2

TABLEAU 3

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3- Cela dit, augmenter l’âge de la retraite est une tendance.

Oui.

TABLEAU 4

4- Mais le problème fondamental de la retraite demeure le même!

La moitié des gens ne sont pas préparés à la retraite. Les rentes et la sécurité de la vieillesse ne sont pas suffisantes pour offrir une retraite décente. Il faut d’autres revenus. Sur ce point, à part encourager les gens à travailler et à épargner par eux-mêmes, les élus ont fait bien peu.

Postes Canada est rentable!

Vendredi 22 mai 2015 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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Postes Canada est un service public. C’est une société de la Couronne aux services de la population canadienne. À la suite des compressions annoncées en 2013 et de la réorganisation des services qui y est associée, des citoyens et des élus, de partout au Canada, ont exprimé leur attachement aux services de Postes Canada et leur opposition à la fin de la livraison du courrier à domicile.

Encore récemment, les maires de Montréal, Longueuil, Laval et Westmount ont annoncé que c’est devant les tribunaux qu’ils vont se battre dorénavant pour bloquer la décision de Postes Canada sur la livraison du courrier.

Faisant fi de l’opposition populaire et politique, Postes Canada claironne dans le communiqué de ses derniers résultats financiers qu’elle « doit demeurer financièrement autonome » et qu’il faut « éviter que l’entreprise devienne un fardeau pour les contribuables ». Autrement dit, selon la direction de ce service public que les Canadiens veulent pourtant conserver, accorder de nos impôts pour Postes Canada ou payer plus pour maintenir ce service est considéré comme un « fardeau ».

Ce qui est paradoxal dans tout ça, c’est que pour « éviter que l’entreprise devienne un fardeau pour les contribuables », vous savez ce que fait la société d’État? Je vous le donne en mille : elle augmente la tarification! « La hausse des revenus provenant de la structure de tarification progressive, qui est entrée en vigueur au début du deuxième trimestre de 2014, a permis de contrer les effets du déclin des volumes du service Poste-lettres. »

Suis-je bête? Quelqu’un ici peut-il m’expliquer en quoi une hausse de tarification n’est pas un alourdissement du « fardeau pour les contribuables », alors que ce serait le cas si on décidait de payer les services de Postes Canada avec nos impôts?

Des profits malgré les défis

Il est clair que Postes Canada fait face aux mêmes défis que les autres grands services postaux de la planète : celui de la baisse du volume de courrier postal. Mais, comme le montrent bien les résultats financiers publiés jeudi par Postes Canada, les autres services fonctionnent. Grâce à la hausse de tarification, le service qui inclut la livraison du courrier est même en progression!

  • Courrier transactionnel : 889 millions $ (+9,1 %)
  • Colis : 380 millions $ (+6,2 %)
  • Marketing direct : 298 millions $ (-1 %)
  • Groupe d’entreprises (Purolator, SCI, Innovapost) : 22 millions $ (perte l’année précédente)

Le profit avant impôt du 1er trimestre 2015 est de 24 millions de dollars. Et malgré les gains enregistrés dans tous les secteurs, Postes Canada sous-titre son communiqué ainsi : « Les volumes Poste-lettres du régime intérieur ont baissé de 8,4 %, accélérant le déclin continu du secteur de base. » En français, ça veut dire que le volume de lettres (lettres, cartes postales, factures, etc.) envoyées au Canada ne cesse de baisser.

Le Conference Board du Canada a publié une étude en 2012 qui prévoyait des pertes de 1 milliard de dollars en 2020 pour Postes Canada. C’est en s’appuyant sur ce rapport que la société a lancé sa vaste réforme. Trois ans plus tard, les chiffres ne suivent pas du tout la tendance envisagée par le Conference Board.

postesPostes Canada doit certainement trouver des solutions pour maintenir des finances saines. Mais son discours sur le « fardeau » que pourrait représenter Postes Canada est décalé de la réalité. Et ses décisions sont, dans ce contexte, difficiles à défendre.

1er mai : 10 choses à savoir

Vendredi 1 mai 2015 à 16 h 45 | | Pour me joindre

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Comme toutes les années, la Journée internationale des travailleurs nous invite à la réflexion sur l’état de santé du marché du travail, le traitement des travailleurs, la justice sociale, les inégalités, l’impact des mesures gouvernementales, le salaire minimum.

J’ai discuté avec l’économiste François Delorme de salaire minimum et d’austérité. Je me permets à la lumière de cette discussion, après avoir également jeté un œil sur les études de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) et de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) sur le salaire minimum, de retenir 10 choses que vous devez savoir pour mieux comprendre les enjeux du salaire minimum et de l’austérité.

Ce n’est pas exhaustif. C’est un apport à la réflexion.

  1. Le salaire minimum représente environ 45 % du salaire moyen au Québec depuis une vingtaine d’années. Après un effondrement relatif dans les années 70 et au début des années 80, le salaire minimum par rapport au salaire moyen a progressé depuis 1986 au Canada. Selon Statistique Canada, avant 2005, il y a eu des variations de 38 à 45 %. Depuis 2005, il est passé de 41 à 46 %.
  2. Selon les calculs de Statistique Canada, de 1975 à 1986, le salaire minimum réel au pays est passé de 10,13 $ à 7,53 $. Il est remonté à 8,81 $ en 1996 et à 10,14 $ en 2013.
  3. Le salaire minimum permet à une personne qui travaille 40 heures par semaine de dépasser le seuil de faible revenu. Toutefois, au Québec, c’est environ 60 % des personnes au salaire minimum qui travaillent à temps partiel.
  4. Si le salaire minimum à temps plein nous amène au seuil de faible revenu, il ne permet pas en retour d’atteindre ce qu’on appelle le « salaire viable », un concept que l’IRIS explique par la définition suivante : « il s’agit de permettre qu’un·e salarié·e à temps plein soit en mesure de gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de base de sa famille, tout en se donnant la possibilité d’accéder éventuellement à un meilleur revenu ». Selon l’IRIS, une famille monoparentale ou biparentale au salaire minimum n’atteint pas le niveau de « salaire viable ». Le manque à gagner va de 2000 à 6000 $.
  5. « La recherche contemporaine, affirme François Delorme, tend à indiquer que, loin de disparaître, l’effet négatif du salaire minimum sur l’emploi au Canada est plus important qu’aux États-Unis, et plus important en niveau absolu qu’on le croyait encore il y a 15 ans à peine. La hausse du coût d’embauche amène bel et bien les entreprises à réduire leur embauche de travailleurs au salaire minimum. Chaque hausse de 1 point de pourcentage du rapport entre le salaire minimum et le salaire moyen entraînerait grosso modo une baisse estimative de 8000 emplois au Québec en 2014. »
  6. En retour, dit François Delorme, l’austérité gouvernementale au Québec a un impact équivalent à 1 % du PIB, selon les calculs de l’économiste Pierre Fortin. Autrement dit, l’économie du Québec aurait pu croître de 1 % de plus, n’eût été la rigueur budgétaire. Ce sont aussi des milliers d’emplois qui ne seront pas créés.
  7. Toujours selon François Delorme, l’objectif d’assainir les finances publiques pour réduire le déficit structurel ou pour améliorer le surplus structurel (qui ne tient pas compte des variations de l’économie) est considéré par les économistes comme étant de la consolidation budgétaire, ce qu’on considère comme étant de l’austérité.
  8. Près de 60 % des travailleurs au salaire minimum au Québec sont âgés de 15 à 24 ans.
  9. Les femmes représentent 58 % des personnes qui  travaillent au salaire minimum.
  10. Environ 36 % des travailleurs au salaire minimum occupent  un emploi à ce niveau de salaire depuis plus de deux ans.

La manière Schäuble

Mercredi 15 avril 2015 à 12 h 53 | | Pour me joindre

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Le ministre allemand des Finances en est convaincu et il assume pleinement ses décisions et sa vision des choses : l’austérité est le bon remède pour l’économie européenne et les pays de la zone euro. Il fallait choisir l’austérité et il faut continuer dans cette direction, laisse entendre Wolfgang Schäuble dans une lettre qu’il publie dans le New York Times mercredi matin, à deux jours de la réunion annuelle du printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington.

« Comme en médecine, écrit-il, pour prescrire le bon traitement, il est essentiel de faire le bon diagnostic. » Et affirmer que l’Allemagne a imposé des mesures qui ont « poussé la zone euro encore plus profondément dans la crise » est faux, selon le ministre.

C’est un mythe, dit Wolfgang Schäuble.

Ce que vit l’Europe, dit-il, c’est une crise de confiance. Les investisseurs ont réalisé que plusieurs pays d’Europe n’étaient pas compétitifs du point de vue économique ou trop fragiles sur le plan financier. Les craintes du marché ont mené à une hausse des coûts d’emprunt pour certains pays.

Et la seule façon de rétablir les choses pour ces membres de la zone euro, écrit le ministre allemand des Finances, c’est d’adopter « des réformes ciblées pour reconstruire la confiance dans les finances des pays, dans leur économie respective et dans l’architecture de l’Union européenne. Dépenser simplement plus d’argent public n’aurait pas fonctionné et ne fonctionnerait pas plus aujourd’hui».

« Il ne s’agit pas d’austérité aveugle, selon lui. Il s’agit plutôt de préparer nos sociétés vieillissantes pour l’avenir et améliorer la qualité des finances publiques. » L’approche allemande a fonctionné, selon Wolfgang Schäuble. La reprise économique de son pays s’est amorcée dès 2009, les investissements publics et privés sont en hausse et la réduction de la dette de l’Allemagne s’accélère. D’autres pays ont choisi la même voie et en tirent des bénéfices, affirme-t-il, citant l’Irlande et l’Espagne.

Il écrit aussi que les pays doivent se préparer, du point de vue budgétaire, à la normalisation des taux d’intérêt. Il s’en prend à la manière américaine : « Le débat sur la réduction de la stimulation aux États-Unis – la fin de la période extraordinaire d’assouplissement quantitatif par la Réserve fédérale pour stimuler la croissance économique en rachetant des quantités phénoménales d’obligations – montre combien il est difficile de retirer ce stimulant une fois que les gouvernements et les marchés s’y sont habitués. »

Ce que Wolfgang Schäuble oublie de dire, c’est que les États-Unis représentent encore en 2015 la locomotive et la puissance de l’économie mondiale. Sa croissance s’accélère, son chômage est retombé sous les 6 % après une série d’interventions de l’État et de la banque centrale : sauvetage des banques et de l’industrie automobile, deux lois pour stimuler le travail aux États-Unis (le Buy America et le Buy American), ainsi que des milliers de milliards injectés par la Réserve fédérale. En parallèle, le déficit américain ne cesse de baisser et la dette par rapport au PIB se stabilise.

Les deux premiers graphiques illustrent clairement que la tendance de croissance économique des États-Unis double celle de l’Allemagne.

croissanceusageramnandUn dernier tableau illustre que le PIB par habitant tend à baisser dans la zone euro, alors qu’il tend à grandir aux États-Unis. Américains et Européens ne vont plus dans la même direction.

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Wolfgang Schäuble assume et insiste sur sa vision de la gestion des finances publiques. Il faudra encore du temps pour analyser la période que nous connaissons en ce moment pour tirer de vrais enseignements des choix politiques qui ont été faits dans les années suivant cette crise exceptionnelle. Pour l’instant, toutefois, force est de constater que la manière américaine a connu plus de succès que celle de M. Schäuble.

Depuis un bon moment, quand je vous parle du déficit et du surplus du Québec, je prends le temps de vous donner le solde total, mais aussi le solde avant versements au Fonds des générations. Pourquoi? Parce que les versements au Fonds des générations ne représentent pas une vraie dépense gouvernementale. Ce fonds réduit la dette nette du Québec et représente un investissement pour l’avenir. Le vrai surplus du Québec, c’est celui qui se situe sur la ligne avant les versements au Fonds des générations.

Dans la réalité donc, avant les versements au Fonds des générations, on prévoit 13,207 milliards de dollars de surplus au Québec au cours des cinq prochains exercices budgétaires. Cette évaluation tient compte de la réduction de la taxe santé qui va s’amorcer le 1er janvier 2017 :

  • 2015-2016 : +1,675 milliard $
  • 2016-2017 : +2,236 milliards $
  • 2017-2018 : +2,765 milliards $
  • 2018-2019 : +3,085 milliards $
  • 2019-2020 : +3,446 milliards $

Selon l’économiste Jean-Pierre Aubry, « le gouvernement veut éviter de dire aux citoyens qu’il a des surplus budgétaires de peur que la pression publique le force à dépenser ses surplus. Il a créé une définition qui, d’une certaine façon, fait disparaître artificiellement  les vrais surplus pour qu’on n’y touche pas et qui augmente artificiellement les déficits dans le but d’inciter la prise de mesures budgétaires pour les réduire. Cette définition n’est donc qu’un artifice comptable trompeur. Est-ce que cet artifice trompeur est bénéfique en permettant d’accumuler des surplus et de réduire la dette? Peut-être pour quelques années. Mais plus le temps va passer, plus ce stratagème sera inefficace. En fin de compte, le gouvernement va perdre de la crédibilité ».

Le gouvernement prévoit aussi une provision pour prudence de 400 millions à partir de 2016-2017. Si on multiplie par 4, on arrive donc à 1,6 milliard en réserve d’ici 2020, et si on l’ajoute aux surplus déjà prévus avant les versements au Fonds des générations, on arrive à un total de 14,807 milliards.

À cela, il faut peut-être ajouter encore des « marges de prudence » établies par le vérificateur général Michel Samson après la publication de la mise à jour économique de Carlos Leitao en décembre dernier. Ces marges sont évaluées à 2,3 milliards. C’est raisonnable selon lui pour le gouvernement de se créer ainsi des « marges de prudence ». Si ce montant aux surplus prévus avant les versements au Fonds des générations et avant réserve, on arriverait donc à une somme dépassant les 17 milliards.

Ainsi, d’ici 2020, selon les prévisions du gouvernement du Québec, ce sont des marges de manœuvre allant de 13 milliards à 17 milliards qui pourraient être dégagées. Cet argent proviendra de la réduction des dépenses dans certains ministères, de la réduction de la croissance des dépenses dans d’autres, de revenus plus élevés qui seront générés, selon le gouvernement, par les baisses d’impôt accordées aux entreprises et aux contribuables.

Le gouvernement Couillard doit-il maintenir la pression sur les dépenses comme il le fait ou devrait-il la relâcher afin de réduire l’impact de ses mesures sur ses travailleurs, sur les régions et les services publics? Jean-Pierre Aubry affirme que la hausse moyenne prévue des dépenses gouvernementales au Québec est de 2,1 % au cours des cinq prochaines années.  À 3,1 %, dit-il, le Québec atteindrait tout de même l’équilibre budgétaire, sans générer de surplus toutefois.

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Le rapport Godbout sur la fiscalité regroupe un ensemble de propositions qui ne seront certainement pas toutes adoptées par le gouvernement Couillard. Toutefois, c’est une réflexion, c’est un apport important pour rendre plus efficace la fiscalité du Québec. Du moins, c’est ce qu’annoncent les commissaires qui ont retourné toutes les pierres de la fiscalité depuis huit mois, des taxes sur les couches pour enfants aux crédits d’impôt pour les aînés, en passant par l’impôt des PME et la myriade de mesures fiscales et crédits de toutes sortes pour les particuliers et les sociétés.

On ne peut pas accuser le fiscaliste Luc Godbout d’incohérence. Ça fait longtemps qu’il dit qu’on devrait taxer plus la consommation et moins le travail. Tout le rapport s’articule autour de cette philosophie. On a regardé l’arbre et ses branches de très près dans les heures qui ont suivi la publication du rapport jeudi, les critiques ont fusé de toutes parts. Mais il faut aussi voir la forêt : le rapport Godbout est imprégné d’une vision de la fiscalité qui apportera des transformations importantes dans le « modèle québécois ».

En fait, ce que propose ce rapport, c’est un « modèle québécois » transformé. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Comment maintenir des services publics généreux et étendus dans le contexte économique et le cadre budgétaire du Québec? Luc Godbout a proposé jeudi un réaménagement de la fiscalité qui a pour but de générer plus de croissance, plus d’emplois, plus de revenus pour l’État. Mais pour le gouvernement, c’est à coût nul.

Si le rapport était adopté, l’État toucherait plus de revenus provenant des taxes et des tarifs, mais moins des impôts. Au final, on maintient le modèle, mais on réorganise son financement. En incitant davantage le travail et les investissements, comme le prétend Luc Godbout, le gouvernement pourrait toucher des revenus supplémentaires à terme.

En théorie, tout cela tient. On est d’accord ou n’est pas d’accord avec les orientations du rapport. Mais tous les experts vous diront que ça tient la route.

Il y a la théorie, il y a la réalité

Mais dans la réalité, quel sera l’impact sur les citoyens? La question est essentielle parce que les changements proposés à la fiscalité par Luc Godbout pourraient avoir un impact majeur dans la vie de chacune des personnes visées. Des dizaines de mesures fiscales seraient abolies si le rapport Godbout était adopté.

Pour les plus démunis, les taxes et les tarifs supplémentaires sont des coûts immédiats, difficiles à gérer au quotidien quand les finances sont serrées. Pour les aînés, l’accès à certains crédits et mesures fiscales, comme le fractionnement de revenus entre conjoints, ne deviendrait accessible qu’à partir de 75 ans. Pour les entreprises à un seul employé, le taux d’imposition passerait de 8 % à 10 %. Plusieurs de ces entreprises ne seraient pas en mesure d’atteindre 100 000 $ de revenus pour réduire ainsi leur taux d’imposition de 4 % proposé par le comité Godbout.

Et puis quel sera l’impact de la transformation de crédits remboursables en crédits non remboursables? Explication : un crédit remboursable permet à une entreprise de toucher le crédit sur l’impôt à payer même s’il n’a plus d’impôt à payer. Un crédit non remboursable n’est plus disponible, une fois les impôts payés.

Or, plusieurs entreprises qui font de la recherche et du développement, notamment dans les jeux vidéo, ont des centres de développement au Québec, mais ne tirent pas de revenus ici. Ces endroits sont des centres de coûts. On dépense dans le développement, on crée de bons emplois, mais on ne vend rien ici. Les revenus sont générés ailleurs.  Ces entreprises seront-elles tentées d’aller ailleurs, en Ontario ou en Colombie-Britannique, là où les crédits remboursables demeurent disponibles?

Souhaitons-nous une large discussion, un débat sur les propositions du rapport Godbout pour comprendre véritablement les impacts positifs et négatifs des recommandations qui pourraient être adoptées par le gouvernement.

Les moyens perdus de l’État

Mercredi 18 mars 2015 à 18 h 53 | | Pour me joindre

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Le rapport Godbout permettra-t-il de stimuler l’économie du Québec, d’encourager le travail et de permettre surtout à l’État d’engranger des revenus essentiels à la poursuite des missions qu’il s’est données, dans la mesure où il veut conserver toutes ces missions?

On verra, comme dirait un célèbre politicien! Mais, entre-temps, un petit coup d’œil dans le passé nous permet de constater que les gouvernements du Québec et du Canada ont largement contribué à l’assèchement de leurs capacités financières.

En fait, l’atteinte pénible et difficile du déficit zéro aujourd’hui n’est probablement pas étrangère aux baisses d’impôts adoptées depuis plus de 15 ans au Canada et au Québec. Dans une étude rendue publique mardi, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) affirme que la réduction du nombre de paliers d’impôt (de 5 à 3 en 1997, puis à 4 en 2012) ainsi que les baisses d’impôt ont entraîné un manque à gagner de 4,5 milliards de dollars à l’État québécois.

Ce qu’a fait l’IREC, c’est d’appliquer la grille fiscale de 1997 à l’année 2013. En plus du manque à gagner de 4,5 milliards de dollars, l’IREC affirme que l’ajout et la bonification de crédits d’impôt ont privé l’État d’une somme de 4,1 milliards. Ces mesures fiscales destinées pour la plupart aux plus démunis viennent réduire l’effet des hausses de taxes à la consommation.

L’écart budgétaire pour le gouvernement du Québec est donc de 8,6 milliards de dollars selon l’IREC, une somme qui, vous le comprendrez, nous éloignerait largement des débats enflammés qu’on connaît sur l’atteinte du déficit zéro.

10 milliards de moins à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement fédéral a annoncé deux baisses de TPS, de 7 à 5 %,  depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, ce qui le prive de 6 à 7 milliards de dollars de revenus par année. En novembre dernier, le fractionnement de revenus et d’autres mesures pour les familles ont été annoncés. Ça va priver Ottawa de plus de 4,5 milliards de dollars de revenus sur une année. C’est au moins 10 milliards de dollars de moins dans les coffres de l’État canadien.

Et on ne parle pas ici de la baisse d’impôt pour les entreprises, dont les répercussions (négatives pour les revenus de l’État, apparemment positives pour l’économie) ne sont pas calculées.

Mardi, le directeur parlementaire du budget a révélé que le fractionnement du revenu des conjoints va coûter 2,2 milliards de dollars seulement en 2015 pour aider 15 % des ménages au Canada, c’est-à-dire 2 millions de ménages sur un peu plus de 13 millions. Le gain d’impôt pourrait atteindre un maximum de 2000 $ par famille si les écarts de revenus sont importants entre les deux conjoints. Au Québec, avec l’abattement fédéral de 16,5 %, c’est un maximum de 1670 $ qui sera possible et non 2000 $.

Au nom de l’équilibre budgétaire, les gouvernements coupent. À Ottawa, depuis 2011. À Québec, depuis 2013 et particulièrement cette année. Si l’État n’avait pas tant réduit sa marge de manoeuvre, je pose la question : aurions-nous les mêmes débats et surtout les mêmes soucis face au grand défi qui se dessine pour les deux prochaines décennies, le vieillissement de la population?

editions.lapresse.camediafiler_public20150219communique_finvachessacrees_v2.pdf - Google Chrome« Les Québécois souhaitent naturellement voir leurs revenus croître, et cela est légitime. Par contre, dès qu’une personne réussit, elle devient souvent l’objet de méfiance et de jalousie. On veut bien que les entreprises réussissent et créent des emplois, mais en même temps, on entretient des préjugés envers leurs propriétaires ou leurs dirigeants. Ces préjugés bien enracinés s’expliquent pour une bonne part par la méconnaissance du fonctionnement de l’économie. Combien de fois ai-je constaté que des personnes, pourtant intelligentes, sont convaincues que si une entreprise fait un gain, ou « fait de l’argent » en langage populaire, quelqu’un d’autre subit une perte. Comme s’il s’agissait de vases communicants et qu’automatiquement quelqu’un doit être lésé. »

- Claude Castonguay, La fin des vaches sacrées

Claude Castonguay aura 86 ans dans un peu plus de deux mois. L’ex-ministre demeure actif, réfléchit aux enjeux sociaux, politiques, économiques du Québec, des régimes de retraite aux réformes en santé en passant par la création de la richesse et les inégalités sociales.

Il publie aujourd’hui un nouvel ouvrage : La fin des vaches sacrées, réflexions sur l’avenir du Québec aux Éditions La Presse. Il revient avec ses propositions en matière de santé et réaffirme la nécessité, selon lui, d’adopter une forme de REER obligatoire pour améliorer la protection des aînés à la retraite.

Mais, il va plus loin, il ratisse plus large.

Culture de dépendance

Il invite les Québécois à appuyer sur l’accélérateur du changement afin de se libérer d’une forme de « culture de dépendance » envers l’État qui subsiste, selon lui, depuis trop longtemps. « Collectivement, nous nous sommes habitués à un certain confort, écrit-il. Si nous voulons développer notre plein potentiel, le succès doit être valorisé. L’époque où seuls les pauvres allaient au ciel est chose du passé. Quand allons-nous enfin tourner la page? »

Il demande, en fait, à tout le monde de faire un effort. Il invite le gouvernement Couillard à faire appel à la concertation, comme les Scandinaves savent le faire. Et il est d’avis aussi que les syndicats doivent mettre de l’eau dans leur vin. Selon lui, « les syndicats sont les plus dogmatiques. Ils ont convaincu une bonne partie de la population qu’ils sont les défenseurs de l’intérêt public contre les méchants néolibéraux et les employeurs en qui on ne peut avoir confiance. […] Nous sommes devenus une société corporatiste tellement structurée que le gouvernement ne peut agir sans provoquer des levées de boucliers, au besoin, des manifestations dans la rue ».

Climat généralisé de morosité

Claude Castonguay nous dit qu’il y a en ce moment au Québec, « un climat généralisé de morosité, d’incertitude et de cynisme […] Heureusement, dit-il, une majorité de Québécois ressentent un profond besoin de changement même s’il existe des divergences quant aux orientations à prendre et aux mesures qui s’imposent ». Comme à la fin des années 50 quand sont apparus les premiers pas de la Révolution tranquille.

Cela dit, tout au long de la lecture, on constate plus d’inquiétude que d’espoir chez Claude Castonguay. « Il faut être conscient que nous présentons une image d’instabilité, affirme l’ex-ministre, et, à l’occasion, d’hostilité à l’endroit des milieux d’affaires et des investisseurs. La tenue possible d’un troisième référendum, les manifestations violentes du printemps érable, le saccage de la salle du conseil municipal de Montréal en présence de policiers passifs et le désastreux projet de charte des valeurs sont autant d’événements qui donnent l’image d’un climat social en effervescence et d’un milieu hautement instable. »

Claude Castonguay écrit aussi que nous consommons trop et que les écarts de richesse sont une plaie qui ne fait que grandir : « Le monde n’a jamais été aussi riche, mais également jamais aussi peu solidaire. »

Le ministre qui s’inspire de l’URSS

En plus de se surprendre de voir le gouvernement Couillard favoriser « l’austérité et la ligne dure », Claude Castonguay s’en prend également à Gaétan Barrette, le ministre de la Santé du Québec qui, « avec son style particulier », a proposé des projets de loi qui « s’inspirent des régimes de pays comme la Chine et l’URSS. Ils procèdent d’une pensée autoritaire hiérarchique, une orientation vouée à l’échec ».

En retour, il exprime un avis favorable à l’enjeu qui a été évoqué récemment par le ministre de l’Énergie, Pierre Arcand, celui d’augmenter les tarifs d’électricité. « Si les tarifs étaient les mêmes qu’en Ontario, affirme Claude Castonguay, on a calculé qu’il en résulterait des revenus additionnels pour le gouvernement de l’ordre de trois à quatre milliards de dollars. L’ensemble des Québécois bénéficierait de ces revenus additionnels. »

La Caisse et « ses propres convictions »

Mercredi 25 février 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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On est loin des airs de contrition des dirigeants de la Caisse de dépôt en 2008 après l’annonce d’une perte de près de 40 milliards de dollars. Aujourd’hui, la Caisse, ses dirigeants et son pdg Michael Sabia respirent la confiance. On ne sent pas d’arrogance, mais il y a une réelle certitude que la stratégie adoptée est la bonne. La Caisse semble maîtriser son destin.

La grande institution explique dans son communiqué qu’elle mise plus que jamais sur « ses propres convictions » dans la gestion et la composition de ses portefeuilles. Et, à terme, l’objectif est de faire en sorte que 75 % de ses placements soient réalisés en fonction de cette philosophie.

Autrement dit, le recul pris par la Caisse en 2008 sur ses prises de risque et ses façons de faire est maintenant chose du passé. Aujourd’hui, Michael Sabia est convaincu de faire les choses de la bonne façon. Dans la réalité, ce qu’il nous dit, c’est que l’expertise de son équipe de direction est telle qu’il peut très bien ne pas « tenir compte des indices de référence ». Tout simplement!

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On se réjouit certainement des résultats de la Caisse. Mais les bons rendements des dernières années pourraient-ils alimenter un excès de confiance à la tête de la Caisse de dépôt? S’il y a une chose que les déposants ne veulent plus jamais revivre – et Michael Sabia doit sûrement y penser souvent -, c’est l’effondrement de 2008, qui a été provoqué par de mauvais choix d’investissements. Les autres caisses avaient alors affiché un rendement négatif de 18 % parce que les marchés s’étaient écroulés. Mais la Caisse avait fait pire, à -25 %.

Michael Sabia est parvenu à faire remonter le baromètre de la confiance des citoyens envers l’institution qui gère le « bas de laine » des Québécois. Les rendements sont au rendez-vous et la Caisse a développé une stratégie active dans l’économie du Québec. Cette confiance est toutefois fragile. Et le pdg de la Caisse devra mieux expliquer certains choix qui sont faits par son institution.

On pense à deux décisions récentes en particulier : celle d’investir dans la cimenterie de Port-Daniel-Gascons et l’entente conclue entre Québec et la Caisse pour construire et gérer des infrastructures publiques du Québec. La Caisse prend-elle des risques inconsidérés dans ces choix-là? Comment s’assurer que la Caisse ne répond pas à une commande politique?

On peut se demander aussi pourquoi la Caisse a décidé d’augmenter ses investissements dans Bombardier, qui connaît des moments difficiles, et de réaffirmer sa confiance dans SNC-Lavalin qui fait face à des accusations de corruption par la GRC. On imagine que l’institution a fait toutes les analyses nécessaires pour maintenir ou augmenter ces investissements dans ces deux fleurons du Québec.