Billets classés sous la catégorie « Finances publiques »

L’héritage de Jim Flaherty

Jeudi 10 avril 2014 à 20 h 04 | | Pour me joindre

Pour me joindre

On n’a pas fini d’analyser l’impact de Jim Flaherty dans la vie des Canadiens. L’ex-ministre des Finances, qui a déposé son dernier budget le 11 février et qui a démissionné le 18 mars, est mort jeudi dernier. Sur plusieurs plans, Jim Flaherty aura marqué son époque. Et on peut déjà dire que son passage aux Finances de 2006 à 2014 a changé la vie de milliers de contribuables, travailleurs et retraités.


L’héritage budgétaire

On va parler encore de Jim Flaherty dans 15 ans quand on va se rappeler que c’est lui qui a entrepris d’augmenter l’âge d’accès à la Sécurité de la vieillesse de deux ans. De 2023 à 2029, on va graduellement passer de 65 à 67 ans.

On va aussi parler de Jim Flaherty l’an prochain quand le nouveau ministre des Finances Joe Oliver va dévoiler le budget 2015-2016. Ce sera alors le grand retour à l’équilibre budgétaire, voire au surplus, avec un excédent prévu de 6,4 milliards de dollars. Entre le déficit de 56 milliards en 2009 et le surplus de 2015, le travail effectué aura été celui de Jim Flaherty.

Mais, il faut le dire, ce travail aura été difficile et pénible. Le gel des dépenses et les compressions de plusieurs milliards de dollars dans l’appareil de l’État ont eu des conséquences importantes dans la vie de milliers de travailleurs du gouvernement.

On se souviendra donc de lui pour sa rigueur budgétaire, pour la discipline qu’il a imposée à tous et pour la confiance qu’il avait dans son action pour le contrôle des finances publiques.

Pragmatisme

Jim Flaherty s’est démarqué en 2009 en adoptant un budget pour stimuler fortement une économie en récession, alors que le monde entier subissait les affres de la crise financière. Il a dû mettre de côté l’approche conservatrice des questions budgétaires pour plonger, sans hésitation, dans des mesures keynésiennes : plan d’infrastructures, crédit d’impôt à la rénovation, hausse des semaines d’accès à l’assurance-emploi, etc.

C’est un déficit de près de 56 milliards de dollars qui a été enregistré en 2009-2010, le plus important de l’histoire du Canada.

Parce que le Canada est considéré depuis l’ère Chrétien-Martin comme étant un pays aux finances publiques saines, parce que ses banques sont solides et parce qu’il a bien résisté aux troubles économiques mondiaux, Jim Flaherty s’est imposé auprès de ses collègues du G20 durant la crise. Au point que l’Euromoney magazine l’a nommé meilleur ministre des Finances du monde en 2009!

Baisser vos charges fiscales

Sur le plan fiscal, Jim Flaherty a mené une politique avantageuse pour les familles et les contribuables. Parmi les mesures annoncées au cours de son règne aux Finances :

  • réduction de la TPS en 2006-2007 de 7 à 5 %
  • réduction des impôts des entreprises de 22 à 15 %
  • l’instauration d’un cadeau fiscal : le CELI
  • fractionnement des revenus des retraités

Relations complexes avec les provinces

Avec les provinces toutefois, la relation n’a jamais été au beau fixe. Si les relations personnelles étaient franches, honnêtes et cordiales, comme l’ont exprimé les ministres des Finances du Québec Michel Audet, Monique Jérôme-Forget, Raymond Bachand et Nicolas Marceau, les dossiers litigieux étaient nombreux. Malgré une décision de la Cour suprême, Jim Flaherty continuait de travailler à la mise en place d’une Commission pancanadienne des valeurs mobilières, un projet vivement contesté par plusieurs provinces, dont le Québec.

Jim Flaherty a aussi révisé l’accès à l’assurance-emploi et a revu unilatéralement la formule de calcul pour les transferts en santé, ce qui viendra ultimement réduire les montants octroyés aux provinces pour ce secteur névralgique. Et, au Québec, on se rappellera de la décision d’annuler le crédit d’impôt octroyé aux investisseurs qui choisissent le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction CSN.

Cela dit, Jim Flaherty a conclu des ententes porteuses avec les provinces : l’harmonisation des taxes, avec le Québec notamment et la révision de la formule de péréquation, pour ne nommer que ces dossiers-là.

C’est un héritage important que laisse Jim Flaherty. Pour le meilleur et pour le pire, selon le point de vue qu’on a.

Est-ce que le nouveau gouvernement Couillard pourrait annuler les ententes d’exploration de l’île d’Anticosti conclues et annoncées par le gouvernement Marois à la mi-février avec les entreprises privées Pétrolia, Corridor Ressources, Maurel & Prom et Junex?

Ce n’est pas clair pour deux raisons.

D’abord, il faut dire qu’il y a deux ententes dans ce dossier. Une première qui semble ferme avec Pétrolia, Corridor et Maurel & Prom sur la création d’une coentreprise qui va procéder à des travaux d’exploration. Ressources Québec détient 35 % de la coentreprise, les trois autres partenaires, 21,67 % chacun. L’autre accord est une entente de principe conclue avec Junex. Elle prévoit une prise de participation de 40 % par Ressources Québec et dans laquelle un autre partenaire doit être trouvé. On imagine que cette deuxième entente sera plus facile à rompre que la première.

Puis, deuxième chose : malgré les propos aigres-doux de Philippe Couillard en février sur le projet d’exploration de l’île d’Anticosti, on peut se demander si le nouveau gouvernement va vraiment se demander s’il faut annuler les ententes d’investissements à Anticosti.

En février, au moment de l’annonce du projet d’exploration pétrolière par Pauline Marois, Philippe Couillard s’est dit « favorable à l’exploitation des hydrocarbures de façon responsable », mais s’interrogeait sur les risques que l’État allait assumer du point de vue financier. « Il me semble qu’on fait entrer le contribuable sur le risque un peu trop tôt », disait-il. Un risque, toutefois, qui en vaut la peine nous disait la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet à RDI économie.

On n’a pas le détail des ententes. L’expert en énergie Pierre-Olivier Pineau nous dit toutefois qu’il y a probablement des clauses de sortie si le gouvernement décide de jeter les ententes à la poubelle, mais avec des pénalités.

« Ce qui est certain, nous écrit Pierre-Olivier Pineau, c’est qu’après les 15-18 carottes prélevées cet été et les 3 forages avec fracturation de l’été 2015, le conseil d’administration de la nouvelle coentreprise décidera d’aller de l’avant ou non avec un programme d’exploration de confirmation du potentiel, qui mènerait à une découverte (prouvée) officielle, puis à un programme de développement. C’est à l’automne 2015 qu’une éventuelle sortie du projet serait naturelle. Évidemment, les 100 millions du gouvernement seraient dépensés à ce moment. Étant donné que les choses sont en marche et que les 100 millions du gouvernement ne sont pas si importants (dans l’absolu), ça m’étonnerait fort que le nouveau gouvernement change de plan. »

Alors, maintenant au pouvoir, Philippe Couillard nous dira-t-il que le risque en vaut la chandelle? Ou qu’il faut tout revoir?

PLQ : 10 chantiers économiques

Mardi 8 avril 2014 à 11 h 03 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Carlos Leitao pourrait se retrouver aux Finances dans le nouveau gouvernement Couillard, qui va prendre place officiellement dans une dizaine de jours. Et c’est lui qui devrait alors faire arrimer les projections et promesses libérales avec la réalité. On espère qu’il ne répétera pas ce que tous ses prédécesseurs ont dit en arrivant au ministère des Finances : « Oh mon Dieu, quel trou béant! Quelle catastrophe, tous ces milliards cachés! Oh là là! On n’a pas le choix, on ne pourra pas faire ce qu’on avait promis! »

L’économiste Martin Coiteux devrait se retrouver président du Conseil du Trésor dans le rôle qu’occupait Stéphane Bédard depuis 18 mois. Il faut de la poigne et savoir dire non dans cette fonction, et Martin Coiteux semble avoir toutes les aptitudes. Jacques Daoust retrouvera possiblement un rôle semblable à celui qu’il occupait à Investissement Québec dans un ministère du développement économique.

Mais, vous savez, ça pourrait se faire dans un autre ordre : Daoust ou Coiteux sont aussi des candidats aux Finances.

Il est à noter aussi que les libéraux auront en face d’eux une opposition qui les talonnera sur les questions économiques avec les François Legault, Christian Dubé, Nicolas Marceau et Pierre Karl Péladeau.

Dix chantiers économiques pour les libéraux majoritaires :

  1. Préparer un budget. Celui du 20 février est jeté à la poubelle. Il n’a pas été débattu, il n’a pas été adopté. Ce budget était le cadre financier du Parti québécois pour la campagne électorale. Le nouveau gouvernement voudra annoncer ses couleurs dès le départ avec un premier vrai budget. Le nouveau ministre des Finances prendra connaissance de l’état des finances publiques et dévoilera son budget quelque part en mai. On imagine qu’il n’y aura plus de neige! On l’espère en tous cas!
  2. Enlever les lunettes roses et reprendre contact avec la réalité : le PLQ a déposé un cadre financier jovialiste en prévoyant une croissance du PIB de 2,1 %. Seulement 26 jours auparavant, Carlos Leitao nous avait dit, alors qu’il occupait toujours sa fonction d’économiste en chef de la Laurentienne, et que rien ne laissait présager qu’il allait se porter candidat aux élections, que la croissance pour 2014 serait de 1,8 %. Les économistes du secteur privé prévoient une hausse de 1,7 à 1,9 % du PIB québécois cette année. Il y a fort à parier que le prochain ministre des Finances révisera à la baisse sa projection électorale.
  3. On imagine aussi qu’on tentera vite de nous faire oublier l’objectif de créer 250 000 emplois en 5 ans. D’abord, il y aura des élections avant la fin de cette période. Ensuite, les économistes Pierre Fortin et Marc Van Audenrode ont pris le temps d’expliquer que cette projection était irréalisable, à moins d’une spectaculaire croissance de l’économie québécoise dans les prochaines années. Avec les départs à la retraite des baby-boomers et la réduction du nombre de personnes dans la population active, il faut s’attendre à un accroissement moyen de 25 000 emplois par année, et non pas de 50 000, comme le projettent les libéraux, et comme on a connu depuis le début des années 2000.
  4. Le PLQ devra également évaluer la faisabilité d’instaurer un crédit d’impôt à l’exportation. Les experts consultés par Radio-Canada nous ont indiqué que cette mesure fiscale pourrait contrevenir aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. Le calme d’un début de mandat pour un gouvernement majoritaire permettra au ministre des Finances d’évaluer sereinement la pertinence de ce crédit d’impôt.
  5. Cependant, les libéraux iront de l’avant avec des mesures pour stimuler les propriétaires et futurs propriétaires de maisons : un crédit d’impôt à la rénovation ainsi qu’un nouveau régime d’épargne-propriété, sorte de REER en vue de l’achat d’une première maison.
  6. Péquiste ou libéral, le gouvernement du Québec fait face à des défis structurels de taille. Les dépenses en santé doivent être contrôlées, et le défi de générer plus de revenus que de dépenses nécessite un travail de tous les instants de la part des ministres économiques, tant au Conseil du Trésor qu’au développement économique. Les libéraux miseront sans doute sur les infrastructures, mais il faudra surtout travailler à l’amélioration de la productivité des entreprises et des régions. En ce sens, la nomination promise d’un ministre aux PME pourrait être porteuse.
  7. Surtout, souhaitons que le Parti libéral maintienne certaines politiques ambitieuses du gouvernement précédent, qui misent sur l’innovation et qui, à terme, devraient aider à augmenter la productivité, dont la politique de la recherche et de l’innovation de Pierre Duchesne et la politique de l’électrification des transports de Daniel Breton. Pour ces deux députés, qui n’ont pas été réélus lundi soir, on peut imaginer que ce serait là leur legs politique. Pour l’instant, en tout cas!
  8. Nous l’avons expliqué à quelques reprises : le Plan Nord n’est pas devenu le Plan Mort. Il s’est plutôt transformé sous le Parti québécois. Certains affirment que le PQ a fait fuir les investissements. Peut-être, mais honnêtement, c’est difficile à prouver. L’indice mondial des matières premières a chuté de 30 % en 2013, voilà probablement la véritable explication du ralentissement des investissements au Québec en 2013 et des faibles redevances perçues.
  9. On imagine aussi que le gouvernement Couillard donnera suite au rapport Séguin sur la protection des sièges sociaux, commandé par Nicolas Marceau, remis le 20 février dernier et préparé par des chefs économiques, dont l’ex-ministre libérale des Finances Monique Jérôme-Forget. Pour éviter de perdre d’autres sièges sociaux, le Québec peut donner plus de pouvoirs aux administrateurs de ces sociétés sans toujours souhaiter l’intervention de la Caisse de dépôt et placement du Québec, comme ça a été le cas pour Rona et Osisko.
  10. Enfin, les Québécois paient beaucoup d’impôt et s’attendent à une qualité de service en retour. Oui, le système d’éducation doit être plus efficace, doit permettre à plus de jeunes de trouver leur voie. Eh oui, le système de santé doit améliorer son efficacité. Avant de baisser les taxes et les impôts, comme l’ont promis les libéraux, il faut se poser la question : en avons-nous pour notre argent?

L’équipe économique libérale a les coudées franches. Saisira-t-elle l’occasion qui se présente?

Votez!

Jeudi 3 avril 2014 à 15 h 09 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Bien sûr, les questions portant sur l’intégrité et l’avenir du Québec sont importantes. Mais les principaux partis qui sollicitent votre confiance pour gouverner le Québec ont tous des propositions détaillées, touffues et intéressantes. Je vous propose une petite liste non exhaustive de quelques-unes des mesures innovantes à caractère socioéconomique à retenir dans les programmes des partis et qui pourraient vous influencer dans votre vote.

Parti québécois

  • Déficit 0 en 2015-2016
  • 115 000 emplois en 3 ans
  • Poursuivre la mise en œuvre de la Politique industrielle, la Politique nationale de la recherche et de l’innovation (en faisant passer la part du PIB consacrée à la recherche et au développement de 2,4 à 3 %), le Plan de développement du commerce extérieur, la Stratégie d’électrification des transports et la Stratégie de mobilité durable
  • Utiliser les surplus en électricité pour attirer des investissements
  • Mettre en œuvre l’annonce d’exploration de l’île d’Anticosti et adopter de nouvelles lois sur les hydrocarbures
  • Interdire certaines activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste
  • Mieux protéger les fleurons québécois contre des prises de contrôle non souhaitées
  • Instaurer un mécanisme de révision systématique de l’ensemble des services publics
  • Revoir le nombre de commissions scolaires
  • Limiter les contributions politiques à 100 $ pour les partis politiques municipaux
  • Adopter une politique arctique
  • Arriver à 300 groupes de médecine familiale (GMF) et instituer un guichet d’entrée permettant un accès à un système de prise de rendez-vous
  • Construction de 15 000 logements abordables en 5 ans

Parti libéral du Québec

  • Déficit 0 en 2015-2016
  • 250 000 emplois en 5 ans
  • Élimination graduelle de la taxe santé
  • « Relance » du Plan Nord
  • Stratégie maritime : 30 000 emplois de 2015 à 2030, investissements privés de plus de 4 milliards de dollars et investissements publics de plus de 3 milliards de dollars en infrastructures
  • Stratégie d’exportation pour tirer avantage des accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis
  • Partage des redevances minières, pétrolières et gazières avec les communautés locales
  • Nomination d’un ministre délégué aux PME
  • Exemption d’impôt sur le transfert d’entreprises et de fermes aux enfants et employés
  • Sièges sociaux : utilisation d’une partie du Fonds des générations pour réaliser des acquisitions jusqu’à hauteur de 10 % du capital-actions d’une entreprise inscrite en bourse qui fait l’objet d’une OPA
  • Hausse des investissements en infrastructures de 7,5 milliards de dollars sur 5 ans
  • Crédit d’impôt remboursable de 20 % (jusqu’à un maximum de 2500 $) pour soutenir les familles qui désirent rénover leur domicile
  • Achat d’une première maison : création d’un régime épargne-propriété

Coalition Avenir Québec

  • Déficit 0 dès 2014-2015 avec des réductions de dépenses de 1,3 milliard de dollars et une récupération de revenus de 700 millions, dont 450 millions en crédits d’impôt
  • Créer 20 zones d’innovation et 100 000 emplois dans le cadre du Projet Saint-Laurent
  • 200 000 emplois en 4 ans
  • Nouvelle politique pour les entreprises comprenant une révision des soutiens financiers évalués à 2 milliards de dollars en crédit d’impôt
  • Accroître le trafic maritime dans le corridor Saint-Laurent-Grands-Lacs
  • Exploiter les ressources pétrolières du golfe du Saint-Laurent
  • Baisse de taxes de 1000 $ pour les familles en abolissant la taxe santé et la taxe scolaire
  • « Charte des contribuables » : pas de hausse de taxes et tarifs au-delà de l’inflation
  • Gel du nombre d’employés dans la grande fonction publique au cours des 4 prochaines années
  • Valorisation et élargissement du rôle des infirmières
  • Élimination des agences de santé
  • Déclaration d’impôt unique

Québec solidaire

  • Pas d’engagement sur le déficit zéro
  • Ajout de paliers d’imposition
  • Hausse d’impôt pour les entreprises et taxe sur le capital des sociétés financières
  • Créer toutes les places requises en Centre de la petite enfance (CPE) et retirer progressivement le financement des garderies à but lucratif
  • Santé : améliorer le système de santé en misant sur les CLSC, qui seraient ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et créer Pharma-Québec
  • Remplacer les accords de libre-échange par des ententes fondées sur les droits individuels et collectifs, le respect de l’environnement et l’avancement de la démocratie
  • Transférer des pouvoirs et des ressources aux municipalités
  • Revoir le rôle de la Caisse pour soutenir un développement économique fondé sur des valeurs sociales et environnementales et sur la création d’emplois
  • En cas de mises à pied massives, imposer à l’entreprise une amende compensatoire
  • Réglementer le secteur bancaire pour interdire la spéculation sur les devises et contrôler les frais bancaires imposés aux clients
  • Créer Énergie-Québec pour chapeauter tout le domaine de l’énergie : nationaliser l’énergie éolienne et abandonner les énergies fossiles d’ici 2030
  • Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 95 % d’ici 2050
  • Électrifier le transport collectif et le rendre gratuit en 10 ans

Faites vos jeux!

Dans une envolée comme seul Rémy Trudel peut le faire, notre collaborateur à l’émission Calcul électoral a déclaré lundi après-midi sur notre plateau que la baisse du crédit d’impôt pour frais de scolarité au Québec se résume à une formule popularisée par l’ancien ministre des Finances Yves Séguin : c’est l’art d’arracher le maximum de plumes à la poule avec le minimum de cris!

Disons que ça décrit bien la situation. L’ancien premier ministre Jean Charest avait annoncé une hausse de 325 $ par année des droits de scolarité pendant 5 ans. La baisse du crédit d’impôt et l’indexation des droits de scolarité décrétées par le gouvernement Marois nous amènent à une hausse de 305 $ sur une année. C’est largement moins important que la proposition de l’ancien gouvernement libéral. Mais la baisse du crédit d’impôt est passée en catimini selon plusieurs étudiants qui nous ont écrit dans les dernières semaines.

Le fiscaliste Stéphane Leblanc, de la firme Ernst & Young, nous a fourni les chiffres suivants pour expliquer la hausse de 305 $ pour les sessions d’automne 2013 et de l’hiver 2014 :

Crédit d’impôt pour frais de scolarité – évolution de 2012-2013 à 2013-2014

  • Droits : hausse de 56 $ (soit 2,6 %), donc de 2168 $ à 2224 $
  • Crédit du Québec :  le crédit passe de 434 $ à 178 $, une perte de 256 $
  • Crédit d’Ottawa :  relativement stable, il passe de 272 à 279 $, un gain de 7 $
  • Droits nets : la vraie facture passe de 1463 $ à 1768 $, une hausse de 305 $ ou 20,8 %

Et, c’est aujourd’hui qu’Hydro-Québec met en œuvre la hausse des tarifs d’électricité, hausse de 4,3 % ou près de 100 $ pour une maison moyenne. Ainsi, ça signifie ceci :

  • Pour un logement de 5 pièces et demie : +2,22 $/mois
  • Pour une maison moyenne : +7,71 $/mois

C’est 418 millions de dollars en revenus supplémentaires pour Hydro-Québec, environ 150 millions de moins que souhaité. La demande tarifaire était de 5,8 %. Selon l’Union des consommateurs, 80 % de la hausse est attribuable au développement du secteur éolien et à l’indexation du tarif patrimonial.

Malgré tout, les tarifs d’électricité demeurent plus faibles à Montréal qu’ailleurs au pays pour chaque tranche de 1000 kWh par mois

Prix moyen – clients résidentiels – par kWh

  • Montréal : 6,87 ¢
  • Vancouver : 8,91 ¢
  • Toronto : 12,48 ¢
  • New York : 21,75 ¢

Entre les questions d’intégrité, de transparence et de référendum, tous les jours, les partis politiques qui se disputent votre vote le 7 avril prochain font des propositions et prennent des engagements.

Tous les partis ont présenté leur cadre financier :

  • le PQ considère que ce cadre, c’est son budget 2014-2015, annoncé le 20 février dernier;
  • la CAQ a présenté son cadre le 6 mars;
  • Québec solidaire a dévoilé son plan économique le 17 mars, puis son cadre le 18 mars;
  • le PLQ a dévoilé son cadre financier le 18 mars.

J’ai reçu à RDI économie quatre candidats pour parler de leur plateforme financière et économique. Et j’ai mis au défi les quatre représentants de nous expliquer certains enjeux qui méritent des réponses plus claires.

À Nicolas Marceau, du PQ, j’ai demandé comment on pouvait croire que son parti allait pouvoir ramener la croissance des dépenses en santé à seulement 3 %, du jamais vu, alors que les projections du budget 2013-2014 (présenté en novembre 2012) n’ont pas tenu la route. Le gouvernement prévoyait une hausse des dépenses de programmes de 1,8 %. Elles se sont établies, selon la dernière révision, à 2,5 %. Nicolas Marceau prévoyait des revenus autonomes de 51,1 milliards de dollars. Manque à gagner : 3 milliards de dollars.

À Carlos Leitao, du PLQ, j’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé en 26 jours, entre le budget Marceau du 20 février où il était analyste à notre antenne à titre d’économiste en chef de la Banque Laurentienne et le jour de l’entrevue, soit le 18 mars, où il était maintenant candidat libéral. Le 20 février, il prévoyait une croissance du PIB au Québec de 1,8 %. Il jugeait aussi raisonnable la croissance prévue par le gouvernement de 1,9 %. Dans le cadre financier libéral, il est maintenant rendu à 2,1 %.

À Christian Dubé, de la CAQ, j’ai axé l’entrevue sur la faisabilité des compressions de 1,3 milliard de dollars prévues dès cette année, dans le budget 2014-2015, si son parti est porté au pouvoir le 7 avril. Un tel geste est-il réaliste compte tenu de son impact? On coupe où et on coupe qui, puisqu’il s’agit d’un plan à mettre en oeuvre en quelques semaines seulement et non pas sur cinq ans où l’attrition peut réduire l’impact sur les travailleurs du gouvernement.

Et puis, à Amir Khadir, de Québec solidaire, j’ai demandé de nous expliquer comment le Québec pouvait faire passer ses achats en pétrole de 14 milliards de dollars par année à… 0 en 2030, en 15 ans seulement! Si l’objectif de sortir éventuellement du pétrole est partagé par la plupart des politiciens, le réalisme de la proposition de Québec solidaire est discutable.

Voyez ou revoyez ces entrevues ici :

L’entrevue avec Nicolas Marceau

L’entrevue avec Carlos Leitao

L’entrevue avec Christian Dubé

L’entrevue avec Amir Khadir

 

 

Depuis jeudi soir, l’analyse du débat porte essentiellement sur les gains et les pertes des chefs lors des échanges. Il est clair qu’à deux semaines du scrutin, il est plus qu’important de mesurer l’efficacité des messages des chefs et la perception des électeurs. Mais si la stratégie de vente et de marketing d’un produit est névralgique, ce qu’il y a dans la canette compte aussi!

Et si l’on s’intéresse à la substantielle moelle du projet politique des Marois, Couillard, Legault et David, on est resté sur notre faim. Les chiffres de l’emploi, le salaire des médecins ou la date d’un éventuel référendum ne sont certainement pas des sujets à la marge. Néanmoins, derrière chaque affrontement, il y a un enjeu fondamental dont on doit discuter : l’état de l’économie, la gestion des coûts en santé et l’avenir du Québec.

Mais je reviens à mon souhait de début de campagne. C’est un projet sur 10, 15, 20 ans qu’il nous faut pour :

  1. améliorer notre productivité, et donc notre richesse, notre capacité à payer pour nos services publics, pour créer de l’emploi… et du bonheur;
  2. gérer la transformation démographique qui s’amorce avec le départ à la retraite des baby-boomers au cours des 20 prochaines années, ce qui aura un impact important sur l’économie. L’économiste Marc Van Audenrode nous disait jeudi soir à RDI économie que, dans les années passées, l’ajout naturel d’environ 45 000 à 50 000 emplois annuellement augmentait d’un point de pourcentage le PIB. Or, la réduction de la population active dans les prochaines décennies va réduire le PIB de 0,5 point annuellement. Ce n’est quand même pas rien!

Alors, qui a parlé du vieillissement de la population jeudi soir? Qui a proposé un vaste projet misant sur les talents, la créativité, les bonnes idées, les technologies, l’innovation, la productivité? L’électrification des transports de Pauline Marois, le Projet Saint-Laurent de François Legault, le chantier des technologies vertes de Françoise David et le développement du Nord que veut poursuivre Philippe Couillard sont toutes des idées créatrices de richesse. Mises ensemble, elles feraient tout un projet, vous ne trouvez pas?

Je ne sais pas sur quoi vous allez voter le 7 avril prochain. Et je ne sais pas si vous trouvez les réponses à vos questions ou à vos attentes durant cette campagne. Je ne sais pas non plus si c’est moi qui ai un peu de mal à saisir les messages politiques ou qui demeure idéaliste. Mais il me semble que, si l’on s’intéresse à l’évolution socioéconomique du Québec à long terme, il nous en faudrait un peu plus. Beaucoup plus. Vraiment plus.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Ralentir…

Mercredi 19 mars 2014 à 12 h 32 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Stephen Poloz

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a prononcé un discours important mardi à Halifax qui rejoint un constat de plus en plus répandu parmi les économistes : nous sommes appelés à connaître une faible croissance économique au cours des prochaines années. Ce sera le cas dans la plupart des pays occidentaux, dont au Canada.

Plusieurs membres de l’Association des économistes du Québec, comme Jean-Pierre Aubry, François Delorme ou Jean-Pierre Furlong, nous ont déjà parlé du nouveau paradigme qui se dessine : nous entrons, pour plusieurs raisons, dans une phase de croissance lente. L’économiste de l’UQAM Éric Pineault va plus loin et nous a parlé, lui, de stagnation économique.

Selon Stephen Poloz, « l’action conjuguée des forces démographiques et des retombées de la crise financière mondiale […] limite la croissance économique. […]L’économie mondiale ne souffre peut-être pas seulement d’une gueule de bois due à un lendemain de crise financière. D’autres forces à plus long terme sont aussi à l’œuvre ».

Il établit trois défis qui s’articulent au même moment : la morosité de la demande mondiale, les baby-boomers qui commencent à prendre leur retraite et l’augmentation du niveau d’épargne. « Lorsqu’un large pan de la population prend des décisions similaires, a dit le gouverneur Poloz devant un groupe de gens d’affaires, les conséquences de celles-ci sur l’ensemble de l’économie peuvent être notables. »

Lors de la conférence de presse après sa présentation, il est allé plus loin en expliquant que la marge de manœuvre est mince pour les banques centrales du monde. Difficile de baisser davantage les taux d’intérêt pour tenter de stimuler l’économie, alors que des forces s’attaquent aux structures mêmes de l’économie et peuvent venir annuler en quelque sorte une partie de l’impact habituel d’une baisse de taux.

Au cours des 30 dernières années, les baby-boomers travaillaient, ils ont stimulé l’économie, a-t-il dit. Aujourd’hui, nous assistons à un renversement de la tendance démographique. « Si vous voulez critiquer les baby-boomers pour l’avenir (parce qu’ils partent à la retraite), vous devez leur donner du crédit pour le passé! » Mais le passé étant déjà bien consommé, on n’a pas trop le choix de s’intéresser à l’avenir et de le regarder avec lucidité, n’est-ce pas?

Dans les circonstances, Stephen Poloz affirme que les gouvernements doivent être très prudents dans leurs actions. Il faut qu’ils mesurent correctement l’impact des décisions qui ont pour but de réduire la stimulation économique. Et ils doivent continuer d’améliorer l’environnement d’affaires pour les entreprises, en misant notamment sur le libre-échange, a-t-il indiqué.

Le Canada doit aussi composer avec une donne supplémentaire : la migration interprovinciale qui accentue les difficultés pour certaines provinces. Ce phénomène est exacerbé par le fait que l’économie canadienne fonctionne à « deux vitesses », selon Stephen Poloz, soit l’économie de l’énergie et le reste de l’économie canadienne.

Ces propos confirment les récentes observations des économistes Jacques Parizeau, Marc Van Audenrode, Pierre Fortin à propos de la situation du Québec. Le vieillissement de la population se fait plus rapidement au Québec qu’ailleurs au pays. Une quantité importante de travailleurs vont quitter la population active pour aller à  la retraite. Nécessairement, cela nuira à la croissance de l’emploi et de l’économie. En parle-t-on en campagne électorale?

Blanc bonnet, bonnet blanc?

Mardi 18 mars 2014 à 14 h 46 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Les principaux partis politiques du Québec ont dévoilé leur cadre financier. Premier constat : le PLQ et le PQ présentent un plan de match semblable. J’aurais presque tendance à dire : blanc bonnet, bonnet blanc. Pour arriver à l’équilibre budgétaire l’an prochain, les deux formations politiques proposent un parcours légèrement différent l’un de l’autre. La CAQ prend un raccourci sur le chemin du déficit zéro en prévoyant l’équilibre dès cette année tandis que Québec solidaire annonce l’équilibre pour l’an prochain.

À 48 heures du débat des chefs, voici les chiffres disponibles dans les différents cadres financiers diffusés par les partis pour l’exercice 2014-2015 :

Solde budgétaire

  • PQ : déficit de 1,75 milliard
  • PLQ : déficit de 1,42 milliard
  • CAQ : déficit zéro
  • QS : déficit de 1,5 milliard

Dépenses consolidées

  • PQ : 96,797 milliards (+2,4 %)
  • PLQ : 96,468 milliards (+2,2 %)
  • CAQ : 95,319 milliards (+1 %)

Dépenses en santé

  • PQ : 32,196 milliards (+3 %)
  • PLQ : 32,560 milliards (+4 %)
  • CAQ : 32,196 milliards (+3 %)

Dépenses en éducation

  • PQ : 17,089 milliards (+3 %)
  • PLQ : 17,198 milliards (+3,5 %)
  • CAQ : 17,089 milliards (+3 %)

Prévisions de croissance du PIB en 2014

  • PQ : +1,9 %
  • PLQ : +2,1 %
  • CAQ : +1,9 %

Autres mesures à souligner :

  • Le PQ prévoit augmenter le tarif des garderies subventionnées de 7 à 8 $ le 1er septembre prochain et à 9 $ le 1er septembre 2015.
  • La CAQ prévoit éliminer la contribution santé entre 2015 et 2018.
  • Le PLQ prévoit éliminer la contribution santé entre 2016 et 2020.
  • La CAQ prévoit des compressions de dépenses de 1,3 milliard en 2014-2015.
  • Le PLQ prévoit des compressions de dépenses de 1,3 milliard en 2014-15 et 2015-2016.
  • Le PQ prévoit 124 millions de dollars de compressions dans les ministères autres que la santé et l’éducation. La croissance des dépenses en santé doit passer de 5,1 % à 3 % en 2014-2015. La croissance en éducation doit passer de 2,2 % à 3 % ;
  • Québec solidaire plafonne le Fonds des générations à 10 milliards de dollars et à 1 milliard d’investissements par année.

Emplois et transferts : les chiffres

Vendredi 14 mars 2014 à 13 h 00 | | Pour me joindre

Pour me joindre

On m’a confié l’animation d’une émission économico-politique sur la campagne électorale au Québec. Une bonne partie de mon attention est consacrée aux propositions économiques de la campagne et au calcul stratégique des partis. Et nous recevons, dans nos adresses calcul@radio-canada.ca et rdieconomie@radio-canada.ca, une quantité importante de questions.

D’abord, merci!

Et puis, parmi les questions reçues, deux reviennent régulièrement.

Chiffres sur l’emploi : qui dit vrai?

La chef du Parti québécois affirme qu’il s’est créé 47 800 emplois en 2013 au Québec. Le chef du Parti libéral du Québec déclare, lui, qu’il s’est perdu plus de 66 000 emplois en 2013. Qui a raison?

Pauline Marois utilise le calcul de l’Institut de la statistique. Il s’est ajouté 47 800 emplois dans l’économie en 2013, si on prend la moyenne du nombre d’emplois au cours des quatre trimestres de 2013 et qu’on la compare avec la moyenne des quatre trimestres de 2012. Ainsi, on a un total moyen de 4 032 200 emplois en 2013, une hausse de 47 800 par rapport à l’année précédente.

Philippe Couillard utilise les données brutes à temps plein de janvier à janvier. Autrement dit, au début février 2014, on a dévoilé les chiffres d’emplois créés de janvier 2013 à janvier 2014. Statistique Canada donne aussi la comparaison sur 12 mois. Donc, entre le 31 janvier 2013 et le 31 janvier 2014, il s’est perdu 66 800 emplois à temps plein. C’est le chiffre qu’utilise Philippe Couillard. Ajoutons qu’il s’est créé pendant cette période 76 800 emplois à temps partiel, pour un résultat net de 10 000 emplois créés sur ces 12 mois.

Si le chef du PLQ avait pris la même période de référence que la chef du PQ, il aurait utilisé les données de décembre à décembre, donc du 31 décembre 2012 au 31 décembre 2013. Le résultat pour cette période : perte de 43 800 emplois à temps plein et gain de 45 800 emplois à temps partiel. Gain net de 2000 emplois.

Combien Québec donne-t-il au fédéral, et combien le Québec reçoit-il du fédéral?

La réponse à cette question se trouve à la page 46 des Comptes économiques des revenus et dépenses du Québec, édition 2013, document publié par l’Institut de la statistique du Québec.

Ainsi, en 2012, en impôts, cotisations, revenus et transferts, le Québec a envoyé à Ottawa une somme totale de 44,554 milliards de dollars. En retour, le fédéral a envoyé au Québec en dépenses, transferts et intérêts un total de 60,815 milliards de dollars. Le gouvernement du Canada a donc versé un montant net supplémentaire au Québec de 16,261 milliards de dollars.

Bonne fin de semaine!