Billets classés sous la catégorie « Finances personnelles »

Il est facile de glisser dans le pessimisme ambiant quand on regarde les indicateurs de l’économie canadienne, soit la chute du dollar et du prix du pétrole, l’endettement des ménages et le ralentissement mondial. Mais le gouverneur de la Banque du Canada ne mange pas de ce pain-là.

L’économiste à la tête de la banque centrale, venu de la planète exportations (il dirigeait il y a quelques années l’organisme Exportations et Développement Canada) est un homme optimiste, jovial, positif. Le verre est toujours à moitié plein avec lui. L’économie ira mieux, nous dit-il.

Le passage à vide de l’économie américaine, qui a touché notre économie, est temporaire. L’économie américaine va bien, les taux d’intérêt remontent, nos exportateurs devraient en profiter, affirme Stephen Poloz. L’économie mondiale va retrouver une meilleure vitesse de croisière, nous dit-il aussi, quelque part en 2016. Et le budget fédéral, qui contiendra des mesures de stimulation fiscale, va certainement aider l’économie canadienne.

poloz

Stephen Poloz

Au micro, Stephen Poloz se montre prudent, non alarmiste, assez optimiste. Le dollar canadien protège notre économie, va-t-il jusqu’à dire, en amortissant l’effet du choc de la chute du pétrole. Mais, dans le détail de l’analyse de la Banque du Canada, dans son rapport sur la politique monétaire de 32 pages publié aujourd’hui, le portrait est plutôt incertain. L’économie canadienne doit s’ajuster à un prix plus faible du pétrole et à un dollar canadien plus faible également. La banque parle d’un « processus long et complexe d’ajustement ».

Ça veut dire deux choses :

  • La chute des ressources entraîne des pertes d’emplois, des faillites d’entreprises, une réduction de revenu pour les citoyens et les gouvernements. Le monde du pétrole, du gaz et des ressources non énergétiques, qui représente 16 % du PIB canadien, est en pleine restructuration.
  • « La diminution de la richesse et du revenu intérieur réel, écrit la Banque du Canada dans son rapport, a freiné les dépenses des ménages et les investissements dans le secteur hors ressources. » Il faudra de trois à cinq ans pour que toute l’économie s’adapte à cette nouvelle réalité, celle d’une économique plus diversifiée, moins orientée vers ses ressources.

Dans les circonstances, cinq choses à savoir sur l’économie canadienne à la lecture du rapport de l’institution sur sa politique monétaire :

  1. La Banque du Canada a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour le Canada, de 2 % annoncé en octobre à 1,4 % aujourd’hui pour l’année 2016, puis à 2,4 % en 2017.
  2. La banque centrale prévoit que « les cours du pétrole demeureront près de leurs niveaux récents », mais à moyen terme, les prix devraient remonter. Les pétrolières ont réduit leurs coûts de production depuis 2014, ce qui leur permettrait de retrouver une certaine rentabilité à un prix plus faible du pétrole que par le passé. Tout de même, selon la Banque du Canada, « les prix vont probablement demeurer volatils ».
  3. Des « vulnérabilités » demeurent dans les finances des ménages, parce que le niveau d’endettement est élevé et que certains marchés immobiliers sont surévalués. Ces « vulnérabilités » s’accentuent toujours un peu plus, selon la banque, et devraient prendre un peu plus d’ampleur encore avec la faiblesse continue des taux d’intérêt.
  4. Les investissements des entreprises ralentissent de façon plus marquée qu’attendu, alors que de plus en plus d’entreprises et de régions du pays disent subir les effets négatifs de la chute du pétrole. Néanmoins, la banque s’attend à une poussée à la hausse des investissements dans la deuxième moitié de 2016.
  5. Une chute encore plus forte du pétrole pourrait avoir des « incidences négatives sur la confiance et les retombées sur la demande [...] pourraient peser lourdement sur l’économie en général ».

Avec la dégringolade des marchés boursiers mercredi midi, il y a probablement plus d’un épargnant qui s’inquiète de la suite des choses. Notre système économique s’abreuve à des crises régulières, de la crise du pétrole au début des années 80 à la crise financière de 2008-2009, en passant par l’éclatement de la bulle technologique et la faillite de l’Argentine ou de la Grèce. Sans céder à la panique, on ne peut pas sous-estimer les risques qui pèsent sur l’économie canadienne et ceux qui font réagir les marchés boursiers.

Déficit de 25 milliards à Ottawa?

Jeudi 14 janvier 2016 à 12 h 21 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Je ne vous dis pas dans quelles circonvolutions nous serions enfoncés, si on avait élu le 19 octobre dernier les conservateurs ou les néo-démocrates avec leur promesse d’atteindre un déficit 0 dès le premier budget. Nous ne sommes pas dans ce psychodrame qui nécessiterait des compressions majeures, parce que les Canadiens ont élu majoritairement un parti et son chef qui ont promis en campagne des déficits budgétaires pendant trois ans pour stimuler l’économie.

Le gouvernement de Justin Trudeau possède donc une grande marge de manoeuvre sur le plan des finances publiques pour deux raisons :

  1.  Le PLC a gagné son élection en expliquant clairement qu’il y aurait des déficits;
  2.  La santé financière du Canada permet au gouvernement Trudeau d’investir massivement pour soutenir l’économie et enregistrer ainsi des déficits.

gigg
C’est dans ce contexte que des économistes, notamment Clément Gignac de l’Industrielle Alliance, ont proposé au ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, mercredi après-midi à Toronto, d’évaluer la possibilité de présenter un budget stimulateur de l’économie qui nécessiterait ainsi un déficit de 25 milliards de dollars pour 2016-2017. Un déficit de 15 milliards de plus que prévu dans la plateforme du Parti libéral du Canada durant la campagne électorale.

Comme l’expliquait Clément Gignac à RDI économie mercredi soir, l’état de l’économie nous amène déjà à 10 milliards de déficits, avant même l’entrée en vigueur des nouvelles politiques gouvernementales. En additionnant les mesures promises et un programme de stimulation de l’économie, l’ancien ministre québécois suggère donc au ministre d’aller jusqu’à 25 milliards de dollars de déficit. La situation est grave dit-il. Il faut agir avec conviction, selon lui.

Bien sûr que le gouvernement Trudeau doit viser l’équilibre budgétaire. Mais est-ce possible d’atteindre le déficit 0 avec la chute du pétrole en cours et la glissade interminable du dollar canadien? Sans compressions majeures, la réponse est non.

Est-il possible alors d’imaginer que le Canada puisse éviter une récession, ou à tout le moins une stagnation économique comme l’évoquent plusieurs économistes, sans investissements supplémentaires de la part de l’État? Encore là, on doit répondre non. Le secteur privé, en temps de turbulences et d’incertitudes, ralentit ses investissements. L’inaction de l’État contribuerait davantage à un ralentissement de l’économie qu’à une tentative de relance.

Maintenant, à 25 milliards de dollars, le déficit du gouvernement du Canada représenterait-il un alourdissement de la dette du pays? Pas certain. D’abord, un tel déficit, c’est environ 1,3 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui est plus faible que la grande majorité des pays de l’OCDE, sauf peut-être l’Allemagne, qui fait mieux.

Ensuite, un déficit de 25 milliards ne viendrait pas nécessairement alourdir la dette du Canada par rapport à son PIB, la mesure qui sert de référence pour évaluer la santé financière d’un pays. Malgré des déficits de 10 milliards de dollars par année, le gouvernement Trudeau prévoyait une réduction de la dette de 30 à 28 % de son PIB en 2018-2019, même à 27 % l’année suivante.

Avec les taux d’intérêt qui sont faibles et la note de crédit parfaite du Canada, le gouvernement Trudeau pourrait annoncer un tel déficit sans vraiment endommager sa situation financière.

Cela dit, l’équation n’est pas simple à résoudre. Dans un contexte où le gouvernement ne contrôle pas les prix du pétrole et l’évolution du dollar canadien, dans une économie qui dépend trop des ressources et dont le marché immobilier est globalement surévalué et dans une économie mondiale qui ralentit, des déficits plus grands à Ottawa auront-ils les effets escomptés sur l’économie canadienne? Le gouvernement risque-t-il de s’enliser dans les déficits, ce qui l’obligerait à remonter des taxes et des impôts pour arriver à l’équilibre en 2019-2020?

Donc, se pourrait-il que le gouvernement soit obligé de remettre à plus tard son objectif de revenir à l’équilibre budgétaire en 2019-2020, d’autant que les économistes nous rappellent ces jours-ci que la probabilité d’une récession aux États-Unis d’ici 2020 est de plus en plus grande?

ubreDes gens s’insurgent contre les prix exorbitants du service UberX la veille du jour de l’An, de 5 à 9 fois le prix habituel. Le ministre Robert Poëti a même crié au « vol », demandant à la population de ne pas utiliser les services de transport Uber, jugés illégaux étant donné qu’il s’agit dans les faits d’un service de taxi offert sans obtenir les permis nécessaires.

Un appel à la cohérence s’impose. Bien des gens aiment ce service et ne se soucient guère de la réglementation qui encadre actuellement les services de taxi au Québec, les permis et les tarifs. Ils aiment ce service pour différentes raisons : c’est moins cher, c’est plus convivial, les voitures sont propres, etc. Mais, si vous aimez le service UberX, vous devez savoir que vous êtes obligés d’aimer aussi la possibilité de payer 65 $ pour un trajet de 5 km en période de pointe. Ça s’appelle l’offre et la demande. Quand l’offre de service est faible et que la demande est forte, les prix montent!

Vous voyez, le service fonctionne à l’écart de la réglementation balisée du monde du taxi, en contravention de la loi sur le taxi. Ainsi, en fonction de l’offre et de la demande, votre 5 km peut vous coûter 10 $ ou 65 $. Vous considérez que c’est exagéré? C’est votre droit . Le ministre est d’avis que c’est du vol? C’est son opinion! Mais, l’envers de la médaille d’UberX, c’est ça : la loi du marché à 3 heures du matin, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, frappe fort!

Un autre appel à la cohérence s’impose en ce début d’année. Quelqu’un peut-il nous expliquer pourquoi le service UberX fonctionne toujours alors que le gouvernement dit, depuis plus d’un an, qu’il est illégal? À quel moment le ministre Poëti va-t-il passer de la parole aux actes? Doit-on comprendre qu’Uber, avec les milliards de Google et de Goldman Sachs, est plus puissant que le gouvernement du Québec et ses lois? Et, dans les faits, ce mouvement, qui s’inscrit dans l’économie du partage ou l’économie collaborative, peut-il et doit-il être bloqué ou l’entreprise a-t-elle raison d’agir comme elle le fait pour faire bouger l’État?

Les façons de faire d’Uber sont controversées partout dans le monde. Mais, l’inaction face à Uber n’est pas la norme partout. En Allemagne, par exemple, pourquoi Uber a-t-il mis fin à ses services dans plusieurs villes au cours des derniers mois? La raison est simple : le rapport de force d’Uber et ses avantages pour les chauffeurs des taxis et les consommateurs ne sont pas les mêmes qu’en Amérique du Nord. On a constaté en Allemagne qu’Uber avait du mal à recruter des chauffeurs parce que les permis de taxis sont vendus à de faibles prix. Chez nous, ces permis coûtent cher. Le système actuel étouffe les chauffeurs de taxi et Uber tente d’en profiter en recrutant des chauffeurs et des clients sans se munir de permis.

D’un côté, le ministre dit qu’Uber vole la population. De l’autre, l’industrie du taxi dit être le « dindon de la farce. » Des moyens de pression sont en train de s’organiser. Il est plus que temps que Robert Poëti prenne les choses en mains.

Sur ces premiers mots de 2016 dans ce blogue, permettez-moi de vous souhaiter une bonne et heureuse année! Santé, bon temps et réussites pour vous. Merci de contribuer depuis maintenant 10 ans… oui, 10 ans déjà, à ce blogue! Merci sincèrement.

Sur les plans économique et financier, l’année 2015 au Canada aura été difficile, il faut se le dire franchement. L’économie ne va pas très bien, les marchés boursiers ont offert un rendement négatif, la création d’emplois est faible et… le Canadien ne sait plus comment faire pour gagner! Mais ça, c’est une autre histoire.

Nous voici aux portes de l’année 2016. Voici 20 choses que vous devez savoir!

FINANCES, FISCALITÉ ET PRIX DES TIMBRES!

  • Baisse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus entre 45 000 $ et 90 000 $ passera de 22 % à 20,5 %;
  • Hausse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus au-dessus de 200 000 $ passera de 29 % à 33 %;
  • Baisse des droits au CELI : en 2016, il vous sera permis de déposer 5500 $ dans votre CELI en plus des droits disponibles des années passées. L’ancien gouvernement avait fait passer ce montant à 10 000 $ pour l’année 2015. Les libéraux ramènent le plafond à 5500 $;
  • Baisse de cotisations à l’assurance parentale au Québec : dès le 1er janvier, réduction de 2 %;
  • Hausse de prestations de la RRQ et du RPC : en 2016, hausse des rentes de 1,2 % au Québec et de 1,3 % pour le Régime de pensions du Canada;
  • Hausse de cotisations à la RRQ : le taux employé/employeur passera en 2016 de 10,50 % à 10,65 %;
  • Changements fiscaux au Québec : dès le 1er janvier, bouclier fiscal pour amoindrir l’effet de l’impôt sur une hausse des salaires et bonification du crédit d’impôt pour travailleurs expérimentés;
  • Hausse des frais de garderie au Québec : dans votre déclaration de revenus, vous devrez payer les frais supplémentaires exigés avec la nouvelle modulation des tarifs en fonction de vos revenus. Consultez le calculateur du ministère des Finances : http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/Budget/outils/garde_fr.asp;
  • Hausse du tarif de base des services de garde subventionnés au Québec : le 1er janvier, le tarif passera de 7,30 $ à 7,55 $ par jour, par enfant;
  • Allocation canadienne pour enfants : une nouvelle prestation pour les familles sera annoncée dans le premier budget du ministre des Finances Bill Morneau en février ou en mars. Cette allocation remplacera les prestations actuelles pour les ménages avec enfants et ne sera pas imposable, ont promis les libéraux;
  • Crédit d’impôt pour fonds de travailleurs à 15 % : le budget doit nous donner la réponse sur le retour du crédit d’impôt fédéral de 15 % sur les investissements faits dans un fonds de travailleurs, comme le Fondaction CSN et le Fonds FTQ. Les libéraux l’ont promis;
  • Les timbres, au même prix : la hausse prévue pour 2016 des timbres-poste est annulée.

LA BOURSE, LE DOLLAR, LES TAUX, LES BULLES!

  • Non, on ne fera pas de projections boursières pour 2016. Aucune idée! Tout ce que je peux vous dire, c’est que 2015 a été décevante. Le S&P/TSX à Toronto a perdu 10 % entre le début de l’année et Noël. Le S&P 500 à New York a offert un beau gros 0 %;
  • La chute du prix du pétrole s’est accélérée en fin d’année : baisse de 30 % en 2015 des cours du pétrole, sous les 40 $ le baril. Allons-nous descendre plus bas en 2016, comme l’Arabie saoudite et l’OPEP maintiennent la pression sur le marché? L’offre continue d’augmenter plus rapidement que la demande et ça va se poursuivre avec le retour à la normale dans les exportations de pétrole en Iran;
  • Le dollar canadien est passé de 0,86 à 0,72 $ US en 2015. Plusieurs économistes prévoient qu’il tombera sous les 0,70 $ US en 2016;
  • Selon plusieurs économistes, des hausses de taux d’intérêt sont à prévoir aux États-Unis, mais une baisse est possible au Canada. Question : jusqu’où va-t-on stimuler le marché immobilier? Il y a déjà de dangereuses bulles à Toronto et à Vancouver. Et je ne parle pas de bulles de champagne!

TOUT EST ÉCONOMIQUE ? OU TOUT EST POLITIQUE?  

  • Élections aux États-Unis en novembre 2016 : Hillary Clinton devrait être la candidate démocrate contre Ted Cruz, Marco Rubio, Donald Trump ou qui encore chez les républicains? Cette élection aura un effet sur les relations entre le Canada et les États-Unis. L’accord de Partenariat transpacifique (PTP) pourrait tomber à l’eau si Hillary Clinton est élue et maintient son opposition. Le projet d’oléoduc Keystone pourrait revivre si les républicains sont portés au pouvoir;
  • Après l’austérité, la rigueur et tutti quanti, une année d’investissements? Le Québec est en surplus et le premier ministre Philippe Couillard a clairement dit, dans ses entrevues de fin d’année, que 2016 serait l’année du « réinvestissement ». Au Canada, le nouveau gouvernement Trudeau a prévu d’enregistrer des déficits de 10 milliards de dollars et plus par année pour investir dans les infrastructures, baisser les impôts et stimuler l’économie;
  • Réforme fiscale au Québec? Après le dépôt du rapport Godbout, le gouvernement Couillard a montré de l’intérêt pour un remodelage de la fiscalité au Québec, mais il semble avoir perdu de son élan. Que nous réserve le prochain budget Leitao?
  • Et quelles seront les nouvelles cibles de réduction de gaz à effet de serre au Canada? Le premier ministre Trudeau a promis un plan en 2016.

Joyeux Noël, joyeuses Fêtes, bonne année 2016! Succès, bonheur, paix, santé, prospérité!

Taux, mise de fonds et hypothèque

Vendredi 11 décembre 2015 à 16 h 09 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Vous voulez vous acheter une maison ou vous souhaitez renouveler votre hypothèque? Que faire? Les derniers jours, et les prochains aussi, soulèvent un lot de questions légitimes auxquelles on va tenter de répondre dans ce billet.

Ottawa augmente la mise de fonds hypothécaire. Est-ce que ça vous touche?

Le ministre des Finances Bill Morneau a décidé de resserrer les règles hypothécaires afin de calmer la flambée immobilière de Vancouver et de Toronto. Ainsi, lors de l’acquisition d’une propriété principale, le capital minimum sur les premiers 500 000 $ sera toujours de 5 %. Mais, ensuite, après 500 000 $, ce sera 10 %.

Si vous achetez une maison de 700 000 $, la mise de fonds sera de 5 % sur les premiers 500 000 $, soit 25 000 $. Et elle sera de 10 % sur les suivants 200 000 $, soit 20 000 $. La mise de fonds sera alors de 45 000 $ (25 000 + 20 000). Le taux de capital minimum est ainsi de 6,4 % sur l’ensemble de l’achat.

Si vous êtes déjà titulaire d’une hypothèque, ces changements ne vous touchent pas.

Pourquoi le gouvernement resserre-t-il les règles hypothécaires?

Les dernières données sur les prix et les reventes de maisons nous montrent clairement que les marchés de Toronto et de Vancouver sont en surchauffe ou s’en s’approchent. Des hausses de prix de 10 à 18 % en octobre sur un an, des reventes en hausse de 40 % à Vancouver et de 14 % à Toronto.

prix des maisons

Pendant ce temps, la Banque du Canada envoie des signaux de baisses de taux. Pourquoi?

Le ralentissement de l’économie canadienne se poursuit. Au cours de 6 des 9 premiers mois de 2015, le PIB était en baisse au Canada. L’économie est malmenée par la chute des prix du pétrole qui se poursuit, par une reprise des exportations qui tarde à se matérialiser, malgré la croissance américaine. Des économistes commencent à évoquer la possibilité d’une baisse de taux en 2016, possiblement en mars.

La banque centrale a même évoqué la possibilité de réduire son taux directeur jusqu’à un taux négatif de -0,5 %. Tout en précisant qu’il est très peu probable qu’il soit obligé d’aller aussi bas, le gouverneur Stephen Poloz n’a pas hésité à expliquer en long et en large l’étendue des outils qu’il a à sa disposition pour intervenir en cas de crise. La réduction du taux directeur en territoire négatif obligerait les banques privées à payer la Banque du Canada pour y déposer leurs liquidités. En appliquant un taux négatif, la banque centrale souhaiterait pousser les banques privées à remettre davantage d’argent dans l’économie.

Le taux variable sur les hypothèques pourrait-il devenir négatif?

Non. Le taux préférentiel des banques est actuellement de 2,7 %. Les banques ont le choix de réduire ce taux quand la Banque du Canada abaisse son taux directeur. Mais elles ne sont pas obligées. En admettant que la banque centrale fasse passer son taux directeur de 0,5 % actuellement à -0,5 %, il est possible que les banques abaissent leur taux préférentiel jusqu’à 1,7 %. La baisse pourrait être moindre.

Si vous avez un rabais de 0,5 ou 1 point de pourcentage sur le taux préférentiel, votre taux pourrait s’approcher de 0. Il serait étonnant que les banques privées abaissent leur taux préférentiel au point de voir certains clients, avec un fort rabais sur leur hypothèque, profiter d’un taux négatif.

Le dollar canadien chute. Pourquoi?

Pour trois raisons. La première, c’est que la Banque du Canada envoie des signaux de baisse de taux. En principe, le rendement sur un investissement au Canada pourrait être appelé à être moins élevé. La demande pour des actifs canadiens est donc moins forte, et la demande pour le dollar canadien est moins élevée.

Deuxièmement, en même temps, la Réserve fédérale américaine s’apprête à augmenter pour la première fois depuis 2006 son taux directeur. Le rendement américain est appelé à grandir, ce qui attire les investisseurs vers les États-Unis. Cela fait que la demande pour le dollar américain est en hausse. Sa valeur grimpe face aux autres devises mondiales, dont le dollar canadien.

Et puis la chute du pétrole entraîne le dollar canadien en baisse. Du pétrole qui coûte moins cher nécessite une demande moins grande en dollars canadiens pour acheter le pétrole de l’Alberta, notamment.

Nier le consensus mondial des scientifiques sur les changements climatiques, c’est offrir gratuitement de son temps aux producteurs les plus polluants, notamment les producteurs d’énergie fossile. Ceux à qui le chapeau fait, ils vous disent merci!

J’imagine que ces gens, qui nous encouragent à l’inaction pour ce qui est des énergies fossiles, ne font pas du tout partie de ceux qui dénoncent les mouvements du prix de l’essence et les profits faramineux des grandes pétrolières.

Je présume aussi qu’ils savent que le réchauffement climatique aura des répercussions dévastatrices sur les pays les plus pauvres de la planète, ce qui poussera des millions de personnes à fuir. Ça fera des millions de réfugiés.

Tout ça pour dire que si vous vous intéressez à l’économie, à la création de richesse, à sa redistribution, à la création d’emplois et au développement durable, un accord ambitieux à Paris d’ici deux semaines est essentiel. Pour trois grandes raisons :

  1. Nous sommes déjà très en retard : le réchauffement est en cours et le mieux qu’on puisse espérer aujourd’hui, c’est de limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.
  2. Les entreprises aiment avoir des balises claires, des cibles précises, des données, des chiffres, des prévisions, un cadre réglementaire qui ne change pas, pour être capables d’intégrer ces coûts dans leur plan d’affaires et de se préparer à long terme.
  3. Les économistes, les dirigeants d’entreprises, les comptables, les fabricants, les fournisseurs, les exportateurs, les détaillants et les entrepreneurs ne veulent pas être les victimes des changements climatiques. Ils veulent saisir l’occasion qui se présente. C’est vrai qu’il est difficile de prévoir l’avenir et de chiffrer avec exactitude le prix de l’inaction. Mais compte tenu de ce qu’on sait sur le plan scientifique, n’est-il pas plus intéressant de faire partie de la solution dans le contrôle des émissions de gaz à effet de serre que le contraire?

Pour atteindre les objectifs qui seront négociés à Paris dans les prochains jours, les entreprises et les gouvernements doivent travailler sur plusieurs fronts :

  • encourager les technologies qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de les compenser;
  • stimuler la recherche et l’exploitation d’énergies renouvelables pour amorcer la nécessaire transition énergétique;
  • continuer de mettre en oeuvre des politiques qui ont pour seul objectif d’améliorer notre efficacité énergétique;
  • adopter des incitatifs fiscaux qui ont pour but de modifier certains comportements : la taxe sur l’essence est un incitatif, même s’il n’est pas populaire. Mais de faibles coûts sur les transports en commun représentent une avenue intéressante pour l’environnement… et le portefeuille!

L’agence économique la plus réputée du monde, c’est Bloomberg. Et c’est probablement cette agence qui a réalisé l’infographie la plus spectaculaire pour nous faire comprendre l’enjeu. C’est ici.

bloomberg

Pfizer, Allergan et votre intérêt

Lundi 23 novembre 2015 à 16 h 24 | | Pour me joindre

Pour me joindre

pfizer-patient-cp

C’est la transaction la plus importante dans l’histoire des sociétés pharmaceutiques. Pfizer achète Allergan pour 155 milliards de dollars américains pour ainsi créer le plus important producteur de médicaments du monde. La nouvelle entité comptera 110 000 employés, des revenus de 63 milliards de dollars et des médicaments très connus : Advil, Botox, Celebrex, Viagra, Lipitor et Juvéderm, notamment.

Pas besoin de vous faire un dessin : l’industrie du médicament est un secteur prospère et puissant. S’il est vrai qu’il est très risqué de se lancer dans le développement de nouveaux traitements pour de jeunes entreprises, les multinationales multimilliardaires sont, en revanche, dominantes et très riches.

La nouvelle entité le sera encore plus avec la « transaction inversée » qui est annoncée : c’est l’acheteur qui déménage et non l’entreprise acquise. Dans ce cas-ci, l’Américaine Pfizer achète l’Irlandaise Allergan et installe son siège social dans les locaux de la société conquise à Dublin pour des raisons strictement fiscales. En Irlande, on paie moins d’impôts qu’aux États-Unis.

La question qui tue : est-ce dans votre intérêt?

L’argument principal, pour cette transaction, c’est de rassembler des forces à l’intérieur d’un même groupe pour faire avancer la recherche et le développement de médicaments pour traiter différents problèmes de santé. À la base, on ne peut pas s’opposer à des avancées de la science.

Cependant, ce type de transaction a surtout pour objectif de réduire les impôts de la société qui achète, de réduire les coûts d’exploitation (par des réductions d’emplois) et d’augmenter l’avoir des actionnaires et des dirigeants.

Dans un éditorial publié un peu plus tôt ce mois-ci, le New York Times écrivait que les fusions nuisent à l’économie. C’est mauvais pour les consommateurs et ça accroît les inégalités, selon une étude citée par le journal new-yorkais. Deux économistes, Jason Furman et Peter Orszag, arrivent à la conclusion que les grandes fusions d’entreprises ont largement augmenté les revenus des dirigeants et des actionnaires, de façon beaucoup plus rapide que ceux des travailleurs.

Deux autres experts, des professeurs de finances de l’Université de Caroline du Sud cités par le Wall Street Journal, ont constaté que le tiers des industries américaines étaient hautement concentrées en 2013. C’était le quart des secteurs en 1996.

Les autorités réglementaires et légales ont été très permissives depuis 20 ans. On se rappellera que Whirlpool a pu acheter Maytag, même si les deux entreprises contrôlaient les trois quarts du marché de certains appareils électroménagers. On se rappellera aussi que plusieurs entreprises dans les télécommunications ont fusionné leurs activités, si bien qu’aujourd’hui, deux compagnies, AT&T et Verizon, dominent 70 % du marché des télécommunications.

Selon le New York Times, plusieurs de ces transactions ont été approuvées par des législateurs qui croyaient qu’elles allaient augmenter l’efficacité et la productivité. Pour eux, le libre marché allait s’occuper des imperfections engendrées par une concentration trop grande d’activités.

On peut sérieusement se demander comment éviter la collusion entre les entreprises quand on donne le contrôle d’une industrie à un petit nombre de sociétés et de dirigeants. Comment maintenir un choix déployé pour les consommateurs et améliorer son pouvoir d’achat? Comment de nouveaux entrepreneurs peuvent-ils entrer dans un marché d’entreprises géantes, dominantes, intimidantes? Comment assurer une saine concurrence?

Ces grandes transactions ont souvent pour objectif de réduire les coûts de production, avec des milliers d’emplois supprimés. Elles ont souvent pour objectif de réduire les impôts de la nouvelle entité créée. Dans le cas de Pfizer et Allergan, la nouvelle entité s’installera en Irlande, où le taux d’impôt des entreprises est de 12,5 %, par rapport à 35 % aux États-Unis. Pfizer passera d’un taux effectif d’un peu plus de 26 % à environ 17-18 %, soit un gain considérable.

Doit-on vraiment autoriser une telle transaction?

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux

Depuis les années Bouchard qui ont mené au déficit zéro, rarement a-t-on vu un tel niveau d’austérité au Québec. Mois après mois, la croissance des dépenses frôle le zéro. On parle en fait de réduction des dépenses, si on tient compte de l’inflation.

La pression est forte pour que le président du Conseil du Trésor atténue les mesures d’austérité. Or, Martin Coiteux semble se nourrir de cette pression pour resserrer toujours un peu plus les goussets de la bourse.

Les chiffres de Finances Québec sont clairs : les dépenses n’augmentent pas, alors que les revenus sont en forte progression malgré une faible croissance de l’économie. Québec ne se dirige pas vers l’équilibre budgétaire, mais plutôt vers de substantiels surplus au rythme où vont les choses. Objectif : dégager des marges de manoeuvre pour baisser les impôts.

C’est important de le rappeler : le gouvernement Couillard le dit haut et fort. Le but de ces mesures d’austérité, c’est de baisser vos impôts. Les offres de 0 et de 1 % d’augmentation pour les travailleurs de la fonction publique, les réductions en éducation, en environnement, dans les soutiens sociaux ont pour objectif de créer des surplus et de baisser les impôts.

En août, les dépenses de programmes ont plongé de 3,2 % au Québec, alors que les revenus autonomes ont grimpé de 1,4 %.

Depuis le début de l’exercice 2015-2016, sur cinq mois, on constate une hausse des dépenses de programmes de 0,3 %, alors que les revenus autonomes ont grimpé de 4,5 %.

Québec a dégagé un surplus de 1,3 milliard de dollars en août, de 1,5 milliard sur cinq mois en route vers son objectif de 1,6 milliard pour l’ensemble de l’exercice avant versement au Fonds des générations.

Bien sûr, ce sont des données partielles. Mais le rythme dans la croissance des dépenses est celui qu’annonce le gouvernement depuis son élection. En tenant compte de la baisse des coûts d’intérêt, les dépenses de l’État depuis le début de l’exercice baissent de 0,1 %. Avec l’inflation d’environ 1 %, la réduction des dépenses réelles est de plus de 1 %. C’est important.

Nous sommes d’accord ou ne sommes pas d’accord avec les objectifs du gouvernement. C’est à vous de décider. Mais compte tenu du débat public vigoureux qui est en cours sur la question des finances publiques, il faut nommer correctement les choses :

  • le gouvernement du Québec réduit ses dépenses dans toutes ses missions, sauf la santé et les services sociaux, où la hausse des dépenses est tout de même plus faible que par le passé;
  • ses revenus progressent rapidement grâce à de plus importantes rentrées d’impôts des sociétés;
  • l’État semble en voie de dégager des surplus importants dans le but de réduire les impôts des Québécois.

Voilà.

Trudeau : éviter une dérive budgétaire

Mercredi 4 novembre 2015 à 16 h 32 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le programme économique de Justin Trudeau tirait à gauche sur certaines propositions, notamment les hausses d’impôt pour les mieux nantis et des déficits pour stimuler la croissance du PIB et la création d’emplois. L’équipe économique du nouveau gouvernement penche à droite du centre plutôt qu’à gauche avec, au Trésor, Scott Brison, ancien député du Parti conservateur et, aux Finances, Bill Morneau, ancien président du conseil d’administration de l’Institut CD Howe, organisme souvent décrit comme étant conservateur, bien que non partisan.

Cela dit, Bill Morneau a une longue feuille de route : il a dirigé l’entreprise familiale Morneau Shepell, une des plus grandes entreprises de conseil en ressources humaines au Canada. Il a fait du bénévolat dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Il a siégé au Conseil consultatif sur les régimes de retraite du gouvernement de l’Ontario. On peut s’attendre à une approche pragmatique.

Bill Morneau et Justin Trudeau

Les cordons de la bourse ne sont donc pas entre les mains du plus keynésien du groupe, l’économiste John McCallum, qui se retrouve à l’Immigration. L’auteure et journaliste Chrystia Freeland, qui a écrit sur l’enrichissement des mieux nantis et leur influence politique, s’occupera du Partenariat transpacifique au Commerce international.

Le Parti libéral a fait beaucoup de promesses durant la campagne électorale. En choisissant Bill Morneau et Scott Brison, avec l’appui de l’économiste québécois Jean-Yves Duclos comme membre du comité des priorités et du Conseil du Trésor, le nouveau premier ministre veut s’assurer de ne pas perdre le contrôle des finances publiques. Oui, le nouveau ministre des Finances aura de la marge de manoeuvre pour investir dans l’économie avec tous les déficits qui sont prévus pour les 3 prochaines années, mais Justin Trudeau veut éviter les débordements et souhaite sans doute revenir plus rapidement que prévu à l’équilibre budgétaire. Bill Morneau et Scott Brison auront pour mandat de ne pas lâcher la bride.

Scott Brison

Cela dit, les libéraux ont appuyé leur plate-forme sur les projections économiques révisées à la baisse du directeur parlementaire du budget, avec un facteur de prudence de 600 millions de dollars. Ce nouveau gouvernement a définitivement les coudées franches pour mettre en place son programme.

Les 5 grands changements à prévoir d’ici le printemps prochain :

  • une politique budgétaire expansionniste, d’investissements et de réinvestissements avec des déficits jusqu’en 2019;
  • un cadre de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui viendra préciser, espérons-le, les attentes en matière d’environnement pour les entreprises et les industries;
  • une baisse du taux d’impôt de 22 % à 20,5 % pour les revenus entre 44 700 $ et 89 401 $ et une hausse du taux d’impôt, de 29 % à 33 %, sur les revenus dépassant 200 000 $;
  • annulation de la hausse du plafond de cotisation au CELI et du fractionnement du revenu pour les couples avec enfants;
  • mise en place de l’Allocation canadienne aux enfants, qui ne sera pas imposable et qui viendra remplacer la Prestation universelle pour la garde d’enfants, la Prestation fiscale canadienne pour enfants et le supplément de la prestation nationale pour enfants.

Pourquoi moins de riches au Québec?

Mardi 3 novembre 2015 à 14 h 14 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le Québec est la seule province au pays à voir son nombre de personnes faisant partie des 1 % les plus riches baisser. Ils étaient 43 360 à faire partie de ce club sélect en 2012. Ils sont passés à 40 825 en 2013, une baisse de près de 6 %. Dans l’ensemble du pays, nous sommes passés de 261 365 individus faisant partie des 1 % les plus riches en 2012 à 264 030 en 2013.

Comprenons-nous bien : on ne parle pas d’une fuite des capitaux au Québec. On parle plutôt d’une hausse du seuil de revenus pour faire partie des 1 % les plus riches qui est venue exclure, en 2013, des gens qui faisaient partie du grand club en 2012. Je vais y revenir.

C’est l’Alberta qui a bénéficié de la hausse la plus importante du nombre de personnes dans les 1 % les plus riches en raison, bien sûr, de l’exploitation des ressources. La part des personnes faisant partie de ce groupe dans le Canada et qui se trouve en Alberta est passée de 12,7 % en 2000 à 23,6 % en 2013. En Ontario, la chute est marquée sur la même période : on est passé de 51,7 % à 41,2 %. Mouvement à la baisse au Québec aussi, mais moins prononcé : en 2000, 17,2 % des 1 % et plus se trouvaient au Québec. En 2013, c’était 15,5 %.

Il est facile de comprendre pourquoi il y a de plus en plus de riches en Alberta. Il est plus difficile de saisir ce qui s’est passé au Québec pour que le nombre de personnes faisant partie des 1 % les plus riches soit en baisse. Première explication : le seuil du 1 % a rapidement augmenté en raison de la richesse du pétrole, ce qui ne favorise pas le Québec. Mais, l’Ontario n’est pas vraiment plus favorisé, mais son nombre monte tout de même.

Deuxième explication : les riches du Québec sont moins riches qu’en Alberta ou en Ontario. Il y a probablement plus de membres du club du 1 % au Québec qui sont sur la limite qu’ailleurs au pays.

Et puis, autre explication possible : la fiscalité.

La concurrence fiscale joue un rôle majeur dans le déplacement des personnes les plus riches et des entreprises. La conférence TaxCoop, qui se tient ces jours-ci à Montréal, souligne avec raison l’impact de cet affrontement fiscal qui est en cours. Les provinces, les États, les pays ont tendance à réduire leurs impôts pour attirer des investissements. Cette compétition sur le plan fiscal réduit de plus en plus la capacité financière des gouvernements à soutenir leurs services publics. Et les endroits, qui vont dans le sens inverse, ne sont pas majoritaires.

Le gouvernement de Pauline Marois a tenté en 2012 d’augmenter les impôts des mieux nantis. Mal lui en prit, un branle-bas de combat s’est engagé dans la communauté d’affaires pour que le gouvernement revoie ses plans. Ce qu’il a fait en limitant la hausse des impôts. Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau, qui arrive au pouvoir au Canada, veut augmenter les impôts des personnes gagnant 200 000 $ et plus. Déjà, des gens d’affaires et des fiscalistes expriment leur opposition : en haussant le niveau d’imposition des plus riches, en additionnant l’impôt des provinces, le taux effectif dépassera le seuil apparemment psychologique de 50 %, ce qui pourrait favoriser le déplacement géographique fiscal ou l’évitement fiscal.

On comprend facilement que sans coordination fiscale, les efforts des provinces, des États et des pays qui veulent trouver des solutions durables seront vains. Hausser les impôts des entreprises et des plus riches n’est pas tendance ces jours-ci. Faire le contraire est la norme, semble-t-il, mais à quel prix? Les entreprises canadiennes ont pour 700 milliards de dollars en liquidités, de l’argent qui attend pour être investi dans l’innovation et l’emploi. Les gouvernements ont de plus en plus de mal à atteindre l’équilibre budgétaire.

Comment faire pour ralentir et mettre fin à cette guerre fiscale dont nous parle la fiscaliste Brigitte Alepin et qui est expliquée avec efficacité dans le film Le prix à payer?