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D’un bout à l’autre, il y a deux arguments valables et solides dans la question de l’oléoduc Énergie Est. Dans le coin « noir pétrole », il y a les producteurs qui ont besoin d’un nouvel oléoduc pour exporter leur pétrole et le projet Énergie Est est celui qui est le plus prometteur en ce moment pour l’industrie.

Dans le coin « vert écologie », il y a les environnementalistes qui affirment que la meilleure façon de réduire notre consommation de pétrole et d’assurer une transition vers de nouvelles énergies, c’est de ne pas construire de nouvelles infrastructures qui vont permettre d’exporter plus de pétrole et d’en produire davantage.

Quelque part, entre ces deux positions fondamentales dans cet enjeu, les maires de la région de Montréal, avec Denis Coderre à leur tête, annoncent leur opposition au projet. Sur quoi appuient-ils leur décision?

Si c’est pour des raisons économiques, ils n’ont pas tort de dire que les retombées seront faibles pour la région de Montréal. S’ils s’opposent pour des raisons environnementales, ils n’ont pas tort non plus de dire que le pétrole n’est pas exactement une solution durable pour l’avenir de la planète. S’ils le font pour des raisons de sécurité, c’est vrai qu’il y a eu des déversements, mais la discussion peut s’éterniser quand on essaie de déterminer lequel des maux est le moins dommageable, entre les trains et les oléoducs.

Le grand malaise : la péréquation

Une fois qu’on a exposé tous les arguments contre l’oléoduc, nous sommes obligés de constater que l’enjeu se joue à un autre niveau. Le grand malaise canadien, c’est la péréquation. Ce système existe pour réduire au maximum les différences dans le niveau de vie des Canadiens d’un bout à l’autre du pays. Mais, dès qu’une décision est prise quelque part au Canada, il y a toujours quelqu’un pour nous rappeler que la péréquation, largement influencée par les revenus des ressources, devrait peser plus lourd dans la décision que tous les autres arguments.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, est le dernier en lice sur ce plan. Sur Twitter, il a déclaré ceci : « Je fais confiance aux maires de la région de Montréal pour qu’ils retournent poliment leur part des 10 milliards de dollars en péréquation soutenue par l’Ouest. »  A-t-il raison de placer l’enjeu de la péréquation au coeur de la décision sur Énergie Est?

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, affirme qu’on ne peut pas aborder les questions climatiques et énergétiques en silos. L’environnement est un défi qui n’a pas de frontière, dit-elle, et l’enjeu énergétique doit être traité en tenant compte des intérêts de tout le pays. Et dans les circonstances, le Canada doit considérer la question de l’oléoduc Énergie Est en évaluant l’intérêt économique et environnemental de tout le pays.

Obligation morale?

Alors, la grande question, c’est de savoir si le Québec a une obligation morale de dire oui à l’oléoduc Énergie Est parce qu’il est l’un des bénéficiaires de la péréquation. Le Québec est le premier bénéficiaire quand on regarde l’enveloppe totale qui lui est versée. Le Québec est la cinquième sur six provinces quand on prend le calcul du versement par habitant. C’est par habitant, je vous le rappelle, que la péréquation est calculée.

Pour consulter le graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Même si le projet entraînera de faibles retombées économiques pour le Québec et qu’il contribuera à une hausse des émissions de gaz à effet de serre, le Québec doit-il dire oui?

L’argument de la péréquation doit être abordé avec des pincettes. La chute du pétrole abaisse le niveau de richesse de l’Alberta en ce moment, ce qui atténue sa capacité fiscale et réduit l’écart de richesse entre l’Alberta et l’ensemble des provinces au Canada. Il faut donc s’attendre à ce que cette situation vienne réduire la redistribution de la péréquation au pays.

Pour conserver son niveau de péréquation, il faudrait que le Québec voie sa capacité fiscale être réduite considérablement, ce qui est peu probable. Le Québec est en faible croissance, c’est vrai, mais l’Alberta est en récession. L’écart fiscal est appelé à être réduit.

Bien sûr, l’ajout d’un oléoduc permettrait aux entreprises de produire plus de pétrole, d’en exporter davantage, et ainsi d’engranger plus de revenus et de profits, ce qui permettrait au gouvernement de l’Alberta de toucher plus de redevances de l’industrie.

Il faudra toutefois que le prix du pétrole remonte pour que les sociétés, le gouvernement de l’Alberta et toutes les provinces en bénéficient davantage par l’entremise de la péréquation. Donc, approuver l’oléoduc Énergie Est n’est pas un gage d’enrichissement pour la société canadienne.

Le prix du baril au Canada est environ 15 $ plus faible que le prix américain, parce que le Canada manque de capacité de transport et d’exportation. En supposant que cet écart de prix disparaisse, il faudrait tout de même que les cours augmentent sensiblement pour que les pétrolières voient leurs revenus augmenter et pour que les gouvernements en bénéficient.

En supposant que les prix augmentent dans les prochaines années, les producteurs, l’Alberta et le système de péréquation pourraient profiter d’une capacité supplémentaire de transport avec l’oléoduc Énergie Est.

En retour, puisque le prix nord-américain et le prix international sont à peu près les mêmes en ce moment, le coût de l’essence ne serait pas plus bas. Et sur le plan environnemental, construire Énergie Est permettrait d’ajouter de la capacité pétrolière dans l’économie et d’augmenter ainsi les émissions de gaz à effet de serre.

On peut être pour, on peut être contre. Mais la péréquation n’est pas un argument sans faille.

 

Sur les plans économique et financier, l’année 2015 au Canada aura été difficile, il faut se le dire franchement. L’économie ne va pas très bien, les marchés boursiers ont offert un rendement négatif, la création d’emplois est faible et… le Canadien ne sait plus comment faire pour gagner! Mais ça, c’est une autre histoire.

Nous voici aux portes de l’année 2016. Voici 20 choses que vous devez savoir!

FINANCES, FISCALITÉ ET PRIX DES TIMBRES!

  • Baisse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus entre 45 000 $ et 90 000 $ passera de 22 % à 20,5 %;
  • Hausse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus au-dessus de 200 000 $ passera de 29 % à 33 %;
  • Baisse des droits au CELI : en 2016, il vous sera permis de déposer 5500 $ dans votre CELI en plus des droits disponibles des années passées. L’ancien gouvernement avait fait passer ce montant à 10 000 $ pour l’année 2015. Les libéraux ramènent le plafond à 5500 $;
  • Baisse de cotisations à l’assurance parentale au Québec : dès le 1er janvier, réduction de 2 %;
  • Hausse de prestations de la RRQ et du RPC : en 2016, hausse des rentes de 1,2 % au Québec et de 1,3 % pour le Régime de pensions du Canada;
  • Hausse de cotisations à la RRQ : le taux employé/employeur passera en 2016 de 10,50 % à 10,65 %;
  • Changements fiscaux au Québec : dès le 1er janvier, bouclier fiscal pour amoindrir l’effet de l’impôt sur une hausse des salaires et bonification du crédit d’impôt pour travailleurs expérimentés;
  • Hausse des frais de garderie au Québec : dans votre déclaration de revenus, vous devrez payer les frais supplémentaires exigés avec la nouvelle modulation des tarifs en fonction de vos revenus. Consultez le calculateur du ministère des Finances : http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/Budget/outils/garde_fr.asp;
  • Hausse du tarif de base des services de garde subventionnés au Québec : le 1er janvier, le tarif passera de 7,30 $ à 7,55 $ par jour, par enfant;
  • Allocation canadienne pour enfants : une nouvelle prestation pour les familles sera annoncée dans le premier budget du ministre des Finances Bill Morneau en février ou en mars. Cette allocation remplacera les prestations actuelles pour les ménages avec enfants et ne sera pas imposable, ont promis les libéraux;
  • Crédit d’impôt pour fonds de travailleurs à 15 % : le budget doit nous donner la réponse sur le retour du crédit d’impôt fédéral de 15 % sur les investissements faits dans un fonds de travailleurs, comme le Fondaction CSN et le Fonds FTQ. Les libéraux l’ont promis;
  • Les timbres, au même prix : la hausse prévue pour 2016 des timbres-poste est annulée.

LA BOURSE, LE DOLLAR, LES TAUX, LES BULLES!

  • Non, on ne fera pas de projections boursières pour 2016. Aucune idée! Tout ce que je peux vous dire, c’est que 2015 a été décevante. Le S&P/TSX à Toronto a perdu 10 % entre le début de l’année et Noël. Le S&P 500 à New York a offert un beau gros 0 %;
  • La chute du prix du pétrole s’est accélérée en fin d’année : baisse de 30 % en 2015 des cours du pétrole, sous les 40 $ le baril. Allons-nous descendre plus bas en 2016, comme l’Arabie saoudite et l’OPEP maintiennent la pression sur le marché? L’offre continue d’augmenter plus rapidement que la demande et ça va se poursuivre avec le retour à la normale dans les exportations de pétrole en Iran;
  • Le dollar canadien est passé de 0,86 à 0,72 $ US en 2015. Plusieurs économistes prévoient qu’il tombera sous les 0,70 $ US en 2016;
  • Selon plusieurs économistes, des hausses de taux d’intérêt sont à prévoir aux États-Unis, mais une baisse est possible au Canada. Question : jusqu’où va-t-on stimuler le marché immobilier? Il y a déjà de dangereuses bulles à Toronto et à Vancouver. Et je ne parle pas de bulles de champagne!

TOUT EST ÉCONOMIQUE ? OU TOUT EST POLITIQUE?  

  • Élections aux États-Unis en novembre 2016 : Hillary Clinton devrait être la candidate démocrate contre Ted Cruz, Marco Rubio, Donald Trump ou qui encore chez les républicains? Cette élection aura un effet sur les relations entre le Canada et les États-Unis. L’accord de Partenariat transpacifique (PTP) pourrait tomber à l’eau si Hillary Clinton est élue et maintient son opposition. Le projet d’oléoduc Keystone pourrait revivre si les républicains sont portés au pouvoir;
  • Après l’austérité, la rigueur et tutti quanti, une année d’investissements? Le Québec est en surplus et le premier ministre Philippe Couillard a clairement dit, dans ses entrevues de fin d’année, que 2016 serait l’année du « réinvestissement ». Au Canada, le nouveau gouvernement Trudeau a prévu d’enregistrer des déficits de 10 milliards de dollars et plus par année pour investir dans les infrastructures, baisser les impôts et stimuler l’économie;
  • Réforme fiscale au Québec? Après le dépôt du rapport Godbout, le gouvernement Couillard a montré de l’intérêt pour un remodelage de la fiscalité au Québec, mais il semble avoir perdu de son élan. Que nous réserve le prochain budget Leitao?
  • Et quelles seront les nouvelles cibles de réduction de gaz à effet de serre au Canada? Le premier ministre Trudeau a promis un plan en 2016.

Joyeux Noël, joyeuses Fêtes, bonne année 2016! Succès, bonheur, paix, santé, prospérité!

2015 : climat, pétrole, récession

Vendredi 18 décembre 2015 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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En venant travailler ce matin, je me disais que c’était donc pratique de marcher jusqu’à l’autobus, puis jusqu’au travail en chaussures et en petit manteau d’automne. J’ai presque sorti mes gants, imaginez! Un matin de décembre à New York ressemble à ça, mais ce n’est pas trop normal pour Montréal, n’est-ce pas?

Un voisin me disait cette semaine qu’il en avait vu, des Noëls sans neige. Et que le phénomène El Nino y est probablement pour quelque chose cette année. N’empêche que d’année en année, on bat des records de températures sur notre belle planète pendant que l’activité humaine ne cesse de réchauffer la Terre.

C’est sur cette note que 2015 se termine. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres enjeux qui nous préoccupent et qui retiennent notre attention. Mais l’enjeu climatique, longuement discuté à Paris au cours des deux premières semaines de décembre et qui a mené à un accord à 195 pays, est certainement le défi économique de notre époque. Et ces jours très doux de décembre semblent nous servir d’exemple ou de rappel de la tâche à accomplir pour limiter les dégâts. Parce que c’est de ça dont il s’agit : limiter le réchauffement et non l’empêcher.

Cette année qui s’achève est donc celle d’un espoir : celui de voir les dirigeants du monde se rassembler autour d’un objectif commun. L’accord de Paris est exceptionnel parce que la planète s’est entendue sur un texte, sur un plan de match. Maintenant, à chacun d’établir ses cibles pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Tous devront en faire plus. Les cibles connues pour l’instant ne permettront pas de limiter le réchauffement à 1,5 ou à 2 degrés Celsius.

1- L’accord de Paris

L’accord de Paris est donc l’événement économique de 2015 à mes yeux. On ne peut pas espérer un développement, une prospérité et une croissance durable sans un programme sérieux en matière d’impact environnemental. Il faut réduire notre empreinte carbone, il faut miser sur les énergies renouvelables et les innovations vertes. La décarbonisation de l’économie est en cours. Des investisseurs, des dirigeants d’entreprises, des économistes l’ont compris.

L’entente conclue à la Conférence des Nations unies servira de guide, de cadre pour la suite des choses. Si elle n’est pas aussi exigeante que plusieurs l’auraient voulu, elle est mieux que l’absence d’accord. Elle réunit le monde sur des objectifs précis. L’engagement vaut cher.

parisIl faut donner au gouvernement français, à François Hollande, à Laurent Fabius et à Ségolène Royal le crédit pour cet accord. Beaucoup d’énergies ont été investies dans la réussite de cette conférence. Si l’accord de Paris est l’événement le plus marquant de l’économie en 2015, les leaders français doivent être considérés comme étant les personnalités économiques de l’année. Cet accord aura plus d’effet et sera franchement plus important sur le plan historique et économique que les événements en Grèce.

2- Le drame grec

Cela dit, ce qui s’est passé en Grèce aura aussi marqué 2015. Un nouveau gouvernement de gauche, qui tient tête au FMI avant de céder aux demandes des créanciers pour être finalement reporté au pouvoir en septembre. La tragédie grecque a été totale. Rocambolesque, elle nous a fourni plusieurs épisodes dans nos bulletins d’informations. Le film, toutefois, est répétitif : la dette grecque est insoutenable, l’austérité exigée est trop difficile à imposer et à supporter, et le drame grec risque de se jouer encore.

3- La chute du pétrole

La chute du pétrole s’est poursuivie en 2015. Et contrairement à ce que les économistes nous ont souvent expliqué, la baisse des prix de l’énergie n’a pas galvanisé l’économie mondiale. Au contraire, cette chute des ressources s’accompagne d’une montée d’incertitude qui ramène les investisseurs vers les actifs américains jugés les plus sûrs. La hausse du taux directeur en décembre par la Réserve fédérale, une première en près de 10 ans, ne viendra qu’accentuer cette ruée vers les actifs américains.

La chute du pétrole pourrait se poursuivre pendant que la Chine continue de décélérer et que l’Arabie saoudite refuse de céder un millimètre sur ses parts de marché. Un bras de fer est engagé avec les États-Unis et la Russie, mais surtout avec l’Iran, qui est de retour dans le marché mondial du pétrole avec la levée des sanctions internationales. L’Arabie saoudite ne veut rien céder et l’offre de pétrole demeure abondante, largement plus élevée que la demande.

4- Au Canada : récession, baisse de taux et chute du dollar

L’effondrement du pétrole a entraîné notre dollar canadien en glissade constante. Selon l’économiste en chef de Desjardins, François Dupuis, le dollar tombera sous les 70 ¢US. Les exportateurs pourraient en profiter, mais ils sont aux prises avec une concurrence de plus en plus vive auprès de leur premier partenaire, les États-Unis, qui se tournent de plus en plus vers les produits chinois.

moreanLe Canada affronte aujourd’hui de nouveaux défis structurels. Et comme me l’écrivait l’économiste Jean-Pierre Aubry il y a quelques jours, la récession qu’a connue le Canada dans la première moitié de 2015 n’est pas un accident, mais un avertissement.

Le Canada dépend trop des ressources naturelles. La productivité est trop faible, la chute du dollar canadien n’est plus le signal automatique d’une formidable reprise pour les manufacturiers et les exportateurs. Et le Canada, et surtout le Québec, connaît un vieillissement marqué de sa population.

Il faut ajouter l’endettement des Canadiens, qui soulève des inquiétudes, et l’apparition d’une bulle immobilière dans certains marchés, des zones à risque, selon le ministre des Finances Bill Morneau et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz.

La réponse des autorités sera importante pour l’avenir économique du pays. Le nouveau gouvernement veut stimuler l’économie et le moment est sans doute propice à une telle approche. Et la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser de nouveau son taux directeur après l’avoir fait à deux reprises en 2015. Le gouverneur Poloz a même évoqué la possibilité (très peu probable) d’amener le taux directeur en territoire négatif.

5- Les jeunes entrepreneurs

Cette année 2015 nous donne un autre espoir, celui de la place qu’entend prendre la génération Y, les jeunes qui ont aujourd’hui 18 ans, 25 ans, 30 ans. Les jeunes Québécois veulent se lancer en affaires. Ils ont de bonnes idées, ils sont nés avec les technologies, les applications, ce sont des créateurs de solutions. Ils sont créatifs et ils n’ont pas peur de foncer et de se lancer. Ils n’ont pas de barrières géographiques, mentales, culturelles. Ils respirent en français, travaillent souvent en anglais, apprennent une troisième puis une quatrième langue.

L’indice entrepreneurial du Québec nous apprenait récemment que 20 % des Québécois ont l’intention de se lancer en affaires. C’est probablement l’effet des Taillefer, Archambault, Brown, Dutil et j’en passe. Chez les 18-34 ans, ce taux double à 37 %. C’est phénoménal. J’ai interrogé une entrepreneure de 21 ans à RDI économie cet automne, Frédérique Rioux, qui a fondé Millenya, qui organise des événements.

La génération Y n’est pas individualiste. Elle a une vision de la société différente des autres générations. Elle a un rapport au monde qui n’est pas le même que le mien ou celui de mes parents. Les jeunes habitent le monde, via les médias sociaux, interagissent avec lui, voyagent, s’expriment, s’engagent. Ils sont conscients des vrais défis de notre époque : l’environnement et les inégalités sociales.

Ce genre de choses me rend très optimiste.

Le début de la fin du pétrole?

Lundi 14 décembre 2015 à 16 h 47 | | Pour me joindre

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C’est un peu fort en ketchup d’annoncer la fin du pétrole, j’en conviens! De là le point d’interrogation! Si l’accord de Paris sur le climat a le mérite d’avoir rassemblé 195 pays autour d’objectifs communs, les cibles de réduction de gaz à effet de serre devront être plus ambitieuses que ce qui a été annoncé jusqu’à maintenant pour contenir le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.

Le monde ne se dirige pas avec empressement, disons-le comme ça, vers la fin du pétrole. Mais il y a les signaux d’une baisse d’intérêt à en produire davantage. Et dans 100 ans, ceux qui liront ce texte dans les grandes archives du web (qui aura peut-être disparu, qui sait!) se diront peut-être qu’on voyait juste ou qu’on était complètement dans le champ, finalement!

En fait, si on ne peut pas prévoir la fin du pétrole, il y a deux facteurs qui pourraient tout de même entraîner un ralentissement des investissements dans ce secteur : le prix et l’écologie.

Chute des prix de 65 %

Vous le savez, les cours du pétrole se sont effondrés depuis juin 2014. À Londres, le BRENT est passé de 115 $ le baril à moins de 40 $ aujourd’hui, perdant ainsi les deux tiers de sa valeur.

Dans la foulée, de nombreuses entreprises ont ralenti leurs projets d’investissements pour développer de nouveaux gisements qui coûtent toujours un peu plus cher à mettre en branle. Des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi. L’Alberta est en récession, et son gouvernement s’enlise dans les déficits. Et personne n’ose s’avancer sur une reprise prochaine et solide des cours du pétrole.

Le Canada est particulièrement touché par cette crise. Parce que son pétrole n’arrive pas à trouver de nouveaux débouchés avec les projets d’oléoducs qui sont bloqués, et parce que les Américains ont largement augmenté leur production depuis 10 ans, le Canada est un des pays du monde qui doit vendre son pétrole à un prix plus bas que les marchés connus, comme le WTI américain ou le BRENT londonien qui se situent entre 35 et 40 $ le baril.

Au Canada, le prix courant pour ce qu’on appelle le « Western Canada Select » dépasse à peine 20 $. C’est plus bas encore que le prix que peuvent obtenir les producteurs saoudiens, iraniens, irakiens ou vénézuéliens. Le prix canadien est en baisse de 75 % depuis juin 2014. Le prix du pétrole issu seulement des sables bitumineux est à 13 $ le baril, selon Bloomberg, une glissade de 80 % en un an et demi.

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Des risques écologiques, économiques et politiques

Au Québec, le premier ministre Philippe Couillard place l’enjeu sur le plan de la protection de l’environnement. Plus il parle du pétrole d’Anticosti, plus le chef du gouvernement du Québec semble fermer la porte à une exploitation des ressources fossiles de l’île. À Paris, le 5 décembre, il a dit que « s’il y a le moindre risque, le moindre risque pour ce milieu naturel extraordinaire qu’est Anticosti, le projet n’aura pas lieu ». Vendredi, à Québec, il a ajouté que « le délabrement de ce milieu naturel unique ne portera pas ma signature ».

Il est clair que, sur le strict plan politique, le premier ministre ne pourrait éprouver que des difficultés d’ici la prochaine élection québécoise en 2018, en s’évertuant à vouloir produire du pétrole sur l’île d’Anticosti. Le prix de la ressource est faible, les experts ne s’entendent pas sur les retombées économiques potentielles, les risques financiers pour le gouvernement sont élevés tout comme les risques environnementaux. Exploiter le pétrole d’Anticosti n’est pas une solution dans le contexte actuel. Si le baril était à plus de 100 $, comme on l’a vu dans le passé, l’analyse serait différente sur le plan économique, mais le défi serait le même sur le plan environnemental.

Un mouvement de désinvestissement est aussi engagé. De grands fonds d’investissement ont décidé de déplacer leur argent dans des secteurs moins vulnérables aux politiques environnementales et aux risques associés aux changements climatiques. Selon l’ONG 350.org, plus de 500 groupes ont retiré leurs investissements des secteurs du gaz, du pétrole et du charbon. Ces institutions gèrent des actifs évalués à près de 5000 milliards de dollars canadiens.

Il est difficile de croire que nous n’aurons plus besoin de pétrole un jour. Cela dit, la ressource est limitée, les prix sont faibles et le défi climatique est colossal. Il n’est pas étonnant dans les circonstances de voir des gouvernements et des investisseurs se détourner des énergies fossiles pour miser davantage sur les énergies renouvelables.

Nier le consensus mondial des scientifiques sur les changements climatiques, c’est offrir gratuitement de son temps aux producteurs les plus polluants, notamment les producteurs d’énergie fossile. Ceux à qui le chapeau fait, ils vous disent merci!

J’imagine que ces gens, qui nous encouragent à l’inaction pour ce qui est des énergies fossiles, ne font pas du tout partie de ceux qui dénoncent les mouvements du prix de l’essence et les profits faramineux des grandes pétrolières.

Je présume aussi qu’ils savent que le réchauffement climatique aura des répercussions dévastatrices sur les pays les plus pauvres de la planète, ce qui poussera des millions de personnes à fuir. Ça fera des millions de réfugiés.

Tout ça pour dire que si vous vous intéressez à l’économie, à la création de richesse, à sa redistribution, à la création d’emplois et au développement durable, un accord ambitieux à Paris d’ici deux semaines est essentiel. Pour trois grandes raisons :

  1. Nous sommes déjà très en retard : le réchauffement est en cours et le mieux qu’on puisse espérer aujourd’hui, c’est de limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.
  2. Les entreprises aiment avoir des balises claires, des cibles précises, des données, des chiffres, des prévisions, un cadre réglementaire qui ne change pas, pour être capables d’intégrer ces coûts dans leur plan d’affaires et de se préparer à long terme.
  3. Les économistes, les dirigeants d’entreprises, les comptables, les fabricants, les fournisseurs, les exportateurs, les détaillants et les entrepreneurs ne veulent pas être les victimes des changements climatiques. Ils veulent saisir l’occasion qui se présente. C’est vrai qu’il est difficile de prévoir l’avenir et de chiffrer avec exactitude le prix de l’inaction. Mais compte tenu de ce qu’on sait sur le plan scientifique, n’est-il pas plus intéressant de faire partie de la solution dans le contrôle des émissions de gaz à effet de serre que le contraire?

Pour atteindre les objectifs qui seront négociés à Paris dans les prochains jours, les entreprises et les gouvernements doivent travailler sur plusieurs fronts :

  • encourager les technologies qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de les compenser;
  • stimuler la recherche et l’exploitation d’énergies renouvelables pour amorcer la nécessaire transition énergétique;
  • continuer de mettre en oeuvre des politiques qui ont pour seul objectif d’améliorer notre efficacité énergétique;
  • adopter des incitatifs fiscaux qui ont pour but de modifier certains comportements : la taxe sur l’essence est un incitatif, même s’il n’est pas populaire. Mais de faibles coûts sur les transports en commun représentent une avenue intéressante pour l’environnement… et le portefeuille!

L’agence économique la plus réputée du monde, c’est Bloomberg. Et c’est probablement cette agence qui a réalisé l’infographie la plus spectaculaire pour nous faire comprendre l’enjeu. C’est ici.

bloomberg

obamaEn fin de mandat, le président Obama cherche à conclure sa présidence de huit ans sur une note toute verte. En arrivant à Paris dans trois semaines pour le sommet sur le climat, il veut faire partie de la solution, il veut être celui qui aura fait prendre aux États-Unis le virage nécessaire vers le développement durable, vers une économie qui sera un peu plus en phase avec les capacités de la planète. Le consensus scientifique mondial sur les changements climatiques doit nous amener vers des gestes concrets. Le président des États-Unis l’a compris.

Cela dit, rejetant le projet Keystone en citant des arguments à la fois économiques et écologiques, Barack Obama pose un geste de rupture dans le développement économique des États-Unis. Ce président, qui a multiplié les annonces d’investissement dans l’éolien et le solaire notamment, a aussi permis, faut-il le souligner, à l’industrie pétrolière de prospérer et de redevenir une puissance mondiale. Les Américains produisent du pétrole et en consomment comme jamais!

Grâce à la révolution du gaz de schiste, plusieurs producteurs américains se sont lancés dans l’exploitation du pétrole de schiste. L’exploitation américaine de pétrole a doublé en cinq ans. Avec la chute du prix du pétrole, la production a toutefois ralenti dans les derniers mois. Mais, les États-Unis sont aujourd’hui les premiers producteurs de pétrole du monde, à plus de 9 millions de barils par jour, avec l’Arabie saoudite et la Russie.

C’est ce même pétrole de schiste, du Dakota du Nord, qui a permis à l’industrie ferroviaire de retrouver une ère de grande prospérité depuis cinq ans, ce même pétrole qui a ravagé le centre-ville de Lac-Mégantic le 6 juillet 2013, fauchant la vie de 47 personnes. Cette tragédie n’a jamais empêché l’industrie de poursuivre sa croissance puisqu’aujourd’hui, 1 million de barils de pétrole par jour sont transportés par train aux États-Unis.

L’industrie des pipelines aussi profite du boom pétrolier américain. Le Financial Times rapportait mardi que, depuis 2010, les Américains ont construit 19 000 kilomètres de conduits de pipelines. Sous la présidence de Barack Obama, depuis cinq ans, c’est 10 fois le projet Keystone qui a été développé en oléoducs.

Le Canada continue de tirer des bénéfices de la soif pétrolière américaine. En août dernier, les Américains importaient 3,4 millions de barils de pétrole par jour du Canada, un record. Les exportations canadiennes de pétrole vers les États-Unis ont bondi de 1,2 million de barils par jour depuis 2008, une hausse de 64 %.

Oui, le président américain pose un geste de rupture en refusant le projet Keystone. Mais, non, le virage vert est loin d’être complété. Il s’amorce à peine. Avec ou sans Keystone, l’exploitation canadienne poursuit son expansion et la transition écologique, chez nos voisins du sud comme chez nous, sera longue.

Trudeau : éviter une dérive budgétaire

Mercredi 4 novembre 2015 à 16 h 32 | | Pour me joindre

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Le programme économique de Justin Trudeau tirait à gauche sur certaines propositions, notamment les hausses d’impôt pour les mieux nantis et des déficits pour stimuler la croissance du PIB et la création d’emplois. L’équipe économique du nouveau gouvernement penche à droite du centre plutôt qu’à gauche avec, au Trésor, Scott Brison, ancien député du Parti conservateur et, aux Finances, Bill Morneau, ancien président du conseil d’administration de l’Institut CD Howe, organisme souvent décrit comme étant conservateur, bien que non partisan.

Cela dit, Bill Morneau a une longue feuille de route : il a dirigé l’entreprise familiale Morneau Shepell, une des plus grandes entreprises de conseil en ressources humaines au Canada. Il a fait du bénévolat dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Il a siégé au Conseil consultatif sur les régimes de retraite du gouvernement de l’Ontario. On peut s’attendre à une approche pragmatique.

Bill Morneau et Justin Trudeau

Les cordons de la bourse ne sont donc pas entre les mains du plus keynésien du groupe, l’économiste John McCallum, qui se retrouve à l’Immigration. L’auteure et journaliste Chrystia Freeland, qui a écrit sur l’enrichissement des mieux nantis et leur influence politique, s’occupera du Partenariat transpacifique au Commerce international.

Le Parti libéral a fait beaucoup de promesses durant la campagne électorale. En choisissant Bill Morneau et Scott Brison, avec l’appui de l’économiste québécois Jean-Yves Duclos comme membre du comité des priorités et du Conseil du Trésor, le nouveau premier ministre veut s’assurer de ne pas perdre le contrôle des finances publiques. Oui, le nouveau ministre des Finances aura de la marge de manoeuvre pour investir dans l’économie avec tous les déficits qui sont prévus pour les 3 prochaines années, mais Justin Trudeau veut éviter les débordements et souhaite sans doute revenir plus rapidement que prévu à l’équilibre budgétaire. Bill Morneau et Scott Brison auront pour mandat de ne pas lâcher la bride.

Scott Brison

Cela dit, les libéraux ont appuyé leur plate-forme sur les projections économiques révisées à la baisse du directeur parlementaire du budget, avec un facteur de prudence de 600 millions de dollars. Ce nouveau gouvernement a définitivement les coudées franches pour mettre en place son programme.

Les 5 grands changements à prévoir d’ici le printemps prochain :

  • une politique budgétaire expansionniste, d’investissements et de réinvestissements avec des déficits jusqu’en 2019;
  • un cadre de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui viendra préciser, espérons-le, les attentes en matière d’environnement pour les entreprises et les industries;
  • une baisse du taux d’impôt de 22 % à 20,5 % pour les revenus entre 44 700 $ et 89 401 $ et une hausse du taux d’impôt, de 29 % à 33 %, sur les revenus dépassant 200 000 $;
  • annulation de la hausse du plafond de cotisation au CELI et du fractionnement du revenu pour les couples avec enfants;
  • mise en place de l’Allocation canadienne aux enfants, qui ne sera pas imposable et qui viendra remplacer la Prestation universelle pour la garde d’enfants, la Prestation fiscale canadienne pour enfants et le supplément de la prestation nationale pour enfants.

141011_zn7jy_manifestation-cacouna-2-corr_sn635Après des échecs retentissants, le gouvernement du Québec a décidé en 2014 de lancer un Chantier de l’acceptabilité sociale. C’est la moindre des choses à faire. Quantité de projets ont été abandonnés, charcutés, reportés à plus tard parce que les promoteurs n’ont pas pris au sérieux l’étape névralgique de l’acceptabilité sociale. Du Cirque du Soleil dans le sud-ouest de Montréal au gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, des projets économiques porteurs ont frappé le mur de la contestation sociale et citoyenne parce qu’ils étaient mal ficelés ou mal expliqués.

« Dans un contexte où les projets et les décisions publics semblent de plus en plus contestés, écrit la chercheuse Corinne Gendron, un nouvel impératif tend à s’imposer : l’acceptabilité sociale. Cette notion s’enracine dans les stratégies mises en oeuvre par les décideurs pour maîtriser une opposition qu’ils ne cherchent malheureusement pas toujours à comprendre. » Et le Québec semble en retard en matière d’acceptabilité sociale, alors que les mouvements d’opposition s’organisent avec efficacité et réussissent à déboulonner plusieurs projets.

On peut, à ce point-ci, continuer de se plaindre du pouvoir des « groupuscules » comme le font certains décideurs, frustrés qu’on leur accorde de l’attention. Ou on peut aussi se regarder dans le miroir et évaluer ce qui ne va pas et ce qui doit être fait. C’est ce que semble envisager le gouvernement du Québec en ce moment. Dans un rapport obtenu par Radio-Canada, la firme Raymond Chabot Grant Thornton propose au ministère des Ressources naturelles d’amener les promoteurs à impliquer les citoyens dès le début du projet. Ils doivent être transparents tout au cours du projet, selon les auteurs du rapport.

Le Québec doit agir. Dans un texte publié dans le magazine Communiquer – revue internationale de communication sociale et publique en novembre 2014 –, Corinne Gendron écrit que « l’acceptabilité sociale peut être lente à construire et fragile, l’inacceptabilité, une fois constatée, est difficile à renverser. [...] C’est bien en amont du projet lui-même que s’établissent les bases de l’acceptabilité sociale, à travers la construction d’une relation de confiance entre le décideur et la société civile ».

Elle propose « l’instauration de forums de dialogue » dans le cadre du concept de la « démocratie participative ». Il faut des institutions, des lieux de débat parce que « le décideur public ne peut se contenter de mobiliser le processus de la démocratie représentative pour justifier ses décisions, selon Corinne Gendron, tandis que l’entrepreneur doit mettre son projet en phase avec la vision du progrès portée par la population qui est invitée à l’accueillir. La crédibilité du décideur et l’ancrage de la décision dans le tissu social sont aujourd’hui déterminants pour que celle-ci soit acceptée, et par conséquent applicable et effective ».

Il sera toujours difficile de concilier l’exploitation de ressources fossiles et/ou non renouvelables avec le désir de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et de protéger la planète. L’acceptabilité sociale n’est pas impossible toutefois. Des compensations réelles pour les populations touchées et des investissements dans des projets de développement durable et des technologies vertes peuvent faire partie d’une entente. Pour ça, il faut de l’ouverture, des explications. Et il faut que ce soit sincère!

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Les Canadiens ont fait leur choix. Ils ont opté pour le changement, celui qu’incarnent les libéraux, et ce choix est assumé puisque le nouveau gouvernement Trudeau sera majoritaire. Il est clair que les enjeux politiques vont dominer les prochains jours avec la transition du pouvoir, la formation du nouveau Conseil des ministres et les changements à prévoir dans les partis d’opposition. Mais, tôt ou tard, la réalité économique et financière du Canada va rattraper le nouveau gouvernement. Et des choix devront être faits.

Voici les cinq tâches et défis économiques et financiers du nouveau gouvernement :

1- La réalité des chiffres : présenter une mise à jour budgétaire

Nous avons expliqué 100 fois que la révision à la baisse de la prévision de croissance économique pour 2015 allait obliger le gouvernement à revoir à la baisse ses revenus projetés et donc le surplus envisagé dans le budget 2015-2016 à 1,9 milliard de dollars. C’est environ 3 milliards de dollars qui seront manquants, selon les calculs de l’économiste Jean-Pierre Aubry.

Le Parti libéral a clairement dit qu’il allait enregistrer des déficits d’ici 2019 avant de revenir à l’équilibre budgétaire. Il n’a pas donné de précisions sur le solde envisagé pour l’exercice en cours, 2015-2016, qui se termine le 31 mars prochain. Mais il y a fort à parier que le nouveau gouvernement annoncera un déficit pour cet exercice et attribuera tous les torts au gouvernement conservateur précédent.

Cette mise à jour viendra avant Noël et le budget probablement en mars, question de laisser un peu de temps au nouveau ministre des Finances de s’installer et de mettre en oeuvre les priorités de son gouvernement.

D’ailleurs, qui sera le prochain ministre des Finances?

  • Bill Morneau, nouveau député libéral de Toronto-Centre, a étudié à la London School of Economics. Il est administrateur, il a siégé au conseil consultatif sur la retraite du gouvernement ontarien et à l’Institut CD Howe. Il fait partie de la famille qui a fondé Morneau Sheppel, société de conseils en ressources humaines.

  • John McCallum, député de Markham-Thornhill, a notamment été ministre du Revenu, a été aussi économiste en chef de la Banque Royale. Il est vu comme l’un des architectes de la politique keynésienne des libéraux, c’est-à-dire une politique d’investissements massifs de l’État dans l’économie, quitte à faire des déficits.

  • Ralph Goodale, député de Regina-Wascana, a été ministre des Finances du Canada. Il a été élu la première fois à Ottawa en 1974, c’est un vétéran, qui a aussi dirigé les ministères des Ressources naturelles et de l’Agriculture.

  • Jean-Yves Duclos, nouveau député libéral dans Québec, est un économiste qui a fondé récemment la Chaire sur les enjeux économiques des changements démographiques. Il a fait plusieurs recherches sur le financement de la santé. Peu probable qu’il se retrouve aux finances, mais probable qu’il soit au Conseil des ministres.

  • Scott Brison, député dans Kings-Hants, était le porte-parole du PLC en matière de finances dans l’opposition. Il est coprésident du conseil consultatif sur l’économie de Justin Trudeau. Il a été ministre des Travaux publics et connaît bien le secteur de l’investissement bancaire.

2- Le signal du premier budget

C’est dans ce budget qu’on verra poindre la vision du nouveau gouvernement. Les principes qui guideront les libéraux seront résolument différents sur le plan du développement économique. Les conservateurs misaient sur les baisses d’impôt et le contrôle des dépenses. Les libéraux injecteront des milliards de dollars dans l’économie pour stimuler la construction d’infrastructures, une vieille recette économique qui a pour but d’alimenter la croissance économique et les revenus d’impôt pour le gouvernement.

Il faudra surveiller les bases de projections du nouveau gouvernement. Sera-t-il optimiste sur la croissance du PIB et la remontée des cours du pétrole comme l’était l’ancien gouvernement? Ou jouera-t-il de prudence en adoptant l’approche de la surestimation des déficits afin d’annoncer ensuite de « bonnes nouvelles », autre vieille recette, politique celle-là?

Il est clair que les libéraux se sont donné une belle marge de manoeuvre en promettant des déficits et non des surplus budgétaires dès cette année ou l’an prochain. N’importe quel ministre des Finances voudrait bénéficier d’une telle marge de manoeuvre. Le Canada est un pays riche, coté AAA, avec des finances publiques saines et qui peut emprunter à de très faibles coûts. Son défi n’est pas budgétaire. Il est économique.

3- Stimuler l’économie : un plan pour faire face au vieillissement de la population et générer de l’activité économique dans un contexte de lente croissance du PIB

Et c’est ici qu’on attend de l’audace, de la vision et une compréhension fine de l’économie. Les Canadiens méritent qu’on voie venir les coups 5, 10, 15 ans d’avance, dans la mesure du possible bien sûr. Il y aura toujours des impondérables, des guerres, des crises, des événements de toute nature. Mais il y a des tendances que nous pouvons analyser en prospective. Nous savons que le Canada vieillit. Il y a plus d’aînés que d’enfants au Canada. C’est un changement démographique radical, majeur, qui va ralentir l’économie plutôt que de la stimuler, c’est dans l’ordre des choses.

Il faut donc stimuler l’innovation, la productivité, aider les entreprises à exporter, à se développer, à créer et à embaucher. Oui, les infrastructures stimulent l’économie. Mais quelles infrastructures vont modeler notre futur? Ce sont certainement les infrastructures vertes, les bâtiments et les structures fondées sur le développement durable, le transport en commun, un aménagement urbain convivial, efficace, intelligent, qui réduit notre dépendance au pétrole et notre empreinte carbone.

Et n’oublions surtout pas qu’il faudra gérer ces budgets d’infrastructures. S’il y a une chose qu’il faut éviter, c’est le bar ouvert pour les entreprises qui pourraient se magasiner de généreuses primes. On ne veut pas une nouvelle commission Charbonneau.

4- Stimuler l’épargne et améliorer le sort des aînés

Par quel bout commencer? D’abord, le Parti libéral a pris l’engagement d’annuler la bonification du compte d’épargne libre d’impôt (CELI), qui était passé à 10 000 $ sous les conservateurs dans le dernier budget. Le PLC a aussi pris l’engagement de bonifier de 10 % le Supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls. Maintenant, il faut faire davantage.

Le Canada fait partie des pays qui assument une faible part des revenus de retraite dans l’OCDE. Faut-il bonifier le Régime de pensions du Canada (et le Régime des rentes du Québec)? Faut-il s’inspirer de l’Ontario, qui veut ajouter un régime public au Régime de pensions en faisant passer de 25 % à 40 % le remplacement par les rentes du revenu de travail à la retraite? Faut-il adopter une stratégie d’épargne solide pour amener les employeurs et les travailleurs à épargner davantage?

Le vieillissement de la population au Canada ralentit la croissance économique et risque d’augmenter l’appauvrissement des aînés. Que va faire le nouveau gouvernement majoritaire de Justin Trudeau?

5- Environnement : adopter un plan audacieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre en gardant en tête les répercussions économiques à long terme

Le défi économique du 21e siècle, je l’ai souvent dit et écrit, c’est le défi écologique. Justin Trudeau prévoit aller à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques avec des premiers ministres provinciaux. Il propose d’établir ensuite des cibles précises pour le Canada. Il est non seulement souhaitable que le Canada accélère son travail en matière de réduction de gaz à effet de serre, mais surtout que ces objectifs soient atteints.

Le Canada doit maintenant faire partie de la solution. Mais comment le nouveau gouvernement va-t-il gérer l’essor de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux? Et comment pourra-t-il demeurer cohérent si les prix du pétrole repartent à la hausse et viennent remplir les coffres à Ottawa?

Après la campagne, après les promesses, la réalité économique et financière se dresse devant le nouveau gouvernement. Le PLC va recentrer son action et il y a fort à parier que, malgré des engagements environnementaux plus solides, le gouvernement Trudeau continuera de défendre le développement du pétrole.

Il faut croire aussi que les milliards vont pleuvoir dans les infrastructures, mais que dans l’objectif de ne pas effrayer les Canadiens, le premier ministre désigné voudra revenir à l’équilibre budgétaire plus rapidement que prévu, en 2018-2019 plutôt qu’en 2019-2020. Et attendez-vous à ce que Justin Trudeau approuve le Partenariat transpacifique, avec ou sans compensations pour les secteurs de l’automobile et des producteurs laitiers.

16 promesses libérales

  • Baisse d’impôt de 22 à 20,5 %
  • Hausse d’impôt à 33 % au-delà de 200 000 $
  • Baisse d’impôt pour les PME de 11 à 9 %
  • Infrastructures : 125 milliards de dollars sur 10 ans
  • Allocation canadienne pour enfants
  • Annulation de la bonification du CELI
  • Annulation du fractionnement du revenu entre conjoints
  • Hausse de 10 % du SRG pour les aînés vivant seuls
  • Pas de péage sur le nouveau pont Champlain
  • Nouvelle évaluation environnementale d’Énergie Est
  • Nouveau plan pour la réduction des GES avec les provinces
  • Partenariat transpacifique?
  • Nouvel accord sur les transferts en santé aux provinces
  • Postes : annuler la fin de la livraison à domicile
  • 150 millions de dollars de plus pour CBC/Radio-Canada
  • Conseil des arts du Canada : de 181 à 360 millions de dollars

 

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Vendredi 16 octobre 2015 à 16 h 23 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Vous êtes appelés à voter lundi. Dans les derniers jours, je vous ai soumis quelques questions à caractère économique pour vous aider, bien humblement, à faire votre choix, à préciser vos attentes quant au prochain gouvernement. C’est donc la fin d’une longue campagne.

Je vous propose ici de lire, voir, relire, revoir les blogues et entrevues de la campagne électorale. Nous avons analysé, dans l’ordre de diffusion, les cadres financiers du Parti vert, du NPD, du Bloc québécois, du Parti libéral du Canada et du Parti conservateur du Canada. En extraits vidéo, des entrevues avec cinq représentants des partis ainsi qu’une capsule diffusée au Téléjournal Grand Montréal, une entrevue avec le fiscaliste Stéphane Leblanc et une autre avec le journaliste spécialisé en environnement Étienne Leblanc.

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PARTI VERT

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NPD

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BLOC QUÉBÉCOIS

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PARTI LIBÉRAL DU CANADA

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PARTI CONSERVATEUR DU CANADA

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 À VOIR AUSSI SUR LES MESURES FISCALES ET L’ENVIRONNEMENT :

Cliquez ici pour les principales mesures fiscales

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec le fiscaliste Stéphane Leblanc

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec le journaliste spécialisé en environnement Étienne Leblanc