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Les Québécois, dépossédés?

Jeudi 5 mars 2015 à 18 h 25 | | Pour me joindre

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depossessionLes Québécois ont-ils été dépossédés de leurs ressources qui habitent leurs terres et leurs cours d’eau? Ont-ils été spoliés, se sont-ils fait jouer un vilain tour par les entreprises privées et par des « technocrates » de l’État qui n’ont, au fil du temps, que cherché à avantager le secteur privé?

L’IRIS, dans un ouvrage qui paraît aujourd’hui, répond oui et tente de démontrer en quoi le Québec est victime d’une grande « dépossession ». C’est le titre du livre : Dépossession, une histoire économique du Québec contemporain publié aux Éditions Lux.

Les chercheurs de l’IRIS expliquent la dépossession par des redevances et des droits de coupe extrêmement faibles pour les minières et les forestières, des privilèges accordés au secteur privé pour exploiter les ressources naturelles du territoire, un État qui « demeure pleinement au service du secteur privé », qui « témoigne d’une générosité et d’une complaisance indéfectibles envers les entreprises minières », notamment.

En fait, mis à part Hydro-Québec qui « a certainement permis que les services publics québécois bénéficient financièrement de notre production énergétique », les autres tentatives de l’État visant à gérer, contrôler, exploiter les ressources ont été ratées. « La déception suscitée par les sociétés publiques au plan économique, écrit Laura Handal Caravantes dans le chapitre sur les mines, vient d’une insuffisance des ressources accordées par le gouvernement. »

En fait, la stratégie de l’État « consiste principalement à mettre des ressources financières à la disposition du système privé sous forme de prêts, d’actions, de capitalisations, de dépenses fiscales ou autres ». L’État se voit essentiellement comme un « accompagnateur ».

Dans le chapitre sur la forêt, le chercheur Pierre Dubois écrit qu’il « est clair que la logique que nous dénonçons en la qualifiant de dépossession est inscrite au cœur même du modèle d’affaires des entreprises forestières canadiennes […] Leurs priorités, ce sont les dividendes versés aux actionnaires ».

En agriculture, le Québec est passé d’un modèle de subsistance à un modèle qui tend à répondre aux besoins du marché. « Le type de gestion qui a été fait des mécanismes de régulation est indéniablement lié à une vision productiviste de l’agriculture, soucieuse de répondre aux exigences de standardisation et de rendement du marché », écrit Lyne Nantel.

Elle ajoute que ça « participe de la logique de dépossession […] qui prive progressivement les agriculteurs et agricultrices de toute emprise sur leurs pratiques. » Et, elle en vient à poser la question sur la possibilité d’étendre la mise en marché collective, qui existe pour le lait, les œufs, les poulets, « à l’ensemble des productions ».

La prochaine dépossession à l’ordre du jour, c’est la commercialisation de l’eau, selon l’IRIS. Le Québec en possède une quantité exceptionnelle et bien des gens d’affaires sont d’avis qu’on ne pourra pas se passer de cette manne. « Si un tel projet se concrétisait, écrit Martin Poirier, le Québec verrait s’effriter sa souveraineté sur l’eau et son peuple serait tranquillement, mais sûrement dépossédé de cette ressource. »

Ma première impression en lisant le livre, c’est que l’IRIS dénonce un système, celui du libéralisme économique, auquel le Québec n’a pas échappé. Le secteur privé est visé comme s’il n’était jamais en position de servir l’intérêt de l’ensemble des Québécois. Plusieurs auront du mal à considérer qu’une entreprise québécoise, dont le siège social est au Québec, qui emploient des Québécois et qui rapportent des emplois, des impôts et (un peu) de redevances à la société soient considérée comme étant un artisan pur de la dépossession.

L’IRIS parle de nationalisation dans le secteur minier, de syndicalisation dans la forêt, d’étendre aussi la gestion de l’offre à l’ensemble de l’agriculture. À contre-courant, l’Institut de gauche maintient le cap sur une transformation en profondeur de l’exploitation au Québec, transformation idéale pour les uns, farfelue pour les autres, qui n’est pas, dans la réalité, soyons francs, sur le point de se produire.

Londres vient de faire appel à une bonne vieille solution héritée de l’ère Thatcher : on a besoin d’argent, on veut réduire l’endettement public, on privatise! Dans le cadre d’une stratégie qui vise à réduire sa dette, évaluée à 89 % du PIB, Londres cherche à vendre des actifs et chiffre sa quête financière à 38 milliards de dollars. En vendant sa participation de 40 % dans le réseau ferroviaire Eurostar, le gouvernement Cameron va donc empocher 1,12 milliard de dollars canadiens. C’est le double de ce qui était espéré au départ par l’État britannique.

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L’acheteur, c’est la Caisse de dépôt et placement du Québec et le fonds britannique Hermès International. La Caisse, qui multiplie les transactions dans le secteur des infrastructures, injecte 850 millions de dollars dans l’aventure pour 30 % des parts. Pendant ce temps, Paris demeure actionnaire majoritaire avec 55 % de l’actionnariat par l’entremise de la SNCF, la Société nationale des chemins de fer français.

Sur le même rail, vous avez là deux stratégies différentes : la France actionnaire de son réseau public de transport et la Grande-Bretagne qui poursuit l’œuvre de Margaret Thatcher en privatisant maintenant ses intérêts dans l’Eurostar, ce train rapide exceptionnel qui nous transporte sous la Manche en quelques heures de Londres à Paris, puis jusqu’à Bruxelles.

Dites-vous bien qu’à Québec, en ce moment, certains fantasment sur des décisions comme celles prises par Londres. Le mot « privatisation » flotte dans les couloirs de l’Assemblée nationale. S’il n’y a pas de projets bien ficelés de vendre, disons, 5 ou 10 % d’Hydro-Québec, certains en rêvent! L’enjeu a refait surface lors de la campagne électorale qui se tenait il y a maintenant un an. Et le Parti québécois est convaincu aujourd’hui que le ministre de l’Énergie étudie la question. « Rumeur farfelue », répond Pierre Arcand.

Pourtant, l’idée reste bien vivante dans l’espace public. L’ex-ministre libéral Claude Castonguay en parle dans son dernier ouvrage La fin des vaches sacrées. Et les experts Luc Godbout et Claude Montmarquette l’ont évoqué en avril dans un rapport spécial demandé par le nouveau gouvernement sur l’état des finances publiques. « Dans l’éventualité où l’examen des programmes, des processus et des structures ne permettrait pas de dégager les sommes requises en matière de contrôle des dépenses, écrivaient-ils, le gouvernement n’aurait pas d’autres choix, en l’absence de hausses d’impôt, que d’envisager de vendre des actifs […] À titre d’exemple, le gouvernement pourrait songer à ouvrir jusqu’à 10 % du capital de la Société des alcools du Québec ou d’Hydro-Québec aux Québécois. »

Ce serait, à coup sûr, une solution qui rapporterait quelques milliards à l’État à court terme, ce qui lui permettrait de réduire sa dette et les intérêts à payer sur la dette. Mais, ce serait, à moyen et à long terme, un choix qui viendrait réduire les revenus de l’État. Les gains en intérêt seraient amoindris, sinon effacés, par une éventuelle hausse des taux d’intérêt. Et les redevances d’Hydro-Québec devraient être partagées avec d’autres propriétaires.

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À moins que ce soit… la Caisse qui achète 10 % d’Hydro-Québec! Tiens, tiens… Si le « bas de laine des Québécois » juge que c’est bon d’acheter des actifs publics à Londres, pourquoi ne le ferait-il pas au Québec? D’autant que le gouvernement Couillard vient de signer une entente avec la Caisse pour qu’elle investisse et gère des infrastructures publiques de transport?

Si Londres juge qu’elle peut réduire sa dette en vendant des actifs à un organisme comme la Caisse de dépôt, le gouvernement du Québec pourrait-il en faire autant?

Je ne sais pas si c’est faisable, je ne sais vraiment pas si c’est souhaitable. Mais est-ce envisageable?

En fait, la vraie question : est-ce envisagé?

editions.lapresse.camediafiler_public20150219communique_finvachessacrees_v2.pdf - Google Chrome« Les Québécois souhaitent naturellement voir leurs revenus croître, et cela est légitime. Par contre, dès qu’une personne réussit, elle devient souvent l’objet de méfiance et de jalousie. On veut bien que les entreprises réussissent et créent des emplois, mais en même temps, on entretient des préjugés envers leurs propriétaires ou leurs dirigeants. Ces préjugés bien enracinés s’expliquent pour une bonne part par la méconnaissance du fonctionnement de l’économie. Combien de fois ai-je constaté que des personnes, pourtant intelligentes, sont convaincues que si une entreprise fait un gain, ou « fait de l’argent » en langage populaire, quelqu’un d’autre subit une perte. Comme s’il s’agissait de vases communicants et qu’automatiquement quelqu’un doit être lésé. »

- Claude Castonguay, La fin des vaches sacrées

Claude Castonguay aura 86 ans dans un peu plus de deux mois. L’ex-ministre demeure actif, réfléchit aux enjeux sociaux, politiques, économiques du Québec, des régimes de retraite aux réformes en santé en passant par la création de la richesse et les inégalités sociales.

Il publie aujourd’hui un nouvel ouvrage : La fin des vaches sacrées, réflexions sur l’avenir du Québec aux Éditions La Presse. Il revient avec ses propositions en matière de santé et réaffirme la nécessité, selon lui, d’adopter une forme de REER obligatoire pour améliorer la protection des aînés à la retraite.

Mais, il va plus loin, il ratisse plus large.

Culture de dépendance

Il invite les Québécois à appuyer sur l’accélérateur du changement afin de se libérer d’une forme de « culture de dépendance » envers l’État qui subsiste, selon lui, depuis trop longtemps. « Collectivement, nous nous sommes habitués à un certain confort, écrit-il. Si nous voulons développer notre plein potentiel, le succès doit être valorisé. L’époque où seuls les pauvres allaient au ciel est chose du passé. Quand allons-nous enfin tourner la page? »

Il demande, en fait, à tout le monde de faire un effort. Il invite le gouvernement Couillard à faire appel à la concertation, comme les Scandinaves savent le faire. Et il est d’avis aussi que les syndicats doivent mettre de l’eau dans leur vin. Selon lui, « les syndicats sont les plus dogmatiques. Ils ont convaincu une bonne partie de la population qu’ils sont les défenseurs de l’intérêt public contre les méchants néolibéraux et les employeurs en qui on ne peut avoir confiance. […] Nous sommes devenus une société corporatiste tellement structurée que le gouvernement ne peut agir sans provoquer des levées de boucliers, au besoin, des manifestations dans la rue ».

Climat généralisé de morosité

Claude Castonguay nous dit qu’il y a en ce moment au Québec, « un climat généralisé de morosité, d’incertitude et de cynisme […] Heureusement, dit-il, une majorité de Québécois ressentent un profond besoin de changement même s’il existe des divergences quant aux orientations à prendre et aux mesures qui s’imposent ». Comme à la fin des années 50 quand sont apparus les premiers pas de la Révolution tranquille.

Cela dit, tout au long de la lecture, on constate plus d’inquiétude que d’espoir chez Claude Castonguay. « Il faut être conscient que nous présentons une image d’instabilité, affirme l’ex-ministre, et, à l’occasion, d’hostilité à l’endroit des milieux d’affaires et des investisseurs. La tenue possible d’un troisième référendum, les manifestations violentes du printemps érable, le saccage de la salle du conseil municipal de Montréal en présence de policiers passifs et le désastreux projet de charte des valeurs sont autant d’événements qui donnent l’image d’un climat social en effervescence et d’un milieu hautement instable. »

Claude Castonguay écrit aussi que nous consommons trop et que les écarts de richesse sont une plaie qui ne fait que grandir : « Le monde n’a jamais été aussi riche, mais également jamais aussi peu solidaire. »

Le ministre qui s’inspire de l’URSS

En plus de se surprendre de voir le gouvernement Couillard favoriser « l’austérité et la ligne dure », Claude Castonguay s’en prend également à Gaétan Barrette, le ministre de la Santé du Québec qui, « avec son style particulier », a proposé des projets de loi qui « s’inspirent des régimes de pays comme la Chine et l’URSS. Ils procèdent d’une pensée autoritaire hiérarchique, une orientation vouée à l’échec ».

En retour, il exprime un avis favorable à l’enjeu qui a été évoqué récemment par le ministre de l’Énergie, Pierre Arcand, celui d’augmenter les tarifs d’électricité. « Si les tarifs étaient les mêmes qu’en Ontario, affirme Claude Castonguay, on a calculé qu’il en résulterait des revenus additionnels pour le gouvernement de l’ordre de trois à quatre milliards de dollars. L’ensemble des Québécois bénéficierait de ces revenus additionnels. »

La Caisse et « ses propres convictions »

Mercredi 25 février 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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On est loin des airs de contrition des dirigeants de la Caisse de dépôt en 2008 après l’annonce d’une perte de près de 40 milliards de dollars. Aujourd’hui, la Caisse, ses dirigeants et son pdg Michael Sabia respirent la confiance. On ne sent pas d’arrogance, mais il y a une réelle certitude que la stratégie adoptée est la bonne. La Caisse semble maîtriser son destin.

La grande institution explique dans son communiqué qu’elle mise plus que jamais sur « ses propres convictions » dans la gestion et la composition de ses portefeuilles. Et, à terme, l’objectif est de faire en sorte que 75 % de ses placements soient réalisés en fonction de cette philosophie.

Autrement dit, le recul pris par la Caisse en 2008 sur ses prises de risque et ses façons de faire est maintenant chose du passé. Aujourd’hui, Michael Sabia est convaincu de faire les choses de la bonne façon. Dans la réalité, ce qu’il nous dit, c’est que l’expertise de son équipe de direction est telle qu’il peut très bien ne pas « tenir compte des indices de référence ». Tout simplement!

Pour consulter ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici.

On se réjouit certainement des résultats de la Caisse. Mais les bons rendements des dernières années pourraient-ils alimenter un excès de confiance à la tête de la Caisse de dépôt? S’il y a une chose que les déposants ne veulent plus jamais revivre – et Michael Sabia doit sûrement y penser souvent -, c’est l’effondrement de 2008, qui a été provoqué par de mauvais choix d’investissements. Les autres caisses avaient alors affiché un rendement négatif de 18 % parce que les marchés s’étaient écroulés. Mais la Caisse avait fait pire, à -25 %.

Michael Sabia est parvenu à faire remonter le baromètre de la confiance des citoyens envers l’institution qui gère le « bas de laine » des Québécois. Les rendements sont au rendez-vous et la Caisse a développé une stratégie active dans l’économie du Québec. Cette confiance est toutefois fragile. Et le pdg de la Caisse devra mieux expliquer certains choix qui sont faits par son institution.

On pense à deux décisions récentes en particulier : celle d’investir dans la cimenterie de Port-Daniel-Gascons et l’entente conclue entre Québec et la Caisse pour construire et gérer des infrastructures publiques du Québec. La Caisse prend-elle des risques inconsidérés dans ces choix-là? Comment s’assurer que la Caisse ne répond pas à une commande politique?

On peut se demander aussi pourquoi la Caisse a décidé d’augmenter ses investissements dans Bombardier, qui connaît des moments difficiles, et de réaffirmer sa confiance dans SNC-Lavalin qui fait face à des accusations de corruption par la GRC. On imagine que l’institution a fait toutes les analyses nécessaires pour maintenir ou augmenter ces investissements dans ces deux fleurons du Québec.

Nouvelle taxe : un instant…

Mardi 24 février 2015 à 19 h 12 | | Pour me joindre

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Un mot, très court, sur le concept de captation de la plus-value foncière.

Plusieurs s’inquiètent de voir apparaître une nouvelle taxe. Ils n’ont pas tort : ça ressemble à une taxe. Mais, attention, il faut prendre le temps d’expliquer les choses. C’est plus nuancé qu’on pense!

La captation de la plus-value foncière, c’est une façon de faire participer les bonnes personnes au financement d’un service public qui vient, en quelque sorte, les enrichir! Ajouter une station de métro ou de train de banlieue dans un quartier entraînera presque à coup sûr une augmentation de la valeur des propriétés. Une partie de la valeur ajoutée des nouvelles maisons construites tout près d’un service de transport en commun est attribuable à ce service public.

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Alors, on comprend bien que le propriétaire de la maison est gagnant : sa propriété vaut plus cher! Le promoteur est aussi gagnant dans le cadre de la captation de la plus-value foncière, puisqu’il capte une partie de la hausse de valeur grâce à une taxe.

En principe, avec ce concept, tout le monde doit être gagnant. On finance le transport en commun, on engage le promoteur à investir dans ce transport en commun et le propriétaire terrien voit son actif gagner en valeur. Bref, les principaux bénéficiaires se trouvent à financer un service public qui leur rapporte!

Il y a des « mais » Est-ce qu’une telle « taxe » viendra réduire l’accès immobilier à de nouveaux propriétaires? Est-ce qu’une autre taxe viendra étrangler certains ménages, incapables de faire face à une ponction supplémentaire? Est-ce que c’est une façon de céder au privé une partie plus grande du développement du transport en commun avec les avantages et les inconvénients que ça peut comporter?

Taxer n’est pas une pratique populaire en politique, bien que très courante! Le débat en cours sur la captation de la plus-value foncière se fait sur des bases brouillées d’avance. Il serait intéressant de prendre le temps d’analyser ce concept, de voir qui en sortirait gagnant, de voir les impacts négatifs et d’éviter de tomber dans les dérives auxquelles on assiste en ce moment.

Du « BS corporatif », vraiment?

Jeudi 19 février 2015 à 13 h 37 | | Pour me joindre

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Doit-on soutenir financièrement des entreprises comme Bombardier et la cimenterie de Port-Daniel-Gascons? Si vous êtes contre l’intervention de l’État ou que vous considérez que le soutien aux entreprises, c’est une forme d’assistance sociale pour les compagnies – ce que certains nomment du « BS corporatif* »– vous n’êtes certainement pas d’accord avec les crédits d’impôt et les garanties de prêts qui ont été accordés dans le passé à Bombardier et dans les investissements effectués par Investissement Québec et la Caisse de dépôt dans le projet de la cimenterie du groupe McInnis en Gaspésie.

Vous pensez peut-être le contraire : l’État a un rôle à jouer dans l’économie et doit utiliser ses piliers pour stimuler les investissements et la création d’emplois, attirer, conserver des entreprises ici. Vous faites sans doute le calcul qu’il est plus rentable d’injecter des centaines de millions dans des projets porteurs pour en tirer des profits à long terme (emplois, impôts, taxes, etc.)

À peu près tous les gouvernements soutiennent leur économie, même ceux qui parlent sans cesse des « bienfaits » du libre marché. Ils le font parce qu’ils ont compris depuis longtemps que le seul marché ne peut pas combler tous les besoins et impératifs d’une société.

Le monde est complexe, certaines industries sont vulnérables aux cycles économiques et quantité d’entreprises n’auraient jamais pu éclore sans une prise de risque plus grande, ce que peuvent faire les investisseurs plus solides comme l’État et ses organismes d’investissements.

Un geste trop rapide pour Bombardier?

Malgré tout, il est normal de remettre en question certains investissements. Alors que Bombardier suscite de vives inquiétudes dans les milieux financiers, est-il prudent d’entendre le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, promettre une aide de l’État si l’entreprise en fait la demande? En sommes-nous vraiment arrivés là?Et sur quoi se base le ministre pour aller aussi loin dans sa promesse?

Nous comprenons tous que Bombardier est un fleuron et qu’il est essentiel de maintenir ces emplois spécialisés au Québec. Mais, puisque l’État gère nos impôts, il y a un minimum de recherches et d’études à faire avant de se lancer dans une aventure qui promet, mais qui comporte sa part de risque. Le ministre pourrait nous informer sur ça.

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Pas de subvention à Port-Daniel-Gascons

Dans le dossier de Port-Daniel-Gascons, c’est le gouvernement Marois qui a donné le signal de départ, un dossier repris par le gouvernement Couillard après une valse-hésitation. Ici, l’objectif, c’est de créer des emplois en Gaspésie. Et de saisir l’occasion de servir de nouveaux marchés d’exportation par la voie maritime.

Le projet bénéficie d’une clause grand-père, puisqu’il a été approuvé dans les années 90. Il n’a pas à être soumis à l’évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Et pour s’assurer que la cour ne vienne pas renverser cette situation, le gouvernement du Québec a décidé d’adopter une loi qui vise à sécuriser – cimenter pourrait-on dire – le projet de Port-Daniel-Gascons.

Il est important de comprendre que dans cette affaire, il n’y a pas de subvention. Investissement Québec, la Caisse de dépôt et la famille Beaudoin-Bombardier investissent 500 millions de dollars en capital dans le projet. Nous sommes actionnaires. Et puis, un syndicat bancaire et Investissement Québec prêtent 600 millions de dollars aux promoteurs. Donc, des intérêts nous seront payés. On ne donne pas d’argent en crédit d’impôt ou en subvention directe.

Il y a des risques, c’est clair, sur les plans financier, économique et écologique. Mais il y a un marché potentiel important pour cette cimenterie québécoise : les projets d’infrastructures américains, surtout ceux de la côte atlantique qui visent à protéger les villes de l’Est des ouragans, de plus en plus nombreux, de plus en plus violents.

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La grande question qui se pose dans le dossier de Port-Daniel-Gascons, elle est écologique. L’entreprise a beau se targuer d’avoir installé des technologies exceptionnelles qui vont réduire l’intensité de ses émissions de gaz à effet de serre. Il n’en demeure pas moins que ce site sera à terme le plus grand émetteur de CO2 du Québec, émission possible dans le pire des cas de 1,76 million de tonnes annuellement.

Est-ce bien raisonnable? Est-ce que le retour sur investissement pour la société québécoise viendra compenser cette charge supplémentaire dans les émissions de gaz à effet de serre?

Il y a plusieurs dimensions à ces enjeux. Ce n’est pas tout blanc, ce n’est pas tout noir. C’est encore une fois très nuancé. Il y a des emplois, des régions, des milieux qui sont en jeu. L’État a un rôle à jouer. Mais, jusqu’à quel point mesure-t-il bien les risques?

* L’expression « BS corporatif » est fautive. BS signifie bien-être social qu’on nomme aujourd’hui aide sociale. Et le mot corporatif est employé de la mauvaise façon, c’est un anglicisme dans ce cas-ci.

Depuis plusieurs décennies, c’est toujours le consommateur qui soutient l’économie. Comme sa rémunération a peu augmenté au fil du temps en tenant compte de l’inflation, il a dû s’endetter. Et, aujourd’hui, il est très endetté.

L’État aussi est très endetté. Et il compte sur la croissance de l’économie pour toucher plus de revenus, qui proviennent essentiellement des impôts des particuliers, des entreprises aussi, mais dans une moindre mesure, et des taxes à la consommation. Pour s’assurer que ces revenus vont continuer d’augmenter, les décideurs comptent sur qui d’après vous?

Sur vous!

Nous sommes en 2015. Bien que les consommateurs, qui sont par ailleurs des travailleurs, des citoyens, des parents, des voisins, des chômeurs et j’en passe… bien que les consommateurs soient endettés jusqu’aux oreilles, on continue de tenter de stimuler votre consommation pour faire tourner l’économie et générer des revenus supplémentaires pour l’État.

Mais, attention. Je ne dis pas qu’il faut cesser de consommer. Votre beau-frère, qui est propriétaire de sa quincaillerie, et votre sœur qui a son salon de massothérapie, a besoin de votre consommation. La roue doit tourner pour que tout le monde mange!

Ce qui est embêtant, c’est la consommation à crédit. À très gros crédit. La Banque du Canada nous disait avant les fêtes – et avant de baisser ses taux d’intérêt! – que parmi les ménages endettés, 12 % étaient très endettés et responsables à eux seuls de plus de 40 % de l’endettement au Canada. Ces gens ont des dettes qui représentent 250 % de leurs revenus disponibles. Ça comprend les hypothèques, les prêts automobile, qui ont fortement augmenté dans les dernières années, les prêts personnels, le crédit.

La firme de recherche McKinsey Global Institute nous apprend aujourd’hui que le processus de réduction de l’endettement qui suit habituellement des crises et des récessions a été très limité depuis l’effondrement qu’on a connu en 2008 et 2009. En fait, la dette des pays, des individus et des entreprises est plus élevée aujourd’hui qu’avant la crise dans la plupart des 47 pays étudiés. Ce constat est inquiétant. Nous sommes, plus que jamais, exposés aujourd’hui à d’autres crises et à des menaces plus fortes à la stabilité financière internationale.

Depuis 2007, la dette globale a monté de 57 mille milliards de dollars à près de 200 mille milliards de dollars, 286 % du PIB planétaire. Les pays les plus touchés par la crise, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Irlande ont vu l’endettement des ménages baisser. Mais, ailleurs, notamment au Canada, le taux d’endettement n’a cessé de grimper.

Ce rapport met en lumière la situation du Canada en soulignant que le pays a maintenant un taux d’endettement des ménages plus élevé que les sommets atteints aux États-Unis et au Royaume-Uni avant l’éclatement de la crise immobilière. La dette des ménages canadiens représente 92 % du PIB du pays, comparativement à 77 % aux États-Unis et à 54 % en Allemagne.

Le Canada fait partie des pays où la dette des ménages a le plus augmenté depuis 2007. Le ratio dette/revenus disponibles a monté de 22 points de pourcentage au Canada, tout juste derrière… la Grèce. Regardez ce graphique :

Pour consulter ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

N’est-ce pas inquiétant?

Comment augmenter les taux d’intérêt dans un tel contexte sans provoquer des faillites à la chaîne? Comment les pays les plus endettés vont-ils parvenir à surmonter ce poids financier sans mettre à risque leur économie et le bien-être de leur population? Comment peut-on aujourd’hui gérer correctement les dettes des gouvernements et les dettes des ménages? Comment la locomotive de la consommation à crédit peut-elle poursuivre sa route à toute vitesse?

Les gros chiffres américains

Lundi 2 février 2015 à 17 h 12 | | Pour me joindre

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Je lis régulièrement que les États-Unis ont perdu le contrôle de leur dette et de leurs finances publiques et que ce pays est tout simplement en faillite. Pourtant, en prenant le temps de regarder les faits, c’est très exactement le contraire qui est en train de se produire. La croissance économique est solide et l’administration Obama est parvenue à faire passer le déficit annuel de 9,8 % en 2009 à 3,2 % en 2015 avec l’objectif de la réduire encore à 2,5 % en 2016.

En fait, le problème, c’est qu’une quantité phénoménale de commentateurs et de politiciens lancent des gros chiffres impressionnants dans l’espace public sans les mettre en contexte et sans que personne ne vienne le faire ensuite. Une dette de 19 000 milliards de dollars paraît indécente à première vue. C’est près de 103 % du PIB américain, alors que le Royaume-Uni, le Canada et la France tournent autour de 90 %. L’Allemagne est en bas de 80 %, alors que l’Italie est à plus de 130 %. Le Japon est à 227 % de son PIB. Ça ne signale pourtant pas de faillite à l’horizon, puisque la dette du pays est détenue essentiellement par les Japonais.

La dette de la Grèce, à titre d’exemple, est de 322 milliards d’euros, soit 363 milliards de dollars américains. La dette américaine est 50 fois plus importante, mais en pourcentage du PIB, celle de la Grèce représente 175 % de son PIB.

La dette, en pourcentage du PIB, n’a jamais été aussi élevée depuis 1950 aux États-Unis. Mais les déficits ne cessent de baisser depuis six ans et la dette est plus faible qu’estimée par l’administration Obama. Et, par rapport au PIB, la dette sera réduite dans les prochaines années, même si sa valeur augmente de 60 % dans la prochaine décennie.

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Les États-Unis sont parvenus à relancer leur économie et depuis 2009 tout en réduisant le poids du déficit, en route vers une baisse également de la lourdeur de la dette. Washington peut maintenant s’attaquer à sa principale faiblesse : les fortes inégalités sociales, les plus importantes des pays occidentaux.

Le président Obama annonce ainsi la fin de l’austérité. À moins de 3 % du PIB, le déficit est sous contrôle, laisse-t-il entendre. Et il est temps de tourner définitivement la page sur l’épisode douloureux de la crise financière et de la grande récession. Il propose essentiellement de :

  • taxer davantage les gains en capital en s’assurant que ce sont les 1 % les plus riches qui seront surtout touchés par cette mesure : 99 % de la hausse serait épongée par les 1 %;
  • taxer davantage les profits des entreprises américaines réalisées à l’étranger;
  • investir dans les infrastructures, l’éducation, les familles et les garderies.

Tout est relatif. Les États-Unis représentent la locomotive économique mondiale avec des notes de crédit élevées et des coûts d’emprunt très faibles. Le dollar américain est la devise privilégiée par les investisseurs. La croissance économique est solide. Bref, malgré une dette qui a l’air d’un gouffre sans fond, la situation américaine ne cesse de s’améliorer.

Nuages à Ottawa, soleil à Québec!

Vendredi 30 janvier 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le gouvernement Couillard peut dire merci à la bonne Providence! La péréquation augmente, les taux d’intérêt baissent, le prix de l’essence recule, le dollar canadien dégringole, la croissance américaine est solide.

Au final, les finances publiques du Québec en profitent. Les revenus augmentent. Pour les sept premiers mois de l’année, les revenus des impôts des particuliers ont augmenté de 3,3 %, les revenus des taxes à la consommation ont monté de 3,4 % et ceux provenant des impôts des sociétés ont bondi de 10,6 %.

Résultat : le gouvernement affiche, avant les versements au Fonds des générations, un surplus de 227 millions de dollars pour les sept premiers mois de son exercice 2014-2015, comparativement à un déficit de 860 millions de dollars au cours de la même période en 2013-2014. Il faut dire que les mesures d’austérité appliquées à Québec contribuent également à ce surplus. La hausse des dépenses de programmes a été contenue à 1,3 % seulement avec des hausses de dépenses de seulement 2,4 % en santé et services sociaux et 1,3 % en éducation et culture. Ces deux missions gouvernementales représentent 75 % des dépenses de programmes.

soleilAu rythme où vont les choses, Québec pourrait afficher un déficit moins important que ce qui est prévu cette année à un peu plus de 1 milliard de dollars. Les coûts d’intérêt ont baissé de 150 millions au cours des sept premiers mois de l’année ,même si l’endettement du Québec a augmenté.

Et les revenus de taxation grimpent plus rapidement qu’attendu. L’occasion économique qui se présente au Québec, avec la chute du dollar, du pétrole et des taux d’intérêt, pourrait générer des revenus encore plus élevés d’ici la fin de l’exercice.

Honnêtement, malgré les inquiétudes maintes fois répétées sur les finances du Québec, sur un budget de 100 milliards de dollars, le Québec est pratiquement à l’équilibre budgétaire. Et je pense que c’est important d’appuyer encore sur le fait que la conjoncture économique favorise le Québec, une occasion que le gouvernement Couillard pourrait saisir en misant sur des mesures d’accélération économique : investissements, exportations, création d’emplois.

Politique d’austérité à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, la marge de manœuvre du gouvernement fédéral rétrécit. Comme on l’a clairement constaté en 2008, le gouvernement Harper s’automutile en réduisant sa capacité de réaction à coup de baisse de taxes et d’impôts. Aujourd’hui, après avoir promis longtemps que l’équilibre budgétaire arriverait en 2015, le gouvernement doit trouver des solutions pour respecter son engagement.

Avec la réduction des impôts offerte à 4 millions de ménages en novembre dernier, le gouvernement fédéral sera obligé de piger dans sa réserve de 3 milliards de dollars pour combler une partie du manque à gagner pétrolier et arriver au déficit zéro en 2015-2016.

nuagesL’économie a ralenti en novembre, baisse de 0,2 % du PIB. Et le déficit pour les huit premiers mois de l’exercice 2014-2015 est à 3,3 milliards de dollars. Cela dit, les revenus augmentent toujours, les coûts d’intérêt sont en baisse, alors que les dépenses du gouvernement baissent. La politique d’austérité mise en œuvre il y a trois ans n’est pas terminée : les dépenses de programmes sont en baisse de 2 % depuis le début de l’exercice.

Les rôles sont inversés : les nuages s’amoncellent à Ottawa, tandis que le soleil commence à briller au Québec. Et il n’y a pas un météorologue qui l’avait prévu!

Incohérence à Ottawa

Mercredi 28 janvier 2015 à 13 h 17 | | Pour me joindre

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Desjardins et la Laurentienne ont rejoint les autres institutions financières en abaissant leur taux préférentiel à 2,85 %, une réduction de 15 points de base. Les banques ont décidé de ne pas réduire de 25 points de base leur taux préférentiel, comme la Banque du Canada l’a fait avec son taux directeur, évaluant probablement que la demande hypothécaire demeure forte et que le risque de mauvaises créances est trop élevé.

Est-ce de la prudence? Est-ce une stratégie en prévision d’une nouvelle guerre des taux hypothécaires? On verra. Mais, en attendant, il faut absolument noter l’incohérence du message livré par les autorités monétaires et politiques à Ottawa depuis plusieurs années.

taux

source : ratehub.ca

En 2013, l’ancien ministre fédéral des Finances Jim Flaherty s’était permis d’appeler le patron de la Banque de Montréal pour critiquer sa décision d’abaisser ses taux hypothécaires. Le ministre venait d’annoncer une quatrième série de mesures visant à réduire l’accès au financement hypothécaire, car il craignait l’éclatement d’une bulle immobilière.

Pas plus tard qu’au début décembre 2014, il y a moins de deux mois, la Banque du Canada annonçait que le marché immobilier canadien était surévalué de 10 à 30 % selon différentes estimations. « La lourde dette des consommateurs et les déséquilibres sur le marché du logement demeurent préoccupants », écrivait alors la banque centrale.

Malgré les très nombreux avertissements sur l’endettement des ménages, venus de la banque centrale elle-même, du gouvernement fédéral et d’organismes internationaux comme le FMI, la Banque du Canada a décidé d’abaisser son taux directeur la semaine dernière, décision saluée par le premier ministre Harper, et qui nous mène maintenant à une baisse des taux hypothécaires.

Faible ralentissement

Bien sûr, les récentes données économiques nous confirment le ralentissement de l’économie canadienne. Les experts affirment que nous entrons dans une zone de transition, une sorte de rééquilibrage de l’économie canadienne. Alors que le gouvernement conservateur a carburé pendant plusieurs années aux puits de pétrole, il doit réajuster ses prévisions et ses attentes. Et politiquement, il doit changer de discours et se défendre d’avoir tout misé sur les pétrolières.

Revenons tout de suite à l’économie : le Canada n’est pas en récession. Et le gouvernement fédéral prévoit toujours l’équilibre dans son budget 2015-2016 qui sera présenté en avril. Le directeur parlementaire du budget a confirmé mardi que l’impact de la chute des prix du pétrole est sévère : perte nette de 5,3 milliards de dollars en revenus pour le gouvernement fédéral. Mais en utilisant la réserve pour éventualités (3 milliards) et en s’appuyant sur un prix moyen du pétrole à environ 50 $, le ministre des Finances Joe Oliver peut arriver au déficit zéro sans annoncer de nouvelles compressions dans ses dépenses.

Il faut bien comprendre que les économistes du ministère des Finances n’ont qu’à se montrer que très légèrement plus optimistes que le directeur parlementaire du budget sur le prix du pétrole, et le tour est joué. À 48 $ en moyenne le baril, le directeur du budget prévoit un déficit de 400 millions. Mais, à 51 $, on parle d’un surplus de 700 millions.

Bref, tout ça pour dire que même si le Canada est touché par la chute des cours du pétrole, le sentiment de panique qui semble régner à Ottawa depuis les fêtes paraît exagéré. Statistique Canada a révisé le nombre d’emplois créés en 2014 : 121 000 au lieu des 186 000 annoncés il y a quelques semaines. C’est la plus faible hausse depuis la récession de 2009. C’est une croissance, tout de même! Il faut relativiser!

Le ralentissement de l’économie canadienne est-il à ce point inquiétant pour justifier une baisse des taux et ainsi envoyer un message en totale contradiction avec les avertissements lancés depuis cinq ans à Ottawa?