Billets classés sous la catégorie « Entreprises et entrepreneuriat »

Santé : donnez le pouvoir aux régions!

Mercredi 17 septembre 2014 à 16 h 31 | | Pour me joindre

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Au moment où le ton monte entre les médecins et le ministre de la Santé Gaétan Barrette, un groupe d’experts suggère d’alléger la structure du système de santé pour le rendre plus efficace, plus accessible et moins coûteux. Ce n’est pas le premier rapport, ce n’est pas le dernier non plus. Mais il a le mérite, celui-là, de miser sur une amélioration de la gouvernance.

L’actuel système est composé de beaucoup de chefs. Et dans une telle structure, tout le monde tente de « tirer la couverte de son bord ».  Comme le grand chef est à Québec, ce que suggèrent des experts du secteur de la santé, accompagnés des dirigeants de l’Institut de la gouvernance Yvan Allaire et Michel Nadeau, c’est de recadrer le rôle du ministère et de décentraliser complètement la structure.

En fait, ce rapport nous invite à inverser la pyramide. Les besoins, ce sont les gens à la base qui les connaissent. Et c’est de là que doivent venir les demandes et les commandes pour que les bonnes priorités soient ciblées.

Ce que disent ces experts d’abord, c’est que le ministère de la Santé devrait cesser de gérer le système au quotidien et de s’en tenir à exercer une gouvernance stricte, rigoureuse en partenariat avec les « régions de service ». Québec établit les principes et distribue l’argent nécessaire en fonction des besoins des patients. Un « financement axé sur les patients ».

Les « régions de service » remplaceraient en quelque sorte les agences de la santé, qui sont des prolongements du ministère de la Santé. On pourrait mettre en place 10 « régions de services » qui auraient pour tâche de gérer les budgets octroyés par Québec, diriger les établissements sur leur territoire respectif, gérer les ressources matérielles, financières et humaines. Il n’y aurait plus de conseils d’administration dans les différents établissements. Il n’y en aurait qu’un seul : celui de la « région de services ».

Cliquez sur l’organigramme pour bien voir la proposition du groupe d’experts :

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Bien que le système s’est contracté dans les dernières années, le groupe d’experts rappelle qu’il y a 18 agences régionales (15 agences, 3 organisations dans le Nord), 94 centres de santé et de services sociaux (CSSS) et 277 établissements, qui administrent 1689 installations. Le rapport évalue à 3500 le nombre d’administrateurs.

En voyant la structure actuelle et en prenant connaissance de la structure proposée par le groupe d’experts, je suis certain que plusieurs diront que c’est encore de la « structurite aiguë » et qu’on va encore créer de gros monstres dont vont bénéficier quelques privilégiés.

La réalité est plus nuancée. Nous avons un système de santé, dont le coût représente près de 45 % des dépenses de programmes. S’il y a un endroit où il faut repenser la structure pour générer des économies et assurer la pérennité du système, tout en maintenant des services de qualité et une couverture universelle, c’est la santé. À ce titre, il me semble que la proposition du groupe d’experts mérite qu’on s’y attarde.

L’étude est ici. Je vous invite à la lire. Est-ce une bonne proposition? Si oui, comment la mettre ne place?

Une place en garderie à… 0 $

Lundi 15 septembre 2014 à 16 h 47 | | Pour me joindre

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Je tiens à vous remercier d’échanger avec autant d’engagement sur ce blogue. Vous le faites depuis 2006 et je vous en remercie!

Je tiens aussi à réitérer que le billet de vendredi sur le financement du système de garde au Québec n’est pas une prise de position. Ce billet, comme tous les autres, a pour but de clarifier certains enjeux. On peut très bien changer le mode de financement des garderies au Québec. Je n’ai pas à me prononcer sur le sujet. Mais, quand j’entends une fausseté, je crois qu’il est essentiel de rétablir les faits. Dire que les mieux nantis paient la même chose que les moins bien nantis pour les garderies, c’est faux. Et c’est ce que j’ai voulu démontrer dans le billet de vendredi. Le financement actuel est collectif, que vous ayez des enfants en garderie ou non, et plus vous gagnez de l’argent, plus vous payez de l’impôt, plus vous financez le système de garderie subventionnée.

Cela dit, le dernier billet ne faisait pas le tour de la question. Il n’abordait qu’un enjeu : le financement de la subvention gouvernementale, c’est-à-dire environ 85,5 % du coût quotidien en garderie.

Maintenant, qu’est-ce que vous payez vraiment lorsque vous êtes parents et que vous avez un ou des enfants à la garderie?

Vous avez deux choix : envoyer votre enfant dans une garderie subventionnée à 7 $ par jour. Ou envoyer votre enfant dans une garderie non subventionnée, ce qui vous donne droit au crédit d’impôt remboursable pour frais de garde d’enfants.

En plus de la place subventionnée ou du crédit d’impôt au Québec, vous pouvez avoir droit à différentes aides du gouvernement fédéral :

  • prestation fiscale canadienne pour enfants;
  • prestation universelle pour la garde d’enfants;
  • déduction pour frais de garde d’enfants;
  • prestation fiscale pour le revenu de travail;
  • crédit de TPS.

Ces soutiens gouvernementaux peuvent réduire sensiblement votre facture de garderie.

  • Ainsi, un ménage qui touche un revenu annuel de 100 000 $ paiera en réalité 2,73 $ par jour s’il envoie son enfant dans le réseau subventionné à 7 $ par jour. Il paiera 2,81 $ s’il l’envoie dans une garderie privée à 25 $ par jour.
  • Un autre ménage, qui a un revenu annuel de 48 000 $, paiera 2,34 $ par jour pour un enfant dans une garderie subventionnée, alors qu’il recevra 23 ¢ par jour pour un enfant dans une garderie privée.

Cliquez ici et voyez clairement comment les réductions s’appliquent : http://bit.ly/1hGgrZ4

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Garderies : la modulation existe déjà

Vendredi 12 septembre 2014 à 16 h 33 | | Pour me joindre

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Déboulonnons un mythe sur les garderies à tarif réduit : la modulation existe déjà.

Mais, attention. Ce billet de blogue ne doit pas être interprété comme une prise de position en faveur ou en défaveur d’une restructuration du financement des services de garde au Québec. C’est un texte qui a pour but d’établir un fait et de s’éloigner des demi-vérités. C’est en partant d’un fait qu’on peut mieux réfléchir.

Alors, j’entends souvent des gens dire : n’est-ce pas épouvantable de permettre à des gens bien fortunés de payer 7 gros dollars par jour pour faire garder leur enfant dans un CPE, le même montant qu’une famille à faibles revenus? C’est inacceptable, ils doivent payer plus!

Le fait est que le financement des garderies subventionnées est déjà modulé en fonction du revenu. Ça s’appelle l’impôt. Plus vous gagnez de l’argent, plus vous payez de l’impôt, plus vous financez le système de garderie!

En 2011, les Québécois ont payé 38,905 milliards de dollars en impôts. Cette somme représentait 46,84 % des dépenses consolidées du gouvernement du Québec. Le reste provient des impôts des entreprises, des transferts fédéraux, et la différence représente le déficit.

Le programme des garderies coûtait en 2011 au Québec 2,24 milliards en subvention gouvernementale. C’est 2,24 milliards en dépenses gouvernementales. Si on applique le taux de 46,84 %, on pourrait présumer que les impôts des contribuables québécois ont payé en 2011 un total de 1,05 milliard en subvention gouvernementale pour les garderies subventionnées.

Cette somme, 1,05 milliard de dollars, représente 2,7 % des impôts des Québécois. Donc, on peut présumer que sur chaque dollar d’impôt qu’on paie à l’État québécois, il y en a 2,7 % qui vont à la subvention gouvernementale pour les garderies subventionnées.

Ainsi…

  • Une personne qui gagnait 20 000 $ en 2011 payait 1072 $ en impôt au Québec. De cette somme donc, 29 $ allaient aux garderies. Si on divise par 260 jours de garde, c’est 11 ¢ par jour!
  • Une personne qui gagnait 50 000 $ par année payait 6310 $ en impôt au Québec. On fait le même calcul : 170 $. C’est 66 ¢ par jour.
  • Une personne qui fait 100 000 $ payait 17 185 $ au fisc québécois. De cette somme,  464 $ allaient à la subvention gouvernementale pour les garderies. C’est 1,78 $ par jour.
  • Et une personne qui gagnait 150 000 $, qui payait 29 185 $ en impôts au Québec, injectait 788 $ dans le système des garderies à tarif réduit, c’est-à-dire 3,03 $ par jour.

Ainsi, une personne à faible revenu paie quelques cents par jour, quelques dollars par année pour subventionner les garderies, alors qu’une personne qui est mieux nanti va payer quelques dollars par jour, quelques centaines de dollars par année.

La devise, l’Écosse et le Québec

Mardi 9 septembre 2014 à 16 h 46 | | Pour me joindre

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Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, répète qu’il ne veut pas d’union monétaire avec une Écosse indépendante. Ça ne marcherait pas, selon lui. Une union monétaire est incompatible avec la souveraineté de l’Écosse. Un tel projet nécessite un accord  de libre-échange, une union bancaire et un filet fiscal solide, de l’avis de l’ancien gouverneur de la Banque du Canada.

Il va plus loin. Regardez ce qui se passe dans la zone euro, dit-il, pour constater combien le projet d’une union monétaire est difficile. Mark Carney, on a compris, n’est pas en faveur de l’indépendance de l’Écosse et ne croit pas qu’un nouveau pays nommé Écosse pourrait utiliser facilement la livre sterling. On imagine qu’une Écosse indépendante aurait le droit de négocier avec la livre sterling, mais à quel prix si elle n’a pas de pouvoirs monétaires?

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Mark Carney exprime sa position dans un contexte de plus en plus tendu, alors que l’option du oui gagne du terrain dans les sondages en Écosse. Une enquête réalisée il y a quelques jours donne l’option favorable à l’indépendance en avance par 2 points. C’est très serré.

Loin d’Édimbourg et de Londres, et loin d’un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec, l’économiste Serge Coulombe, professeur à l’Université d’Ottawa, publie un texte favorable à la création d’un dollar québécois dans un éventuel Québec souverain. Et lui aussi, dans un contexte bien différent, est d’avis que l’expérience de la zone euro doit nourrir la réflexion de ceux et celles qui croient à l’indépendance du Québec.

1552221-gf« L’expérience européenne récente, écrit Serge Coulombe dans Le Québec économique 2013-2014, tend à montrer que les pays qui ont laissé à une tierce partie le pouvoir de créer leur monnaie ont beaucoup perdu sur le plan de la stabilisation économique. »

Depuis la publication d’une étude sur l’utilisation du dollar canadien dans un Québec souverain, en 1978, par l’économiste Benard Fortin, il s’est passé deux choses, dit Serge Coulombe : la zone euro et l’essor pétrolier de l’ouest du Canada. Le dollar canadien est aujourd’hui très lié à l’évolution des cours du pétrole. Et la hausse du prix du pétrole a entraîné une majoration du dollar canadien qui a nui considérablement aux exportations du Québec.

Pour lui, maintenir le dollar canadien après un vote pour l’indépendance du Québec serait néfaste. « En quittant la fédération canadienne et en gardant le dollar canadien, le Québec n’aurait plus accès aux bienfaits découlant de la distribution du boum des ressources par le mécanisme du fédéralisme fiscal, mais conserverait une pétro-monnaie. »

En faisant abstraction de toutes positions politiques, cette réflexion de Serge Coulombe est intéressante. Elle rejoint celle de Mark Carney finalement, bien qu’elle n’est probablement pas animée des mêmes intentions. Il est intéressant de constater que ni l’Écosse ni le Québec de Pauline Marois, le printemps dernier, n’envisageaient la création d’une nouvelle monnaie. Ont-ils bien étudié la question?

Les entreprises n’embauchent plus!

Vendredi 5 septembre 2014 à 12 h 42 | | Pour me joindre

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Les dernières statistiques sur l’emploi au Canada ne sont pas très réjouissantes. Malgré une accélération de la croissance économique au deuxième trimestre au pays, le marché de l’emploi croît lentement, près de la stagnation, particulièrement au Québec. Trois constats :

  1. Les entreprises n’embauchent pas. Il s’est perdu 112 000 emplois dans le secteur privé au Canada en août. En faisant le compte des bons et mauvais mois depuis le début de l’année, on constate une perte nette de 57 000 emplois dans les entreprises privées au Canada en 2014. Au Québec, la tendance est la même : perte de 35 500 emplois dans le secteur privé en août, de 50 000 depuis le début de l’année. C’est franchement inquiétant.
  2. Rien de mieux que de créer son emploi, paraît-il, quand on n’arrive pas à se dénicher du boulot! Eh bien, c’est le cas pour une bonne partie des citoyens : 15 % des travailleurs au Canada sont des travailleurs autonomes. Et ça se poursuit : Statistique Canada rapporte l’ajout de 87 000 travailleurs autonomes au Canada en août, dont 12 000 au Québec.
  3. Et, disons les choses simplement, il ne se crée presque pas d’emplois au Québec. Toutes les mesures arrivent au même constat :
    • faible gain de 4100 emplois en août;
    • encore plus faible gain de 9500 emplois depuis trois mois (moyenne de 3166 par mois);
    • perte de 21 000 emplois en 2014;
    • gain de 20 200 emplois depuis un an, soit 1683 emplois en moyenne par mois;
    • perte de 31 300 emplois à temps plein sur 12 mois, gain de 51 300 emplois à temps partiel.

630 milliards qui dorment

Mercredi 3 septembre 2014 à 14 h 49 | | Pour me joindre

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Quand on s’est demandé si Burger King avait choisi d’installer son nouveau siège social au Canada, dans le cadre de l’acquisition de Tim Hortons, pour des raisons fiscales, on a relevé le fait que le taux d’imposition des entreprises est passée au Canada de 28 % en 2000 à 15 % aujourd’hui.

Cela dit, que l’impulsion pour Burger King soit fiscale ou non, il faut rappeler que les entreprises au pays n’en profitent pas nécessairement pour investir davantage dans l’économie. Selon les dernières données publiées par Statistique Canada, les liquidités des sociétés s’élevaient à 630 milliards de dollars à la fin de mars 2014. De l’argent qui dort, affirmait l’ex-gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney.

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L’institution s’en inquiète encore aujourd’hui. Dans le communiqué portant sur sa politique monétaire ce matin, la Banque du Canada écrit que « bien qu’un nombre croissant de secteurs d’exportation semblent avoir amorcé le virage de la reprise, il faudra que ce redressement se poursuive avant de se traduire par des investissements des entreprises et des taux d’embauche plus élevés ».

Les dernières statistiques sur la croissance du PIB au Canada laissent voir une faible croissance des investissements des entreprises. L’économiste Jimmy Jean, de Desjardins, a dit que ce niveau d’investissement était même « décevant ». La croissance des investissements en machinerie et équipements a été de 0,9 %, plus faible qu’attendu, après deux trimestres en baisse.

L’Institut Fraser a aussi exprimé son inquiétude quant aux investissements des entreprises en juillet. Il a affirmé que le Canada prenait du retard à ce chapitre, et que ça pouvait ralentir l’économie du pays. Malgré la baisse importante de l’imposition des entreprises depuis 15 ans, Fraser est d’avis qu’il faut développer de nouveaux avantages fiscaux pour stimuler les investissements et l’économie.

Comment stimuler les investissements des entreprises? Cet enjeu est capital quand on sait que de 15 à 20 milliards de plus dans l’économie, c’est 1 point de pourcentage de plus au PIB.

Doit-on encore baisser leurs impôts?

Qu’en pensez-vous?

L’inquiétant ralentissement

Vendredi 29 août 2014 à 11 h 54 | | Pour me joindre

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Les récentes données sur l’emploi et le PIB soulèvent des inquiétudes sur la solidité de l’économie québécoise. Le gouvernement Couillard doit déjà revoir ses chiffres. On évoque la possibilité de présenter un minibudget à l’automne pour mettre à jour les prévisions et mettre en oeuvre les mesures de révision demandées aux comités sur la fiscalité et les programmes.

Alors qu’on apprend que le gouvernement procède à des compressions au ministère de la Faune, l’austérité est-elle appropriée dans un contexte de faible croissance du PIB et de l’emploi?

Voici deux graphiques, qui parlent :

 

Régimes de retraite : mise au point

Mercredi 27 août 2014 à 12 h 52 | | Pour me joindre

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Si vous suivez RDI économie et si vous lisez ce blogue régulièrement, vous savez que notre souci est de vous livrer une information factuelle, expliquée et rigoureuse. Depuis deux semaines, on vous a présenté plusieurs points de vue sur l’enjeu des régimes de retraite et nous avons abordé le sujet sous plusieurs angles.

Je vous ai dit, ici, que le projet de loi numéro 3 n’avait pas que pour seul objectif d’assurer la « pérennité » des régimes municipaux, mais aussi de soulager les finances des municipalités. On vous a présenté des chiffres qui parlent : la capitalisation de la plupart des régimes s’améliore, près de la moitié sont à plus de 85 %. Cela dit, le poids des pensions à verser ne cesse de grandir par rapport aux revenus des municipalités.

Tout n’est pas noir et tout n’est pas blanc dans ce dossier.

Puis, mardi, à la demande de plusieurs téléspectateurs et internautes, nous avons présenté une comparaison entre la retraite d’un pompier, d’un fonctionnaire et d’un travailleur autonome. Certains nous ont accusés de biaiser l’information, de colporter des préjugés. L’agence de relations publiques qui assure les communications de l’Association des pompiers de Montréal a communiqué avec nous durant l’émission pour nous dire qu’on se basait sur des généralités qui alimentent les préjugés, et qu’on a finalement coupé court à l’analyse.

Ces accusations m’obligent à expliquer notre démarche :

  • Nous avons voulu comparer des pommes avec des pommes. Nous partons du fait qu’un pompier peut prendre une retraite anticipée après 25 ans de service. Et nous avons voulu faire une comparaison avec la situation d’un fonctionnaire de l’État québécois et d’un travailleur autonome ou un travailleur sans régime, qui travaille le même nombre d’années, au même salaire.
  • Nous sommes partis d’une hypothèse, ce qui n’est pas une norme ni une généralité. Nous avons pris le même exemple que Stéphanie Grammond de La Presse en juin dernier : un pompier qui entre au service des incendies de Montréal à 21 ans peut prendre sa retraite à 46 ans et toucher une pleine pension.
  • Au départ, la rémunération est de 35 000 $ par année. Au bout de 25 ans, nous sommes à 70 000 $.
  • Une spécialiste du placement — Hélène Gagné, assistée de l’actuaire Carolyn Martel — a calculé un rendement réaliste et est venue expliquer qu’un pompier qui prend sa retraite à 46 ans aura 850 000 $ devant lui pour sa retraite, financée à 75 % par la municipalité et à 25 % par l’employé. Un fonctionnaire aura 350 000 $, un travailleur sans régime qui investit 18 % de son salaire dans un REER chaque année pendant 25 ans aura 383 000 $.
  • On aurait pu prendre une entrée au travail à 25 ans et une retraite à 50 ans. Le résultat proportionnel aurait été sensiblement le même. Mais l’enjeu n’est pas là. L’objectif était de reproduire les mêmes termes pour un fonctionnaire et un travailleur autonome et de faire des comparaisons qui tiennent la route.

Certains verront dans les résultats une disproportion qui avantage trop les pompiers. D’autres verront plutôt une inégalité qu’il faut corriger en améliorant le sort de ceux et celles qui n’ont pas de régime de retraite. Peu importe votre opinion, l’objectif de notre équipe est clair et sans intérêt particulier. Voilà des faits qui sont rigoureux. À vous de juger de l’enjeu.

Tout porte à croire que la chaîne américaine Burger King veut acheter la Canadienne Tim Hortons et installer son siège social en Ontario pour des raisons fiscales. Le taux moyen d’imposition des entreprises est de 40 % aux États-Unis. Il est aujourd’hui de 26,5 % en moyenne au Canada (15 % + l’impôt moyen des provinces). Et, comme plusieurs autres entreprises américaines depuis deux ans, Burger King semble vouloir utiliser la stratégie de l’inversion fiscale pour améliorer son sort.

L’inversion fiscale consiste pour une entreprise à acheter une société étrangère, à installer son siège social dans le pays de l’entreprise achetée pour lui permettre de profiter de taux d’impôt plus bas. Plusieurs analystes sont d’avis que c’est l’intention première de Burger King en négociant une transaction avec Tim Hortons.

Les entreprises cherchent continuellement des façons d’augmenter leurs revenus, leurs profits, leurs marges. Dans le cas d’une entreprise en bourse, la pression est forte. Il faut continuellement chercher des façons de valoriser l’avoir des actionnaires. Burger King n’agit pas différemment des autres sociétés dans cette affaire. Et quels sont les moyens dont l’entreprise dispose pour améliorer sa situation?

Depuis le début de 2012, au moins 21 entreprises américaines ont annoncé ou conclu des transactions dans le but de déménager leur siège social et de réduire leur facture fiscale. C’est considérable, et l’affaire est devenue un enjeu d’État. Le président des États-Unis, Barack Obama, demande au Congrès d’agir et de légiférer pour réduire l’attrait de l’inversion fiscale pour les entreprises.

Cette histoire nous rappelle la saga des fiducies de revenus il y a quelques années au Canada. En transformant une société à actions en une fiducie de revenus, les sociétés pouvaient ainsi réduire l’impôt à payer. Le gouvernement a dû corriger la situation pour mettre fin à ces opérations d’évitement fiscal qui étaient, il faut le dire, entièrement légales. Mais la brèche fiscale était béante et il fallait agir.

Nous sommes dans un cas de figure semblable, mais cette fois aux États-Unis. Une entreprise, qui voit à son strict intérêt financier, va jusqu’à s’installer dans un autre pays. Le gouvernement américain doit-il intervenir? Et le Canada peut-il laisser un géant américain acheter un « fleuron » canadien simplement parce qu’il choisit d’installer son siège social en sol canadien?

 

Régimes : loin du dialogue de sourds

Vendredi 22 août 2014 à 11 h 32 | | Pour me joindre

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Je vais vous dire franchement que la commission parlementaire à Québec ne nous a pas appris grand-chose cette semaine. Ce débat est nécessaire, mais j’ai l’impression qu’on a assisté davantage à un dialogue de sourds qu’à la construction commune d’un projet de loi sur les régimes municipaux qui pourrait obtenir une adhésion plus large sans nécessairement être totalement consensuelle.

En marge de la commission, on a tenté à RDI économie de déchiffrer les éléments fondamentaux qui touchent la question des régimes municipaux. On n’est pas meilleurs que les autres, on essaie simplement de comprendre les enjeux, les points de vue et d’explorer quelques solutions. On l’a fait notamment avec l’ex-ministre Claude Castonguay, le professeur Vincent Morin et l’économiste Michel Lizée.

3 choses à retenir de ces discussions :

Selon Claude Castonguay, l’idée même d’imposer une négociation balisée sur les régimes municipaux est vouée à l’échec. À son avis, il aurait fallu favoriser une médiation pour en arriver à des consensus, qui auraient permis de construire un projet de loi et d’avancer, tous ensemble, dans la bonne direction. La décision du gouvernement favorise l’affrontement selon lui. Les syndicats se rebiffent, le climat social se détériore. C’est inquiétant, nous a expliqué Claude Castonguay lundi dernier.

Qu’en pensez-vous?

Le professeur Vincent Morin, de l’UQAC, nous a fait parvenir des chiffres qui mettent en perspectives l’état de santé des régimes de retraite et leur poids dans les finances des municipalités. Nous constatons deux choses.

  • Les dernières années ont permis à plusieurs régimes de remonter un peu la pente en matière de capitalisation, mais il y a encore du chemin à faire. Nous sommes passés d’un taux de capitalisation général pour les municipalités de 102 % en 2007 à 82 % en 2011. Nous étions à 84 % en 2012 et, pour les huit plus grandes villes du Québec (nous n’avons pas toutes les données) en 2013, à 85 %.
  • Cela dit, si la santé des régimes s’améliore, leur importance dans les finances publiques augmente. Ainsi, les charges des fonds de pension représentaient 3,4 % des revenus des municipalités en 2007. Elles étaient aux alentours de 8 % en 2011 et 2012. À 10 % en 2013 pour les grandes municipalités. On peut se demander alors si la finalité du projet de loi 3 est, d’abord, de soulager les finances des municipalités et, ensuite, d’assurer la pérennité des régimes.

Qu’en pensez-vous?

Puis, l’économiste Michel Lizée est venu nous expliquer l’évolution des choses depuis 50 ans. Il faut se rappeler, a-t-il dit, qu’en 1963, 1964 et 1965, au moment où on créait le Régime des rentes du Québec, les entreprises ont demandé à l’État de les laisser mettre en place leurs propres régimes d’employeurs. C’était là une façon d’attirer les travailleurs. Cette promesse a été remplie pendant deux décennies. Avec l’effondrement d’une partie du secteur manufacturier, fortement syndiqué, une bonne quantité de régimes ont disparu. Aujourd’hui, nous a expliqué Michel Lizée, les entreprises ne veulent plus prendre en charge les retraites de leurs travailleurs. La balle est renvoyée à l’État. L’explication est plus longue (voir et entendre la vidéo).

Qu’en pensez-vous?

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