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La victoire de la gauche en Grèce ramène à l’avant-plan deux enjeux qui font toujours débat et sur lesquels il n’y a pas de consensus : l’austérité et l’euro.

Dans le cas de l’austérité, les Grecs ont accepté six années de restrictions, de compressions et de chômage, de récession et de réduction du pouvoir d’achat parce que leur gouvernement a accepté (ou n’a pas eu le choix d’accepter) des mesures d’austérité : privatisations, réduction des salaires et des retraites, mises à pied de travailleurs dans la fonction publique, réductions de service, etc. Après toutes ces années de douleur, qui n’ont pas empêché un accroissement important de la dette, les citoyens grecs tentent une nouvelle avenue.

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Le parti Syriza propose de renégocier la dette et des mesures pour améliorer le sort des contribuables grecs. Il n’est pas impossible que la légitimité de la dette soit remise en cause. La gauche considère qu’une partie de la dette est illégitime parce qu’elle est attribuable aux dictatures passées, à la fraude fiscale et à des dépenses publiques inconsidérées faites avant les Jeux olympiques d’Athènes en 2004.

Dans les circonstances, une partie de la dette grecque devrait être effacée. Il est clair que l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale d’Europe (BCE) vont s’opposer férocement à toute tentative d’effacement de la dette ou à un défaut de paiement qui entraînerait, dans les faits, une faillite du pays.

Sortie de la zone euro?

Selon les analystes géopolitiques de la Financière Banque Nationale, Pierre Fournier et Angelo Katsoras, « il est difficile de voir comment on va trouver un terrain d’entente » entre la Grèce et les membres de la BCE, de l’UE et du FMI. À leur avis, l’Union européenne pourrait, au mieux, accepter de prolonger la durée des emprunts consentis à la Grèce et abaisser leurs taux d’intérêt.

Il sera difficile pour la Grèce de retrouver la prospérité à l’intérieur de la zone euro, selon les experts, sans rayer une partie importante de sa dette. Et la crainte encore, c’est la contagion du contexte grec aux autres pays en difficulté, qui pourraient aussi demander une radiation de dette. Le marasme économique qui perdure en plusieurs endroits pourrait entraîner l’élection d’autres partis situés plus aux extrêmes, anti-euro ou anti-austérité.

Le nouveau premier ministre Alexis Tsipras a réclamé dans les mois passés une conférence européenne sur la dette afin de renégocier les termes de la dette du pays et peut-être envisager une radiation d’une partie de cet endettement. Les dirigeants européens ont exprimé une ouverture polie, mais sans grande conviction.

Selon l’économiste Joseph Stiglitz, qui a reçu dans le passé le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en hommage à Alfred Nobel, rien n’a autant divisé l’Europe que la création d’une nouvelle zone monétaire. S’ils croient à l’euro, les pays de la zone doivent repenser leurs politiques et donner de l’air à la Grèce.

« La Grèce a fait quelques erreurs, a dit Joseph Stiglitz sur les ondes de CNBC. Mais l’Europe en a aussi fait de bien plus importantes. La médecine [imposée à la Grèce notamment] était un poison. Elle a mené à un accroissement de la dette et à un ralentissement de l’économie. »

Joseph Stiglitz affirme que le problème de la zone euro, ce n’est pas la Grèce, mais l’Allemagne. Berlin doit réaliser, selon lui, que l’éclatement de la zone euro lui coûterait cher. Si l’Allemagne réintroduisait le mark, la valeur de sa devise grimperait au détriment de ses exportations, part très importante de l’économie allemande.

La Grèce émerge

Le pays est en train d’émerger de la récession, tandis que le gouvernement a augmenté sensiblement ses dépenses en 2014. Le PIB est revenu au vert dans les derniers trimestres. C’est sur cet élan qu’Antonis Samaras a tenté de gagner l’élection de dimanche. C’est sur cet élan aussi que le nouveau premier ministre Alexis Tsipras veut renégocier les termes de la dette de son pays.

Une fois de plus, la Grèce, l’UE, la BCE, le FMI et l’Allemagne doivent se regarder dans le miroir et trouver des solutions réalistes pour améliorer le sort des citoyens européens. Y arriveront-ils?

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La confiance des Québécois

Vendredi 23 janvier 2015 à 13 h 07 | | Pour me joindre

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Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux a beau rejeter le mot « austérité » pour décrire l’action de son gouvernement, il n’en demeure pas moins que les investissements dans les infrastructures vont chuter de 3 milliards de dollars d’ici deux ans. Et en tenant compte de l’inflation, les dépenses de programmes du gouvernement vont baisser au cours des deux prochaines années en termes réels.

Éloignons-nous du débat sémantique et soyons concrets : les répercussions de ces choix politiques seront multiples tant sur le rôle de l’État, les services publics, les employés de la fonction publique, les finances du gouvernement et l’économie. Il est difficile de prendre toute la mesure de l’impact des compressions gouvernementales. Mais sur le plan de l’économie, les experts sont de plus en plus nombreux à s’attendre à un effet négatif.

Plusieurs économistes, dont ceux de Desjardins, affirment que l’action du gouvernement en ce moment ralentit l’économie du Québec. Le directeur des politiques publiques de l’Association des économistes du Québec, Jean-Michel-Cousineau, professeur à l’Université de Montréal, nous a expliqué récemment à RDI économie qu’en 2015, les compressions gouvernementales allaient avoir un impact négatif de 0,3 point de pourcentage sur l’économie.

Ce n’est pas négligeable, mais ça ne devrait pas nous plonger en récession parce que les exportations progressent et la consommation devrait également augmenter. Néanmoins, le Québec connaît une croissance modeste de 1 à 2 % depuis plusieurs années. La réduction gouvernementale sera notable.

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Avant les fêtes, toujours à RDI économie, Pierre Fortin, professeur émérite de l’UQAM, est venu exprimer une inquiétude quant à la possibilité d’une récession au Québec. Ce qui l’inquiète surtout, c’est le ralentissement prononcé des investissements dans les infrastructures au cours des deux prochaines années. Ça pourrait avoir un impact plus sévère sur le PIB québécois.

Entre-temps, le gouvernement du Québec a annoncé que la Caisse de dépôt allait devenir un maître d’œuvre de projets en infrastructures publiques. Peut-être que cet apport de la Caisse aidera à maintenir un niveau plus élevé d’investissements en infrastructures.

En fait, l’enjeu principal dans tout ça, c’est la confiance. Desjardins écrivait cette semaine que « le principal risque à la baisse [sur la croissance économique en 2015] concerne la contribution des ménages. Malgré la chute des prix de l’essence, la confiance des Québécois demeure faible et la création d’emplois tarde à rebondir. Le redressement des finances publiques du Québec exercera une ponction sur l’économie, mais les entreprises pourraient rehausser la croissance économique plus que prévu ».

La confiance, c’est intangible. C’est un état d’être, c’est le sourire qu’on affiche en sortant de la maison le matin en se disant que son salaire est assez élevé, qu’on a les moyens de vivre ce qu’on a envie de vivre et qu’on sent que notre bonne étoile va continuer de nous suivre. Quand ton salaire est en jeu, quand ta retraite est renégociée, quand des coupes de postes sont annoncées autour de toi, la confiance est nécessairement ébranlée.

Ma collègue Stéphanie Grammond, de La Presse, a calculé jeudi que la baisse du taux directeur par la Banque du Canada (qui pourrait se traduire par des baisses de taux hypothécaire), la baisse des cours de l’essence et la réduction d’impôt fédéral pour les parents pourraient générer jusqu’à 3500 $ d’économies pour certaines familles en 2015.

Avec la croissance américaine qui s’accélère, le contexte est parfait pour redémarrer le moteur de l’économie du Québec et recommencer à créer, enfin, de l’emploi. Mais tout dépend de la confiance des Québécois, des citoyens, des consommateurs et des entrepreneurs.

Baisse de taux? Oui, baisse de taux!

Mercredi 21 janvier 2015 à 11 h 47 | | Pour me joindre

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Je ne sais pas combien je donnerais pour voir l’air étonné et entendre la réaction de Mark Carney à Londres. On peut sérieusement se demander si l’ancien gouverneur de la Banque du Canada, aujourd’hui à la tête de la Banque centrale d’Angleterre, aurait osé prendre tout le monde, mais vraiment tout le monde par surprise, en annonçant une baisse audacieuse du taux directeur, alors que les derniers signaux envoyés par l’institution pointaient vers une hausse éventuelle en 2015 ou 2016.

Parce que les cours du pétrole ont chuté de façon spectaculaire depuis juin – un « choc », dit la Banque du Canada. Stephen Poloz, le successeur de Mark Carney, a décidé de réduire de 0,25 point le taux directeur pour le faire passer de 1 % à 0,75 %.

On s’attendait certes à un changement de ton, à ce que la Banque du Canada lance quelques signaux pour une éventuelle baisse de taux si ça devenait trop sérieux, si l’impact économique s’annonçait trop sévère. On s’attendait à ce que la Banque rappelle que la chute du pétrole allait faire pression à la baisse sur l’inflation et que, dans les circonstances, une éventuelle baisse de taux allait peut-être être nécessaire. Mais de là à réduire son taux directeur maintenant, il y avait un fossé que Stephen Poloz n’a pas hésité à franchir.

Pourquoi attendre, nous dit la Banque du Canada, finalement. Les voyants rouges sont déjà allumés dans le tableau de bord de l’économie canadienne, affirme la Banque du Canada, et il est déjà venu le temps d’agir.

Risques sur l’inflation et la stabilité financière

« Le choc des prix du pétrole, écrit l’institution dans son communiqué, intensifie tant les risques à la baisse liés au profil d’évolution de l’inflation que ceux pesant sur la stabilité financière. La mesure de politique prise par la Banque vise à offrir une assurance contre ces risques, à favoriser l’ajustement sectoriel nécessaire au renforcement des investissements et de la croissance, et à permettre à l’économie canadienne de retourner à son plein potentiel et l’inflation à la cible à l’intérieur de la période de projection. »

En agissant ainsi, la banque centrale décide de brûler, déjà, une première cartouche. Même si l’économie est en croissance, et même si la baisse de l’essence et du dollar canadien devrait stimuler l’économie de l’Ontario et du Québec, la Banque  du Canada intervient avec force pour contrer les effets négatifs de la chute des cours du pétrole sur l’ensemble de l’économie canadienne. On a l’impression que la banque centrale veut prévenir les coups!

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Au secours des finances publiques

En baissant son taux directeur, on peut penser que la Banque du Canada vient au secours du gouvernement fédéral, qui aura du mal à atteindre l’équilibre budgétaire prévu cette année. Le Conference Board du Canada évaluait mardi que c’est un manque à gagner de 4,3 milliards de dollars qui est à prévoir pour Ottawa en 2015 en raison de la baisse du pétrole. L’intervention de la Banque du Canada sera bienvenue au ministère des Finances.

La banque s’octroie un rôle économique de premier plan dans sa décision d’aujourd’hui. La relance américaine, la baisse du dollar canadien « et la réaction de la Banque en matière de politique monétaire » vont atténuer les effets négatifs de la chute du pétrole, selon l’institution.

Un geste préoccupant

Fait préoccupant : la Banque du Canada vient donner du souffle au marché immobilier, alors qu’une pression à la baisse va s’exercer sur les taux hypothécaires. Les banques vont probablement baisser leur taux préférentiel, ce qui entraînera une baisse des taux variables. Mais on se demande si cette baisse est raisonnable quand on connaît le niveau d’endettement des Canadiens et la crainte de voir certains marchés être en surchauffe.

Enfin, la Banque du Canada a brouillé les pistes aujourd’hui en agissant comme elle l’a fait. Comment analyser les signaux envoyés par la banque dans le futur? Comment prévoir et planifier nos finances, nos prêts, nos investissements dans un cadre qui peut changer sans avertissement? Est-ce que la Banque va nous prévenir d’une hausse éventuelle des taux?

On ne peut pas baser une stratégie sur des variations à court terme. Mais on ne peut pas ignorer les effets de la chute des prix du pétrole sur un projet comme celui de TransCanada, qui veut construire l’oléoduc Énergie Est entre l’Alberta et l’Est du Canada. Les cours du pétrole ont chuté de plus de 50 % depuis six mois et on ne sait pas combien de temps va durer cette chute et jusqu’à quand les prix vont demeurer à de faibles niveaux, comme c’est le cas actuellement.

La plupart des analystes sont d’avis que cette situation est temporaire, mais qu’elle pourrait durer tout de même plusieurs mois, peut-être quelques années. Il faudra du temps pour que la production ralentisse véritablement aux États-Unis et que l’offre corresponde mieux à la demande mondiale en pétrole.

petorrrelkeLes pétrolières canadiennes ont besoin d’un prix d’au moins 60 $ le baril pour rentabiliser les projets des sables bitumineux. Ce n’est plus le cas, depuis plusieurs mois déjà. Dans les circonstances, de nombreuses pétrolières réduisent leurs investissements, suppriment des emplois, reportent à plus tard des projets.

Reporter le projet Énergie Est?

On peut se demander si TransCanada n’est pas en train de reconsidérer son investissement dans Énergie Est à la lumière des derniers événements dans le marché. La révision de son projet de terminal pétrolier à Cacouna, officiellement pour protéger les milieux marins, coïncide avec l’effondrement du marché. En même temps, ce projet d’oléoduc est structurant, à long terme, pour l’entreprise. Honnêtement, il serait très étonnant que TransCanada recule. Disons que le contexte actuel n’est pas très porteur pour la pétrolière, qui doit étudier de près toutes ses options.

Fini, l’avantage du prix…

Par ailleurs, vu du Québec et du strict point de vue économique, quel est l’intérêt de favoriser le projet Énergie Est? Est-ce que les arguments qui poussent le gouvernement Couillard à favoriser ce projet tiennent encore? L’argument économique principal pour dire oui à ce projet a toujours été de dire que d’acheter notre pétrole du Canada va coûter moins cher que de l’importer.

Ce n’est plus vrai. L’écart de prix entre Londres et New York, qui existait il y a deux ans, a disparu. Les prix sont maintenant égaux entre les deux marchés, à 48 $US. Le Québec importe son pétrole d’Algérie, de la mer du Nord notamment, dont les prix sont alignés sur le Brent londonien. Le Québec a payé cher ce pétrole dans les dernières années en raison des troubles géopolitiques qui gonflaient le prix international, mais l’écart défavorable s’est estompé.

L’impact du dollar canadien

Si l’Alberta pouvait nous envoyer du pétrole, il coûterait aujourd’hui le même prix que celui qu’on paie en Algérie. La chute du dollar canadien rend tout de même un peu plus cher l’achat du pétrole étranger, mais la chute des cours est telle que la facture d’acquisition est tout de même en baisse. Il faut s’attendre également, avec une remontée progressive des cours du pétrole, à une remontée également du dollar canadien.

Par ailleurs, nous savons que le passage de l’oléoduc sur le territoire du Québec ne permettra pas au gouvernement ni aux municipalités de tirer des redevances particulières.

Je ne dis pas qu’il faut faire ou ne pas faire ce projet. Il y a beaucoup de choses à soupeser sur les plans environnemental, social et économique. Il est important de mettre fin immédiatement à un argument qui n’a jamais vraiment tenu la route pour favoriser ce projet : celui du prix. En ouvrant un débouché dans l’Est pour le pétrole de l’Ouest, le prix canadien va rejoindre le prix international, un prix aujourd’hui équivalent au prix américain.

Bombardier en difficulté?

Jeudi 15 janvier 2015 à 14 h 56 | | Pour me joindre

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Que se passe-t-il à Bombardier? L’entreprise vient d’annoncer des compressions de 1000 emplois au Mexique et aux États-Unis et la suspension de tout un programme d’avions, celui des avions d’affaires Learjet 85. Ce matin, lors de la conférence téléphonique portant sur ces compressions, les analystes financiers ont exprimé beaucoup d’inquiétudes sur le niveau de liquidités de Bombardier.

Les dirigeants de l’entreprise, qui annonçaient une troisième vague de compressions en un an, ont dû répondre à de multiples questions sur les capacités financières de Bombardier.

Les analystes de Cormark Securities expriment d’ailleurs de sérieuses inquiétudes sur l’état de santé de la société. Bombardier  a besoin d’un minimum de liquidités de 2 milliards de dollars pour fonctionner. Elle annonce qu’elle en détient pour 2,4 milliards de dollars avec une révision à la baisse pour la division aérospatiale. Comment Bombardier pourra-t-elle poursuivre le développement de la CSeries dans un corridor aussi serré, se demandent des analystes? Déjà, Bombardier affirme que certains objectifs ne seront pas atteints. On aura les détails au dévoilement des résultats le 12 février.

L’action a dégringolé de plus de 20 %, expression très claire de l’inquiétude qui grandit sur l’avenir de l’entreprise.

source : Bombardier

source : Bombardier

J’ai parlé à l’analyste Philippe Cauchi d’Info Aéro Québec, qui rappelle que le Learjet 85 est dans un segment d’avions en ralentissement, les avions de moins de 15 millions de dollars. On est passé, à Bombardier, de 133 livraisons en 2000 à 17 seulement au cours des trois premiers trimestres du dernier exercice.

Il ajoute que les retards dans le développement de la CSeries et la chute des cours du pétrole nuisent également à Bombardier. Les compagnies aériennes voient moins d’urgence à acheter des avions moins énergivores avec la baisse du prix du pétrole.

« Ce ne sont pas de bonnes nouvelles, me dit Isabelle Dostaler, spécialiste de l’aéronautique à l’Université Concordia. Les prochains mois pour Bombardier seront importants, il faudra suivre l’entreprise de près. Il faut comprendre tout de même que ce ne sont pas tous les petits fournisseurs aéronautiques du Québec qui sont dans la même situation. »

Bombardier perd de l’expertise en remerciant des employés. Cette entreprise est un fleuron de l’économie québécoise. La société a misé gros sur le programme de la CSeries avec le soutien continue des gouvernements. Il est plus que temps que ce programme-là s’envole et rapporte de l’argent à Bombardier.

Entre-temps, les suppressions d’emplois et les enjeux financiers laissent craindre le pire. Et, dans le contexte actuel où les gouvernements du Québec et du Canada veulent à tout prix atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016, il serait étonnant de voir l’État voler au secours de Bombardier.

La Caisse, providentielle!

Mardi 13 janvier 2015 à 18 h 56 | | Pour me joindre

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Pour stimuler l’économie et réduire son endettement, le gouvernement Couillard annonce une entente avec la Caisse de dépôt et placement. Elle permettra au « bas de laine des Québécois » d’investir et d’exploiter des projets d’infrastructures. Le nouveau rôle de la Caisse est un changement majeur dans l’évolution de cette institution : la Caisse deviendra propriétaire d’entreprises et gestionnaire de leurs activités.

Est-ce une bonne chose?

1- Bonne stratégie pour la Caisse?

La Caisse de dépôt a généré des rendements plus qu’intéressants avec son portefeuille d’infrastructures dans les dernières années : 17 % en moyenne par année depuis quatre ans, certaines années jusqu’à 25 %, notamment en 2010 et 2011. Qui suit de près le travail des grands investisseurs sait que les infrastructures suscitent un vif intérêt. La Caisse l’a compris depuis un bon moment en investissant dans différents projets au Royaume-Uni et en Australie, notamment.

Cela dit, la Caisse plonge les Québécois dans une prise de risque plus élevée. En assumant tous les risques associés aux projets d’infrastructures qui lui seront confiés, la Caisse s’expose davantage à des erreurs, des retards, des dépassements de coûts, des rendements décevants. Dans le cas du transport collectif, beaucoup de projets sont réputés non rentables. Est-ce que la plus-value foncière et une tarification raisonnable seront suffisants pour rentabiliser un investissement dans le train de l’ouest ou le SLR du pont Champlain?

On peut se poser des questions également sur la compétence de la Caisse en matière de gestion d’entreprises et particulièrement d’exploitation de projets de transport. La Caisse fait plus qu’investir à partir de maintenant : elle gère! Le PDG Michael Sabia est allé jusqu’à dire que ses trains seront à l’heure, que les projets seront dans les temps et les budgets. C’est une prédiction audacieuse, puisque la plupart de ces projets ont toujours coûté plus cher que prévu et certains ont été livrés plus tard que prévu.

2- Bon coup pour le gouvernement?

Le gouvernement espère stimuler l’économie du Québec en demandant à la Caisse de dépôt de mettre en œuvre des projets d’infrastructures. Ça va peut-être éventuellement aider à la croissance, mais disons que l’avantage réel du gouvernement, c’est qu’il va pouvoir réduire la croissance de son endettement. Les immobilisations représentent environ les deux tiers de l’endettement annuel supplémentaire du gouvernement. En refilant des projets et donc de l’endettement à la Caisse, le gouvernement pourra réduire sa dette et les intérêts à payer.

Le risque pour le gouvernement et pour la société québécoise, c’est de perdre le contrôle sur des projets d’infrastructures, qui sont en fait des services publics. Il est possible aussi que la Caisse soit tentée, un jour, de vendre certains projets parce qu’ils ne figureront plus dans ses objectifs. Le gouvernement a un droit de premier acheteur, mais il n’est pas impossible qu’une ligne de train ou une autoroute soit vendue éventuellement à des entreprises privées.

3- La solution à tous les problèmes?

La Caisse de dépôt ne va pas investir dans tous les projets, loin de là. L’institution doit prioriser son intérêt commercial. La Caisse ne va pas non plus injecter des millions et des milliards dans un projet si d’autres partenaires ne s’impliquent pas, notamment les gouvernements du Québec et du Canada.

Cela dit, la Caisse a les reins solides. Et sa capacité de financement est plus forte que bien des entreprises privées. En ce sens, la Caisse pourrait contribuer à la réalisation de certains projets, et cela pourrait se faire de façon plus rapide.

4- Est-ce que le mandat de la Caisse change?

Non! Mais il évolue. La Caisse a pour mandat de développer l’économie du Québec et d’afficher de bons rendements pour ses déposants. Il faut ajouter un nouvel objectif : celui d’exploiter et de gérer des entreprises. Des amendements législatifs seront d’ailleurs nécessaires pour permettre à la Caisse de posséder des entreprises et de les gérer.

Nous ne sommes pas dans la formule de partenariat public-privé où le gouvernement partage les projets avec des entreprises privées tout en casquant pour les risques. Ici, le gouvernement propose des projets à la Caisse, la Caisse en prend totalement possession, seule ou avec des partenaires. L’État établit les priorités. La Caisse réalise le projet. C’est un nouveau modèle, une forme de privatisation avec un partenaire privilégié : une instance publique, officiellement toujours indépendante du gouvernement.

Bilan 2014 de l’économie

Vendredi 19 décembre 2014 à 16 h 50 | | Pour me joindre

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Cette année se termine sur un événement qui n’était pas prévu, qui est finalement, à mon avis, l’événement économique de l’année. Les prix du pétrole ont chuté de moitié, et bien malin celui qui saura prévoir la fin de cette chute et la remontée des cours.

On produit trop de pétrole sur cette planète pour répondre à une demande qui croît moins rapidement que la production. Et ceux qui occupent les premiers rôles dans le grand ballet pétrolier mondial n’ont pas l’intention de jouer les acteurs de soutien.

L’Arabie saoudite est entrée dans une guerre de prix avec les Américains : les Saoudiens ne vont pas réduire leur exploitation parce que les États-Unis augmentent la production de pétrole de schiste à vitesse grand V!

C’est une mauvaise nouvelle pour le Canada, qui compte sur ses ressources pour s’enrichir. Qui, pensez-vous, va réduire sa production dans la foulée de la chute des prix du pétrole? L’Arabie saoudite a besoin de son pétrole, mais peut vivre avec une chute importante des cours. Les États-Unis sont devenus indépendants du point de vue énergétique et ont l’intention d’augmenter leurs exportations de pétrole. Mais le pétrole de schiste coûte cher à produire. Tout comme les sables bitumineux de l’Alberta, qui ont besoin d’un pétrole à 70 et 80 $ pour atteindre la rentabilité.

En même temps, la chute du pétrole va stimuler l’économie, puisque les prix de l’essence sont en glissade. Cette chute représente une baisse d’impôt de plusieurs centaines de milliards de dollars dans les pays développés, y compris chez nous. Avec la reprise américaine qui semble prendre racine, la baisse du prix de l’essence et du dollar canadien pourrait stimuler les économies de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick.

Sur le plan environnemental, la reprise économique et la chute des prix du pétrole viennent réduire l’impact négatif des prix élevés sur la consommation d’énergie fossile et l’achat de gros véhicules polluants. Le « signal du prix » est souvent considéré par les économistes comme la meilleure façon de changer les comportements.

PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE 2014 

Le top 5 – économie – monde

  1. Chute de 50 % des cours du pétrole
  2. Fin de l’intervention exceptionnelle de la Réserve fédérale
  3. Décélération de l’économie chinoise
  4. Russie : conflit avec l’Ukraine, sanctions économiques, chute du rouble, récession
  5. Quasi-récession en Allemagne : la croissance européenne est anémique

Le top 10 – économie – Québec, Canada

  1. La chute du pétrole affecte les finances publiques de l’Alberta, de Terre-Neuve et du gouvernement du Canada, mais va stimuler les économies centrales
  2. Chute du dollar canadien : impact positif pour les exportateurs et les provinces manufacturières – impact négatif pour les importations
  3. Annonce du projet Énergie Est, projet de 12 milliards de dollars de TransCanada – projet suspendu en décembre pour analyser la nouvelle classification des bélugas du Saint-Laurent, maintenant considérés comme en voie de disparition
  4. Baisse d’impôt pour les 4 millions de familles biparentales au Canada
  5. La réduction de la taille de l’État par le nouveau gouvernement Couillard au Québec : réformes, suppressions de postes, hausse de tarifs, révision des régimes de retraite
  6. Bombardier supprime 1700 emplois, dont 1100 au Québec, année 2015 importante pour l’avenir de l’entreprise
  7. Burger King achète Tim Hortons, transaction de 12 milliards de dollars, siège social en Ontario;
  8. L’Espagnole Repsol offre 8,3 milliards de dollars (15 milliards de dollars en incluant la dette) pour acheter la canadienne Talisman, ce ne sera probablement pas la seule transaction
  9. Démission en février et décès en avril de Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada de 2006 à 2014
  10. Québec injecte 115 millions de dollars dans deux projets totalisant 190 millions de dollars avec Pétrolia et Junex, notamment pour explorer l’île d’Anticosti.

PERSONNALITÉS MARQUANTES DE L’ANNÉE

Martin Coiteux : Peu connu du public, cet économiste, que nous recevions à l’occasion à RDI économie, est devenu l’homme de la restructuration de l’appareil de l’État : coupes dans les dépenses, réduction des effectifs, révision des façons de faire. L’homme de la rigueur pour les uns, l’homme de l’austérité pour les autres.

Geoff Molson :  Le succès de son entreprise (et de son équipe) n’est plus à faire. Le Canadien de Montréal vaut maintenant 1 milliard de dollars. Tous les matchs sont joués à guichets fermés. Le Canadien a aussi signé un contrat de diffusion de ses matchs avec Rogers, contrat de 5,2 milliards de dollars pour 12 ans.

Le pouvoir citoyen : L’opposition de groupes environnementaux, de groupes citoyens et même des milieux d’affaires ont eu raison, de toute évidence, du projet de terminal pétrolier à Cacouna. Sur tous les aspects, le projet de TransCanada est dénoncé. Il n’est pas impossible, en retour, que TransCanada propose un nouveau tracé pour son pipeline et un nouveau site pour son terminal pétrolier. Le même pouvoir citoyen semble avoir eu raison du gaz de schiste. Non seulement un moratoire est en cours, mais le dernier rapport en lice, celui du BAPE, conclut au rejet de cette filière énergétique : il n’y a pas d’acceptabilité sociale, les risques sont élevés et la rentabilité économique mettra plusieurs décennies à se réaliser.

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Jim Flaherty

Jim Flaherty : Quelques semaines avant de mourir, Jim Flaherty a déposé son 10e et dernier budget le 10 février. Il a préparé le retour au déficit zéro qui sera officiellement annoncé dans le budget 2015-2016 de son successeur, Joe Oliver. Il a aussi bousillé la promesse des conservateurs, le lendemain de son budget, qui était celle de permettre le fractionnement de revenus pour les familles. Plusieurs ajustements et d’autres mesures ont été nécessaires pour rendre ce fractionnement acceptable politiquement, alors qu’une seule famille sur 10 peut en profiter.

Vladimir Poutine : L’intervention russe en Ukraine a poussé les pays occidentaux à imposer des sanctions commerciales contre Moscou. Avec la chute du pétrole, le pays a plongé en récession et le rouble s’est écroulé. La Russie est aux prises en ce moment avec une stagflation : récession et forte inflation. Le président russe a-t-il perdu la maîtrise de son pays? Comment va-t-il relever l’économie russe?

Jack Ma: C’est le fondateur d’Alibaba, géant chinois du commerce électronique, utilisé par le tiers des Chinois. Son entrée en bourse sur Wall Street en septembre est la plus importante de l’histoire des marchés, valeur de 25 milliards de dollars. Jack Ma a 50 ans et est l’un des hommes les plus riches du monde. Il est l’une des personnalités de l’année du magazine Time.

Thomas Piketty : Il est rare qu’un livre d’économie fasse autant parler, surtout aux États-Unis. De surcroît, un livre de 700 pages, écrit par un Français, socialiste, sur un sujet qui fâche chez les Américains : les inégalités. Son livre a été salué, puis critiqué. Le capital au 21e siècle fait partie des livres importants publiés sur les écarts de richesse.

La fin du gaz de schiste?

Mercredi 17 décembre 2014 à 12 h 13 | | Pour me joindre

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En février 2011, un premier rapport du BAPE sur les gaz de schiste concluait qu’il n’y avait pas assez de connaissances scientifiques pour déterminer quels étaient les risques associés à l’exploitation du gaz de schiste. Afin d’obtenir une plus grande acceptabilité sociale, le rapport suggérait au gouvernement de se servir des Conférences régionales des élus (CRE) pour mettre en place un comité de concertation. Le gouvernement Couillard est en train, en ce moment, d’abolir cet outil.

En janvier 2014, le Comité de l’évaluation environnementale stratégique sur le gaz de schiste a déposé son rapport d’évaluation sur cette filière. Le Comité a fait le constat que plusieurs questions demeuraient toujours sans réponse, notamment sur « la santé des personnes, leur sécurité ainsi que leur qualité de vie […] La filière du gaz de schiste est sujette à un manque d’acceptabilité sociale.

Sur le plan de l’environnement, on appréhende plusieurs impacts environnementaux, dont au premier chef la contamination de l’eau et des sols, un bilan négatif de GES ainsi que les fuites de gaz liés à l’utilisation de la technique de fracturation. Du côté économique, le prix très bas du gaz naturel sur les marchés nord-américains compromet la pertinence économique du développement de la filière du gaz de schiste et la possibilité de procéder à une redistribution juste et équitable de la plus-value tirée de l’exploitation ».

Et, voilà que le 15 décembre 2014, un autre rapport du BAPE arrive à la conclusion qu’il ne serait pas approprié d’exploiter le gaz de schiste au Québec. Le BAPE affirme que « l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent pourraient générer des impacts majeurs sur les communautés d’accueil : détérioration de la qualité de l’air, augmentation du bruit, de la circulation routière et de la pollution lumineuse, diminution de la valeur des propriétés situées à proximité des plateformes de forage, impacts sur les paysages, risques d’accidents technologiques, impacts sociaux et impacts sur la santé.

Les activités de l’industrie pourraient également entraîner des conséquences sur la qualité de l’environnement, en particulier sur la qualité des eaux de surface et des eaux souterraines, sur les aires protégées et les milieux humides, et entraîner la fragmentation des milieux forestiers. Les émissions de gaz à effet de serre associées aux activités de l’industrie pourraient contribuer aux changements climatiques. Finalement, la présence des activités d’exploration pourrait entraîner des effets négatifs sur certains secteurs économiques des régions d’accueil, tels que les secteurs agricole, touristique et agrotouristique ».

Expertise rare, riche et fouillée

Trois rapports arrivent à une conclusion fondamentale : l’exploitation du gaz de schiste est risquée, les retombées économiques sont peu probables et l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Au même moment, le Nouveau-Brunswick et l’État de New York évaluent la possibilité d’imposer un moratoire sur le développement de cette filière. Et le premier ministre du Québec Philippe Couillard semble avoir fait son lit à la lecture des 3 rapports et a décidé de fermer le dossier mardi soir en entrevue au Téléjournal.

Malgré cela, les chambres des commerces et les représentants patronaux demandent au premier ministre de poursuivre son analyse « dans une vision globale de création de richesse et de croissance de l’économie québécoise. » À leur avis, « le BAPE n’a pas l’expertise requise pour se prononcer sur ces questions » faisant abstraction des deux autres rapports publiés en 2011 et début 2014. Ces rapports ont été écrits par des gens provenant des secteurs de l’environnement, de l’énergie, de l’ingénierie, de la comptabilité, du milieu universitaire, de certains ministères du gouvernement, du monde municipal et j’en passe.

L’accusation des chambres de commerce et des associations patronales est insultante pour ces experts, elle est courte et simpliste. Il est rare de pouvoir compter sur une littérature aussi riche et fouillée sur un enjeu. La contribution des experts québécois à la compréhension des apports bénéfiques et des risques associés au gaz de schiste est exceptionnelle. On doit s’en réjouir.

Péréquation : un café par 2 semaines

Lundi 15 décembre 2014 à 14 h 52 | | Pour me joindre

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Il est populaire de tout mesurer en cafés ces jours-ci! La hausse des tarifs de garderie, la hausse du prix de l’essence, combien de cafés?

Alors, permettez-moi d’utiliser la même unité de mesure : la hausse des transferts fédéraux versés au Québec en 2015-2016 équivaut à un café par deux semaines! Oui, oui, un petit café deux sucres un lait par deux semaines. La réalité, c’est que les transferts fédéraux vont passer de 2390 $ par habitant en 2014-2015 à 2461 $ en 2015-2016. Hausse de 71 $ par habitant. Un café par deux semaines.

Explications

Les ministres des Finances des provinces et le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, se rencontrent à Ottawa, comme chaque année, pour faire le point sur les enjeux économiques et financiers importants du pays. La gestion des déficits est à l’ordre du jour, tout comme la chute des prix du pétrole.

Le ministre Oliver a aussi confirmé ce qui était déjà confirmé : les transferts aux provinces atteindront 67,9 milliards en 2015-2016. Comme si cet argent n’appartenait pas déjà aux Canadiens (ce sont nos impôts faut-il le rappeler), le ministre a choisi des formules qui nous laissent presque croire que le gouvernement Harper nous fait un cadeau de Noël.

Appréciez les mots choisis par le ministre Oliver dans son communiqué :

« Le gouvernement Harper fournit un soutien sans précédent aux provinces et aux territoires. »

« Grâce à ces transferts, le gouvernement fédéral donne aux provinces et aux territoires la capacité de fournir des services publics de grande qualité. »

« Je suis fier que le gouvernement ait haussé les transferts à des niveaux sans précédent. »

D’abord, ce n’est pas le gouvernement fédéral qui hausse les transferts. Ces sommes évoluent en fonction des ententes conclues sur la péréquation et les transferts fédéraux en santé et en éducation. Ces sommes sont indexées et sont prévues sur plusieurs années. La croissance économique et la croissance de la population justifient une hausse des transferts aux provinces. En principe, des records de transferts seront établis année après année, à moins que de nouvelles ententes soient conclues entre les provinces et le fédéral.

Deuxièmement, la péréquation est payée à même nos impôts fédéraux. Ce n’est pas les impôts albertains qui paient les programmes sociaux du Québec ou les investissements publics de l’Ontario. Ce sont les impôts des Canadiens payés au gouvernement fédéral.

Troisièmement, la péréquation est calculée PAR HABITANT, en fonction de la capacité fiscale de chaque province. Une moyenne des provinces est établie pour calculer la capacité fiscale. Les provinces sous cette moyenne ont une capacité à obtenir des revenus moins grande, alors que les provinces au-dessus de la moyenne ont une capacité fiscale plus élevée. Qui sont-elles? L’Alberta, la Saskatchewan, Terre-Neuve-et-Labrador et la Colombie-Britannique, des provinces qui bénéficient largement des revenus des ressources naturelles.

Advenant une chute prolongée des cours du pétrole, la capacité fiscale de ces provinces va probablement baisser, ce qui fera baisser la moyenne canadienne. Si la capacité de revenus des provinces bénéficiaires ne bouge pas, les transferts vont baisser. Cependant, si la baisse de l’essence génère une croissance économique plus forte en Ontario et au Québec, la capacité fiscale de ces deux provinces va augmenter, mais la capacité moyenne du Canada va aussi monter.

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Dernier point : j’ai entendu ce matin que la péréquation avait doublé au Québec depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir. C’est vrai, grâce à une hausse de 98 %. Les transferts totaux ont grimpé de 70 %. Et si on calcule par habitant, comme il est approprié de le faire pour avoir une plus juste mesure de la réalité, la hausse des transferts fédéraux a été de 55 % depuis 2005.

Voici la hausse en pourcentage des transferts fédéraux par habitant dans les provinces canadiennes depuis 10 ans :

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La réalité sur les surplus

Mercredi 10 décembre 2014 à 16 h 00 | | Pour me joindre

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Hydro-Québec doit payer environ 150 millions de dollars par année à TransCanada pour que sa centrale thermique de Bécancour demeure fermée. C’est ainsi depuis 2008 parce qu’Hydro-Québec n’a pas besoin de cette énergie.

Dans un contexte où les prix du gaz sont faibles, payer 150 millions par année coûte sans doute moins cher à la société d’État. Cela dit, avec le paiement de 2015, ça va donc faire huit ans que la collectivité québécoise doit payer pour quelque chose qui ne produit rien, une somme cumulée de 1,2 milliard de dollars. L’approvisionnement de cette centrale équivaut à 4,3 TWh d’électricité.

Selon l’expert indépendant en matière d’énergie Jean-François Blain, quand on parle des surplus d’approvisionnement en électricité au Québec, il faut ajouter ces 4,3 TWh aux surplus officiels établis par Hydro-Québec Distribution, qui sont évalués à 6,6 TWh pour 2015.

Selon lui, il faut également ajouter les 2 TWh non utilisés par Hydro-Québec Distribution dans le cadre d’une entente conclue avec Hydro-Québec Production. Ainsi, Jean-François Blain évalue que le surplus de 2015 en approvisionnement d’électricité au Québec n’est pas que de 6,6 TWh. Il est de 12,9 TWh, en tenant compte de Bécancour et de l’entente avec Hydro-Québec Production.

Le ministère des Ressources naturelles nous dit que l’expert Blain se trompe. On ne doit pas ajouter la production de Bécancour, même si Hydro-Québec doit payer 150 millions de dollars par année pour cette production inexistante. Et il ne faut pas non plus s’en faire avec les 2 TWh non utilisés. « Il n’y a pas de pénalité à ne pas prendre livraison de toute l’énergie disponible dans le cadre du contrat avec Hydro-Québec Production », nous écrit Guillaume Demers, conseiller du ministre Pierre Arcand. « Il n’y a pas de pénalité non plus lorsqu’Hydro-Québec ne prend pas possession de toute l’électricité patrimoniale disponible. »

Consommation et exportation

Le professeur Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des questions énergétiques associé à HEC Montréal, confirme qu’Hydro-Québec n’est pas obligée d’utiliser toute l’énergie patrimoniale, dont le coût avoisine les 3 ¢ le kWh. En retour, Hydro-Québec « est tenue d’acheter l’éolien et les autres sources plus cher avant le patrimonial », des sources qui peuvent coûter 9 ou 10 ¢ le kWh dans certains cas. Résultat : « Cela se traduit malheureusement pour les consommateurs par une facture plus élevée », nous écrit Pierre-Olivier Pineau.

Jean-François Blain nous écrit également que « même s’il n’y a pas de pénalité financière pour le report d’une partie des livraisons du contrat cyclable [avec Hydro-Québec Production], le fait d’utiliser d’autres approvisionnements post-patrimoniaux (éoliens par exemple), à un coût de plus de 10 ¢ le kWh, plutôt que l’énergie du contrat cyclable provenant d’Hydro-Québec Production, à un coût d’environ 7 ¢ le kWh, occasionne un surcoût pour les clients d’Hydro-Québec Distribution ».

En retour, « chaque fois qu’Hydro-Québec décide de ne pas acheter de l’énergie patrimoniale à 3 ¢ le kWh parce qu’elle n’en a pas besoin, cela libère de l’énergie pour les exportations, nous écrit Pierre-Olivier Pineau. Avec des prix moyens de 4,4 $ le kWh en 2013, Hydro-Québec Production fait des profits avec ces exportations, davantage que ce qu’elle aurait fait en vendant à 3 ¢ aux Québécois ». Cet expert dit s’inquiéter davantage des surplus engendrés par la mise en service progressive de La Romaine et par les commandes de projets éoliens, de biomasse et de centrales hydrauliques.

Finis, les surplus?

Le 11 novembre dernier, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, affirmait ceci : « Mettez une aluminerie de plus au Québec, mettez une mine importante de plus au Québec, il n’y a plus de surplus. »

Selon Jean-François Blain, un gros projet d’aluminerie nécessiterait une utilisation d’environ 500 MW, et donc un approvisionnement de 3,9 TWh, dans un contexte où l’aluminerie fonctionnerait à 90 % de sa capacité, la mesure utilisée dans le secteur industriel. Le Ministère nous parle plutôt d’une aluminerie qui pourrait utiliser 700 MW d’électricité, à 99 % d’utilisation, pour un total d’approvisionnement de 6,1 TWh.

Jean-Thomas Bernard, autre expert en matière d’énergie et professeur à l’Université d’Ottawa, estime que si une aluminerie s’installe au Québec, elle sera là pour une durée d’au moins 20 ans. Or, en 2027, en principe, il ne devrait plus y avoir de surplus d’électricité. Donc, il faudra développer encore davantage d’électricité, selon Jean-Thomas Bernard, si une aluminerie s’ajoute. On ne développe pas à 3-4 ¢ le kWh, nous dit-il dans une entrevue téléphonique. On développe en ce moment à environ 9 ¢ le kWh pour l’éolien. Si le coût total de production est de 1,98 ¢ le kWh au Québec, la nouvelle électricité fabriquée, elle, est bien plus chère!

Alors, trois conclusions :

  1. Aucun projet de 500 MW ou de 700 MW ne semble pointer à l’horizon pour l’instant afin de combler partiellement les surplus d’électricité du Québec.
  2. Il faudrait une aluminerie de 750 MW à 850 MW pour éliminer complètement les 6,6 TWh de surplus en 2015. Alouette est à 895 MW après deux phases d’expansion.
  3. Si le ministère des Ressources naturelles juge qu’on ne peut inclure les 4,3 TWh de la centrale thermique de Bécancour dans les surplus d’Hydro-Québec, il n’en demeure pas moins que ça nous coûte, collectivement, 150 millions par année.

Voici l’entrevue réalisée lundi avec Jean-François Blain à RDI économie. C’est avec plaisir que je ferai de la place pour une entrevue avec le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, s’il accepte de venir nous voir!