Billets classés sous la catégorie « Énergie – Métaux – Ressources »

Depuis mars 2009, la planète boursière est branchée sur l’intraveineuse des banques centrales. Aux États-Unis, en Europe, en Angleterre, partout où ça compte, les autorités monétaires ont pompé des milliers de milliards de dollars dans les marchés financiers afin de faciliter la liquidité des obligations, les prêts entre banques et le crédit à la consommation.

Un homme à la Bourse de Tokyo mardi Cette intervention est, en grande partie, responsable de la poussée boursière après l’effondrement survenue dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers et de la crise financière qui s’en est suivie. Depuis mars 2009, la hausse des bourses a été relativement constante, bien que ponctuée de quelques creux, qui n’ont duré que quelques jours ou quelques semaines. Le marché américain est entrée dans une cinquième année de marché haussier.

Ainsi, depuis mars 2009…

  • New York (S&P500) : + 153 %
  • Toronto (S&P/TSX) : + 72 %
  • Paris (CAC 40) : + 65 %
  • Francfort (DAX) : + 139 %
  • Tokyo (Nikkei) : + 127 % (+ 85 % depuis 6 mois*)

Les bourses, en fait les opérateurs de marchés, sont devenus tout simplement « accros » à l’injection massive de dollars, d’euros, de yens, de livres dans les marchés financiers. Comme des héroïnomanes, ils sont dépendants à cet afflux monétaire, cette intervention rassurante qui laisse à penser que les pouvoirs suprêmes – banques centrales, gouvernements – seront toujours là pour ramasser les pots cassés et reconstruire après les dommages.

Des milliers de milliards de dollars dorment dans les grandes entreprises du monde, qui préfèrent la prudence à la prise de risque à la suite de la pire crise économique depuis 1929. Ces milliers de milliards sont donc remplacés par d’autres milliers de milliards injectés par les gouvernements et surtout les banques centrales.

Mais, voilà, le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke témoignait devant le Congrès hier. Et il a laissé entendre que le « pusher » pourrait bientôt demander son congé. « Si nous continuons de voir des améliorations et que nous avons confiance que cela sera durable, a-t-il déclaré, alors au cours des prochaines réunions de la Réserve fédérale, nous pourrions commencer à réduire nos achats d’obligations. Si nous faisons ça, ça ne voudrait pas dire toutefois que nous irions vers une réduction complète de notre intervention. »

Il n’en fallait pas plus pour assister à un revirement sur les marchés boursiers. Le Dow Jones est passé du vert au rouge, chutant d’environ 250 points. La dégringolade s’est poursuivie à Tokyo la nuit dernière, recul de 7 %, alors que s’est ajoutée une information importante, qui est celle d’une réduction de l’activité manufacturière en Chine.

Le marché haussier est-il terminé? Personne n’est en mesure de répondre à cette question. Et il est trop tôt pour la poser. Il n’y a rien de plus imprévisible que cette petite bestiole appelée la bourse.

*La Bourse de Tokyo s’est envolée depuis six mois avec l’adoption par le nouveau premier ministre, Shinzo Abe, d’un plan de stimulation économique ainsi que l’intervention dans le marché pour faire baisser le yen afin de relancer les exportations.

Alors que le gouvernement du Québec impose un moratoire officiel sur le gaz de schiste, les États-Unis sont en train de changer le monde énergétique mondial en misant tous azimuts sur la fracturation hydraulique. La voie est libre, les Américains ont le marché à eux et ils saisissent l’occasion, malgré toutes les incertitudes soulevées sur la sécurité et l’environnement.

Pétrole de schisteÀ cause de la production américaine de gaz de schiste, le prix du gaz a plongé. Cela a du coup fait plonger le prix de l’électricité dans le marché au grand dam d’Hydro-Québec, qui misait sur ses exportations vers les États-Unis pour augmenter ses revenus et ses dividendes.

La production de gaz naturel aux États-Unis a bondi de 327 % de 2007 à 2011.

Cette technologie de la fracturation est aussi utilisée pour explorer de nouvelles sources de pétrole. Et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonçait dans un rapport mardi que le pétrole de schiste allait propulser les États-Unis au premier rang des producteurs mondiaux en 2015 dans les pays hors OPEP et avant 2020 dans l’ensemble du marché mondial.

En réalité, avec la production américaine, l’offre va monter plus rapidement que la demande! Qui aurait cru une telle avenue il y a quelques années à peine, à une époque où on parlait du pic pétrolier. Les technologies permettent aujourd’hui d’explorer du nouveau pétrole, qui coûte bien plus cher à produire, mais qui est rentable dans le contexte d’un baril à environ 100 $.

Selon l’AIE, ce pétrole de schiste et le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vont créer une « onde de choc » sur la planète au cours des cinq prochaines années, comme la hausse de la consommation pétrolière des Chinois a bouleversé le marché depuis 15 ans.

C’est à se demander si la transformation nécessaire vers des énergies vertes et renouvelables est vraiment en cours. On ne cesse de dire qu’en attendant de passer à de nouvelles sources d’énergie, on a encore besoin de pétrole. Dans ce contexte, et parce que le développement technologique le permet et que les prix sont élevés, on explore et on exploite. Et on continue!

Et vous savez quoi? Avec une telle offensive sur la production, on peut se demander si les prix de l’essence ne sont pas appelés… à baisser plutôt qu’à augmenter! Bien sûr, d’autres facteurs, comme le raffinage et les taxes, influent sur les prix de l’essence.

Après avoir dit pendant des années qu’il fallait se préparer à une hausse des prix de l’essence, ce spectaculaire développement de l’offre pétrolière en Amérique du Nord est-il en train de remettre en question toutes les prévisions?

Y a-t-il de « l’eau dans le gaz » dans le projet d’union libre du Canada et de l’Union européenne? À quelques semaines du début des négociations de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne, on peut sérieusement se demander si les relations canado-européennes ne sont pas en train de dérailler. Les signaux envoyés sont tous au jaune. Et les irritants se multiplient.

Ce qui achoppe, ce sont les questions agricoles. Le Canada veut exporter plus de bœuf vers l’Europe. L’Union refuse et exige un accès plus grand au marché des produits laitiers du Canada. La plupart des autres points seraient réglés ou sur le point de l’être. Mais cette question bloquerait toutes les avancées supplémentaires.

Ce problème survient au moment où l’administration Obama est sur le point de lancer des négociations avec l’Union européenne. Si le Canada n’a pas conclu d’entente avec les Européens avant le début des discussions entre Washington et Bruxelles, comment pourrait-on prétendre à Ottawa que l’Union européenne a encore beaucoup d’énergie à mettre sur une entente. Le réel intérêt pour l’Europe, ce sont les États-Unis. Et ils sont sur le point de pouvoir y aller directement, sans passer par le nord.

Les relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis représentent le tiers des échanges commerciaux mondiaux. Total de 645 milliards de dollars en 2012. Barack Obama sera en Allemagne les 18 et 19 juin prochain.

Dans l’urgence, le Canada devra-t-il plier sur des points cruciaux?

Il faut ajouter qu’il y a deux dossiers qui nuisent aux relations canado-européennes : le phoque et les sables bitumineux. Le boycottage des produits du phoque canadien a été confirmé, il y a quelques jours, une fois de plus. Et ça agace le Canada.

Et l’Europe est allergique au pétrole issu des sables bitumineux. Même si les Européens ne sont pas vraiment appelés à consommer de ce pétrole, ils continuent de mener une campagne contre ce type d’énergie. Le ministre fédéral des Ressources naturelles Joe Oliver affirme que les directives européennes sont discriminatoires et ne s’appuient pas sur la science. En notant les types de pétrole, les Européens minimisent les émissions de gaz à effet de serre (GES) émises par le Venezuela, selon Joe Oliver.

La Commission européenne pourrait bientôt conclure que les émissions de GES du pétrole des sables bitumineux sont 22 % plus élevées que le pétrole conventionnel. Le Canada pourrait saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) du dossier.

L’enthousiasme qui a régné pendant un certain dans l’avenue d’une entente sur un libre-échange entre le Canada et l’Union européenne a disparu. Les yeux sont tournés vers Washington aujourd’hui. Et ce qui apparaissait récemment comme des petits détails à régler entre le Canada et l’Union européenne ressemblent de plus en plus à des cadenas difficiles à déverrouiller.

Emplois au Québec : du contexte

Vendredi 10 mai 2013 à 16 h 37 | | Pour me joindre

Pour me joindre

En économie, il faut souvent se décoller le nez de la fenêtre, prendre un ou deux pas de recul pour mieux comprendre ce qui se passe. Il faut du contexte. Des économistes comme Pierre Fortin ou François Delorme, Bernard Élie, Luc Godbout et j’en passe viennent régulièrement à RDI économie pour nous aider à mettre un peu de lumière sur les enjeux.

Pour notre émission spéciale du 20 mai, jour de la fête des Patriotes, de Dollard et de la Reine, nous allons vous présenter une entrevue avec l’économiste Pierre Fortin, observateur de la scène économique québécoise depuis cinq décennies. Nous sommes allés chez lui ce matin pour réaliser cette entrevue qui, je pense, va beaucoup vous intéresser.

Il m’a donné un graphique pour vous, que je reproduis ici :

Alors que le Québec voit son taux de chômage augmenter depuis le début de l’année, il est passé de 7,1 à 7,8 %, le taux d’emploi du Québec demeure encore plus élevé qu’aux États-Unis. Et l’écart qui s’était resserré avec l’Ontario ne s’est que très légèrement agrandi. Le taux d’emploi, c’est le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15 ans et plus.

Ainsi, selon Statistique Canada, le taux d’emploi en Ontario était de 61,2 en janvier. Il est à 61,3 en avril. Au Québec, il était à 60,7 en janvier. Il est à 60,2 aujourd’hui. On a raison de dire que le bilan québécois est moins bon que celui de l’Ontario dans les derniers mois. Mais il faudra attendre encore pour établir des tendances lourdes et évaluer si le Québec est en train de recommencer à prendre du retard sur l’Ontario.

Il s’est ajouté 44 000 emplois au Québec en avril 2013 par rapport à avril 2012. En Ontario, c’est un ajout de 71 000. La croissance économique est faible dans les deux provinces. Comme l’expliquent les économistes de Desjardins, « il faut reconnaître que depuis janvier, le bilan du marché du travail est plutôt terne. Il est vrai que sur le plan des données économiques, c’est un début d’année hésitant qui caractérise le continent nord-américain. Avril ne présente pas de surprise. […] D’ici l’été, le marché du travail devrait afficher un meilleur score que les quatre premiers mois de l’année qui se sont soldés négativement. »

Il ne faut pas amoindrir le message que nous envoient les statistiques. Comme le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty l’exprimait hier à Londres, il est à souhaiter que les pays occidentaux vont orienter leurs politiques et leurs priorités vers la croissance et l’emploi. Nous sommes largement dépendants de la croissance mondiale, surtout américaine.

 

Le nouveau régime des redevances proposé par le gouvernement Marois insatisfait à peu près tout le monde. Il n’est pas à la hauteur des promesses pour les uns, il introduit une pression financière de plus pour les autres. C’est à se demander si le compromis entre la promesse électorale et les attentes des minières n’a que pour objectif de donner bonne conscience au gouvernement.

Deux messages ont été martelés en point de presse : nos principes sont respectés, a dit Nicolas Marceau; nous avons fait des avancées, a affirmé Martine Ouellet.

Les chiffres

Le Parti québécois avait promis d’augmenter les revenus de redevances de 388 millions de dollars d’ici 5 ans. Ce ne sera finalement que 50 millions en 2015, et entre 73 et 201 millions en 2020. On est loin du compte.

En campagne électorale, deux chiffres étaient avancés : 5 % de redevances sur la valeur brute et 30 % sur les « surprofits ». Le plan de match est plus modeste : 1 % de redevances sur les premiers 80 millions de dollars de valeur de production et 4 % par la suite.

Québec maintient l’imposition des profits, mais instaure deux paliers de plus :

  • 0 à 35 % de marge de profits : 16 % d’impôt
  • Dans la tranche de 35 à 50 % de profits : 22 % (effectif au maximum : 17,8 %)
  • Dans la tranche de 50 à 100 % de profits : 28 % (effectif au maximum : 22,9 %)

La minière va payer le niveau de taxation le plus élevé des deux systèmes, soit celui sur la valeur brute ou celui sur les profits.

À cela s’ajoutent les impôts fédéral et provincial sur les revenus.

Autre recul

Le gouvernement Marois recule pour deux raisons. D’abord, l’industrie minière a exprimé clairement son inquiétude quant aux investissements au Québec avec l’adoption d’un régime plus sévère. De toute évidence, son message a été entendu.

Et puis, le contexte économique ne cesse de se détériorer. Les prix sont en baisse. Au cours des 52 dernières semaines, les prix des matériaux et métaux ont baissé par rapport à leur sommet :

  • Or -18 %
  • Nickel -21 %
  • Cuivre -15 %
  • Zinc -16 %
  • Fer -8 %

Plusieurs projets au Québec ont été arrêtés ou reportés :

  • Cliffs Natural : report de la deuxième phase du projet du Lac Bloom
  • Cliffs Natural : arrêt des activités, usine de bouletage – Sept-Îles
  • ArcelorMittal : projet en suspens, usine de bouletage – Port-Cartier
  • CN / Caisse de dépôt : abandon d’un projet de voie ferrée
  • Gaz Métro : projet de gazoduc en suspens

On ne fait pas un régime minier sur une conjoncture de marché. Mais, force est de constater que le « timing » pour présenter ce nouveau régime n’était pas le meilleur.

Fallait-il mettre autant d’énergie sur ce nouveau régime pour un résultat aussi édulcoré?

N’aurait-il pas été préférable de reporter à plus tard cette promesse et de préparer une réforme au moment où l’industrie aurait été moins inquiétée par l’état du marché? Jamais depuis 2008 les financements de projets miniers n’ont été aussi faibles. Qu’est-ce qui pressait tant?

Est-ce vraiment nécessaire?

Mercredi 24 avril 2013 à 15 h 45 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Si vous avez le goût d’ajouter un lave-vaisselle ou un micro-ondes dans votre cuisine, allez-vous jeter tous les murs par terre, mettre tous vos autres électroménagers à la rue et rebâtir à neuf toute la cuisine au grand complet? Je pousse la question un peu loin, j’en conviens. Mais on peut se poser une question semblable en regardant de près le projet de loi qui prévoit la création de la Banque de développement économique du Québec.

Les ministres Nicolas Marceau et Élaine ZakaïbLe gouvernement Marois a décidé de mettre en place une nouvelle structure, qui remplacera Investissement Québec. Cela entraînera une redéfinition du rôle des Centres locaux de développement, le déménagement d’employés d’Investissement Québec et du ministère des Finances et la fin éventuelle des FIER, les Fonds d’intervention économique régionale.

Le travail du gouvernement s’inscrit dans une cohérence et une logique fidèle à la philosophie du gouvernement en matière de développement économique. Et ce travail est mené par une spécialiste du développement régional, la ministre Élaine Zakaïb, qui a dirigé les fonds régionaux du Fonds de solidarité FTQ dans le passé.

Cela dit, on peut se demander si le gouvernement, qui veut stimuler l’économie du Québec et aider les projets d’entrepreneurs, n’aurait pas pu simplement ajouter un volet à la mission d’Investissement Québec, celui de susciter les projets et de favoriser leur essor, en collaboration avec les Centres locaux de développement?

Le précédent gouvernement a regroupé les activités de la Société générale de financement à l’intérieur d’Investissement Québec pour unifier l’intervention du gouvernement. En mettant fin aux FIER, en impliquant davantage les CLD dans l’accompagnement aux entreprises, Québec n’aurait-il pas pu bonifier simplement une structure déjà existante pour soutenir l’entrepreneuriat social, le capital de risque et le secteur des hydrocarbures?

Et qu’adviendra-t-il de Jacques Daoust, pdg d’Investissement Québec? S’il est remplacé, le gouvernement va-t-il choisir un entrepreneur?

L’économie du Québec croît lentement, très lentement. Elle a besoin de projets qui marchent et d’investissements concrets et porteurs, créateurs de richesse et d’emplois. Il faut que ça se passe à court terme. La nouvelle Banque viendra-t-elle accélérer ces investissements ou les ralentir, le temps que tout le monde retombe au bon endroit, au bon bureau, au bon poste?

Déficit zéro : à quel prix?

Lundi 22 avril 2013 à 14 h 39 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le Conseil du patronat du Québec se réjouit de constater que le gouvernement Marois cherche par tous les moyens à atteindre son objectif d’équilibre budgétaire au cours de l’exercice en cours, l’exercice 2013-2014 qui s’est amorcé le 1er avril dernier. Québec fait des efforts et demande à bien des groupes d’en faire pour arriver au déficit zéro. Les hauts dirigeants de l’organisme ont rencontré la première ministre lundi matin à Montréal, ce qui a été suivi d’un discours de Pauline Marois devant des gens d’affaires. Le mot d’ordre demeure : déficit zéro.

Budget 2013 au NBMais à quel prix?

Il y a de la politique dans ça, mais il y a pas mal d’économie aussi, bien sûr! Il est clair que dans un contexte minoritaire, le gouvernement calcule les points gagnés et perdus par une gestion serrée et austère, caractérisée par une série de compressions dans plusieurs secteurs névralgiques de l’économie et de la société québécoises.

Mais, au strict plan économique, que risque le gouvernement en maintenant la ligne dure pour atteindre l’équilibre budgétaire cette année? Que risque le gouvernement s’il décide de reporter d’un an ce déficit zéro?

Le contexte est le suivant : la croissance du PIB est passée de 1,9 % en 2011 à 1 % seulement en 2012. C’est tout près de la stagnation. La consommation ralentit, l’investissement résidentiel décroît, le marché immobilier décline, les exportations internationales ne montent pas. Les économistes de Desjardins s’attendent à une croissance tout aussi anémique pour 2013, à 1 %. Et puis, le marché de l’emploi connaît des ratés depuis le début de l’année : pertes de 16 800 emplois en mars, de 13 100 en février, après un faible gain de 5500 emplois en janvier.

On a beaucoup parlé de l’impact des mesures d’austérité sur l’économie au cours des derniers mois. Des économistes du FMI ont avoué en début d’année avoir sous-estimé l’impact de ces politiques sur l’économie. Et d’autres économistes de l’Université Harvard ont avoué la semaine dernière avoir fourni, de façon erronée, de la matière favorable à l’austérité dans une étude qui s’appuyait sur une base de données incomplète.

Pour le Québec, bien des experts s’entendent pour dire qu’un relâchement du gouvernement au niveau budgétaire pourrait avoir un impact sur la note de crédit. Peut-être. Serait-ce vraiment le cas? Est-ce qu’un report de l’équilibre budgétaire d’un an, compte tenu du ralentissement de l’économie québécoise, serait dommageable pour la note de crédit du Québec? Je n’ai pas la réponse claire et ferme. Et je ne suis pas sûr que quiconque l’a cette réponse!

Une chose est certaine : du point de vue politique, le gouvernement Marois aura du mal à gagner des points dans le contexte actuel parce que les compressions pour arriver à l’équilibre ne sont pas très populaires dans certains milieux.  En retour, un report d’un an du déficit zéro serait vu comme un autre recul, voire un échec du gouvernement.

Mais, fondamentalement, quand on regarde le contexte économique du Québec, l’impact de l’austérité sur la croissance et la faiblesse du déficit, le Québec a-t-il vraiment besoin d’atteindre l’équilibre cette année? La question se posait déjà sous le gouvernement Charest, l’an dernier. C’est encore plus vrai aujourd’hui : sommes-nous en train de nous tirer dans le pied en maintenant cet objectif? À quel prix allons-nous atteindre le déficit zéro?

La première ministre semble y réfléchir puisque dans son discours d’aujourd’hui, il n’y a pas de notion de temps. Jugez-en par vous-mêmes : « J’ai dit très clairement en campagne électorale que notre gouvernement allait équilibrer les finances. Je vous le redis aujourd’hui : le gouvernement va équilibrer ses finances et réduire l’endettement du Québec par rapport au PIB. »

Pour ceux et celles qui parcourent le web et les médias sociaux au quotidien, vous avez entendu parler des « bitcoins », sorte de monnaie virtuelle à cheval entre l’argent de Monopoly et la valeur refuge. Attention toutefois : les mots spéculation, bulle et « buzz » doivent être immédiatement accolés à celui de « bitcoins ».

Le bitcoin : une monnaie virtuelle qui vaut cherC’est quoi? C’est une monnaie virtuelle créée par un Japonais en 2009 qu’on peut acheter sur des sites comme www.bitcoins.org.

Ça sert à quoi? C’est comme une vraie monnaie, mais il n’y a pas de pièces ou de billets physiques. Vous pouvez vous en servir pour acheter ou vendre des biens ou des services, sans passer par une banque, de gré à gré, sans encadrement d’une autorité réglementaire ou d’une banque centrale. C’est totalement libre et décentralisé. Pour l’instant du moins…

Est-ce bon pour vous? Les variations de prix sont très fortes. C’est très spéculatif et volatile. Des attaques informatiques ont été menées récemment sur le marché. Compte tenu du flou et du cours sans entrave de cette monnaie, les milieux criminels ont pu s’emparer de ce marché : vente de drogue, activités mafieuses, etc.

Est-ce une valeur refuge? Un jour, si cette monnaie survit et maintient son intérêt, elle pourrait devenir une valeur refuge comme l’or. Il est prévu qu’un maximum de bitcoins sera émis, soit environ 21 millions. Valeur refuge? Peut-être selon notre invité, l’économiste indépendant Ianik Marcil mardi soir, qui a exprimé beaucoup de réserve sur la viabilité des « bitcoins ». Voyez l’entrevue qu’il nous a accordée à RDI Économie.

Pourquoi une telle devise virtuelle? Parce qu’un homme, Satoshi Nakamoto, a vu le potentiel d’une telle aventure. Il a créé sa devise, a organisé son marché, une demande s’est installée rapidement et a pris de l’ampleur. Parce que bien des investisseurs sont à la recherche de nouveaux vecteurs de croissance, de refuge ou de protection (si on croit que les monnaies mondiales vont s’effondrer). Et parce que derrière cette devise virtuelle, il y a un logiciel libre qui la soutient, une forme de logiciel qu’on peut distribuer, copier, modifier sans contrôle d’un propriétaire. Le logiciel libre est défendu par des gens qui jugent injuste qu’une entité contrôle l’utilisation d’un logiciel et ses utilisateurs.

Si le bitcoin ne survit pas, représente-t-il tout de même le début d’une nouvelle ère de monnaies d’échanges virtuels, non réglementées et éclatées? Est-ce le début de la fin de l’autorité suprême des banques centrales sur la masse monétaire? Oh les grandes questions… qu’en pensez-vous?

Les architectes et bâtisseurs contemporains de l’ouverture des marchés sont, à n’en pas douter, Ronald Reagan et Margaret Thatcher. C’est ainsi qu’on s’en souvient aujourd’hui et c’est ainsi qu’on s’en souviendra dans 50 ou dans 100 ans encore. Celle qu’on surnommait « la dame de fer » vient de mourir à l’âge de 87 ans, près de 9 ans après l’ancien président des États-Unis. Elle a dirigé avec autorité et conviction le Royaume-Uni de 1979 à 1990, laissant une marque indélébile sur son pays, son peuple et le monde.

Margaret Thatcher après sa sortie de l'hôpital en juin 2009.Femme conservatrice, elle a frayé son chemin dans un monde d’hommes, pour devenir la première et seule femme à diriger le Royaume-Uni. Plusieurs analystes s’intéresseront à toutes les facettes de sa personnalité, mais attardons-nous ici au libéralisme économique. Sa conviction profonde était celle d’accorder beaucoup plus de « liberté » à ses citoyens pour leur permettre d’avoir une plus grande maîtrise de leurs décisions économiques.

Moins d’État, moins d’impôts, moins de règlements, moins d’intervention du gouvernement dans la vie des gens, c’est ce qu’elle prônait, c’est aussi la politique qu’elle a appliquée à un moment où elle pouvait compter sur un puissant allié dans cette vision idéologique du monde et de l’économie en Ronald Reagan aux États-Unis. Son pouvoir s’est aussi exercé au moment où déclinait l’URSS, l’ennemi juré, et la puissance communiste, qui s’est écroulée avec le mur de Berlin en 1989.

Plusieurs sont d’avis que sa vision économique est porteuse de création de richesse et d’égalité sociale. C’est le cas d’un ministre comme Maxime Bernier à Ottawa, c’est le cas aussi de l’Institut économique de Montréal, qui privilégie une approche de l’économie de marché comme solution et réponse aux différents enjeux.

L’IEDM a publié il y a trois ans un document intitulé : « Les 10 leçons apprises de Margaret Thatcher ». Dans ce texte, on salue sa dure politique face aux syndicats (on pense surtout à son affrontement avec les mineurs de charbon en grève), la privatisation de plusieurs industries et son travail pour une plus grande adhésion mondiale au capitalisme. « Le capitalisme populaire n’est rien de moins qu’une croisade pour libérer la majorité dans le cadre de la vie économique du pays, disait-elle. Nous, les conservateurs, redonnons le pouvoir au peuple. »

La dernière crise financière a jeté un sérieux voile sur les politiques préconisées par Reagan, Thatcher, Greenspan et d’autres. La réduction continuelle de la réglementation des marchés financiers depuis 30 ans a conduit les banques à des excès qui ont mené à la crise de 2007-2009 et à la Grande Récession.

Elle est et sera longtemps l’inspiration des ardents défenseurs du libéralisme économique. Également, elle est et sera longtemps l’incarnation des excès et des ratés du capitalisme, producteurs d’inégalités et de crises.

Et vous, qu’en pensez-vous? Qu’allons-nous retenir de Margaret Thatcher?

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet
La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet

Derrière le dialogue de sourds qui a meublé le Forum des redevances vendredi à HEC Montréal se cachent des compromis et des tractations de toutes sortes. D’une part, plusieurs des groupes de citoyens représentés (Québec meilleure mine, Nature Québec, Fédération québécoise des municipalités, CSN, Syndicat des métallos, etc.) acceptent l’idée qu’on exploite les ressources minières du Québec. Leur bataille porte davantage sur le « comment » : sécurité, santé, environnement, partage territorial et niveau de redevances. Mais, fondamentalement, tous acceptent qu’on creuse, qu’on explore et qu’on exploite le sol québécois.

D’autre part, l’industrie minière réalise pleinement qu’il faut négocier la hausse des redevances. Le gouvernement a fait son lit : le principe d’une augmentation des redevances est immuable. Mais, quels seront les taux de redevances? Peut-on repenser le soutien financier aux sociétés minières? Tout est négociable à l’intérieur du « principe immuable ».

Deux choses à bien comprendre ici. D’abord, la croissance économique au Canada est très faible, et le Québec est au nombre des provinces qui ralentissent. La première ministre Pauline Marois, représentée par plusieurs membres de son cabinet vendredi au Forum des redevances,  a besoin de projets qui marchent, qui avancent, qui créent des emplois et de la richesse.

Ensuite, les minières menacent d’investir ailleurs si le Québec se montre trop gourmand à leur goût en matière de ponction fiscale. Même si les prix sont élevés sur les marchés, le financement est plus difficile à obtenir ces jours-ci pour les minières, qui doivent aussi composer avec des coûts de production de plus en plus élevés. Mettront-ils à exécution leur menace? Est-ce un bluff?

Dans les circonstances, l’exercice de vendredi était presque futile. Certes, pour un journaliste ou un participant qui a le goût d’entendre les contenus et les arguments des uns et des autres dans un enjeu aussi important que celui de l’exploitation des ressources, la journée de vendredi a été enrichissante. Mais, sur le fond, surtout sur l’objectif, la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet va devoir « arbitrer » le dossier, va devoir décider parce qu’il est clair que les écologistes et les minières n’arriveront pas à un consensus.

Le Forum a permis à chacun d’exposer son point de vue. Les ministres Ouellet et Marceau ont écouté, patiemment. Mais les vraies négociations, les tractations se font ailleurs : dans les couloirs, lors de rencontres privées, dans les bureaux du Parlement entre les ministres des Ressources naturelles et des Finances… et nous savons tous que la décision sur la mise en place d’un nouveau régime de redevances devra nécessairement obtenir l’approbation de Pauline Marois.