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Investir dans les infrastructures stimule l’emploi et l’économie. C’est une équation assez simple, normale et reconnue. Les gouvernements doivent bâtir des routes, entretenir les viaducs, installer des ponceaux, refaire des canalisations. Ils doivent mettre des milliards de dollars chaque année dans la construction et la réfection d’infrastructures.

Dans la campagne électorale en cours, les partis en présence font des promesses d’investissements dans les infrastructures. Les conservateurs ont proposé dans leur dernier budget d’ajouter 750 millions de dollars de plus aux investissements en infrastructures au pays à partir de l’exercice 2017-2018. Le NPD promet d’ajouter 1,5 milliard avant la fin d’un éventuel premier mandat gouvernemental. Et les libéraux proposent de doubler les sommes prévues sur 10 ans, pour les faire passer de 65 à 125 milliards de dollars.

Quel est l’effet d’une hausse des investissements dans les infrastructures sur la situation budgétaire du gouvernement?

Pour financer les infrastructures, le gouvernement emprunte sur les marchés financiers. Par le truchement des obligations qui sont émises et que, vous, concitoyens, vous pouvez acheter pour épargner, le gouvernement finance ses investissements. Ainsi, la dette totale du gouvernement augmente lorsque l’État injecte des milliards dans ses infrastructures. Dans le budget, si la dette augmente, les coûts en intérêt vont augmenter, à moins que les coûts d’emprunt soient en baisse, ce qui pourrait amoindrir les coûts d’intérêt. Alors, oui, la dette augmente, mais sur le plan budgétaire, l’incidence est modeste.

Est-ce que d’investir dans les infrastructures stimule vraiment l’économie?

C’est une vieille recette pour les gouvernements. Quand ça va mal, l’État injecte plus d’argent dans les infrastructures pour soutenir l’économie. On peut inscrire cette façon de faire dans une approche keynésienne de l’économie : l’État investit, agit, intervient pour soutenir l’économie et pour suppléer au manque d’investissements privés. Barack Obama l’a fait dans la foulée de la Grande Récession. Jean Charest l’a fait aussi, dans un contexte différent toutefois : le Québec avait bien besoin en 2008-2009 d’investissements dans ses infrastructures croulantes!

Pour le Canada, est-ce la solution?

Dans la mesure où le Canada glisse possiblement en récession, investir dans les infrastructures est sans doute une solution économique éprouvée. De plus, augmenter la dette au Canada n’est pas un enjeu névralgique parce que le ratio dette/PIB du Canada est parmi les plus bas du G7. Et bien que le surplus annoncé dans le dernier budget Oliver ne tienne qu’à un fil, un déficit de 2,5 ou 10 milliards à ce moment-ci ne représente que de la petite monnaie comparativement à une économie de plus de 2000 milliards de dollars de PIB!

Si on s’endette davantage pour investir dans les infrastructures, ça change quoi pour le Canada sur le plan économique?

À court terme, ça stimule l’économie. Mais, à moyen et à long terme, on peut se demander ce que ça change aux problèmes fondamentaux de l’économie canadienne que nous avons commencé à aborder dans mon billet de mercredi dernier. La croissance du Canada est lente depuis plusieurs années, que le pétrole soit élevé ou non. Et les revenus budgétaires du Canada dépendent trop des ressources, dont les prix sont en baisse et dont la hausse n’est pas prévisible à court terme.

La productivité, c’est-à-dire l’amélioration de la valeur de production par heure de travail, stagne au pays. L’enjeu fondamental, c’est de rendre notre économie plus compétitive, plus concurrentielle, plus efficace et diversifiée, plus verte aussi, peut-être moins dépendante des aléas internationaux. Ces enjeux-là sont les vraies priorités du Canada.

Dans un texte qu’ils nous ont fait parvenir ce matin, le gestionnaire de placements Benoit Durocher et l’économiste Richard Beaulieu, d’Addenda Capital, citent le professeur d’économie Richard Thaler, de l’Université de Chicago, qui prononçait un discours à Montréal en mai dernier : « C’est une tragédie de voir les gouvernements ne pas emprunter à des taux d’intérêt en ce moment négatifs pour financer des projets d’infrastructures. » Benoit Durocher et Richard Beaulieu ajoutent qu’on devrait profiter des taux faibles pour investir dans les infrastructures qui génèrent de nouvelles innovations et qui stimulent la productivité.

Et donc…

Si le prochain gouvernement du Canada veut retrouver un équilibre budgétaire durable, non seulement il devra éviter d’amputer ses revenus en réduisant les taxes et les impôts, mais il devra travailler à une plus grande stabilisation de ses revenus budgétaires. Depuis plus d’une décennie au Canada, on se comporte comme si le prix du pétrole allait toujours augmenter.

Alors, comment générer une nouvelle croissance économique et plus de revenus pour l’État? Si la dette augmente parce qu’on investit, il faut nécessairement plus de croissance et plus de revenus. Espérons que les partis qui veulent notre confiance nous présenteront bientôt un cadre fiscal à long terme crédible.

 

Le fragile équilibre budgétaire

Mercredi 26 août 2015 à 14 h 05 | | Pour me joindre

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Dans la mesure où le prix du pétrole allait demeurer élevé, le plan de match budgétaire du gouvernement conservateur fonctionnait. Qu’on soit d’accord ou non, jusqu’à l’an dernier, le retour à l’équilibre allait bon train, avec les compressions dans les dépenses, la hausse continuelle des revenus, la réduction année après année du déficit et la réduction des impôts.

Aujourd’hui, avec la chute de 60 % des prix du pétrole, la situation budgétaire s’est considérablement fragilisée. De peine et de misère, le ministre des Finances Joe Oliver est arrivé à dégager un surplus dans le budget 2015-2016 qu’il a présenté en avril dernier, un surplus qui sera, de toute évidence, difficile à atteindre compte tenu du ralentissement de l’économie. Une récession technique, soit deux trimestres négatifs de suite, devrait être confirmée mardi prochain par Statistique Canada.

En fait, en baissant les impôts des entreprises, en abaissant la TPS à deux reprises, en bonifiant un cadeau fiscal comme le CELI, en élargissant la Prestation universelle pour enfants et en permettant le fractionnement des revenus des couples qui ont des enfants de moins de 18 ans, le gouvernement s’est privé de dizaines de milliards de dollars en revenus annuellement. L’objectif de ces mesures était de remettre de l’argent dans les poches des contribuables et de stimuler ainsi, par leur consommation, l’économie canadienne.

En théorie, ça peut marcher. En pratique, dans la réalité, ces soutiens économiques n’ont pas permis au Canada d’améliorer véritablement son bilan économique. L’économiste Éric Pineault nous dit souvent qu’il observe, lui, depuis 2010, une véritable stagnation de l’économie canadienne et des pays occidentaux en général. Un autre économiste, Jean-Pierre Aubry, préfère parler de croissance lente.

Ce matin, dans le Globe and Mail, l’ancien sous-ministre aux Finances à Ottawa Kevin Lynch écrit que la croissance canadienne est lente depuis un bon moment déjà, et que c’est le boom pétrolier qui a permis de masquer quelque peu cette situation au cours des dernières années. Aujourd’hui, l’effondrement des cours du pétrole exprime avec clarté le manque de diversification de l’économie canadienne.

Pour arriver à l’équilibre en avril dernier, le ministre Oliver a usé de quelques stratégies que nous avions expliquées à l’époque :

  • il a réduit sa réserve pour éventualités de 3 à 1 milliard de dollars;
  • il a empoché 1 milliard de dollars en vendant des actions de GM;
  • il a réorganisé la caisse des congés maladie et invalidité de la fonction publique, un gain de 1 milliard de dollars dans les comptes du gouvernement;
  • et il a réduit la marge de manoeuvre du gouvernement face aux prévisions du secteur privé sur le PIB : plutôt que de retrancher environ 3 milliards de dollars de ses revenus, il n’a enlevé que 1 milliard, un gain donc de 2 milliards.

La baisse des taux d’intérêt et le surplus de l’assurance-emploi ont aussi permis au gouvernement d’atteindre l’équilibre.

Selon l’économiste Jean-Pierre Aubry, le ralentissement de l’économie et le rétablissement des marges habituelles de prudence (face au privé et la réserve de 3 milliards) devraient se traduire par un déficit d’environ 5 milliards de dollars en 2015-2016, et non un surplus de 1,4 milliard.

Ainsi, peu importe qui prend le pouvoir le 19 octobre prochain, l’atteinte du déficit zéro cette année nécessitera soit un rebond économique formidable, une hausse des prix du pétrole ou des compressions importantes dans les dépenses.

Bourses : sentiment de panique

Lundi 24 août 2015 à 15 h 11 | | Pour me joindre

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Il est très difficile de conclure à la rationalité des marchés boursiers. Mais il ne faut pas négliger l’émotion qui motive les investisseurs, les opérateurs de marché et les gestionnaires de placements dans leurs décisions. Quand le Dow Jones chute en quelques secondes de 1000 points ou quand il reprend en quelques minutes 700 points, bien des analystes n’hésitent pas à parler de panique.

En même temps, après une hausse de 220 % entre mars 2009 et juillet 2015 aux États-Unis, une route ponctuée de quelques petites corrections, peut-on se surprendre de voir les bourses connaître une mauvaise séquence? Certes, il ne faut pas sous-estimer les risques de propagation de la panique, si tel est le cas. Mais il ne faut pas surévaluer non plus la chute des derniers jours. Cette chute boursière va-t-elle se poursuivre? Va-t-elle prendre de l’ampleur? Quelles seront ses conséquences?

Ce mouvement boursier illustre une chose : la bourse ne peut pas, sans fin, être galvanisée par la croissance d’un pays comme la Chine et l’injection de milliers de milliards par les gouvernements et les banques centrales. Aujourd’hui, nous assistons à une conjonction d’événements : la Chine ralentit et la Réserve fédérale se prépare à monter ses taux.

Surtout, la Chine demeure énigmatique pour bien des investisseurs. Est-ce que des bulles sont en train d’éclater? Bulle boursière? Bulle immobilière? Pourquoi le gouvernement et la banque centrale interviennent-ils si brusquement avec des baisses de taux d’intérêt, des injections de dizaines de milliards dans les institutions financières et la dévaluation de devise? Peut-on se fier aux chiffres officiels de la Chine? La situation est-elle pire qu’il n’y paraît?

Année après année, depuis la crise de 2008-2009, nous sommes confrontés à des événements fondamentaux qui viennent continuellement modifier les perspectives envisagées. Le pétrole est sous les 40 $ le baril, la Chine ralentit, les États-Unis demeurent la locomotive économique mondiale, la Réserve fédérale doit encore retourner à sa table à dessin.

Ça bouge vite. Et les marchés sont le reflet de l’incertitude, de l’inquiétude, de la peur, de la panique. Est-ce que la situation est si risquée? Est-ce qu’il y a exagération boursière? Ou s’agit-il d’ajustements normaux qui auront peu d’effets au final?

Au moment où notre regard est tourné vers la Grèce, notre propre économie vacille. La chute des cours du pétrole depuis un an a eu l’effet d’une douche froide sur l’économie canadienne. Et nous commençons à en réaliser l’impact réel. La donnée statistique sur le PIB du mois d’avril vient de faire réapparaître le mot qu’on ne veut pas voir : récession. Le Canada serait peut-être en récession.

Avant l’analyse, les faits : la baisse du PIB en avril est de 0,1 %. C’est le quatrième recul mensuel de suite. Le secteur de l’extraction minière, gazière et pétrolière est en déclin depuis cinq mois maintenant.

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La définition la plus mécanique de la récession, c’est deux trimestres de suite en baisse. D’autres définitions existent, mais c’est celle-ci qui est la plus simple et la plus utilisée.

Selon Desjardins, « les probabilités d’un second recul [du PIB] au deuxième trimestre sont assez élevées. [...] Il est plutôt vraisemblable que la croissance du PIB réel par industrie demeure assez modeste dans les mois à venir, considérant les difficultés du secteur de l’énergie et leurs répercussions négatives sur plusieurs autres secteurs d’activité. Il est donc probable que l’économie canadienne soit actuellement en récession technique.

Dans les circonstances, il est « probable », selon Desjardins, que la Banque du Canada annonce une nouvelle baisse de son taux directeur le 15 juillet prochain. La CIBC va dans le même sens : il y aura une baisse du taux directeur dans 15 jours.

« L’économie canadienne vacille et se trouve au bord de la récession technique », écrit pour sa part la TD.  La probabilité d’une nouvelle baisse du taux directeur grandit, à son avis.

La firme Nomura s’attend à ce que les données du secteur des ressources aient été négatives pour mai et juin en raison du ralentissement de production engendré par les feux de forêt en Alberta, baisse d’environ 10 % dans la production de pétrole des sables bitumineux. Ainsi, le deuxième trimestre aura probablement été négatif, baisse de 0,5 %, selon Nomura, ce qui confirmerait ainsi une récession technique.

Mais…

Analyse divergente à la Nationale : « Malgré la faible croissance dans la première moitié de 2015, l’économie n’est pas sur le point de glisser en récession. Le marché du travail montre des signes d’accélération dans les heures travaillées et les ventes de gros produits vont bien comme on a pu le constater dans les statistiques de ventes d’autos et de mises en chantier en mai. »

Le niveau d’emplois à temps plein est à un record. Et la bonification de la prestation universelle pour enfants, annoncée dans le dernier budget et qui se répercutera dans les chèques gouvernementaux délivrés en juillet, va stimuler la consommation des Canadiens, selon la Nationale, dans les mois suivants. Cette bonification équivaut à 0,7 % du PIB. Les exportations devraient aussi bénéficier de la croissance américaine.

Pendant ce temps, la Réserve fédérale prépare une hausse de son taux directeur qui aura lieu, selon plusieurs experts, en septembre. Il est rare de voir les économies canadienne et américaine évoluer de façon aussi distincte. C’est dire l’importance de l’énergie dans le PIB canadien et le déficit réel de diversification économique.

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Après les scientifiques, les écologistes, les économistes, voilà que le G7 entre dans la danse et épouse le constat qu’il est urgent d’agir. Les pays membres du G7, parmi les plus grands émetteurs du monde, ont établi une cible hier en vue de la conférence de l’ONU à Paris en décembre. Il nous faut avoir atteint une réduction de 40 à 70 % des émissions de GES en 2050 par rapport au niveau de 2010. De plus, nous devons nous affranchir des énergies fossiles à la fin du siècle. L’engagement est colossal. Greenpeace a salué le G7.

En fait, deux mots s’installent dans le vocabulaire financier et économique : désinvestissement et décarbonisation. Le premier explique la sortie de nombreux investisseurs des secteurs pétroliers, gaziers et charbonniers. Ces derniers se posent la question suivante : la lutte contre les changements climatiques rendra-t-elle possible l’exploitation des réserves énergétiques annoncées?

Donc, comme l’expliquait à RDI économie lundi soir le spécialiste des négociations climatiques Hugo Séguin, quelle est la valeur à long terme d’un investissement dans une exploitation de ressources pétrolières, gazières et charbonnières?

Le deuxième terme, décarbonisation, n’existe pas dans tous les dictionnaires, mais l’Observatoire de néologie du Québec définissait ainsi la décarbonisation en 2011 : « ensemble des mesures et techniques mises en place en vue de limiter l’utilisation des hydrocarbures comme sources d’énergie ». Et l’Office québécois de la langue française l’a inclus dans son dictionnaire terminologique.

Sortir de l’économie du carbone avant 2100, c’est donc mettre fin progressivement à l’utilisation des énergies fossiles. Le mot est sans appel. Nous pourrions opter aussi pour « décarboner ».

Du bout des lèvres, le Canada fait partie de cet engagement en tant que membre du G7. Mais, comme nous l’expliquait Hugo Séguin, le premier ministre Harper a choisi de « ne pas confronter ses pairs au sommet du G7 et de se joindre au consensus, qui était inévitable. […] La question est de savoir si le gouvernement fédéral croit en son engagement. C’est malheureux comme Canadien de le constater, mais le gouvernement fédéral n’a pas brillé par sa capacité de démontrer sa crédibilité au niveau international dans l’enjeu des changements climatiques. »

On peut encore se demander jusqu’où ira le Canada à la conférence de Paris. Une élection est prévue entre les deux et aura un impact sur la position d’Ottawa d’ici là.

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Malgré l’optimisme qu’a généré la conclusion des dirigeants du G7 sur l’enjeu environnemental, on ne vient pas garantir le succès de la conférence de l’ONU selon Hugo Séguin. « C’est comme si on passait le chapeau des bonnes volontés. Des joueurs majeurs de cette négociation se sont engagés aujourd’hui. » Mais il faut d’autres engagements, ceux de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Turquie et de l’Indonésie notamment.

À n’en pas douter, le défi écologique est le risque économique le plus important de notre siècle. Les grands dirigeants de la planète semblent l’avoir compris.

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Non, le pétrole n’est pas une énergie renouvelable, bien qu’un Québécois sur six le pense, selon un sondage réalisé pour le CIRANO et Polytechnique Montréal*. Le pétrole est une énergie fossile qui s’épuise. Les découvertes des dernières années ne changent rien à la tendance de fond.

Dans un texte important publié dans le livre Pétrole 101 – L’or noir dans tous ses états, le journaliste scientifique indépendant Philippe Gauthier explique que « la découverte de nouveaux puits a atteint son sommet dans les années 1960 et ralentit depuis. La dernière découverte majeure – le pétrole de la mer du Nord – date de cette époque. Le monde extrait plus de pétrole qu’il n’en découvre ».

Il continue : « Les statistiques gouvernementales, tout comme les énoncés financiers des entreprises pétrolières, se fondent sur les ressources récupérables probables, des données préliminaires qui sont souvent trop optimistes, ou gonflées pour faire saliver les actionnaires. »

Et il ajoute : « L’ingénieur pétrolier Jean Laherrère, qui a eu accès aux données techniques confidentielles des entreprises, estime que la quantité totale de pétrole techniquement et économiquement récupérable dans le monde est d’environ 2200 Gb (milliards de barils). Environ 1400 de ces 2200 Gb ont été consommés depuis les années 1850. Il en resterait donc environ 800 Gb (dont à peine 20 Gb de pétrole de roche-mère environ), que nous consommons actuellement au rythme d’environ 26 à 27 Gb par année.

« À 800 Gb de pétrole conventionnel, il faut ajouter environ 500 Gb de pétrole extralourd et de bitume, parmi lesquels il faut compter 175 Gb de bitume canadien et 200 Gb de bitume vénézuélien, dont l’exploitation s’annonce difficile. » La production de pétrole conventionnel stagne, elle va dramatiquement baisser d’ici 50 ans alors que la production de pétrole extralourd et de bitume ne va monter que très légèrement. « Que nous le voulions ou non, nous devrons peu à peu apprendre à nous passer de pétrole », écrit Philippe Gauthier.

Et pour ceux qui pensent que le pétrole de schiste est une mine d’or : « En janvier 2015, l’industrie américaine de la fracturation connaissait sa première faillite, dans un secteur où 97 % des entreprises fonctionnent désormais à perte. » Ça coûte une fortune… En 1920, il fallait dépenser un baril de pétrole pour en extraire 100. Pour le schiste américain ou le bitume albertain, on dépense un baril pour en extraire entre 4 et 8!

Alors, non, le pétrole n’est pas une énergie renouvelable, pour ceux qui en doutent.

Cliquez ici pour lire l’étude L’énergie et les changements climatiques.

* Le sondage a été mené par Internet du 16 au 20 avril 2015 par l’Institut de sondage Léger Marketing. Au total, 1010 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas et des strates ont répondu au questionnaire. La répartition du recensement national en 2011 des âges, des sexes, des régions, de la langue et de la scolarité a été respectée dans l’échantillon. La durée moyenne des entrevues a été de 12 minutes. La marge d’erreur pour un sondage de 1000 répondants est de +/- 3,1 %. »

Carlos Leitao

La porte vient peut-être de s’entrouvrir à Québec sur la possibilité d’une privatisation partielle ou complète de sociétés d’État. Comprenons-nous bien : Québec n’est pas en train de privatiser la SAQ ou une partie d’Hydro-Québec. Avant d’en arriver là, dites-vous bien que beaucoup d’eau va couler sous le nouveau pont Champlain! Mais les choses avancent et, aujourd’hui, on constate que toutes les cartes sont sur la table. Si l’Ontario peut le faire avec Hydro One, pourquoi ne pourrions-nous pas y penser nous aussi, se dit-on à Québec.

Au cours de la dernière année, le premier ministre Philippe Couillard a été assez clair : pas question de privatiser Hydro-Québec. Aujourd’hui, le ministre des Finances Carlos Leitao change de ton. Tout est sur la table, tout sera regardé de près. En entrevue à l’agence de presse Reuters, il a déclaré ceci (je traduis) :

« Actuellement, pas de plan concret. Mais, comme partout ailleurs, nous sommes engagés dans une révision profonde et importante de nos programmes. Cette révision de tous les programmes gouvernementaux inclut les sociétés d’État. »

finance-reportCe travail est fait par la commission dirigée par Lucienne Robillard qui a pour mandat d’explorer tous les programmes du gouvernement, dont les sociétés d’État. À la table de cette commission siège notamment l’économiste Claude Montmarquette, qui proposait ceci dans un rapport cosigné avec Luc Godbout il y a un an :

« Dans l’éventualité où l’examen des programmes, des processus et des structures ne permettrait pas de dégager les sommes requises en matière de contrôle des dépenses, le gouvernement n’aurait pas d’autres choix, en l’absence de hausses d’impôt, que d’envisager de vendre des actifs. Les revenus touchés par la vente de ces actifs seraient nécessairement versés au Fonds des générations. La vente des actifs permettrait donc de réduire la dette. À titre d’exemple, le gouvernement pourrait songer à ouvrir jusqu’à 10 % du capital de la Société des alcools du Québec ou d’Hydro-Québec aux Québécois. »

Le gouvernement n’a jamais exprimé clairement une intention de privatisation. Mais si on veut faire cheminer une telle idée, disons que c’est probablement de cette façon qu’on pourrait s’y prendre.

Cela dit, faut-il le rappeler, vendre une partie d’un actif, c’est encaisser un montant qui viendrait réduire la dette du Québec sur le moment, mais qui viendrait réduire aussi l’apport financier de la société d’État visée dans les finances publiques du gouvernement. Si Québec vendait 10 % d’Hydro-Québec, ce sont peut-être 7,5 milliards de dollars que l’État empocherait si on se fie à l’évaluation totale qu’en a fait Yvan Allaire en 2014, soit 75 milliards de dollars au total.

Il faut savoir que le plan actuel du gouvernement prévoit une réduction de la dette brute et de la dette nette par rapport au PIB dès l’an prochain. La dette nette absolue, en chiffres, devrait commencer à baisser en 2018. Est-il donc vraiment nécessaire de commencer à explorer l’idée de vendre une partie des joyaux de la Couronne? Qu’en pensez-vous?

C’est Alain Bouchard qui disait cette semaine que depuis 2011, l’économie du Québec est bloquée. Que s’est-il donc passé? Comment expliquer cette lente croissance, cette quasi-stagnation, qui touche le Québec encore aujourd’hui? D’une croissance moyenne de 2,1 % entre 1982 et 2007, nous sommes passés à une moyenne aujourd’hui de 1,3 %.

  • 2011 : +1,9 %
  • 2012 : +1 %
  • 2013 : +1,1 %
  • 2014 : +1,3 %

Le ministre des Finances Carlos Leitao prévoyait en mars 2014 une croissance de 2,1 % pour l’année en cours au Québec. Il a vertement raté sa cible. Et, au rythme où vont les choses, on se demande bien comment le Québec atteindra la barre des 2 % en 2015 et 2016 comme le prévoit le ministère des Finances. La croissance est lente et l’économie américaine a montré quelques signes d’essoufflement récemment.

Mais des emplois!

Malgré l’incertitude économique, nous assistons en ce moment à une reprise du marché de l’emploi. Tous les indicateurs sont au vert :

  • En 2015, au cours des 4 premiers mois : +50 000 emplois grâce au secteur public.
  • Depuis 1 an au Québec : +69 000 emplois grâce surtout au secteur privé.
  • Depuis 1 an, création de 68 700 emplois, dont 84 % sont à temps plein.

Pourquoi? Comment expliquer la croissance de l’emploi alors que la croissance économique n’est pas au rendez-vous? Deux réflexions.

La première : le Québec est-il en train de commencer à vivre le déclin de sa population active? La croissance de la population active n’est que de 1,4 % depuis un an. Le taux d’activité augmente, le taux d’emploi augmente, le taux de chômage baisse. Donc, les signaux sont positifs dans le marché de l’emploi, mais est-ce dû essentiellement à de nombreux départs à la retraite?

Deuxième réflexion : se pourrait-il que la confiance des Québécois vienne affaiblir la consommation et donc la croissance économique? Selon le Conference Board du Canada, l’indice global de confiance des consommateurs québécois a chuté de mai à décembre 2014, avant de rebondir un peu en début d’année 2015. Les dépenses des consommateurs ont augmenté de 2 % en 2014, mais ont presque stagné au cours de la deuxième moitié de l’année. Et l’an dernier, les investissements des entreprises ont baissé de 3,3 %, les dépenses en construction, de 0,5 %.

Poursuivons l’analyse, qu’en pensez-vous?

Alors que des fonds américain et chinois s’apprêtent à faire l’acquisition du Cirque du Soleil, l’enjeu de la protection des sièges sociaux et de la propriété québécoise revient à l’avant-plan. Les années passent et nous avons clairement l’impression que le Québec n’est pas de taille face aux géants de la planète. Au final, le Québec perd des sièges sociaux.

Pourtant, nous avons des champions. CGI, Couche-Tard et Jean Coutu sont les plus forts qui nous viennent en tête. Ce sont des sociétés nées d’entrepreneurs visionnaires – Serge Godin, Alain Bouchard, Jean Coutu – qui ont gardé le contrôle de l’actionnariat de leur société. La structure des actions de leur entreprise les protège d’une acquisition hostile d’un groupe étranger. En fait, les CGI et Couche-Tard de ce monde sont des acquéreurs, des développeurs, qui ont réalisé de nombreuses transactions à l’étranger dans les dernières décennies. CGI compte 68 000 employés, Couche-Tard emploie 75 000 personnes.

Nous avons aussi des institutions puissantes : Hydro-Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec. La Caisse est partout, sur tous les continents. Elle gère 225 milliards d’actifs et est devenue une investisseuse incontournable sur la planète.

Malgré ces succès, le Québec a tout de même perdu plusieurs chefs de file économiques dans les dernières années : Alcan, Domtar, la Bourse de Montréal, Osisko, Axcan Pharma, La Senza, Fido, pour n’en nommer que quelques-uns. La Caisse de dépôt et placement a dû intervenir pour éviter la vente de Rona à l’Américaine Lowe’s en 2012.

Des inquiétudes surgissent aujourd’hui sur la vente du Cirque du Soleil au fonds américain TPG ou la vente possible de Bombardier Transport, dont le siège officiel, il faut le préciser, est à Berlin. Et puis, qu’adviendra-t-il de SNC-Lavalin? Et est-ce que des entreprises comme Metro ou la Banque Nationale pourraient être la cible d’offres d’achat?

Le premier ministre Philippe Couillard dit qu’il ne doit pas intervenir dans des transactions entre des entreprises privées. Dans l’opposition, Stéphane Bédard dit qu’il y a assez de capitaux au Québec pour acheter le Cirque du Soleil, et François Legault est d’avis que le gouvernement a le devoir de trouver des investisseurs privés québécois qui pourraient acheter le Cirque du Soleil avec l’appui de la Caisse de dépôt.

PC_150113_mr9k8_pdmsi_caisse_depot_cdpq_sn635Honnêtement, je ne sais pas pendant combien de siècles nous allons discuter de ces questions au Québec. Est-ce que la Caisse est la solution pare-feu pour toutes les entreprises québécoises qui font face à des offres étrangères ou hostiles? Est-ce que l’État doit venir au secours des Bombardier, SNC-Lavalin et autres entreprises qui éprouvent des difficultés?

Un comité d’experts a été formé en 2013 par l’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau pour étudier la question des sièges sociaux et soumettre des recommandations. Parmi les experts : Michel Leblanc, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Andrew Molson, de Molson Coors, et l’ancienne ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, qu’on ne peut pas soupçonner une seconde d’avoir des allégeances péquistes.

Leurs recommandations se résument à ceci : il faut donner plus de pouvoirs aux actionnaires de long terme afin d’éviter l’intervention spéculative d’investisseurs activistes. Et il faut donner plus de pouvoir aux administrateurs afin qu’ils puissent prendre des décisions qui vont dans l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes.

Comme ce rapport n’est pas partisan et puisque le gouvernement ne propose rien à ce sujet, les ministres Daoust et Leitao ne devraient-ils pas le retirer des tablettes poussiéreuses du ministère des Finances pour en faire ou refaire une lecture et explorer les recommandations qui s’y trouvent? Les sièges sociaux sont essentiels à une économie forte, prospère, et qui rayonne. On attend quoi?

Carbone : un pas de géant!

Lundi 13 avril 2015 à 13 h 23 | | Pour me joindre

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La décision de l’Ontario de se joindre à la bourse du carbone est un moment important pour l’environnement au Canada. Alors que le gouvernement fédéral ose demander des comptes sur les questions environnementales aux provinces, l’Ontario choisit le camp de l’action en adhérant à la bourse du carbone lancée par la Californie et le Québec.

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Que ce soit sous forme de taxation, d’échange de crédits ou de permis d’émissions, il faut savoir que la tarification du carbone est une tendance de plus en plus lourde dans le monde. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’interdiction brutale est rare et difficile à appliquer. Une réduction graduelle, ordonnée, encadrée semble être la voie de l’avenir malgré certaines expériences difficiles.

Les détracteurs de la bourse du carbone disent souvent que le marché du CO2 est une solution trop facile et trop simple pour les entreprises qui polluent en masse, ou qu’il s’agit là d’un autre moyen de nous taxer encore et encore, de nous faire cracher les dollars qu’on a gagnés durement pour nourrir un État vorace et inassouvissable. Le nez collé au tableau de bord, il leur est difficile d’imaginer l’impact réel de la tarification du carbone.

Oui, cette bourse fait grimper le prix de l’essence. C’est ce qui s’est passé en début d’année. De nouveaux secteurs de l’économie québécoise sont maintenant soumis au marché du carbone, notamment les distributeurs de carburant qui refilent la facture aux automobilistes. Mais cette bourse existe pour stimuler les entreprises, encadrer les émissions de gaz à effet de serre et ultimement les réduire. La bourse du carbone a deux grands objectifs :

  • exercer une pression financière sur les grands émetteurs afin qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre, en investissant dans des énergies renouvelables, des technologies vertes, en modifiant leurs moyens de production;
  • et encourager la recherche et le développement de nouvelles énergies, de technologies de captage du carbone, le démarrage d’entreprises vouées au développement durable.

En plafonnant les émissions et en réduisant ce plafond d’année en année, les grands émetteurs devront payer plus cher pour polluer ou encore réduire leurs émissions pour alléger cette facture. Les entreprises qui ne dépassent pas leur plafond pourront, elles, vendre le CO2 non utilisés aux émetteurs qui dépassent la limite permise. Ces entreprises pourront engendrer des revenus supplémentaires, investir dans des énergies et technologies vertes.

Avec l’Ontario qui entre maintenant dans le marché du carbone, c’est environ 75 % des Canadiens qui vivront dans des provinces où le CO2 n’est plus gratuit. En mettant un prix sur les émissions de gaz à effet de serre, les entreprises sentiront une vraie pression sur leurs activités et pourront dorénavant mieux gérer leur rapport à l’environnement.

C’est important de comprendre qu’un marché est efficace si les acteurs en cause s’y engagent. C’est un grand pas que celui de voir l’Ontario adhérer à ce système. L’Ontario est le plus grand pollueur du Canada après l’Alberta. Mais il faudra encore plus. L’Alberta justement doit inclure un plus grand nombre d’émetteurs dans sa couverture carbone actuelle. Et les grands émetteurs américains sont attendus et souhaités dans ce marché.

Parce que dans la réalité, le seul et unique objectif qui doit animer ces efforts, c’est de réduire notre empreinte sur l’environnement.