Billets classés sous la catégorie « Éducation »

Une place en garderie à… 0 $

Lundi 15 septembre 2014 à 16 h 47 | | Pour me joindre

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Je tiens à vous remercier d’échanger avec autant d’engagement sur ce blogue. Vous le faites depuis 2006 et je vous en remercie!

Je tiens aussi à réitérer que le billet de vendredi sur le financement du système de garde au Québec n’est pas une prise de position. Ce billet, comme tous les autres, a pour but de clarifier certains enjeux. On peut très bien changer le mode de financement des garderies au Québec. Je n’ai pas à me prononcer sur le sujet. Mais, quand j’entends une fausseté, je crois qu’il est essentiel de rétablir les faits. Dire que les mieux nantis paient la même chose que les moins bien nantis pour les garderies, c’est faux. Et c’est ce que j’ai voulu démontrer dans le billet de vendredi. Le financement actuel est collectif, que vous ayez des enfants en garderie ou non, et plus vous gagnez de l’argent, plus vous payez de l’impôt, plus vous financez le système de garderie subventionnée.

Cela dit, le dernier billet ne faisait pas le tour de la question. Il n’abordait qu’un enjeu : le financement de la subvention gouvernementale, c’est-à-dire environ 85,5 % du coût quotidien en garderie.

Maintenant, qu’est-ce que vous payez vraiment lorsque vous êtes parents et que vous avez un ou des enfants à la garderie?

Vous avez deux choix : envoyer votre enfant dans une garderie subventionnée à 7 $ par jour. Ou envoyer votre enfant dans une garderie non subventionnée, ce qui vous donne droit au crédit d’impôt remboursable pour frais de garde d’enfants.

En plus de la place subventionnée ou du crédit d’impôt au Québec, vous pouvez avoir droit à différentes aides du gouvernement fédéral :

  • prestation fiscale canadienne pour enfants;
  • prestation universelle pour la garde d’enfants;
  • déduction pour frais de garde d’enfants;
  • prestation fiscale pour le revenu de travail;
  • crédit de TPS.

Ces soutiens gouvernementaux peuvent réduire sensiblement votre facture de garderie.

  • Ainsi, un ménage qui touche un revenu annuel de 100 000 $ paiera en réalité 2,73 $ par jour s’il envoie son enfant dans le réseau subventionné à 7 $ par jour. Il paiera 2,81 $ s’il l’envoie dans une garderie privée à 25 $ par jour.
  • Un autre ménage, qui a un revenu annuel de 48 000 $, paiera 2,34 $ par jour pour un enfant dans une garderie subventionnée, alors qu’il recevra 23 ¢ par jour pour un enfant dans une garderie privée.

Cliquez ici et voyez clairement comment les réductions s’appliquent : http://bit.ly/1hGgrZ4

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Garderies : la modulation existe déjà

Vendredi 12 septembre 2014 à 16 h 33 | | Pour me joindre

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Déboulonnons un mythe sur les garderies à tarif réduit : la modulation existe déjà.

Mais, attention. Ce billet de blogue ne doit pas être interprété comme une prise de position en faveur ou en défaveur d’une restructuration du financement des services de garde au Québec. C’est un texte qui a pour but d’établir un fait et de s’éloigner des demi-vérités. C’est en partant d’un fait qu’on peut mieux réfléchir.

Alors, j’entends souvent des gens dire : n’est-ce pas épouvantable de permettre à des gens bien fortunés de payer 7 gros dollars par jour pour faire garder leur enfant dans un CPE, le même montant qu’une famille à faibles revenus? C’est inacceptable, ils doivent payer plus!

Le fait est que le financement des garderies subventionnées est déjà modulé en fonction du revenu. Ça s’appelle l’impôt. Plus vous gagnez de l’argent, plus vous payez de l’impôt, plus vous financez le système de garderie!

En 2011, les Québécois ont payé 38,905 milliards de dollars en impôts. Cette somme représentait 46,84 % des dépenses consolidées du gouvernement du Québec. Le reste provient des impôts des entreprises, des transferts fédéraux, et la différence représente le déficit.

Le programme des garderies coûtait en 2011 au Québec 2,24 milliards en subvention gouvernementale. C’est 2,24 milliards en dépenses gouvernementales. Si on applique le taux de 46,84 %, on pourrait présumer que les impôts des contribuables québécois ont payé en 2011 un total de 1,05 milliard en subvention gouvernementale pour les garderies subventionnées.

Cette somme, 1,05 milliard de dollars, représente 2,7 % des impôts des Québécois. Donc, on peut présumer que sur chaque dollar d’impôt qu’on paie à l’État québécois, il y en a 2,7 % qui vont à la subvention gouvernementale pour les garderies subventionnées.

Ainsi…

  • Une personne qui gagnait 20 000 $ en 2011 payait 1072 $ en impôt au Québec. De cette somme donc, 29 $ allaient aux garderies. Si on divise par 260 jours de garde, c’est 11 ¢ par jour!
  • Une personne qui gagnait 50 000 $ par année payait 6310 $ en impôt au Québec. On fait le même calcul : 170 $. C’est 66 ¢ par jour.
  • Une personne qui fait 100 000 $ payait 17 185 $ au fisc québécois. De cette somme,  464 $ allaient à la subvention gouvernementale pour les garderies. C’est 1,78 $ par jour.
  • Et une personne qui gagnait 150 000 $, qui payait 29 185 $ en impôts au Québec, injectait 788 $ dans le système des garderies à tarif réduit, c’est-à-dire 3,03 $ par jour.

Ainsi, une personne à faible revenu paie quelques cents par jour, quelques dollars par année pour subventionner les garderies, alors qu’une personne qui est mieux nanti va payer quelques dollars par jour, quelques centaines de dollars par année.

Le problème de la retraite au Canada

Lundi 1 septembre 2014 à 6 h 46 | | Pour me joindre

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Le Canada fait partie des pays où les régimes publics remplacent le moins le revenu de travail à la retraite. Selon l’OCDE, la pension de vieillesse, le supplément de revenu garanti et les rentes de la RRQ ou du RPC représentent environ 39 % du revenu de travail d’une personne de 65 ans et plus. La moyenne des 30 pays de l’OCDE est de 59 %. L’écart est considérable.

Pour voir ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

Si vous n’avez pas de régime d’employeur, ce qui est le cas de plus de 60 % des travailleurs au Canada, vous devez absolument avoir mis un peu d’argent de côté durant votre vie active pour espérer maintenir votre niveau de vie à la retraite. Les experts évaluent qu’il faut viser un revenu équivalent à 70 % de votre revenu de travail annuel pour espérer bien vivre. Autrement dit, si votre revenu annuel de travail était de 50 000 $, il vous faut planifier un revenu de retraite d’au moins 35 000 $.

Pour y arriver, vous pouvez compter sur la sécurité de la vieillesse (moins de 7000 $ par année) et les rentes auxquelles vous avez cotisé au cours de votre vie de travail par le truchement de la RRQ ou du RPC (maximum de 12 500 $ par année). Le reste doit être comblé par un revenu provenant d’un régime complémentaire de retraite ou un REER. Si vous n’y arrivez pas et que votre revenu ne dépasse pas 16 000 $ annuellement, vous aurez droit au SRG, le supplément de revenu garanti (9000 $ maximum par année). Au Canada, une personne de 65 ans et plus sur trois a besoin du SRG. Au Québec, c’est une personne de 65 ans et plus sur deux.

Pour regarder ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

Que faire pour améliorer le sort des retraités et des futurs retraités?

  • À votre avis, faut-il bonifier le Régime des rentes du Québec et le Régime de pensions du Canada, quitte à ce qu’il faille cotiser davantage annuellement? L’Ontario a décidé de créer son régime des rentes qui viendra ajouter une somme supplémentaire aux rentes du Régime de pensions du Canada. Est-ce que l’Ontario est l’exemple à suivre?
  • Faut-il rendre le REER obligatoire, créer une sorte d’épargne obligatoire pour s’assurer que les gens auront suffisamment de revenus à la retraite?
  • Ou faut-il laisser la situation telle quelle en tentant de miser sur une meilleure éducation à l’épargne, même si beaucoup de gens affirment avoir de trop bas revenus pour arriver à épargner?

Qu’en pensez-vous?

Le RVER est bien de son temps.

Le Régime volontaire d’épargne retraite est un nouvel outil pour les Québécois, employés et travailleurs autonomes, qui veulent mettre un peu d’argent de côté pour leurs vieux jours! Mais quand je dis qu’il est de son temps, c’est parce qu’il n’est pas très engageant et on peut se demander s’il vient vraiment régler les problèmes de revenus de retraite des Québécois. Il n’est que volontaire : l’employeur peut cotiser ou ne pas cotiser, l’employé peut cotiser ou ne pas cotiser.

Au bout de l’équation, ce nouvel outil viendra-t-il véritablement améliorer le sort des Québécois à la retraite?

Ceux qui n’ont pas les moyens d’épargner le feront-ils parce que leur employeur leur offre maintenant un RVER?

Et les moins bien nantis qui mettent un peu d’argent dans un RVER, verront-ils leur supplément de revenu garanti être coupé lorsqu’ils vont retirer l’argent de leur régime volontaire?

Ceux qui pourraient cotiser le feront-ils, tout à coup, parce qu’un outil volontaire leur est proposé? On ne le sait pas vraiment, mais on peut imaginer que, dans 5 ou 10 ans, on aura encore un nombre élevé de Québécois sans régime de retraite.

S’il y a une chose qui est positive, c’est que les petites entreprises seront dorénavant sensibilisées à l’importance d’offrir une couverture pour la retraite à leurs employés.

Il y a quelques années, l’ancien ministre Claude Castonguay a proposé qu’on instaure un REER obligatoire pour faire en sorte que les gens épargnent pour leur retraite et pour soulager les régimes publics. D’autres ont suggéré qu’on cotise davantage à la Régie des rentes du Québec pour doubler les prestations et donc assurer des jours plus confortables aux retraités.

Ces deux solutions ont leurs avantages et leurs inconvénients. Elles ont le mérite d’ancrer dans le réel l’amélioration de la retraite des Québécois.

L’option du RVER est peut-être plus facile à instaurer, puisque la charge est légère pour les entreprises et l’administration est confiée à des institutions financières. Mais va-t-elle sensiblement améliorer les choses?

Notre monde s’améliore-t-il?

Vendredi 27 juin 2014 à 15 h 24 | | Pour me joindre

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Près de 10 ans après la fermeture du magasin Walmart de Jonquière, les travailleurs syndiqués qui ont perdu leur emploi ont finalement eu gain de cause en Cour suprême. Le plus haut tribunal du pays ordonne qu’une compensation financière soit versée aux employés congédiés. Un arbitre devra trancher, puisque les travailleurs ne peuvent pas être réintégrés à leur milieu de travail : le magasin n’existe plus. Mais ils ont droit à une réparation.

La bataille a été longue pour arriver à ce résultat. Et cette affaire est importante. Au-delà de la bataille judiciaire et de l’argent qui est en jeu, une réalité semble apparaître : celle de la précarisation des travailleurs.

Aujourd’hui, après des décennies de syndicalisation, de législations sur le travail et la maladie et de protections et avantages multiples (des congés parentaux aux garderies à faibles coûts, en passant par l’assurance médicaments et l’assurance-emploi), le sort du travailleur est-il en train de s’aggraver?

Arrêtons-nous un instant. Mettons de côté nos convictions profondes et posons-nous la question : notre société s’améliore-t-elle? Je sais, c’est une grande question, j’en conviens! Et ce n’est pas dans un blogue qu’on va régler ça aujourd’hui! Mais, quand même, je vous invite à réfléchir à cette question avec moi.

On s’est donné un système socioéconomique qui s’appuie sur l’épanouissement des travailleurs et sur la croissance économique. Aujourd’hui, d’ailleurs, je tiens à le rappeler : nous faisons partie du 1 % planétaire! Nous sommes, au Québec, comme dans l’ensemble du Canada, parmi les plus riches de la planète. Ça se reflète d’ailleurs dans l’indice sur la qualité de vie de l’OCDE : nous sommes parmi les plus privilégiés du monde. Nous avons un système d’éducation de qualité, nous avons l’accès universel à un système de santé parmi les meilleurs malgré certains défauts.

Sommes-nous en train de détricoter cette structure qu’on a tenté de bâtir depuis un demi-siècle?

Prenez le dossier de la retraite. De quoi parle-t-on? On ne parle pas de la majorité des gens qui n’ont pas de régime de retraite. On ne parle pas de la faiblesse de la sécurité de la vieillesse et des rentes publiques pour les personnes de 65 ans et plus. On ne semble pas chercher à améliorer le sort général des retraités et des futurs retraités. On restructure les régimes existants et on cherche des solutions pour se sortir des régimes à prestations déterminées. On parle maintenant de prestations cibles, un régime plus flexible.

Prenez aussi les annonces dans le secteur des médias et du journalisme. Ce monde est en pleine transformation. Mais, au cœur de cette restructuration, les artisans doivent composer avec des conditions de travail plus difficiles. Il y a de moins en moins de postes permanents, bien protégés et bardés d’avantages sociaux. Il y a de plus en plus de pigistes, de contrats à courte durée, d’incertitudes et d’attentes. Ça, c’est la réalité.

Le monde des affaires réclame plus de « flexibilité ». En fin de compte, les entreprises s’enrichissent, le taux de chômage baisse, la croissance du PIB se poursuit. Mais la qualité des emplois et des milieux de vie, qui s’en occupe? Qui fait ce calcul? Derrière les données sur l’emploi à temps plein, l’emploi à temps partiel et le travail autonome, qui s’assure de l’état d’esprit des travailleurs, chose qui peut avoir un impact réel sur la productivité? On parle d’humains ici, pas de machines. Des humains dont les salaires stagnent depuis des décennies, dans un monde où les inégalités de richesse augmentent toujours.

Bien sûr, il faut s’adapter aux changements. Et bien sûr, avec l’ouverture des marchés, les grandes entreprises sont en mesure de réduire leurs coûts. Il faut faire preuve d’innovation, d’ingéniosité et de créativité pour maintenir certains emplois et pour éviter, au nom des coûts de main-d’œuvre et de production plus bas, de voir fermer des usines manufacturières. Mais cette réalité nous conduit-elle à un monde meilleur, prospère, riche et équitable? Est-ce qu’on s’améliore? Est-ce qu’on est plus heureux?

J’aimerais lire vos réponses.

Des messages clairs, un ton assumé

Vendredi 13 juin 2014 à 14 h 00 | | Pour me joindre

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Le ton est donné. Le nouveau gouvernement de Philippe Couillard va tout faire pour réduire ses pressions financières. Le message est clair et assumé. Ce n’était pas aussi limpide en campagne électorale, il faut le dire, mais le Parti libéral prévoyait tout de même dans son cadre financier des compressions de 1,3 milliard de dollars sur deux ans. Au bout du compte, dans la réalité, les économies et les « efforts » seront probablement plus importants. On fera le décompte dans les prochaines années.

En attendant, les premières décisions ne trompent pas. Jeudi, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a déposé un projet de loi sur les régimes de retraite municipaux qui a pris les syndicats par surprise. Le gouvernement demande aux travailleurs de contribuer davantage à leur caisse de retraite et de combler, à partage égal, les déficits avec les municipalités. Québec plafonne également les cotisations aux régimes de retraite à 18 % de la masse salariale et demande aux retraités de renoncer à un acquis, celui de l’indexation des rentes qui s’applique pour la moitié d’entre eux.

« C’est une déclaration de guerre », a tonné Marc Ranger, du SCFP. « Les mots sont forts », a répondu le ministre Moreau, justifiant son projet de loi par « la responsabilité de l’État ». Un affrontement très net s’annonce entre les travailleurs syndiqués et le gouvernement. On est déjà loin du « dialogue social » annoncé par le premier ministre Couillard.

Québec a envoyé d’autres messages plus tôt dans la semaine avec l’annonce de ses deux commissions : une sur la révision des programmes, une autre sur une réforme de la fiscalité. Dans ce dernier cas, c’est Luc Godbout qui va diriger un groupe d’experts. Le fiscaliste de l’Université de Sherbrooke a souvent exprimé le souhait que la fiscalité soit repensée au Québec. Il n’est pas le seul. L’ancien chef du Bloc québécois Gilles Duceppe a lancé un appel semblable il y a quelques années.

Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux

On verra les résultats de cette commission, qui prévoient des réajustements de charges fiscales. Certaines monteront, d’autres baisseront. Chose certaine, on va tenter de simplifier la grille fiscale. On verra. En attendant, la composition de l’équipe de la commission sur la révision des programmes et les mots choisis par le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux expriment clairement les visées du gouvernement.

D’abord, la commission, qui sera dirigée par l’ex-ministre Lucienne Robillard, fera appel à deux économistes qui ont souvent dénoncé la présence trop importante du gouvernement dans l’économie. Ces gens sont Claude Montmarquette et Robert Gagné. Leur nomination nous fait comprendre qu’on ira plus loin que de réviser ou repenser les programmes. Il est clair que certains seront supprimés. À juste titre, peut-être. On verra.

Martin Coiteux indique d’ailleurs, dans son communiqué, que « les travaux de la commission devront permettre au gouvernement de statuer sur l’opportunité d’éliminer certains programmes, de réduire leur portée ou de les repositionner et d’être en mesure de les évaluer de façon continue ».

Ce communiqué est important. Le gouvernement veut notamment :

  • « recentrer l’action de l’État dans des programmes prioritaires, et là où les besoins sont les plus criants »;
  • « remettre en question certaines façons de faire »;
  • « que le mode de financement des programmes [soit]adéquat et cohérent avec la capacité réelle de payer des citoyens ».

Le ton est donné. Le message est clair. Le gouvernement veut réduire les pressions financières sur l’État et ses structures, cherche à repenser son intervention dans l’économie et travaille à réduire la taille de l’État. Jusqu’où ira-t-il? Et qu’en pensez-vous?

Couche-Tard est un succès exceptionnel du Québec inc. Cette chaîne de dépanneurs, née en 1980 à Laval, est aujourd’hui une véritable multinationale du magasin d’accommodation. Alimentation Couche-Tard, c’est maintenant 12 500 magasins dans le monde avec des dizaines de milliers d’employés, un chiffre d’affaires de 35 milliards de dollars en 2013.

Ce succès, il est attribuable à la vision et au travail d’un entrepreneur reconnu, Alain Bouchard. L’homme d’affaires, qui va bientôt quitter la direction quotidienne de sa société, fait partie des quelques milliardaires du Québec, riche d’une expansion qui se poursuit encore aujourd’hui.

Pour Alain Bouchard, comme pour plusieurs entrepreneurs du Québec, le gouvernement a joué un rôle de premier plan dans leur expansion et dans leur succès. Tous se souviennent du million de dollars investi par le gouvernement Lévesque dans l’aventure de Guy Laliberté en 1984, alors que les prêteurs privés ne souhaitaient pas prendre de risque avec cet homme.

On se rappellera aussi de la création du Régime épargne actions mis en place par Jacques Parizeau en 1979, alors ministre des Finances du Québec. Ce programme du gouvernement permettait aux Québécois de déduire de leur revenu imposable les actions achetées d’entreprises d’ici. C’est grâce à ce programme, le REA, que Cascades est entrée en bourse en 1983. Même chose pour CGI, Sico, Bombardier et… Couche-Tard!

Trop d’État!

Aujourd’hui à la tête d’un succès québécois époustouflant, Alain Bouchard est d’avis que le Québec dépense trop. Aujourd’hui et depuis 40 ans, selon lui. « La richesse, elle ne se crée pas par le gouvernement […], elle se partage, pas toujours comme on aimerait. J’aimerais moins de gouvernement, moins de réglementation et plus d’aide aux entrepreneurs », a-t-il déclaré mercredi devant des membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Ce point est légitime et partagé par beaucoup de dirigeants et d’entrepreneurs. Cependant, quand Alain Bouchard réclame moins d’État et quand il dénonce les choix des gouvernements, il faut lancer un appel à la cohérence. D’abord, parce que Couche-Tard est ce qu’elle est aujourd’hui parce qu’elle a eu, un jour, un bon coup de pouce de l’État.

Et aussi parce que les entreprises ne disent jamais non à un soutien financier des gouvernements. Combien y a-t-il eu d’annonces d’investissements dans des entreprises privées par Jean Charest et Pauline Marois dans les dernières années? Combien de crédits d’impôt octroyés, de garanties de prêts, de prêts, de subventions, de prises de participation, d’interventions de l’État dans l’économie? Qui, parmi les dirigeants qui ont bénéficié de l’aide de l’État – du REA de 1979 aux centaines de millions de Port Daniel –, qui a dit non, merci?

Est-ce qu’Alain Bouchard a raison? Oui, non, je vous laisse juger. Mais n’est-il pas normal d’exiger de ceux qui dénoncent le rôle de l’État dans l’économie, un minimum de cohérence?

Le BS

Alain Bouchard a aussi déclaré, en parlant du Québec, ceci : « On reçoit du BS des autres provinces. Aimez-vous ça, être sur le BS, vous autres? Ç’a pas de maudite allure qu’on tolère ça, nous, les Québécois, qui sommes si créatifs, capables de bâtir, de développer qu’on accepte d’être sur le BS. Ça pas de sens, moi je trouve ça absolument ridicule. »

Encore là, je ne veux pas me prononcer sur le fond. Des gens diront que ces propos sont inacceptables et faux. D’autres diront qu’il dit tout haut ce que bien des gens pensent tout bas.

Le BS dont il parle, c’est la péréquation.

La péréquation est un fonds alimenté par les contribuables canadiens et non pas les provinces du Canada. Les Québécois y contribuent. Sur l’ensemble, quatre provinces ne reçoivent pas de péréquation et 6 en sont bénéficiaires, dont le Québec. Le but de la péréquation est de s’assurer que tout le monde a des revenus suffisants pour offrir des services publics comparables et de qualité. Le calcul est fait par habitant.

La province qui reçoit le plus de péréquation, c’est l’Île-du-Prince-Édouard, à 2481 $ par habitant. Suivi du Nouveau-Brunswick (2206 $), de la Nouvelle-Écosse (2206 $) et du Manitoba (1367 $). Le Québec est cinquième à 1130 $ par habitant, puis l’Ontario, à 146 $.

En raison d’une population bien plus importante, le Québec est la province qui reçoit la somme la plus substantielle, à 9,286 milliards de dollars. Si l’Île du Prince-Édouard avait la même population que le Québec, elle recevrait plus de 20 milliards de dollars en péréquation. Le Nouveau-Brunswick aurait plus de 18 milliards, la Nouvelle-Écosse, plus de 14 milliards, et le Manitoba, plus de 11 milliards.

Alors, le Québec est-il sur le « BS »?

L’équipe et les bénévoles qui ont mis sur pied la nouvelle médiathèque Nelly-Arcan à Lac-Mégantic ont de quoi être fiers. Après avoir tout perdu dans la tragédie du 6 juillet dernier, ils sont parvenus, grâce à la générosité des Québécois, à reconstruire une collection de livres, disques, DVD, journaux et autres collections en 10 mois à peine.

Surtout, ce lieu est un modèle à tous les points de vue. Je vais vous expliquer pourquoi. D’abord, je dois vous dire que j’ai eu le plaisir de participer à la journée « portes ouvertes » de dimanche à l’invitation de la médiathèque. J’y étais parce que je suis originaire de la région et parce que je suis, avec l’économiste François Delorme, l’auteur d’un livre sur les questions que les gens se posent sur les enjeux économiques. On a fait d’une pierre deux coups. Quelle journée, quelle formidable journée, malgré la grisaille persistante du temps.

Des centaines de personnes de Lac-Mégantic et de la région sont venues voir dimanche le fruit du labeur des gens de la médiathèque. Quand je vous dis que ce projet est un modèle à suivre, c’est que les personnes à la tête du projet ont su marier patrimoine, histoire, culture et sobriété en un même lieu, avec finesse et intelligence.

Le lieu, c’est l’ancienne usine de textile de la Canadelle à Lac-Mégantic, où ont travaillé des centaines de personnes de la région jusqu’en 2007, surtout des femmes. L’équipe de la médiathèque a su conserver les vieux planchers, où de vieilles aiguilles sont encore coincées entre les lattes de bois, ainsi que les vieux plafonds. Des photos de l’usine ont été conservées et encastrées dans les murs, en rappel de l’histoire. Et d’anciennes employées ont été invitées à l’inauguration afin de témoigner de l’histoire qui se poursuit en ce lieu.

L’aménagement est simple, efficace, aéré, surtout bien éclairé. C’est chaleureux et on a le goût d’y être et de s’y installer pour lire.

Et l’équipe a eu la brillante idée de rappeler la mémoire de Nelly Arcan, auteure partie trop vite qui aura su, en peu de temps, s’inscrire dans l’histoire littéraire du Québec. Nelly Arcan, que j’ai croisée à la polyvalente Montignac il y a plus de 20 ans, est originaire de Lac-Mégantic et a travaillé à la bibliothèque de l’endroit dans sa jeunesse.

La récupération d’un site de travail comme une usine de textile pour en faire un lieu de culture, l’hommage senti à une artiste d’exception et l’agencement de la lumière, du mobilier et de l’espace, tout y est. La médiathèque Nelly-Arcan est inspirante à plusieurs égards.

Le moment des décisions difficiles

Mercredi 23 avril 2014 à 19 h 23 | | Pour me joindre

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Philippe Couillard veut saisir l’occasion qui se présente, celle de mettre de l’ordre dans les finances publiques à un moment crucial pour le Québec. « Le moment des décisions difficiles est venu », a dit le nouveau premier ministre. « Le Québec fait face à des enjeux structurels qui vont au-delà des changements de gouvernement. »

Le bon ton

Ces mots sont porteurs, le ton est le bon. Mais jusqu’où tout cela tiendra-t-il? On verra. Le plus longtemps, souhaitons-le, parce que le Québec fait face à des défis de taille. Il y a un véritable problème de productivité. Et il y a une forte pression sur les finances publiques qui va perdurer avec cette équation révélatrice : il y a plus de travailleurs expérimentés qui quittent la population active que de jeunes qui y entrent. C’est crucial. Le gouvernement Marois le savait, le gouvernement Couillard le sait aussi.

L’avantage du nouveau gouvernement, c’est d’avoir les coudées franches pour quatre ans. Il n’y a pas de menace de voir le gouvernement se faire renverser. Le gouvernement peut aller de l’avant avec son programme et son plan. En ce sens, qu’on soit d’accord ou non avec les projets du PLQ, l’occasion est belle de réaliser des choses.

Contrôler sans nuire à l’économie

Attention! Quelle est la bonne mesure entre l’austérité et les investissements dans l’économie? Jusqu’où coupe-t-on et qu’est-ce qu’on coupe sans créer du chômage, sans ralentir l’économie? Comment contrôler les dépenses sans réduire, d’une façon qui serait totalement contre-productive, les revenus?

Les déficits des dernières années au Québec ne sont pas très importants, mais ils sont récurrents. Et on n’arrive pas à revenir à la surface, à l’équilibre. Raymond Bachand et Nicolas Marceau avaient promis l’équilibre en 2013-2014. Or, c’est un déficit de 2,5 milliards de dollars qui a été annoncé le 20 février. Et ce sera pire encore selon les informations du journaliste Denis Lessard : le déficit atteindrait finalement 3,3 milliards de dollars.

Il faut ajouter que les dépenses consolidées sont tombées à moins de 18 % du PIB dans les années 90 au Québec avant de remonter à un niveau record aujourd’hui d’environ 23 %.

De plus, le niveau de la dette nette par rapport au PIB demeure collé à 49-50 %. On ne cesse de repousser, année après année, la courbe de réduction de la dette nette. Peut-on cesser de pelleter par en avant sans nuire à la croissance économique?

Alors, le trio économique est connu :

  • Carlos Leitao : Finances
  • Martin Coiteux : Conseil du Trésor
  • Jacques Daoust : Développement économique, Innovation et Exportation

Les autres ministres qu’on doit associer aux enjeux économiques sont les suivants :

  • Pierre Arcand : Énergie, Ressources naturelles et Plan Nord
  • Robert Poëti : Transports, responsable de la région de Montréal
  • Jean D’Amour : Stratégie maritime
  • Jean-Denis Girard : PME
  • Kathleen Weil : Immigration
  • David Heurtel : Environnement
  • Laurent Lessard : Forêt
  • Luc Blanchet : Mines
  • Yves Bolduc : Éducation et Enseignement supérieur
  • Gaétan Barrette : Santé

PLQ : 10 chantiers économiques

Mardi 8 avril 2014 à 11 h 03 | | Pour me joindre

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Carlos Leitao pourrait se retrouver aux Finances dans le nouveau gouvernement Couillard, qui va prendre place officiellement dans une dizaine de jours. Et c’est lui qui devrait alors faire arrimer les projections et promesses libérales avec la réalité. On espère qu’il ne répétera pas ce que tous ses prédécesseurs ont dit en arrivant au ministère des Finances : « Oh mon Dieu, quel trou béant! Quelle catastrophe, tous ces milliards cachés! Oh là là! On n’a pas le choix, on ne pourra pas faire ce qu’on avait promis! »

L’économiste Martin Coiteux devrait se retrouver président du Conseil du Trésor dans le rôle qu’occupait Stéphane Bédard depuis 18 mois. Il faut de la poigne et savoir dire non dans cette fonction, et Martin Coiteux semble avoir toutes les aptitudes. Jacques Daoust retrouvera possiblement un rôle semblable à celui qu’il occupait à Investissement Québec dans un ministère du développement économique.

Mais, vous savez, ça pourrait se faire dans un autre ordre : Daoust ou Coiteux sont aussi des candidats aux Finances.

Il est à noter aussi que les libéraux auront en face d’eux une opposition qui les talonnera sur les questions économiques avec les François Legault, Christian Dubé, Nicolas Marceau et Pierre Karl Péladeau.

Dix chantiers économiques pour les libéraux majoritaires :

  1. Préparer un budget. Celui du 20 février est jeté à la poubelle. Il n’a pas été débattu, il n’a pas été adopté. Ce budget était le cadre financier du Parti québécois pour la campagne électorale. Le nouveau gouvernement voudra annoncer ses couleurs dès le départ avec un premier vrai budget. Le nouveau ministre des Finances prendra connaissance de l’état des finances publiques et dévoilera son budget quelque part en mai. On imagine qu’il n’y aura plus de neige! On l’espère en tous cas!
  2. Enlever les lunettes roses et reprendre contact avec la réalité : le PLQ a déposé un cadre financier jovialiste en prévoyant une croissance du PIB de 2,1 %. Seulement 26 jours auparavant, Carlos Leitao nous avait dit, alors qu’il occupait toujours sa fonction d’économiste en chef de la Laurentienne, et que rien ne laissait présager qu’il allait se porter candidat aux élections, que la croissance pour 2014 serait de 1,8 %. Les économistes du secteur privé prévoient une hausse de 1,7 à 1,9 % du PIB québécois cette année. Il y a fort à parier que le prochain ministre des Finances révisera à la baisse sa projection électorale.
  3. On imagine aussi qu’on tentera vite de nous faire oublier l’objectif de créer 250 000 emplois en 5 ans. D’abord, il y aura des élections avant la fin de cette période. Ensuite, les économistes Pierre Fortin et Marc Van Audenrode ont pris le temps d’expliquer que cette projection était irréalisable, à moins d’une spectaculaire croissance de l’économie québécoise dans les prochaines années. Avec les départs à la retraite des baby-boomers et la réduction du nombre de personnes dans la population active, il faut s’attendre à un accroissement moyen de 25 000 emplois par année, et non pas de 50 000, comme le projettent les libéraux, et comme on a connu depuis le début des années 2000.
  4. Le PLQ devra également évaluer la faisabilité d’instaurer un crédit d’impôt à l’exportation. Les experts consultés par Radio-Canada nous ont indiqué que cette mesure fiscale pourrait contrevenir aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. Le calme d’un début de mandat pour un gouvernement majoritaire permettra au ministre des Finances d’évaluer sereinement la pertinence de ce crédit d’impôt.
  5. Cependant, les libéraux iront de l’avant avec des mesures pour stimuler les propriétaires et futurs propriétaires de maisons : un crédit d’impôt à la rénovation ainsi qu’un nouveau régime d’épargne-propriété, sorte de REER en vue de l’achat d’une première maison.
  6. Péquiste ou libéral, le gouvernement du Québec fait face à des défis structurels de taille. Les dépenses en santé doivent être contrôlées, et le défi de générer plus de revenus que de dépenses nécessite un travail de tous les instants de la part des ministres économiques, tant au Conseil du Trésor qu’au développement économique. Les libéraux miseront sans doute sur les infrastructures, mais il faudra surtout travailler à l’amélioration de la productivité des entreprises et des régions. En ce sens, la nomination promise d’un ministre aux PME pourrait être porteuse.
  7. Surtout, souhaitons que le Parti libéral maintienne certaines politiques ambitieuses du gouvernement précédent, qui misent sur l’innovation et qui, à terme, devraient aider à augmenter la productivité, dont la politique de la recherche et de l’innovation de Pierre Duchesne et la politique de l’électrification des transports de Daniel Breton. Pour ces deux députés, qui n’ont pas été réélus lundi soir, on peut imaginer que ce serait là leur legs politique. Pour l’instant, en tout cas!
  8. Nous l’avons expliqué à quelques reprises : le Plan Nord n’est pas devenu le Plan Mort. Il s’est plutôt transformé sous le Parti québécois. Certains affirment que le PQ a fait fuir les investissements. Peut-être, mais honnêtement, c’est difficile à prouver. L’indice mondial des matières premières a chuté de 30 % en 2013, voilà probablement la véritable explication du ralentissement des investissements au Québec en 2013 et des faibles redevances perçues.
  9. On imagine aussi que le gouvernement Couillard donnera suite au rapport Séguin sur la protection des sièges sociaux, commandé par Nicolas Marceau, remis le 20 février dernier et préparé par des chefs économiques, dont l’ex-ministre libérale des Finances Monique Jérôme-Forget. Pour éviter de perdre d’autres sièges sociaux, le Québec peut donner plus de pouvoirs aux administrateurs de ces sociétés sans toujours souhaiter l’intervention de la Caisse de dépôt et placement du Québec, comme ça a été le cas pour Rona et Osisko.
  10. Enfin, les Québécois paient beaucoup d’impôt et s’attendent à une qualité de service en retour. Oui, le système d’éducation doit être plus efficace, doit permettre à plus de jeunes de trouver leur voie. Eh oui, le système de santé doit améliorer son efficacité. Avant de baisser les taxes et les impôts, comme l’ont promis les libéraux, il faut se poser la question : en avons-nous pour notre argent?

L’équipe économique libérale a les coudées franches. Saisira-t-elle l’occasion qui se présente?