Billets classés sous la catégorie « Éducation »

La hausse des tarifs de garderie est, dans les faits, une hausse d’impôt pour les parents qui ont des enfants dans les centres de la petite enfance. Québec annonce le maintien du tarif quotidien à 7,30 $, mais il va augmenter le coût des garderies selon le revenu familial dans les déclarations de revenu des parents. Cette hausse ressemble à la contribution santé.

Explications.

L’ensemble des contribuables paie des impôts pour financer les services publics, comme la santé et le réseau des garderies à tarif réduit. Plus vous gagnez de l’argent, plus vous payez des impôts. Et la contribution des citoyens à des services publics (santé, éducation, garderies, etc.), qu’ils n’utilisent pas nécessairement, dépend de leur revenu.

En complément de l’impôt payé, le gouvernement Charest a introduit en 2010 une contribution santé de 200 $ par personne. Le gouvernement Marois a modifié la contribution santé pour la moduler en fonction du revenu de tous les Québécois, de 0 à 1000 $.

Aujourd’hui, on fait la même chose avec les coûts de garderies, en allant un peu plus loin encore, en demandant spécifiquement aux parents de payer ce qu’on pourrait appeler une nouvelle « contribution garderie » qui viendra s’ajouter aux tarifs quotidiens et à l’impôt payé. Le tarif au jour le jour demeure à 7,30 $, mais, au moment de préparer la déclaration de revenus, les parents devront payer une contribution supplémentaire en fonction de leurs revenus.

Jusqu’à 3300 $ par année

Ainsi, avec la nouvelle modulation du tarif, la « contribution garderie » pourrait atteindre 3300 $ par année pour une famille dont le revenu dépasse 150 000 $.  Le calcul est simple : à 20 $ par jour, 260 jours par année, les coûts de garderie sont de 5200 $. À 7,30 $, ils sont de 1898 $. La différence est de 3302 $. La déduction pour frais de garde d’enfants du gouvernement fédéral sera toujours disponible pour réduire les coûts de garderie.

Ainsi, après l’ajout d’un taux d’imposition et la hausse de la contribution santé par le gouvernement Marois, le gouvernement Couillard annonce bel et bien aujourd’hui une nouvelle hausse d’impôt pour une partie des familles québécoises.

Un mot sur l’universalité

Philippe Couillard affirme que l’universalité, c’est d’assurer un accès à des places en garderie à tarif réduit à toutes les familles, et non pas de faire payer le même tarif à tout le monde. D’abord, sur l’accès, il a raison, c’est une des composantes de l’universalité. Et l’objectif n’a jamais été atteint. Mais l’autre partie, celle du financement, est un élément fondamental de ce qu’est l’universalité.

Un programme public est universel quand il est payé par l’ensemble des contribuables en fonction de leur revenu. C’est le système de l’impôt. Il ne l’est plus si l’État opte pour une solution utilisateur-payeur, comme c’est le cas pour le permis de conduire. Introduire une modulation des coûts de garderie pour les parents seulement est une façon de tendre davantage vers le principe de l’utilisateur-payeur et de s’éloigner de l’universalité.

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Hausse de taxation pour les familles?

Mercredi 5 novembre 2014 à 14 h 04 | | Pour me joindre

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Pendant que le gouvernement fédéral annonce des baisses d’impôt pour les familles avec enfants, le gouvernement Couillard s’apprête à augmenter la taxation de ces mêmes familles au Québec. Le Devoir nous apprend dans son édition de mercredi matin que l’un des scénarios à l’étude prévoit une hausse des tarifs de garderie qui irait de 70 ¢ à 12,70 $ par enfant le 1er avril prochain, soit de 10 % à 174 %.

Le tarif actuel d’une journée dans une garderie subventionnée est de 7,30 $. Il passerait à 8 $ pour les familles dont le revenu total net ne dépasse pas 75 000 $ par année. Il serait ensuite modulé de 8 à 12 $ pour les revenus nets (donc après impôt) de 75 000 $ à 100 000 $. Le tarif quotidien varierait de 12 $ à 15 $ pour les ménages dont le revenu net se situe entre 100 000 $ et 150 000 $. Et il serait de 15 $ à 20 $ pour un revenu net de 150 000 $ à 200 000 $.

Analysons ce que nous révèle ce scénario.

Premièrement, ce document de travail à Québec expose, une fois de plus, le déséquilibre qui s’est dessiné entre plusieurs provinces et le fédéral. La situation budgétaire du gouvernement Harper ne cesse de s’améliorer, alors que celles des provinces comme l’Ontario et le Québec sont préoccupantes. Québec cherche des revenus, tandis qu’Ottawa commence à distribuer les cadeaux en vue des prochaines élections. Et le gouvernement fédéral peut compter sur une marge de manœuvre de plus en plus considérable pour le faire.

Deuxièmement, le gouvernement du Québec continuerait de tendre vers l’option de l’utilisateur-payeur en introduisant une formule de modulation des tarifs en fonction des revenus.

Puis, troisièmement, le gouvernement pourrait se retrouver dans une situation de double taxation des parents s’il ne réduit pas les impôts des contribuables. Pourquoi? Parce que les Québécois paient déjà, dans leurs impôts, la subvention gouvernementale prévue pour le système de garderie. Si on augmente les tarifs, si la part des parents augmente dans le financement des garderies, est-ce à dire que la subvention gouvernementale payée à même nos impôts sera réduite? Donc que les impôts des parents vont baisser. Ce serait étonnant.

Nous l’avons expliqué dans un blogue en septembre : le financement des garderies se fait à 86,5 % par les impôts et à 13,5 % par les tarifs. On a calculé que 2,7 % des impôts vont à la subvention gouvernementale pour les garderies. Plus nos revenus augmentent, plus nos impôts augmentent, plus notre part au système de garderie augmente. La modulation existe déjà :

Deux questions :

  1. Voulons-nous passer à une double taxation des revenus des parents, dont les impôts prévus pour la subvention gouvernementale pour les garderies sont déjà modulés en fonction de leurs revenus, et qui devraient payer un tarif de garderie modulé aussi en fonction de leurs revenus?
  2. Voulons-nous taxer davantage les gens qui ont des enfants en augmentant et en modulant les tarifs?

Le pouvoir des médias sociaux

Jeudi 9 octobre 2014 à 12 h 43 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas nouveau, mais cet exemple est spectaculaire : Lego met fin à son association d’affaires avec Shell à la suite d’une campagne menée sur le web par l’organisme militant Greenpeace. La vidéo met en scène une maquette de briquettes Lego, dont certaines affichent le logo de la pétrolière, et qui se retrouvent submergées d’une matière visqueuse, épaisse, noire, qui est présentée comme étant du pétrole.

On comprend le message de Greenpeace, qui nous invite à signer une pétition. Lego expose les enfants à une entreprise qui pollue en exploitant une énergie fossile, notamment dans l’Arctique. Plus de un million de personnes ont signé la pétition, et Lego vient d’annoncer la fin de son association avec Shell. L’impact de la campagne en ligne du groupe environnemental aura été dévastateur.

La relation entre les entreprises était vieille d’un demi-siècle. Dans un communiqué, Jorgen Vig Knudstrop, le PDG du Groupe Lego, affirme que l’intérêt de son entreprise, c’est de « laisser un impact positif dans la société et sur cette planète que nous allons léguer à nos enfants ».  Lego dénonce la stratégie de Greenpeace, mais en arrive à la conclusion que l’entreprise « ne va pas renouveler le contrat de copromotion conclu avec Shell lorsque l’entente actuelle se terminera ».

Lego est d’avis que Greenpeace devrait viser directement et seulement Shell, sans mettre en cause une autre entreprise, comme Lego, et les enfants. « Les attentes de nos actionnaires sont élevées sur notre façon de gérer notre entreprise. Les nôtres aussi. Et nous ne sommes pas d’accord avec les stratégies utilisées par Greenpeace qui peuvent provoquer une mauvaise compréhension chez nos actionnaires sur la gestion de nos activités. »

Lego, une société danoise vieille de 82 ans, est détenue par des actionnaires privés.

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Dans un communiqué, Greenpeace affirme que Lego a cédé à la « pression populaire » et qu’il s’agit «d’un très grand coup pour Shell. La société a désespérément besoin de partenaires comme Lego pour lui donner une apparence respectable ».

S’il fallait trouver un autre exemple de la force des médias sociaux, en voici un particulièrement révélateur. Lego et Shell sont associés depuis les années 60. Du pétrole, nous en consommons, nous allons encore en consommer. Nous savons toutefois qu’il y a une transition énergétique qui doit se faire pour réduire notre impact écologique. Greenpeace, un groupe de pression, lance une campagne marquante sur le web, Lego prend panique, craint pour sa réputation, et annonce la fin de son association avec Shell.

Alors, selon vous, la campagne de Greenpeace représente-t-elle de la diffamation envers Shell et Lego? Ou est-ce plutôt la représentation d’un nouveau pouvoir dans notre société, celui des médias sociaux, que les entreprises doivent savoir gérer afin de protéger leur réputation?

Une réforme à la scandinave?

Mardi 7 octobre 2014 à 11 h 31 | | Pour me joindre

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La commission Godbout proposera-t-elle une réforme fiscale inspirée de la Suède et du Danemark? Si le fiscaliste Luc Godbout a de la suite dans les idées, une réforme à la scandinave s’annonce!

Luc Godbout et son équipe, qui travaillent sur cette réforme depuis plusieurs mois, doivent déposer un rapport d’étape au ministre des Finances Carlos Leitao le 31 octobre prochain. Les propositions de ce rapport ne seront pas nécessairement rendues publiques. Le ministre pourra s’en servir pour alimenter la mise à jour économique qu’il déposera possiblement début décembre à Québec.

Que contiendra donc ce rapport?

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Deux textes publiés dans Social-démocratie 2.0 nous donnent peut-être quelques éléments de réponses. Ce livre, publié aux Presses de l’Université de Montréal, compare le Québec aux pays scandinaves. Riches en statistiques, ce recueil est une source d’informations pertinentes et éclairantes sur la situation financière, fiscale et économique du Québec en comparaison de la Suède, de la Finlande, du Danemark et de la Norvège, souvent cités comme des modèles.

Les professeurs Stéphane Paquin et Pier-Luc Lévesque sont à la tête de ce livre. Luc Godbout participe à plusieurs textes, dont un intitulé Renouveler la fiscalité québécoise, écrit avec la chercheuse Suzie St-Cerny. Les auteurs sont d’avis que la construction fiscale des pays scandinaves devrait influencer le Québec.

Ils rappellent d’abord que le Québec se tire bien d’affaire sur le plan de la croissance économique, mais qu’il y a certainement place à l’amélioration. « La croissance réelle du produit intérieur brut (PIB) par habitant du Québec de 1989 à 2011 fut identique (1,3 %) à la moyenne des pays de l’OCDE. Toutefois, la Norvège (1,8 %), la Suède (1,6 %) et la Finlande (1,6 %) ont chacun connu une croissance réelle du PIB par habitant supérieure à celle du Québec ou de la moyenne des pays de l’OCDE. »

Ils exposent plusieurs faits :

  • Le Québec est, comme la Finlande et la Suède, une juridiction où les impôts sur le revenu des particuliers sont élevés, mais plus faibles pour les sociétés;
  • Le Québec se démarque en imposant particulièrement le patrimoine (impôts fonciers) et la masse salariale, mais est sous la moyenne pour ce qui est des cotisations sociales;
  • Surtout, le Québec taxe moins la consommation que le Danemark, la Suède, la Finlande et la Norvège, et c’est sur ce point que les auteurs Godbout et St-Cerny sont d’avis que le Québec devrait évoluer. Dans trois des quatre pays scandinaves, la taxe à la consommation est d’au moins 25 %. Plusieurs pays ont différents taux pour les produits de base et les produits de luxe. La Suède, par exemple, a trois taux de taxation : 9, 12 et 25 %. Ces pays ne compensent même pas l’impact de cette taxation pour les plus faibles revenus;
  • La part des recettes fiscales qui vient des taxes à la consommation est de 26 à 29 % pour les quatre pays scandinaves, comparativement à 20 % pour le Québec.

Tout ça pour dire que la fiscalité joue un rôle majeur dans les pays scandinaves comme au Québec, mais que son utilisation est différente et semble plus efficace. « Les pays scandinaves sont en haut du classement des pays au niveau de vie élevé », écrivent les auteurs.

« La Suède, ajoutent-ils, articule sa politique fiscale en tenant compte du fait que surtaxer le profit, l’investissement ou encore l’accumulation de capital n’est pas une bonne manière de favoriser la création d’emploi et de richesse […] Même si le poids de l’imposition globale reste plus important qu’en Amérique du Nord, la manière de prélever les recettes diffère. Les profits des sociétés sont moins imposés, alors que la consommation l’est davantage. »

Luc Godbout et Suzie St-Cerny remarquent que la Suède a choisi un système fiscal qui semble « moins dommageable pour la croissance économique » et qui peut contribuer davantage aux « dépenses publiques, qui, elles, profitent autant à la prospérité économique qu’au développement social ».

Dans le chapitre suivant, Luc Godbout, cette fois avec Stéphane Paquin, s’intéresse à la TVA sociale mise en place au Danemark, une taxe sur la valeur ajoutée qui a pour but de financer les programmes sociaux.

Le chapitre est titré La TVA sociale, une bonne idée pour le Québec? Les auteurs affirment que « l’argument central en faveur de la TVA sociale repose sur l’idée qu’il s’agit d’une mesure favorable à la croissance et à l’emploi. L’introduction d’une TVA sociale réduit le coût du travail en diminuant les charges qui reposent sur les entreprises […] La TVA sociale est également présentée par plusieurs comme une mesure antidélocalisation, car elle hausse la compétitivité et la profitabilité des entreprises […] La hausse de la TVA a également pour effet de taxer plus les produits importés. »

Luc Godbout et Stéphane Paquin admettent qu’une hausse subite de la TVA pourrait avoir un impact sur la consommation, l’inflation et la contrebande. Mais, au final, « les pays qui utilisent largement les taxes à la consommation tendent à être moins inégalitaires ». Et le Danemark est un autre pays dont le Québec devrait s’inspirer, selon Luc Godbout et Stéphane Paquin.

Cela dit, les auteurs affirment que « l’effet le plus négatif (d’une TVA sociale) semble, d’un point de vue politique, sur le plan électoral ». Si la commission Godbout propose une réforme à la scandinave, jusqu’où le gouvernement Couillard ira-t-il?

La précarité devient la norme

Vendredi 26 septembre 2014 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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De nos jours, les jeunes tendent à s’endetter plus que leurs parents, doivent composer avec un marché du travail de plus en plus précaire et savent qu’ils n’auront certainement pas le même niveau de retraite que les baby-boomers. Ce n’est pas qu’une impression, les chiffres le confirment. Dans une étude importante publiée il y a quelques jours, le Conference Board pose la question : « Les jeunes Canadiens d’aujourd’hui seront-ils la première génération dans l’histoire du Canada à être moins bien nantis que leurs parents? »

En s’appuyant sur les déclarations de revenus des citoyens de 1984 à 2010, le Conference Board constate que le revenu disponible moyen des Canadiens de 50 à 54 ans est 64 % plus élevé que le revenu moyen disponible des personnes de 25 à 29 ans. En 1984, l’écart n’était que de 47 %. L’inégalité de revenus est normale entre un adulte de 50 ans et un autre de 25 ans, mais de voir l’écart prendre de l’ampleur suscite des inquiétudes sur le sort des jeunes.

L’impact pourrait être structurel : de moins bons revenus, qui vont mener à moins de protection envers la vie, à moins de consommation et à moins de croissance économique. Et des tensions sociales potentielles, selon le Conference Board.

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Mais pourquoi en sommes-nous là? Ne serait-il pas venu le temps de poser un regard sur les dynamiques qui animent l’économie, les entreprises, le marché du travail? Les entreprises ne cherchent plus à attirer des gens compétents avec un bon régime de retraite ou encore de sublimes avantages sociaux. L’équation est aujourd’hui plus complexe et les solutions sont plus nombreuses. Mais elles doivent être bien analysées parce que la concurrence est forte.

Ainsi, les entreprises sont prudentes, elles évaluent avec précaution les coûts et les bénéfices et cherchent, en grande partie, à améliorer leur productivité. En soi, c’est une bonne chose. Une hausse de productivité permet aux entreprises de s’enrichir, ce qui peut les entraîner ensuite à investir et à faire des embauches.

Mais, pour l’instant, les derniers résultats sur la productivité nous laissent croire que l’amélioration pour les entreprises ne se fait pas nécessairement dans l’intérêt général de l’économie. Nous l’avons dit, les liquidités des grandes entreprises sont importantes. C’est 630 milliards de dollars qui ne sont pas investis pour créer de la richesse et des emplois.

Puis, au deuxième trimestre 2014, la productivité au Canada a bondi de 1,8 %, la plus forte majoration en 16 ans. Si ce bond a été alimenté par une hausse de 1 % de la production, il est aussi attribuable à une baisse de 0,8 % des heures travaillées.

Tout de même, il est à noter que, durant le même trimestre, la rémunération des travailleurs au Canada a augmenté de 2 %. Cela a fait dire aux économistes que la compétitivité du Canada avait baissé par rapport à celle aux États-Unis, où la rémunération est demeurée au point neutre. On peut se demander si les jeunes travailleurs sauront améliorer leur sort quand, en raison de la compétitivité de nos entreprises, on désire voir la rémunération augmenter le plus faiblement possible. Cette pression est réelle.

La pression sociale, économique et politique sur les salaires, les avantages sociaux et les retraites doit nous mener à une économie plus productive qui génère des richesses pour les travailleurs, qu’ils soient salariés ou entrepreneurs. Pour l’instant, les transformations en cours entraînent surtout une tension de plus en plus difficile à soutenir pour les jeunes qui arrivent sur le marché du travail.

La précarité devient la norme et, même si plusieurs sauront bien s’en tirer, c’est loin d’être une bonne nouvelle pour les jeunes.

Une place en garderie à… 0 $

Lundi 15 septembre 2014 à 16 h 47 | | Pour me joindre

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Je tiens à vous remercier d’échanger avec autant d’engagement sur ce blogue. Vous le faites depuis 2006 et je vous en remercie!

Je tiens aussi à réitérer que le billet de vendredi sur le financement du système de garde au Québec n’est pas une prise de position. Ce billet, comme tous les autres, a pour but de clarifier certains enjeux. On peut très bien changer le mode de financement des garderies au Québec. Je n’ai pas à me prononcer sur le sujet. Mais, quand j’entends une fausseté, je crois qu’il est essentiel de rétablir les faits. Dire que les mieux nantis paient la même chose que les moins bien nantis pour les garderies, c’est faux. Et c’est ce que j’ai voulu démontrer dans le billet de vendredi. Le financement actuel est collectif, que vous ayez des enfants en garderie ou non, et plus vous gagnez de l’argent, plus vous payez de l’impôt, plus vous financez le système de garderie subventionnée.

Cela dit, le dernier billet ne faisait pas le tour de la question. Il n’abordait qu’un enjeu : le financement de la subvention gouvernementale, c’est-à-dire environ 85,5 % du coût quotidien en garderie.

Maintenant, qu’est-ce que vous payez vraiment lorsque vous êtes parents et que vous avez un ou des enfants à la garderie?

Vous avez deux choix : envoyer votre enfant dans une garderie subventionnée à 7 $ par jour. Ou envoyer votre enfant dans une garderie non subventionnée, ce qui vous donne droit au crédit d’impôt remboursable pour frais de garde d’enfants.

En plus de la place subventionnée ou du crédit d’impôt au Québec, vous pouvez avoir droit à différentes aides du gouvernement fédéral :

  • prestation fiscale canadienne pour enfants;
  • prestation universelle pour la garde d’enfants;
  • déduction pour frais de garde d’enfants;
  • prestation fiscale pour le revenu de travail;
  • crédit de TPS.

Ces soutiens gouvernementaux peuvent réduire sensiblement votre facture de garderie.

  • Ainsi, un ménage qui touche un revenu annuel de 100 000 $ paiera en réalité 2,73 $ par jour s’il envoie son enfant dans le réseau subventionné à 7 $ par jour. Il paiera 2,81 $ s’il l’envoie dans une garderie privée à 25 $ par jour.
  • Un autre ménage, qui a un revenu annuel de 48 000 $, paiera 2,34 $ par jour pour un enfant dans une garderie subventionnée, alors qu’il recevra 23 ¢ par jour pour un enfant dans une garderie privée.

Cliquez ici et voyez clairement comment les réductions s’appliquent : http://bit.ly/1hGgrZ4

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Garderies : la modulation existe déjà

Vendredi 12 septembre 2014 à 16 h 33 | | Pour me joindre

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Déboulonnons un mythe sur les garderies à tarif réduit : la modulation existe déjà.

Mais, attention. Ce billet de blogue ne doit pas être interprété comme une prise de position en faveur ou en défaveur d’une restructuration du financement des services de garde au Québec. C’est un texte qui a pour but d’établir un fait et de s’éloigner des demi-vérités. C’est en partant d’un fait qu’on peut mieux réfléchir.

Alors, j’entends souvent des gens dire : n’est-ce pas épouvantable de permettre à des gens bien fortunés de payer 7 gros dollars par jour pour faire garder leur enfant dans un CPE, le même montant qu’une famille à faibles revenus? C’est inacceptable, ils doivent payer plus!

Le fait est que le financement des garderies subventionnées est déjà modulé en fonction du revenu. Ça s’appelle l’impôt. Plus vous gagnez de l’argent, plus vous payez de l’impôt, plus vous financez le système de garderie!

En 2011, les Québécois ont payé 38,905 milliards de dollars en impôts. Cette somme représentait 46,84 % des dépenses consolidées du gouvernement du Québec. Le reste provient des impôts des entreprises, des transferts fédéraux, et la différence représente le déficit.

Le programme des garderies coûtait en 2011 au Québec 2,24 milliards en subvention gouvernementale. C’est 2,24 milliards en dépenses gouvernementales. Si on applique le taux de 46,84 %, on pourrait présumer que les impôts des contribuables québécois ont payé en 2011 un total de 1,05 milliard en subvention gouvernementale pour les garderies subventionnées.

Cette somme, 1,05 milliard de dollars, représente 2,7 % des impôts des Québécois. Donc, on peut présumer que sur chaque dollar d’impôt qu’on paie à l’État québécois, il y en a 2,7 % qui vont à la subvention gouvernementale pour les garderies subventionnées.

Ainsi…

  • Une personne qui gagnait 20 000 $ en 2011 payait 1072 $ en impôt au Québec. De cette somme donc, 29 $ allaient aux garderies. Si on divise par 260 jours de garde, c’est 11 ¢ par jour!
  • Une personne qui gagnait 50 000 $ par année payait 6310 $ en impôt au Québec. On fait le même calcul : 170 $. C’est 66 ¢ par jour.
  • Une personne qui fait 100 000 $ payait 17 185 $ au fisc québécois. De cette somme,  464 $ allaient à la subvention gouvernementale pour les garderies. C’est 1,78 $ par jour.
  • Et une personne qui gagnait 150 000 $, qui payait 29 185 $ en impôts au Québec, injectait 788 $ dans le système des garderies à tarif réduit, c’est-à-dire 3,03 $ par jour.

Ainsi, une personne à faible revenu paie quelques cents par jour, quelques dollars par année pour subventionner les garderies, alors qu’une personne qui est mieux nanti va payer quelques dollars par jour, quelques centaines de dollars par année.

Le problème de la retraite au Canada

Lundi 1 septembre 2014 à 6 h 46 | | Pour me joindre

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Le Canada fait partie des pays où les régimes publics remplacent le moins le revenu de travail à la retraite. Selon l’OCDE, la pension de vieillesse, le supplément de revenu garanti et les rentes de la RRQ ou du RPC représentent environ 39 % du revenu de travail d’une personne de 65 ans et plus. La moyenne des 30 pays de l’OCDE est de 59 %. L’écart est considérable.

Pour voir ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

Si vous n’avez pas de régime d’employeur, ce qui est le cas de plus de 60 % des travailleurs au Canada, vous devez absolument avoir mis un peu d’argent de côté durant votre vie active pour espérer maintenir votre niveau de vie à la retraite. Les experts évaluent qu’il faut viser un revenu équivalent à 70 % de votre revenu de travail annuel pour espérer bien vivre. Autrement dit, si votre revenu annuel de travail était de 50 000 $, il vous faut planifier un revenu de retraite d’au moins 35 000 $.

Pour y arriver, vous pouvez compter sur la sécurité de la vieillesse (moins de 7000 $ par année) et les rentes auxquelles vous avez cotisé au cours de votre vie de travail par le truchement de la RRQ ou du RPC (maximum de 12 500 $ par année). Le reste doit être comblé par un revenu provenant d’un régime complémentaire de retraite ou un REER. Si vous n’y arrivez pas et que votre revenu ne dépasse pas 16 000 $ annuellement, vous aurez droit au SRG, le supplément de revenu garanti (9000 $ maximum par année). Au Canada, une personne de 65 ans et plus sur trois a besoin du SRG. Au Québec, c’est une personne de 65 ans et plus sur deux.

Pour regarder ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

Que faire pour améliorer le sort des retraités et des futurs retraités?

  • À votre avis, faut-il bonifier le Régime des rentes du Québec et le Régime de pensions du Canada, quitte à ce qu’il faille cotiser davantage annuellement? L’Ontario a décidé de créer son régime des rentes qui viendra ajouter une somme supplémentaire aux rentes du Régime de pensions du Canada. Est-ce que l’Ontario est l’exemple à suivre?
  • Faut-il rendre le REER obligatoire, créer une sorte d’épargne obligatoire pour s’assurer que les gens auront suffisamment de revenus à la retraite?
  • Ou faut-il laisser la situation telle quelle en tentant de miser sur une meilleure éducation à l’épargne, même si beaucoup de gens affirment avoir de trop bas revenus pour arriver à épargner?

Qu’en pensez-vous?

Le RVER est bien de son temps.

Le Régime volontaire d’épargne retraite est un nouvel outil pour les Québécois, employés et travailleurs autonomes, qui veulent mettre un peu d’argent de côté pour leurs vieux jours! Mais quand je dis qu’il est de son temps, c’est parce qu’il n’est pas très engageant et on peut se demander s’il vient vraiment régler les problèmes de revenus de retraite des Québécois. Il n’est que volontaire : l’employeur peut cotiser ou ne pas cotiser, l’employé peut cotiser ou ne pas cotiser.

Au bout de l’équation, ce nouvel outil viendra-t-il véritablement améliorer le sort des Québécois à la retraite?

Ceux qui n’ont pas les moyens d’épargner le feront-ils parce que leur employeur leur offre maintenant un RVER?

Et les moins bien nantis qui mettent un peu d’argent dans un RVER, verront-ils leur supplément de revenu garanti être coupé lorsqu’ils vont retirer l’argent de leur régime volontaire?

Ceux qui pourraient cotiser le feront-ils, tout à coup, parce qu’un outil volontaire leur est proposé? On ne le sait pas vraiment, mais on peut imaginer que, dans 5 ou 10 ans, on aura encore un nombre élevé de Québécois sans régime de retraite.

S’il y a une chose qui est positive, c’est que les petites entreprises seront dorénavant sensibilisées à l’importance d’offrir une couverture pour la retraite à leurs employés.

Il y a quelques années, l’ancien ministre Claude Castonguay a proposé qu’on instaure un REER obligatoire pour faire en sorte que les gens épargnent pour leur retraite et pour soulager les régimes publics. D’autres ont suggéré qu’on cotise davantage à la Régie des rentes du Québec pour doubler les prestations et donc assurer des jours plus confortables aux retraités.

Ces deux solutions ont leurs avantages et leurs inconvénients. Elles ont le mérite d’ancrer dans le réel l’amélioration de la retraite des Québécois.

L’option du RVER est peut-être plus facile à instaurer, puisque la charge est légère pour les entreprises et l’administration est confiée à des institutions financières. Mais va-t-elle sensiblement améliorer les choses?

Notre monde s’améliore-t-il?

Vendredi 27 juin 2014 à 15 h 24 | | Pour me joindre

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Près de 10 ans après la fermeture du magasin Walmart de Jonquière, les travailleurs syndiqués qui ont perdu leur emploi ont finalement eu gain de cause en Cour suprême. Le plus haut tribunal du pays ordonne qu’une compensation financière soit versée aux employés congédiés. Un arbitre devra trancher, puisque les travailleurs ne peuvent pas être réintégrés à leur milieu de travail : le magasin n’existe plus. Mais ils ont droit à une réparation.

La bataille a été longue pour arriver à ce résultat. Et cette affaire est importante. Au-delà de la bataille judiciaire et de l’argent qui est en jeu, une réalité semble apparaître : celle de la précarisation des travailleurs.

Aujourd’hui, après des décennies de syndicalisation, de législations sur le travail et la maladie et de protections et avantages multiples (des congés parentaux aux garderies à faibles coûts, en passant par l’assurance médicaments et l’assurance-emploi), le sort du travailleur est-il en train de s’aggraver?

Arrêtons-nous un instant. Mettons de côté nos convictions profondes et posons-nous la question : notre société s’améliore-t-elle? Je sais, c’est une grande question, j’en conviens! Et ce n’est pas dans un blogue qu’on va régler ça aujourd’hui! Mais, quand même, je vous invite à réfléchir à cette question avec moi.

On s’est donné un système socioéconomique qui s’appuie sur l’épanouissement des travailleurs et sur la croissance économique. Aujourd’hui, d’ailleurs, je tiens à le rappeler : nous faisons partie du 1 % planétaire! Nous sommes, au Québec, comme dans l’ensemble du Canada, parmi les plus riches de la planète. Ça se reflète d’ailleurs dans l’indice sur la qualité de vie de l’OCDE : nous sommes parmi les plus privilégiés du monde. Nous avons un système d’éducation de qualité, nous avons l’accès universel à un système de santé parmi les meilleurs malgré certains défauts.

Sommes-nous en train de détricoter cette structure qu’on a tenté de bâtir depuis un demi-siècle?

Prenez le dossier de la retraite. De quoi parle-t-on? On ne parle pas de la majorité des gens qui n’ont pas de régime de retraite. On ne parle pas de la faiblesse de la sécurité de la vieillesse et des rentes publiques pour les personnes de 65 ans et plus. On ne semble pas chercher à améliorer le sort général des retraités et des futurs retraités. On restructure les régimes existants et on cherche des solutions pour se sortir des régimes à prestations déterminées. On parle maintenant de prestations cibles, un régime plus flexible.

Prenez aussi les annonces dans le secteur des médias et du journalisme. Ce monde est en pleine transformation. Mais, au cœur de cette restructuration, les artisans doivent composer avec des conditions de travail plus difficiles. Il y a de moins en moins de postes permanents, bien protégés et bardés d’avantages sociaux. Il y a de plus en plus de pigistes, de contrats à courte durée, d’incertitudes et d’attentes. Ça, c’est la réalité.

Le monde des affaires réclame plus de « flexibilité ». En fin de compte, les entreprises s’enrichissent, le taux de chômage baisse, la croissance du PIB se poursuit. Mais la qualité des emplois et des milieux de vie, qui s’en occupe? Qui fait ce calcul? Derrière les données sur l’emploi à temps plein, l’emploi à temps partiel et le travail autonome, qui s’assure de l’état d’esprit des travailleurs, chose qui peut avoir un impact réel sur la productivité? On parle d’humains ici, pas de machines. Des humains dont les salaires stagnent depuis des décennies, dans un monde où les inégalités de richesse augmentent toujours.

Bien sûr, il faut s’adapter aux changements. Et bien sûr, avec l’ouverture des marchés, les grandes entreprises sont en mesure de réduire leurs coûts. Il faut faire preuve d’innovation, d’ingéniosité et de créativité pour maintenir certains emplois et pour éviter, au nom des coûts de main-d’œuvre et de production plus bas, de voir fermer des usines manufacturières. Mais cette réalité nous conduit-elle à un monde meilleur, prospère, riche et équitable? Est-ce qu’on s’améliore? Est-ce qu’on est plus heureux?

J’aimerais lire vos réponses.