Billets classés sous la catégorie « Éducation »

Nos dirigeants politiques sont-ils à l’écoute? Une quantité de chercheurs, professeurs, entrepreneurs, acteurs de l’économie font, tous les jours, des propositions, nous interpellent sur l’économie de demain et nous demandent de faire des choix pour améliorer notre économie à moyen et à long terme.

Bien sûr, on peut stimuler l’économie à court terme avec un crédit d’impôt rénovation ou un investissement dans les infrastructures. Mais comment relever les défis démographiques, écologiques, structurels de notre économie à long terme? Serons-nous encore coincés à 1 ou 2 % de croissance du PIB en 2020, en 2025, en 2030 parce que les choix qui s’imposent aujourd’hui n’auront pas été faits?

Je veux seulement vous donner trois exemples générés durant la seule journée de lundi dans le grand tout de notre actualité. Trois exemples de solutions qui demandent de la vision, de l’ambition et qui exigent de nos décideurs qu’ils laissent de côté la vision électoraliste et partisane à court terme. Trois exemples d’une économie à développer pour créer de la richesse, des emplois et une croissance durable : une stratégie d’innovation, un investissement massif en éducation et un virage vers le transport collectif.

  1. À RDI économie lundi soir, le nouveau président de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), Frédéric Bouchard, a lancé un appel pour une stratégie de l’innovation au Québec. L’actuel gouvernement a mis de côté la stratégie déployée en 2013 par le gouvernement Marois. Et les secteurs innovation et recherche ont été séparés, alors qu’ils étaient ensemble depuis 10 ans. Or, l’avenir passe par des liens plus serrés entre la recherche universitaire et l’innovation en entreprises, selon Frédéric Bouchard. Et il est nécessaire d’appuyer sur l’accélérateur, selon lui, parce que nos défis sont colossaux : vieillissement de la population, changements climatiques, dématérialisation de l’économie, etc.
  2. Dans une étude publiée lundi, le Centre sur la productivité et la prospérité (CPP) affirme que le Québec n’investit pas assez en éducation. « La proportion des jeunes Québécois de 15 à 19 ans qui évoluent en marge du système d’éducation est plus importante que dans une majorité de pays et le taux de diplomation universitaire y est aussi plus faible », écrit le CPP. C’est une évidence, c’est clair, c’est factuel. Comment une société peut-elle espérer s’enrichir sans un investissement conséquent en éducation, en formation, dans ses jeunes? Le ministre des Finances a promis un « réinvestissement » en éducation dans le prochain budget. Mais, en réalité, la croissance des dépenses en éducation ne dépassera même pas le niveau d’inflation.
  3. Puis, l’alliance Switch, qui regroupe des écologistes et des membres du patronat et des entreprises, invite le gouvernement à adopter une stratégie audacieuse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, qui ont augmenté de 26 % au Québec de 1990 à 2012. Trois propositions : appuyer les municipalités dans l’aménagement durable de leur territoire et le développement du transport collectif, financer davantage le transport collectif pour en augmenter l’offre et miser sur l’aluminium dans la fabrication de véhicules, les biocarburants de deuxième génération ou le gaz naturel pour le transport routier.

Trop simple, vous allez dire. Je vous répondrai : trop compliqué dans les faits pour les décideurs politiques abonnés au court terme. Le ministre Leitao préfère nous dire que les exportations ne sont pas assez élevées, mais il évite de nous présenter une stratégie qui permettrait de placer les entreprises du Québec parmi les meneurs du monde en matière d’innovation.

Comme l’expliquait Frédéric Bouchard lundi soir, innover, c’est transformer un savoir, une connaissance en un outil utile et créateur de richesse. Si on veut l’exporter, il faut l’inventer, le créer, le développer. Il faut une stratégie, nous a-t-il dit, pour soutenir les Serge Godin et Alexandre Taillefer de demain. Les idées doivent avoir des ailes.

Or, où en sommes-nous sur ce plan? Loin. Loin des meilleurs. Une étude américaine nous apprenait lundi que le Canada se positionne au 25e rang sur 56 pays développés du monde en matière d’innovation et de leur effet sur la croissance mondiale. Loin des premiers, la Finlande, la Suède, le Royaume-Uni, loin des États-Unis et de la France, aux 10e et 11e rangs.

À Davos, le premier ministre Justin Trudeau a dit qu’il fallait investir dans le savoir au Canada, pas seulement dans les ressources. Cette déclaration suscite un certain espoir chez les chercheurs et les innovateurs. Mais tout reste à faire.

Dans les faits, en ce moment, on parle d’infrastructures sans savoir dans quoi l’argent sera investi et jusqu’à quel point ça va stimuler l’innovation. Et surtout, on se chicane sur l’oléoduc Énergie Est, qu’on politise au maximum pour des points partisans. De plus, le Canada s’apprête à signer le Partenariat transpacifique sans en valider les répercussions sur l’économie et l’emploi.

Une autre étude, d’ailleurs, vient d’être publiée aux États-Unis pour dire que le PIB va progresser plus rapidement avec cet accord de libre-échange, mais qu’aucun emploi ne sera créé. Et au Canada? Aucune idée!

Des idées, de la créativité, il y en a. Ce qu’il faut, c’est de la vision.

Nier le consensus mondial des scientifiques sur les changements climatiques, c’est offrir gratuitement de son temps aux producteurs les plus polluants, notamment les producteurs d’énergie fossile. Ceux à qui le chapeau fait, ils vous disent merci!

J’imagine que ces gens, qui nous encouragent à l’inaction pour ce qui est des énergies fossiles, ne font pas du tout partie de ceux qui dénoncent les mouvements du prix de l’essence et les profits faramineux des grandes pétrolières.

Je présume aussi qu’ils savent que le réchauffement climatique aura des répercussions dévastatrices sur les pays les plus pauvres de la planète, ce qui poussera des millions de personnes à fuir. Ça fera des millions de réfugiés.

Tout ça pour dire que si vous vous intéressez à l’économie, à la création de richesse, à sa redistribution, à la création d’emplois et au développement durable, un accord ambitieux à Paris d’ici deux semaines est essentiel. Pour trois grandes raisons :

  1. Nous sommes déjà très en retard : le réchauffement est en cours et le mieux qu’on puisse espérer aujourd’hui, c’est de limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.
  2. Les entreprises aiment avoir des balises claires, des cibles précises, des données, des chiffres, des prévisions, un cadre réglementaire qui ne change pas, pour être capables d’intégrer ces coûts dans leur plan d’affaires et de se préparer à long terme.
  3. Les économistes, les dirigeants d’entreprises, les comptables, les fabricants, les fournisseurs, les exportateurs, les détaillants et les entrepreneurs ne veulent pas être les victimes des changements climatiques. Ils veulent saisir l’occasion qui se présente. C’est vrai qu’il est difficile de prévoir l’avenir et de chiffrer avec exactitude le prix de l’inaction. Mais compte tenu de ce qu’on sait sur le plan scientifique, n’est-il pas plus intéressant de faire partie de la solution dans le contrôle des émissions de gaz à effet de serre que le contraire?

Pour atteindre les objectifs qui seront négociés à Paris dans les prochains jours, les entreprises et les gouvernements doivent travailler sur plusieurs fronts :

  • encourager les technologies qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de les compenser;
  • stimuler la recherche et l’exploitation d’énergies renouvelables pour amorcer la nécessaire transition énergétique;
  • continuer de mettre en oeuvre des politiques qui ont pour seul objectif d’améliorer notre efficacité énergétique;
  • adopter des incitatifs fiscaux qui ont pour but de modifier certains comportements : la taxe sur l’essence est un incitatif, même s’il n’est pas populaire. Mais de faibles coûts sur les transports en commun représentent une avenue intéressante pour l’environnement… et le portefeuille!

L’agence économique la plus réputée du monde, c’est Bloomberg. Et c’est probablement cette agence qui a réalisé l’infographie la plus spectaculaire pour nous faire comprendre l’enjeu. C’est ici.

bloomberg

On sait que le Québec et l’Ontario tiendront leur prochain scrutin électoral à trois jours d’intervalle en octobre 2018, et voilà que les deux provinces décident de faire le point sur leurs finances publiques le même jour. L’Ontario a dévoilé sa mise à jour économique à 14 h (HNE) et le Québec, à 15 h. Il est clair que les premiers ministres Philippe Couillard et Kathleen Wynne s’entendent bien, partagent plusieurs convictions mutuelles. Mais, sur le plan budgétaire, l’écart entre le Québec et l’Ontario est franchement important.

Nous avons souvent dit que le Québec était en retard sur l’Ontario, notamment en ce qui a trait à son niveau de vie. C’est peut-être encore vrai aujourd’hui en regard du PIB par habitant. Mais depuis la récession de 2009, le Québec se trouve dans une situation largement plus enviable que l’Ontario sur le plan des finances publiques.

Le Québec a été moins touché par la récession que l’Ontario et a décidé d’adopter une approche plus austère en réduisant la croissance de ses dépenses. Le gouvernement Marois l’a fait en 2012-2013, le gouvernement Couillard l’a aussi fait en 2014-2015 et poursuit sur cette lancée cette année.

Les derniers chiffres dévoilés aujourd’hui le confirment.

D’ailleurs, on vous l’annonce : le Québec est déjà en surplus. Les comptes publics du ministère des Finances ont confirmé un surplus avant versement au Fonds des générations de 136 millions de dollars pour l’exercice 2014-2015 qui s’est terminé le 31 mars dernier. Pour la première fois depuis 2007-2008, le gouvernement du Québec affiche un surplus.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, dans sa mise à jour économique, a confirmé que l’ère des surplus va se poursuivre. Son gouvernement prévoit un excédent de 1,5 milliard de dollars en 2015-2016 et de 2,2  milliards en 2016-2017. Ces projections sont légèrement plus faibles que dans le budget présenté le printemps dernier, en raison d’une croissance économique plus faible que prévu.

Pendant ce temps, en Ontario, le gouvernement Wynne vise 2017-2018 pour revenir à l’équilibre budgétaire, soit trois ans plus tard que le Québec. En 2014-2015, Queen’s Park a enregistré un déficit de 10,3 milliards de dollars. En 2015-2016, on prévoit dans la mise à jour économique un déficit de 7,5 milliards de dollars, ce qui est mieux que prévu en raison de la vente d’actions d’Hydro One. En 2016-2017, le déficit devrait baisser à 4,5 milliards.

Cela dit, le Québec a une dette plus élevée que l’Ontario. La dette nette du Québec est à plus de 51 % du PIB, alors que l’Ontario est à 39 %. Mais le retour à l’équilibre du Québec représente un plan qu’apprécient les agences et qui permet au Québec de maintenir sa cote de crédit. Les difficultés de l’Ontario à juguler son déficit inquiètent en retour ces mêmes agences.

La note de crédit de l’Ontario a été abaissée et pourrait l’être encore par l’agence Moody’s, qui accole une perspective négative à la note de Aa2 de l’Ontario. Les notes de crédits du Québec et de l’Ontario sont aujourd’hui, essentiellement, les mêmes. Et l’Ontario est aujourd’hui bénéficiaire de la péréquation, comme le Québec.

Pour atteindre l’équilibre donc, le Québec a choisi d’imposer des mesures d’austérité, soit des compressions dans tous les secteurs, des réductions de dépenses dans la plupart des missions. Le gouvernement est tellement chiche qu’on constate même dans les comptes publics qu’il a dépensé 1 milliard de dollars de moins que prévu dans le budget 2014-2015. Pendant ce temps, les groupes sociaux et les syndicats manifestent leur désaccord avec des marches dans les rues et des jours de grève.

Je vous disais en début de texte que, sur le plan budgétaire, l’Ontario et le Québec s’étaient éloignés dans les dernières années. Mais on peut penser que la première ministre Wynne est tentée de s’inspirer de ce que fait le Québec. La croissance des dépenses prévue est de 2,4 % cette année, de 0,8 % l’an prochain et de 0,2 % ensuite.

En fait, l’Ontario s’aventure dans l’austérité pendant que le Québec va probablement commencer à s’en extirper à l’approche des élections de 2018. N’oubliez pas que le gouvernement Couillard a promis des baisses d’impôt. Il est en train de se donner la marge de manoeuvre nécessaire pour y arriver, coûte que coûte.

Trudeau : éviter une dérive budgétaire

Mercredi 4 novembre 2015 à 16 h 32 | | Pour me joindre

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Le programme économique de Justin Trudeau tirait à gauche sur certaines propositions, notamment les hausses d’impôt pour les mieux nantis et des déficits pour stimuler la croissance du PIB et la création d’emplois. L’équipe économique du nouveau gouvernement penche à droite du centre plutôt qu’à gauche avec, au Trésor, Scott Brison, ancien député du Parti conservateur et, aux Finances, Bill Morneau, ancien président du conseil d’administration de l’Institut CD Howe, organisme souvent décrit comme étant conservateur, bien que non partisan.

Cela dit, Bill Morneau a une longue feuille de route : il a dirigé l’entreprise familiale Morneau Shepell, une des plus grandes entreprises de conseil en ressources humaines au Canada. Il a fait du bénévolat dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Il a siégé au Conseil consultatif sur les régimes de retraite du gouvernement de l’Ontario. On peut s’attendre à une approche pragmatique.

Bill Morneau et Justin Trudeau

Les cordons de la bourse ne sont donc pas entre les mains du plus keynésien du groupe, l’économiste John McCallum, qui se retrouve à l’Immigration. L’auteure et journaliste Chrystia Freeland, qui a écrit sur l’enrichissement des mieux nantis et leur influence politique, s’occupera du Partenariat transpacifique au Commerce international.

Le Parti libéral a fait beaucoup de promesses durant la campagne électorale. En choisissant Bill Morneau et Scott Brison, avec l’appui de l’économiste québécois Jean-Yves Duclos comme membre du comité des priorités et du Conseil du Trésor, le nouveau premier ministre veut s’assurer de ne pas perdre le contrôle des finances publiques. Oui, le nouveau ministre des Finances aura de la marge de manoeuvre pour investir dans l’économie avec tous les déficits qui sont prévus pour les 3 prochaines années, mais Justin Trudeau veut éviter les débordements et souhaite sans doute revenir plus rapidement que prévu à l’équilibre budgétaire. Bill Morneau et Scott Brison auront pour mandat de ne pas lâcher la bride.

Scott Brison

Cela dit, les libéraux ont appuyé leur plate-forme sur les projections économiques révisées à la baisse du directeur parlementaire du budget, avec un facteur de prudence de 600 millions de dollars. Ce nouveau gouvernement a définitivement les coudées franches pour mettre en place son programme.

Les 5 grands changements à prévoir d’ici le printemps prochain :

  • une politique budgétaire expansionniste, d’investissements et de réinvestissements avec des déficits jusqu’en 2019;
  • un cadre de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui viendra préciser, espérons-le, les attentes en matière d’environnement pour les entreprises et les industries;
  • une baisse du taux d’impôt de 22 % à 20,5 % pour les revenus entre 44 700 $ et 89 401 $ et une hausse du taux d’impôt, de 29 % à 33 %, sur les revenus dépassant 200 000 $;
  • annulation de la hausse du plafond de cotisation au CELI et du fractionnement du revenu pour les couples avec enfants;
  • mise en place de l’Allocation canadienne aux enfants, qui ne sera pas imposable et qui viendra remplacer la Prestation universelle pour la garde d’enfants, la Prestation fiscale canadienne pour enfants et le supplément de la prestation nationale pour enfants.

141011_zn7jy_manifestation-cacouna-2-corr_sn635Après des échecs retentissants, le gouvernement du Québec a décidé en 2014 de lancer un Chantier de l’acceptabilité sociale. C’est la moindre des choses à faire. Quantité de projets ont été abandonnés, charcutés, reportés à plus tard parce que les promoteurs n’ont pas pris au sérieux l’étape névralgique de l’acceptabilité sociale. Du Cirque du Soleil dans le sud-ouest de Montréal au gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, des projets économiques porteurs ont frappé le mur de la contestation sociale et citoyenne parce qu’ils étaient mal ficelés ou mal expliqués.

« Dans un contexte où les projets et les décisions publics semblent de plus en plus contestés, écrit la chercheuse Corinne Gendron, un nouvel impératif tend à s’imposer : l’acceptabilité sociale. Cette notion s’enracine dans les stratégies mises en oeuvre par les décideurs pour maîtriser une opposition qu’ils ne cherchent malheureusement pas toujours à comprendre. » Et le Québec semble en retard en matière d’acceptabilité sociale, alors que les mouvements d’opposition s’organisent avec efficacité et réussissent à déboulonner plusieurs projets.

On peut, à ce point-ci, continuer de se plaindre du pouvoir des « groupuscules » comme le font certains décideurs, frustrés qu’on leur accorde de l’attention. Ou on peut aussi se regarder dans le miroir et évaluer ce qui ne va pas et ce qui doit être fait. C’est ce que semble envisager le gouvernement du Québec en ce moment. Dans un rapport obtenu par Radio-Canada, la firme Raymond Chabot Grant Thornton propose au ministère des Ressources naturelles d’amener les promoteurs à impliquer les citoyens dès le début du projet. Ils doivent être transparents tout au cours du projet, selon les auteurs du rapport.

Le Québec doit agir. Dans un texte publié dans le magazine Communiquer – revue internationale de communication sociale et publique en novembre 2014 –, Corinne Gendron écrit que « l’acceptabilité sociale peut être lente à construire et fragile, l’inacceptabilité, une fois constatée, est difficile à renverser. [...] C’est bien en amont du projet lui-même que s’établissent les bases de l’acceptabilité sociale, à travers la construction d’une relation de confiance entre le décideur et la société civile ».

Elle propose « l’instauration de forums de dialogue » dans le cadre du concept de la « démocratie participative ». Il faut des institutions, des lieux de débat parce que « le décideur public ne peut se contenter de mobiliser le processus de la démocratie représentative pour justifier ses décisions, selon Corinne Gendron, tandis que l’entrepreneur doit mettre son projet en phase avec la vision du progrès portée par la population qui est invitée à l’accueillir. La crédibilité du décideur et l’ancrage de la décision dans le tissu social sont aujourd’hui déterminants pour que celle-ci soit acceptée, et par conséquent applicable et effective ».

Il sera toujours difficile de concilier l’exploitation de ressources fossiles et/ou non renouvelables avec le désir de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et de protéger la planète. L’acceptabilité sociale n’est pas impossible toutefois. Des compensations réelles pour les populations touchées et des investissements dans des projets de développement durable et des technologies vertes peuvent faire partie d’une entente. Pour ça, il faut de l’ouverture, des explications. Et il faut que ce soit sincère!

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Les Canadiens ont fait leur choix. Ils ont opté pour le changement, celui qu’incarnent les libéraux, et ce choix est assumé puisque le nouveau gouvernement Trudeau sera majoritaire. Il est clair que les enjeux politiques vont dominer les prochains jours avec la transition du pouvoir, la formation du nouveau Conseil des ministres et les changements à prévoir dans les partis d’opposition. Mais, tôt ou tard, la réalité économique et financière du Canada va rattraper le nouveau gouvernement. Et des choix devront être faits.

Voici les cinq tâches et défis économiques et financiers du nouveau gouvernement :

1- La réalité des chiffres : présenter une mise à jour budgétaire

Nous avons expliqué 100 fois que la révision à la baisse de la prévision de croissance économique pour 2015 allait obliger le gouvernement à revoir à la baisse ses revenus projetés et donc le surplus envisagé dans le budget 2015-2016 à 1,9 milliard de dollars. C’est environ 3 milliards de dollars qui seront manquants, selon les calculs de l’économiste Jean-Pierre Aubry.

Le Parti libéral a clairement dit qu’il allait enregistrer des déficits d’ici 2019 avant de revenir à l’équilibre budgétaire. Il n’a pas donné de précisions sur le solde envisagé pour l’exercice en cours, 2015-2016, qui se termine le 31 mars prochain. Mais il y a fort à parier que le nouveau gouvernement annoncera un déficit pour cet exercice et attribuera tous les torts au gouvernement conservateur précédent.

Cette mise à jour viendra avant Noël et le budget probablement en mars, question de laisser un peu de temps au nouveau ministre des Finances de s’installer et de mettre en oeuvre les priorités de son gouvernement.

D’ailleurs, qui sera le prochain ministre des Finances?

  • Bill Morneau, nouveau député libéral de Toronto-Centre, a étudié à la London School of Economics. Il est administrateur, il a siégé au conseil consultatif sur la retraite du gouvernement ontarien et à l’Institut CD Howe. Il fait partie de la famille qui a fondé Morneau Sheppel, société de conseils en ressources humaines.

  • John McCallum, député de Markham-Thornhill, a notamment été ministre du Revenu, a été aussi économiste en chef de la Banque Royale. Il est vu comme l’un des architectes de la politique keynésienne des libéraux, c’est-à-dire une politique d’investissements massifs de l’État dans l’économie, quitte à faire des déficits.

  • Ralph Goodale, député de Regina-Wascana, a été ministre des Finances du Canada. Il a été élu la première fois à Ottawa en 1974, c’est un vétéran, qui a aussi dirigé les ministères des Ressources naturelles et de l’Agriculture.

  • Jean-Yves Duclos, nouveau député libéral dans Québec, est un économiste qui a fondé récemment la Chaire sur les enjeux économiques des changements démographiques. Il a fait plusieurs recherches sur le financement de la santé. Peu probable qu’il se retrouve aux finances, mais probable qu’il soit au Conseil des ministres.

  • Scott Brison, député dans Kings-Hants, était le porte-parole du PLC en matière de finances dans l’opposition. Il est coprésident du conseil consultatif sur l’économie de Justin Trudeau. Il a été ministre des Travaux publics et connaît bien le secteur de l’investissement bancaire.

2- Le signal du premier budget

C’est dans ce budget qu’on verra poindre la vision du nouveau gouvernement. Les principes qui guideront les libéraux seront résolument différents sur le plan du développement économique. Les conservateurs misaient sur les baisses d’impôt et le contrôle des dépenses. Les libéraux injecteront des milliards de dollars dans l’économie pour stimuler la construction d’infrastructures, une vieille recette économique qui a pour but d’alimenter la croissance économique et les revenus d’impôt pour le gouvernement.

Il faudra surveiller les bases de projections du nouveau gouvernement. Sera-t-il optimiste sur la croissance du PIB et la remontée des cours du pétrole comme l’était l’ancien gouvernement? Ou jouera-t-il de prudence en adoptant l’approche de la surestimation des déficits afin d’annoncer ensuite de « bonnes nouvelles », autre vieille recette, politique celle-là?

Il est clair que les libéraux se sont donné une belle marge de manoeuvre en promettant des déficits et non des surplus budgétaires dès cette année ou l’an prochain. N’importe quel ministre des Finances voudrait bénéficier d’une telle marge de manoeuvre. Le Canada est un pays riche, coté AAA, avec des finances publiques saines et qui peut emprunter à de très faibles coûts. Son défi n’est pas budgétaire. Il est économique.

3- Stimuler l’économie : un plan pour faire face au vieillissement de la population et générer de l’activité économique dans un contexte de lente croissance du PIB

Et c’est ici qu’on attend de l’audace, de la vision et une compréhension fine de l’économie. Les Canadiens méritent qu’on voie venir les coups 5, 10, 15 ans d’avance, dans la mesure du possible bien sûr. Il y aura toujours des impondérables, des guerres, des crises, des événements de toute nature. Mais il y a des tendances que nous pouvons analyser en prospective. Nous savons que le Canada vieillit. Il y a plus d’aînés que d’enfants au Canada. C’est un changement démographique radical, majeur, qui va ralentir l’économie plutôt que de la stimuler, c’est dans l’ordre des choses.

Il faut donc stimuler l’innovation, la productivité, aider les entreprises à exporter, à se développer, à créer et à embaucher. Oui, les infrastructures stimulent l’économie. Mais quelles infrastructures vont modeler notre futur? Ce sont certainement les infrastructures vertes, les bâtiments et les structures fondées sur le développement durable, le transport en commun, un aménagement urbain convivial, efficace, intelligent, qui réduit notre dépendance au pétrole et notre empreinte carbone.

Et n’oublions surtout pas qu’il faudra gérer ces budgets d’infrastructures. S’il y a une chose qu’il faut éviter, c’est le bar ouvert pour les entreprises qui pourraient se magasiner de généreuses primes. On ne veut pas une nouvelle commission Charbonneau.

4- Stimuler l’épargne et améliorer le sort des aînés

Par quel bout commencer? D’abord, le Parti libéral a pris l’engagement d’annuler la bonification du compte d’épargne libre d’impôt (CELI), qui était passé à 10 000 $ sous les conservateurs dans le dernier budget. Le PLC a aussi pris l’engagement de bonifier de 10 % le Supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls. Maintenant, il faut faire davantage.

Le Canada fait partie des pays qui assument une faible part des revenus de retraite dans l’OCDE. Faut-il bonifier le Régime de pensions du Canada (et le Régime des rentes du Québec)? Faut-il s’inspirer de l’Ontario, qui veut ajouter un régime public au Régime de pensions en faisant passer de 25 % à 40 % le remplacement par les rentes du revenu de travail à la retraite? Faut-il adopter une stratégie d’épargne solide pour amener les employeurs et les travailleurs à épargner davantage?

Le vieillissement de la population au Canada ralentit la croissance économique et risque d’augmenter l’appauvrissement des aînés. Que va faire le nouveau gouvernement majoritaire de Justin Trudeau?

5- Environnement : adopter un plan audacieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre en gardant en tête les répercussions économiques à long terme

Le défi économique du 21e siècle, je l’ai souvent dit et écrit, c’est le défi écologique. Justin Trudeau prévoit aller à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques avec des premiers ministres provinciaux. Il propose d’établir ensuite des cibles précises pour le Canada. Il est non seulement souhaitable que le Canada accélère son travail en matière de réduction de gaz à effet de serre, mais surtout que ces objectifs soient atteints.

Le Canada doit maintenant faire partie de la solution. Mais comment le nouveau gouvernement va-t-il gérer l’essor de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux? Et comment pourra-t-il demeurer cohérent si les prix du pétrole repartent à la hausse et viennent remplir les coffres à Ottawa?

Après la campagne, après les promesses, la réalité économique et financière se dresse devant le nouveau gouvernement. Le PLC va recentrer son action et il y a fort à parier que, malgré des engagements environnementaux plus solides, le gouvernement Trudeau continuera de défendre le développement du pétrole.

Il faut croire aussi que les milliards vont pleuvoir dans les infrastructures, mais que dans l’objectif de ne pas effrayer les Canadiens, le premier ministre désigné voudra revenir à l’équilibre budgétaire plus rapidement que prévu, en 2018-2019 plutôt qu’en 2019-2020. Et attendez-vous à ce que Justin Trudeau approuve le Partenariat transpacifique, avec ou sans compensations pour les secteurs de l’automobile et des producteurs laitiers.

16 promesses libérales

  • Baisse d’impôt de 22 à 20,5 %
  • Hausse d’impôt à 33 % au-delà de 200 000 $
  • Baisse d’impôt pour les PME de 11 à 9 %
  • Infrastructures : 125 milliards de dollars sur 10 ans
  • Allocation canadienne pour enfants
  • Annulation de la bonification du CELI
  • Annulation du fractionnement du revenu entre conjoints
  • Hausse de 10 % du SRG pour les aînés vivant seuls
  • Pas de péage sur le nouveau pont Champlain
  • Nouvelle évaluation environnementale d’Énergie Est
  • Nouveau plan pour la réduction des GES avec les provinces
  • Partenariat transpacifique?
  • Nouvel accord sur les transferts en santé aux provinces
  • Postes : annuler la fin de la livraison à domicile
  • 150 millions de dollars de plus pour CBC/Radio-Canada
  • Conseil des arts du Canada : de 181 à 360 millions de dollars

 

RDI économie : saison 8!

Lundi 17 août 2015 à 11 h 36 | | Pour me joindre

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C’est un plaisir de vous retrouver. Aujourd’hui, on lance la huitième saison de RDI économie. C’est, je vais vous l’avouer, au-delà de mes espérances. Je ne le réalise pas très bien, mais nous présenterons quelque part d’ici un an une 2000e émission de RDI économie! L’aventure a été lancée quelques jours avant l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008. Et, depuis, on explique, on analyse, on tente de mettre en contexte, de faire entendre des points de vue différents sur les enjeux de la finance et de l’économie.

Je saisis le privilège qui est celui d’animer une émission, d’entrer dans les foyers de milliers de gens tous les jours. C’est un privilège, mais c’est aussi une responsabilité. Celle de présenter les faits, avec équilibre, sans fioritures, à l’abri de la démagogie et des a priori, dans le plus grand respect des citoyens qui nous choisissent.

Ce travail, c’est moi qui vous le présente tous les jours, mais c’est l’oeuvre de toute une équipe. Une petite équipe, dévouée, engagée, créative. Je les remercie d’ailleurs d’être aussi dédiés à la tâche. Sans eux, rien de tout cela ne serait possible.

Cette saison sera chargée. D’abord parce que nous sommes en pleine campagne électorale et parce que le Canada est possiblement en récession. Nous allons décortiquer les propositions économiques des partis politiques, nous allons contextualiser les ralentissements de l’économie canadienne. Nous concoctons aussi plusieurs émissions spéciales au cours de la prochaine saison, des émissions que nous présenterons dans certaines villes du pays, des émissions sur la consommation, les impôts et le commerce électronique notamment.

Et le 5 septembre, j’aurai le plaisir d’animer une table ronde sur les paradis fiscaux en marge de la présentation du film Le prix à payer sur les ondes d’Ici Radio-Canada Télé.

Nous voulons aussi prendre le temps de faire de la « prospective » avec la présentation tous les lundis à RDI économie d’une chronique consacrée à l’économie de demain. Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui se trame en ce moment, qu’est-ce que vous devez savoir, pour comprendre ce qui s’en vient bientôt, demain, dans les prochaines années? Je pense que cette chronique sera très utile.

Nous lancerons également une série d’entrevues avec des meneurs inspirants. À suivre. Nous allons aussi continuer, bien sûr, de répondre à vos questions à RDI économie, de suivre l’actualité, la chute du yuan, les difficultés de Bombardier, etc.

C’est parti!

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Le tabou de l’argent

Jeudi 25 juin 2015 à 13 h 25 | | Pour me joindre

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S’il semble vrai que depuis la crise de 2008, les gens parlent plus d’économie, s’y intéressent davantage, il n’est pas clair en retour que l’argent n’est plus un tabou. C’est difficile de parler d’argent, de ses revenus, de la valeur des biens et des services, de se comparer et de se comprendre sur les questions financières. L’argent peut donner des ailes, mais aussi de la misère!

Il est tellement difficile de parler d’argent qu’on en vient même à constater qu’un très grand nombre de personnes n’ont aucune idée précise du revenu de leur conjoint. Le savez-vous, vous? Je vous pose la question : combien gagne votre époux-épouse-copain-copine?

Croyez-le ou non, selon un sondage réalisé par Fidelity aux États-Unis, 43 % des gens n’arrivent pas à dire combien leur partenaire gagne dans la vie! Et 10 % se sont trompés d’au moins 25 000 $ dans leur évaluation! En plus, le tiers des couples ne s’entendent pas sur l’argent disponible pour investir. La moitié n’a aucune idée du montant nécessaire à la retraite pour vivre convenablement.

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Quand madame gagne plus que monsieur

Le tabou s’explique peut-être, en partie, par le fait que bien des hommes ne veulent pas vraiment voir que leur concubine gagne plus qu’eux. L’économiste François Delorme m’a fait découvrir, dans le cadre de notre projet de rédaction de livre sur l’économie en 2013-2014, une étude de l’Université de Chicago. Cette dernière montre que « 50 % des répondants nés avant 1945 croient qu’il est problématique qu’une femme gagne un revenu plus élevé que son mari. Cette proportion baisse à 30 % pour les répondants nés entre 1946 et 1964 et remonte à près de 40 % pour ceux nés après 1965 [...] Quand une femme gagne un revenu supérieur à celui de son conjoint, la probabilité de se marier diminue significativement. Et si, au cours d’une relation, une femme en vient à gagner davantage que son mari, il y a beaucoup plus de risques que leur union dure moins longtemps que si le mari avait continué d’avoir un revenu plus élevé ».

Ça peut ressembler à de vieux a priori, je vous entends réagir. C’est pourtant très sérieux et très réel. La situation des femmes ne cesse de progresser, mais les convictions, conscientes et inconscientes, avancent un peu plus lentement.

Parler d’argent

L’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de lancer une campagne pour qu’on parle d’argent au Québec et pour faire en sorte que les gens s’intéressent davantage à ces questions. Dans son document exposant sa stratégie en matière d’éducation financière, l’AMF écrit que « plusieurs personnes prétendent que la société québécoise et sa majorité francophone subissent encore l’influence de certaines valeurs réfractaires à l’argent, notamment les valeurs judéo-chrétiennes ayant marqué plusieurs générations. […] À bien des égards, notre relation avec l’argent nous distingue des Canadiens des autres provinces ».

Dans son évaluation des comportements financiers des Québécois, réalisée à partir d’un sondage effectué auprès de « 1500 personnes responsables de la gestion des finances dans leur ménage », l’AMF nous apprend que « moins d’un Québécois sur deux (46 %) a fait l’exercice de vérifier si les sommes épargnées sont suffisantes pour la retraite ». Pourtant, trop de gens vivent pauvrement à la retraite.

Pour tenter d’améliorer la situation, l’AMF amorce cet automne une tournée des cégeps pour parler de surendettement, de fraude, de finances et d’économie. L’Autorité veut également relancer la promotion d’une trousse pour les professeurs du primaire, « Mes sous, j’y vois », afin de les aider à parler d’argent en classe. Des projets sont en développement aussi pour 2016 avec la Fondation PGL. Et des pressions sont toujours exercées pour faire accepter par le ministère de l’Éducation la réintroduction d’un cours d’éducation financière.

Le tabou de l’argent est tenace, nourri par des préjugés, peut-être aussi notre héritage judéo-chrétien et une forme répandue de désintérêt pour les questions financières. Pourtant, parler d’argent pourrait sans doute permettre à bien des gens de mieux comprendre leur situation, de participer davantage à la société et d’améliorer leur bien-être personnel.

Sources :

Fidelity : https://www.fidelity.com/bin-public/060_www_fidelity_com/documents/couples-retirement-fact-sheet.pdf

FILLION, Gérald et DELORME, François – Vos questions sur l’économie 75 questions – 75 réponses, Éditions La Presse, 231 p.

Marianne Bertrand, Emir Kamenica et Jessica Pan (octobre 2013). « Gender Identity and Relative Income Within Households », Working paper, University of Chicaco.

AMF, Stratégie québécoise en éducation financière http://www.lautorite.qc.ca/files/pdf/education-financiere/SQEF01062015.pdf

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Difficile, à vue de nez, d’affirmer sans broncher que les centres de la petite enfance (CPE) sont mal gérés et que le bon modèle à suivre, c’est celui des garderies privées subventionnées. À part quelques anecdotes glanées ici et là, personne ne possède assez d’informations pour dire que d’un côté, le réseau des CPE est inefficace, et que de l’autre, les garderies privées subventionnées sont des maîtres de la productivité!

C’est bien ce qui manque à l’étude de Pierre-Yves McSween, dont Radio-Canada a obtenu copie en fin de semaine et dont le contenu a été révélé dimanche soir au Téléjournal. Si ses calculs ont le mérite de susciter un débat sur l’efficacité du réseau, il nous faudrait aussi être capable de mesurer la qualité des services offerts aux enfants (et aux parents!) dans les garderies du réseau des CPE par une étude indépendante, des mesures scientifiques du travail effectué, de la gestion des garderies et des services rendus par les éducatrices et éducateurs. Le bilan des plaintes n’est pas assez complet pour se faire une idée juste de la situation.

Selon Pierre-Yves McSween, un CPE de 80 enfants coûte 370 000 $ de plus en moyenne par année qu’une garderie privée subventionnée avec le même nombre d’enfants. L’association des CPE dit que l’écart est moindre, soit d’environ 80 000 $ en moyenne. Il y a toute une différence entre les deux estimations. L’Association des CPE affirme que la méthodologie de Pierre-Yves McSween n’est pas la bonne. Le comptable se base sur des données moyennes pour extrapoler les coûts sur l’ensemble du réseau. L’Association dit utiliser les vrais chiffres, CPE par CPE.

Pierre-Yves McSween affirme que l’administration des CPE coûte cher et que le fait que les employés soient souvent syndiqués entraîne une augmentation des coûts. On peut tomber dans le débat idéologique, ici, c’est facile : j’en entends plusieurs dire que les syndicats coûtent cher et que les CPE sont empêtrés dans la bureaucratie. Mais évitons ce piège.

Je vous pose deux questions : un employé, bien formé, relativement bien payé et mieux protégé, qui se consacre à ses vraies tâches comme éducateur, offre-t-il un meilleur service qu’un employé, moins bien payé, qui doit ajouter des tâches administratives à ses fonctions d’éducateur? Si oui, est-il approprié de payer plus cher pour ce service?

Le premier minstre britannique David Cameron quitte sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace.
Le premier ministre britannique David Cameron quittant sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace. (archives). Stefan Wermuth / Reuters

S’il y a un gouvernement qui assume pleinement ses politiques d’austérité, c’est bien celui du Royaume-Uni : compressions, ventes d’actifs, privatisations, coupes de services, réductions d’emplois. Le gouvernement britannique a considérablement réduit ses dépenses depuis 2011 et annonce maintenant un nouveau plan d’austérité dans le but de revenir à l’équilibre budgétaire en 2018-2019.

Le gouvernement de David Cameron charcute dans les activités de l’État et se sent autorisé à poursuivre cette oeuvre après avoir été réélu, cette fois majoritaire, aux élections du 8 mai dernier. Les conservateurs ont l’impression, probablement bien réelle, d’avoir les coudées franches.

Ainsi, Londres a annoncé jeudi son intention de vendre ses actions restantes dans la poste britannique, soit 30 % de la Royal Mail, ce qui va rapporter 3 milliards de dollars dans les coffres publics. La privatisation de la poste au Royaume-Uni est complète quoi qu’en pense la population, qui doit payer beaucoup plus que par le passé pour les timbres. Le Royaume-Uni fait partie des pays qui ont le plus augmenté le tarif des timbres au cours des dernières années.

Le gouvernement britannique a aussi annoncé de nouvelles compressions évaluées à 5 milliards de dollars. Et il dit devoir encore trouver près de 60 milliards de dollars d’économies pour atteindre le déficit zéro comme prévu dans trois ans.

Au cours du mandat 2011-2015 de David Cameron, à la tête d’une coalition gouvernementale avec les libéraux démocrates, Londres a procédé à des coupes majeures. Ces compressions ont eu lieu en bonne partie dans les deux premières années du mandat. Une austérité sévère qui se résume ainsi :

  • Réduction du déficit structurel de 5 points de PIB en 1 an et demi
  • Dépenses publiques de 2010 à 2014 : -6 %
  • Financement de l’enseignement supérieur de 2011 à 2015 : -40 %
  • Emplois dans la fonction publique de  2009 à 2014 : -15 % (-743 000 emplois)
  • Gel des salaires de 2010 à 2012 dans la fonction publique
  • Hausse de la TVA de 17,5 % à 20 %

Contrairement au Québec, le Royaume-Uni est aux prises avec un déficit important, avec lequel il est difficile de conjuguer. Par rapport à son économie, le Royaume-Uni part de loin.

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