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Il est facile de glisser dans le pessimisme ambiant quand on regarde les indicateurs de l’économie canadienne, soit la chute du dollar et du prix du pétrole, l’endettement des ménages et le ralentissement mondial. Mais le gouverneur de la Banque du Canada ne mange pas de ce pain-là.

L’économiste à la tête de la banque centrale, venu de la planète exportations (il dirigeait il y a quelques années l’organisme Exportations et Développement Canada) est un homme optimiste, jovial, positif. Le verre est toujours à moitié plein avec lui. L’économie ira mieux, nous dit-il.

Le passage à vide de l’économie américaine, qui a touché notre économie, est temporaire. L’économie américaine va bien, les taux d’intérêt remontent, nos exportateurs devraient en profiter, affirme Stephen Poloz. L’économie mondiale va retrouver une meilleure vitesse de croisière, nous dit-il aussi, quelque part en 2016. Et le budget fédéral, qui contiendra des mesures de stimulation fiscale, va certainement aider l’économie canadienne.

poloz

Stephen Poloz

Au micro, Stephen Poloz se montre prudent, non alarmiste, assez optimiste. Le dollar canadien protège notre économie, va-t-il jusqu’à dire, en amortissant l’effet du choc de la chute du pétrole. Mais, dans le détail de l’analyse de la Banque du Canada, dans son rapport sur la politique monétaire de 32 pages publié aujourd’hui, le portrait est plutôt incertain. L’économie canadienne doit s’ajuster à un prix plus faible du pétrole et à un dollar canadien plus faible également. La banque parle d’un « processus long et complexe d’ajustement ».

Ça veut dire deux choses :

  • La chute des ressources entraîne des pertes d’emplois, des faillites d’entreprises, une réduction de revenu pour les citoyens et les gouvernements. Le monde du pétrole, du gaz et des ressources non énergétiques, qui représente 16 % du PIB canadien, est en pleine restructuration.
  • « La diminution de la richesse et du revenu intérieur réel, écrit la Banque du Canada dans son rapport, a freiné les dépenses des ménages et les investissements dans le secteur hors ressources. » Il faudra de trois à cinq ans pour que toute l’économie s’adapte à cette nouvelle réalité, celle d’une économique plus diversifiée, moins orientée vers ses ressources.

Dans les circonstances, cinq choses à savoir sur l’économie canadienne à la lecture du rapport de l’institution sur sa politique monétaire :

  1. La Banque du Canada a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour le Canada, de 2 % annoncé en octobre à 1,4 % aujourd’hui pour l’année 2016, puis à 2,4 % en 2017.
  2. La banque centrale prévoit que « les cours du pétrole demeureront près de leurs niveaux récents », mais à moyen terme, les prix devraient remonter. Les pétrolières ont réduit leurs coûts de production depuis 2014, ce qui leur permettrait de retrouver une certaine rentabilité à un prix plus faible du pétrole que par le passé. Tout de même, selon la Banque du Canada, « les prix vont probablement demeurer volatils ».
  3. Des « vulnérabilités » demeurent dans les finances des ménages, parce que le niveau d’endettement est élevé et que certains marchés immobiliers sont surévalués. Ces « vulnérabilités » s’accentuent toujours un peu plus, selon la banque, et devraient prendre un peu plus d’ampleur encore avec la faiblesse continue des taux d’intérêt.
  4. Les investissements des entreprises ralentissent de façon plus marquée qu’attendu, alors que de plus en plus d’entreprises et de régions du pays disent subir les effets négatifs de la chute du pétrole. Néanmoins, la banque s’attend à une poussée à la hausse des investissements dans la deuxième moitié de 2016.
  5. Une chute encore plus forte du pétrole pourrait avoir des « incidences négatives sur la confiance et les retombées sur la demande […] pourraient peser lourdement sur l’économie en général ».

Avec la dégringolade des marchés boursiers mercredi midi, il y a probablement plus d’un épargnant qui s’inquiète de la suite des choses. Notre système économique s’abreuve à des crises régulières, de la crise du pétrole au début des années 80 à la crise financière de 2008-2009, en passant par l’éclatement de la bulle technologique et la faillite de l’Argentine ou de la Grèce. Sans céder à la panique, on ne peut pas sous-estimer les risques qui pèsent sur l’économie canadienne et ceux qui font réagir les marchés boursiers.

Lente croissance économique, menaces terroristes, défis écologiques, inégalités grandissantes, lourdes dettes publiques : cette année 2016 s’amorce sur une panoplie de défis complexes, exigeants, inquiétants. J’éviterai ici de me prendre pour un expert géopolitique et de me lancer dans une savante analyse de ce qui devrait être fait pour combattre le terrorisme. Mais, face aux autres enjeux, les décideurs économiques et politiques ont le pouvoir d’agir maintenant.

Ce n’est pas d’un coup de baguette magique qu’on va effacer les déficits, ramener la croissance à plus de 2 %, plafonner le réchauffement climatique et renverser la courbe des inégalités. Mais c’est par des décisions courageuses, intelligentes et durables qu’on va y arriver.

C’est en misant sur la recherche, le développement et l’innovation qu’on fait grandir une économie et qu’on améliore sa productivité. C’est en misant sur l’éducation – de la formation professionnelle à la fin des études universitaires – qu’on enrichit une population et améliore le niveau de bonheur.

Et c’est sans doute par une meilleure coordination des politiques internationales, entre les pays les plus avancés, qu’on pourrait espérer réduire les inégalités sociales et les écarts de richesse. Dans sa dernière étude, Oxfam constate, une fois de plus, que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres grandit toujours. Dorénavant, les 1 % les plus riches sont mieux nantis que tout le reste de la population mondiale, les autres 99 %.

Le problème, on le connaît, mais il demeure entier. Quantité de gens riches et de multinationales ne paient pas les impôts qu’ils devraient payer, là où ils devraient les payer. Entourloupettes fiscales légales, paradis fiscaux, niches fiscales avantageuses, incitatifs fiscaux, nommez-les, des milliards et des milliards ne sont pas récoltés par les gouvernements et ne sont pas redistribués dans la population, chez ceux qui pourraient en bénéficier.

Les grandes organisations internationales, de gauche comme de droite, qu’elles soient très favorables ou peu enclines au libre marché, le savent et le reconnaissent : les inégalités n’augurent rien de bon sur le plan économique. Ça ne favorise pas le bonheur et, dans une société de consommation où le pouvoir d’achat ne s’améliore pas, ça ne génère pas de croissance économique. Plus encore, les inégalités créent des tensions sociales.

Alors, soyons optimistes quand même : l’humanité est capable d’innover, de créer, de changer les choses. Il y a des milliers d’exemples, souvent à petite échelle, de gens et de communautés qui se prennent en main, qui inventent, qui choisissent la solidarité pour créer de la richesse.

En ces temps particulièrement pénibles, avec les attaques terroristes qui se multiplient, espérons que nos décideurs vont s’élever au-dessus de la mêlée en proposant des projets verts, durables, innovants, justes et créateurs d’emplois.

Déficit de 25 milliards à Ottawa?

jeudi 14 janvier 2016 à 12 h 21 | | Pour me joindre

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Je ne vous dis pas dans quelles circonvolutions nous serions enfoncés, si on avait élu le 19 octobre dernier les conservateurs ou les néo-démocrates avec leur promesse d’atteindre un déficit 0 dès le premier budget. Nous ne sommes pas dans ce psychodrame qui nécessiterait des compressions majeures, parce que les Canadiens ont élu majoritairement un parti et son chef qui ont promis en campagne des déficits budgétaires pendant trois ans pour stimuler l’économie.

Le gouvernement de Justin Trudeau possède donc une grande marge de manoeuvre sur le plan des finances publiques pour deux raisons :

  1.  Le PLC a gagné son élection en expliquant clairement qu’il y aurait des déficits;
  2.  La santé financière du Canada permet au gouvernement Trudeau d’investir massivement pour soutenir l’économie et enregistrer ainsi des déficits.

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C’est dans ce contexte que des économistes, notamment Clément Gignac de l’Industrielle Alliance, ont proposé au ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, mercredi après-midi à Toronto, d’évaluer la possibilité de présenter un budget stimulateur de l’économie qui nécessiterait ainsi un déficit de 25 milliards de dollars pour 2016-2017. Un déficit de 15 milliards de plus que prévu dans la plateforme du Parti libéral du Canada durant la campagne électorale.

Comme l’expliquait Clément Gignac à RDI économie mercredi soir, l’état de l’économie nous amène déjà à 10 milliards de déficits, avant même l’entrée en vigueur des nouvelles politiques gouvernementales. En additionnant les mesures promises et un programme de stimulation de l’économie, l’ancien ministre québécois suggère donc au ministre d’aller jusqu’à 25 milliards de dollars de déficit. La situation est grave dit-il. Il faut agir avec conviction, selon lui.

Bien sûr que le gouvernement Trudeau doit viser l’équilibre budgétaire. Mais est-ce possible d’atteindre le déficit 0 avec la chute du pétrole en cours et la glissade interminable du dollar canadien? Sans compressions majeures, la réponse est non.

Est-il possible alors d’imaginer que le Canada puisse éviter une récession, ou à tout le moins une stagnation économique comme l’évoquent plusieurs économistes, sans investissements supplémentaires de la part de l’État? Encore là, on doit répondre non. Le secteur privé, en temps de turbulences et d’incertitudes, ralentit ses investissements. L’inaction de l’État contribuerait davantage à un ralentissement de l’économie qu’à une tentative de relance.

Maintenant, à 25 milliards de dollars, le déficit du gouvernement du Canada représenterait-il un alourdissement de la dette du pays? Pas certain. D’abord, un tel déficit, c’est environ 1,3 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui est plus faible que la grande majorité des pays de l’OCDE, sauf peut-être l’Allemagne, qui fait mieux.

Ensuite, un déficit de 25 milliards ne viendrait pas nécessairement alourdir la dette du Canada par rapport à son PIB, la mesure qui sert de référence pour évaluer la santé financière d’un pays. Malgré des déficits de 10 milliards de dollars par année, le gouvernement Trudeau prévoyait une réduction de la dette de 30 à 28 % de son PIB en 2018-2019, même à 27 % l’année suivante.

Avec les taux d’intérêt qui sont faibles et la note de crédit parfaite du Canada, le gouvernement Trudeau pourrait annoncer un tel déficit sans vraiment endommager sa situation financière.

Cela dit, l’équation n’est pas simple à résoudre. Dans un contexte où le gouvernement ne contrôle pas les prix du pétrole et l’évolution du dollar canadien, dans une économie qui dépend trop des ressources et dont le marché immobilier est globalement surévalué et dans une économie mondiale qui ralentit, des déficits plus grands à Ottawa auront-ils les effets escomptés sur l’économie canadienne? Le gouvernement risque-t-il de s’enliser dans les déficits, ce qui l’obligerait à remonter des taxes et des impôts pour arriver à l’équilibre en 2019-2020?

Donc, se pourrait-il que le gouvernement soit obligé de remettre à plus tard son objectif de revenir à l’équilibre budgétaire en 2019-2020, d’autant que les économistes nous rappellent ces jours-ci que la probabilité d’une récession aux États-Unis d’ici 2020 est de plus en plus grande?

Bien malin celui qui va prévoir la prochaine crise. Cela dit, certains s’y risquent et parfois ils ont raison. George Soros, financier milliardaire américain, avait vu venir la crise de 2008, mais disait en 2011 que la crise grecque allait être pire. Aujourd’hui, il affirme que les marchés financiers lui font penser à la situation de 2008 juste avant le déclenchement de la crise financière. Et puis, il y a le ministre des Finances de Grande-Bretagne, George Osborne, qui parle, lui, d’un « cocktail dangereux » de risques économiques de toutes sortes : faibles investissements, difficultés à recalibrer une économie qui s’appuie trop sur l’endettement des consommateurs.

L’année 2016 est critique, selon lui. Et les problèmes de la Chine ressemblent à une crise, dit George Soros. À la lecture de ces propos inquiets, le pire est-il donc à venir? Ou donne-t-on trop d’importance aux projections les plus négatives?

En ce premier anniversaire de l’attentat contre Charlie Hebdo, à Paris, l’économiste Bernard Maris, qui faisait partie des 11 victimes de l’attaque des frères Kouachi, pourrait réitérer ce qu’il a souvent expliqué : le capitalisme carbure au risque, à l’incertitude et à l’opacité*. Et nous en avons possiblement une nouvelle illustration aujourd’hui.

Sur un ton un peu plus neutre, le gouverneur de la Banque du Canada affirme, lui, que la chute boursière à Shanghai ne reflète pas nécessairement l’état de l’économie chinoise, que l’économie mondiale devrait retrouver une certaine accélération plus tard en 2016 et que les Canadiens doivent être patients. Il faudra du temps pour que le Canada complète sa transition d’une économie qui dépend trop des ressources à une économie plus diversifiée.

Baisse de taux en vue? Pas de signal clair en ce sens, mais si les taux obligataires canadiens suivent la tendance à la hausse des États-Unis, la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser son taux directeur, une possibilité de plus en plus considérée par les économistes. En attendant, Stephen Poloz laisse sous-entendre qu’il faudra voir ce que le gouvernement Trudeau entend faire en matière de stimulation de l’économie.

Il est difficile d’annoncer avec conviction ce qui s’en vient. La croissance économique se poursuit, mais les marchés boursiers sont instables et les signaux négatifs se multiplient.

*Un an après l’attentat contre Charlie Hebdo, un film sur l’économiste Bernard Maris, victime de cette attaque, est à l’affiche à la Cinémathèque québécoise, à Montréal. Oncle Bernard – l’anti-leçon d’économie sera présenté jusqu’au 17 janvier.

ubreDes gens s’insurgent contre les prix exorbitants du service UberX la veille du jour de l’An, de 5 à 9 fois le prix habituel. Le ministre Robert Poëti a même crié au « vol », demandant à la population de ne pas utiliser les services de transport Uber, jugés illégaux étant donné qu’il s’agit dans les faits d’un service de taxi offert sans obtenir les permis nécessaires.

Un appel à la cohérence s’impose. Bien des gens aiment ce service et ne se soucient guère de la réglementation qui encadre actuellement les services de taxi au Québec, les permis et les tarifs. Ils aiment ce service pour différentes raisons : c’est moins cher, c’est plus convivial, les voitures sont propres, etc. Mais, si vous aimez le service UberX, vous devez savoir que vous êtes obligés d’aimer aussi la possibilité de payer 65 $ pour un trajet de 5 km en période de pointe. Ça s’appelle l’offre et la demande. Quand l’offre de service est faible et que la demande est forte, les prix montent!

Vous voyez, le service fonctionne à l’écart de la réglementation balisée du monde du taxi, en contravention de la loi sur le taxi. Ainsi, en fonction de l’offre et de la demande, votre 5 km peut vous coûter 10 $ ou 65 $. Vous considérez que c’est exagéré? C’est votre droit . Le ministre est d’avis que c’est du vol? C’est son opinion! Mais, l’envers de la médaille d’UberX, c’est ça : la loi du marché à 3 heures du matin, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, frappe fort!

Un autre appel à la cohérence s’impose en ce début d’année. Quelqu’un peut-il nous expliquer pourquoi le service UberX fonctionne toujours alors que le gouvernement dit, depuis plus d’un an, qu’il est illégal? À quel moment le ministre Poëti va-t-il passer de la parole aux actes? Doit-on comprendre qu’Uber, avec les milliards de Google et de Goldman Sachs, est plus puissant que le gouvernement du Québec et ses lois? Et, dans les faits, ce mouvement, qui s’inscrit dans l’économie du partage ou l’économie collaborative, peut-il et doit-il être bloqué ou l’entreprise a-t-elle raison d’agir comme elle le fait pour faire bouger l’État?

Les façons de faire d’Uber sont controversées partout dans le monde. Mais, l’inaction face à Uber n’est pas la norme partout. En Allemagne, par exemple, pourquoi Uber a-t-il mis fin à ses services dans plusieurs villes au cours des derniers mois? La raison est simple : le rapport de force d’Uber et ses avantages pour les chauffeurs des taxis et les consommateurs ne sont pas les mêmes qu’en Amérique du Nord. On a constaté en Allemagne qu’Uber avait du mal à recruter des chauffeurs parce que les permis de taxis sont vendus à de faibles prix. Chez nous, ces permis coûtent cher. Le système actuel étouffe les chauffeurs de taxi et Uber tente d’en profiter en recrutant des chauffeurs et des clients sans se munir de permis.

D’un côté, le ministre dit qu’Uber vole la population. De l’autre, l’industrie du taxi dit être le « dindon de la farce. » Des moyens de pression sont en train de s’organiser. Il est plus que temps que Robert Poëti prenne les choses en mains.

Sur ces premiers mots de 2016 dans ce blogue, permettez-moi de vous souhaiter une bonne et heureuse année! Santé, bon temps et réussites pour vous. Merci de contribuer depuis maintenant 10 ans… oui, 10 ans déjà, à ce blogue! Merci sincèrement.

Sur les plans économique et financier, l’année 2015 au Canada aura été difficile, il faut se le dire franchement. L’économie ne va pas très bien, les marchés boursiers ont offert un rendement négatif, la création d’emplois est faible et… le Canadien ne sait plus comment faire pour gagner! Mais ça, c’est une autre histoire.

Nous voici aux portes de l’année 2016. Voici 20 choses que vous devez savoir!

FINANCES, FISCALITÉ ET PRIX DES TIMBRES!

  • Baisse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus entre 45 000 $ et 90 000 $ passera de 22 % à 20,5 %;
  • Hausse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus au-dessus de 200 000 $ passera de 29 % à 33 %;
  • Baisse des droits au CELI : en 2016, il vous sera permis de déposer 5500 $ dans votre CELI en plus des droits disponibles des années passées. L’ancien gouvernement avait fait passer ce montant à 10 000 $ pour l’année 2015. Les libéraux ramènent le plafond à 5500 $;
  • Baisse de cotisations à l’assurance parentale au Québec : dès le 1er janvier, réduction de 2 %;
  • Hausse de prestations de la RRQ et du RPC : en 2016, hausse des rentes de 1,2 % au Québec et de 1,3 % pour le Régime de pensions du Canada;
  • Hausse de cotisations à la RRQ : le taux employé/employeur passera en 2016 de 10,50 % à 10,65 %;
  • Changements fiscaux au Québec : dès le 1er janvier, bouclier fiscal pour amoindrir l’effet de l’impôt sur une hausse des salaires et bonification du crédit d’impôt pour travailleurs expérimentés;
  • Hausse des frais de garderie au Québec : dans votre déclaration de revenus, vous devrez payer les frais supplémentaires exigés avec la nouvelle modulation des tarifs en fonction de vos revenus. Consultez le calculateur du ministère des Finances : http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/Budget/outils/garde_fr.asp;
  • Hausse du tarif de base des services de garde subventionnés au Québec : le 1er janvier, le tarif passera de 7,30 $ à 7,55 $ par jour, par enfant;
  • Allocation canadienne pour enfants : une nouvelle prestation pour les familles sera annoncée dans le premier budget du ministre des Finances Bill Morneau en février ou en mars. Cette allocation remplacera les prestations actuelles pour les ménages avec enfants et ne sera pas imposable, ont promis les libéraux;
  • Crédit d’impôt pour fonds de travailleurs à 15 % : le budget doit nous donner la réponse sur le retour du crédit d’impôt fédéral de 15 % sur les investissements faits dans un fonds de travailleurs, comme le Fondaction CSN et le Fonds FTQ. Les libéraux l’ont promis;
  • Les timbres, au même prix : la hausse prévue pour 2016 des timbres-poste est annulée.

LA BOURSE, LE DOLLAR, LES TAUX, LES BULLES!

  • Non, on ne fera pas de projections boursières pour 2016. Aucune idée! Tout ce que je peux vous dire, c’est que 2015 a été décevante. Le S&P/TSX à Toronto a perdu 10 % entre le début de l’année et Noël. Le S&P 500 à New York a offert un beau gros 0 %;
  • La chute du prix du pétrole s’est accélérée en fin d’année : baisse de 30 % en 2015 des cours du pétrole, sous les 40 $ le baril. Allons-nous descendre plus bas en 2016, comme l’Arabie saoudite et l’OPEP maintiennent la pression sur le marché? L’offre continue d’augmenter plus rapidement que la demande et ça va se poursuivre avec le retour à la normale dans les exportations de pétrole en Iran;
  • Le dollar canadien est passé de 0,86 à 0,72 $ US en 2015. Plusieurs économistes prévoient qu’il tombera sous les 0,70 $ US en 2016;
  • Selon plusieurs économistes, des hausses de taux d’intérêt sont à prévoir aux États-Unis, mais une baisse est possible au Canada. Question : jusqu’où va-t-on stimuler le marché immobilier? Il y a déjà de dangereuses bulles à Toronto et à Vancouver. Et je ne parle pas de bulles de champagne!

TOUT EST ÉCONOMIQUE ? OU TOUT EST POLITIQUE?  

  • Élections aux États-Unis en novembre 2016 : Hillary Clinton devrait être la candidate démocrate contre Ted Cruz, Marco Rubio, Donald Trump ou qui encore chez les républicains? Cette élection aura un effet sur les relations entre le Canada et les États-Unis. L’accord de Partenariat transpacifique (PTP) pourrait tomber à l’eau si Hillary Clinton est élue et maintient son opposition. Le projet d’oléoduc Keystone pourrait revivre si les républicains sont portés au pouvoir;
  • Après l’austérité, la rigueur et tutti quanti, une année d’investissements? Le Québec est en surplus et le premier ministre Philippe Couillard a clairement dit, dans ses entrevues de fin d’année, que 2016 serait l’année du « réinvestissement ». Au Canada, le nouveau gouvernement Trudeau a prévu d’enregistrer des déficits de 10 milliards de dollars et plus par année pour investir dans les infrastructures, baisser les impôts et stimuler l’économie;
  • Réforme fiscale au Québec? Après le dépôt du rapport Godbout, le gouvernement Couillard a montré de l’intérêt pour un remodelage de la fiscalité au Québec, mais il semble avoir perdu de son élan. Que nous réserve le prochain budget Leitao?
  • Et quelles seront les nouvelles cibles de réduction de gaz à effet de serre au Canada? Le premier ministre Trudeau a promis un plan en 2016.

Joyeux Noël, joyeuses Fêtes, bonne année 2016! Succès, bonheur, paix, santé, prospérité!

2015 : climat, pétrole, récession

vendredi 18 décembre 2015 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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En venant travailler ce matin, je me disais que c’était donc pratique de marcher jusqu’à l’autobus, puis jusqu’au travail en chaussures et en petit manteau d’automne. J’ai presque sorti mes gants, imaginez! Un matin de décembre à New York ressemble à ça, mais ce n’est pas trop normal pour Montréal, n’est-ce pas?

Un voisin me disait cette semaine qu’il en avait vu, des Noëls sans neige. Et que le phénomène El Nino y est probablement pour quelque chose cette année. N’empêche que d’année en année, on bat des records de températures sur notre belle planète pendant que l’activité humaine ne cesse de réchauffer la Terre.

C’est sur cette note que 2015 se termine. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres enjeux qui nous préoccupent et qui retiennent notre attention. Mais l’enjeu climatique, longuement discuté à Paris au cours des deux premières semaines de décembre et qui a mené à un accord à 195 pays, est certainement le défi économique de notre époque. Et ces jours très doux de décembre semblent nous servir d’exemple ou de rappel de la tâche à accomplir pour limiter les dégâts. Parce que c’est de ça dont il s’agit : limiter le réchauffement et non l’empêcher.

Cette année qui s’achève est donc celle d’un espoir : celui de voir les dirigeants du monde se rassembler autour d’un objectif commun. L’accord de Paris est exceptionnel parce que la planète s’est entendue sur un texte, sur un plan de match. Maintenant, à chacun d’établir ses cibles pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Tous devront en faire plus. Les cibles connues pour l’instant ne permettront pas de limiter le réchauffement à 1,5 ou à 2 degrés Celsius.

1- L’accord de Paris

L’accord de Paris est donc l’événement économique de 2015 à mes yeux. On ne peut pas espérer un développement, une prospérité et une croissance durable sans un programme sérieux en matière d’impact environnemental. Il faut réduire notre empreinte carbone, il faut miser sur les énergies renouvelables et les innovations vertes. La décarbonisation de l’économie est en cours. Des investisseurs, des dirigeants d’entreprises, des économistes l’ont compris.

L’entente conclue à la Conférence des Nations unies servira de guide, de cadre pour la suite des choses. Si elle n’est pas aussi exigeante que plusieurs l’auraient voulu, elle est mieux que l’absence d’accord. Elle réunit le monde sur des objectifs précis. L’engagement vaut cher.

parisIl faut donner au gouvernement français, à François Hollande, à Laurent Fabius et à Ségolène Royal le crédit pour cet accord. Beaucoup d’énergies ont été investies dans la réussite de cette conférence. Si l’accord de Paris est l’événement le plus marquant de l’économie en 2015, les leaders français doivent être considérés comme étant les personnalités économiques de l’année. Cet accord aura plus d’effet et sera franchement plus important sur le plan historique et économique que les événements en Grèce.

2- Le drame grec

Cela dit, ce qui s’est passé en Grèce aura aussi marqué 2015. Un nouveau gouvernement de gauche, qui tient tête au FMI avant de céder aux demandes des créanciers pour être finalement reporté au pouvoir en septembre. La tragédie grecque a été totale. Rocambolesque, elle nous a fourni plusieurs épisodes dans nos bulletins d’informations. Le film, toutefois, est répétitif : la dette grecque est insoutenable, l’austérité exigée est trop difficile à imposer et à supporter, et le drame grec risque de se jouer encore.

3- La chute du pétrole

La chute du pétrole s’est poursuivie en 2015. Et contrairement à ce que les économistes nous ont souvent expliqué, la baisse des prix de l’énergie n’a pas galvanisé l’économie mondiale. Au contraire, cette chute des ressources s’accompagne d’une montée d’incertitude qui ramène les investisseurs vers les actifs américains jugés les plus sûrs. La hausse du taux directeur en décembre par la Réserve fédérale, une première en près de 10 ans, ne viendra qu’accentuer cette ruée vers les actifs américains.

La chute du pétrole pourrait se poursuivre pendant que la Chine continue de décélérer et que l’Arabie saoudite refuse de céder un millimètre sur ses parts de marché. Un bras de fer est engagé avec les États-Unis et la Russie, mais surtout avec l’Iran, qui est de retour dans le marché mondial du pétrole avec la levée des sanctions internationales. L’Arabie saoudite ne veut rien céder et l’offre de pétrole demeure abondante, largement plus élevée que la demande.

4- Au Canada : récession, baisse de taux et chute du dollar

L’effondrement du pétrole a entraîné notre dollar canadien en glissade constante. Selon l’économiste en chef de Desjardins, François Dupuis, le dollar tombera sous les 70 ¢US. Les exportateurs pourraient en profiter, mais ils sont aux prises avec une concurrence de plus en plus vive auprès de leur premier partenaire, les États-Unis, qui se tournent de plus en plus vers les produits chinois.

moreanLe Canada affronte aujourd’hui de nouveaux défis structurels. Et comme me l’écrivait l’économiste Jean-Pierre Aubry il y a quelques jours, la récession qu’a connue le Canada dans la première moitié de 2015 n’est pas un accident, mais un avertissement.

Le Canada dépend trop des ressources naturelles. La productivité est trop faible, la chute du dollar canadien n’est plus le signal automatique d’une formidable reprise pour les manufacturiers et les exportateurs. Et le Canada, et surtout le Québec, connaît un vieillissement marqué de sa population.

Il faut ajouter l’endettement des Canadiens, qui soulève des inquiétudes, et l’apparition d’une bulle immobilière dans certains marchés, des zones à risque, selon le ministre des Finances Bill Morneau et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz.

La réponse des autorités sera importante pour l’avenir économique du pays. Le nouveau gouvernement veut stimuler l’économie et le moment est sans doute propice à une telle approche. Et la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser de nouveau son taux directeur après l’avoir fait à deux reprises en 2015. Le gouverneur Poloz a même évoqué la possibilité (très peu probable) d’amener le taux directeur en territoire négatif.

5- Les jeunes entrepreneurs

Cette année 2015 nous donne un autre espoir, celui de la place qu’entend prendre la génération Y, les jeunes qui ont aujourd’hui 18 ans, 25 ans, 30 ans. Les jeunes Québécois veulent se lancer en affaires. Ils ont de bonnes idées, ils sont nés avec les technologies, les applications, ce sont des créateurs de solutions. Ils sont créatifs et ils n’ont pas peur de foncer et de se lancer. Ils n’ont pas de barrières géographiques, mentales, culturelles. Ils respirent en français, travaillent souvent en anglais, apprennent une troisième puis une quatrième langue.

L’indice entrepreneurial du Québec nous apprenait récemment que 20 % des Québécois ont l’intention de se lancer en affaires. C’est probablement l’effet des Taillefer, Archambault, Brown, Dutil et j’en passe. Chez les 18-34 ans, ce taux double à 37 %. C’est phénoménal. J’ai interrogé une entrepreneure de 21 ans à RDI économie cet automne, Frédérique Rioux, qui a fondé Millenya, qui organise des événements.

La génération Y n’est pas individualiste. Elle a une vision de la société différente des autres générations. Elle a un rapport au monde qui n’est pas le même que le mien ou celui de mes parents. Les jeunes habitent le monde, via les médias sociaux, interagissent avec lui, voyagent, s’expriment, s’engagent. Ils sont conscients des vrais défis de notre époque : l’environnement et les inégalités sociales.

Ce genre de choses me rend très optimiste.

Pendant que la Réserve fédérale des États-Unis annonce une première hausse de son taux directeur en neuf ans, la Banque du Canada, elle, parle de taux négatif et de ménages trop endettés, de marchés surévalués et de « pockets of risk », des zones à risque de surchauffe, essentiellement à Toronto et à Vancouver.

Comment expliquer que l’économie américaine puisse absorber une hausse de taux d’intérêt, alors que le Canada semble s’engluer dans une lente croissance économique et une banque centrale de plus en plus accommodante?

Quelques réflexions sur le sujet…

1- L’économie américaine est beaucoup plus diversifiée que la nôtre. La chute des ressources nous a bien fait voir la fragilité de l’économie canadienne. C’est pas moins de 20 % du PIB canadien qui s’appuie sur les ressources naturelles. Ce seul secteur a rapporté, en moyenne, par année, entre 2009 et 2013, 26 milliards de dollars aux différents paliers de gouvernement.

2- Le gouvernement américain a largement soutenu son économie de 2008 à 2011 pour assurer la reprise. La croissance des dépenses a recommencé à s’accélérer en 2014. Certains économistes sont d’avis que le gouvernement aurait dû en faire plus. D’autres ont reproché à l’administration Obama d’avoir alourdi la dette du pays. Au Canada, le gouvernement Harper a ralenti sensiblement la croissance des dépenses publiques de 2011 à 2015. Le graphique suivant montre que la croissance américaine a été parmi les plus fortes des pays riches entre 2011 et 2014.

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3- Le marché du travail aux États-Unis est jugé plus « flexible » qu’au Canada. Le salaire minimum est plus faible, le niveau de productivité est plus élevé. Ces caractéristiques du marché américain ont peut-être favorisé la baisse du chômage et la reprise économique. Toutefois, l’envers de la médaille, c’est que les États-Unis sont le pays riche le plus inégalitaire de la planète. Ce pays est puissant, c’est la première économie du monde. Mais, les écarts de richesse sont grands. Des dizaines de millions de personnes vivent dans la pauvreté. Plusieurs doivent occuper deux ou trois emplois pour espérer joindre les deux bouts. Tous les indices sociaux laissent voir un niveau d’inégalité élevé aux États-Unis, si bien qu’on peut se demander si la façon de faire des Américains en terme de croissance de la richesse est un modèle à suivre.

L’incertitude plane au Canada

Quoi qu’il en soit, la réalité aujourd’hui, c’est que les États-Unis sont en croissance, le niveau de chômage est faible et la banque centrale juge qu’elle peut recommencer à hausser ses taux d’intérêt. Elle fera, sans doute, preuve de prudence en évitant une succession rapide de hausses de taux. Au Canada, le niveau d’endettement des ménages est élevé, on craint l’éclatement de bulles immobilières dans certains marchés et la croissance économique tout comme les finances publiques sont malmenées par la chute des cours des ressources, surtout du pétrole.

Plusieurs économistes affirment que la Banque du Canada pourrait songer à une baisse de taux en 2016 et attendra certainement 2017 avant d’envisager une hausse de taux. L’écart entre les taux américains et canadiens est donc appelé à grandir, ce qui pourrait faire chuter davantage le dollar canadien. Une telle situation pourrait finir par stimuler davantage les exportateurs canadiens. Mais, sur d’autres plans, le Canada est désavantagé, notamment pour ce qui est des importations alimentaires, car 80 % des fruits et légumes, par exemple, sont importés.

L’économiste Jean-Pierre Aubry me fait remarquer que Statistiques Canada a rapporté mardi une baisse importante de la valeur du patrimoine national, soit la valeur des actifs non financiers au Canada. En raison de la chute des prix des ressources naturelles, la valeur des actifs a chuté de 190 milliards de dollars, l’équivalent de 9,5 % du PIB canadien.

« La baisse de la valeur de notre monnaie reflète également la baisse de notre richesse collective, selon Jean-Pierre Aubry. La valeur de nos importations est proche de 30 % de notre PIB. Si ces biens et services importés coûtent 33 % plus cher en raison de la dépréciation du dollar, cela implique un coût supplémentaire d’une valeur de 10 % de notre PIB. […] Le choc que nous subissons est important. »

Stimuler la croissance

Dans les circonstances, plusieurs experts soulignent que les investissements publics prévus par le nouveau gouvernement à Ottawa seront certainement bénéfiques à l’économie. S’il est vrai que les déficits seront plus importants que prévu, peut-être à 0,8 % du PIB au lieu de 0,5 %, il faut espérer que l’économie s’en portera mieux et que les nouvelles richesses créées produiront de nouveaux revenus pour les citoyens et l’État.

N’oublions pas que le gouvernement Trudeau a prévu un retour à l’équilibre budgétaire en 2019. Pour y arriver, il faudra que la croissance économique soit plus forte. Sinon, ce sont des compressions budgétaires qui devront être ramenées sur la table et peut-être une hausse de taxation.

Déjà, mardi, le ministre des Finances Bill Morneau a laissé planer la possibilité que le gouvernement puisse augmenter la TPS. Il est clair, en tout cas, que la réduction des taxes et des impôts depuis 10 ans au pays a largement amputé la marge de manoeuvre du gouvernement.

Le début de la fin du pétrole?

lundi 14 décembre 2015 à 16 h 47 | | Pour me joindre

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C’est un peu fort en ketchup d’annoncer la fin du pétrole, j’en conviens! De là le point d’interrogation! Si l’accord de Paris sur le climat a le mérite d’avoir rassemblé 195 pays autour d’objectifs communs, les cibles de réduction de gaz à effet de serre devront être plus ambitieuses que ce qui a été annoncé jusqu’à maintenant pour contenir le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.

Le monde ne se dirige pas avec empressement, disons-le comme ça, vers la fin du pétrole. Mais il y a les signaux d’une baisse d’intérêt à en produire davantage. Et dans 100 ans, ceux qui liront ce texte dans les grandes archives du web (qui aura peut-être disparu, qui sait!) se diront peut-être qu’on voyait juste ou qu’on était complètement dans le champ, finalement!

En fait, si on ne peut pas prévoir la fin du pétrole, il y a deux facteurs qui pourraient tout de même entraîner un ralentissement des investissements dans ce secteur : le prix et l’écologie.

Chute des prix de 65 %

Vous le savez, les cours du pétrole se sont effondrés depuis juin 2014. À Londres, le BRENT est passé de 115 $ le baril à moins de 40 $ aujourd’hui, perdant ainsi les deux tiers de sa valeur.

Dans la foulée, de nombreuses entreprises ont ralenti leurs projets d’investissements pour développer de nouveaux gisements qui coûtent toujours un peu plus cher à mettre en branle. Des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi. L’Alberta est en récession, et son gouvernement s’enlise dans les déficits. Et personne n’ose s’avancer sur une reprise prochaine et solide des cours du pétrole.

Le Canada est particulièrement touché par cette crise. Parce que son pétrole n’arrive pas à trouver de nouveaux débouchés avec les projets d’oléoducs qui sont bloqués, et parce que les Américains ont largement augmenté leur production depuis 10 ans, le Canada est un des pays du monde qui doit vendre son pétrole à un prix plus bas que les marchés connus, comme le WTI américain ou le BRENT londonien qui se situent entre 35 et 40 $ le baril.

Au Canada, le prix courant pour ce qu’on appelle le « Western Canada Select » dépasse à peine 20 $. C’est plus bas encore que le prix que peuvent obtenir les producteurs saoudiens, iraniens, irakiens ou vénézuéliens. Le prix canadien est en baisse de 75 % depuis juin 2014. Le prix du pétrole issu seulement des sables bitumineux est à 13 $ le baril, selon Bloomberg, une glissade de 80 % en un an et demi.

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Des risques écologiques, économiques et politiques

Au Québec, le premier ministre Philippe Couillard place l’enjeu sur le plan de la protection de l’environnement. Plus il parle du pétrole d’Anticosti, plus le chef du gouvernement du Québec semble fermer la porte à une exploitation des ressources fossiles de l’île. À Paris, le 5 décembre, il a dit que « s’il y a le moindre risque, le moindre risque pour ce milieu naturel extraordinaire qu’est Anticosti, le projet n’aura pas lieu ». Vendredi, à Québec, il a ajouté que « le délabrement de ce milieu naturel unique ne portera pas ma signature ».

Il est clair que, sur le strict plan politique, le premier ministre ne pourrait éprouver que des difficultés d’ici la prochaine élection québécoise en 2018, en s’évertuant à vouloir produire du pétrole sur l’île d’Anticosti. Le prix de la ressource est faible, les experts ne s’entendent pas sur les retombées économiques potentielles, les risques financiers pour le gouvernement sont élevés tout comme les risques environnementaux. Exploiter le pétrole d’Anticosti n’est pas une solution dans le contexte actuel. Si le baril était à plus de 100 $, comme on l’a vu dans le passé, l’analyse serait différente sur le plan économique, mais le défi serait le même sur le plan environnemental.

Un mouvement de désinvestissement est aussi engagé. De grands fonds d’investissement ont décidé de déplacer leur argent dans des secteurs moins vulnérables aux politiques environnementales et aux risques associés aux changements climatiques. Selon l’ONG 350.org, plus de 500 groupes ont retiré leurs investissements des secteurs du gaz, du pétrole et du charbon. Ces institutions gèrent des actifs évalués à près de 5000 milliards de dollars canadiens.

Il est difficile de croire que nous n’aurons plus besoin de pétrole un jour. Cela dit, la ressource est limitée, les prix sont faibles et le défi climatique est colossal. Il n’est pas étonnant dans les circonstances de voir des gouvernements et des investisseurs se détourner des énergies fossiles pour miser davantage sur les énergies renouvelables.

Nier le consensus mondial des scientifiques sur les changements climatiques, c’est offrir gratuitement de son temps aux producteurs les plus polluants, notamment les producteurs d’énergie fossile. Ceux à qui le chapeau fait, ils vous disent merci!

J’imagine que ces gens, qui nous encouragent à l’inaction pour ce qui est des énergies fossiles, ne font pas du tout partie de ceux qui dénoncent les mouvements du prix de l’essence et les profits faramineux des grandes pétrolières.

Je présume aussi qu’ils savent que le réchauffement climatique aura des répercussions dévastatrices sur les pays les plus pauvres de la planète, ce qui poussera des millions de personnes à fuir. Ça fera des millions de réfugiés.

Tout ça pour dire que si vous vous intéressez à l’économie, à la création de richesse, à sa redistribution, à la création d’emplois et au développement durable, un accord ambitieux à Paris d’ici deux semaines est essentiel. Pour trois grandes raisons :

  1. Nous sommes déjà très en retard : le réchauffement est en cours et le mieux qu’on puisse espérer aujourd’hui, c’est de limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.
  2. Les entreprises aiment avoir des balises claires, des cibles précises, des données, des chiffres, des prévisions, un cadre réglementaire qui ne change pas, pour être capables d’intégrer ces coûts dans leur plan d’affaires et de se préparer à long terme.
  3. Les économistes, les dirigeants d’entreprises, les comptables, les fabricants, les fournisseurs, les exportateurs, les détaillants et les entrepreneurs ne veulent pas être les victimes des changements climatiques. Ils veulent saisir l’occasion qui se présente. C’est vrai qu’il est difficile de prévoir l’avenir et de chiffrer avec exactitude le prix de l’inaction. Mais compte tenu de ce qu’on sait sur le plan scientifique, n’est-il pas plus intéressant de faire partie de la solution dans le contrôle des émissions de gaz à effet de serre que le contraire?

Pour atteindre les objectifs qui seront négociés à Paris dans les prochains jours, les entreprises et les gouvernements doivent travailler sur plusieurs fronts :

  • encourager les technologies qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de les compenser;
  • stimuler la recherche et l’exploitation d’énergies renouvelables pour amorcer la nécessaire transition énergétique;
  • continuer de mettre en oeuvre des politiques qui ont pour seul objectif d’améliorer notre efficacité énergétique;
  • adopter des incitatifs fiscaux qui ont pour but de modifier certains comportements : la taxe sur l’essence est un incitatif, même s’il n’est pas populaire. Mais de faibles coûts sur les transports en commun représentent une avenue intéressante pour l’environnement… et le portefeuille!

L’agence économique la plus réputée du monde, c’est Bloomberg. Et c’est probablement cette agence qui a réalisé l’infographie la plus spectaculaire pour nous faire comprendre l’enjeu. C’est ici.

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