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Ah, la dette…

Jeudi 2 juillet 2015 à 13 h 19 | | Pour me joindre

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Un téléspectateur de RDI économie m’a demandé pourquoi la Grèce et Porto Rico sont plongés dans des difficultés financières de grande ampleur, alors que d’autres États ont des niveaux d’endettement plus élevés. Excellente question.

D’abord, les chiffres :

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Pourquoi le Japon, dont la dette représente 230 % de son PIB, n’est pas plongé dans une crise financière abyssale avec un tel endettement? Et pourquoi un pays comme le Sri Lanka, dont la dette ne représente que 76 % de son PIB, doit offrir ses obligations gouvernementales sur 10 ans à 9 % d’intérêt, alors que le Canada, dont l’endettement est plus élevé, à 87 %, s’en tire avec un taux de seulement 1,8 %?

Réponse courte : la confiance. Un pays dont l’économie est solide et diversifiée, dont le pouvoir politique est stable, qui rembourse ses dettes, qui est bien coté par les agences de notation, va inspirer la confiance et va attirer les investissements. Cet État n’aura pas de mal à se financer dans les marchés, à faibles coûts d’intérêt.

C’est le cas de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, du Québec aussi. Mais c’est plus difficile pour des pays plus instables, dont les revenus sont plus irréguliers, des endroits où la population est pauvre, où le filet social est faible. Le ratio dette/PIB peut être plus faible au Sri Lanka qu’au Canada, d’autres indicateurs expriment des écarts majeurs, notamment sur le niveau de vie, l’inflation, le commerce, le budget ou la corruption.

De plus, il faut regarder les actifs d’un pays. Si vous prenez l’exemple du Japon, sa dette brute est à 230 % de son PIB, mais sa dette nette, qui tient compte de ses actifs, est à 100 %. L’endettement japonais est attribuable à son manque de croissance économique et au vieillissement de sa population. Mais une très grande part de sa dette appartient aux Japonais et non à des investisseurs étrangers. On évalue à 90 % le niveau de la dette entre les mains de la population locale, ce qui permet au pays de maintenir ses taux d’intérêt plus bas.

Effacer la dette grecque?

Dans le cas de la Grèce, son endettement ne cesse de grimper, son PIB est en chute, son niveau de chômage dépasse les 25 % et c’est le double chez les jeunes. Entre les mesures d’austérité et les problèmes structurels de la fiscalité grecque, Athènes n’arrive pas à émerger de ses difficultés. La Grèce n’est plus capable de se financer sur les marchés financiers. Et certains en arrivent à proposer qu’on efface une partie de la dette du pays pour lui donner de l’air et lui permettre de se restructurer et de se relancer.

Après avoir poussé la Grèce à des réformes structurelles, notamment avec la privatisation  d’actifs, la coupe d’effectifs et la réduction des pensions, le FMI en arrive aujourd’hui à la conclusion qu’il faudra réfléchir à la possibilité de radier une partie de la dette du pays.

À RDI économie lundi, l’analyste géopolitique Pierre Fournier expliquait que « la réalité, c’est que les Grecs ne pourront jamais rembourser leur dette. C’est un secret de Polichinelle, tout le monde le sait, mais l’Europe n’est pas prête, ni le FMI d’ailleurs, à effacer une partie de la dette grecque […] comme ça a été fait avec l’Allemagne en 1953, comme ça s’est fait avec la Pologne, la Russie, plusieurs pays d’Amérique latine. C’est ça la solution. Ce que craignent les autorités européennes, c’est évidemment l’effet de contagion. »

Quand on sait que la Grèce doit 90 milliards d’euros à l’Allemagne, on comprend facilement que Berlin n’est pas vraiment prête à envisager une radiation de dette, à moins que la Grèce accepte de se soumettre à de nouvelles mesures d’austérité, des réductions de dépenses et des hausses d’impôt.

Tout est relatif donc quand il est question de dette.

Sur ces mots, je sors de mon bureau pour quelques semaines, à la recherche de mon ami Galarneau. Bon été, soyez sages!

Sources : Trading Economics, The Globe and Mail, Université de Sherbrooke

Au moment où notre regard est tourné vers la Grèce, notre propre économie vacille. La chute des cours du pétrole depuis un an a eu l’effet d’une douche froide sur l’économie canadienne. Et nous commençons à en réaliser l’impact réel. La donnée statistique sur le PIB du mois d’avril vient de faire réapparaître le mot qu’on ne veut pas voir : récession. Le Canada serait peut-être en récession.

Avant l’analyse, les faits : la baisse du PIB en avril est de 0,1 %. C’est le quatrième recul mensuel de suite. Le secteur de l’extraction minière, gazière et pétrolière est en déclin depuis cinq mois maintenant.

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La définition la plus mécanique de la récession, c’est deux trimestres de suite en baisse. D’autres définitions existent, mais c’est celle-ci qui est la plus simple et la plus utilisée.

Selon Desjardins, « les probabilités d’un second recul [du PIB] au deuxième trimestre sont assez élevées. [...] Il est plutôt vraisemblable que la croissance du PIB réel par industrie demeure assez modeste dans les mois à venir, considérant les difficultés du secteur de l’énergie et leurs répercussions négatives sur plusieurs autres secteurs d’activité. Il est donc probable que l’économie canadienne soit actuellement en récession technique.

Dans les circonstances, il est « probable », selon Desjardins, que la Banque du Canada annonce une nouvelle baisse de son taux directeur le 15 juillet prochain. La CIBC va dans le même sens : il y aura une baisse du taux directeur dans 15 jours.

« L’économie canadienne vacille et se trouve au bord de la récession technique », écrit pour sa part la TD.  La probabilité d’une nouvelle baisse du taux directeur grandit, à son avis.

La firme Nomura s’attend à ce que les données du secteur des ressources aient été négatives pour mai et juin en raison du ralentissement de production engendré par les feux de forêt en Alberta, baisse d’environ 10 % dans la production de pétrole des sables bitumineux. Ainsi, le deuxième trimestre aura probablement été négatif, baisse de 0,5 %, selon Nomura, ce qui confirmerait ainsi une récession technique.

Mais…

Analyse divergente à la Nationale : « Malgré la faible croissance dans la première moitié de 2015, l’économie n’est pas sur le point de glisser en récession. Le marché du travail montre des signes d’accélération dans les heures travaillées et les ventes de gros produits vont bien comme on a pu le constater dans les statistiques de ventes d’autos et de mises en chantier en mai. »

Le niveau d’emplois à temps plein est à un record. Et la bonification de la prestation universelle pour enfants, annoncée dans le dernier budget et qui se répercutera dans les chèques gouvernementaux délivrés en juillet, va stimuler la consommation des Canadiens, selon la Nationale, dans les mois suivants. Cette bonification équivaut à 0,7 % du PIB. Les exportations devraient aussi bénéficier de la croissance américaine.

Pendant ce temps, la Réserve fédérale prépare une hausse de son taux directeur qui aura lieu, selon plusieurs experts, en septembre. Il est rare de voir les économies canadienne et américaine évoluer de façon aussi distincte. C’est dire l’importance de l’énergie dans le PIB canadien et le déficit réel de diversification économique.

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Le premier ministre grec Alexis Tsipras
Les derniers événements en Europe nous rapprochent de ce qui semblait, encore il y a quelques jours, impensable. Un défaut de paiement se profile à l’horizon et un scénario de sortie de la Grèce de la zone euro se dessine. Il restera toujours du temps pour une entente dans la mesure où les parties veulent vraiment conclure un accord. Mais, à ce point-ci, il semble évident que, de part et d’autre, on se prépare au divorce.

Mais, au fait, encore là, jusqu’à quel point sommes-nous proches de ce divorce? On ne connaît pas très bien le code de la dimension dans laquelle nous sommes entrés : un pays est sur le point d’être en défaut de paiement, l’Europe est en train de lui couper les vivres, les banques sont fermées et les parties campent sur leurs positions. Qui a raison? Qui a tort?

La Grèce est seule dans sa position

Les pays qui ont eu besoin du soutien du FMI et de l’Europe sont revenus sur les rails, tant bien que mal, grâce à l’austérité diront certains, malgré elle selon plusieurs autres. La Grèce, elle, n’a rien gagné des mesures d’austérité. Ses problèmes structurels se sont amplifiés, son PIB a chuté de 30 %, le chômage est élevé, le niveau de vie de sa population glisse. Athènes est coincée entre la résistance et la soumission.

La Grèce peut-elle se passer de l’euro? Peut-elle connaître pire en sortant de la zone euro? Et l’euro peut-il survivre sans la Grèce? La zone est-elle assez forte pour éjecter un membre? Nous ne le savons pas. C’est de l’inconnu.

Mais, bien des analystes affirment que la remontée de l’Italie, du Portugal et de l’Espagne rend l’euro plus fort aujourd’hui, plus imperméable aux secousses que pourrait engendrer un divorce avec la Grèce. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, est d’avis que le défaut de paiement, à tout le moins, aura très peu d’impact sur la zone.

Inquiétudes sur les marchés, mais pas de panique

Est-ce vrai? L’indice de volatilité, sur les marchés, est en forte hausse. Les grandes places boursières européennes ont chuté de 3 à 5 %. Les coûts d’emprunt de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal sont en hausse, dans la foulée de la forte montée des obligations grecques. Mais l’euro, après un début de semaine en chute, a repris ses pertes en cours de journée. La nervosité se fait sentir sur les marchés, mais nous ne sommes pas plongés dans une grande panique.

Le FMI, l’Allemagne, la France, la Commission européenne et la Banque centrale européenne sont-ils prêts à prendre le risque de voir la Grèce sortir de la zone euro? La réponse, à ce point-ci, semble oui. Et, puisque le tango se danse à deux, la Grèce semble envisager le même scénario. Le temps est-il venu de choisir le précédent, celui de l’exclusion d’un pays qui ne veut pas céder aux exigences de ses créanciers et celui, du point de vue grec, de se sortir d’un étau qui l’empêche de retrouver confiance et croissance? Sommes-nous à la croisée des chemins?

La signification d’un « oui » ou d’un « non »

Se pourrait-il, en retour, que le premier ministre grec Alexis Tsipras encourage sa population à rejeter le plan européen en référendum le 5 juillet tout en maintenant un discours favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro? Un « non » au référendum serait une victoire pour le gouvernement Tsipras, qui obligerait finalement la Banque centrale européenne et le FMI à retourner à la table des négociations. Mais le risque est grand. Un ministre allemand a déclaré qu’un « non » est un vote favorable à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Et un « oui » obligerait possiblement le gouvernement grec à démissionner et à déclencher de nouvelles élections. N’est-ce pas ce qu’espère la chancelière allemande Angela Merkel en disant qu’elle souhaite attendre les résultats du référendum avant d’envisager de nouvelles négociations?

Assiste-t-on au divorce entre la Grèce et la zone euro? Ce divorce peut-il se faire sans trop de dégâts?

Revenons un peu sur l’austérité. Nous avons tenu un forum sur cet enjeu le 11 juin dernier et vous avez été nombreux à nous suivre et à participer à la discussion. Depuis, quelques textes ont été publiés, une entrevue avec le ministre Leitao a été réalisée, il vaut la peine d’y revenir quelques instants.

1- L’austérité, remise en contexte

Les économistes Mia Homsy et Sonny Scarfone ont publié, mercredi, un rapport sur les mesures d’austérité au Québec. Affirmant donner « l’heure juste sur la situation du Québec », ils arrivent à la conclusion « que lorsqu’on regarde la politique budgétaire sur le dernier cycle économique complet (qui va de 2003 à 2016) en évitant de choisir arbitrairement une année précise, il n’est pas question d’austérité budgétaire, mais plutôt de stimulation économique. De 2003 à 2016, le gouvernement aura directement contribué à la croissance économique à hauteur de 3,5 G$ du PIB ».

L’étude calcule tout de même que les mesures actuelles du gouvernement Couillard ralentissent l’économie : réduction de 0,5 à 1 point de pourcentage du PIB cette année et l’an prochain. Les compressions pourraient réduire le PIB du Québec de plus de 3 milliards de dollars cette année et jusqu’à près de 4 milliards l’an prochain. Mais l’économie du Québec peut soutenir ces restrictions budgétaires, selon l’Institut du Québec, qui s’inquiète toutefois de l’impact des compressions dans le secteur de l’éducation.

source: Institut du Québec

source: Institut du Québec

2- Les traces de l’austérité

Mia Homsy faisait partie de nos experts invités à notre forum. Éric Pineault aussi. Associé à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques, l’économiste et sociologue de l’UQAM a mis à jour une étude qu’il avait publiée en 2013 sur l’austérité.

« Dans le contexte d’une économie prise dans une trajectoire stagnationniste, écrit-il, le choix de l’austérité coûte cher. Ce coût, en croissance économique perdue, en ménages fragilisés et surendettés, en entreprises productives sous-équipées, en emplois de qualité qui ne seront pas créés et en services publics désorganisés n’est pas le fardeau temporaire de la génération actuelle qui doit se serrer la ceinture pour les générations futures. Non, l’austérité laissera des traces permanentes. »

source: IRIS

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3- L’austérité, positive à long terme, négative à court terme

L’un des plus fervents défenseurs de l’austérité, c’est la Banque centrale d’Europe qui a participé, depuis 2009, à l’imposition de mesures de restrictions budgétaires sévères en Grèce, en Espagne et au Portugal, avec le FMI, l’Allemagne et la Commission européenne. Dans un texte publié ce mois-ci par la Banque centrale d’Europe, trois chercheurs de l’institution, Thomas Warmedinger, Cristina Checherita-Westphal et Pablo Hernández de Cos, écrivent qu’il est important de mesurer l’impact des mesures d’austérité au-delà des répercussions à court terme, une « vision étroite » de l’enjeu à leur avis.

« Il y a un large consensus, écrivent-ils, que les consolidations fiscales bien construites ont des effets positifs à moyen et à long terme. La consolidation contribue à une amélioration permanente de l’équilibre du budget structurel, alors que la détérioration de la croissance n’est que temporaire. »

4- L’austérité ou la politique qui rate la cible

Le vénérable magazine The Economist, référence mondiale en matière de couverture de l’économie et des finances, a publié un texte important sur l’austérité le 13 juin dernier, texte qui a un fort retentissement dans les médias sociaux. « La croissance est meilleure que l’austérité comme politique visant à ramener les dettes sous contrôle. Les gouvernements devraient concentrer leurs énergies sur des réformes nécessaires du marché des produits et du marché du travail. » Autrement dit, il faut ouvrir davantage les marchés et rendre le marché du travail plus flexible, selon The Economist.

5- Austérité? Non! Rigueur!

Même si tout le monde utilise le mot austérité, entre le FMI et l’OCDE, les Grecs, les Allemands, les Irlandais, les Français, les Espagnols, les Portugais, les Italiens et j’en passe, le ministre des Finances Carlos Leitao nous a dit en entrevue mardi que l’action de son gouvernement, ce n’est pas de l’austérité, c’est de la rigueur. J’ai posé la question au ministre qu’on a posée lors de notre forum : choix politique ou choix de société? « Choix de rigueur », m’a répondu le ministre. Voilà!

Durant une pause publicitaire jeudi soir lors de notre émission spéciale sur l’austérité, l’un des invités m’a dit : « Et les taux d’intérêt? Allez-vous parler des taux d’intérêt? Que va-t-il se passer si les taux d’intérêt montent? Un point de pourcentage de plus, c’est le budget des cégeps! »

Cet intervenant met le doigt sur ce qui représente probablement le risque le plus important au Canada en ce moment. Les autorités occidentales profitent de taux d’intérêt très avantageux, ce qui leur permet d’emprunter à faibles coûts. Le Québec en profite : ses coûts d’intérêt sont moins élevés que prévu. Ces faibles taux permettent aussi aux consommateurs de soutenir la croissance économique. Le Canada, comme le Québec, ne tombe pas en récession parce que le moteur premier de l’économie, la consommation, tourne toujours. En fait, le niveau des intérêts à rembourser par rapport au revenu disponible baisse même si la dette des ménages augmente, comme l’illustre ce graphique de Statistique Canada :

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Mais ce n’est pas sans conséquence. L’endettement augmente. Et c’est de plus en plus inquiétant, selon la Banque du Canada, cette même institution qui a jugé bon de réduire son taux directeur en début d’année dans l’objectif de stimuler la consommation… et l’endettement! Dans sa revue du système financier, la banque affirme que « la vulnérabilité liée à l’endettement des ménages demeure importante » et que cette vulnérabilité « s’accentue légèrement ». Elle ajoute que le marché du logement est déséquilibré : la hausse des prix ralentit, le marché est surévalué et le niveau de risque des investissements augmente en raison de la faiblesse des rendements des obligations.

Donc, un choc économique pourrait transformer un risque en crise :

  1. Une chute de l’emploi et des revenus pourrait entraîner une correction dans le marché immobilier, risque « moyennement élevé », dit la Banque du Canada.
  2. « La possibilité d’une hausse abrupte des taux d’intérêt à long terme » pourrait survenir si la Réserve fédérale ou la Banque centrale d’Europe faisaient des gestes surprenants. Risque « modéré », affirme la banque centrale.
  3. L’instabilité financière et économique des pays émergents représente un risque « moyennement élevé » pour le Canada.
  4. Et « il existe également un risque que des tensions financières dans la zone euro entraînent de la volatilité sur les marchés financiers mondiaux, une réévaluation généralisée du risque et une ruée vers la liquidité qui auraient une incidence négative sur les marchés financiers canadiens. » Risque modéré.

La Banque du Canada écrit aussi qu’un « défaut de paiement de la Grèce sur sa dette est devenu plus probable qu’auparavant, mais il est moins susceptible de causer de graves tensions financières dans la zone euro. »

L’objectif n’est pas d’exagérer la dette des ménages. Les Canadiens ne sont pas les seuls dans le monde à afficher des niveaux d’endettement élevés. C’est le cas aussi des Danois, des Australiens et des Néerlandais notamment.

Il y a bien sûr derrière une dette hypothécaire un actif. L’enjeu est ailleurs : quel serait l’impact d’une hausse des taux d’intérêt? Et quel serait l’impact d’une instabilité financière accrue sur les prix des maisons et la valeur des actifs?

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* Note : on parle généralement du ratio par rapport au revenu disponible, donc après impôts. Ici, le tableau fait référence au revenu brut, avant impôts.

Après les scientifiques, les écologistes, les économistes, voilà que le G7 entre dans la danse et épouse le constat qu’il est urgent d’agir. Les pays membres du G7, parmi les plus grands émetteurs du monde, ont établi une cible hier en vue de la conférence de l’ONU à Paris en décembre. Il nous faut avoir atteint une réduction de 40 à 70 % des émissions de GES en 2050 par rapport au niveau de 2010. De plus, nous devons nous affranchir des énergies fossiles à la fin du siècle. L’engagement est colossal. Greenpeace a salué le G7.

En fait, deux mots s’installent dans le vocabulaire financier et économique : désinvestissement et décarbonisation. Le premier explique la sortie de nombreux investisseurs des secteurs pétroliers, gaziers et charbonniers. Ces derniers se posent la question suivante : la lutte contre les changements climatiques rendra-t-elle possible l’exploitation des réserves énergétiques annoncées?

Donc, comme l’expliquait à RDI économie lundi soir le spécialiste des négociations climatiques Hugo Séguin, quelle est la valeur à long terme d’un investissement dans une exploitation de ressources pétrolières, gazières et charbonnières?

Le deuxième terme, décarbonisation, n’existe pas dans tous les dictionnaires, mais l’Observatoire de néologie du Québec définissait ainsi la décarbonisation en 2011 : « ensemble des mesures et techniques mises en place en vue de limiter l’utilisation des hydrocarbures comme sources d’énergie ». Et l’Office québécois de la langue française l’a inclus dans son dictionnaire terminologique.

Sortir de l’économie du carbone avant 2100, c’est donc mettre fin progressivement à l’utilisation des énergies fossiles. Le mot est sans appel. Nous pourrions opter aussi pour « décarboner ».

Du bout des lèvres, le Canada fait partie de cet engagement en tant que membre du G7. Mais, comme nous l’expliquait Hugo Séguin, le premier ministre Harper a choisi de « ne pas confronter ses pairs au sommet du G7 et de se joindre au consensus, qui était inévitable. […] La question est de savoir si le gouvernement fédéral croit en son engagement. C’est malheureux comme Canadien de le constater, mais le gouvernement fédéral n’a pas brillé par sa capacité de démontrer sa crédibilité au niveau international dans l’enjeu des changements climatiques. »

On peut encore se demander jusqu’où ira le Canada à la conférence de Paris. Une élection est prévue entre les deux et aura un impact sur la position d’Ottawa d’ici là.

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Malgré l’optimisme qu’a généré la conclusion des dirigeants du G7 sur l’enjeu environnemental, on ne vient pas garantir le succès de la conférence de l’ONU selon Hugo Séguin. « C’est comme si on passait le chapeau des bonnes volontés. Des joueurs majeurs de cette négociation se sont engagés aujourd’hui. » Mais il faut d’autres engagements, ceux de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Turquie et de l’Indonésie notamment.

À n’en pas douter, le défi écologique est le risque économique le plus important de notre siècle. Les grands dirigeants de la planète semblent l’avoir compris.

Le premier minstre britannique David Cameron quitte sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace.
Le premier ministre britannique David Cameron quittant sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace. (archives). Stefan Wermuth / Reuters

S’il y a un gouvernement qui assume pleinement ses politiques d’austérité, c’est bien celui du Royaume-Uni : compressions, ventes d’actifs, privatisations, coupes de services, réductions d’emplois. Le gouvernement britannique a considérablement réduit ses dépenses depuis 2011 et annonce maintenant un nouveau plan d’austérité dans le but de revenir à l’équilibre budgétaire en 2018-2019.

Le gouvernement de David Cameron charcute dans les activités de l’État et se sent autorisé à poursuivre cette oeuvre après avoir été réélu, cette fois majoritaire, aux élections du 8 mai dernier. Les conservateurs ont l’impression, probablement bien réelle, d’avoir les coudées franches.

Ainsi, Londres a annoncé jeudi son intention de vendre ses actions restantes dans la poste britannique, soit 30 % de la Royal Mail, ce qui va rapporter 3 milliards de dollars dans les coffres publics. La privatisation de la poste au Royaume-Uni est complète quoi qu’en pense la population, qui doit payer beaucoup plus que par le passé pour les timbres. Le Royaume-Uni fait partie des pays qui ont le plus augmenté le tarif des timbres au cours des dernières années.

Le gouvernement britannique a aussi annoncé de nouvelles compressions évaluées à 5 milliards de dollars. Et il dit devoir encore trouver près de 60 milliards de dollars d’économies pour atteindre le déficit zéro comme prévu dans trois ans.

Au cours du mandat 2011-2015 de David Cameron, à la tête d’une coalition gouvernementale avec les libéraux démocrates, Londres a procédé à des coupes majeures. Ces compressions ont eu lieu en bonne partie dans les deux premières années du mandat. Une austérité sévère qui se résume ainsi :

  • Réduction du déficit structurel de 5 points de PIB en 1 an et demi
  • Dépenses publiques de 2010 à 2014 : -6 %
  • Financement de l’enseignement supérieur de 2011 à 2015 : -40 %
  • Emplois dans la fonction publique de  2009 à 2014 : -15 % (-743 000 emplois)
  • Gel des salaires de 2010 à 2012 dans la fonction publique
  • Hausse de la TVA de 17,5 % à 20 %

Contrairement au Québec, le Royaume-Uni est aux prises avec un déficit important, avec lequel il est difficile de conjuguer. Par rapport à son économie, le Royaume-Uni part de loin.

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Non, le pétrole n’est pas une énergie renouvelable, bien qu’un Québécois sur six le pense, selon un sondage réalisé pour le CIRANO et Polytechnique Montréal*. Le pétrole est une énergie fossile qui s’épuise. Les découvertes des dernières années ne changent rien à la tendance de fond.

Dans un texte important publié dans le livre Pétrole 101 – L’or noir dans tous ses états, le journaliste scientifique indépendant Philippe Gauthier explique que « la découverte de nouveaux puits a atteint son sommet dans les années 1960 et ralentit depuis. La dernière découverte majeure – le pétrole de la mer du Nord – date de cette époque. Le monde extrait plus de pétrole qu’il n’en découvre ».

Il continue : « Les statistiques gouvernementales, tout comme les énoncés financiers des entreprises pétrolières, se fondent sur les ressources récupérables probables, des données préliminaires qui sont souvent trop optimistes, ou gonflées pour faire saliver les actionnaires. »

Et il ajoute : « L’ingénieur pétrolier Jean Laherrère, qui a eu accès aux données techniques confidentielles des entreprises, estime que la quantité totale de pétrole techniquement et économiquement récupérable dans le monde est d’environ 2200 Gb (milliards de barils). Environ 1400 de ces 2200 Gb ont été consommés depuis les années 1850. Il en resterait donc environ 800 Gb (dont à peine 20 Gb de pétrole de roche-mère environ), que nous consommons actuellement au rythme d’environ 26 à 27 Gb par année.

« À 800 Gb de pétrole conventionnel, il faut ajouter environ 500 Gb de pétrole extralourd et de bitume, parmi lesquels il faut compter 175 Gb de bitume canadien et 200 Gb de bitume vénézuélien, dont l’exploitation s’annonce difficile. » La production de pétrole conventionnel stagne, elle va dramatiquement baisser d’ici 50 ans alors que la production de pétrole extralourd et de bitume ne va monter que très légèrement. « Que nous le voulions ou non, nous devrons peu à peu apprendre à nous passer de pétrole », écrit Philippe Gauthier.

Et pour ceux qui pensent que le pétrole de schiste est une mine d’or : « En janvier 2015, l’industrie américaine de la fracturation connaissait sa première faillite, dans un secteur où 97 % des entreprises fonctionnent désormais à perte. » Ça coûte une fortune… En 1920, il fallait dépenser un baril de pétrole pour en extraire 100. Pour le schiste américain ou le bitume albertain, on dépense un baril pour en extraire entre 4 et 8!

Alors, non, le pétrole n’est pas une énergie renouvelable, pour ceux qui en doutent.

Cliquez ici pour lire l’étude L’énergie et les changements climatiques.

* Le sondage a été mené par Internet du 16 au 20 avril 2015 par l’Institut de sondage Léger Marketing. Au total, 1010 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas et des strates ont répondu au questionnaire. La répartition du recensement national en 2011 des âges, des sexes, des régions, de la langue et de la scolarité a été respectée dans l’échantillon. La durée moyenne des entrevues a été de 12 minutes. La marge d’erreur pour un sondage de 1000 répondants est de +/- 3,1 %. »

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Tiens, le géant américain de vente en ligne Amazon a décidé de payer ses impôts où ses bénéfices sont réalisés. Rien à voir avec les pressions européennes pour que cesse l’optimisation fiscale, dit l’entreprise. « Nous examinons nos structures régulièrement afin de nous assurer que nous pouvons servir nos clients aussi bien que possible », a déclaré un porte-parole d’Amazon à des médias européens.

Ainsi, depuis le 1er mai, sur les bénéfices réalisés en Allemagne, Amazon va payer ses impôts en Allemagne. Même chose au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie et bientôt en France. Amazon amorce ainsi un mouvement après avoir dû répondre pendant des années à de nombreuses questions sur ses pratiques fiscales.

L’optimisation, très à la mode dans le monde des multinationales, a pour but de réduire au maximum les impôts à payer. C’est pour cette raison qu’une entreprise comme Amazon a choisi de s’installer au Luxembourg, où le niveau d’imposition est faible par rapport à ses voisins européens.

Aujourd’hui, la pression s’intensifie. Le G20 a lancé des négociations sur l’érosion fiscale des pays et le transfert des profits. Le groupe a demandé à l’OCDE de présenter des propositions pour lancer des discussions sur ces enjeux. Sur une quinzaine de propositions, sept ont déjà fait l’objet d’une entente, selon ce qu’a indiqué Pascal Saint-Amans, directeur du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCDE, dans une entrevue à Alternatives économiques.

À cela s’ajoutent les soupçons de la Commission européenne sur les pratiques du Luxembourg, qui aurait octroyé des avantages fiscaux illégaux à Amazon dans la foulée des révélations journalistiques de « LuxLeaks » en novembre dernier.

Extrait d’un article du Monde : « En 2013, l’agence Reuters avait révélé qu’en 2012, en faisant transiter ses ventes depuis sa filiale luxembourgeoise, Amazon n’avait payé en Allemagne que 3 millions d’euros d’impôts sur les sociétés, alors même que son chiffre d’affaires dans ce pays avoisinait les 9 milliards d’euros. »

De toute évidence, recadrer la fiscalité est devenu une priorité. Et on peut se demander si d’autres entreprises, comme Apple, Fiat, Google ou Starbucks vont suivre le mouvement qu’amorce aujourd’hui Amazon. Non seulement la concurrence fiscale en cours est en train de tuer les capacités financières de certains pays, mais elle accentue les inégalités.

La pression pour le statu quo est toutefois forte, écrit Alternatives économiques : « Mi-janvier, le journaliste du Guardian Simon Bowers montrait comment plusieurs groupes de pression professionnels au service des industries de haute technologie – dont les membres incluent Apple, Microsoft, Google, Amazon, Intel, Yahoo!, Facebook, Uber, Netflix, Hewlett-Packard, eBay, IBM et Twitter – se mobilisent très fortement pour attaquer le contenu de Beps (le plan de l’OCDE nommé Base Erosion and Profit Sharing, érosion des bases fiscales et transfert de profits) et tenter une remise en cause politique. »

En plus de mettre fin au transfert de profits, les autorités travaillent aussi à améliorer l’échange d’informations fiscales. Autrement dit, le fisc canadien, par exemple, devrait être informé automatiquement de l’ouverture d’un compte bancaire à l’étranger par l’un de ses citoyens.

Les pays ont mis en place des procédures de déclarations volontaires. Selon Alternatives économiques, « à l’automne 2014, plus de 500 000 contribuables avaient approché leurs autorités fiscales dans neuf pays dans le cadre de procédures de dénonciations volontaires. Au total, 37 milliards d’euros de recettes auraient déjà été récupérés par un ensemble de 25 pays ».

Le succès pour réduire la portée des paradis fiscaux et de l’évitement fiscal s’appuie sur la coordination des politiques fiscales. Le travail du G20, de l’OCDE et de la Commission européenne, à ce titre, est encourageant. Mais plusieurs pays, dont les États-Unis, résistent à des mesures comme l’échange automatique d’informations. Dans ce contexte, la décision d’Amazon en Europe est un pas dans la bonne direction. Pour l’instant, ce n’est qu’un pas. La route sera longue.

Sources : Le Monde, Alternatives économiques

La désobéissance civile d’UberX

Mercredi 29 avril 2015 à 13 h 32 | | Pour me joindre

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Avec l’arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents, nous assistons depuis quelques années à l’émergence d’une nouvelle stratégie commerciale qui ressemble, en langage familier, à du rentre-dedans. Parce qu’un secteur est réglementé, encadré, parfois figé et contrôlé par trop peu d’acteurs, des entrepreneurs adoptent des stratégies agressives et parfois illégales pour casser un moule, pour faire tomber un système, pour pousser les gouvernements à changer les lois.

C’est ce que font les sociétés Airbnb et Uber. Ce qu’ils proposent n’est pas révolutionnaire. Ce qu’ils veulent faire, c’est d’ouvrir les marchés de l’hébergement et du transport, de les rendre plus flexibles, de briser des monopoles. Comme les lois et les règles sont faites pour être changées, diront certains, il faut donc foncer, s’installer, amener l’État à bouger sous la pression de l’offre et de la demande. C’est une forme de désobéissance civile du capitalisme : on fait fi des règles et des lois, on fonce, on abat les murs, on met tout le monde devant le fait accompli.

Airbnb permet à de simples citoyens d’offrir en location des logis dont ils sont le propriétaire. Ce service est en marge des hôtels et des gîtes, il est nouveau et oblige donc les législateurs à se pencher sur la question. Il y a un flou légal ou réglementaire, et c’est pourquoi la ministre québécoise Dominique Vien a décidé d’encadrer Airbnb. Pourquoi? Parce que cette entreprise œuvre dans une « logique commerciale » sur le terrain des hôtels et des gîtes, qui doivent, eux, payer des permis et des taxes.

Dans le cas d’UberX, c’est un service qui existe déjà qui est offert par des citoyens : celui du taxi. Mais, contrairement aux chauffeurs de taxi conventionnels, ils n’ont pas de permis pour faire ce travail. Ils contreviennent ainsi à la loi concernant les services de transport par taxi qui précise que « pour offrir ou effectuer un transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile, une personne doit y être autorisée par un permis de propriétaire de taxi », UberX offre un service illégal. Le maire de Montréal, Denis Coderre, le dit. Le ministre des Transports du Québec, Robert Poëti, l’affirme également.

En entrevue à RDI économie, le directeur d’Uber Montréal, Jean-Nicolas Guillemette, a répété à plusieurs reprises qu’il s’agissait d’un nouveau service, d’une nouvelle technologie, qu’il y avait un flou légal et il invite le gouvernement à changer ses lois. Uber a tout à fait le droit de faire toutes les représentations qui lui semblent nécessaires pour pousser le gouvernement à accepter de modifier ses lois. Mais pourquoi, entre-temps, Uber offre-t-il illégalement le service UberX?

Pourquoi l’offrir avant d’avoir le droit de le faire? Parce qu’Uber veut pousser le gouvernement « dans ses derniers retranchements », nous a dit Jean-Nicolas Guillemette. Et Uber a les moyens de jouer à ce jeu : l’entreprise est déjà installée dans une cinquantaine de pays et est appuyée par des investisseurs de taille, notamment Google et Goldman Sachs. Uber est capable de se défendre en cour et de défendre les citoyens dont les autos ont été saisies parce qu’ils offraient le service UberX.

Uber se revendique de l’économie du partage. Mais il n’est pas clair qu’UberX se qualifie pour faire partie de cette catégorie. L’économie du partage consiste pour un citoyen à prêter ou à louer un actif dans les moments où il ne l’utilise pas. Louer son chalet ou son condo, prêter son auto en retour d’un service, c’est de l’économie du partage. Les services d’Airbnb, par exemple, sont une illustration adéquate de l’économie du partage. Car2go ou Automobile, qui proposent des autos en location pour une courte distance, c’est aussi de l’économie du partage.

Mais « offrir un service de transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile », c’est une activité commerciale à but lucratif et ça s’appelle du taxi. Et c’est que fait UberX.

Alors, trois questions :

  • L’État doit-il adapter ses lois pour permettre le service UberX?
  • UberX doit-il cesser ses activités en attendant d’avoir le droit légal d’offrir son service?
  • La stratégie d’UberX est-elle la bonne pour faire changer la loi?