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Si vous fréquentez un marché public ou si vous habitez une région peuplée de producteurs de toutes sortes (et que vous les fréquentez!), vous achetez probablement une bonne quantité d’aliments produits localement. Mais, si vous allez à l’épicerie, il y a de grandes possibilités que vous tombiez sur des aliments importés, qui ont été entreposés et achetés en gros afin de vous faire payer un prix moins élevé.

emballage quebec souverainete alimentaireQuand même, il y a de nombreux épiciers qui sont plus sensibilisés que d’autres à la production locale et qui vous offrent une bonne sélection en magasin. Mais il y en a d’autres qui s’en moquent comme de la dernière pluie!

Manger local, bien des gens l’affirment et le croient, ça goûte bon et c’est souvent meilleur! Manger bio, c’est peut-être encore meilleur.  Le nombre d’agriculteurs bio a quadruplé depuis le début des années 2000 au Québec.

Toutefois, la critique la plus fréquente, c’est que ça coûte plus cher aussi. Le problème, c’est la quantité et les coûts de production. Une ferme qui produit de petites quantités, dans de bonnes conditions économiques, vend nécessairement ses fruits, ses légumes et ses viandes plus chers qu’un gros producteur industriel, qui a des contrats avec les plus grosses chaînes et dont les coûts de production sont très bas.

Pour la majorité des gens, c’est le prix qui compte d’abord et avant tout. Un sondage Ipsos Reid, réalisée pour la Banque Royale, nous apprend que  57 % des Canadiens cherchent les aubaines, comparent les prix, les épiceries, magasinent. Cette dernière statistique est très révélatrice.

Politique de souveraineté alimentaire du QuébecQuand on parle de prix, de quoi parle-t-on? On parle certainement du prix du produit à l’épicerie, le plus facile à voir et à comparer. Mais, acheter local, c’est faire tourner une roue de stimulation économique indéniable. Acheter chez son voisin, c’est nourrir sa propre communauté, sa propre économie. Et on peut, personnellement, en bénéficier.

Bref, c’est dans ce contexte que le gouvernement du Québec vient de publier sa politique de souveraineté alimentaire. Bonne nouvelle, nous disait notre invité jeudi soir à RDI économie, le professeur de l’Université Laval Daniel-Mercier Gouin. Il y a longtemps qu’on promettait une telle politique au Québec. On est à l’heure des principes et des intentions. On attend les actions, leur mise en application et la vérification de leur efficacité.

Plusieurs intervenants se réjouissent déjà de la politique du gouvernement, qui a pour objectif d’encourager la consommation de produits québécois. Le gouvernement veut mettre en place des incitatifs pour que les grands distributeurs s’approvisionnent davantage au Québec. Et il veut encourager, voire obliger, les institutions publiques comme les hôpitaux à offrir de la nourriture achetée au Québec. La SAQ, notamment, serait appelée aussi à mettre davantage en valeur les produits québécois.

D’autres groupes critiquent la politique du gouvernement Marois, affirmant qu’on s’éloigne trop du rapport Pronovost d’il y a cinq ans, qu’on n’en fait pas assez pour aider les agriculteurs dont les revenus sont en baisse et pour stimuler davantage l’agriculture biologique.

Cet enjeu de la consommation de produits alimentaires fabriqués au Québec est fondamental pour l’économie. Il y a 475 000 emplois dans le secteur bioalimentaire au Québec. C’est 12 % de l’emploi total, selon les données du ministère de l’Agriculture. À 21,8 milliards de dollars de PIB, c’est 7 % de l’économie.

Le gouvernement a-t-il raison de vouloir mettre en place une politique pour stimuler la consommation de produits québécois? Va-t-il assez loin? Ou doit-on laisser le marché agir et laisser les multinationales contrôler les étalages des épiceries à des prix qui nous paraissent plus concurrentiels?

Alors que le gouvernement du Québec impose un moratoire officiel sur le gaz de schiste, les États-Unis sont en train de changer le monde énergétique mondial en misant tous azimuts sur la fracturation hydraulique. La voie est libre, les Américains ont le marché à eux et ils saisissent l’occasion, malgré toutes les incertitudes soulevées sur la sécurité et l’environnement.

Pétrole de schisteÀ cause de la production américaine de gaz de schiste, le prix du gaz a plongé. Cela a du coup fait plonger le prix de l’électricité dans le marché au grand dam d’Hydro-Québec, qui misait sur ses exportations vers les États-Unis pour augmenter ses revenus et ses dividendes.

La production de gaz naturel aux États-Unis a bondi de 327 % de 2007 à 2011.

Cette technologie de la fracturation est aussi utilisée pour explorer de nouvelles sources de pétrole. Et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonçait dans un rapport mardi que le pétrole de schiste allait propulser les États-Unis au premier rang des producteurs mondiaux en 2015 dans les pays hors OPEP et avant 2020 dans l’ensemble du marché mondial.

En réalité, avec la production américaine, l’offre va monter plus rapidement que la demande! Qui aurait cru une telle avenue il y a quelques années à peine, à une époque où on parlait du pic pétrolier. Les technologies permettent aujourd’hui d’explorer du nouveau pétrole, qui coûte bien plus cher à produire, mais qui est rentable dans le contexte d’un baril à environ 100 $.

Selon l’AIE, ce pétrole de schiste et le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vont créer une « onde de choc » sur la planète au cours des cinq prochaines années, comme la hausse de la consommation pétrolière des Chinois a bouleversé le marché depuis 15 ans.

C’est à se demander si la transformation nécessaire vers des énergies vertes et renouvelables est vraiment en cours. On ne cesse de dire qu’en attendant de passer à de nouvelles sources d’énergie, on a encore besoin de pétrole. Dans ce contexte, et parce que le développement technologique le permet et que les prix sont élevés, on explore et on exploite. Et on continue!

Et vous savez quoi? Avec une telle offensive sur la production, on peut se demander si les prix de l’essence ne sont pas appelés… à baisser plutôt qu’à augmenter! Bien sûr, d’autres facteurs, comme le raffinage et les taxes, influent sur les prix de l’essence.

Après avoir dit pendant des années qu’il fallait se préparer à une hausse des prix de l’essence, ce spectaculaire développement de l’offre pétrolière en Amérique du Nord est-il en train de remettre en question toutes les prévisions?

Y a-t-il de « l’eau dans le gaz » dans le projet d’union libre du Canada et de l’Union européenne? À quelques semaines du début des négociations de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne, on peut sérieusement se demander si les relations canado-européennes ne sont pas en train de dérailler. Les signaux envoyés sont tous au jaune. Et les irritants se multiplient.

Ce qui achoppe, ce sont les questions agricoles. Le Canada veut exporter plus de bœuf vers l’Europe. L’Union refuse et exige un accès plus grand au marché des produits laitiers du Canada. La plupart des autres points seraient réglés ou sur le point de l’être. Mais cette question bloquerait toutes les avancées supplémentaires.

Ce problème survient au moment où l’administration Obama est sur le point de lancer des négociations avec l’Union européenne. Si le Canada n’a pas conclu d’entente avec les Européens avant le début des discussions entre Washington et Bruxelles, comment pourrait-on prétendre à Ottawa que l’Union européenne a encore beaucoup d’énergie à mettre sur une entente. Le réel intérêt pour l’Europe, ce sont les États-Unis. Et ils sont sur le point de pouvoir y aller directement, sans passer par le nord.

Les relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis représentent le tiers des échanges commerciaux mondiaux. Total de 645 milliards de dollars en 2012. Barack Obama sera en Allemagne les 18 et 19 juin prochain.

Dans l’urgence, le Canada devra-t-il plier sur des points cruciaux?

Il faut ajouter qu’il y a deux dossiers qui nuisent aux relations canado-européennes : le phoque et les sables bitumineux. Le boycottage des produits du phoque canadien a été confirmé, il y a quelques jours, une fois de plus. Et ça agace le Canada.

Et l’Europe est allergique au pétrole issu des sables bitumineux. Même si les Européens ne sont pas vraiment appelés à consommer de ce pétrole, ils continuent de mener une campagne contre ce type d’énergie. Le ministre fédéral des Ressources naturelles Joe Oliver affirme que les directives européennes sont discriminatoires et ne s’appuient pas sur la science. En notant les types de pétrole, les Européens minimisent les émissions de gaz à effet de serre (GES) émises par le Venezuela, selon Joe Oliver.

La Commission européenne pourrait bientôt conclure que les émissions de GES du pétrole des sables bitumineux sont 22 % plus élevées que le pétrole conventionnel. Le Canada pourrait saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) du dossier.

L’enthousiasme qui a régné pendant un certain dans l’avenue d’une entente sur un libre-échange entre le Canada et l’Union européenne a disparu. Les yeux sont tournés vers Washington aujourd’hui. Et ce qui apparaissait récemment comme des petits détails à régler entre le Canada et l’Union européenne ressemblent de plus en plus à des cadenas difficiles à déverrouiller.

Emplois au Québec : du contexte

Vendredi 10 mai 2013 à 16 h 37 | | Pour me joindre

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En économie, il faut souvent se décoller le nez de la fenêtre, prendre un ou deux pas de recul pour mieux comprendre ce qui se passe. Il faut du contexte. Des économistes comme Pierre Fortin ou François Delorme, Bernard Élie, Luc Godbout et j’en passe viennent régulièrement à RDI économie pour nous aider à mettre un peu de lumière sur les enjeux.

Pour notre émission spéciale du 20 mai, jour de la fête des Patriotes, de Dollard et de la Reine, nous allons vous présenter une entrevue avec l’économiste Pierre Fortin, observateur de la scène économique québécoise depuis cinq décennies. Nous sommes allés chez lui ce matin pour réaliser cette entrevue qui, je pense, va beaucoup vous intéresser.

Il m’a donné un graphique pour vous, que je reproduis ici :

Alors que le Québec voit son taux de chômage augmenter depuis le début de l’année, il est passé de 7,1 à 7,8 %, le taux d’emploi du Québec demeure encore plus élevé qu’aux États-Unis. Et l’écart qui s’était resserré avec l’Ontario ne s’est que très légèrement agrandi. Le taux d’emploi, c’est le nombre de personnes qui travaillent dans la population des 15 ans et plus.

Ainsi, selon Statistique Canada, le taux d’emploi en Ontario était de 61,2 en janvier. Il est à 61,3 en avril. Au Québec, il était à 60,7 en janvier. Il est à 60,2 aujourd’hui. On a raison de dire que le bilan québécois est moins bon que celui de l’Ontario dans les derniers mois. Mais il faudra attendre encore pour établir des tendances lourdes et évaluer si le Québec est en train de recommencer à prendre du retard sur l’Ontario.

Il s’est ajouté 44 000 emplois au Québec en avril 2013 par rapport à avril 2012. En Ontario, c’est un ajout de 71 000. La croissance économique est faible dans les deux provinces. Comme l’expliquent les économistes de Desjardins, « il faut reconnaître que depuis janvier, le bilan du marché du travail est plutôt terne. Il est vrai que sur le plan des données économiques, c’est un début d’année hésitant qui caractérise le continent nord-américain. Avril ne présente pas de surprise. […] D’ici l’été, le marché du travail devrait afficher un meilleur score que les quatre premiers mois de l’année qui se sont soldés négativement. »

Il ne faut pas amoindrir le message que nous envoient les statistiques. Comme le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty l’exprimait hier à Londres, il est à souhaiter que les pays occidentaux vont orienter leurs politiques et leurs priorités vers la croissance et l’emploi. Nous sommes largement dépendants de la croissance mondiale, surtout américaine.

 

Le nouveau régime des redevances proposé par le gouvernement Marois insatisfait à peu près tout le monde. Il n’est pas à la hauteur des promesses pour les uns, il introduit une pression financière de plus pour les autres. C’est à se demander si le compromis entre la promesse électorale et les attentes des minières n’a que pour objectif de donner bonne conscience au gouvernement.

Deux messages ont été martelés en point de presse : nos principes sont respectés, a dit Nicolas Marceau; nous avons fait des avancées, a affirmé Martine Ouellet.

Les chiffres

Le Parti québécois avait promis d’augmenter les revenus de redevances de 388 millions de dollars d’ici 5 ans. Ce ne sera finalement que 50 millions en 2015, et entre 73 et 201 millions en 2020. On est loin du compte.

En campagne électorale, deux chiffres étaient avancés : 5 % de redevances sur la valeur brute et 30 % sur les « surprofits ». Le plan de match est plus modeste : 1 % de redevances sur les premiers 80 millions de dollars de valeur de production et 4 % par la suite.

Québec maintient l’imposition des profits, mais instaure deux paliers de plus :

  • 0 à 35 % de marge de profits : 16 % d’impôt
  • Dans la tranche de 35 à 50 % de profits : 22 % (effectif au maximum : 17,8 %)
  • Dans la tranche de 50 à 100 % de profits : 28 % (effectif au maximum : 22,9 %)

La minière va payer le niveau de taxation le plus élevé des deux systèmes, soit celui sur la valeur brute ou celui sur les profits.

À cela s’ajoutent les impôts fédéral et provincial sur les revenus.

Autre recul

Le gouvernement Marois recule pour deux raisons. D’abord, l’industrie minière a exprimé clairement son inquiétude quant aux investissements au Québec avec l’adoption d’un régime plus sévère. De toute évidence, son message a été entendu.

Et puis, le contexte économique ne cesse de se détériorer. Les prix sont en baisse. Au cours des 52 dernières semaines, les prix des matériaux et métaux ont baissé par rapport à leur sommet :

  • Or -18 %
  • Nickel -21 %
  • Cuivre -15 %
  • Zinc -16 %
  • Fer -8 %

Plusieurs projets au Québec ont été arrêtés ou reportés :

  • Cliffs Natural : report de la deuxième phase du projet du Lac Bloom
  • Cliffs Natural : arrêt des activités, usine de bouletage – Sept-Îles
  • ArcelorMittal : projet en suspens, usine de bouletage – Port-Cartier
  • CN / Caisse de dépôt : abandon d’un projet de voie ferrée
  • Gaz Métro : projet de gazoduc en suspens

On ne fait pas un régime minier sur une conjoncture de marché. Mais, force est de constater que le « timing » pour présenter ce nouveau régime n’était pas le meilleur.

Fallait-il mettre autant d’énergie sur ce nouveau régime pour un résultat aussi édulcoré?

N’aurait-il pas été préférable de reporter à plus tard cette promesse et de préparer une réforme au moment où l’industrie aurait été moins inquiétée par l’état du marché? Jamais depuis 2008 les financements de projets miniers n’ont été aussi faibles. Qu’est-ce qui pressait tant?

À qui ça profite?

Vendredi 3 mai 2013 à 15 h 35 | | Pour me joindre

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La responsabilité sociale, c’est certainement l’affaire des entreprises, mais les citoyens aussi doivent réfléchir à leur « conscience sociale ». C’est ce qu’est venue nous dire jeudi soir à RDI économie Sœur Esther Champagne, présidente du Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises, dans le cadre de notre rubrique « Vision » consacrée, une fois par mois, à un plaidoyer ou à un appel lancé par un acteur de l’économie.

Dans la banlieue de Dacca, capitale du Bangladesh, un homme tient une feuille avec les photos de ses proches disparus.Cette réflexion est liée à la tragédie au Bangladesh, l’effondrement d’un immeuble où travaillaient des centaines de personnes pour des fournisseurs de multinationales. Les morts se comptent par centaines. C’est un désastre total et on se demande aujourd’hui s’il ne faudrait pas rendre plus responsables et plus redevables les entreprises occidentales qui font fabriquer par des sous-traitants toutes sortes de produits dans des endroits minables et dangereux comme cet immeuble maudit au Bangladesh.

Sœur Champagne est catégorique. Voici un extrait de son plaidoyer : « Pour moi, c’est une honte humaine [ce qui est arrivé au Bangladesh] [...] parce que l’intention première et unique du propriétaire était de faire de l’argent. Mais cette préoccupation était aussi portée par des compagnies canadiennes, qui achetaient la confection faite au Bangladesh. Et nous, les Canadiens et les gens des pays plus développés, on profite de l’esclavage et on encourage l’esclavage de ces ouvrières et de ces ouvriers quand on achète du linge et des produits de cette entreprise.

Je me demande si on est assez conscient […] que quelqu’un est au bas de la production? […] Ça coûte peut-être pas cher [acheter au Bangladesh], mais ça coûte des vies!  Quand un produit nous paraît à prix réduit, demandons-nous à qui ça profite que ce produit-là soit si alléchant et à prix si bas? C’est ça la conscience sociale. […] On est responsable socialement des produits que nous utilisons. »

Comment être responsable et conscient quand on a peu de moyens? Comment résister à la tentation d’acheter un produit qui nous semble approprié pour nous, mais qui a été fabriqué dans des conditions qu’on ne connaît pas, dans un pays du tiers-monde? Est-ce que le boycottage d’une entreprise est la solution si, à l’autre bout de la chaîne, il y a des travailleurs qui se retrouvent sans emploi? Comment s’assurer que ces travailleurs sont respectés et que leurs conditions de travail sont bonnes?

Qu’en pensez-vous?

C’est donc Krugman qui avait raison?

Vendredi 26 avril 2013 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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« Paul Krugman a gagné » annonçait sur son blogue mercredi l’ancien analyste financier de la CIBC et de Merrill Lynch, Henry Blodget, dont la carrière s’est écroulée avec l’éclatement de la bulle techno au début des années 2000. Il anime aujourd’hui The Daily Ticker sur Yahoo et dirige The Business Insider. Mais, c’est une autre histoire.

Concentrons-nous sur Paul Krugman. Il a gagné quoi au juste?

Selon le blogueur, et selon plusieurs observateurs, cinq ans après le début de la crise, force est de constater que les tenants de l’austérité avaient tort. La crise européenne ne cesse de prendre de l’ampleur, tandis que plusieurs pays endettés ont été obligés d’imposer de sévères mesures d’austérité, qui ont réduit considérablement le niveau de vie des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Italiens, notamment. L’austérité n’a rien réglé.

Ajoutons à cela les États-Unis avec un endettement qui dépasse les 100 % du PIB, mais qui ont du mal à générer des revenus nouveaux et durables au moment où la reprise est extrêmement timide. Paul Krugman a toujours dénoncé les coupes budgétaires américaines. Il affirmait qu’il fallait continuer à stimuler l’économie pour assurer une reprise durable, des revenus supplémentaires et à une réduction de la dette à long terme.

« Il est rare que des débats économiques se terminent par un K.-O. technique, écrit le chroniqueur Paul Krugman dans le New York Times ce matin. Mais le grand débat des dernières années entre les keynésiens, qui militent en faveur de dépenses gouvernementales durables et en croissance durant les temps de dépression, et les pro-austérité, qui exigent des réductions de dépenses immédiates, s’achève, du moins dans le monde des idées.

« En ce moment, poursuit Krugman, la position de ceux qui favorisent l’austérité a implosé. Non seulement leurs prédictions touchant le monde réel ont complètement échoué, mais la recherche scolaire sur laquelle ils appuyaient leur position était finalement truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques discutables. »

Le chroniqueur fait référence aux économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, qui ont admis s’être trompés dans leurs calculs. Un pays qui arrive à un niveau d’endettement représentant 90 % de son PIB ne voit pas sa croissance baisser de 0,1 %, comme ils l’affirmaient, mais croître plutôt de 2,2 % en moyenne. L’étude des deux économistes avait largement été citée par les pays occidentaux pour justifier les mesures d’austérité. Les experts qui ont découvert l’erreur dans le tableau Excel de Rogoff et Reinhart s’entendent tout de même avec eux pour dire qu’un endettement grandissant à long terme n’est pas soutenable pour les finances publiques.

Il faut ajouter qu’en début d’année, Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, affirmait à titre personnel, de concert avec un autre économiste du FMI Daniel Leigh, que les experts avaient sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance. Leur déclaration a fait grand bruit.

Pourquoi tant d’austérité alors? Pourquoi ce discours est-il encore très présent malgré un affaiblissement de sa domination dans les derniers mois?

Paul Krugman affirme qu’une « partie de la réponse repose certainement sur le désir très répandu de considérer les questions économiques comme un jeu moral, comme une histoire d’excès et de conséquences. Nous visons au-dessus de nos moyens, l’histoire se répète, et maintenant nous payons le prix inévitable ».

Selon lui, on peut expliquer longtemps que des dépenses supplémentaires vont réduire le chômage, « on s’en fout, bien des gens ont la profonde impression que nous vivons dans le péché et que la rédemption viendra de la souffrance ».

Voilà où nous en sommes. Depuis 2010, on annonce année après année une reprise durable de l’économie américaine et de l’économie mondiale. Nous sommes en 2013 et les prochains mois seront encore décevants selon les prévisionnistes. Mais, encore là, il y a de l’espoir parce que les signaux sont encourageants aux États-Unis.

Que faire? Les autorités politiques et économiques doivent encore se poser la question aujourd’hui et continuer de tirer des leçons de ce qui est arrivé au cours des cinq dernières années. Il y a, dans les pays développés, 26 millions de jeunes de 15 à 24 ans qui sont au chômage ou qui ne sont pas à l’école selon The Economist. C’est inquiétant. Comment réagir? Compte tenu des espoirs de reprise, doit-on poursuivre sur la voie de l’austérité ou stimuler l’économie pour asseoir cette reprise?

Déficits et dettes : les chiffres

Mardi 16 avril 2013 à 17 h 05 | | Pour me joindre

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Amateurs de chiffres, bonsoir!

Voici les prévisions du FMI en matière de déficit budgétaire et de dette publique pour plusieurs États du monde pour 2013.

Pour consultations et discussions!

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Déficit budgétaire (en pourcentage du PIB)

Japon : 9,8
Inde : 8,3
Irlande : 7,5
Royaume-Uni : 7,0
Espagne : 6,6
États-Unis : 6,5
Portugal : 5,5
Grèce : 4,6
France : 3,7
Canada : 2,8
Italie : 2,6
Chine : 2,1
Brésil : 1,2
Allemagne : 0,3
Russie : 0,3

Dette publique (en pourcentage du PIB)

Japon : 245,4
Grèce : 179,5
Italie : 130,6
Portugal : 122,3
Irlande : 122,0
États-Unis : 108,1
Royaume-Uni : 93,6
France : 92,7
Espagne : 91,8
Canada : 87,0
Allemagne : 80,4
Brésil : 67,2
Inde : 66,4
Chine : 21,3
Russie : 10,4

Toutes les entreprises veulent faire des profits. C’est normal, c’est ainsi qu’on crée de la richesse, qu’on peut investir et créer de l’emploi. Une entreprise rentable et en bonne santé financière peut aussi s’ouvrir davantage à des enjeux qui sont, eux aussi, importants : le développement durable et la responsabilité sociale, par exemple.

immigration_Manitoba_baissePour les encourager, les gouvernements offrent des crédits d’impôt, des prêts, des subventions et toute une série d’avantages fiscaux. Et c’est à se demander si ce n’est pas dans la case des avantages fiscaux qu’il faut parfois placer le programme des travailleurs étrangers temporaires au Canada. Il faut bien se comprendre : quantité d’entreprises et de secteurs de l’économie, tout particulièrement le monde agricole, ont besoin de ces travailleurs pour pourvoir des postes que les gens d’ici ne veulent pas.

Mais le Globe and Mail nous apprend ce matin que 33 000 organisations (entreprises, universités, gouvernement fédéral) ont fait appel à des travailleurs étrangers temporaires dans les dernières années. Leur nombre a doublé depuis 2006 pour atteindre 338 000 l’an dernier. Pénurie de main-d’oeuvre affirment plusieurs entreprises. Et c’est vrai pour plusieurs secteurs qui peinent à dénicher les bons talents, formés, disponibles et prêts à travailler.

Toutefois, l’explosion de l’utilisation des travailleurs étrangers temporaires soulève de sérieuses questions : serait-il devenu plus avantageux de faire appel à ces travailleurs et à ce programme plutôt que de tenter de former les employés à l’intérieur des entreprises ou de faire appel au bassin de travailleurs canadiens au chômage? Et puis, on peut se demander si certaines entreprises ne font pas appel à ce programme pour former des travailleurs immigrants temporaires au Canada pour ensuite transférer les postes à l’étranger, où les coûts de main-d’oeuvre sont moins élevés?

En fait, il ne s’agit peut-être que d’une partie du problème. L’invitée de ma collègue Andrée-Anne St-Arnaud à RDI économie jeudi soir, affirmait que l’affaire de la RBC cette semaine n’est même pas liée au programme des travailleurs temporaires étrangers. « Ce sont plutôt des travailleurs étrangers qui viennent simplement être formés au Canada, affirme Me François Longré de la firme Border Ladner Gervais, pour ensuite retourner dans leur pays pour exécuter des tâches, ce qui est du point de vue juridique fondamentalement différent. Et cela fait en sorte que la situation qui avait cours entre la société en question et son sous-traitant est parfaitement légale. »

C’est légal, mais ultimement, ce sont des emplois qui sont déplacés dans le monde et qui permettent aux entreprises en question de réduire leurs coûts au détriment de l’embauche au Canada. Et, comme l’expliquait Me Longré, la délocalisation demeure bien en vogue avec la globalisation des marchés et la signature d’accords de libre-échange bilatéraux, comme l’entente que le Canada est en train de conclure avec l’Inde.

L’émergence de la sous-traitance dans les dernières décennies a aussi accentué cette tendance à l’utilisation de travailleurs étrangers et de stratagèmes liant la formation et le déplacement d’emplois dans des pays à moindres coûts.

Soyons clairs : le problème, ce ne sont pas les travailleurs étrangers qui ont le droit d’être ici et de profiter du programme qui est en place. L’enjeu, il est entre les mains du gouvernement fédéral : l’embauche de travailleurs étrangers se fait-elle au détriment des Canadiens qui veulent garder leur emploi?

Pour ceux et celles qui parcourent le web et les médias sociaux au quotidien, vous avez entendu parler des « bitcoins », sorte de monnaie virtuelle à cheval entre l’argent de Monopoly et la valeur refuge. Attention toutefois : les mots spéculation, bulle et « buzz » doivent être immédiatement accolés à celui de « bitcoins ».

Le bitcoin : une monnaie virtuelle qui vaut cherC’est quoi? C’est une monnaie virtuelle créée par un Japonais en 2009 qu’on peut acheter sur des sites comme www.bitcoins.org.

Ça sert à quoi? C’est comme une vraie monnaie, mais il n’y a pas de pièces ou de billets physiques. Vous pouvez vous en servir pour acheter ou vendre des biens ou des services, sans passer par une banque, de gré à gré, sans encadrement d’une autorité réglementaire ou d’une banque centrale. C’est totalement libre et décentralisé. Pour l’instant du moins…

Est-ce bon pour vous? Les variations de prix sont très fortes. C’est très spéculatif et volatile. Des attaques informatiques ont été menées récemment sur le marché. Compte tenu du flou et du cours sans entrave de cette monnaie, les milieux criminels ont pu s’emparer de ce marché : vente de drogue, activités mafieuses, etc.

Est-ce une valeur refuge? Un jour, si cette monnaie survit et maintient son intérêt, elle pourrait devenir une valeur refuge comme l’or. Il est prévu qu’un maximum de bitcoins sera émis, soit environ 21 millions. Valeur refuge? Peut-être selon notre invité, l’économiste indépendant Ianik Marcil mardi soir, qui a exprimé beaucoup de réserve sur la viabilité des « bitcoins ». Voyez l’entrevue qu’il nous a accordée à RDI Économie.

Pourquoi une telle devise virtuelle? Parce qu’un homme, Satoshi Nakamoto, a vu le potentiel d’une telle aventure. Il a créé sa devise, a organisé son marché, une demande s’est installée rapidement et a pris de l’ampleur. Parce que bien des investisseurs sont à la recherche de nouveaux vecteurs de croissance, de refuge ou de protection (si on croit que les monnaies mondiales vont s’effondrer). Et parce que derrière cette devise virtuelle, il y a un logiciel libre qui la soutient, une forme de logiciel qu’on peut distribuer, copier, modifier sans contrôle d’un propriétaire. Le logiciel libre est défendu par des gens qui jugent injuste qu’une entité contrôle l’utilisation d’un logiciel et ses utilisateurs.

Si le bitcoin ne survit pas, représente-t-il tout de même le début d’une nouvelle ère de monnaies d’échanges virtuels, non réglementées et éclatées? Est-ce le début de la fin de l’autorité suprême des banques centrales sur la masse monétaire? Oh les grandes questions… qu’en pensez-vous?