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Le moment des décisions difficiles

Mercredi 23 avril 2014 à 19 h 23 | | Pour me joindre

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Philippe Couillard veut saisir l’occasion qui se présente, celle de mettre de l’ordre dans les finances publiques à un moment crucial pour le Québec. « Le moment des décisions difficiles est venu » a dit le nouveau premier ministre. « Le Québec fait face à des enjeux structurels qui vont au-delà des changements de gouvernement. »

Le bon ton

Ces mots sont porteurs, le ton est le bon. Mais, jusqu’où tout cela tiendra-t-il ? On verra. Le plus longtemps, souhaitons-le, parce que le Québec fait face à des défis de taille. Il y a un véritable problème de productivité et il y a une forte pression sur les finances publiques qui va perdurer avec cette équation révélatrice : il y a plus de travailleurs expérimentés qui quittent la population active que de jeunes qui y entrent. C’est crucial. Le gouvernement Marois le savait, le gouvernement Couillard le sait aussi.

L’avantage du nouveau gouvernement, c’est d’avoir les coudées franches pour 4 ans. Il n’y a pas de menace de voir le gouvernement se faire renverser. Le gouvernement peut aller de l’avant avec son programme et son plan. En ce sens, qu’on soit d’accord ou non avec les projets du PLQ, l’occasion est belle de réaliser des choses.

Contrôler sans nuire à l’économie

Mais, attention. Quelle est la bonne mesure entre l’austérité et les investissements dans l’économie ? Jusqu’où on coupe et qu’est-ce qu’on coupe sans créer du chômage, sans ralentir l’économie ? Comment contrôler les dépenses sans réduire, d’une façon qui serait totalement contre-productive, les revenus ?

Les déficits des dernières années au Québec ne sont pas très importants. Mais, ils sont récurrents. Et, on n’arrive pas à revenir à la surface, à l’équilibre. Raymond Bachand et Nicolas Marceau avaient promis l’équilibre en 2013-2014. Or, c’est un déficit de 2,5 milliards de dollars qui a été annoncé le 20 février. Et ce sera pire encore selon les informations du journaliste Denis Lessard : le déficit atteindrait finalement 3,3 milliards de dollars.

Il faut ajouter que les dépenses consolidées sont tombées à moins de 18 % du PIB dans les années 90 au Québec avant de remonter à un niveau record aujourd’hui d’environ 23 %.

De plus, le niveau de la dette nette par rapport au PIB demeure collé à 49-50 % du PIB. On ne cesse de repousser, année après année, la courbe de réduction de la dette nette. Peut-on cesser de pelleter par en avant sans nuire à la croissance économique ?

Alors, le trio économique est connu :

  • Carlos Leitao – Finances
  • Martin Coiteux – Conseil du Trésor
  • Jacques Daoust – Développement économique, Innovation et Exportation

Les autres ministres qu’on doit associé aux enjeux économiques sont les suivants :

  • Pierre Arcand – Énergie, Ressources naturelles et Plan Nord
  • Robert Poëti – Transports, responsable de la région de Montréal
  • Jean D’Amour – Stratégie maritime
  • Jean-Denis Girard – PME
  • Kathleen Weil – Immigration
  • David Heurtel – Environnement
  • Yves Bolduc – Éducation et Enseignement supérieur
  • Gaétan Barette – Santé

Votez!

Jeudi 3 avril 2014 à 15 h 09 | | Pour me joindre

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Bien sûr, les questions portant sur l’intégrité et l’avenir du Québec sont importantes. Mais les principaux partis qui sollicitent votre confiance pour gouverner le Québec ont tous des propositions détaillées, touffues et intéressantes. Je vous propose une petite liste non exhaustive de quelques-unes des mesures innovantes à caractère socioéconomique à retenir dans les programmes des partis et qui pourraient vous influencer dans votre vote.

Parti québécois

  • Déficit 0 en 2015-2016
  • 115 000 emplois en 3 ans
  • Poursuivre la mise en œuvre de la Politique industrielle, la Politique nationale de la recherche et de l’innovation (en faisant passer la part du PIB consacrée à la recherche et au développement de 2,4 à 3 %), le Plan de développement du commerce extérieur, la Stratégie d’électrification des transports et la Stratégie de mobilité durable
  • Utiliser les surplus en électricité pour attirer des investissements
  • Mettre en œuvre l’annonce d’exploration de l’île d’Anticosti et adopter de nouvelles lois sur les hydrocarbures
  • Interdire certaines activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste
  • Mieux protéger les fleurons québécois contre des prises de contrôle non souhaitées
  • Instaurer un mécanisme de révision systématique de l’ensemble des services publics
  • Revoir le nombre de commissions scolaires
  • Limiter les contributions politiques à 100 $ pour les partis politiques municipaux
  • Adopter une politique arctique
  • Arriver à 300 groupes de médecine familiale (GMF) et instituer un guichet d’entrée permettant un accès à un système de prise de rendez-vous
  • Construction de 15 000 logements abordables en 5 ans

Parti libéral du Québec

  • Déficit 0 en 2015-2016
  • 250 000 emplois en 5 ans
  • Élimination graduelle de la taxe santé
  • « Relance » du Plan Nord
  • Stratégie maritime : 30 000 emplois de 2015 à 2030, investissements privés de plus de 4 milliards de dollars et investissements publics de plus de 3 milliards de dollars en infrastructures
  • Stratégie d’exportation pour tirer avantage des accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis
  • Partage des redevances minières, pétrolières et gazières avec les communautés locales
  • Nomination d’un ministre délégué aux PME
  • Exemption d’impôt sur le transfert d’entreprises et de fermes aux enfants et employés
  • Sièges sociaux : utilisation d’une partie du Fonds des générations pour réaliser des acquisitions jusqu’à hauteur de 10 % du capital-actions d’une entreprise inscrite en bourse qui fait l’objet d’une OPA
  • Hausse des investissements en infrastructures de 7,5 milliards de dollars sur 5 ans
  • Crédit d’impôt remboursable de 20 % (jusqu’à un maximum de 2500 $) pour soutenir les familles qui désirent rénover leur domicile
  • Achat d’une première maison : création d’un régime épargne-propriété

Coalition Avenir Québec

  • Déficit 0 dès 2014-2015 avec des réductions de dépenses de 1,3 milliard de dollars et une récupération de revenus de 700 millions, dont 450 millions en crédits d’impôt
  • Créer 20 zones d’innovation et 100 000 emplois dans le cadre du Projet Saint-Laurent
  • 200 000 emplois en 4 ans
  • Nouvelle politique pour les entreprises comprenant une révision des soutiens financiers évalués à 2 milliards de dollars en crédit d’impôt
  • Accroître le trafic maritime dans le corridor Saint-Laurent-Grands-Lacs
  • Exploiter les ressources pétrolières du golfe du Saint-Laurent
  • Baisse de taxes de 1000 $ pour les familles en abolissant la taxe santé et la taxe scolaire
  • « Charte des contribuables » : pas de hausse de taxes et tarifs au-delà de l’inflation
  • Gel du nombre d’employés dans la grande fonction publique au cours des 4 prochaines années
  • Valorisation et élargissement du rôle des infirmières
  • Élimination des agences de santé
  • Déclaration d’impôt unique

Québec solidaire

  • Pas d’engagement sur le déficit zéro
  • Ajout de paliers d’imposition
  • Hausse d’impôt pour les entreprises et taxe sur le capital des sociétés financières
  • Créer toutes les places requises en Centre de la petite enfance (CPE) et retirer progressivement le financement des garderies à but lucratif
  • Santé : améliorer le système de santé en misant sur les CLSC, qui seraient ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et créer Pharma-Québec
  • Remplacer les accords de libre-échange par des ententes fondées sur les droits individuels et collectifs, le respect de l’environnement et l’avancement de la démocratie
  • Transférer des pouvoirs et des ressources aux municipalités
  • Revoir le rôle de la Caisse pour soutenir un développement économique fondé sur des valeurs sociales et environnementales et sur la création d’emplois
  • En cas de mises à pied massives, imposer à l’entreprise une amende compensatoire
  • Réglementer le secteur bancaire pour interdire la spéculation sur les devises et contrôler les frais bancaires imposés aux clients
  • Créer Énergie-Québec pour chapeauter tout le domaine de l’énergie : nationaliser l’énergie éolienne et abandonner les énergies fossiles d’ici 2030
  • Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 95 % d’ici 2050
  • Électrifier le transport collectif et le rendre gratuit en 10 ans

Faites vos jeux!

Entre les questions d’intégrité, de transparence et de référendum, tous les jours, les partis politiques qui se disputent votre vote le 7 avril prochain font des propositions et prennent des engagements.

Tous les partis ont présenté leur cadre financier :

  • le PQ considère que ce cadre, c’est son budget 2014-2015, annoncé le 20 février dernier;
  • la CAQ a présenté son cadre le 6 mars;
  • Québec solidaire a dévoilé son plan économique le 17 mars, puis son cadre le 18 mars;
  • le PLQ a dévoilé son cadre financier le 18 mars.

J’ai reçu à RDI économie quatre candidats pour parler de leur plateforme financière et économique. Et j’ai mis au défi les quatre représentants de nous expliquer certains enjeux qui méritent des réponses plus claires.

À Nicolas Marceau, du PQ, j’ai demandé comment on pouvait croire que son parti allait pouvoir ramener la croissance des dépenses en santé à seulement 3 %, du jamais vu, alors que les projections du budget 2013-2014 (présenté en novembre 2012) n’ont pas tenu la route. Le gouvernement prévoyait une hausse des dépenses de programmes de 1,8 %. Elles se sont établies, selon la dernière révision, à 2,5 %. Nicolas Marceau prévoyait des revenus autonomes de 51,1 milliards de dollars. Manque à gagner : 3 milliards de dollars.

À Carlos Leitao, du PLQ, j’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé en 26 jours, entre le budget Marceau du 20 février où il était analyste à notre antenne à titre d’économiste en chef de la Banque Laurentienne et le jour de l’entrevue, soit le 18 mars, où il était maintenant candidat libéral. Le 20 février, il prévoyait une croissance du PIB au Québec de 1,8 %. Il jugeait aussi raisonnable la croissance prévue par le gouvernement de 1,9 %. Dans le cadre financier libéral, il est maintenant rendu à 2,1 %.

À Christian Dubé, de la CAQ, j’ai axé l’entrevue sur la faisabilité des compressions de 1,3 milliard de dollars prévues dès cette année, dans le budget 2014-2015, si son parti est porté au pouvoir le 7 avril. Un tel geste est-il réaliste compte tenu de son impact? On coupe où et on coupe qui, puisqu’il s’agit d’un plan à mettre en oeuvre en quelques semaines seulement et non pas sur cinq ans où l’attrition peut réduire l’impact sur les travailleurs du gouvernement.

Et puis, à Amir Khadir, de Québec solidaire, j’ai demandé de nous expliquer comment le Québec pouvait faire passer ses achats en pétrole de 14 milliards de dollars par année à… 0 en 2030, en 15 ans seulement! Si l’objectif de sortir éventuellement du pétrole est partagé par la plupart des politiciens, le réalisme de la proposition de Québec solidaire est discutable.

Voyez ou revoyez ces entrevues ici :

L’entrevue avec Nicolas Marceau

L’entrevue avec Carlos Leitao

L’entrevue avec Christian Dubé

L’entrevue avec Amir Khadir

 

 

PKP et les gens d’affaires

Mercredi 12 mars 2014 à 11 h 54 | | Pour me joindre

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Alexandre Taillefer

Depuis dimanche, peu de gens d’affaires se sont prononcés sur la venue en politique de Pierre Karl Péladeau. Dans les émissions Calcul électoral et RDI économie, nous avons interrogé lundi l’entrepreneur Alexandre Taillefer et mardi, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

Alexandre Taillefer s’est montré dithyrambique. Pierre Karl Péladeau est un candidat de qualité, qu’il faut respecter et soutenir, selon lui. L’associé de XPND Capital a vendu son entreprise technologique à Pierre Karl Péladeau à la fin des années 90. Il a travaillé avec lui pendant plusieurs années et lui voue un grand respect.

Michel Leblanc

Dans le cas de Michel Leblanc, il faut, selon lui, saluer le courage de l’ancien patron de Québecor. « Bravo à M. Pierre Karl Péladeau, s’est-il exclamé sur nos ondes. Tous partis confondus, on veut que des gens d’affaires aillent en politique. » Selon lui, il ne faut pas pousser Pierre Karl Péladeau à vendre son bloc d’actions de Québecor. « Penser qu’un autre joueur à Montréal pourrait l’acquérir, a dit Michel Leblanc, je pense qu’il y a un danger (pour le maintien du siège social à Montréal). »

Ces commentaires publics sont positifs, mais une source m’indique avoir parlé à plusieurs gens d’affaires de Montréal qui se sont montrés mal à l’aise avec le projet de Pierre Karl Péladeau de se présenter avec le Parti québécois. Il n’y a pas beaucoup de souverainistes dans le monde des affaires, c’est connu. Si plusieurs se réjouissent à l’idée de voir PKP appliquer son style de gestion à la gouverne de l’État, d’autres s’inquiètent de la résurgence d’un possible référendum sur la souveraineté dans les prochaines années.

Cette crainte est palpable à Toronto. Le Globe and Mail rapportait mardi matin les propos d’analystes financiers qui notaient un écart grandissant entre les taux consentis sur les obligations long terme du Québec par rapport à ceux de l’Ontario. Selon ces analystes, un possible gouvernement majoritaire du Parti québécois jumelé à une « menace » référendaire expliquent cet écart qui commence lentement à grandir.

Bloomberg Canada s’interrogeait, pour sa part, sur la pertinence pour le gouvernement Harper de miser sur Vidéotron pour amener plus de concurrence dans le monde du sans fil au Canada. Le premier ministre appuie sa stratégie sur l’entreprise « d’un entrepreneur qui veut briser le pays », déplore Bloomberg.

D’ailleurs, plusieurs médias rapportent des cas de gens qui ont décidé de rompre leur abonnement avec Vidéotron à la suite de la décision de Pierre Karl Péladeau, information qui n’est pas confirmée par Québecor. Plusieurs nous demandent tout de même s’il y aura un coût économique pour Québecor à la décision de leur ancien patron de plonger en politique avec le Parti québécois.

Si j’étais à la place de Philippe Couillard, Françoise David, François Legault et Pauline Marois, je récupérerais un vieux truc de la communication politique : un programme en 5 points simples et clairs. Un programme économique en 5 points, qui pourrait avoir l’air de ceci :

  1. Améliorer la productivité et les exportations.
  2. Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population.
  3. Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables.
  4. Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités.
  5. Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population.

En fait, ces 5 points représentent, je pense, les défis économiques du Québec, ceux dont les partis devraient parler et qu’ils vont probablement aborder. Ce sont des enjeux fondamentaux, qui exigent des engagements à long terme. Les politiciens, qui solliciteront votre vote le 7 avril prochain, en sont-ils capables?

Améliorer la productivité et les exportations

La productivité, c’est le niveau de production par heure travaillée. Ce n’est pas travailler plus pour moins. C’est travailler mieux, avec des technologies utiles, avancées, qui permettent d’être plus efficace. Qui a un plan pour améliorer la productivité et aider les entreprises à produire et exporter davantage? Le Québec importe plus qu’il n’exporte. Et le déficit ne fait que grandir. Qui a un projet à long terme pour améliorer ce bilan?

Regardez ces chiffres de HEC Montréal. L’apport à l’économie par heure travaillée au Québec est plus faible qu’ailleurs.

Productivité du travail – 2012

PIB/nombre d’heures travaillées

  • Norvège : 106,24 $
  • France : 72,97 $
  • États-Unis : 72,62 $
  • Allemagne : 71,47 $
  • Canada : 59,56 $
  • Québec : 54,95 $
  • Japon : 49,17 $

source : HEC

Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population

Pour la première fois en plusieurs décennies, il y aura plus de sorties que d’entrées dans la catégorie des 15-64 ans. C’est clair : la population vieillit, la population active va baisser, les coûts de santé ne cesseront d’augmenter. Et donc, la soutenabilité des finances publiques est en jeu. Alors, que faire?

Faut-il générer plus de richesse, plus de revenus, pour éponger les coûts qui augmentent? Est-il possible de trouver de nouvelles sources d’efficacité dans l’appareil public? Ou faut-il penser à revoir le panier de services offerts à la population?

D’autres chiffres, ceux de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques :

Nombre de personnes de 15-64 ans pour chaque personne de 65 ans et plus :

  • 1971 : 9,4
  • 2013 : 4,1
  • 2050 : 2,1

source : Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques

Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables

Les Québécois paient beaucoup d’impôts et de taxes. Mais, en retour, ils ont de généreux services et des programmes uniques comme les garderies à tarif réduit, l’assurance médicaments, les congés parentaux, etc.

Faut-il repenser la fiscalité au Québec?

Faut-il baisser les impôts, baisser les taxes?

Ou, au contraire, faut-il poursuivre la hausse de la taxation des mieux nantis?

Et pour les entreprises, doit-on repenser également la fiscalité?

Nos finances publiques permettent-elles de proposer un allègement fiscal aux individus et aux entreprises? En avons-nous les moyens?

Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités

Créer de la richesse est un concept bien relatif. Qu’est-ce que ça veut dire exactement? Est-ce que c’est d’exploiter les ressources du Québec? De baisser les impôts afin que les consommateurs aient plus d’argent à dépenser? D’investir dans l’économie du Québec à l’aide d’incitatifs fiscaux?

Il sera intéressant de lire les propositions des partis pour créer de la richesse. Et comment vont-ils faire pour que l’ensemble de la population profite de cette création de richesse? Nos sociétés occidentales se sont beaucoup enrichies depuis 35 ans, mais les inégalités ont considérablement grandi en parallèle. Est-ce que cette création de richesse est la bonne?

Le Québec est considéré comme l’un des endroits en Amérique du Nord parmi les moins inégalitaires et où la qualité de vie est particulièrement élevée. Comment conserver ces palmes tout en augmentant la richesse des individus, des entreprises et de la collectivité?

Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population

Près de la moitié des personnes de 65 ans et plus ont besoin du supplément de revenu garanti pour arriver à joindre les deux bouts. C’est un signal de pauvreté. Pourquoi? Parce que le Canada est l’un des endroits dans les pays avancés où le remplacement du revenu de travail est le plus faible à la retraite.

Environ le tiers des gens n’ont pas de REER ou d’épargne pour la retraite. Et quatre travailleurs sur cinq dans le secteur privé n’ont pas de régime de retraite complémentaire.

Deux enjeux sur cette question :

  1. Comment améliorer la protection des personnes à la retraite? REER obligatoire? RRQ plus généreux, donc hausse des cotisations?
  2. Et jusqu’où doit-on repenser la capitalisation des régimes de retraite à prestations déterminées? Faut-il poursuivre dans la voie annoncée, qui est celle de demander aux travailleurs du secteur public de contribuer à 50 % de leur régime de retraite et d’abaisser ainsi la contribution de l’employeur? Vaut-il mieux partager les risques?

Le défi de cette élection ne réside pas dans des mesures à court terme, qui pourraient s’apparenter à des bonbons électoraux. Les Québécois attendent des propositions réalistes, structurantes, innovantes. Pour y arriver, il faudra du courage.

C’est parti, le Québec ira aux urnes le 7 avril. L’heure est donc aux bilans.

Quel est le bilan économique du premier mandat du gouvernement Marois?

Disons, d’entrée de jeu, qu’on ne peut attribuer au seul gouvernement les forces et les faiblesses, les succès et les ratés de l’économie québécoise. Mais tous les gouvernements ont une vision, une stratégie et des priorités. Il est clair que ce cadre influe sur l’évolution économique du Québec.

Résumons le travail gouvernemental au plan économique à cinq points principaux :

  1. Un gouvernement interventionniste : La philosophie du gouvernement Marois est d’intervenir dans l’économie et d’accompagner les entreprises dans leur développement. D’une part, le gouvernement a annoncé des dizaines de subventions, prêts et crédits d’impôt aux entreprises depuis septembre dernier, mais disons que cette façon de faire a été vue aussi sous les libéraux. De façon plus fondamentale, l’interventionnisme de l’État est clairement exprimé dans la stratégie économique du gouvernement, vision exposée l’automne dernier dans ce qu’il a nommé la « Politique économique du Québec – Priorité emploi ». Cette politique se déploie sous quatre grands chapeaux qui couvrent l’ensemble de l’économie : recherche et innovation, secteur industriel, commerce extérieur et électrification des transports.
  2. Un discours pro-pétrole : L’injection de 115 millions de dollars dans l’exploration de l’île d’Anticosti est un fait marquant du mandat de 18 mois du Parti québécois. Cet investissement témoigne encore une fois de l’implication marquée du gouvernement dans les activités économiques, mais surtout de son intérêt pour l’exploitation éventuelle du pétrole. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, la première ministre Pauline Marois a déverrouillé toutes les portes menant à l’or noir. Les plus écologistes de ses ministres (Martine Ouellet, Daniel Breton, Scott McKay) se sont rangés du côté des pro-pétrole et un discours à saveur nationaliste a été mis en place pour susciter l’adhésion des Québécois à l’exploration et à une éventuelle exploitation : « nos ressources », « maîtres et prospères chez nous », « indépendance énergétique », etc.  Le gouvernement du Québec évalue à 45 milliards de dollars les retombées sur 30 ans d’une éventuelle exploitation du pétrole, une projection fragile et hasardeuse, selon plusieurs experts.
  3. Décisions économiques importantes : Dans les premiers jours de son accession au pouvoir, la première ministre Pauline Marois a annoncé la fermeture de Gentilly-2, donc la fin de l’aventure nucléaire du Québec amorcée il y a 30 ans. Aussi, le gouvernement a décidé d’annuler le prêt consenti par les libéraux à l’été 2012 à la mine Jeffrey d’Asbestos. Cette décision signale aussi la fin d’une industrie au Québec, celle de l’amiante.
  4. Déficit zéro reporté : Le ministre des Finances Nicolas Marceau a présenté son budget 2013-2014 en novembre 2012 pour deux raisons : le Parti québécois voulait mettre en place son propre budget et voulait agir rapidement pour éviter de s’exposer à une défaite lors d’un vote sur le budget à l’hiver ou au printemps 2013. Pendant un an, de l’automne 2012 à l’automne 2013, le ministre Marceau a maintenu son objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire au cours de l’exercice 2013-2014. Mais en raison d’une croissance économique plus faible et d’un niveau d’inflation anémique, le gouvernement a dû se résoudre à reporter de deux ans le déficit zéro. Il faut dire aussi que le ministre Marceau avait appuyé son objectif d’équilibrer le budget sur une prévision audacieuse de croissance des revenus de 5 %. Tout de même, le Québec ne vit pas dans un monde à part. La croissance économique en 2013 a été moins forte que prévu un peu partout en Amérique du Nord, particulièrement au Canada. Toutefois, la croissance du Québec demeure plus faible qu’ailleurs : 1,2 % en 2013 par rapport à 1,3 % pour l’Ontario; 1,8 % en 2014 par rapport à 2,2 %; et 2,1 % en 2015 par rapport à 2,7 %. De plus, selon le ministère des Finances du Québec, le PIB par habitant en Ontario demeure plus élevé qu’au Québec, de 14 %.
  5. Des relations difficiles avec le monde des affaires : Il est important de rappeler que les relations entre le gouvernement et le monde des affaires ont été difficiles dès le début. L’annonce d’une hausse de la taxation des gains en capital et d’une hausse de 7 points de pourcentage sur les revenus les plus élevés, de façon rétroactive, a provoqué une levée de boucliers chez les gens les plus nantis. De vifs échanges entre des ministres du gouvernement et des gens des milieux d’affaires ont mené à une révision complète du plan de match gouvernemental : pas de hausse de la taxation des gains en capital, hausse modérée des impôts sur les revenus les plus élevés et annulation de l’abolition de la contribution santé, modulée dorénavant en fonction des revenus.

En terminant, quelques mots sur les tendances économiques :

  • Depuis un an, le taux de chômage est passé de 7,1 à 7,5 % au Québec, mais depuis six mois, la situation s’est améliorée : le taux était à 8,1 % en juillet dernier.
  • Même constat pour le taux d’emploi. En 12 mois, il est passé de 60,7 à 60,4 %, mais il était à 59,8 % l’été dernier. La plupart des emplois créés sont à temps partiel.
  • Compte tenu de la volatilité des données mensuelles de Statistique Canada, de plus en plus d’économistes préfèrent regarder les moyennes sur de plus longues périodes. Ainsi, il s’est ajouté 47 800 emplois au Québec en 2013 en comparant la moyenne des 12 mois de l’année par rapport à la moyenne des 12 mois de 2012. Cela dit, les données de Statistiques Canada sur l’emploi du 1er janvier au 31 décembre 2013 nous donnent une création de 3900 emplois. Du 1er février 2013 au 31 janvier 2014, la hausse est de 10 000 emplois. Durant la même période, l’Ontario a ajouté 53 800 emplois et l’ensemble du Canada, 145 900 emplois.

Voilà pour le bilan. D’ici la fin de la semaine, je vais vous parler des enjeux et des défis économiques de cette campagne.

Et je vous donne rendez-vous tous les jours à 16 h 30 (HNE) dans le cadre d’une nouvelle émission que j’aurai le plaisir d’animer, Calcul électoral, ainsi qu’à 18 h 30 à RDI économie.

Le ministre de la Culture Maka Kotto va de l’avant avec la réglementation du prix du livre au Québec. Voilà une politique qui n’a absolument rien à voir avec une solution pour favoriser le libre marché. Encadrer, c’est diriger, orienter, guider. Et si c’est bon pour le livre, selon le gouvernement du Québec, c’est parce que le livre « n’est pas une marchandise comme les autres » selon le ministre Kotto.

Tout est là. Si un livre, pour vous, c’est la même chose qu’un paquet de gommes ou une boîte de six ampoules, il est clair que la complexité de ce que le livre représente dans la culture d’une société ne vous atteint pas. Mais si ce « n’est pas une marchandise comme les autres », c’est que vous reconnaissez les principes de protection culturelle et de diversité culturelle.

Dans un billet publié en début d’année, je citais une résolution adoptée par l’UNESCO qui faisait en sorte « de reconnaître la nature spécifique des activités, biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeurs et de sens ». Cette résolution reconnaît aussi le « droit souverain des États de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire ».

Quand on considère le livre comme étant porteur d’identité, de culture, de diversité, de valeurs ou d’expressions culturelles, il n’est pas étonnant d’arriver à l’encadrement du prix du livre. Le libre marché n’est pas dans cette logique-là! Le libre marché, c’est la vente des titres qui sont les plus demandés. Nous sommes dans l’offre et la demande. Point final.

Sauf que…

Sauf qu’il faut revenir à l’objectif de départ : si on veut protéger l’identité et la culture, allons-nous le faire en fixant les écarts de prix entre les gros et les petits acteurs? En protégeant le marché des petites librairies, on aide à un certain maintien de la diversité de l’offre de livres dans le marché. Parfait, on comprend bien.

Est-ce qu’on pose toutes les questions, dans le bon ordre? Et est-ce que le prix réglementé du livre n’arrive-t-il pas trop tard?

Qui lit aujourd’hui? Les jeunes lisent-ils? Comment arrive-t-on à augmenter le lectorat en 2013? Et ce lectorat, que lit-il au juste? S’il aime John Grisham, va-t-il lire Kim Thuy? Le lecteur de 25 ans va-t-il comme son père de 55 ans dans une librairie (grosse ou petite)?

Le ministre Kotto évoque une « transition vers le numérique » dans le projet de loi qu’il dépose. L’enjeu des prochaines années, il est là. Comment maintenir son lectorat, lui faire acheter des livres, des livres diversifiés (pas que les 100 titres les plus vendus) tout en composant avec ce changement fondamental dans la consommation : l’achat par Internet?

L’économie, c’est passionnant…

Jeudi 24 octobre 2013 à 17 h 27 | | Pour me joindre

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J’ai reçu et j’ai lu plusieurs commentaires à la suite du débat des candidats à la mairie de Montréal lundi, seul débat économique de la campagne. Je vous en parle aujourd’hui parce que bien des gens m’ont dit des choses du genre : c’était très intéressant, très dynamique, on ne s’attendait pas à ça d’un débat sur les enjeux économiques.

Mon bon ami François Cormier, journaliste spécialisé dans la couverture de la politique municipale de Montréal, a bien résumé dans son reportage le préjugé qui en habite plusieurs sur l’économie : « Avec comme thème l’économie, le débat aurait pu être ennuyant. Mais, au contraire, c’est celui qui, depuis le début, a soulevé le plus les passions. »

L'ancien 100 $ des États-Unis

Permettez-moi un plaidoyer en faveur de l’économie, de la nouvelle économique et d’un plus grand intérêt pour les questions économiques.

L’économie, c’est quoi? À la racine du mot grec, c’est de gérer son foyer. Alors, c’est quoi gérer ou administrer son foyer? C’est organiser sa vie! L’économie, finalement, c’est toute notre vie. Du petit matin au suivant, du petit déjeuner à la tisane en regardant les nouvelles.

Ainsi, en escaladant la barrière du préjugé, on constate qu’il n’y a pas une décision prise dans ce bas monde sans qu’il y ait un enjeu sous-jacent ou un intérêt économique. Combien ça coûte? Combien ça rapporte? Est-ce rentable? Surtout : est-ce possible?

Bien sûr qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie. Et heureusement d’ailleurs. Mais c’est un enjeu économique qui brille derrière une tonne d’événements de la vie, que ce soit de passer du bon temps à la campagne, de s’offrir un billet de théâtre ou un excellent souper au restaurant, de se permettre une semaine de vacances, une visite chez des amis ou encore de s’abonner au câble, à un club de bowling ou de s’acheter un billet de loto.

En ai-je les moyens? Si je les ai ces moyens, c’est parce que j’ai un bon emploi, je suis bien rémunéré, j’ai de bons avantages sociaux, j’ai bien négocié, j’ai travaillé fort, j’ai fait des heures supplémentaires. Ou si je n’ai pas besoin de beaucoup de choses dans la vie, je mise sur la simplicité volontaire, je consomme peu, je recycle, je composte, je réutilise. Bien, tout ça, ce sont des choix de vie et ce sont aussi des décisions économiques.

Quand on parle des taxes au débat municipal, on parle de votre capacité de payer et de bien vous en sortir. Quand on parle du transport, de la congestion et de l’efficacité du métro, on parle de votre qualité de vie, de ce qui va vous pousser à vivre ici ou ailleurs. Cette question du transport est fondamentale pour l’économie de Montréal : une ville qui est fluide, qui permet des déplacements faciles et rapides, qui pense son transport en fonction des habitations et des lieux de travail, c’est une ville qui développe son économie. C’est prouvé.

Quand je vous parle à RDI économie d’environnement, de culture, de finance, de bourse, d’itinérance, de santé, d’éducation, surtout d’éducation, je vous parle de quoi? D’ÉCONOMIE!

Plus on est formé, plus on se donne les moyens de mieux vivre. Un diplômé, qui s’est donné une formation professionnelle, collégiale ou universitaire, aura de meilleurs revenus durant sa vie, une meilleure santé et vivra plus heureux que celui qui n’a pas de diplôme. C’est une généralité, c’est une moyenne, ce n’est pas le cas de tout le monde. Mais, dans la plupart des cas, c’est comme ça. Plus de gens formés entraînent une augmentation de la richesse, de la croissance, de la productivité. Si ce n’est pas économique…

Quand Richard Béliveau est venu nous parler des cinq grands problèmes de santé à RDI économie il y a deux ans, il est venu nous parler d’économie. Nos habitudes de vie ont un impact direct sur notre santé, notre système de santé, les dépenses publiques, les finances de l’État et l’économie en général. Santé et économie vont de pair, parlez-en au ministre des Finances.

Demandez aux meneurs montréalais si le dynamisme culturel de la métropole québécoise ne représente pas l’un des piliers économiques principaux de cette ville. Autour d’une salle de spectacles, il y a des restaurants, des commerces divers, une vie économique liée à l’existence d’une offre culturelle. En fait, on pourrait aller plus loin : sans culture, il n’y a pas d’économie. Qui veut vivre dans un monde gris, sans couleur, sans sourire, sans éclat?

Les Journées de la culture quelques suggestions d'activités à faire dans le cadre de la 17e édition des Journées de la culture.
Et puis, l’environnement est un enjeu franchement économique, lui aussi. Pourquoi? Parce que la hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) représente un défi de taille pour l’humanité. Combien coûte une décontamination? Quels seront les coûts associés aux changements technologiques nécessaires quand on réalisera que l’environnement ne supporte plus les émissions de GES engendrées par une activité industrielle? La seule incertitude associée aux coûts futurs est un enjeu économique majeur pour une entreprise.

La confiance est économique. Si vous avez peur, vous allez moins consommer. Si vous croyez que les choses vont bien aller pour vous et votre société, vous irez de l’avant avec vos projets, qui auront nécessairement des répercussions sur l’économie. La maison de campagne que vous allez acheter, le voyage en Inde que vous vous promettiez depuis longtemps, l’équipement de peinture que vous allez vous procurer pour vos loisirs. Ces gestes que vous allez faire auront des répercussions importantes sur l’économie.

Ne pas se préoccuper de l’économie, c’est, à mon sens, une occasion perdue de mieux comprendre le monde dans lequel on vit. L’économie, ce n’est pas la seule affaire de la Chambre de commerce, des PDG d’entreprises, des amateurs de bourse ou des économistes.

C’est vrai que les questions économiques paraissent parfois complexes ou ardues. Elles sont surtout mal aimées, incomprises, victimes de préjugés tenaces. Il faut élargir notre vision de l’économie, souvent coincée dans une conception étroite de la réalité.

Bref, l’économie, ça vous concerne et fiez-vous sur moi, c’est passionnant!

Derrière l’annonce d’Ubisoft lundi matin, à Montréal, d’un investissement de 373 millions de dollars d’ici 2020, il y a une réalité qu’il est important d’expliquer : le développement du secteur se déroule à vitesse grand V et plusieurs acteurs de l’industrie ont du mal à suivre la parade! Ubisoft se lance dans le jeu en ligne, ce que d’autres ont fait il y a longtemps. Et, avec l’aide du gouvernement du Québec, l’entreprise écrit, dans son communiqué, qu’elle « vise » la création de 500 emplois.

Un marché en mutation

Logo d'UbisoftLes entreprises éprouvent des difficultés parce que la concurrence est forte, le secteur bouge rapidement avec le développement exponentiel du jeu en ligne. De plus, chaque jeu nécessite une phase de recherche et de développement importante et coûteuse. Le résultat n’est pas toujours celui qui est attendu par le public. Des jeux qui semblent exceptionnels sont souvent boudés par la clientèle. Les grosses machines à jeux, comme Ubisoft, s’appuient sur des succès commerciaux comme Assassin’s Creed pour prendre des risques et tenter de trouver de nouveaux succès. Mais il y a plus de ratés que de victoires…

Dans les derniers mois, plusieurs studios ont fermé à Montréal et des centaines d’emplois ont été perdus. Electronic Arts a fermé son studio Playing Mantis, perte de 200 emplois. Plus tôt dans l’année, le groupe a aussi fermé son studio Visceral Games.

Un autre acteur important du secteur Funcom a annoncé des suppressions d’emplois à deux reprises pour un total de 130 à 140 employés remerciés à Montréal. Le directeur du studio de Montréal a aussi quitté l’entreprise.

D’ailleurs, signe que l’industrie se transforme dans un contexte extrêmement concurrentiel, il y a beaucoup de mouvement dans le secteur. En plus du départ de Miguel Caron à Funcom, Ubisoft a remercié Patrice Desilets et Jean-François Boivin après avoir racheté THQ, un autre studio de jeux qui était en difficulté. Il y a quelques jours à peine, le directeur des projets spéciaux et des relations institutionnelles d’Ubisoft Philippe Turp a annoncé son départ de l’entreprise. Il y a aussi le fondateur et directeur général d’Eidos Stéphane D’Astous qui a démissionné cet été.

On subventionne quoi au juste?

Il faut ajouter un élément important ici, que je me permettrais d’apporter sous forme de questions : se pourrait-il que certaines multinationales tirent le maximum des crédits d’impôt et, une fois rassasiées, se tournent vers d’autres marchés, ailleurs dans le monde, pour poursuivre leur développement? Est-ce que le gouvernement fait un bon suivi de l’impact réel des avantages fiscaux offerts?

Bernard Landry a mis en place en 1996 un crédit d’impôt pour des titres multimédia qui a mené au développement d’un pôle exceptionnel de création de jeux vidéo à Montréal. Tout le monde a salué cette initiative de l’ancien ministre des Finances et ancien premier ministre du Québec. Bernard Landry en tire d’ailleurs une grande fierté. Et pour cause, puisqu’il n’y a pas beaucoup d’annonces dans ce secteur qui se font sans faire référence au travail de Bernard Landry.

Cela dit, ce crédit d’impôt est-il encore justifié aujourd’hui? Oui, répond le gouvernement du Québec qui vient d’en modifier deux aspects importants : l’accès au crédit d’impôt ne sera plus limité à trois ans, mais sera disponible tant que le jeu créé existera avec toutes les phases d’ajustement qui suivront. Et puis, le crédit sera disponible à de nouvelles catégories de postes dans l’industrie du jeu vidéo. Autrement dit, à un moment névralgique de l’avenir du jeu vidéo à Montréal, Québec ouvre les vannes.

En vertu de ce crédit d’impôt, en 2012,  les congés d’impôts pour les entreprises du secteur ont totalisé 128 millions de dollars. Pouvons-nous en mesurer toutes les retombées? Est-ce que ces subventions sont toujours nécessaires et assurent-elles le maintien des entreprises à Montréal? A-t-on raison d’appuyer financièrement le maintien des activités d’une entreprise après l’avoir soutenu durant la phase de démarrage?

Pierre Karl Péladeau quitte la direction de Québecor, mais demeure, dans la réalité, le grand patron de l’entreprise. C’est lui qui va piloter les « dossiers stratégiques » de Québecor, c’est lui qui va continuer à orienter les entités médias de la société, soit Québecor Média et le Groupe TVA en présidant leur conseil d’administration. Et il sera aussi vice-président du conseil de Québecor, au côté de Françoise Bertrand, membre du C. A. de l’entreprise depuis 12 ans et qui le préside depuis maintenant deux ans.

Pierre Karl Péladeau Il quitte la gestion quotidienne après avoir complètement transformé, depuis 1999, l’entreprise fondée par son père, Pierre Péladeau. Il est parvenu à convaincre les membres du conseil d’administration de lui faire confiance pour qu’il puisse aller de l’avant avec son plan d’affaires : celui de miser, sans relâche, sur le concept de la convergence. Il n’y a probablement pas d’exemple aussi retentissant que celui de Québecor pour illustrer un modèle de convergence réussi et assumé.

Avec Vidéotron, TVA et le Journal de Montréal, il a développé une « culture » Québecor. Des contenus, des contenants et des véhicules de diffusion, une maîtrise totale, verticale, dit-on dans le milieu des affaires, une stratégie qui en fait l’une des entreprises les plus dominantes du Québec, les plus présentes dans la vie des citoyens.

Ça ne s’est pas fait sans casser des oeufs. Pierre Karl Péladeau ne s’est pas fait beaucoup d’amis parmi les employés de l’empire. Les lock-out se sont multipliés, à Vidéotron, au Journal de Québec, au Journal de Montréal, des conflits de travail très durs qui ont modifié en profondeur les conditions de travail de l’entreprise. Il s’est entouré de gens très fidèles pour mettre en place une stratégie efficace, rentable et payante.

Aujourd’hui, il cède la place à Robert Dépatie, avec qui il a transformé Vidéotron en une entreprise de télécommunication et de technologie dynamique et innovante. Robert Dépatie aura pour tâche de faire fructifier le modèle d’affaires de Québecor, de trouver de nouveaux revenus publicitaires et d’abonnement.

Pierre Karl Péladeau se donne surtout plus de liberté pour développer ce qui l’intéresse : le contenu des médias, la gestion du nouvel amphithéâtre à Québec et surtout le retour des Nordiques, un enjeu fondamental dans sa stratégie, notamment avec TVA Sports. Il y a visiblement beaucoup de travail encore à faire pour convaincre la LNH de ramener du hockey à Québec. C’est son prochain défi. Peut-être son prochain succès?