Billets classés sous la catégorie « Culture »

Cette petite phrase, on l’entend souvent depuis quelques mois dans les milieux d’affaires, dans le monde de la culture, chez les meneurs des différents secteurs d’activité. Bien des gens sont d’avis que l’élection de Denis Coderre en novembre 2013 a changé le ton, l’attitude, le visage de Montréal. On est passé d’une ville abîmée par les scandales à une métropole qui a le goût de bâtir son avenir.

Montréal fait face à plusieurs défis, mais l’occasion semble belle pour accélérer ce qui va bien et créer des revirements sur ce qui va mal. Mais, pour ça, tous les acteurs doivent travailler dans le même sens. Or, la réduction des crédits d’impôt dans plusieurs secteurs de l’activité économique de Montréal crée beaucoup d’incertitude. Si, à la base, le gouvernement cherche à réduire son intervention et mieux cibler son action, ses gestes pourraient avoir une portée contre-productive, une crainte exprimée maintes fois depuis l’été dernier.

Je vois Montréal

L’événement du 17 novembre Je vois Montréal incarne le renouveau, la relance, l’innovation et la créativité de Montréal. Cet événement, initié par les hommes d’affaires Jacques Ménard et Michel Leblanc, a pour objectif de mettre en valeur 200 projets d’entrepreneurs. C’est du concret, du réel, des projets solides qui s’appuient déjà sur des sources de financement autres que le gouvernement.

Les personnes qui ont déposé leurs projets doivent s’engager à réaliser ce qu’ils ont proposé. C’est une signature symbolique, mais c’est un geste d’honneur qui est posé pour Montréal parce qu’ils souhaitent développer cette ville qu’ils aiment profondément. Aux gens de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, j’ai demandé ce qu’ils offraient en retour aux entrepreneurs pour les attirer à proposer un projet à Je vois Montréal. Réponse : rien du tout! Ils sont là parce qu’ils y croient tout simplement. « Il se passe quelque chose à Montréal » et ils ont le goût d’être là au moment où ça compte. Il y a décidément une nouvelle vibration à Montréal.

De gauche et de droite

D’ailleurs, des gens de gauche et de droite participent à Je vois Montréal. Des gens de grandes entreprises, de PME et de groupes communautaires ont dit oui à l’invitation de la Chambre de commerce. Des gens de divers horizons s’unissent pour aller de l’avant pour Montréal : du Chantier de l’économie sociale à la Jeune Chambre de commerce de Montréal, de la Caisse de dépôt et placement du Québec au Regroupement des écoquartiers, en passant par la Brasserie Harricana, Bell, la Banque Nationale, la Place des arts et différentes universités. Les idées fusent de partout, et c’est très rafraîchissant.

Montréal a besoin de soutien

La croissance économique de la métropole est la plus faible des grandes villes au Canada. Montréal a du mal à garder ses diplômés, son chômage est élevé et sa croissance démographique est lente. Selon l’Institut du Québec, présidé par l’ancien ministre Raymond Bachand, « il faut d’abord reconnaître l’importance incontournable de la métropole pour l’économie du Québec. Pour tous les ordres de gouvernements, la santé économique de Montréal doit devenir une priorité de chaque instant. Il s’agit d’un changement de paradigme peu banal qui implique au minimum de renoncer à l’automatisme du « mur-à-mur ».

Et sur ce point d’ailleurs, Raymond Bachand est d’avis que le gouvernement Couillard va dans la mauvaise direction en voulant couper dans les crédits d’impôt, un facteur fondamental de compétitivité pour Montréal. Selon l’organisme Montréal international, les crédits d’impôt ont été structurants pour l’économie de Montréal. L’économie du savoir en a particulièrement profité. L’impact d’un investissement de 100 millions de dollars génère presque quatre fois plus de retombées dans les services scientifiques et techniques et presque trois fois plus dans les systèmes informatiques. « Les secteurs de croissance sont globalement ceux qui sont dotés de secrétariats de grappes et soutenus par des crédits d’impôt », selon Montréal international.

Montréal en concurrence

Surtout, Montréal est en concurrence avec plusieurs villes nord-américaines pour attirer de nouveaux investissements créateurs d’emplois. Toujours selon Montréal international, les incitatifs fiscaux ont doublé aux États-Unis depuis 10 ans, et l’Ontario vient de créer un fonds d’aide directe pour les entreprises de 2,5 milliards de dollars sans couper dans ses crédits d’impôt. D’ailleurs, sur ce point, le crédit d’impôt pour les studios de jeux vidéo est de 40 % en Ontario, alors qu’au Québec, le crédit le plus généreux vient de passer de 37,5 % à 30 %.

Des ailes semblent pousser à Montréal. Des ailes pour construire une ville verte, qui s’appuie sur le développement durable, les transports en commun, une culture riche, des investisseurs, des mécènes, des travailleurs qui veulent rester ici, bâtir une famille ici, vivre ici. « Il se passe quelque chose à Montréal », entend-on tous les jours. Les meneurs économiques et politiques sentent-ils cette vibration?

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Notre monde s’améliore-t-il?

Vendredi 27 juin 2014 à 15 h 24 | | Pour me joindre

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Près de 10 ans après la fermeture du magasin Walmart de Jonquière, les travailleurs syndiqués qui ont perdu leur emploi ont finalement eu gain de cause en Cour suprême. Le plus haut tribunal du pays ordonne qu’une compensation financière soit versée aux employés congédiés. Un arbitre devra trancher, puisque les travailleurs ne peuvent pas être réintégrés à leur milieu de travail : le magasin n’existe plus. Mais ils ont droit à une réparation.

La bataille a été longue pour arriver à ce résultat. Et cette affaire est importante. Au-delà de la bataille judiciaire et de l’argent qui est en jeu, une réalité semble apparaître : celle de la précarisation des travailleurs.

Aujourd’hui, après des décennies de syndicalisation, de législations sur le travail et la maladie et de protections et avantages multiples (des congés parentaux aux garderies à faibles coûts, en passant par l’assurance médicaments et l’assurance-emploi), le sort du travailleur est-il en train de s’aggraver?

Arrêtons-nous un instant. Mettons de côté nos convictions profondes et posons-nous la question : notre société s’améliore-t-elle? Je sais, c’est une grande question, j’en conviens! Et ce n’est pas dans un blogue qu’on va régler ça aujourd’hui! Mais, quand même, je vous invite à réfléchir à cette question avec moi.

On s’est donné un système socioéconomique qui s’appuie sur l’épanouissement des travailleurs et sur la croissance économique. Aujourd’hui, d’ailleurs, je tiens à le rappeler : nous faisons partie du 1 % planétaire! Nous sommes, au Québec, comme dans l’ensemble du Canada, parmi les plus riches de la planète. Ça se reflète d’ailleurs dans l’indice sur la qualité de vie de l’OCDE : nous sommes parmi les plus privilégiés du monde. Nous avons un système d’éducation de qualité, nous avons l’accès universel à un système de santé parmi les meilleurs malgré certains défauts.

Sommes-nous en train de détricoter cette structure qu’on a tenté de bâtir depuis un demi-siècle?

Prenez le dossier de la retraite. De quoi parle-t-on? On ne parle pas de la majorité des gens qui n’ont pas de régime de retraite. On ne parle pas de la faiblesse de la sécurité de la vieillesse et des rentes publiques pour les personnes de 65 ans et plus. On ne semble pas chercher à améliorer le sort général des retraités et des futurs retraités. On restructure les régimes existants et on cherche des solutions pour se sortir des régimes à prestations déterminées. On parle maintenant de prestations cibles, un régime plus flexible.

Prenez aussi les annonces dans le secteur des médias et du journalisme. Ce monde est en pleine transformation. Mais, au cœur de cette restructuration, les artisans doivent composer avec des conditions de travail plus difficiles. Il y a de moins en moins de postes permanents, bien protégés et bardés d’avantages sociaux. Il y a de plus en plus de pigistes, de contrats à courte durée, d’incertitudes et d’attentes. Ça, c’est la réalité.

Le monde des affaires réclame plus de « flexibilité ». En fin de compte, les entreprises s’enrichissent, le taux de chômage baisse, la croissance du PIB se poursuit. Mais la qualité des emplois et des milieux de vie, qui s’en occupe? Qui fait ce calcul? Derrière les données sur l’emploi à temps plein, l’emploi à temps partiel et le travail autonome, qui s’assure de l’état d’esprit des travailleurs, chose qui peut avoir un impact réel sur la productivité? On parle d’humains ici, pas de machines. Des humains dont les salaires stagnent depuis des décennies, dans un monde où les inégalités de richesse augmentent toujours.

Bien sûr, il faut s’adapter aux changements. Et bien sûr, avec l’ouverture des marchés, les grandes entreprises sont en mesure de réduire leurs coûts. Il faut faire preuve d’innovation, d’ingéniosité et de créativité pour maintenir certains emplois et pour éviter, au nom des coûts de main-d’œuvre et de production plus bas, de voir fermer des usines manufacturières. Mais cette réalité nous conduit-elle à un monde meilleur, prospère, riche et équitable? Est-ce qu’on s’améliore? Est-ce qu’on est plus heureux?

J’aimerais lire vos réponses.

Des messages clairs, un ton assumé

Vendredi 13 juin 2014 à 14 h 00 | | Pour me joindre

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Le ton est donné. Le nouveau gouvernement de Philippe Couillard va tout faire pour réduire ses pressions financières. Le message est clair et assumé. Ce n’était pas aussi limpide en campagne électorale, il faut le dire, mais le Parti libéral prévoyait tout de même dans son cadre financier des compressions de 1,3 milliard de dollars sur deux ans. Au bout du compte, dans la réalité, les économies et les « efforts » seront probablement plus importants. On fera le décompte dans les prochaines années.

En attendant, les premières décisions ne trompent pas. Jeudi, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a déposé un projet de loi sur les régimes de retraite municipaux qui a pris les syndicats par surprise. Le gouvernement demande aux travailleurs de contribuer davantage à leur caisse de retraite et de combler, à partage égal, les déficits avec les municipalités. Québec plafonne également les cotisations aux régimes de retraite à 18 % de la masse salariale et demande aux retraités de renoncer à un acquis, celui de l’indexation des rentes qui s’applique pour la moitié d’entre eux.

« C’est une déclaration de guerre », a tonné Marc Ranger, du SCFP. « Les mots sont forts », a répondu le ministre Moreau, justifiant son projet de loi par « la responsabilité de l’État ». Un affrontement très net s’annonce entre les travailleurs syndiqués et le gouvernement. On est déjà loin du « dialogue social » annoncé par le premier ministre Couillard.

Québec a envoyé d’autres messages plus tôt dans la semaine avec l’annonce de ses deux commissions : une sur la révision des programmes, une autre sur une réforme de la fiscalité. Dans ce dernier cas, c’est Luc Godbout qui va diriger un groupe d’experts. Le fiscaliste de l’Université de Sherbrooke a souvent exprimé le souhait que la fiscalité soit repensée au Québec. Il n’est pas le seul. L’ancien chef du Bloc québécois Gilles Duceppe a lancé un appel semblable il y a quelques années.

Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux

On verra les résultats de cette commission, qui prévoient des réajustements de charges fiscales. Certaines monteront, d’autres baisseront. Chose certaine, on va tenter de simplifier la grille fiscale. On verra. En attendant, la composition de l’équipe de la commission sur la révision des programmes et les mots choisis par le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux expriment clairement les visées du gouvernement.

D’abord, la commission, qui sera dirigée par l’ex-ministre Lucienne Robillard, fera appel à deux économistes qui ont souvent dénoncé la présence trop importante du gouvernement dans l’économie. Ces gens sont Claude Montmarquette et Robert Gagné. Leur nomination nous fait comprendre qu’on ira plus loin que de réviser ou repenser les programmes. Il est clair que certains seront supprimés. À juste titre, peut-être. On verra.

Martin Coiteux indique d’ailleurs, dans son communiqué, que « les travaux de la commission devront permettre au gouvernement de statuer sur l’opportunité d’éliminer certains programmes, de réduire leur portée ou de les repositionner et d’être en mesure de les évaluer de façon continue ».

Ce communiqué est important. Le gouvernement veut notamment :

  • « recentrer l’action de l’État dans des programmes prioritaires, et là où les besoins sont les plus criants »;
  • « remettre en question certaines façons de faire »;
  • « que le mode de financement des programmes [soit]adéquat et cohérent avec la capacité réelle de payer des citoyens ».

Le ton est donné. Le message est clair. Le gouvernement veut réduire les pressions financières sur l’État et ses structures, cherche à repenser son intervention dans l’économie et travaille à réduire la taille de l’État. Jusqu’où ira-t-il? Et qu’en pensez-vous?

L’équipe et les bénévoles qui ont mis sur pied la nouvelle médiathèque Nelly-Arcan à Lac-Mégantic ont de quoi être fiers. Après avoir tout perdu dans la tragédie du 6 juillet dernier, ils sont parvenus, grâce à la générosité des Québécois, à reconstruire une collection de livres, disques, DVD, journaux et autres collections en 10 mois à peine.

Surtout, ce lieu est un modèle à tous les points de vue. Je vais vous expliquer pourquoi. D’abord, je dois vous dire que j’ai eu le plaisir de participer à la journée « portes ouvertes » de dimanche à l’invitation de la médiathèque. J’y étais parce que je suis originaire de la région et parce que je suis, avec l’économiste François Delorme, l’auteur d’un livre sur les questions que les gens se posent sur les enjeux économiques. On a fait d’une pierre deux coups. Quelle journée, quelle formidable journée, malgré la grisaille persistante du temps.

Des centaines de personnes de Lac-Mégantic et de la région sont venues voir dimanche le fruit du labeur des gens de la médiathèque. Quand je vous dis que ce projet est un modèle à suivre, c’est que les personnes à la tête du projet ont su marier patrimoine, histoire, culture et sobriété en un même lieu, avec finesse et intelligence.

Le lieu, c’est l’ancienne usine de textile de la Canadelle à Lac-Mégantic, où ont travaillé des centaines de personnes de la région jusqu’en 2007, surtout des femmes. L’équipe de la médiathèque a su conserver les vieux planchers, où de vieilles aiguilles sont encore coincées entre les lattes de bois, ainsi que les vieux plafonds. Des photos de l’usine ont été conservées et encastrées dans les murs, en rappel de l’histoire. Et d’anciennes employées ont été invitées à l’inauguration afin de témoigner de l’histoire qui se poursuit en ce lieu.

L’aménagement est simple, efficace, aéré, surtout bien éclairé. C’est chaleureux et on a le goût d’y être et de s’y installer pour lire.

Et l’équipe a eu la brillante idée de rappeler la mémoire de Nelly Arcan, auteure partie trop vite qui aura su, en peu de temps, s’inscrire dans l’histoire littéraire du Québec. Nelly Arcan, que j’ai croisée à la polyvalente Montignac il y a plus de 20 ans, est originaire de Lac-Mégantic et a travaillé à la bibliothèque de l’endroit dans sa jeunesse.

La récupération d’un site de travail comme une usine de textile pour en faire un lieu de culture, l’hommage senti à une artiste d’exception et l’agencement de la lumière, du mobilier et de l’espace, tout y est. La médiathèque Nelly-Arcan est inspirante à plusieurs égards.

Le moment des décisions difficiles

Mercredi 23 avril 2014 à 19 h 23 | | Pour me joindre

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Philippe Couillard veut saisir l’occasion qui se présente, celle de mettre de l’ordre dans les finances publiques à un moment crucial pour le Québec. « Le moment des décisions difficiles est venu », a dit le nouveau premier ministre. « Le Québec fait face à des enjeux structurels qui vont au-delà des changements de gouvernement. »

Le bon ton

Ces mots sont porteurs, le ton est le bon. Mais jusqu’où tout cela tiendra-t-il? On verra. Le plus longtemps, souhaitons-le, parce que le Québec fait face à des défis de taille. Il y a un véritable problème de productivité. Et il y a une forte pression sur les finances publiques qui va perdurer avec cette équation révélatrice : il y a plus de travailleurs expérimentés qui quittent la population active que de jeunes qui y entrent. C’est crucial. Le gouvernement Marois le savait, le gouvernement Couillard le sait aussi.

L’avantage du nouveau gouvernement, c’est d’avoir les coudées franches pour quatre ans. Il n’y a pas de menace de voir le gouvernement se faire renverser. Le gouvernement peut aller de l’avant avec son programme et son plan. En ce sens, qu’on soit d’accord ou non avec les projets du PLQ, l’occasion est belle de réaliser des choses.

Contrôler sans nuire à l’économie

Attention! Quelle est la bonne mesure entre l’austérité et les investissements dans l’économie? Jusqu’où coupe-t-on et qu’est-ce qu’on coupe sans créer du chômage, sans ralentir l’économie? Comment contrôler les dépenses sans réduire, d’une façon qui serait totalement contre-productive, les revenus?

Les déficits des dernières années au Québec ne sont pas très importants, mais ils sont récurrents. Et on n’arrive pas à revenir à la surface, à l’équilibre. Raymond Bachand et Nicolas Marceau avaient promis l’équilibre en 2013-2014. Or, c’est un déficit de 2,5 milliards de dollars qui a été annoncé le 20 février. Et ce sera pire encore selon les informations du journaliste Denis Lessard : le déficit atteindrait finalement 3,3 milliards de dollars.

Il faut ajouter que les dépenses consolidées sont tombées à moins de 18 % du PIB dans les années 90 au Québec avant de remonter à un niveau record aujourd’hui d’environ 23 %.

De plus, le niveau de la dette nette par rapport au PIB demeure collé à 49-50 %. On ne cesse de repousser, année après année, la courbe de réduction de la dette nette. Peut-on cesser de pelleter par en avant sans nuire à la croissance économique?

Alors, le trio économique est connu :

  • Carlos Leitao : Finances
  • Martin Coiteux : Conseil du Trésor
  • Jacques Daoust : Développement économique, Innovation et Exportation

Les autres ministres qu’on doit associer aux enjeux économiques sont les suivants :

  • Pierre Arcand : Énergie, Ressources naturelles et Plan Nord
  • Robert Poëti : Transports, responsable de la région de Montréal
  • Jean D’Amour : Stratégie maritime
  • Jean-Denis Girard : PME
  • Kathleen Weil : Immigration
  • David Heurtel : Environnement
  • Laurent Lessard : Forêt
  • Luc Blanchet : Mines
  • Yves Bolduc : Éducation et Enseignement supérieur
  • Gaétan Barrette : Santé

Votez!

Jeudi 3 avril 2014 à 15 h 09 | | Pour me joindre

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Bien sûr, les questions portant sur l’intégrité et l’avenir du Québec sont importantes. Mais les principaux partis qui sollicitent votre confiance pour gouverner le Québec ont tous des propositions détaillées, touffues et intéressantes. Je vous propose une petite liste non exhaustive de quelques-unes des mesures innovantes à caractère socioéconomique à retenir dans les programmes des partis et qui pourraient vous influencer dans votre vote.

Parti québécois

  • Déficit 0 en 2015-2016
  • 115 000 emplois en 3 ans
  • Poursuivre la mise en œuvre de la Politique industrielle, la Politique nationale de la recherche et de l’innovation (en faisant passer la part du PIB consacrée à la recherche et au développement de 2,4 à 3 %), le Plan de développement du commerce extérieur, la Stratégie d’électrification des transports et la Stratégie de mobilité durable
  • Utiliser les surplus en électricité pour attirer des investissements
  • Mettre en œuvre l’annonce d’exploration de l’île d’Anticosti et adopter de nouvelles lois sur les hydrocarbures
  • Interdire certaines activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste
  • Mieux protéger les fleurons québécois contre des prises de contrôle non souhaitées
  • Instaurer un mécanisme de révision systématique de l’ensemble des services publics
  • Revoir le nombre de commissions scolaires
  • Limiter les contributions politiques à 100 $ pour les partis politiques municipaux
  • Adopter une politique arctique
  • Arriver à 300 groupes de médecine familiale (GMF) et instituer un guichet d’entrée permettant un accès à un système de prise de rendez-vous
  • Construction de 15 000 logements abordables en 5 ans

Parti libéral du Québec

  • Déficit 0 en 2015-2016
  • 250 000 emplois en 5 ans
  • Élimination graduelle de la taxe santé
  • « Relance » du Plan Nord
  • Stratégie maritime : 30 000 emplois de 2015 à 2030, investissements privés de plus de 4 milliards de dollars et investissements publics de plus de 3 milliards de dollars en infrastructures
  • Stratégie d’exportation pour tirer avantage des accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis
  • Partage des redevances minières, pétrolières et gazières avec les communautés locales
  • Nomination d’un ministre délégué aux PME
  • Exemption d’impôt sur le transfert d’entreprises et de fermes aux enfants et employés
  • Sièges sociaux : utilisation d’une partie du Fonds des générations pour réaliser des acquisitions jusqu’à hauteur de 10 % du capital-actions d’une entreprise inscrite en bourse qui fait l’objet d’une OPA
  • Hausse des investissements en infrastructures de 7,5 milliards de dollars sur 5 ans
  • Crédit d’impôt remboursable de 20 % (jusqu’à un maximum de 2500 $) pour soutenir les familles qui désirent rénover leur domicile
  • Achat d’une première maison : création d’un régime épargne-propriété

Coalition Avenir Québec

  • Déficit 0 dès 2014-2015 avec des réductions de dépenses de 1,3 milliard de dollars et une récupération de revenus de 700 millions, dont 450 millions en crédits d’impôt
  • Créer 20 zones d’innovation et 100 000 emplois dans le cadre du Projet Saint-Laurent
  • 200 000 emplois en 4 ans
  • Nouvelle politique pour les entreprises comprenant une révision des soutiens financiers évalués à 2 milliards de dollars en crédit d’impôt
  • Accroître le trafic maritime dans le corridor Saint-Laurent-Grands-Lacs
  • Exploiter les ressources pétrolières du golfe du Saint-Laurent
  • Baisse de taxes de 1000 $ pour les familles en abolissant la taxe santé et la taxe scolaire
  • « Charte des contribuables » : pas de hausse de taxes et tarifs au-delà de l’inflation
  • Gel du nombre d’employés dans la grande fonction publique au cours des 4 prochaines années
  • Valorisation et élargissement du rôle des infirmières
  • Élimination des agences de santé
  • Déclaration d’impôt unique

Québec solidaire

  • Pas d’engagement sur le déficit zéro
  • Ajout de paliers d’imposition
  • Hausse d’impôt pour les entreprises et taxe sur le capital des sociétés financières
  • Créer toutes les places requises en Centre de la petite enfance (CPE) et retirer progressivement le financement des garderies à but lucratif
  • Santé : améliorer le système de santé en misant sur les CLSC, qui seraient ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et créer Pharma-Québec
  • Remplacer les accords de libre-échange par des ententes fondées sur les droits individuels et collectifs, le respect de l’environnement et l’avancement de la démocratie
  • Transférer des pouvoirs et des ressources aux municipalités
  • Revoir le rôle de la Caisse pour soutenir un développement économique fondé sur des valeurs sociales et environnementales et sur la création d’emplois
  • En cas de mises à pied massives, imposer à l’entreprise une amende compensatoire
  • Réglementer le secteur bancaire pour interdire la spéculation sur les devises et contrôler les frais bancaires imposés aux clients
  • Créer Énergie-Québec pour chapeauter tout le domaine de l’énergie : nationaliser l’énergie éolienne et abandonner les énergies fossiles d’ici 2030
  • Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 95 % d’ici 2050
  • Électrifier le transport collectif et le rendre gratuit en 10 ans

Faites vos jeux!

Entre les questions d’intégrité, de transparence et de référendum, tous les jours, les partis politiques qui se disputent votre vote le 7 avril prochain font des propositions et prennent des engagements.

Tous les partis ont présenté leur cadre financier :

  • le PQ considère que ce cadre, c’est son budget 2014-2015, annoncé le 20 février dernier;
  • la CAQ a présenté son cadre le 6 mars;
  • Québec solidaire a dévoilé son plan économique le 17 mars, puis son cadre le 18 mars;
  • le PLQ a dévoilé son cadre financier le 18 mars.

J’ai reçu à RDI économie quatre candidats pour parler de leur plateforme financière et économique. Et j’ai mis au défi les quatre représentants de nous expliquer certains enjeux qui méritent des réponses plus claires.

À Nicolas Marceau, du PQ, j’ai demandé comment on pouvait croire que son parti allait pouvoir ramener la croissance des dépenses en santé à seulement 3 %, du jamais vu, alors que les projections du budget 2013-2014 (présenté en novembre 2012) n’ont pas tenu la route. Le gouvernement prévoyait une hausse des dépenses de programmes de 1,8 %. Elles se sont établies, selon la dernière révision, à 2,5 %. Nicolas Marceau prévoyait des revenus autonomes de 51,1 milliards de dollars. Manque à gagner : 3 milliards de dollars.

À Carlos Leitao, du PLQ, j’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé en 26 jours, entre le budget Marceau du 20 février où il était analyste à notre antenne à titre d’économiste en chef de la Banque Laurentienne et le jour de l’entrevue, soit le 18 mars, où il était maintenant candidat libéral. Le 20 février, il prévoyait une croissance du PIB au Québec de 1,8 %. Il jugeait aussi raisonnable la croissance prévue par le gouvernement de 1,9 %. Dans le cadre financier libéral, il est maintenant rendu à 2,1 %.

À Christian Dubé, de la CAQ, j’ai axé l’entrevue sur la faisabilité des compressions de 1,3 milliard de dollars prévues dès cette année, dans le budget 2014-2015, si son parti est porté au pouvoir le 7 avril. Un tel geste est-il réaliste compte tenu de son impact? On coupe où et on coupe qui, puisqu’il s’agit d’un plan à mettre en oeuvre en quelques semaines seulement et non pas sur cinq ans où l’attrition peut réduire l’impact sur les travailleurs du gouvernement.

Et puis, à Amir Khadir, de Québec solidaire, j’ai demandé de nous expliquer comment le Québec pouvait faire passer ses achats en pétrole de 14 milliards de dollars par année à… 0 en 2030, en 15 ans seulement! Si l’objectif de sortir éventuellement du pétrole est partagé par la plupart des politiciens, le réalisme de la proposition de Québec solidaire est discutable.

Voyez ou revoyez ces entrevues ici :

L’entrevue avec Nicolas Marceau

L’entrevue avec Carlos Leitao

L’entrevue avec Christian Dubé

L’entrevue avec Amir Khadir

 

 

PKP et les gens d’affaires

Mercredi 12 mars 2014 à 11 h 54 | | Pour me joindre

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Alexandre Taillefer

Depuis dimanche, peu de gens d’affaires se sont prononcés sur la venue en politique de Pierre Karl Péladeau. Dans les émissions Calcul électoral et RDI économie, nous avons interrogé lundi l’entrepreneur Alexandre Taillefer et mardi, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

Alexandre Taillefer s’est montré dithyrambique. Pierre Karl Péladeau est un candidat de qualité, qu’il faut respecter et soutenir, selon lui. L’associé de XPND Capital a vendu son entreprise technologique à Pierre Karl Péladeau à la fin des années 90. Il a travaillé avec lui pendant plusieurs années et lui voue un grand respect.

Michel Leblanc

Dans le cas de Michel Leblanc, il faut, selon lui, saluer le courage de l’ancien patron de Québecor. « Bravo à M. Pierre Karl Péladeau, s’est-il exclamé sur nos ondes. Tous partis confondus, on veut que des gens d’affaires aillent en politique. » Selon lui, il ne faut pas pousser Pierre Karl Péladeau à vendre son bloc d’actions de Québecor. « Penser qu’un autre joueur à Montréal pourrait l’acquérir, a dit Michel Leblanc, je pense qu’il y a un danger (pour le maintien du siège social à Montréal). »

Ces commentaires publics sont positifs, mais une source m’indique avoir parlé à plusieurs gens d’affaires de Montréal qui se sont montrés mal à l’aise avec le projet de Pierre Karl Péladeau de se présenter avec le Parti québécois. Il n’y a pas beaucoup de souverainistes dans le monde des affaires, c’est connu. Si plusieurs se réjouissent à l’idée de voir PKP appliquer son style de gestion à la gouverne de l’État, d’autres s’inquiètent de la résurgence d’un possible référendum sur la souveraineté dans les prochaines années.

Cette crainte est palpable à Toronto. Le Globe and Mail rapportait mardi matin les propos d’analystes financiers qui notaient un écart grandissant entre les taux consentis sur les obligations long terme du Québec par rapport à ceux de l’Ontario. Selon ces analystes, un possible gouvernement majoritaire du Parti québécois jumelé à une « menace » référendaire expliquent cet écart qui commence lentement à grandir.

Bloomberg Canada s’interrogeait, pour sa part, sur la pertinence pour le gouvernement Harper de miser sur Vidéotron pour amener plus de concurrence dans le monde du sans fil au Canada. Le premier ministre appuie sa stratégie sur l’entreprise « d’un entrepreneur qui veut briser le pays », déplore Bloomberg.

D’ailleurs, plusieurs médias rapportent des cas de gens qui ont décidé de rompre leur abonnement avec Vidéotron à la suite de la décision de Pierre Karl Péladeau, information qui n’est pas confirmée par Québecor. Plusieurs nous demandent tout de même s’il y aura un coût économique pour Québecor à la décision de leur ancien patron de plonger en politique avec le Parti québécois.

Si j’étais à la place de Philippe Couillard, Françoise David, François Legault et Pauline Marois, je récupérerais un vieux truc de la communication politique : un programme en 5 points simples et clairs. Un programme économique en 5 points, qui pourrait avoir l’air de ceci :

  1. Améliorer la productivité et les exportations.
  2. Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population.
  3. Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables.
  4. Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités.
  5. Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population.

En fait, ces 5 points représentent, je pense, les défis économiques du Québec, ceux dont les partis devraient parler et qu’ils vont probablement aborder. Ce sont des enjeux fondamentaux, qui exigent des engagements à long terme. Les politiciens, qui solliciteront votre vote le 7 avril prochain, en sont-ils capables?

Améliorer la productivité et les exportations

La productivité, c’est le niveau de production par heure travaillée. Ce n’est pas travailler plus pour moins. C’est travailler mieux, avec des technologies utiles, avancées, qui permettent d’être plus efficace. Qui a un plan pour améliorer la productivité et aider les entreprises à produire et exporter davantage? Le Québec importe plus qu’il n’exporte. Et le déficit ne fait que grandir. Qui a un projet à long terme pour améliorer ce bilan?

Regardez ces chiffres de HEC Montréal. L’apport à l’économie par heure travaillée au Québec est plus faible qu’ailleurs.

Productivité du travail – 2012

PIB/nombre d’heures travaillées

  • Norvège : 106,24 $
  • France : 72,97 $
  • États-Unis : 72,62 $
  • Allemagne : 71,47 $
  • Canada : 59,56 $
  • Québec : 54,95 $
  • Japon : 49,17 $

source : HEC

Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population

Pour la première fois en plusieurs décennies, il y aura plus de sorties que d’entrées dans la catégorie des 15-64 ans. C’est clair : la population vieillit, la population active va baisser, les coûts de santé ne cesseront d’augmenter. Et donc, la soutenabilité des finances publiques est en jeu. Alors, que faire?

Faut-il générer plus de richesse, plus de revenus, pour éponger les coûts qui augmentent? Est-il possible de trouver de nouvelles sources d’efficacité dans l’appareil public? Ou faut-il penser à revoir le panier de services offerts à la population?

D’autres chiffres, ceux de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques :

Nombre de personnes de 15-64 ans pour chaque personne de 65 ans et plus :

  • 1971 : 9,4
  • 2013 : 4,1
  • 2050 : 2,1

source : Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques

Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables

Les Québécois paient beaucoup d’impôts et de taxes. Mais, en retour, ils ont de généreux services et des programmes uniques comme les garderies à tarif réduit, l’assurance médicaments, les congés parentaux, etc.

Faut-il repenser la fiscalité au Québec?

Faut-il baisser les impôts, baisser les taxes?

Ou, au contraire, faut-il poursuivre la hausse de la taxation des mieux nantis?

Et pour les entreprises, doit-on repenser également la fiscalité?

Nos finances publiques permettent-elles de proposer un allègement fiscal aux individus et aux entreprises? En avons-nous les moyens?

Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités

Créer de la richesse est un concept bien relatif. Qu’est-ce que ça veut dire exactement? Est-ce que c’est d’exploiter les ressources du Québec? De baisser les impôts afin que les consommateurs aient plus d’argent à dépenser? D’investir dans l’économie du Québec à l’aide d’incitatifs fiscaux?

Il sera intéressant de lire les propositions des partis pour créer de la richesse. Et comment vont-ils faire pour que l’ensemble de la population profite de cette création de richesse? Nos sociétés occidentales se sont beaucoup enrichies depuis 35 ans, mais les inégalités ont considérablement grandi en parallèle. Est-ce que cette création de richesse est la bonne?

Le Québec est considéré comme l’un des endroits en Amérique du Nord parmi les moins inégalitaires et où la qualité de vie est particulièrement élevée. Comment conserver ces palmes tout en augmentant la richesse des individus, des entreprises et de la collectivité?

Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population

Près de la moitié des personnes de 65 ans et plus ont besoin du supplément de revenu garanti pour arriver à joindre les deux bouts. C’est un signal de pauvreté. Pourquoi? Parce que le Canada est l’un des endroits dans les pays avancés où le remplacement du revenu de travail est le plus faible à la retraite.

Environ le tiers des gens n’ont pas de REER ou d’épargne pour la retraite. Et quatre travailleurs sur cinq dans le secteur privé n’ont pas de régime de retraite complémentaire.

Deux enjeux sur cette question :

  1. Comment améliorer la protection des personnes à la retraite? REER obligatoire? RRQ plus généreux, donc hausse des cotisations?
  2. Et jusqu’où doit-on repenser la capitalisation des régimes de retraite à prestations déterminées? Faut-il poursuivre dans la voie annoncée, qui est celle de demander aux travailleurs du secteur public de contribuer à 50 % de leur régime de retraite et d’abaisser ainsi la contribution de l’employeur? Vaut-il mieux partager les risques?

Le défi de cette élection ne réside pas dans des mesures à court terme, qui pourraient s’apparenter à des bonbons électoraux. Les Québécois attendent des propositions réalistes, structurantes, innovantes. Pour y arriver, il faudra du courage.

C’est parti, le Québec ira aux urnes le 7 avril. L’heure est donc aux bilans.

Quel est le bilan économique du premier mandat du gouvernement Marois?

Disons, d’entrée de jeu, qu’on ne peut attribuer au seul gouvernement les forces et les faiblesses, les succès et les ratés de l’économie québécoise. Mais tous les gouvernements ont une vision, une stratégie et des priorités. Il est clair que ce cadre influe sur l’évolution économique du Québec.

Résumons le travail gouvernemental au plan économique à cinq points principaux :

  1. Un gouvernement interventionniste : La philosophie du gouvernement Marois est d’intervenir dans l’économie et d’accompagner les entreprises dans leur développement. D’une part, le gouvernement a annoncé des dizaines de subventions, prêts et crédits d’impôt aux entreprises depuis septembre dernier, mais disons que cette façon de faire a été vue aussi sous les libéraux. De façon plus fondamentale, l’interventionnisme de l’État est clairement exprimé dans la stratégie économique du gouvernement, vision exposée l’automne dernier dans ce qu’il a nommé la « Politique économique du Québec – Priorité emploi ». Cette politique se déploie sous quatre grands chapeaux qui couvrent l’ensemble de l’économie : recherche et innovation, secteur industriel, commerce extérieur et électrification des transports.
  2. Un discours pro-pétrole : L’injection de 115 millions de dollars dans l’exploration de l’île d’Anticosti est un fait marquant du mandat de 18 mois du Parti québécois. Cet investissement témoigne encore une fois de l’implication marquée du gouvernement dans les activités économiques, mais surtout de son intérêt pour l’exploitation éventuelle du pétrole. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, la première ministre Pauline Marois a déverrouillé toutes les portes menant à l’or noir. Les plus écologistes de ses ministres (Martine Ouellet, Daniel Breton, Scott McKay) se sont rangés du côté des pro-pétrole et un discours à saveur nationaliste a été mis en place pour susciter l’adhésion des Québécois à l’exploration et à une éventuelle exploitation : « nos ressources », « maîtres et prospères chez nous », « indépendance énergétique », etc.  Le gouvernement du Québec évalue à 45 milliards de dollars les retombées sur 30 ans d’une éventuelle exploitation du pétrole, une projection fragile et hasardeuse, selon plusieurs experts.
  3. Décisions économiques importantes : Dans les premiers jours de son accession au pouvoir, la première ministre Pauline Marois a annoncé la fermeture de Gentilly-2, donc la fin de l’aventure nucléaire du Québec amorcée il y a 30 ans. Aussi, le gouvernement a décidé d’annuler le prêt consenti par les libéraux à l’été 2012 à la mine Jeffrey d’Asbestos. Cette décision signale aussi la fin d’une industrie au Québec, celle de l’amiante.
  4. Déficit zéro reporté : Le ministre des Finances Nicolas Marceau a présenté son budget 2013-2014 en novembre 2012 pour deux raisons : le Parti québécois voulait mettre en place son propre budget et voulait agir rapidement pour éviter de s’exposer à une défaite lors d’un vote sur le budget à l’hiver ou au printemps 2013. Pendant un an, de l’automne 2012 à l’automne 2013, le ministre Marceau a maintenu son objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire au cours de l’exercice 2013-2014. Mais en raison d’une croissance économique plus faible et d’un niveau d’inflation anémique, le gouvernement a dû se résoudre à reporter de deux ans le déficit zéro. Il faut dire aussi que le ministre Marceau avait appuyé son objectif d’équilibrer le budget sur une prévision audacieuse de croissance des revenus de 5 %. Tout de même, le Québec ne vit pas dans un monde à part. La croissance économique en 2013 a été moins forte que prévu un peu partout en Amérique du Nord, particulièrement au Canada. Toutefois, la croissance du Québec demeure plus faible qu’ailleurs : 1,2 % en 2013 par rapport à 1,3 % pour l’Ontario; 1,8 % en 2014 par rapport à 2,2 %; et 2,1 % en 2015 par rapport à 2,7 %. De plus, selon le ministère des Finances du Québec, le PIB par habitant en Ontario demeure plus élevé qu’au Québec, de 14 %.
  5. Des relations difficiles avec le monde des affaires : Il est important de rappeler que les relations entre le gouvernement et le monde des affaires ont été difficiles dès le début. L’annonce d’une hausse de la taxation des gains en capital et d’une hausse de 7 points de pourcentage sur les revenus les plus élevés, de façon rétroactive, a provoqué une levée de boucliers chez les gens les plus nantis. De vifs échanges entre des ministres du gouvernement et des gens des milieux d’affaires ont mené à une révision complète du plan de match gouvernemental : pas de hausse de la taxation des gains en capital, hausse modérée des impôts sur les revenus les plus élevés et annulation de l’abolition de la contribution santé, modulée dorénavant en fonction des revenus.

En terminant, quelques mots sur les tendances économiques :

  • Depuis un an, le taux de chômage est passé de 7,1 à 7,5 % au Québec, mais depuis six mois, la situation s’est améliorée : le taux était à 8,1 % en juillet dernier.
  • Même constat pour le taux d’emploi. En 12 mois, il est passé de 60,7 à 60,4 %, mais il était à 59,8 % l’été dernier. La plupart des emplois créés sont à temps partiel.
  • Compte tenu de la volatilité des données mensuelles de Statistique Canada, de plus en plus d’économistes préfèrent regarder les moyennes sur de plus longues périodes. Ainsi, il s’est ajouté 47 800 emplois au Québec en 2013 en comparant la moyenne des 12 mois de l’année par rapport à la moyenne des 12 mois de 2012. Cela dit, les données de Statistiques Canada sur l’emploi du 1er janvier au 31 décembre 2013 nous donnent une création de 3900 emplois. Du 1er février 2013 au 31 janvier 2014, la hausse est de 10 000 emplois. Durant la même période, l’Ontario a ajouté 53 800 emplois et l’ensemble du Canada, 145 900 emplois.

Voilà pour le bilan. D’ici la fin de la semaine, je vais vous parler des enjeux et des défis économiques de cette campagne.

Et je vous donne rendez-vous tous les jours à 16 h 30 (HNE) dans le cadre d’une nouvelle émission que j’aurai le plaisir d’animer, Calcul électoral, ainsi qu’à 18 h 30 à RDI économie.