Billets classés sous la catégorie « Culture »

Pierre Karl Péladeau quitte la direction de Québecor, mais demeure, dans la réalité, le grand patron de l’entreprise. C’est lui qui va piloter les « dossiers stratégiques » de Québecor, c’est lui qui va continuer à orienter les entités médias de la société, soit Québecor Média et le Groupe TVA en présidant leur conseil d’administration. Et il sera aussi vice-président du conseil de Québecor, au côté de Françoise Bertrand, membre du C. A. de l’entreprise depuis 12 ans et qui le préside depuis maintenant deux ans.

Pierre Karl Péladeau Il quitte la gestion quotidienne après avoir complètement transformé, depuis 1999, l’entreprise fondée par son père, Pierre Péladeau. Il est parvenu à convaincre les membres du conseil d’administration de lui faire confiance pour qu’il puisse aller de l’avant avec son plan d’affaires : celui de miser, sans relâche, sur le concept de la convergence. Il n’y a probablement pas d’exemple aussi retentissant que celui de Québecor pour illustrer un modèle de convergence réussi et assumé.

Avec Vidéotron, TVA et le Journal de Montréal, il a développé une « culture » Québecor. Des contenus, des contenants et des véhicules de diffusion, une maîtrise totale, verticale, dit-on dans le milieu des affaires, une stratégie qui en fait l’une des entreprises les plus dominantes du Québec, les plus présentes dans la vie des citoyens.

Ça ne s’est pas fait sans casser des oeufs. Pierre Karl Péladeau ne s’est pas fait beaucoup d’amis parmi les employés de l’empire. Les lock-out se sont multipliés, à Vidéotron, au Journal de Québec, au Journal de Montréal, des conflits de travail très durs qui ont modifié en profondeur les conditions de travail de l’entreprise. Il s’est entouré de gens très fidèles pour mettre en place une stratégie efficace, rentable et payante.

Aujourd’hui, il cède la place à Robert Dépatie, avec qui il a transformé Vidéotron en une entreprise de télécommunication et de technologie dynamique et innovante. Robert Dépatie aura pour tâche de faire fructifier le modèle d’affaires de Québecor, de trouver de nouveaux revenus publicitaires et d’abonnement.

Pierre Karl Péladeau se donne surtout plus de liberté pour développer ce qui l’intéresse : le contenu des médias, la gestion du nouvel amphithéâtre à Québec et surtout le retour des Nordiques, un enjeu fondamental dans sa stratégie, notamment avec TVA Sports. Il y a visiblement beaucoup de travail encore à faire pour convaincre la LNH de ramener du hockey à Québec. C’est son prochain défi. Peut-être son prochain succès?

Le dragon convaincu et convaincant

Vendredi 22 février 2013 à 19 h 02 | | Pour me joindre

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Il y a des entrepreneurs qui savent inspirer confiance. Ils n’ont pas nécessairement toujours raison, ils font aussi des erreurs. Mais ils s’organisent pour faire en sorte que vous croyez en leur projet, en leur vision et que vous les suiviez si vous êtes leur employé.

Gaétan Frigon fait partie de ces gens. L’homme d’affaires, qu’on peut voir aujourd’hui à la télé de Radio-Canada à l’émission Dans l’œil du dragon, vient d’écrire un livre avec l’appui de Christian Morissette sur sa vie, en grande partie sur son parcours professionnel.

C’est un livre à son image : écriture simple, il interpelle le lecteur directement, il raconte son histoire qu’il parsème de nombreuses anecdotes. Il a choisi une maison d’éditions de livres populaires, La Semaine. C’est voulu, m’a-t-il dit avant l’entrevue diffusée vendredi soir. C’est un peu sa marque de commerce : simple, accessible, près des gens.

Gaétan Frigon a passé son enfance et sa jeunesse dans le magasin général de son père. Fasciné par les étals et le contact avec la clientèle, il a su rapidement qu’il voulait être « commerçant ». Fonceur et frondeur, tenace et convaincant, il a voulu accélérer les affaires de son père en faisant de la publicité pour le magasin général, ce qui n’existait pas vraiment.

Il fallait s’organiser à l’époque, raconte-t-il. «Les gens se soutenaient et réglaient leurs problèmes entre eux, en se serrant les coudes. On en demandait le moins possible au gouvernement. Les gens préféraient même qu’il n’intervienne pas trop dans leurs vies. »

Malgré ce fait bien ancré en lui, et après une carrière fructueuse dans le secteur privé du commerce au détail (Eaton, Metro, Steinberg notamment), Gaétan Frigon a accepté l’offre du ministre des Finances Bernard Landry en 1998 qui était celle de devenir le PDG de la Société des Alcools du Québec. Et c’est ici, je vous dirais, que le livre gagne en intérêt. L’arrivée d’un « commerçant » dans un monopole étatique a bousculé bien des façons de faire!

En fait, dans son livre, Gaétan Frigon parle d’une « maladie du monopole » qui faisait en sorte que les dirigeants de l’époque ne se souciaient guère du consommateur. L’homme d’affaires a changé, mais littéralement changé la face de la SAQ, qui est devenue une entreprise à succès, aimé du public, près des clients, et dont les employés étaient fiers.

Aujourd’hui, elle doit composer avec une pression très forte du gouvernement : elle doit être très efficace, rapporter gros, toujours un peu plus. Mais, à l’époque, tout était à faire. Le succès de Gaétan Frigon a été terni toutefois par une décision très critiquée, rappelez-vous : celle de remplacer sa limousine par une Jaguar.

C’est à partir de ce moment-là que la politique s’est installée dans son bureau. Des politiciens et des médias l’ont alors pris en grippe et le pousseront à la démission en 2003 au moment où il était rendu à la tête de Loto-Québec. Gaétan Frigon dit conserver malgré tout un excellent souvenir de ses cinq années au service de l’État. Quantité de témoignages d’employés parlent de leur respect et de leur affection pour le patron simple et accessible qu’il était.

L’un des épisodes les plus passionnants du livre, c’est le travail de Gaétan Frigon pour sauver le Groupe San Francisco, qu’a bâti Paul Delage Roberge, mais qui a pris l’eau en 2004. Il explique comment il a restructuré l’entreprise en vendant des actifs et en sabrant les dépenses, en réduisant aussi de façon draconienne l’espace utilisé par Les Ailes de la Mode dans l’édifice autrefois habité par Eaton au centre-ville.

Répondant à l’appel à l’aide de Paul Delage Roberge, le « Dragon » l’a totalement écarté du processus de décision de l’entreprise, allant jusqu’à réduire sa rémunération. L’amitié des deux hommes n’a pas survécu à cette aventure. Mais l’entreprise existe toujours!

Le style Gaétan Frigon se résume à quelques mots : osez,  foncez, soyez vrais. Il est possible cependant qu’il y ait des pots cassés, au passage!

Frigon, Gaétan, « Gaétan Frigon, né Dragon », Éditions La Semaine, 476 p.

Concurrence, règles et prix unique

Mercredi 20 février 2013 à 11 h 08 | | Pour me joindre

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Une commission parlementaire est prévue à Québec dans les prochaines semaines sur la pertinence d’instaurer une politique du prix unique du livre. Cet enjeu soulève plusieurs questions sur le commerce, la concurrence et les « produits » culturels.

Les économistes affirment généralement que le libre marché favorise la libre concurrence. Mais il est quand même étonnant de constater parfois qu’un marché encadré et réglementé peut parfois favoriser la concurrence alors que le libre marché peut mener à des oligopoles, soit un marché contrôlé par un très petit nombre de joueurs.

LivresIl est clair que certaines règles ont un effet néfaste sur la concurrence. C’est le cas dans les télécommunications au Canada, longtemps un marché fermé aux sociétés étrangères et qui fait en sorte que les Canadiens paient plus chers que les autres pour leur service de téléphonie mobile. C’était le cas aussi dans le secteur aérien, dont le marché s’ouvre de plus en plus au bénéfice des voyageurs.

Cela dit, l’absence d’encadrement serré peut donner des résultats choquants. Quelques exemples : le marché de l’essence est l’objet de variations illogiques et inexplicables. Celui des frais bancaires fait rager tout le monde, alors que les 6 grandes banques canadiennes ont enregistré 30 milliards de dollars de profits en 2012. Et celui aussi de la bière mérite d’être souligné puisque le marché mondial ne cesse de se consolider et que le marché canadien est contrôlé essentiellement par deux géants, Anheuser-Busch InBev et Molson Coors.

Venons-en au secteur du livre. Devrait-on imposer un prix unique au Québec pour les livres afin d’éviter un décalage entre les gros joueurs, qui peuvent pratiquer des rabais importants, et les plus petits, aux marges plus fragiles?

Il s’est écrit beaucoup de choses sur le prix unique dans les dernières semaines. Et je pense qu’avant toute chose, il faut établir une base de discussion, essentielle et névralgique : le livre n’est pas un produit comme les autres. Le marché du livre, ce n’est pas celui du pneu, du sel de trottoir ou du balai à neige. Le livre est un produit culturel.

Or, l’UNESCO a adopté une résolution faisant en sorte « de reconnaître la nature spécifique des activités, biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeurs et de sens » en plus « de réaffirmer le droit souverain des États de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire ».

Difficile d’imaginer une telle résolution sur les pneus, le sel de trottoir ou les balais à neige! Mais le livre s’inscrit dans ce cadre-là, qui est bien plus complexe que celui du marché commercial ordinaire.

Il faut ajouter aussi qu’un prix unique aurait pour objectif de « protéger » le marché des livres québécois et celui de leurs plus grands ambassadeurs : les libraires.

Le cadre en place, on peut poser la question : est-ce que le prix unique favoriserait un marché concurrentiel du livre au Québec ou est-ce qu’une telle mesure entraînerait une hausse des prix du livre et réduirait ainsi les ventes?

Encore là, il faut aller un peu plus loin dans la réflexion. Veut-on promouvoir le prix le plus bas à la consommation ou veut-on encourager la viabilité d’une industrie sur tous ses paliers, de l’auteur au détaillant?

Autre question fondamentale : une règle comme celle du prix unique n’encouragerait-elle pas le maintien d’une industrie structurée et plurielle plutôt qu’un marché de plus en plus concentré entre les mains de gros joueurs? En contrepartie, est-ce qu’une telle règle tendrait à réduire la vente de livres de façon à nuire à l’ensemble du marché des libraires?

Et, en passant, la véritable menace pour les libraires ne viendrait-elle pas de la vente de livres par Internet?

Quand un géant de la vente au détail réduit ses prix au niveau du prix coûtant ou va même jusqu’à perdre de l’argent, l’objectif réel est de profiter de sa position dominante pour attirer une clientèle qui se rend chez les concurrents, généralement de bien plus petits joueurs. Il n’y a plus de concurrence dans un tel contexte. En fait, on détourne les « règles » de la concurrence.

Pour éviter une telle situation, il y a des organismes de surveillance et de réglementation, il y a des gouvernements qui changent les lois pour corriger ce genre de situation, il y a une intervention pour éviter une situation qu’on ne souhaite pas fondamentalement voir se produire. Si on est pour la concurrence, ça ne veut pas dire qu’on est contre l’intervention d’une entité extérieure.

Favoriser la concurrence, en fait, c’est s’assurer la présence d’un grand nombre de joueurs qui usent d’originalité et de créativité pour vendre leurs produits et attirer les clients. Par des stratégies diverses : marketing, publicité, etc.

En résumé, la commission parlementaire qui se tiendra bientôt à Québec devra tenir un débat ordonné sur la question du prix unique et se poser sérieusement la question sur le marché du livre québécois, l’avenir des libraires, l’intérêt des consommateurs et la concurrence. Bons débats en perspectives…

Plusieurs études sur le sujet :

http://www.iedm.org/files/note0213_fr.pdf

http://noslivresajusteprix.com/lettre-dopinion/

Des blogues aussi sur le sujet :

http://voir.ca/mathieu-poirier/2013/01/31/le-prix-unique-du-livre-quossa-donne/

http://www2.lactualite.com/pierre-duhamel/2012/12/19/livre-le-prix-unique-est-il-la-solution/

http://www.lesaffaires.com/blogues/sebastien-barange/la-lecture-en-cadeau/552362

http://www.lesaffaires.com/blogues/sebastien-barange/la-culture-n-a-pas-de-prix/548199

 

Le tabou de la richesse

Lundi 28 janvier 2013 à 12 h 35 | | Pour me joindre

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Il est difficile de parler d’argent et de richesse, c’est connu. En fait, il est surtout difficile pour ceux qui sont riches de parler de « leur » richesse et de « leur » argent. Dès qu’une personne apparaît « en moyens », on ressent un peu de gêne ou de l’envie. D’un coup, le ton change, le regard porté sur la personne nantie devient à la fois admirateur et interrogateur, suspicieux et respectueux.  

Ça m’a frappé vendredi soir dernier. Je reçois un homme d’affaires, l’entrepreneur Louis Têtu, qui a bâti plusieurs entreprises et qui a vendu récemment sa société Taléo pour 2 milliards de dollars à l’Américaine Oracle. Je lui parle de sa richesse et il me parle de son équipe sur le ton de la modestie.

Moi : Mais, vous êtes riche, quand même! Vous avez réussi, vous venez de vendre votre entreprise Taléo pour 2 milliards de dollars à Oracle. Vous êtes même peut-être milliardaire! 

Louis Têtu : Non, pas du tout! Il est vrai qu’on a créé de la richesse, on l’a créé pour un ensemble d’actionnaires, d’abord. Nos entreprises, c’est l’œuvre d’une équipe, moi je travaille avec une équipe, je ne suis pas un cavalier seul, du tout, du tout! […] On a créé de la richesse pour des actionnaires d’ici. Certains sont plus connus que d’autres. Et on a créé cette richesse-là qu’on réinvestit présentement dans la création d’autres entreprises parce qu’on a une recette qu’on pense qui peut fonctionner.

Après l’émission, j’ai reçu des courriels de gens me disant qu’il y a eu un malaise quand j’ai évoqué le fait qu’il était riche. L’entrevue était très intéressante, me dit-on gentiment, mais il aurait été préférable de ne pas lui dire qu’il est riche. C’était déplacé ou mal posé, semble-t-il.

Peut-être! Mais pourquoi ne pas en parler, au fait? Pourquoi ne peut-on pas parler de richesse, d’argent et de ce que l’on en fait surtout? Que fait-on avec 1 million de dollars? Avec 1 milliard? Que fait-on quand on réussit, qu’on a du succès? On crée des emplois, on se paie des grosses maisons sans doute, on achète une autre entreprise, on donne à des organismes, on investit dans l’art, on fait quoi? C’est fantastique d’avoir ce choix dans la vie, de vouloir et de pouvoir se faire du bien et faire du bien aux autres. Pourquoi ne pas en parler? 

Il me semble que c’est tout à fait d’intérêt. D’ailleurs, on a réalisé toute une émission avec l’entrepreneur Alexandre Taillefer, émission présentée à RDI Économie au début du mois de janvier, sur la richesse et sur ce qu’elle permet : créer des entreprises, stimuler l’emploi, développer des projets, soutenir les artistes, collectionner, etc.    

L'entrepreneur Alexandre Taillefer en compagnie de Gérald FillionVous êtes riche? Et puis après? Ce n’est pas une insulte! Ce n’est pas non plus une salve d’applaudissements! C’est le constat qui me permet d’ouvrir la porte et d’aller là où il faut aller avec les gens qui se sont bâti une fortune : vous en faites quoi de cet argent? Quels sont vos rêves? Quels projets deviennent possibles avec cet argent? Quel est votre impact? Vous donnez, vous redonnez à qui et comment? 

Il me semble que c’est tout à légitime, non?

Les oeuvres chez Alexandre Taillefer

Mercredi 2 janvier 2013 à 18 h 25 | | Pour me joindre

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Voici la liste des œuvres qui apparaissent dans l’émission spéciale de RDI Économie diffusée une première fois le mercredi 2 janvier 2013 à 1 8h 30 à l’occasion d’une entrevue avec l’entrepreneur et collectionneur Alexandre Taillefer :

 

Sarah Garzoni (France)

Mascarade, 2011

 

Marc Séguin (Québec)

1)      Drunk driving

2)      Aim for the head

3)      RoadKill (Coyote) 

 

Scott McFarland (Colombie-Britannique)

A horse drawn hearse, Queens Royal Tours, 174 Anne, Niagara on the Lake, Ontario

 

Isaac Layman (Etats-Unis)

Oven

 

Rodney Graham (Colombie-Britannique)

Essence of smoke

 

Susan Edgerley (Québec)

Blossom/Eclore

 

Pascal Grandmaison (Québec)

Verre 7

 

Jean-Robert Drouillard (Québec)

Je suis la nature

 

Simen Johan (Norvège)

Untitled #133

Untitled #168

 

Lois Andison (Ontario)

In conversation

 

Ron Terada (Colombie-Britannique)

Stop living in the past

 

David Spriggs (Angleterre)

Escalator

 

Karine Giboulo (Québec)

L’ours qui a vu l’homme

 

Jérôme Fortin (Québec)

Solitudes (Archies)

Comme c’est le cas en fin d’année, depuis plusieurs saisons déjà, on aime bien à RDI économie vous proposer des suggestions de lecture pour le temps des fêtes et les prochains mois. C’est ce que nous avons fait le jeudi 20 décembre à l’émission.

Voici donc les suggestions de lecture de nos journalistes et les miennes!

Et joyeuses fêtes!

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Dorison, Xavier (scénario) et Thomas Allard (dessin). 2012. HSE, Human stock exchange (tome 1). Dargaud Édition, 56 p. (proposé par Andrée-Anne Saint-Arnaud)

Francq, Philippe et Jean Van Hamme. 2012. Colère rouge (tome 18). 2012. Dupuis, 56 p. (proposé par Andrée-Anne Saint-Arnaud)

Bourguignon, François. 2012. La mondialisation de l’inégalité. Coll. « La République des idées ». Seuil, 112 p. (proposé par Jean-Sébastien Bernatchez)

Acemoglu, Daron et James Robinson. 2012 Why nations fail. Crown Business, 546 p. (proposé par Jean-Sébastien Bernatchez)

Latynina, Julia. 2012. La trilogie du Caucase (2) : Gangrène. Actes Sud / Leméac, 516 p. (proposé par Daniel Bordeleau)

Musolino, Michel. 2012. La crise pour les nuls. Coll. Poche pour les nuls. Éditions First, 297 p. (proposé par Jean-Philippe Robillard)

Jérôme-Forget, Monique. 2012. Les femmes au secours de l’économie. Éditions Stanké, 192 p. (proposé par Maxime Bertrand)

Marron, Donald. 2012. Théories économiques en 30 secondes. Coll. Livres pratiques. Éditions Hurtubise, 160 p. (proposé par Maxime Bertrand)

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Pour ma part, voici quelques livres lus cette année, dont on a parlé à RDI économie :

Rubin, Jeff. 2012. La fin de la croissance. Éditions Hurtubise, 373 p.

  • La fin de la croissance ne signifie pas le début de la décroissance. C’est plutôt un rappel que notre planète ne peut plus en prendre plus. Nous consommons un pétrole cher, qui sera toujours plus cher. Il faut repenser notre modèle de production et de consommation.

Duhamel, Pierre. 2012. Les entrepreneurs à la rescousse. Éditions La Presse, 237 p.

  • C’est un cri du cœur de Pierre Duhamel pour nous rappeler que l’économie n’existe pas sans ces gens, les entrepreneurs, qui prennent des risques, qui créent de la richesse et qui donnent de l’emploi à des millions de personnes. C’est très fouillé.

Castonguay, Claude. 2012. Santé, l’heure des choix. Éditions du Boréal, 206 p.

  • Sortir l’hôpital du cœur de notre système, c’est ce que nous dit Claude Castonguay. La chaîne de prévention et d’intervention est totalement défaillante et on devrait avoir honte de notre système de santé, affirme l’ancien ministre. Des tonnes de solutions pour le nouveau ministre de la Santé au Québec, qui doit gérer le système avec une vision à long terme.

Mousseau, Normand. 2012. Le défi des ressources minières. Éditions MultiMondes, 260 p.

  • Livre à la fois technique et analytique. Livre de référence sur les mines, ressources et métaux du Québec. Normand Mousseau nous rappelle que ce secteur demeure modeste à l’échelle de l’économie du Québec et que le développement du nord ne va pas enrichir le Québec pour toujours.

Fortier, Jean-Martin. 2012. Le jardinier-maraîcher. Écosociété, 198 p.

  • Pour le jardinier-maraîcher expert ou le jardinier maison, ou pour l’amoureux de la nature et du vrai, il faut lire le livre du fermier Jean-Martin Fortier. C’est unique, c’est précis, sans prétention, simple, accessible et réaliste.

Martin, Éric et Maxime Ouellet. 2012. Université inc. Lux Éditions, 147 p.

  • Il n’y aura pas de hausse de droits de scolarité finalement au Québec. Et certains militent pour la gratuité. Ici, tous les arguments pour ceux qui ont porté le carré rouge. Le débat se poursuit.

Robichaud, David et Patrick Turmel. 2012. La juste part. Documents. Atelier 10, 97 p.

  • Avec le magazine Nouveau projet, Atelier 10 publie des essais sociaux, économiques, politiques. Jocelyn Maclure et Nicolas Langelier nous offrent une nouvelle publication tous les six mois remplie de bons et longs textes, dans une mise en page sublime et léchée. L’un des petits essais, qui se lit sur le bord du feu à la campagne ou dans le salon de votre condo, c’est celui-ci!

Voilà! Là-dessus, joyeuses fêtes, amusez-vous, faites attention à vous et à vos proches… et à l’an prochain. Et merci de faire vivre ce blogue depuis maintenant plus de six ans. Merci!

L’obsession du déficit zéro

Vendredi 7 décembre 2012 à 13 h 24 | | Pour me joindre

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J’avais demandé à l’ex-ministre des Finances Raymond Bachand en 2010 si son objectif de revenir à l’équilibre budgétaire en 2013-2014 n’était peut-être pas un peu irréaliste. Et si finalement on n’aurait pas dû attendre un peu, quelques années de plus, pour éviter de se retrouver à trop taxer les citoyens et à trop couper dans les dépenses pour équilibrer le budget.

Il faut savoir que le déficit du Québec était moins important que celui de ses partenaires et concurrents, qui présentaient alors des plans de retour à l’équilibre sur une plus longue période.

Nicolas MarceauIl m’avait dit qu’il était absolument nécessaire pour le Québec de mettre de l’ordre rapidement dans ses finances publiques en raison de ses défis à moyen et à long terme. On pense surtout à la question du vieillissement de la population, qui est plus accentué au Québec.

Raymond BachandLe Parti québécois a décidé de maintenir le calendrier établi par le gouvernement Charest afin de respecter l’objectif d’équilibrer les finances publiques en 2013-2014. C’est à Nicolas Marceau et à Stéphane Bédard que revient finalement cette tâche qui s’annonçait difficile en 2010 et qui l’est encore plus aujourd’hui, on est à même de le constater.

Soyons francs : c’est un effort quasi surhumain qui est exigé dans les ministères du gouvernement du Québec et dans les sociétés d’État. On doit couper et on doit atteindre des degrés d’efficience en quelques mois seulement.

Je n’ai pas des compétences en gestion. Mais je travaille pour une institution publique et je peux vous dire que, pour de bonnes et parfois de moins bonnes raisons, les virages et les changements prennent du temps à se faire. La culture institutionnelle est forte. Les employés sont bien protégés. Les façons de faire sont installées et standardisées.

Et donc je me demande sérieusement comment le gouvernement du Québec réussira à réduire de 522 millions de dollars les dépenses des ministères et entités, en quelques mois seulement, sans réduire le nombre d’emplois, sans réduire les services aux citoyens, sans provoquer des affrontements et des contestations de toutes parts.

Le Parti québécois, parce qu’il propose un projet politique qui est considéré comme un facteur d’instabilité par les agences de notation et les milieux d’affaires, doit faire mieux que les autres. Si le PQ avait décidé de reporter à plus tard l’équilibre budgétaire, on l’aurait accusé d’amateurisme, d’incompétence et on aurait réclamé la démission du gouvernement.

Le ministre des Finances Nicolas Marceau a ainsi présenté un budget d’austérité et le président du Conseil du Trésor Stéphane Bédard est arrivé avec les mauvaises nouvelles jeudi matin : on coupe partout, un peu plus que prévue même. Il le faut si on veut atteindre l’équilibre!

Il est difficile d’en vouloir au gouvernement de couper, si on a claironné qu’il ne fallait pas reporter l’équilibre budgétaire. Mais il est difficile d’imaginer qu’on développe le Québec en comprimant dans la recherche universitaire à hauteur de 37,5 millions de dollars, dans l’aide à l’emploi pour un total de 55 millions et dans le Fonds de développement économique, une réduction de 58 millions de dollars.

Est-ce que l’objectif du déficit zéro n’est pas trop audacieux?

Combien va coûter cette course au déficit zéro?

À quel prix va-t-on l’atteindre?

Les PME et le français

Lundi 29 octobre 2012 à 17 h 00 | | Pour me joindre

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Au cours de la campagne électorale au Québec, le Parti québécois a promis une nouvelle loi 101 dans les 100 jours suivant son élection. Le parti de Pauline Marois a été élu et promet d’annoncer ses couleurs prochainement. Le PQ disait vouloir modifier la Charte de la langue française pour qu’elle s’applique dorénavant aux entreprises de 11 employés et plus, et non plus aux entreprises de 50 employés et plus.

La loi sur les langues officielles a 40 ansQuand la charte s’applique dans une entreprise, ça veut dire que les cadres doivent parler français, le personnel doit pouvoir échanger en français, des cours de francisation doivent être offerts, l’affichage interne, les communications officielles, les documents de travail doivent être en français. L’entreprise doit s’assurer de pouvoir informer et servir sa clientèle du Québec en français.

Le Conseil du patronat du Québec se dit favorable à la promotion du français, mais s’inquiète de l’impact de ces mesures sur les PME. Rendre plus coercitives les mesures encadrant les marques de commerce ou encore étendre la réglementation à un plus grand nombre d’entreprises, ce sont des changements qui doivent faire l’objet « d’une analyse d’impact fouillée, selon le CPQ, de consultations appropriées auprès des organisations touchées et de la prise en compte des enjeux qu’elle pourra soulever ».

Cela dit, ne serait-il pas approprié que les PME soient mises à contribution pour assurer la protection du français au Québec? La ministre responsable de la Charte de la langue française Diane De Courcy affirmait, il y a quelques jours, que pour les immigrants francophones qui se cherchent du travail, « exiger le bilinguisme devient la norme et non pas l’exception ».

Le président de la FTQ Michel Arsenault disait au début du mois que plus de 100 000 travailleurs immigrants ne connaissent pas le français et que 70 % de ces personnes travaillent dans des entreprises de moins de 50 employés, qui n’ont pas à se soumettre à la Charte en ce moment.

Et puis, est-il acceptable que des entreprises maintiennent des noms exclusivement en anglais, comme Best Buy, Costco et Walmart ? Est-ce que Québecor, qui a ajouté un accent aigu sur le premier « e » de son nom récemment, ne devrait-il pas servir de modèle à ce chapitre ? Est-ce que Metro, par exemple, pourrait aller dans ce sens ?

L’Office de la langue française demande à la Cour supérieure de se prononcer sur cette question. L’audience a été reportée au 22 novembre prochain.

Est-ce que la francisation d’un nom ou d’une activité doit être basée seulement sur les affaires ou peut-elle s’appuyer aussi sur des raisons de culture et de protection de la langue?

Oui, le sujet est encore d’actualité…

Et le libre marché?

Lundi 22 octobre 2012 à 13 h 38 | | Pour me joindre

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J’ai lu quelques messages d’indignation dans ma boîte de courriels et sur Twitter de gens qui dénonçaient l’intervention du CRTC dans la transaction Bell-Astral. Pour certains, il faudrait laisser le marché agir dans un monde sans règle, sans encadrement, sans entrave, proche de l’anarchie finalement!

Pour eux, il est totalement inacceptable qu’une société gouvernementale comme le CRTC bloque une transaction de 3,4 milliards de dollars, négociée entre deux entreprises privées, une transaction déjà approuvée par plus de 99 % des actionnaires de la société achetée (Astral). Ont-ils raison?

Logos de Bell et AstralAprès tout, les actionnaires et les dirigeants de ces entreprises sont des adultes, des gens consentants, qui ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent de leur argent, non? C’est ainsi que fonctionne notre capitalisme, n’est-ce pas?

Peut-être, mais il faut tenir compte de deux choses : l’accès aux ondes et la saine concurrence. Détenir une station de télé ou de radio, c’est aussi détenir un permis de diffusion, un privilège qui est encadré et qui doit respecter des critères nombreux. Le CRTC encadre l’émission des permis et les entreprises qui les obtiennent doivent respecter des normes.

Et puis, il faut réaliser que « libre marché » n’est pas un synonyme de « saine concurrence ». Il a été maintes fois démontré qu’un marché libre n’est pas nécessairement raisonnable et équilibré. L’intervention du gouvernement, du CRTC ou du Bureau de la concurrence a pour objectif de s’assurer que le marché demeure ouvert, concurrentiel et efficace.

Est-ce qu’une industrie est encore concurrentielle quand une entreprise détient le tiers des parts d’écoute comme Bell aurait pu avoir dans les marchés anglophone (43 % ) et francophone (34 %)? On peut aussi se poser la question à propos de Québecor en passant, qui détient environ 30 % des parts d’écoute du marché québécois francophone.

Logo de Progress EnergyPour des raisons différentes, Ottawa a refusé de permettre l’acquisition de la société canadienne gazière et électrique Progress Energy par le géant malaisien Petronas. Cette transaction ne servirait pas l’intérêt des Canadiens selon le gouvernement, qui cherche à assurer sa sécurité énergétique.

Le gouvernement avait aussi bloqué la transaction prévoyant l’acquisition du producteur canadien de potasse Potash par la société anglo-australienne BHP Billiton en 2010. Et on attend sa décision en novembre sur la proposition d’acquisition déposée par la société d’État chinoise CNOOC pour le producteur énergétique canadien Nexen, transaction évaluée à 15 milliards de dollars.

Logo de Nexen
Dans les cas de Petronas et dans la perspective d’un refus de la transaction CNOOC-Nexen, on peut se poser des questions sur l’avenir des relations entre le Canada et les pays en développement, en particulier la Chine. Stephen Harper multiplie les accords de libre-échange, mais les transactions bloquées par le gouvernement ou par une entité de l’État n’envoient-elles pas un message contraire?

En même temps, soyons honnêtes : si vous croyez à la concurrence, si vous voulez stimuler vos entreprises, comment pourrait-il en être autrement? Un marché compétitif, concurrentiel et efficace, qui stimule l’économie canadienne, n’est-ce pas le premier objectif que doit poursuivre un gouvernement? C’est ce qui a motivé Ottawa dans les dossiers de Potash et de Progress. C’est ce qui a motivé le CRTC aussi. C’est ce qui motive en fait ces interventions dans le libre marché au nom d’une bonne marche de l’économie.

Maintenant, qu’en sera-t-il de l’offre de CNOOC pour Nexen?

Le CRTC sera-t-il à la hauteur?

Lundi 10 septembre 2012 à 14 h 48 | | Pour me joindre

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Le CRTC doit se prononcer sur l’acquisition d’Astral par Bell, transaction de 3,38 milliards de dollars. Pour y arriver, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes tient des audiences publiques cette semaine à Montréal. Des entreprises des secteurs du multimédia, des télécommunications, de la radio, des producteurs, des groupes cinématographiques et des associations de consommateurs vont s’exprimer sur la transaction.

Le pdg de Bell, George Cope.

Depuis plus d’une décennie, le CRTC a peu fait pour réduire la concentration des médias. En fait, on pourrait même penser qu’elle l’a encouragée en raison de ses décisions. Au fil du temps, le Conseil a rendu des décisions favorables aux acquéreurs tout en leur demandant de réduire leurs parts dans certains marchés, en se délestant de quelques stations de radio ou de télévision. On peut penser qu’il en sera ainsi dans le projet d’acquisition d’Astral par Bell.

Bell possède une trentaine de chaînes de télévision, notamment CTV et RDS, et 33 stations de radio. Astral est propriétaire de 24 chaînes de télévision spécialisée, dont Canal Vie et Séries+, ainsi que de 84 stations de radio.

En 2010-2011, selon le CRTC, Bell détenait 33,7 % du marché de la télé anglophone au pays. Cette part ne bougera pas, selon Bell, avec l’acquisition d’Astral, mais la part au Québec passerait de 6 à 24,4 %. Les opposants, Cogeco, Quebecor, Telus et Rogers, font valoir que BCE se retrouverait avec près de 40 % du marché de la télé dans tout le pays.

Cette transaction se ferait à l’intérieur du cadre officieux que s’est donné l’organisme, c’est-à-dire une part de marché qui ne doit pas dépasser, en principe, la barre des 35 % dans un même marché. Bell dit respecter ce modèle (34 anglo, 24 franco), mais les opposants sont d’avis qu’il faut regarder la portée pour tout le pays.

Tout de même, dans tous les cas, si le CRTC dit oui à la transaction, il dit oui aussi à une concentration plus grande des médias. En fait, la réalité, c’est que le CRTC favorise la concentration des médias au Canada depuis les années 90. De grands groupes se sont bâtis pour créer des structures verticales : Bell et Quebecor en sont de bons exemples.

Ces entreprises vous offrent le câble ou le satellite, sont propriétaires de chaînes de télé et de journaux, produisent du contenu télé, rassemblent leurs équipes d’informations pour créer du contenu à distribuer sur plusieurs plateformes, achètent du contenu vivant pour alimenter leurs réseaux et supports technologiques (équipes de sports, producteurs de spectacles, etc.) et le rouleau compresseur de la convergence et de la concentration poursuit sa route à vive allure.

Si le CRTC a la commande politique de favoriser davantage le libre marché, le résultat est tout autre. On ne favorise pas la concurrence en permettant une plus grande concentration des médias. Deux questions se posent : 1- le CRTC doit-il revoir ses lignes directrices en matière de concentration? 2- Si elle devait refuser la transaction Bell-Astral, serait-elle tenue d’imposer de nouvelles règles à Qeébecor, qui détient environ 35 % du marché de la télé au Québec?

Cette décision à venir du CRTC est importante. Le Conseil élèvera-t-il la réflexion au-delà de la transaction Bell-Astral, de l’opposition orchestrée par Quebecor pour aller plus loin et réfléchir à l’état de la concurrence dans le marché des médias et à l’intérêt des Canadiens?