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La victoire de la gauche en Grèce ramène à l’avant-plan deux enjeux qui font toujours débat et sur lesquels il n’y a pas de consensus : l’austérité et l’euro.

Dans le cas de l’austérité, les Grecs ont accepté six années de restrictions, de compressions et de chômage, de récession et de réduction du pouvoir d’achat parce que leur gouvernement a accepté (ou n’a pas eu le choix d’accepter) des mesures d’austérité : privatisations, réduction des salaires et des retraites, mises à pied de travailleurs dans la fonction publique, réductions de service, etc. Après toutes ces années de douleur, qui n’ont pas empêché un accroissement important de la dette, les citoyens grecs tentent une nouvelle avenue.

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Le parti Syriza propose de renégocier la dette et des mesures pour améliorer le sort des contribuables grecs. Il n’est pas impossible que la légitimité de la dette soit remise en cause. La gauche considère qu’une partie de la dette est illégitime parce qu’elle est attribuable aux dictatures passées, à la fraude fiscale et à des dépenses publiques inconsidérées faites avant les Jeux olympiques d’Athènes en 2004.

Dans les circonstances, une partie de la dette grecque devrait être effacée. Il est clair que l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale d’Europe (BCE) vont s’opposer férocement à toute tentative d’effacement de la dette ou à un défaut de paiement qui entraînerait, dans les faits, une faillite du pays.

Sortie de la zone euro?

Selon les analystes géopolitiques de la Financière Banque Nationale, Pierre Fournier et Angelo Katsoras, « il est difficile de voir comment on va trouver un terrain d’entente » entre la Grèce et les membres de la BCE, de l’UE et du FMI. À leur avis, l’Union européenne pourrait, au mieux, accepter de prolonger la durée des emprunts consentis à la Grèce et abaisser leurs taux d’intérêt.

Il sera difficile pour la Grèce de retrouver la prospérité à l’intérieur de la zone euro, selon les experts, sans rayer une partie importante de sa dette. Et la crainte encore, c’est la contagion du contexte grec aux autres pays en difficulté, qui pourraient aussi demander une radiation de dette. Le marasme économique qui perdure en plusieurs endroits pourrait entraîner l’élection d’autres partis situés plus aux extrêmes, anti-euro ou anti-austérité.

Le nouveau premier ministre Alexis Tsipras a réclamé dans les mois passés une conférence européenne sur la dette afin de renégocier les termes de la dette du pays et peut-être envisager une radiation d’une partie de cet endettement. Les dirigeants européens ont exprimé une ouverture polie, mais sans grande conviction.

Selon l’économiste Joseph Stiglitz, qui a reçu dans le passé le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en hommage à Alfred Nobel, rien n’a autant divisé l’Europe que la création d’une nouvelle zone monétaire. S’ils croient à l’euro, les pays de la zone doivent repenser leurs politiques et donner de l’air à la Grèce.

« La Grèce a fait quelques erreurs, a dit Joseph Stiglitz sur les ondes de CNBC. Mais l’Europe en a aussi fait de bien plus importantes. La médecine [imposée à la Grèce notamment] était un poison. Elle a mené à un accroissement de la dette et à un ralentissement de l’économie. »

Joseph Stiglitz affirme que le problème de la zone euro, ce n’est pas la Grèce, mais l’Allemagne. Berlin doit réaliser, selon lui, que l’éclatement de la zone euro lui coûterait cher. Si l’Allemagne réintroduisait le mark, la valeur de sa devise grimperait au détriment de ses exportations, part très importante de l’économie allemande.

La Grèce émerge

Le pays est en train d’émerger de la récession, tandis que le gouvernement a augmenté sensiblement ses dépenses en 2014. Le PIB est revenu au vert dans les derniers trimestres. C’est sur cet élan qu’Antonis Samaras a tenté de gagner l’élection de dimanche. C’est sur cet élan aussi que le nouveau premier ministre Alexis Tsipras veut renégocier les termes de la dette de son pays.

Une fois de plus, la Grèce, l’UE, la BCE, le FMI et l’Allemagne doivent se regarder dans le miroir et trouver des solutions réalistes pour améliorer le sort des citoyens européens. Y arriveront-ils?

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Baisse de taux? Oui, baisse de taux!

Mercredi 21 janvier 2015 à 11 h 47 | | Pour me joindre

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Je ne sais pas combien je donnerais pour voir l’air étonné et entendre la réaction de Mark Carney à Londres. On peut sérieusement se demander si l’ancien gouverneur de la Banque du Canada, aujourd’hui à la tête de la Banque centrale d’Angleterre, aurait osé prendre tout le monde, mais vraiment tout le monde par surprise, en annonçant une baisse audacieuse du taux directeur, alors que les derniers signaux envoyés par l’institution pointaient vers une hausse éventuelle en 2015 ou 2016.

Parce que les cours du pétrole ont chuté de façon spectaculaire depuis juin – un « choc », dit la Banque du Canada. Stephen Poloz, le successeur de Mark Carney, a décidé de réduire de 0,25 point le taux directeur pour le faire passer de 1 % à 0,75 %.

On s’attendait certes à un changement de ton, à ce que la Banque du Canada lance quelques signaux pour une éventuelle baisse de taux si ça devenait trop sérieux, si l’impact économique s’annonçait trop sévère. On s’attendait à ce que la Banque rappelle que la chute du pétrole allait faire pression à la baisse sur l’inflation et que, dans les circonstances, une éventuelle baisse de taux allait peut-être être nécessaire. Mais de là à réduire son taux directeur maintenant, il y avait un fossé que Stephen Poloz n’a pas hésité à franchir.

Pourquoi attendre, nous dit la Banque du Canada, finalement. Les voyants rouges sont déjà allumés dans le tableau de bord de l’économie canadienne, affirme la Banque du Canada, et il est déjà venu le temps d’agir.

Risques sur l’inflation et la stabilité financière

« Le choc des prix du pétrole, écrit l’institution dans son communiqué, intensifie tant les risques à la baisse liés au profil d’évolution de l’inflation que ceux pesant sur la stabilité financière. La mesure de politique prise par la Banque vise à offrir une assurance contre ces risques, à favoriser l’ajustement sectoriel nécessaire au renforcement des investissements et de la croissance, et à permettre à l’économie canadienne de retourner à son plein potentiel et l’inflation à la cible à l’intérieur de la période de projection. »

En agissant ainsi, la banque centrale décide de brûler, déjà, une première cartouche. Même si l’économie est en croissance, et même si la baisse de l’essence et du dollar canadien devrait stimuler l’économie de l’Ontario et du Québec, la Banque  du Canada intervient avec force pour contrer les effets négatifs de la chute des cours du pétrole sur l’ensemble de l’économie canadienne. On a l’impression que la banque centrale veut prévenir les coups!

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Au secours des finances publiques

En baissant son taux directeur, on peut penser que la Banque du Canada vient au secours du gouvernement fédéral, qui aura du mal à atteindre l’équilibre budgétaire prévu cette année. Le Conference Board du Canada évaluait mardi que c’est un manque à gagner de 4,3 milliards de dollars qui est à prévoir pour Ottawa en 2015 en raison de la baisse du pétrole. L’intervention de la Banque du Canada sera bienvenue au ministère des Finances.

La banque s’octroie un rôle économique de premier plan dans sa décision d’aujourd’hui. La relance américaine, la baisse du dollar canadien « et la réaction de la Banque en matière de politique monétaire » vont atténuer les effets négatifs de la chute du pétrole, selon l’institution.

Un geste préoccupant

Fait préoccupant : la Banque du Canada vient donner du souffle au marché immobilier, alors qu’une pression à la baisse va s’exercer sur les taux hypothécaires. Les banques vont probablement baisser leur taux préférentiel, ce qui entraînera une baisse des taux variables. Mais on se demande si cette baisse est raisonnable quand on connaît le niveau d’endettement des Canadiens et la crainte de voir certains marchés être en surchauffe.

Enfin, la Banque du Canada a brouillé les pistes aujourd’hui en agissant comme elle l’a fait. Comment analyser les signaux envoyés par la banque dans le futur? Comment prévoir et planifier nos finances, nos prêts, nos investissements dans un cadre qui peut changer sans avertissement? Est-ce que la Banque va nous prévenir d’une hausse éventuelle des taux?

Dangereuses inégalités

Lundi 19 janvier 2015 à 19 h 15 | | Pour me joindre

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L’un des endroits dans le monde occidental où les inégalités  sont les plus faibles, c’est au Québec. L’explication est assez simple : le Québec s’est bâti un tissu social étendu pour réduire la souffrance, l’exclusion et améliorer le sort du plus grand nombre de ses citoyens. Ça s’est fait par une intervention massive de l’État dans l’économie et des impôts élevés. On aime ou on n’aime pas ce modèle, mais il est factuel de dire qu’il a contribué à maintenir un niveau d’inégalités parmi les plus bas d’Occident.

Ce modèle n’est pas celui des États-Unis, du Royaume-Uni et d’une bonne partie des pays de l’OCDE. Et c’est ce qui explique pourquoi les inégalités de richesse ne cessent de croître. Oxfam calcule, dans une étude publiée aujourd’hui, que les 1 % les mieux nantis détiendront une plus grande part de la richesse mondiale que le reste de la population mondiale en 2016. Et un total de 80 individus détiendront plus de richesse que la moitié de la population planétaire, soit 3,5 milliards de personnes, les 50 % les moins riches.

Tendance dangereuse

Ce constat ne vous surprendra probablement pas. Mais je pense que ce qu’on apprend aujourd’hui est encore plus important que ce qui nous est généralement révélé. Le graphique qui suit, regardez-le un instant. Il exprime une tendance dangereuse qui vient ajouter aux inquiétudes et aux conséquences néfastes provoquées par la montée des inégalités.

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Vous voyez que de 2000 à 2010, la richesse des 50 % les moins nantis a progressé, sauf durant la période de la crise financière. La croissance de la richesse des 50 % les moins nantis a suivi la tendance des 80 personnes les plus riches de la planète. Ainsi, la richesse des 50 % les moins nantis est passée d’environ 600 milliards de dollars en 2002 à 2500 milliards de dollars en 2010. Au même moment, la richesse des 80 personnes les mieux nanties de la planète a progressé également, avec une pause en 2008, pour atteindre 1500 milliards en 2010.

Mais, depuis 2010, les courbes se déchaînent : la richesse des 50 % les moins nantis chute, alors que celle des 80 personnes les plus riches grandit. En 2014, les 50 % les moins riches possédaient moins que les 80 individus les mieux nantis. Ainsi, la théorie entretenue par ceux qui croient au ruissellement de la richesse, fortement contestée, ne tient pas : les riches qui s’enrichissent n’améliorent pas le sort de ceux qui sont moins choyés. Ce graphique montre un effet contraire : une baisse de richesse pour les 50 % les moins riches, alors que les 80 individus les mieux nantis profitent pleinement de la reprise des marchés financiers depuis 2009.

La croisée des chemins

Ce graphique, qui extrapole une projection pour les prochaines années, illustre une même tendance. La part de la richesse mondiale qui revient aux 1 % les mieux nantis grandit, alors que la part qui sera détenue par les 99 % de la population va décroître.

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La grande explication repose dans le fait que les marchés ont bondi depuis 2009 après la crise financière. D’ailleurs, la seule façon qu’on a trouvé de réduire les inégalités, mis à part les impôts élevés des années 40, ce sont les crises financières qui sont venues gruger la valeur des richesses des mieux nantis. C’est ce qui s’est passé en 2008. En période de croissance toutefois, les riches s’enrichissent très rapidement parce que ce sont eux qui ont accès aux marchés et qui détiennent une bonne part des actifs mondiaux.

Les marchés financiers créent de la richesse pour les plus riches. Ce sont des politiques d’éducation et de santé publiques qui vont aider les plus pauvres de notre société. Les marchés financiers ont un apport plus que modeste pour les moins bien nantis.

L’impact des inégalités est multiple et il a été démontré, expliqué des centaines de fois par quantité d’économistes réputés, à commencer par Thomas Piketty et Joseph Stiglitz. L’une des conséquences les plus inquiétantes, et c’est l’OCDE qui l’a récemment expliqué, ce sont les troubles sociaux qu’engendrent les écarts de richesse. Le manque d’accès à l’éducation, le rejet social, une faible qualité de vie sont des contributeurs importants à la criminalité, la violence et certainement au terrorisme.

Des réserves

Cette analyse n’est pas partagée par tous les économistes. L’Institut économique de Montréal (IEDM) a publié plusieurs textes pour réfuter les conclusions de rapports portant sur les inégalités. En 2012, l’économiste Yanick Labrie écrivait qu’on devrait s’intéresser davantage aux mesures de consommation que de revenus, plus révélatrices selon lui, de l’état de santé économique des ménages. En regard de la consommation, les écarts sont moins grands selon l’IEDM.

En débat à RDI économie, Vincent Geloso, également économiste associé à l’IEDM, a émis des réserves sur la validité des données utilisées par Oxfam, affirmant que ces informations sous-estimaient la richesse réelle des plus pauvres de la planète.

Éducation d’abord

Améliorer le sort des moins nantis, c’est miser sur l’éducation et la santé certainement. Mais plusieurs économistes sont d’avis que le moyen le plus simple de réduire les écarts de richesse, c’est de taxer les riches, taxer les entreprises, taxer le capital. Il semble bien que le président Obama veuille aller vers cette option. Il annoncerait dans son discours sur l’état de l’Union mardi soir qu’il faut augmenter les impôts des plus riches pour réduire l’impôt de la classe moyenne.

Qu’en pensez-vous?

On ne peut pas baser une stratégie sur des variations à court terme. Mais on ne peut pas ignorer les effets de la chute des prix du pétrole sur un projet comme celui de TransCanada, qui veut construire l’oléoduc Énergie Est entre l’Alberta et l’Est du Canada. Les cours du pétrole ont chuté de plus de 50 % depuis six mois et on ne sait pas combien de temps va durer cette chute et jusqu’à quand les prix vont demeurer à de faibles niveaux, comme c’est le cas actuellement.

La plupart des analystes sont d’avis que cette situation est temporaire, mais qu’elle pourrait durer tout de même plusieurs mois, peut-être quelques années. Il faudra du temps pour que la production ralentisse véritablement aux États-Unis et que l’offre corresponde mieux à la demande mondiale en pétrole.

petorrrelkeLes pétrolières canadiennes ont besoin d’un prix d’au moins 60 $ le baril pour rentabiliser les projets des sables bitumineux. Ce n’est plus le cas, depuis plusieurs mois déjà. Dans les circonstances, de nombreuses pétrolières réduisent leurs investissements, suppriment des emplois, reportent à plus tard des projets.

Reporter le projet Énergie Est?

On peut se demander si TransCanada n’est pas en train de reconsidérer son investissement dans Énergie Est à la lumière des derniers événements dans le marché. La révision de son projet de terminal pétrolier à Cacouna, officiellement pour protéger les milieux marins, coïncide avec l’effondrement du marché. En même temps, ce projet d’oléoduc est structurant, à long terme, pour l’entreprise. Honnêtement, il serait très étonnant que TransCanada recule. Disons que le contexte actuel n’est pas très porteur pour la pétrolière, qui doit étudier de près toutes ses options.

Fini, l’avantage du prix…

Par ailleurs, vu du Québec et du strict point de vue économique, quel est l’intérêt de favoriser le projet Énergie Est? Est-ce que les arguments qui poussent le gouvernement Couillard à favoriser ce projet tiennent encore? L’argument économique principal pour dire oui à ce projet a toujours été de dire que d’acheter notre pétrole du Canada va coûter moins cher que de l’importer.

Ce n’est plus vrai. L’écart de prix entre Londres et New York, qui existait il y a deux ans, a disparu. Les prix sont maintenant égaux entre les deux marchés, à 48 $US. Le Québec importe son pétrole d’Algérie, de la mer du Nord notamment, dont les prix sont alignés sur le Brent londonien. Le Québec a payé cher ce pétrole dans les dernières années en raison des troubles géopolitiques qui gonflaient le prix international, mais l’écart défavorable s’est estompé.

L’impact du dollar canadien

Si l’Alberta pouvait nous envoyer du pétrole, il coûterait aujourd’hui le même prix que celui qu’on paie en Algérie. La chute du dollar canadien rend tout de même un peu plus cher l’achat du pétrole étranger, mais la chute des cours est telle que la facture d’acquisition est tout de même en baisse. Il faut s’attendre également, avec une remontée progressive des cours du pétrole, à une remontée également du dollar canadien.

Par ailleurs, nous savons que le passage de l’oléoduc sur le territoire du Québec ne permettra pas au gouvernement ni aux municipalités de tirer des redevances particulières.

Je ne dis pas qu’il faut faire ou ne pas faire ce projet. Il y a beaucoup de choses à soupeser sur les plans environnemental, social et économique. Il est important de mettre fin immédiatement à un argument qui n’a jamais vraiment tenu la route pour favoriser ce projet : celui du prix. En ouvrant un débouché dans l’Est pour le pétrole de l’Ouest, le prix canadien va rejoindre le prix international, un prix aujourd’hui équivalent au prix américain.

La Caisse, providentielle!

Mardi 13 janvier 2015 à 18 h 56 | | Pour me joindre

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Pour stimuler l’économie et réduire son endettement, le gouvernement Couillard annonce une entente avec la Caisse de dépôt et placement. Elle permettra au « bas de laine des Québécois » d’investir et d’exploiter des projets d’infrastructures. Le nouveau rôle de la Caisse est un changement majeur dans l’évolution de cette institution : la Caisse deviendra propriétaire d’entreprises et gestionnaire de leurs activités.

Est-ce une bonne chose?

1- Bonne stratégie pour la Caisse?

La Caisse de dépôt a généré des rendements plus qu’intéressants avec son portefeuille d’infrastructures dans les dernières années : 17 % en moyenne par année depuis quatre ans, certaines années jusqu’à 25 %, notamment en 2010 et 2011. Qui suit de près le travail des grands investisseurs sait que les infrastructures suscitent un vif intérêt. La Caisse l’a compris depuis un bon moment en investissant dans différents projets au Royaume-Uni et en Australie, notamment.

Cela dit, la Caisse plonge les Québécois dans une prise de risque plus élevée. En assumant tous les risques associés aux projets d’infrastructures qui lui seront confiés, la Caisse s’expose davantage à des erreurs, des retards, des dépassements de coûts, des rendements décevants. Dans le cas du transport collectif, beaucoup de projets sont réputés non rentables. Est-ce que la plus-value foncière et une tarification raisonnable seront suffisants pour rentabiliser un investissement dans le train de l’ouest ou le SLR du pont Champlain?

On peut se poser des questions également sur la compétence de la Caisse en matière de gestion d’entreprises et particulièrement d’exploitation de projets de transport. La Caisse fait plus qu’investir à partir de maintenant : elle gère! Le PDG Michael Sabia est allé jusqu’à dire que ses trains seront à l’heure, que les projets seront dans les temps et les budgets. C’est une prédiction audacieuse, puisque la plupart de ces projets ont toujours coûté plus cher que prévu et certains ont été livrés plus tard que prévu.

2- Bon coup pour le gouvernement?

Le gouvernement espère stimuler l’économie du Québec en demandant à la Caisse de dépôt de mettre en œuvre des projets d’infrastructures. Ça va peut-être éventuellement aider à la croissance, mais disons que l’avantage réel du gouvernement, c’est qu’il va pouvoir réduire la croissance de son endettement. Les immobilisations représentent environ les deux tiers de l’endettement annuel supplémentaire du gouvernement. En refilant des projets et donc de l’endettement à la Caisse, le gouvernement pourra réduire sa dette et les intérêts à payer.

Le risque pour le gouvernement et pour la société québécoise, c’est de perdre le contrôle sur des projets d’infrastructures, qui sont en fait des services publics. Il est possible aussi que la Caisse soit tentée, un jour, de vendre certains projets parce qu’ils ne figureront plus dans ses objectifs. Le gouvernement a un droit de premier acheteur, mais il n’est pas impossible qu’une ligne de train ou une autoroute soit vendue éventuellement à des entreprises privées.

3- La solution à tous les problèmes?

La Caisse de dépôt ne va pas investir dans tous les projets, loin de là. L’institution doit prioriser son intérêt commercial. La Caisse ne va pas non plus injecter des millions et des milliards dans un projet si d’autres partenaires ne s’impliquent pas, notamment les gouvernements du Québec et du Canada.

Cela dit, la Caisse a les reins solides. Et sa capacité de financement est plus forte que bien des entreprises privées. En ce sens, la Caisse pourrait contribuer à la réalisation de certains projets, et cela pourrait se faire de façon plus rapide.

4- Est-ce que le mandat de la Caisse change?

Non! Mais il évolue. La Caisse a pour mandat de développer l’économie du Québec et d’afficher de bons rendements pour ses déposants. Il faut ajouter un nouvel objectif : celui d’exploiter et de gérer des entreprises. Des amendements législatifs seront d’ailleurs nécessaires pour permettre à la Caisse de posséder des entreprises et de les gérer.

Nous ne sommes pas dans la formule de partenariat public-privé où le gouvernement partage les projets avec des entreprises privées tout en casquant pour les risques. Ici, le gouvernement propose des projets à la Caisse, la Caisse en prend totalement possession, seule ou avec des partenaires. L’État établit les priorités. La Caisse réalise le projet. C’est un nouveau modèle, une forme de privatisation avec un partenaire privilégié : une instance publique, officiellement toujours indépendante du gouvernement.

Bilan 2014 de l’économie

Vendredi 19 décembre 2014 à 16 h 50 | | Pour me joindre

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Cette année se termine sur un événement qui n’était pas prévu, qui est finalement, à mon avis, l’événement économique de l’année. Les prix du pétrole ont chuté de moitié, et bien malin celui qui saura prévoir la fin de cette chute et la remontée des cours.

On produit trop de pétrole sur cette planète pour répondre à une demande qui croît moins rapidement que la production. Et ceux qui occupent les premiers rôles dans le grand ballet pétrolier mondial n’ont pas l’intention de jouer les acteurs de soutien.

L’Arabie saoudite est entrée dans une guerre de prix avec les Américains : les Saoudiens ne vont pas réduire leur exploitation parce que les États-Unis augmentent la production de pétrole de schiste à vitesse grand V!

C’est une mauvaise nouvelle pour le Canada, qui compte sur ses ressources pour s’enrichir. Qui, pensez-vous, va réduire sa production dans la foulée de la chute des prix du pétrole? L’Arabie saoudite a besoin de son pétrole, mais peut vivre avec une chute importante des cours. Les États-Unis sont devenus indépendants du point de vue énergétique et ont l’intention d’augmenter leurs exportations de pétrole. Mais le pétrole de schiste coûte cher à produire. Tout comme les sables bitumineux de l’Alberta, qui ont besoin d’un pétrole à 70 et 80 $ pour atteindre la rentabilité.

En même temps, la chute du pétrole va stimuler l’économie, puisque les prix de l’essence sont en glissade. Cette chute représente une baisse d’impôt de plusieurs centaines de milliards de dollars dans les pays développés, y compris chez nous. Avec la reprise américaine qui semble prendre racine, la baisse du prix de l’essence et du dollar canadien pourrait stimuler les économies de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick.

Sur le plan environnemental, la reprise économique et la chute des prix du pétrole viennent réduire l’impact négatif des prix élevés sur la consommation d’énergie fossile et l’achat de gros véhicules polluants. Le « signal du prix » est souvent considéré par les économistes comme la meilleure façon de changer les comportements.

PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE 2014 

Le top 5 – économie – monde

  1. Chute de 50 % des cours du pétrole
  2. Fin de l’intervention exceptionnelle de la Réserve fédérale
  3. Décélération de l’économie chinoise
  4. Russie : conflit avec l’Ukraine, sanctions économiques, chute du rouble, récession
  5. Quasi-récession en Allemagne : la croissance européenne est anémique

Le top 10 – économie – Québec, Canada

  1. La chute du pétrole affecte les finances publiques de l’Alberta, de Terre-Neuve et du gouvernement du Canada, mais va stimuler les économies centrales
  2. Chute du dollar canadien : impact positif pour les exportateurs et les provinces manufacturières – impact négatif pour les importations
  3. Annonce du projet Énergie Est, projet de 12 milliards de dollars de TransCanada – projet suspendu en décembre pour analyser la nouvelle classification des bélugas du Saint-Laurent, maintenant considérés comme en voie de disparition
  4. Baisse d’impôt pour les 4 millions de familles biparentales au Canada
  5. La réduction de la taille de l’État par le nouveau gouvernement Couillard au Québec : réformes, suppressions de postes, hausse de tarifs, révision des régimes de retraite
  6. Bombardier supprime 1700 emplois, dont 1100 au Québec, année 2015 importante pour l’avenir de l’entreprise
  7. Burger King achète Tim Hortons, transaction de 12 milliards de dollars, siège social en Ontario;
  8. L’Espagnole Repsol offre 8,3 milliards de dollars (15 milliards de dollars en incluant la dette) pour acheter la canadienne Talisman, ce ne sera probablement pas la seule transaction
  9. Démission en février et décès en avril de Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada de 2006 à 2014
  10. Québec injecte 115 millions de dollars dans deux projets totalisant 190 millions de dollars avec Pétrolia et Junex, notamment pour explorer l’île d’Anticosti.

PERSONNALITÉS MARQUANTES DE L’ANNÉE

Martin Coiteux : Peu connu du public, cet économiste, que nous recevions à l’occasion à RDI économie, est devenu l’homme de la restructuration de l’appareil de l’État : coupes dans les dépenses, réduction des effectifs, révision des façons de faire. L’homme de la rigueur pour les uns, l’homme de l’austérité pour les autres.

Geoff Molson :  Le succès de son entreprise (et de son équipe) n’est plus à faire. Le Canadien de Montréal vaut maintenant 1 milliard de dollars. Tous les matchs sont joués à guichets fermés. Le Canadien a aussi signé un contrat de diffusion de ses matchs avec Rogers, contrat de 5,2 milliards de dollars pour 12 ans.

Le pouvoir citoyen : L’opposition de groupes environnementaux, de groupes citoyens et même des milieux d’affaires ont eu raison, de toute évidence, du projet de terminal pétrolier à Cacouna. Sur tous les aspects, le projet de TransCanada est dénoncé. Il n’est pas impossible, en retour, que TransCanada propose un nouveau tracé pour son pipeline et un nouveau site pour son terminal pétrolier. Le même pouvoir citoyen semble avoir eu raison du gaz de schiste. Non seulement un moratoire est en cours, mais le dernier rapport en lice, celui du BAPE, conclut au rejet de cette filière énergétique : il n’y a pas d’acceptabilité sociale, les risques sont élevés et la rentabilité économique mettra plusieurs décennies à se réaliser.

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Jim Flaherty

Jim Flaherty : Quelques semaines avant de mourir, Jim Flaherty a déposé son 10e et dernier budget le 10 février. Il a préparé le retour au déficit zéro qui sera officiellement annoncé dans le budget 2015-2016 de son successeur, Joe Oliver. Il a aussi bousillé la promesse des conservateurs, le lendemain de son budget, qui était celle de permettre le fractionnement de revenus pour les familles. Plusieurs ajustements et d’autres mesures ont été nécessaires pour rendre ce fractionnement acceptable politiquement, alors qu’une seule famille sur 10 peut en profiter.

Vladimir Poutine : L’intervention russe en Ukraine a poussé les pays occidentaux à imposer des sanctions commerciales contre Moscou. Avec la chute du pétrole, le pays a plongé en récession et le rouble s’est écroulé. La Russie est aux prises en ce moment avec une stagflation : récession et forte inflation. Le président russe a-t-il perdu la maîtrise de son pays? Comment va-t-il relever l’économie russe?

Jack Ma: C’est le fondateur d’Alibaba, géant chinois du commerce électronique, utilisé par le tiers des Chinois. Son entrée en bourse sur Wall Street en septembre est la plus importante de l’histoire des marchés, valeur de 25 milliards de dollars. Jack Ma a 50 ans et est l’un des hommes les plus riches du monde. Il est l’une des personnalités de l’année du magazine Time.

Thomas Piketty : Il est rare qu’un livre d’économie fasse autant parler, surtout aux États-Unis. De surcroît, un livre de 700 pages, écrit par un Français, socialiste, sur un sujet qui fâche chez les Américains : les inégalités. Son livre a été salué, puis critiqué. Le capital au 21e siècle fait partie des livres importants publiés sur les écarts de richesse.

La fin du gaz de schiste?

Mercredi 17 décembre 2014 à 12 h 13 | | Pour me joindre

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En février 2011, un premier rapport du BAPE sur les gaz de schiste concluait qu’il n’y avait pas assez de connaissances scientifiques pour déterminer quels étaient les risques associés à l’exploitation du gaz de schiste. Afin d’obtenir une plus grande acceptabilité sociale, le rapport suggérait au gouvernement de se servir des Conférences régionales des élus (CRE) pour mettre en place un comité de concertation. Le gouvernement Couillard est en train, en ce moment, d’abolir cet outil.

En janvier 2014, le Comité de l’évaluation environnementale stratégique sur le gaz de schiste a déposé son rapport d’évaluation sur cette filière. Le Comité a fait le constat que plusieurs questions demeuraient toujours sans réponse, notamment sur « la santé des personnes, leur sécurité ainsi que leur qualité de vie […] La filière du gaz de schiste est sujette à un manque d’acceptabilité sociale.

Sur le plan de l’environnement, on appréhende plusieurs impacts environnementaux, dont au premier chef la contamination de l’eau et des sols, un bilan négatif de GES ainsi que les fuites de gaz liés à l’utilisation de la technique de fracturation. Du côté économique, le prix très bas du gaz naturel sur les marchés nord-américains compromet la pertinence économique du développement de la filière du gaz de schiste et la possibilité de procéder à une redistribution juste et équitable de la plus-value tirée de l’exploitation ».

Et, voilà que le 15 décembre 2014, un autre rapport du BAPE arrive à la conclusion qu’il ne serait pas approprié d’exploiter le gaz de schiste au Québec. Le BAPE affirme que « l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent pourraient générer des impacts majeurs sur les communautés d’accueil : détérioration de la qualité de l’air, augmentation du bruit, de la circulation routière et de la pollution lumineuse, diminution de la valeur des propriétés situées à proximité des plateformes de forage, impacts sur les paysages, risques d’accidents technologiques, impacts sociaux et impacts sur la santé.

Les activités de l’industrie pourraient également entraîner des conséquences sur la qualité de l’environnement, en particulier sur la qualité des eaux de surface et des eaux souterraines, sur les aires protégées et les milieux humides, et entraîner la fragmentation des milieux forestiers. Les émissions de gaz à effet de serre associées aux activités de l’industrie pourraient contribuer aux changements climatiques. Finalement, la présence des activités d’exploration pourrait entraîner des effets négatifs sur certains secteurs économiques des régions d’accueil, tels que les secteurs agricole, touristique et agrotouristique ».

Expertise rare, riche et fouillée

Trois rapports arrivent à une conclusion fondamentale : l’exploitation du gaz de schiste est risquée, les retombées économiques sont peu probables et l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Au même moment, le Nouveau-Brunswick et l’État de New York évaluent la possibilité d’imposer un moratoire sur le développement de cette filière. Et le premier ministre du Québec Philippe Couillard semble avoir fait son lit à la lecture des 3 rapports et a décidé de fermer le dossier mardi soir en entrevue au Téléjournal.

Malgré cela, les chambres des commerces et les représentants patronaux demandent au premier ministre de poursuivre son analyse « dans une vision globale de création de richesse et de croissance de l’économie québécoise. » À leur avis, « le BAPE n’a pas l’expertise requise pour se prononcer sur ces questions » faisant abstraction des deux autres rapports publiés en 2011 et début 2014. Ces rapports ont été écrits par des gens provenant des secteurs de l’environnement, de l’énergie, de l’ingénierie, de la comptabilité, du milieu universitaire, de certains ministères du gouvernement, du monde municipal et j’en passe.

L’accusation des chambres de commerce et des associations patronales est insultante pour ces experts, elle est courte et simpliste. Il est rare de pouvoir compter sur une littérature aussi riche et fouillée sur un enjeu. La contribution des experts québécois à la compréhension des apports bénéfiques et des risques associés au gaz de schiste est exceptionnelle. On doit s’en réjouir.

Les maisons, le pétrole et le PIB

Vendredi 12 décembre 2014 à 14 h 29 | | Pour me joindre

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Il ne faut pas crier au loup pour rien et alarmer la population. Mais la Banque du Canada a quand même choisi de publier les résultats d’une étude cette semaine qui nous apprend que les prix des maisons sont surévalués de 10 à 30 % au pays. Les bas taux d’intérêt ont poussé les Canadiens à s’endetter largement pour investir dans l’immobilier. Et parce que la demande était forte, certains marchés ont connu des hausses marquées du prix des maisons.

Le seul fait que la Banque du Canada sorte sur la place publique, avec un point de presse du gouverneur Stephen Poloz en prime, prouve le sérieux de la situation. Les plus pessimistes se demanderont à quel moment la bulle immobilière va éclater au Canada. Les plus optimistes nous rappelleront que la croissance économique se poursuit et que les risques hypothécaires sont franchement moins importants au Canada que ce qu’on a vu aux États-Unis.

Stephen Poloz a quand même précisé que le ralentissement immobilier au Canada devrait se faire en douceur si la croissance économique se poursuit. Mais un choc, une récession, une forte hausse des taux d’intérêt pourraient entraîner un basculement.

Ce qui est frappant dans le rapport de la Banque du Canada, c’est de voir combien les ménages sont endettés au Canada et que certains sont très endettés. Regardez ce graphique : 12 % des ménages au pays détiennent 40 % de la dette totale. C’est considérable. Ces ménages ont une dette qui représente plus de 250 % de leur revenu disponible. En tenant compte de l’hypothèque, pour chaque 100 $ de revenus disponibles, ces ménages ont une dette de plus de 250 $.

menagesendettes

Cet autre graphique montre bien que la dette des ménages s’est envolée depuis 2004, et que l’écart entre cette dette et le prix des maisons a grandi à partir de 2007-2008.

dettecanada

 

Le risque est réel, même s’il ne faut pas se montrer alarmiste. Et avec la chute du pétrole, il y a fort à parier que la Banque du Canada sera encore plus prudente avant d’augmenter ses taux d’intérêt. Après une croissance de plus de 4 % par année dans les dernières années, la hausse du PIB de l’Alberta va tomber à 2,7 % en 2015 et à 2,3 % en 2016 selon la RBC, à peine un peu plus que le Québec. L’économie canadienne, le marché de l’emploi, le marché immobilier et les finances publiques pourraient en souffrir sérieusement.

La réalité sur les surplus

Mercredi 10 décembre 2014 à 16 h 00 | | Pour me joindre

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Hydro-Québec doit payer environ 150 millions de dollars par année à TransCanada pour que sa centrale thermique de Bécancour demeure fermée. C’est ainsi depuis 2008 parce qu’Hydro-Québec n’a pas besoin de cette énergie.

Dans un contexte où les prix du gaz sont faibles, payer 150 millions par année coûte sans doute moins cher à la société d’État. Cela dit, avec le paiement de 2015, ça va donc faire huit ans que la collectivité québécoise doit payer pour quelque chose qui ne produit rien, une somme cumulée de 1,2 milliard de dollars. L’approvisionnement de cette centrale équivaut à 4,3 TWh d’électricité.

Selon l’expert indépendant en matière d’énergie Jean-François Blain, quand on parle des surplus d’approvisionnement en électricité au Québec, il faut ajouter ces 4,3 TWh aux surplus officiels établis par Hydro-Québec Distribution, qui sont évalués à 6,6 TWh pour 2015.

Selon lui, il faut également ajouter les 2 TWh non utilisés par Hydro-Québec Distribution dans le cadre d’une entente conclue avec Hydro-Québec Production. Ainsi, Jean-François Blain évalue que le surplus de 2015 en approvisionnement d’électricité au Québec n’est pas que de 6,6 TWh. Il est de 12,9 TWh, en tenant compte de Bécancour et de l’entente avec Hydro-Québec Production.

Le ministère des Ressources naturelles nous dit que l’expert Blain se trompe. On ne doit pas ajouter la production de Bécancour, même si Hydro-Québec doit payer 150 millions de dollars par année pour cette production inexistante. Et il ne faut pas non plus s’en faire avec les 2 TWh non utilisés. « Il n’y a pas de pénalité à ne pas prendre livraison de toute l’énergie disponible dans le cadre du contrat avec Hydro-Québec Production », nous écrit Guillaume Demers, conseiller du ministre Pierre Arcand. « Il n’y a pas de pénalité non plus lorsqu’Hydro-Québec ne prend pas possession de toute l’électricité patrimoniale disponible. »

Consommation et exportation

Le professeur Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des questions énergétiques associé à HEC Montréal, confirme qu’Hydro-Québec n’est pas obligée d’utiliser toute l’énergie patrimoniale, dont le coût avoisine les 3 ¢ le kWh. En retour, Hydro-Québec « est tenue d’acheter l’éolien et les autres sources plus cher avant le patrimonial », des sources qui peuvent coûter 9 ou 10 ¢ le kWh dans certains cas. Résultat : « Cela se traduit malheureusement pour les consommateurs par une facture plus élevée », nous écrit Pierre-Olivier Pineau.

Jean-François Blain nous écrit également que « même s’il n’y a pas de pénalité financière pour le report d’une partie des livraisons du contrat cyclable [avec Hydro-Québec Production], le fait d’utiliser d’autres approvisionnements post-patrimoniaux (éoliens par exemple), à un coût de plus de 10 ¢ le kWh, plutôt que l’énergie du contrat cyclable provenant d’Hydro-Québec Production, à un coût d’environ 7 ¢ le kWh, occasionne un surcoût pour les clients d’Hydro-Québec Distribution ».

En retour, « chaque fois qu’Hydro-Québec décide de ne pas acheter de l’énergie patrimoniale à 3 ¢ le kWh parce qu’elle n’en a pas besoin, cela libère de l’énergie pour les exportations, nous écrit Pierre-Olivier Pineau. Avec des prix moyens de 4,4 $ le kWh en 2013, Hydro-Québec Production fait des profits avec ces exportations, davantage que ce qu’elle aurait fait en vendant à 3 ¢ aux Québécois ». Cet expert dit s’inquiéter davantage des surplus engendrés par la mise en service progressive de La Romaine et par les commandes de projets éoliens, de biomasse et de centrales hydrauliques.

Finis, les surplus?

Le 11 novembre dernier, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, affirmait ceci : « Mettez une aluminerie de plus au Québec, mettez une mine importante de plus au Québec, il n’y a plus de surplus. »

Selon Jean-François Blain, un gros projet d’aluminerie nécessiterait une utilisation d’environ 500 MW, et donc un approvisionnement de 3,9 TWh, dans un contexte où l’aluminerie fonctionnerait à 90 % de sa capacité, la mesure utilisée dans le secteur industriel. Le Ministère nous parle plutôt d’une aluminerie qui pourrait utiliser 700 MW d’électricité, à 99 % d’utilisation, pour un total d’approvisionnement de 6,1 TWh.

Jean-Thomas Bernard, autre expert en matière d’énergie et professeur à l’Université d’Ottawa, estime que si une aluminerie s’installe au Québec, elle sera là pour une durée d’au moins 20 ans. Or, en 2027, en principe, il ne devrait plus y avoir de surplus d’électricité. Donc, il faudra développer encore davantage d’électricité, selon Jean-Thomas Bernard, si une aluminerie s’ajoute. On ne développe pas à 3-4 ¢ le kWh, nous dit-il dans une entrevue téléphonique. On développe en ce moment à environ 9 ¢ le kWh pour l’éolien. Si le coût total de production est de 1,98 ¢ le kWh au Québec, la nouvelle électricité fabriquée, elle, est bien plus chère!

Alors, trois conclusions :

  1. Aucun projet de 500 MW ou de 700 MW ne semble pointer à l’horizon pour l’instant afin de combler partiellement les surplus d’électricité du Québec.
  2. Il faudrait une aluminerie de 750 MW à 850 MW pour éliminer complètement les 6,6 TWh de surplus en 2015. Alouette est à 895 MW après deux phases d’expansion.
  3. Si le ministère des Ressources naturelles juge qu’on ne peut inclure les 4,3 TWh de la centrale thermique de Bécancour dans les surplus d’Hydro-Québec, il n’en demeure pas moins que ça nous coûte, collectivement, 150 millions par année.

Voici l’entrevue réalisée lundi avec Jean-François Blain à RDI économie. C’est avec plaisir que je ferai de la place pour une entrevue avec le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, s’il accepte de venir nous voir!

 

Pétrole : gagnants et perdants

Lundi 1 décembre 2014 à 13 h 58 | | Pour me joindre

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L’effondrement des prix du pétrole a pris un peu tout le monde par surprise. Depuis le mois de juin, le constat est clair : la production augmente plus rapidement que la demande. Les États-Unis produisent de plus en plus de pétrole de schiste, les conflits géopolitiques ne ralentissent pas l’offre de pétrole et l’Arabie saoudite offre son pétrole au rabais pour maintenir ses parts de marché.

Le baril, qui était à 115 $ en juin, est à moins de 70 $ aujourd’hui. Et le président du conseil d’administration de Canadian Natural Resources, Murray Edwards, craint une chute jusqu’à 30 ou 40 $. Il rappelle que le prix du pétrole est tombé à 35 $ en 2008 durant la dernière récession. L’industrie est dans une impasse : l’OPEP refuse de réduire sa production dans le but de pousser les Américains à ralentir leur développement pétrolier.

Jusqu’où l’effondrement va-t-il se poursuivre? Et pendant combien de temps encore?

La péréquation 

D’abord, vous êtes nombreux à me demander si la chute du pétrole va venir réduire les paiements de péréquation pour le Québec. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de lien direct entre les revenus de l’Alberta et les programmes du Québec. La péréquation est un programme fédéral qui prend sa source dans le fonds consolidé qui, lui, est nourri de nos impôts et nos taxes. La péréquation s’établit en fonction de la capacité fiscale des 10 provinces, c’est-à-dire la possibilité pour une province de toucher des revenus. L’Alberta est bien sûr la province qui détient la capacité fiscale la plus importante. Si sa capacité baisse, la moyenne des 10 provinces va baisser. Ainsi, les paiements de péréquation aux 6 provinces bénéficiaires pourraient être réduits. Mais, si en même temps, la capacité fiscale de l’Ontario augmente, la moyenne canadienne pourrait peut-être demeurer au même niveau.

Ainsi, les paiements de péréquation versés à une province comme le Québec dépendent de sa propre capacité fiscale et de la moyenne canadienne. Les deux peuvent bouger et c’est pour cette raison qu’il est impossible de prévoir une hausse ou une baisse de la péréquation à la suite de la chute du pétrole.

 

Les gagnants 

  1. Les consommateurs : Le prix de l’essence est en baisse. Il est passé d’une moyenne de 144,6 ¢ le litre d’ordinaire fin avril au Québec à une moyenne de 120,8 ¢ fin novembre. C’est une baisse de 16 %. Le recul est moins important que la baisse de plus de 35 % du prix du pétrole, en raison de la baisse du dollar canadien, qui rend le coût du pétrole importé plus cher, des marges de raffinage qui ont augmenté et du coût fixe de plusieurs taxes gouvernementales.
  2. Le secteur manufacturier et les industries consommatrices de pétrole : La baisse des prix de l’énergie, jumelée à la baisse du dollar canadien, donne une marge de manœuvre à plusieurs entreprises du secteur de la fabrication et pour celles aussi qui misent sur l’exportation de leurs produits. Desjardins affirmait dans une étude récente qu’en plus du secteur manufacturier, les industries minières devraient en profiter, tout comme l’agriculture et la forêt. Sur la scène internationale, les compagnies aériennes vont bénéficier largement de la chute du prix du carburant.
  3. Les banques centrales : D’un coup, une certaine marge de manœuvre se dégage pour les banques centrales qui doivent contrôler l’inflation. L’injection massive d’argent dans l’économie depuis 2008 fait craindre une poussée d’inflation. La chute du pétrole et de l’essence pourrait permettre aux banques centrales de souffler et de maintenir les taux d’intérêt à de faibles niveaux pour une plus longue durée.

Les perdants

  1. Les banques centrales : Par contre, le niveau d’inflation est déjà très bas en Europe, aux États-Unis et au Japon. La chute des prix énergétiques pourrait amener l’inflation à 0 ou mener carrément à la déflation.
  2. Les producteurs de pétrole : Les entreprises qui font de l’extraction de pétrole sont nécessairement les grandes perdantes de la chute du prix, particulièrement celles qui misent sur le développement de projets difficiles, coûteux, polluants et dangereux. On pense au pétrole de schiste, au pétrole des sables bitumineux et aux projets en mer. En retour, les projets qui sont jugés porteurs à long terme, comme les oléoducs, ne seront probablement pas suspendus ou abandonnés dans la foulée de la chute récente des cours.
  3. Les gouvernements de pays producteurs : Les rentrées d’impôts et les redevances versées aux gouvernements de pays producteurs de pétrole vont baisser de façon importante. Le Canada évaluait récemment la perte financière à 2,5 milliards de dollars annuellement. Les cours du pétrole ont poursuivi leur chute depuis cette évaluation faite au début du mois de novembre. Terre-Neuve-et-Labrador, dont le tiers des revenus est lié au pétrole, a annoncé un gel de dépenses et d’embauches. L’Alberta a revu à la baisse sa prévision de surplus pour 2014-2015. L’Alberta s’appuie maintenant sur une projection de prix de 65 à 75 $US le baril. Ailleurs dans le monde, les pays où le coût de production est élevé expriment de fortes inquiétudes. C’est le cas du Venezuela notamment.
  4. L’environnement : Les statistiques nous font déjà voir un accroissement des ventes de camions, camionnettes et VUS avec la croissance économique qui est plus forte aux États-Unis et les prix de l’essence qui baissent.  Le signal des prix énergétiques élevés, qui aident à réduire les émissions de gaz à effet de serre, est en train de disparaître.

Plusieurs analystes affirment que la clé se trouve entre les mains des Américains. Comme l’illustre ce graphique préparé par Wood Mackenzie, la grande majorité des projets de pétrole de schiste coûte aujourd’hui plus cher que le prix actuel de marché du pétrole.

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Sources : New York Times, The National Post, AFP, Wood Mackenzie.