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Bilan 2014 de l’économie

Vendredi 19 décembre 2014 à 16 h 50 | | Pour me joindre

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Cette année se termine sur un événement qui n’était pas prévu, qui est finalement, à mon avis, l’événement économique de l’année. Les prix du pétrole ont chuté de moitié, et bien malin celui qui saura prévoir la fin de cette chute et la remontée des cours. On produit trop de pétrole sur cette planète pour répondre à une demande qui croît moins rapidement que la production. Et ceux qui occupent les premiers rôles dans le grand ballet pétrolier mondial n’ont pas l’intention de jouer les acteurs de soutien. L’Arabie saoudite est entrée dans une guerre de prix avec les Américains : les Saoudiens ne vont pas réduire leur exploitation parce que les États-Unis augmentent la production de pétrole de schiste à vitesse grand V!

C’est une mauvaise nouvelle pour le Canada qui compte sur ses ressources pour s’enrichir. Qui, pensez-vous, va réduire sa production dans la foulée de la chute des prix du pétrole? L’Arabie saoudite a besoin de son pétrole, mais peut vivre avec une chute importante des cours. Les États-Unis sont devenus indépendants du point de vue énergétique et ont l’intention d’augmenter leurs exportations de pétrole. Mais le pétrole de schiste coûte cher à produire. Tout comme les sables bitumineux de l’Alberta, qui ont besoin d’un pétrole à 70 et 80 $ pour atteindre la rentabilité.

En même temps, la chute du pétrole va stimuler l’économie puisque les prix de l’essence sont en glissade. Cette chute représente une baisse d’impôt de plusieurs centaines de milliards de dollars dans les pays développés, y compris chez nous. Avec la reprise américaine qui semble prend racine, la baisse du prix de l’essence et du dollar canadien pourrait stimuler les économies de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick.

Sur le plan environnemental, la reprise économique et la chute des prix du pétrole viennent réduire l’impact négatif des prix élevés sur la consommation d’énergie fossile et l’achat de gros véhicules polluants. Le « signal du prix » est souvent considéré par les économistes comme la meilleure façon de changer les comportements.

PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE 2014 

Le top 5 – économie – monde

  1. Chute de 50 % des cours du pétrole;
  2. Fin de l’intervention exceptionnelle de la Réserve fédérale;
  3. Décélération de l’économie chinoise;
  4. Russie : conflit avec l’Ukraine, sanctions économiques, chute du rouble, récession;
  5. Quasi-récession en Allemagne : la croissance européenne est anémique.

Le top 10 – économie – Québec, Canada

  1. La chute du pétrole affecte les finances publiques de l’Alberta, de Terre-Neuve et du gouvernement du Canada, mais va stimuler les économies centrales;
  2. Chute du dollar canadien : impact positif pour les exportateurs et les provinces manufacturières – impact négatif pour les importations;
  3. Annonce du projet Énergie Est, projet de 12 milliards de dollars de TransCanada – projet suspendu en décembre pour analyser la nouvelle classification des bélugas du Saint-Laurent, maintenant considérés comme en voie de disparition;
  4. Baisse d’impôt pour les 4 millions de familles biparentales au Canada;
  5. La réduction de la taille de l’État par le nouveau gouvernement Couillard au Québec : réformes, suppressions de postes, hausse de tarifs, révision des régimes de retraite;
  6. Bombardier supprime 1700 emplois, dont 1100 au Québec ; année 2015 importante pour l’avenir de l’entreprise ;
  7. Burger King achète Tim Hortons, transaction de 12 milliards de dollars, siège social en Ontario;
  8. L’Espagnole Repsol offre 8,3 milliards de dollars (15 milliards de dollars en incluant la dette) pour acheter la Canadienne Talisman; ce ne sera probablement pas la seule transaction;
  9. Démission en février et décès en avril de Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada de 2006 à 2014;
  10. Québec injecte 115 millions de dollars dans deux projets totalisant 190 millions de dollars avec Pétrolia et Junex, notamment pour explorer l’île d’Anticosti.

PERSONNALITÉS MARQUANTES DE L’ANNÉE

Martin Coiteux : peu connu du public, cet économiste, que nous recevions à l’occasion à RDI économie, est devenu l’homme de la restructuration de l’appareil de l’État : coupes dans les dépenses, réduction des effectifs, révision des façons de faire. L’homme de la rigueur pour les uns, l’homme de l’austérité pour les autres.

Geoff Molson :  le succès de son entreprise (son équipe) n’est plus à faire. Le Canadien de Montréal vaut maintenant 1 milliard $. Tous les matchs sont joués à guichets fermés. Le Canadien a aussi signé un contrat de diffusion de ses matchs avec Rogers, contrat de 5,2 milliards de dollars pour 12 ans.

Le pouvoir citoyen : l’opposition de groupes environnementaux, de groupes citoyens et même des milieux d’affaires ont eu raison, de toute évidence, du projet de terminal pétrolier à Cacouna. Sur tous les aspects, le projet de TransCanada est dénoncé. Il n’est pas impossible, en retour, que TransCanada propose un nouveau tracé pour son pipeline et un nouveau site pour son terminal pétrolier. Le même pouvoir citoyen semble avoir eu raison du gaz de schiste. Non seulement un moratoire est en cours, mais le dernier rapport en lice, celui du BAPE, conclut au rejet de cette filière énergétique : il n’y a pas d’acceptabilité sociale, les risques sont élevés et la rentabilité économique mettra plusieurs décennies à se réaliser.

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Jim Flaherty

Jim Flaherty : quelques semaines avant de mourir, Jim Flaherty a déposé son 10e et dernier budget le 10 février. Il a préparé le retour au déficit zéro qui sera officiellement annoncé dans le budget 2015-2016 de son successeur, Joe Oliver. Il a aussi bousillé la promesse conservatrice, le lendemain de son budget, qui était celle de permettre le fractionnement de revenus pour les familles. Plusieurs ajustements et d’autres mesures ont été nécessaires pour rendre ce fractionnement acceptable politiquement, alors qu’une seule famille sur 10 peut en profiter.

Vladimir Poutine : l’intervention russe en Ukraine a poussé les pays occidentaux à imposer des sanctions commerciales contre Moscou. Avec la chute du pétrole, le pays a plongé en récession, le rouble s’est écroulé, la Russie est aux prises en ce moment avec une stagflation : récession et forte inflation. Le président russe a-t-il perdu la maîtrise de son pays? Comment va-t-il relever l’économie russe?

Jack Ma: c’est le fondateur d’Alibaba, géant chinois du commerce électronique, utilisé par le tiers des Chinois. Son entrée en bourse sur Wall Street en septembre est la plus importante de l’histoire des marchés, valeur de 25 milliards de dollars. Jack Ma a 50 ans, il est l’un des hommes les plus riches du monde. Il est l’une des personnalités de l’année du magazine Time.

Thomas Piketty : il est rare qu’un livre d’économie fasse autant parler, surtout aux États-Unis. De surcroît, un livre de 700 pages, écrit par un Français, socialiste, sur un sujet qui fâche chez les Américains : les inégalités. Son livre a été salué, puis critiqué. Le capital au 21e siècle fait partie des livres importants publiés sur les écarts de richesse.

La fin du gaz de schiste?

Mercredi 17 décembre 2014 à 12 h 13 | | Pour me joindre

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En février 2011, un premier rapport du BAPE sur les gaz de schiste concluait qu’il n’y avait pas assez de connaissances scientifiques pour déterminer quels étaient les risques associés à l’exploitation du gaz de schiste. Afin d’obtenir une plus grande acceptabilité sociale, le rapport suggérait au gouvernement de se servir des Conférences régionales des élus (CRE) pour mettre en place un comité de concertation. Le gouvernement Couillard est en train, en ce moment, d’abolir cet outil.

En janvier 2014, le Comité de l’évaluation environnementale stratégique sur le gaz de schiste a déposé son rapport d’évaluation sur cette filière. Le Comité a fait le constat que plusieurs questions demeuraient toujours sans réponse, notamment sur « la santé des personnes, leur sécurité ainsi que leur qualité de vie […] La filière du gaz de schiste est sujette à un manque d’acceptabilité sociale.

Sur le plan de l’environnement, on appréhende plusieurs impacts environnementaux, dont au premier chef la contamination de l’eau et des sols, un bilan négatif de GES ainsi que les fuites de gaz liés à l’utilisation de la technique de fracturation. Du côté économique, le prix très bas du gaz naturel sur les marchés nord-américains compromet la pertinence économique du développement de la filière du gaz de schiste et la possibilité de procéder à une redistribution juste et équitable de la plus-value tirée de l’exploitation ».

Et, voilà que le 15 décembre 2014, un autre rapport du BAPE arrive à la conclusion qu’il ne serait pas approprié d’exploiter le gaz de schiste au Québec. Le BAPE affirme que « l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent pourraient générer des impacts majeurs sur les communautés d’accueil : détérioration de la qualité de l’air, augmentation du bruit, de la circulation routière et de la pollution lumineuse, diminution de la valeur des propriétés situées à proximité des plateformes de forage, impacts sur les paysages, risques d’accidents technologiques, impacts sociaux et impacts sur la santé.

Les activités de l’industrie pourraient également entraîner des conséquences sur la qualité de l’environnement, en particulier sur la qualité des eaux de surface et des eaux souterraines, sur les aires protégées et les milieux humides, et entraîner la fragmentation des milieux forestiers. Les émissions de gaz à effet de serre associées aux activités de l’industrie pourraient contribuer aux changements climatiques. Finalement, la présence des activités d’exploration pourrait entraîner des effets négatifs sur certains secteurs économiques des régions d’accueil, tels que les secteurs agricole, touristique et agrotouristique ».

Expertise rare, riche et fouillée

Trois rapports arrivent à une conclusion fondamentale : l’exploitation du gaz de schiste est risquée, les retombées économiques sont peu probables et l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Au même moment, le Nouveau-Brunswick et l’État de New York évaluent la possibilité d’imposer un moratoire sur le développement de cette filière. Et le premier ministre du Québec Philippe Couillard semble avoir fait son lit à la lecture des 3 rapports et a décidé de fermer le dossier mardi soir en entrevue au Téléjournal.

Malgré cela, les chambres des commerces et les représentants patronaux demandent au premier ministre de poursuivre son analyse « dans une vision globale de création de richesse et de croissance de l’économie québécoise. » À leur avis, « le BAPE n’a pas l’expertise requise pour se prononcer sur ces questions » faisant abstraction des deux autres rapports publiés en 2011 et début 2014. Ces rapports ont été écrits par des gens provenant des secteurs de l’environnement, de l’énergie, de l’ingénierie, de la comptabilité, du milieu universitaire, de certains ministères du gouvernement, du monde municipal et j’en passe.

L’accusation des chambres de commerce et des associations patronales est insultante pour ces experts, elle est courte et simpliste. Il est rare de pouvoir compter sur une littérature aussi riche et fouillée sur un enjeu. La contribution des experts québécois à la compréhension des apports bénéfiques et des risques associés au gaz de schiste est exceptionnelle. On doit s’en réjouir.

Les maisons, le pétrole et le PIB

Vendredi 12 décembre 2014 à 14 h 29 | | Pour me joindre

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Il ne faut pas crier au loup pour rien et alarmer la population. Mais la Banque du Canada a quand même choisi de publier les résultats d’une étude cette semaine qui nous apprend que les prix des maisons sont surévalués de 10 à 30 % au pays. Les bas taux d’intérêt ont poussé les Canadiens à s’endetter largement pour investir dans l’immobilier. Et parce que la demande était forte, certains marchés ont connu des hausses marquées du prix des maisons.

Le seul fait que la Banque du Canada sorte sur la place publique, avec un point de presse du gouverneur Stephen Poloz en prime, prouve le sérieux de la situation. Les plus pessimistes se demanderont à quel moment la bulle immobilière va éclater au Canada. Les plus optimistes nous rappelleront que la croissance économique se poursuit et que les risques hypothécaires sont franchement moins importants au Canada que ce qu’on a vu aux États-Unis.

Stephen Poloz a quand même précisé que le ralentissement immobilier au Canada devrait se faire en douceur si la croissance économique se poursuit. Mais un choc, une récession, une forte hausse des taux d’intérêt pourraient entraîner un basculement.

Ce qui est frappant dans le rapport de la Banque du Canada, c’est de voir combien les ménages sont endettés au Canada et que certains sont très endettés. Regardez ce graphique : 12 % des ménages au pays détiennent 40 % de la dette totale. C’est considérable. Ces ménages ont une dette qui représente plus de 250 % de leur revenu disponible. En tenant compte de l’hypothèque, pour chaque 100 $ de revenus disponibles, ces ménages ont une dette de plus de 250 $.

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Cet autre graphique montre bien que la dette des ménages s’est envolée depuis 2004, et que l’écart entre cette dette et le prix des maisons a grandi à partir de 2007-2008.

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Le risque est réel, même s’il ne faut pas se montrer alarmiste. Et avec la chute du pétrole, il y a fort à parier que la Banque du Canada sera encore plus prudente avant d’augmenter ses taux d’intérêt. Après une croissance de plus de 4 % par année dans les dernières années, la hausse du PIB de l’Alberta va tomber à 2,7 % en 2015 et à 2,3 % en 2016 selon la RBC, à peine un peu plus que le Québec. L’économie canadienne, le marché de l’emploi, le marché immobilier et les finances publiques pourraient en souffrir sérieusement.

La réalité sur les surplus

Mercredi 10 décembre 2014 à 16 h 00 | | Pour me joindre

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Hydro-Québec doit payer environ 150 millions de dollars par année à TransCanada pour que sa centrale thermique de Bécancour demeure fermée. C’est ainsi depuis 2008 parce qu’Hydro-Québec n’a pas besoin de cette énergie.

Dans un contexte où les prix du gaz sont faibles, payer 150 millions par année coûte sans doute moins cher à la société d’État. Cela dit, avec le paiement de 2015, ça va donc faire huit ans que la collectivité québécoise doit payer pour quelque chose qui ne produit rien, une somme cumulée de 1,2 milliard de dollars. L’approvisionnement de cette centrale équivaut à 4,3 TWh d’électricité.

Selon l’expert indépendant en matière d’énergie Jean-François Blain, quand on parle des surplus d’approvisionnement en électricité au Québec, il faut ajouter ces 4,3 TWh aux surplus officiels établis par Hydro-Québec Distribution, qui sont évalués à 6,6 TWh pour 2015.

Selon lui, il faut également ajouter les 2 TWh non utilisés par Hydro-Québec Distribution dans le cadre d’une entente conclue avec Hydro-Québec Production. Ainsi, Jean-François Blain évalue que le surplus de 2015 en approvisionnement d’électricité au Québec n’est pas que de 6,6 TWh. Il est de 12,9 TWh, en tenant compte de Bécancour et de l’entente avec Hydro-Québec Production.

Le ministère des Ressources naturelles nous dit que l’expert Blain se trompe. On ne doit pas ajouter la production de Bécancour, même si Hydro-Québec doit payer 150 millions de dollars par année pour cette production inexistante. Et il ne faut pas non plus s’en faire avec les 2 TWh non utilisés. « Il n’y a pas de pénalité à ne pas prendre livraison de toute l’énergie disponible dans le cadre du contrat avec Hydro-Québec Production », nous écrit Guillaume Demers, conseiller du ministre Pierre Arcand. « Il n’y a pas de pénalité non plus lorsqu’Hydro-Québec ne prend pas possession de toute l’électricité patrimoniale disponible. »

Consommation et exportation

Le professeur Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des questions énergétiques associé à HEC Montréal, confirme qu’Hydro-Québec n’est pas obligée d’utiliser toute l’énergie patrimoniale, dont le coût avoisine les 3 ¢ le kWh. En retour, Hydro-Québec « est tenue d’acheter l’éolien et les autres sources plus cher avant le patrimonial », des sources qui peuvent coûter 9 ou 10 ¢ le kWh dans certains cas. Résultat : « Cela se traduit malheureusement pour les consommateurs par une facture plus élevée », nous écrit Pierre-Olivier Pineau.

Jean-François Blain nous écrit également que « même s’il n’y a pas de pénalité financière pour le report d’une partie des livraisons du contrat cyclable [avec Hydro-Québec Production], le fait d’utiliser d’autres approvisionnements post-patrimoniaux (éoliens par exemple), à un coût de plus de 10 ¢ le kWh, plutôt que l’énergie du contrat cyclable provenant d’Hydro-Québec Production, à un coût d’environ 7 ¢ le kWh, occasionne un surcoût pour les clients d’Hydro-Québec Distribution ».

En retour, « chaque fois qu’Hydro-Québec décide de ne pas acheter de l’énergie patrimoniale à 3 ¢ le kWh parce qu’elle n’en a pas besoin, cela libère de l’énergie pour les exportations, nous écrit Pierre-Olivier Pineau. Avec des prix moyens de 4,4 $ le kWh en 2013, Hydro-Québec Production fait des profits avec ces exportations, davantage que ce qu’elle aurait fait en vendant à 3 ¢ aux Québécois ». Cet expert dit s’inquiéter davantage des surplus engendrés par la mise en service progressive de La Romaine et par les commandes de projets éoliens, de biomasse et de centrales hydrauliques.

Finis, les surplus?

Le 11 novembre dernier, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, affirmait ceci : « Mettez une aluminerie de plus au Québec, mettez une mine importante de plus au Québec, il n’y a plus de surplus. »

Selon Jean-François Blain, un gros projet d’aluminerie nécessiterait une utilisation d’environ 500 MW, et donc un approvisionnement de 3,9 TWh, dans un contexte où l’aluminerie fonctionnerait à 90 % de sa capacité, la mesure utilisée dans le secteur industriel. Le Ministère nous parle plutôt d’une aluminerie qui pourrait utiliser 700 MW d’électricité, à 99 % d’utilisation, pour un total d’approvisionnement de 6,1 TWh.

Jean-Thomas Bernard, autre expert en matière d’énergie et professeur à l’Université d’Ottawa, estime que si une aluminerie s’installe au Québec, elle sera là pour une durée d’au moins 20 ans. Or, en 2027, en principe, il ne devrait plus y avoir de surplus d’électricité. Donc, il faudra développer encore davantage d’électricité, selon Jean-Thomas Bernard, si une aluminerie s’ajoute. On ne développe pas à 3-4 ¢ le kWh, nous dit-il dans une entrevue téléphonique. On développe en ce moment à environ 9 ¢ le kWh pour l’éolien. Si le coût total de production est de 1,98 ¢ le kWh au Québec, la nouvelle électricité fabriquée, elle, est bien plus chère!

Alors, trois conclusions :

  1. Aucun projet de 500 MW ou de 700 MW ne semble pointer à l’horizon pour l’instant afin de combler partiellement les surplus d’électricité du Québec.
  2. Il faudrait une aluminerie de 750 MW à 850 MW pour éliminer complètement les 6,6 TWh de surplus en 2015. Alouette est à 895 MW après deux phases d’expansion.
  3. Si le ministère des Ressources naturelles juge qu’on ne peut inclure les 4,3 TWh de la centrale thermique de Bécancour dans les surplus d’Hydro-Québec, il n’en demeure pas moins que ça nous coûte, collectivement, 150 millions par année.

Voici l’entrevue réalisée lundi avec Jean-François Blain à RDI économie. C’est avec plaisir que je ferai de la place pour une entrevue avec le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, s’il accepte de venir nous voir!

 

Pétrole : gagnants et perdants

Lundi 1 décembre 2014 à 13 h 58 | | Pour me joindre

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L’effondrement des prix du pétrole a pris un peu tout le monde par surprise. Depuis le mois de juin, le constat est clair : la production augmente plus rapidement que la demande. Les États-Unis produisent de plus en plus de pétrole de schiste, les conflits géopolitiques ne ralentissent pas l’offre de pétrole et l’Arabie saoudite offre son pétrole au rabais pour maintenir ses parts de marché.

Le baril, qui était à 115 $ en juin, est à moins de 70 $ aujourd’hui. Et le président du conseil d’administration de Canadian Natural Resources, Murray Edwards, craint une chute jusqu’à 30 ou 40 $. Il rappelle que le prix du pétrole est tombé à 35 $ en 2008 durant la dernière récession. L’industrie est dans une impasse : l’OPEP refuse de réduire sa production dans le but de pousser les Américains à ralentir leur développement pétrolier.

Jusqu’où l’effondrement va-t-il se poursuivre? Et pendant combien de temps encore?

La péréquation 

D’abord, vous êtes nombreux à me demander si la chute du pétrole va venir réduire les paiements de péréquation pour le Québec. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de lien direct entre les revenus de l’Alberta et les programmes du Québec. La péréquation est un programme fédéral qui prend sa source dans le fonds consolidé qui, lui, est nourri de nos impôts et nos taxes. La péréquation s’établit en fonction de la capacité fiscale des 10 provinces, c’est-à-dire la possibilité pour une province de toucher des revenus. L’Alberta est bien sûr la province qui détient la capacité fiscale la plus importante. Si sa capacité baisse, la moyenne des 10 provinces va baisser. Ainsi, les paiements de péréquation aux 6 provinces bénéficiaires pourraient être réduits. Mais, si en même temps, la capacité fiscale de l’Ontario augmente, la moyenne canadienne pourrait peut-être demeurer au même niveau.

Ainsi, les paiements de péréquation versés à une province comme le Québec dépendent de sa propre capacité fiscale et de la moyenne canadienne. Les deux peuvent bouger et c’est pour cette raison qu’il est impossible de prévoir une hausse ou une baisse de la péréquation à la suite de la chute du pétrole.

 

Les gagnants 

  1. Les consommateurs : Le prix de l’essence est en baisse. Il est passé d’une moyenne de 144,6 ¢ le litre d’ordinaire fin avril au Québec à une moyenne de 120,8 ¢ fin novembre. C’est une baisse de 16 %. Le recul est moins important que la baisse de plus de 35 % du prix du pétrole, en raison de la baisse du dollar canadien, qui rend le coût du pétrole importé plus cher, des marges de raffinage qui ont augmenté et du coût fixe de plusieurs taxes gouvernementales.
  2. Le secteur manufacturier et les industries consommatrices de pétrole : La baisse des prix de l’énergie, jumelée à la baisse du dollar canadien, donne une marge de manœuvre à plusieurs entreprises du secteur de la fabrication et pour celles aussi qui misent sur l’exportation de leurs produits. Desjardins affirmait dans une étude récente qu’en plus du secteur manufacturier, les industries minières devraient en profiter, tout comme l’agriculture et la forêt. Sur la scène internationale, les compagnies aériennes vont bénéficier largement de la chute du prix du carburant.
  3. Les banques centrales : D’un coup, une certaine marge de manœuvre se dégage pour les banques centrales qui doivent contrôler l’inflation. L’injection massive d’argent dans l’économie depuis 2008 fait craindre une poussée d’inflation. La chute du pétrole et de l’essence pourrait permettre aux banques centrales de souffler et de maintenir les taux d’intérêt à de faibles niveaux pour une plus longue durée.

Les perdants

  1. Les banques centrales : Par contre, le niveau d’inflation est déjà très bas en Europe, aux États-Unis et au Japon. La chute des prix énergétiques pourrait amener l’inflation à 0 ou mener carrément à la déflation.
  2. Les producteurs de pétrole : Les entreprises qui font de l’extraction de pétrole sont nécessairement les grandes perdantes de la chute du prix, particulièrement celles qui misent sur le développement de projets difficiles, coûteux, polluants et dangereux. On pense au pétrole de schiste, au pétrole des sables bitumineux et aux projets en mer. En retour, les projets qui sont jugés porteurs à long terme, comme les oléoducs, ne seront probablement pas suspendus ou abandonnés dans la foulée de la chute récente des cours.
  3. Les gouvernements de pays producteurs : Les rentrées d’impôts et les redevances versées aux gouvernements de pays producteurs de pétrole vont baisser de façon importante. Le Canada évaluait récemment la perte financière à 2,5 milliards de dollars annuellement. Les cours du pétrole ont poursuivi leur chute depuis cette évaluation faite au début du mois de novembre. Terre-Neuve-et-Labrador, dont le tiers des revenus est lié au pétrole, a annoncé un gel de dépenses et d’embauches. L’Alberta a revu à la baisse sa prévision de surplus pour 2014-2015. L’Alberta s’appuie maintenant sur une projection de prix de 65 à 75 $US le baril. Ailleurs dans le monde, les pays où le coût de production est élevé expriment de fortes inquiétudes. C’est le cas du Venezuela notamment.
  4. L’environnement : Les statistiques nous font déjà voir un accroissement des ventes de camions, camionnettes et VUS avec la croissance économique qui est plus forte aux États-Unis et les prix de l’essence qui baissent.  Le signal des prix énergétiques élevés, qui aident à réduire les émissions de gaz à effet de serre, est en train de disparaître.

Plusieurs analystes affirment que la clé se trouve entre les mains des Américains. Comme l’illustre ce graphique préparé par Wood Mackenzie, la grande majorité des projets de pétrole de schiste coûte aujourd’hui plus cher que le prix actuel de marché du pétrole.

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Sources : New York Times, The National Post, AFP, Wood Mackenzie.

Emballage, traficotage et gaspillage

Jeudi 27 novembre 2014 à 13 h 46 | | Pour me joindre

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Les cas de traficotage des dates d’emballage révélés par mes collègues Julie Vaillancourt et François Mouton mercredi soulèvent de sérieuses questions sur le service à la clientèle, la surveillance et l’inspection des aliments et notre consommation en général. Constater que des marchands changent les dates d’emballage pour prolonger la durée de vie d’une viande dans leurs comptoirs, ce n’est pas qu’une question de salubrité. Cette affaire doit ouvrir la discussion sur plusieurs enjeux et constats.

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Premièrement, comment une telle pratique peut-elle exister, malgré les règles sévères en matière de salubrité des aliments imposées par Québec? On a vu des cas nombreux d’abattage d’animaux malades, le retrait et la mise à la poubelle de milliers de kilos de fromage à la suite de la découverte d’une bactérie.

Je reçois presque tous les jours des avis d’information sur des produits mal étiquetés ou le retrait de produits contenant une substance dangereuse. Il est très difficile d’accepter que la pratique du changement de la date d’emballage soit aussi répandue. Les témoignages nous arrivent par centaines en ce moment, dans nos boîtes de courriels, sur les médias sociaux. C’est franchement troublant.

Deuxièmement, que penser du respect de la clientèle des commerçants qui utilisent une telle pratique? Dans un monde où la concurrence est forte et valorisée, comment expliquer cette détérioration du service et du respect de la clientèle? Ça aussi, c’est franchement troublant.

Et puis, troisièmement, comprenons-nous bien : si certains bouchers dénoncent aujourd’hui cette pratique de traficotage des dates, il ne faudrait pas tomber dans l’autre extrême et se mettre à jeter quatre fois plus de viande parce que la date de péremption est déjà arrivée.

Le tiers des aliments sont gaspillés dans le monde. C’est catastrophique. S’il ne faut pas vendre de la viande traficotée, on ne peut pas non plus se mettre à tout jeter! La surconsommation et le gaspillage alimentaire sont des tares dans notre société. Il faut impérativement trouver de vraies solutions.

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N’est-il pas temps de trouver une solution réaliste, durable et intelligente qui réduira les pertes alimentaires, qui permettra aux épiceries de maintenir un modèle d’affaires rentable et qui fera en sorte que la confiance et la protection du consommateur soient totales?

Et si on « travaillait » sur les revenus?

Mercredi 26 novembre 2014 à 14 h 06 | | Pour me joindre

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Et si on parlait des revenus?

Sachez qu’il y a de l’espoir! Les exportations sont en hausse (de 12 % depuis le début de l’année) et la chute du dollar canadien (à 88 ¢US) et des prix du pétrole (à moins de 80 $US) devraient profiter à l’économie du Québec. En fait, selon les économistes de Desjardins, « le Québec, le Manitoba, l’Ontario et la Colombie-Britannique se retrouvent parmi les plus grands bénéficiaires » de la baisse du huard et du pétrole. En retour, les provinces dont les économies s’appuient en bonne partie sur le pétrole, comme l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador, vont souffrir de la chute des cours d’environ 30 % depuis juin dernier.

Plusieurs industries consomment beaucoup de pétrole, notamment le secteur minier, les entreprises de fabrication, tout le transport bien sûr, ainsi que l’agriculture et la forêt. Ce sont tous des secteurs qui font partie de l’économie du Québec. Or, le prix du pétrole a été multiplié par 4 depuis 15 ans. Le graphique suivant illustre combien la hausse du pétrole est venue toucher les marges bénéficiaires de milliers d’entreprises. Les industries qui consomment beaucoup de pétrole et de gaz au Canada ont vu leur marge d’exploitation stagner à environ 8 %. Pour les autres industries, ces marges sont passées de 6 à 16 % de 1997 à 2013.

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La baisse des prix du pétrole représente donc un soulagement pour ces entreprises et pour le Québec tout entier d’ailleurs, qui importe pour 14 milliards de dollars de pétrole par année. Selon Desjardins, il faut ajouter que la baisse du dollar canadien devrait aider également à la stimulation des investissements des entreprises, en recul depuis 2010 au Canada. Environ 15 % du PIB du Québec s’appuie sur l’industrie manufacturière. Des coûts énergétiques plus faibles et un avantage plus grand sur la devise pourraient contribuer à la croissance du Québec.

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Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux est ferme : l’équilibre budgétaire doit être atteint en 2015-2016. Pour y arriver, il a annoncé plusieurs mesures d’austérité qui font dire à certains économistes que la croissance économique du Québec pourrait être ralentie. Une occasion semble poindre à l’horizon pour le Québec avec la baisse du dollar et du pétrole. N’est-ce pas l’occasion rêvée de « travailler » sur les revenus en stimulant, dynamisant, revigorant les entreprises et les secteurs à même de profiter de la situation? Plus de croissance économique, c’est plus d’investissements, plus d’impôts et de taxes pour le gouvernement, plus d’argent pour financer les programmes sociaux.

Le déficit du Québec pour les cinq premiers mois n’est que de 149 millions de dollars, en excluant les sommes versées au Fonds des générations. MM. Coiteux et Leitao, un peu plus de croissance économique, et l’équilibre budgétaire est à portée de main!

Le coeur du Plan Nord s’effondre

Mercredi 19 novembre 2014 à 15 h 54 | | Pour me joindre

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Le Plan Nord, c’est quoi? C’est un potentiel énergétique majeur, c’est beaucoup de forêts, c’est aussi de l’or, du nickel, des terres rares notamment, mais c’est surtout du fer. Le Québec compte trois mines de fer sur la Côte-Nord et c’est, selon le ministère des Ressources naturelles, « la plus importante substance minérale produite au Québec en termes de valeur de production ». Et si les expéditions minières du Québec ont bondi de 2003 à 2011, c’est en bonne partie grâce au minerai de fer, dont l’utilisation mondiale est massive.

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Source : Index Mundi

Or, le prix du fer est en chute libre. Les cours ont baissé de près de 50 % depuis le début de l’année, et le propriétaire américain de la mine du lac Bloom au nord de Sept-Îles, Cliffs Natural Resources, vient d’annoncer son intention de se départir de ses activités dans l’est du Canada. Ça pourrait entraîner la fermeture de la mine du lac Bloom et la mise à pied de 600 personnes.

Le fer dégringole parce que l’offre augmente et que la demande ralentit, un vieux concept en économie. Pour la première fois depuis 2000, la consommation de fer en Chine devrait baisser cette année. La Chine représente 70 % de la demande mondiale en fer. Au même moment, la production de fer augmente, notamment en Australie. Les dernières données statistiques en Chine, sur la baisse des prix des maisons neuves depuis six mois, ont donné un coup de plus dans les jambes de l’industrie. Le prix a chuté de 7 % en deux jours.

Il est clair que les gouvernements ne peuvent pas baser leurs décisions sur les virages et revirements du marché. Mais le gouvernement Couillard doit réaliser que son objectif de générer des revenus en s’appuyant en grande partie sur le Plan Nord n’est pas réaliste à court et moyen termes. En fait, c’est le contraire qui est en train de se produire avec la décision de Cliffs Natural Resources. Le Nord pourrait bientôt perdre près de 600 emplois.

Le Québec doit miser sur une amélioration de la productivité des entreprises pour les rendre plus compétitives dans le marché nord-américain. Les exportations sont en hausse cette année, bonne nouvelle. Mais le travail de fond est fondamental pour permettre aux PME de profiter à long terme du rebond américain, tout en réduisant leur exposition aux fluctuations économiques internationales.

Deux tableaux.

Le premier illustre la marge de manœuvre exceptionnelle du gouvernement fédéral. Dire que la marge s’est amincie parce qu’Ottawa a révisé à la baisse sa prévision de surplus en 2015-2016, c’est faire fi des choix politiques qui sont faits par le gouvernement Harper. En baissant les impôts, Ottawa décide de se priver de 3 à 5 milliards de dollars de revenus par année. En excluant la baisse d’impôts annoncée pour les familles et les entreprises, et en excluant la réserve de 3 milliards de dollars inscrite au budget, le gouvernement fédéral est déjà en surplus et les excédents vont grandir encore dans les années à venir.

Pour mieux comprendre comment cette marge de manoeuvre s’est créée, grâce notamment aux compressions budgétaires engagées depuis 2012, voir mon billet précédent.

Le deuxième tableau illustre la situation budgétaire du Québec si le gouvernement cessait de verser une somme annuelle dans le Fonds des générations. Ce fonds a été constitué pour mettre des sommes de côté pour réduire la dette à long terme. C’est une forme d’équité intergénérationnelle. Cela dit, il a déjà été question de cesser de financer ce fonds afin de réduire immédiatement le déficit et éventuellement la dette. C’est un choix politique qui pourrait être fait. Si le gouvernement Couillard décidait de ne plus déposer d’argent dans le Fonds des générations, il serait pratiquement à l’équilibre budgétaire.

Le gouvernement du Québec a demandé à la commission Godbout de trouver 650 millions de dollars d’économies pour l’exercice 2015-2016 (prochain budget!). On comprend bien que la commission aurait pu être libérée de cette mission à court terme si le gouvernement avait décidé d’annuler ou de réduire les versements au Fonds des générations.

La classe moyenne ne se meurt pas

Lundi 3 novembre 2014 à 16 h 25 | | Pour me joindre

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Il faut aller au-delà des perceptions. Parfois, on perd prise avec la réalité tellement on croit que ce qu’on perçoit est juste. Les jours passent, les opinions tonitruantes se multiplient, on capte celles qui font notre affaire. Hop! loin de la réalité, nos perceptions deviennent des convictions, solides, ancrées, immuables.

Combien de fois avons-nous entendu que la classe moyenne se rétrécissait, que la classe moyenne était étouffée, qu’il fallait cesser d’en mettre et d’en remettre sur les familles de la classe moyenne? Des programmes politiques complets se font sur le dos de la classe moyenne.

Pourtant, non seulement la classe moyenne ne se rétrécit pas au Québec, mais elle prend de l’ampleur. Dans le cadre d’une étude fouillée et nécessaire, les chercheurs François Delorme, Suzie St-Cerny et Luc Godbout nous apprennent que nos perceptions quant à l’évolution de la classe moyenne nous jouent des tours. Non, la classe moyenne n’est pas morte.

En 1976, 45,8 % des ménages faisaient partie de la classe moyenne. En 2010, cette proportion est passée à 46,7 %. On inclut tous les ménages, que ce soit des couples ou des personnes seules, des parents, des personnes monoparentales, des ménages avec ou sans enfants.

Qu’est-ce que la classe moyenne? On pourrait s’obstiner longtemps sur la définition à donner à la classe moyenne. Les chercheurs Delorme, St-Cerny et Godbout ont voulu comparer des pommes avec des pommes : la classe moyenne, ce sont les ménages dont le revenu se situe entre 75 % et 150 % du revenu médian. Ce « revenu médian », c’est celui qui est en plein centre de tous les revenus. Sur 100 revenus, c’est le 50e.

Ainsi, pour les ménages à une personne, la classe moyenne touche un revenu après impôts qui se situe entre 23 575 $ et 47 152 $. Pour les ménages à deux personnes, le revenu après impôt minimum pour faire partie de la classe moyenne est de 33 340 $. Et on se rend comme ça jusqu’à 66 683 $. Et on continue comme ça : la classe moyenne pour  le couple avec deux enfants se situe entre 47 150 $ et 94 304 $. La famille monoparentale, avec deux enfants, fait partie de la classe moyenne avec un revenu après impôts se situant entre 40 833 $ et 81 670 $.

Une fois la classe moyenne cadrée, les chercheurs en arrivent à des constats extrêmement intéressants :

  1. La classe moyenne se rétrécit quand on ne fait que regarder les revenus de marché, qui incluent les salaires, les placements : sur cette base, 36,8 % des ménages faisaient partie de la classe moyenne en 1976. Cette proportion est tombée à 29,4 % en 2010;
  2. La classe moyenne grandit si on inclut les transferts gouvernementaux et qu’on examine les revenus après impôts;
  3. Les ménages étant plus pauvres que la classe moyenne sont proportionnellement moins nombreux en 2010 qu’en 1976;
  4. Si la proportion des couples avec enfants est moins grande en 2010 qu’en 1976, elle a bondi dans le groupe des ménages qui gagnent plus de 150 % du revenu médian;
  5. Et les familles monoparentales sont fortement passées des ménages les plus pauvres à la classe moyenne;
  6. La composition du ménage évolue et change radicalement.

Ainsi, ce qu’on comprend, c’est que les mesures gouvernementales ont grandement favorisé les ménages avec enfants et ont permis le maintien d’une classe moyenne qui représente presque la moitié des ménages du Québec.

Ce qui frappe, c’est que les couples avec enfants représentaient 49,8 % des ménages en 1976. Aujourd’hui, nous sommes à… 25 %. Les familles monoparentales sont passées de 5,7 % des ménages en 1976 à 18,7 % en 2010. La composition a fortement changé, tout comme la composition de la classe moyenne. Mais, en fin de compte, la proportion de la classe moyenne dans l’ensemble des ménages au Québec est demeurée sensiblement la même.

Cliquez ici pour consulter l’article de  Maxime Bertrand.

Faites-vous partie de la classe moyenne? Faites vos calculs!