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Au moment où notre regard est tourné vers la Grèce, notre propre économie vacille. La chute des cours du pétrole depuis un an a eu l’effet d’une douche froide sur l’économie canadienne. Et nous commençons à en réaliser l’impact réel. La donnée statistique sur le PIB du mois d’avril vient de faire réapparaître le mot qu’on ne veut pas voir : récession. Le Canada serait peut-être en récession.

Avant l’analyse, les faits : la baisse du PIB en avril est de 0,1 %. C’est le quatrième recul mensuel de suite. Le secteur de l’extraction minière, gazière et pétrolière est en déclin depuis cinq mois maintenant.

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La définition la plus mécanique de la récession, c’est deux trimestres de suite en baisse. D’autres définitions existent, mais c’est celle-ci qui est la plus simple et la plus utilisée.

Selon Desjardins, « les probabilités d’un second recul [du PIB] au deuxième trimestre sont assez élevées. [...] Il est plutôt vraisemblable que la croissance du PIB réel par industrie demeure assez modeste dans les mois à venir, considérant les difficultés du secteur de l’énergie et leurs répercussions négatives sur plusieurs autres secteurs d’activité. Il est donc probable que l’économie canadienne soit actuellement en récession technique.

Dans les circonstances, il est « probable », selon Desjardins, que la Banque du Canada annonce une nouvelle baisse de son taux directeur le 15 juillet prochain. La CIBC va dans le même sens : il y aura une baisse du taux directeur dans 15 jours.

« L’économie canadienne vacille et se trouve au bord de la récession technique », écrit pour sa part la TD.  La probabilité d’une nouvelle baisse du taux directeur grandit, à son avis.

La firme Nomura s’attend à ce que les données du secteur des ressources aient été négatives pour mai et juin en raison du ralentissement de production engendré par les feux de forêt en Alberta, baisse d’environ 10 % dans la production de pétrole des sables bitumineux. Ainsi, le deuxième trimestre aura probablement été négatif, baisse de 0,5 %, selon Nomura, ce qui confirmerait ainsi une récession technique.

Mais…

Analyse divergente à la Nationale : « Malgré la faible croissance dans la première moitié de 2015, l’économie n’est pas sur le point de glisser en récession. Le marché du travail montre des signes d’accélération dans les heures travaillées et les ventes de gros produits vont bien comme on a pu le constater dans les statistiques de ventes d’autos et de mises en chantier en mai. »

Le niveau d’emplois à temps plein est à un record. Et la bonification de la prestation universelle pour enfants, annoncée dans le dernier budget et qui se répercutera dans les chèques gouvernementaux délivrés en juillet, va stimuler la consommation des Canadiens, selon la Nationale, dans les mois suivants. Cette bonification équivaut à 0,7 % du PIB. Les exportations devraient aussi bénéficier de la croissance américaine.

Pendant ce temps, la Réserve fédérale prépare une hausse de son taux directeur qui aura lieu, selon plusieurs experts, en septembre. Il est rare de voir les économies canadienne et américaine évoluer de façon aussi distincte. C’est dire l’importance de l’énergie dans le PIB canadien et le déficit réel de diversification économique.

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Le premier ministre grec Alexis Tsipras
Les derniers événements en Europe nous rapprochent de ce qui semblait, encore il y a quelques jours, impensable. Un défaut de paiement se profile à l’horizon et un scénario de sortie de la Grèce de la zone euro se dessine. Il restera toujours du temps pour une entente dans la mesure où les parties veulent vraiment conclure un accord. Mais, à ce point-ci, il semble évident que, de part et d’autre, on se prépare au divorce.

Mais, au fait, encore là, jusqu’à quel point sommes-nous proches de ce divorce? On ne connaît pas très bien le code de la dimension dans laquelle nous sommes entrés : un pays est sur le point d’être en défaut de paiement, l’Europe est en train de lui couper les vivres, les banques sont fermées et les parties campent sur leurs positions. Qui a raison? Qui a tort?

La Grèce est seule dans sa position

Les pays qui ont eu besoin du soutien du FMI et de l’Europe sont revenus sur les rails, tant bien que mal, grâce à l’austérité diront certains, malgré elle selon plusieurs autres. La Grèce, elle, n’a rien gagné des mesures d’austérité. Ses problèmes structurels se sont amplifiés, son PIB a chuté de 30 %, le chômage est élevé, le niveau de vie de sa population glisse. Athènes est coincée entre la résistance et la soumission.

La Grèce peut-elle se passer de l’euro? Peut-elle connaître pire en sortant de la zone euro? Et l’euro peut-il survivre sans la Grèce? La zone est-elle assez forte pour éjecter un membre? Nous ne le savons pas. C’est de l’inconnu.

Mais, bien des analystes affirment que la remontée de l’Italie, du Portugal et de l’Espagne rend l’euro plus fort aujourd’hui, plus imperméable aux secousses que pourrait engendrer un divorce avec la Grèce. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, est d’avis que le défaut de paiement, à tout le moins, aura très peu d’impact sur la zone.

Inquiétudes sur les marchés, mais pas de panique

Est-ce vrai? L’indice de volatilité, sur les marchés, est en forte hausse. Les grandes places boursières européennes ont chuté de 3 à 5 %. Les coûts d’emprunt de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal sont en hausse, dans la foulée de la forte montée des obligations grecques. Mais l’euro, après un début de semaine en chute, a repris ses pertes en cours de journée. La nervosité se fait sentir sur les marchés, mais nous ne sommes pas plongés dans une grande panique.

Le FMI, l’Allemagne, la France, la Commission européenne et la Banque centrale européenne sont-ils prêts à prendre le risque de voir la Grèce sortir de la zone euro? La réponse, à ce point-ci, semble oui. Et, puisque le tango se danse à deux, la Grèce semble envisager le même scénario. Le temps est-il venu de choisir le précédent, celui de l’exclusion d’un pays qui ne veut pas céder aux exigences de ses créanciers et celui, du point de vue grec, de se sortir d’un étau qui l’empêche de retrouver confiance et croissance? Sommes-nous à la croisée des chemins?

La signification d’un « oui » ou d’un « non »

Se pourrait-il, en retour, que le premier ministre grec Alexis Tsipras encourage sa population à rejeter le plan européen en référendum le 5 juillet tout en maintenant un discours favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro? Un « non » au référendum serait une victoire pour le gouvernement Tsipras, qui obligerait finalement la Banque centrale européenne et le FMI à retourner à la table des négociations. Mais le risque est grand. Un ministre allemand a déclaré qu’un « non » est un vote favorable à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Et un « oui » obligerait possiblement le gouvernement grec à démissionner et à déclencher de nouvelles élections. N’est-ce pas ce qu’espère la chancelière allemande Angela Merkel en disant qu’elle souhaite attendre les résultats du référendum avant d’envisager de nouvelles négociations?

Assiste-t-on au divorce entre la Grèce et la zone euro? Ce divorce peut-il se faire sans trop de dégâts?

Le tabou de l’argent

Jeudi 25 juin 2015 à 13 h 25 | | Pour me joindre

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S’il semble vrai que depuis la crise de 2008, les gens parlent plus d’économie, s’y intéressent davantage, il n’est pas clair en retour que l’argent n’est plus un tabou. C’est difficile de parler d’argent, de ses revenus, de la valeur des biens et des services, de se comparer et de se comprendre sur les questions financières. L’argent peut donner des ailes, mais aussi de la misère!

Il est tellement difficile de parler d’argent qu’on en vient même à constater qu’un très grand nombre de personnes n’ont aucune idée précise du revenu de leur conjoint. Le savez-vous, vous? Je vous pose la question : combien gagne votre époux-épouse-copain-copine?

Croyez-le ou non, selon un sondage réalisé par Fidelity aux États-Unis, 43 % des gens n’arrivent pas à dire combien leur partenaire gagne dans la vie! Et 10 % se sont trompés d’au moins 25 000 $ dans leur évaluation! En plus, le tiers des couples ne s’entendent pas sur l’argent disponible pour investir. La moitié n’a aucune idée du montant nécessaire à la retraite pour vivre convenablement.

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Quand madame gagne plus que monsieur

Le tabou s’explique peut-être, en partie, par le fait que bien des hommes ne veulent pas vraiment voir que leur concubine gagne plus qu’eux. L’économiste François Delorme m’a fait découvrir, dans le cadre de notre projet de rédaction de livre sur l’économie en 2013-2014, une étude de l’Université de Chicago. Cette dernière montre que « 50 % des répondants nés avant 1945 croient qu’il est problématique qu’une femme gagne un revenu plus élevé que son mari. Cette proportion baisse à 30 % pour les répondants nés entre 1946 et 1964 et remonte à près de 40 % pour ceux nés après 1965 [...] Quand une femme gagne un revenu supérieur à celui de son conjoint, la probabilité de se marier diminue significativement. Et si, au cours d’une relation, une femme en vient à gagner davantage que son mari, il y a beaucoup plus de risques que leur union dure moins longtemps que si le mari avait continué d’avoir un revenu plus élevé ».

Ça peut ressembler à de vieux a priori, je vous entends réagir. C’est pourtant très sérieux et très réel. La situation des femmes ne cesse de progresser, mais les convictions, conscientes et inconscientes, avancent un peu plus lentement.

Parler d’argent

L’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de lancer une campagne pour qu’on parle d’argent au Québec et pour faire en sorte que les gens s’intéressent davantage à ces questions. Dans son document exposant sa stratégie en matière d’éducation financière, l’AMF écrit que « plusieurs personnes prétendent que la société québécoise et sa majorité francophone subissent encore l’influence de certaines valeurs réfractaires à l’argent, notamment les valeurs judéo-chrétiennes ayant marqué plusieurs générations. […] À bien des égards, notre relation avec l’argent nous distingue des Canadiens des autres provinces ».

Dans son évaluation des comportements financiers des Québécois, réalisée à partir d’un sondage effectué auprès de « 1500 personnes responsables de la gestion des finances dans leur ménage », l’AMF nous apprend que « moins d’un Québécois sur deux (46 %) a fait l’exercice de vérifier si les sommes épargnées sont suffisantes pour la retraite ». Pourtant, trop de gens vivent pauvrement à la retraite.

Pour tenter d’améliorer la situation, l’AMF amorce cet automne une tournée des cégeps pour parler de surendettement, de fraude, de finances et d’économie. L’Autorité veut également relancer la promotion d’une trousse pour les professeurs du primaire, « Mes sous, j’y vois », afin de les aider à parler d’argent en classe. Des projets sont en développement aussi pour 2016 avec la Fondation PGL. Et des pressions sont toujours exercées pour faire accepter par le ministère de l’Éducation la réintroduction d’un cours d’éducation financière.

Le tabou de l’argent est tenace, nourri par des préjugés, peut-être aussi notre héritage judéo-chrétien et une forme répandue de désintérêt pour les questions financières. Pourtant, parler d’argent pourrait sans doute permettre à bien des gens de mieux comprendre leur situation, de participer davantage à la société et d’améliorer leur bien-être personnel.

Sources :

Fidelity : https://www.fidelity.com/bin-public/060_www_fidelity_com/documents/couples-retirement-fact-sheet.pdf

FILLION, Gérald et DELORME, François – Vos questions sur l’économie 75 questions – 75 réponses, Éditions La Presse, 231 p.

Marianne Bertrand, Emir Kamenica et Jessica Pan (octobre 2013). « Gender Identity and Relative Income Within Households », Working paper, University of Chicaco.

AMF, Stratégie québécoise en éducation financière http://www.lautorite.qc.ca/files/pdf/education-financiere/SQEF01062015.pdf

Durant une pause publicitaire jeudi soir lors de notre émission spéciale sur l’austérité, l’un des invités m’a dit : « Et les taux d’intérêt? Allez-vous parler des taux d’intérêt? Que va-t-il se passer si les taux d’intérêt montent? Un point de pourcentage de plus, c’est le budget des cégeps! »

Cet intervenant met le doigt sur ce qui représente probablement le risque le plus important au Canada en ce moment. Les autorités occidentales profitent de taux d’intérêt très avantageux, ce qui leur permet d’emprunter à faibles coûts. Le Québec en profite : ses coûts d’intérêt sont moins élevés que prévu. Ces faibles taux permettent aussi aux consommateurs de soutenir la croissance économique. Le Canada, comme le Québec, ne tombe pas en récession parce que le moteur premier de l’économie, la consommation, tourne toujours. En fait, le niveau des intérêts à rembourser par rapport au revenu disponible baisse même si la dette des ménages augmente, comme l’illustre ce graphique de Statistique Canada :

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Mais ce n’est pas sans conséquence. L’endettement augmente. Et c’est de plus en plus inquiétant, selon la Banque du Canada, cette même institution qui a jugé bon de réduire son taux directeur en début d’année dans l’objectif de stimuler la consommation… et l’endettement! Dans sa revue du système financier, la banque affirme que « la vulnérabilité liée à l’endettement des ménages demeure importante » et que cette vulnérabilité « s’accentue légèrement ». Elle ajoute que le marché du logement est déséquilibré : la hausse des prix ralentit, le marché est surévalué et le niveau de risque des investissements augmente en raison de la faiblesse des rendements des obligations.

Donc, un choc économique pourrait transformer un risque en crise :

  1. Une chute de l’emploi et des revenus pourrait entraîner une correction dans le marché immobilier, risque « moyennement élevé », dit la Banque du Canada.
  2. « La possibilité d’une hausse abrupte des taux d’intérêt à long terme » pourrait survenir si la Réserve fédérale ou la Banque centrale d’Europe faisaient des gestes surprenants. Risque « modéré », affirme la banque centrale.
  3. L’instabilité financière et économique des pays émergents représente un risque « moyennement élevé » pour le Canada.
  4. Et « il existe également un risque que des tensions financières dans la zone euro entraînent de la volatilité sur les marchés financiers mondiaux, une réévaluation généralisée du risque et une ruée vers la liquidité qui auraient une incidence négative sur les marchés financiers canadiens. » Risque modéré.

La Banque du Canada écrit aussi qu’un « défaut de paiement de la Grèce sur sa dette est devenu plus probable qu’auparavant, mais il est moins susceptible de causer de graves tensions financières dans la zone euro. »

L’objectif n’est pas d’exagérer la dette des ménages. Les Canadiens ne sont pas les seuls dans le monde à afficher des niveaux d’endettement élevés. C’est le cas aussi des Danois, des Australiens et des Néerlandais notamment.

Il y a bien sûr derrière une dette hypothécaire un actif. L’enjeu est ailleurs : quel serait l’impact d’une hausse des taux d’intérêt? Et quel serait l’impact d’une instabilité financière accrue sur les prix des maisons et la valeur des actifs?

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* Note : on parle généralement du ratio par rapport au revenu disponible, donc après impôts. Ici, le tableau fait référence au revenu brut, avant impôts.

Après les scientifiques, les écologistes, les économistes, voilà que le G7 entre dans la danse et épouse le constat qu’il est urgent d’agir. Les pays membres du G7, parmi les plus grands émetteurs du monde, ont établi une cible hier en vue de la conférence de l’ONU à Paris en décembre. Il nous faut avoir atteint une réduction de 40 à 70 % des émissions de GES en 2050 par rapport au niveau de 2010. De plus, nous devons nous affranchir des énergies fossiles à la fin du siècle. L’engagement est colossal. Greenpeace a salué le G7.

En fait, deux mots s’installent dans le vocabulaire financier et économique : désinvestissement et décarbonisation. Le premier explique la sortie de nombreux investisseurs des secteurs pétroliers, gaziers et charbonniers. Ces derniers se posent la question suivante : la lutte contre les changements climatiques rendra-t-elle possible l’exploitation des réserves énergétiques annoncées?

Donc, comme l’expliquait à RDI économie lundi soir le spécialiste des négociations climatiques Hugo Séguin, quelle est la valeur à long terme d’un investissement dans une exploitation de ressources pétrolières, gazières et charbonnières?

Le deuxième terme, décarbonisation, n’existe pas dans tous les dictionnaires, mais l’Observatoire de néologie du Québec définissait ainsi la décarbonisation en 2011 : « ensemble des mesures et techniques mises en place en vue de limiter l’utilisation des hydrocarbures comme sources d’énergie ». Et l’Office québécois de la langue française l’a inclus dans son dictionnaire terminologique.

Sortir de l’économie du carbone avant 2100, c’est donc mettre fin progressivement à l’utilisation des énergies fossiles. Le mot est sans appel. Nous pourrions opter aussi pour « décarboner ».

Du bout des lèvres, le Canada fait partie de cet engagement en tant que membre du G7. Mais, comme nous l’expliquait Hugo Séguin, le premier ministre Harper a choisi de « ne pas confronter ses pairs au sommet du G7 et de se joindre au consensus, qui était inévitable. […] La question est de savoir si le gouvernement fédéral croit en son engagement. C’est malheureux comme Canadien de le constater, mais le gouvernement fédéral n’a pas brillé par sa capacité de démontrer sa crédibilité au niveau international dans l’enjeu des changements climatiques. »

On peut encore se demander jusqu’où ira le Canada à la conférence de Paris. Une élection est prévue entre les deux et aura un impact sur la position d’Ottawa d’ici là.

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Malgré l’optimisme qu’a généré la conclusion des dirigeants du G7 sur l’enjeu environnemental, on ne vient pas garantir le succès de la conférence de l’ONU selon Hugo Séguin. « C’est comme si on passait le chapeau des bonnes volontés. Des joueurs majeurs de cette négociation se sont engagés aujourd’hui. » Mais il faut d’autres engagements, ceux de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Turquie et de l’Indonésie notamment.

À n’en pas douter, le défi écologique est le risque économique le plus important de notre siècle. Les grands dirigeants de la planète semblent l’avoir compris.

Le premier minstre britannique David Cameron quitte sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace.
Le premier ministre britannique David Cameron quittant sa résidence officielle, le 10 Downing Street, pour se rendre à Buckingham Palace. (archives). Stefan Wermuth / Reuters

S’il y a un gouvernement qui assume pleinement ses politiques d’austérité, c’est bien celui du Royaume-Uni : compressions, ventes d’actifs, privatisations, coupes de services, réductions d’emplois. Le gouvernement britannique a considérablement réduit ses dépenses depuis 2011 et annonce maintenant un nouveau plan d’austérité dans le but de revenir à l’équilibre budgétaire en 2018-2019.

Le gouvernement de David Cameron charcute dans les activités de l’État et se sent autorisé à poursuivre cette oeuvre après avoir été réélu, cette fois majoritaire, aux élections du 8 mai dernier. Les conservateurs ont l’impression, probablement bien réelle, d’avoir les coudées franches.

Ainsi, Londres a annoncé jeudi son intention de vendre ses actions restantes dans la poste britannique, soit 30 % de la Royal Mail, ce qui va rapporter 3 milliards de dollars dans les coffres publics. La privatisation de la poste au Royaume-Uni est complète quoi qu’en pense la population, qui doit payer beaucoup plus que par le passé pour les timbres. Le Royaume-Uni fait partie des pays qui ont le plus augmenté le tarif des timbres au cours des dernières années.

Le gouvernement britannique a aussi annoncé de nouvelles compressions évaluées à 5 milliards de dollars. Et il dit devoir encore trouver près de 60 milliards de dollars d’économies pour atteindre le déficit zéro comme prévu dans trois ans.

Au cours du mandat 2011-2015 de David Cameron, à la tête d’une coalition gouvernementale avec les libéraux démocrates, Londres a procédé à des coupes majeures. Ces compressions ont eu lieu en bonne partie dans les deux premières années du mandat. Une austérité sévère qui se résume ainsi :

  • Réduction du déficit structurel de 5 points de PIB en 1 an et demi
  • Dépenses publiques de 2010 à 2014 : -6 %
  • Financement de l’enseignement supérieur de 2011 à 2015 : -40 %
  • Emplois dans la fonction publique de  2009 à 2014 : -15 % (-743 000 emplois)
  • Gel des salaires de 2010 à 2012 dans la fonction publique
  • Hausse de la TVA de 17,5 % à 20 %

Contrairement au Québec, le Royaume-Uni est aux prises avec un déficit important, avec lequel il est difficile de conjuguer. Par rapport à son économie, le Royaume-Uni part de loin.

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Tiens, le géant américain de vente en ligne Amazon a décidé de payer ses impôts où ses bénéfices sont réalisés. Rien à voir avec les pressions européennes pour que cesse l’optimisation fiscale, dit l’entreprise. « Nous examinons nos structures régulièrement afin de nous assurer que nous pouvons servir nos clients aussi bien que possible », a déclaré un porte-parole d’Amazon à des médias européens.

Ainsi, depuis le 1er mai, sur les bénéfices réalisés en Allemagne, Amazon va payer ses impôts en Allemagne. Même chose au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie et bientôt en France. Amazon amorce ainsi un mouvement après avoir dû répondre pendant des années à de nombreuses questions sur ses pratiques fiscales.

L’optimisation, très à la mode dans le monde des multinationales, a pour but de réduire au maximum les impôts à payer. C’est pour cette raison qu’une entreprise comme Amazon a choisi de s’installer au Luxembourg, où le niveau d’imposition est faible par rapport à ses voisins européens.

Aujourd’hui, la pression s’intensifie. Le G20 a lancé des négociations sur l’érosion fiscale des pays et le transfert des profits. Le groupe a demandé à l’OCDE de présenter des propositions pour lancer des discussions sur ces enjeux. Sur une quinzaine de propositions, sept ont déjà fait l’objet d’une entente, selon ce qu’a indiqué Pascal Saint-Amans, directeur du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCDE, dans une entrevue à Alternatives économiques.

À cela s’ajoutent les soupçons de la Commission européenne sur les pratiques du Luxembourg, qui aurait octroyé des avantages fiscaux illégaux à Amazon dans la foulée des révélations journalistiques de « LuxLeaks » en novembre dernier.

Extrait d’un article du Monde : « En 2013, l’agence Reuters avait révélé qu’en 2012, en faisant transiter ses ventes depuis sa filiale luxembourgeoise, Amazon n’avait payé en Allemagne que 3 millions d’euros d’impôts sur les sociétés, alors même que son chiffre d’affaires dans ce pays avoisinait les 9 milliards d’euros. »

De toute évidence, recadrer la fiscalité est devenu une priorité. Et on peut se demander si d’autres entreprises, comme Apple, Fiat, Google ou Starbucks vont suivre le mouvement qu’amorce aujourd’hui Amazon. Non seulement la concurrence fiscale en cours est en train de tuer les capacités financières de certains pays, mais elle accentue les inégalités.

La pression pour le statu quo est toutefois forte, écrit Alternatives économiques : « Mi-janvier, le journaliste du Guardian Simon Bowers montrait comment plusieurs groupes de pression professionnels au service des industries de haute technologie – dont les membres incluent Apple, Microsoft, Google, Amazon, Intel, Yahoo!, Facebook, Uber, Netflix, Hewlett-Packard, eBay, IBM et Twitter – se mobilisent très fortement pour attaquer le contenu de Beps (le plan de l’OCDE nommé Base Erosion and Profit Sharing, érosion des bases fiscales et transfert de profits) et tenter une remise en cause politique. »

En plus de mettre fin au transfert de profits, les autorités travaillent aussi à améliorer l’échange d’informations fiscales. Autrement dit, le fisc canadien, par exemple, devrait être informé automatiquement de l’ouverture d’un compte bancaire à l’étranger par l’un de ses citoyens.

Les pays ont mis en place des procédures de déclarations volontaires. Selon Alternatives économiques, « à l’automne 2014, plus de 500 000 contribuables avaient approché leurs autorités fiscales dans neuf pays dans le cadre de procédures de dénonciations volontaires. Au total, 37 milliards d’euros de recettes auraient déjà été récupérés par un ensemble de 25 pays ».

Le succès pour réduire la portée des paradis fiscaux et de l’évitement fiscal s’appuie sur la coordination des politiques fiscales. Le travail du G20, de l’OCDE et de la Commission européenne, à ce titre, est encourageant. Mais plusieurs pays, dont les États-Unis, résistent à des mesures comme l’échange automatique d’informations. Dans ce contexte, la décision d’Amazon en Europe est un pas dans la bonne direction. Pour l’instant, ce n’est qu’un pas. La route sera longue.

Sources : Le Monde, Alternatives économiques

C’est Alain Bouchard qui disait cette semaine que depuis 2011, l’économie du Québec est bloquée. Que s’est-il donc passé? Comment expliquer cette lente croissance, cette quasi-stagnation, qui touche le Québec encore aujourd’hui? D’une croissance moyenne de 2,1 % entre 1982 et 2007, nous sommes passés à une moyenne aujourd’hui de 1,3 %.

  • 2011 : +1,9 %
  • 2012 : +1 %
  • 2013 : +1,1 %
  • 2014 : +1,3 %

Le ministre des Finances Carlos Leitao prévoyait en mars 2014 une croissance de 2,1 % pour l’année en cours au Québec. Il a vertement raté sa cible. Et, au rythme où vont les choses, on se demande bien comment le Québec atteindra la barre des 2 % en 2015 et 2016 comme le prévoit le ministère des Finances. La croissance est lente et l’économie américaine a montré quelques signes d’essoufflement récemment.

Mais des emplois!

Malgré l’incertitude économique, nous assistons en ce moment à une reprise du marché de l’emploi. Tous les indicateurs sont au vert :

  • En 2015, au cours des 4 premiers mois : +50 000 emplois grâce au secteur public.
  • Depuis 1 an au Québec : +69 000 emplois grâce surtout au secteur privé.
  • Depuis 1 an, création de 68 700 emplois, dont 84 % sont à temps plein.

Pourquoi? Comment expliquer la croissance de l’emploi alors que la croissance économique n’est pas au rendez-vous? Deux réflexions.

La première : le Québec est-il en train de commencer à vivre le déclin de sa population active? La croissance de la population active n’est que de 1,4 % depuis un an. Le taux d’activité augmente, le taux d’emploi augmente, le taux de chômage baisse. Donc, les signaux sont positifs dans le marché de l’emploi, mais est-ce dû essentiellement à de nombreux départs à la retraite?

Deuxième réflexion : se pourrait-il que la confiance des Québécois vienne affaiblir la consommation et donc la croissance économique? Selon le Conference Board du Canada, l’indice global de confiance des consommateurs québécois a chuté de mai à décembre 2014, avant de rebondir un peu en début d’année 2015. Les dépenses des consommateurs ont augmenté de 2 % en 2014, mais ont presque stagné au cours de la deuxième moitié de l’année. Et l’an dernier, les investissements des entreprises ont baissé de 3,3 %, les dépenses en construction, de 0,5 %.

Poursuivons l’analyse, qu’en pensez-vous?

Quel cours d’économie?

Mardi 5 mai 2015 à 19 h 04 | | Pour me joindre

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Comme journaliste en économie, j’essaie d’expliquer, de mettre en contexte, de vulgariser des enjeux et des concepts qui ne sont pas toujours faciles d’approche. À RDI économie, dans les téléjournaux, même dans le cadre d’un livre avec l’économiste François Delorme, j’ai tenté et je tente toujours de répondre aux questions du public sur l’économie, les finances, la bourse, du mieux que je peux et en faisant appel à une pléthore de ressources fiables et instructives.

Tout ça pour vous dire que j’aurais tendance à pencher en faveur d’un retour des cours d’économie au secondaire. Je suis profondément convaincu qu’une meilleure compréhension des enjeux économiques est bénéfique pour toute personne qui souhaite mieux saisir les tenants et aboutissants des décisions publiques et privées qui ont des répercussions personnelles et collectives.

PC_140528_a20g3_bouchard-couche-tard_sn635C’est un peu ce que dit Alain Bouchard, le fondateur de Couche-Tard. Mais à sa manière. Citation de son discours de lundi à Montréal alors qu’il souhaite le retour du cours d’économie en cinquième secondaire : « Je crois sincèrement que les protestataires auraient beaucoup plus d’écoute s’ils avaient eu ce cours en économie. Ils auraient leurs revendications évidemment. Mais leur argumentaire serait mieux construit et supporté avec des propositions concrètes incluant des calculs économiques. »

Si on réanime un cours d’économie, les propos d’Alain Bouchard nous amènent à nous poser une question fondamentale : qu’est-ce qu’on met dans ce cours?

Pour Alain Bouchard, un cours d’économie aurait permis aux « protestataires » de mieux comprendre la nécessité des décisions gouvernementales, nommées rigueur, compressions ou austérité. Ces « protestataires », des gens qu’on peut identifier depuis un an comme étant des étudiants, des professeurs, des infirmières, des médecins, des policiers, des pompiers, des fonctionnaires, des syndicats, des groupes sociaux et j’en passe, ces « protestataires » auraient-ils modéré leur opposition s’ils avaient suivi un cours d’économie à l’école?

Et donc, le cours d’économie imaginé par Alain Bouchard est-il à sens unique? Est-il celui qu’il faut enseigner? Sera-t-il déçu si ce cours n’atteint pas l’objectif qu’il désire?

Ne serait-il pas plus bénéfique de ressusciter un cours d’économie qui nous permettrait de mieux comprendre les différentes approches de l’économie, les différentes philosophies, les répercussions des mesures d’austérité, mais aussi les conséquences d’une perte de contrôle sur les finances publiques? Ne serait-il pas plus intéressant de parler de la dette des ménages, de la dette des gouvernements et d’expliquer les différences entre les deux?

Le cours d’économie doit-il être orienté par une idéologie? Et est-il possible d’enseigner l’économie sans aucune teinte politique et idéologique?

Non seulement il y a un débat sur ce qu’on mettrait dans le cours au secondaire, mais il y a des étudiants qui posent aussi des questions sur l’enseignement de l’économie à l’université. En 2014, quelques centaines d’étudiants ont signé le manifeste Pour un enseignement pluraliste de l’économie au Québec. Ils affirmaient que l’enseignement actuel de l’économie laisse « très peu de place à la grande diversité de paradigmes qui existent ».

L’économie, je suis bien placé pour le dire, n’est pas l’affaire d’une seule pensée. Et c’est mon défi au quotidien : comment en parler en m’éloignant le plus possible de toutes les idéologies, en m’approchant toujours le plus possible des faits.

Il est de plus en plus rare pour un petit investisseur de sentir qu’il a quelque contrôle que ce soit sur le marché boursier. La très grande majorité des transactions sont effectuées de nos jours par des algorithmes et une quantité phénoménale d’entre elles se font en quelques millièmes de seconde. La bourse est rendue ultra sophistiquée, dominée par de grandes institutions financières qui utilisent tous les moyens à leurs dispositions pour augmenter leurs rendements.

Ce qui reste véritablement pour les petits actionnaires, ce sont les assemblées annuelles d’entreprises. Cet événement, qui se déroule généralement dans une salle de conférence d’un hôtel, permet aux actionnaires d’entendre les patrons de la société, de voter sur certaines décisions ou recommandations du conseil d’administration et de faire des propositions. Encore là, les institutions financières possèdent beaucoup de pouvoir dans ce genre d’assemblée. Mais il est encore possible pour de petits investisseurs de se faire entendre.

C’est ce qu’ont fait les actionnaires de la CIBC, qui ont refusé la semaine dernière d’entériner la rémunération de retraite prévue pour deux anciens hauts dirigeants, rémunération qui devait totaliser 25 millions de dollars par année. L’Office d’investissement du RPC (Régime de pension du Canada) et Teachers (Régime de retraite des enseignantes et enseignants de l’Ontario) ont mis tout leur poids dans la balance pour s’opposer à cette décision de la CIBC. C’est donc à 57 % que les actionnaires – petits et grands – se sont opposés à cette rémunération, situation exceptionnelle qui ne s’est produite qu’en 2013. Une majorité d’actionnaires avaient alors refusé le plan de rémunération des dirigeants de Barrick Gold.

Un vote dont les entreprises doivent tenir compte

Ce vote est consultatif, mais il oblige les institutions à revoir leur pratique. La confiance des investisseurs est essentielle aux activités des entreprises en bourse. Et l’adoption d’une législation obligeant le vote consultatif en 2009 au Canada redonne un peu de pouvoir aux actionnaires. On s’entend, ce vote-là ne va pas entraîner une vague d’opposition générale aux rémunérations élevées des dirigeants. Mais c’est un pas dans la bonne direction.

Les actionnaires peuvent se faire entendre et faire pression sur la direction après avoir réfléchi à certains enjeux sociaux et moraux. Et la question de la rémunération est certainement au cœur de l’un des enjeux les plus importants de notre époque : les écarts de richesse. Tant à gauche qu’à droite, les inégalités de revenus ont été identifiées comme étant l’un des risques les plus menaçants pour l’économie mondiale et pour l’ordre social.

La rémunération des PDG des 6 grandes banques canadiennes représente de 75 à 131 fois le salaire moyen de leurs employés, selon le MEDAC, le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires. Les grands patrons de ces banques gagnent de 9 à 13 millions par année. C’est beaucoup, c’est même énorme. On peut facilement dire que c’est exagéré. En retour, les dirigeants de ces institutions ont pour mission de faire fructifier l’avoir des actionnaires, ce qui permet à nos régimes de retraite de générer des rendements importants, année après année.

100 fois la rémunération moyenne, est-ce justifié?

La question : ce travail vaut-il 10 millions de dollars? Ce travail justifie-t-il un salaire qui représente 100 fois le revenu moyen des travailleurs de l’entreprise? Quand on regarde à McDonald’s, Target ou Wal-Mart, la rémunération du PDG est 400, 500, 1000 fois le salaire médian des employés. Est-ce acceptable? Quel est le ratio qu’on peut accepter?

Il est rassurant de savoir que les actionnaires peuvent se prononcer sur ce genre de choses. Il est loin d’être clair et acquis qu’ils vont s’opposer à ces rémunérations. Mais, le pouvoir d’agir, de parler, d’exprimer existe. C’est déjà ça.

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