Archives du collaborateur Gérald Fillion

À propos de Gérald Fillion

Gérald Fillion anime RDI Économie du lundi au vendredi à 18 h 30 et à 22 h HE sur RDI. Il présente et analyse l'actualité économique à la télévision et à la radio de Radio-Canada. Gérald Fillion est journaliste à Radio-Canada depuis 2001. Il est diplômé de l'Institut des valeurs mobilières du Canada et est titulaire d'un baccalauréat en communications de l'UQAM.

L’effet des garderies et les femmes

Lundi 24 novembre 2014 à 13 h 07 | | Pour me joindre

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Ni le gouvernement Couillard ni la commission de révision des programmes dirigée par Lucienne Robillard n’ont analysé l’impact de la hausse et de la modulation des tarifs de garderie. Pourtant, ce programme, considéré comme étant une politique qui a favorisé la natalité et le travail des femmes depuis plus de 15 ans, va subir dans les prochains mois une réforme en profondeur.

Le gouvernement prévoit une hausse des impôts de 140 millions de dollars pour les parents du Québec. La commission Robillard propose de faire passer le tarif quotidien de 7,30 $ à 35 $ et de permettre à tous les parents d’utiliser le crédit d’impôt pour frais de garde.

Si l’impact de la politique n’est pas chiffré, son apport économique depuis plus de 15 ans semble faire consensus autour de la table de la commission de révision des programmes. Robert Gagné, Claude Montmarquette et les autres commissaires affirment que les garderies à 5 et 7 $ ont permis à des dizaines de milliers de femmes d’intégrer le marché du travail. Selon la commission Robillard, le programme des garderies à tarif réduit « a contribué directement à accroître la présence des femmes sur le marché du travail ». Directement, dit la commission!

Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux a probablement avalé son café de travers en prenant connaissance de cette position.

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Martin Coiteux fait partie des économistes qui ont catégoriquement réfuté les analyses, surtout celle d’avril 2012 écrite par Pierre Fortin, Luc Godbout et Suzie St-Cerny, qui faisaient un lien entre les garderies à tarif réduit et l’augmentation du taux d’activité des femmes.

Martin Coiteux écrivait le 18 avril 2012 dans La Presse que la méthodologie des auteurs était fautive et qu’il était impossible de prétendre que 70 000 femmes avaient eu accès au marché de l’emploi grâce au programme des garderies à faible coût. Je vous rappelle que Luc Godbout est le président de la commission sur la fiscalité, instaurée par le gouvernement Couillard.

L’économiste Pierre Fortin en a remis une couche vendredi en affirmant à RDI économie « qu’avec la Prestation universelle pour enfants qui vient d’augmenter au niveau fédéral, avec cette augmentation des frais qui sont à payer lorsque vous faites garder votre enfant au niveau provincial, que ça amène un certain nombre de femmes au retour à la maison ou qu’elles décident de ne pas aller sur le marché du travail. Et ça, c’est dangereux. Pourquoi? Parce que d’ici sept ans, leur mec va foutre le camp de la maison. Et si elles n’ont pas de travail, elles vont être prises à l’aide sociale ».

Selon Pierre Fortin, les garderies à tarif réduit ont aussi aidé à la réduction de 60 % des familles monoparentales dépendantes de l’aide sociale.

Cet aspect des choses n’est pas à négliger. Environ 70 % des conjointes ont des revenus moins élevés que les hommes. Un mariage sur deux finit en divorce. Et plus du tiers des couples vit en union libre.

L’atteinte de l’équilibre budgétaire est nécessaire, tout le monde est d’accord sur cet objectif. Mais à quel prix?

La hausse des tarifs de garderie est, dans les faits, une hausse d’impôt pour les parents qui ont des enfants dans les centres de la petite enfance. Québec annonce le maintien du tarif quotidien à 7,30 $, mais il va augmenter le coût des garderies selon le revenu familial dans les déclarations de revenu des parents. Cette hausse ressemble à la contribution santé.

Explications.

L’ensemble des contribuables paie des impôts pour financer les services publics, comme la santé et le réseau des garderies à tarif réduit. Plus vous gagnez de l’argent, plus vous payez des impôts. Et la contribution des citoyens à des services publics (santé, éducation, garderies, etc.), qu’ils n’utilisent pas nécessairement, dépend de leur revenu.

En complément de l’impôt payé, le gouvernement Charest a introduit en 2010 une contribution santé de 200 $ par personne. Le gouvernement Marois a modifié la contribution santé pour la moduler en fonction du revenu de tous les Québécois, de 0 à 1000 $.

Aujourd’hui, on fait la même chose avec les coûts de garderies, en allant un peu plus loin encore, en demandant spécifiquement aux parents de payer ce qu’on pourrait appeler une nouvelle « contribution garderie » qui viendra s’ajouter aux tarifs quotidiens et à l’impôt payé. Le tarif au jour le jour demeure à 7,30 $, mais, au moment de préparer la déclaration de revenus, les parents devront payer une contribution supplémentaire en fonction de leurs revenus.

Jusqu’à 3300 $ par année

Ainsi, avec la nouvelle modulation du tarif, la « contribution garderie » pourrait atteindre 3300 $ par année pour une famille dont le revenu dépasse 150 000 $.  Le calcul est simple : à 20 $ par jour, 260 jours par année, les coûts de garderie sont de 5200 $. À 7,30 $, ils sont de 1898 $. La différence est de 3302 $. La déduction pour frais de garde d’enfants du gouvernement fédéral sera toujours disponible pour réduire les coûts de garderie.

Ainsi, après l’ajout d’un taux d’imposition et la hausse de la contribution santé par le gouvernement Marois, le gouvernement Couillard annonce bel et bien aujourd’hui une nouvelle hausse d’impôt pour une partie des familles québécoises.

Un mot sur l’universalité

Philippe Couillard affirme que l’universalité, c’est d’assurer un accès à des places en garderie à tarif réduit à toutes les familles, et non pas de faire payer le même tarif à tout le monde. D’abord, sur l’accès, il a raison, c’est une des composantes de l’universalité. Et l’objectif n’a jamais été atteint. Mais l’autre partie, celle du financement, est un élément fondamental de ce qu’est l’universalité.

Un programme public est universel quand il est payé par l’ensemble des contribuables en fonction de leur revenu. C’est le système de l’impôt. Il ne l’est plus si l’État opte pour une solution utilisateur-payeur, comme c’est le cas pour le permis de conduire. Introduire une modulation des coûts de garderie pour les parents seulement est une façon de tendre davantage vers le principe de l’utilisateur-payeur et de s’éloigner de l’universalité.

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Le coeur du Plan Nord s’effondre

Mercredi 19 novembre 2014 à 15 h 54 | | Pour me joindre

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Le Plan Nord, c’est quoi? C’est un potentiel énergétique majeur, c’est beaucoup de forêts, c’est aussi de l’or, du nickel, des terres rares notamment, mais c’est surtout du fer. Le Québec compte trois mines de fer sur la Côte-Nord et c’est, selon le ministère des Ressources naturelles, « la plus importante substance minérale produite au Québec en termes de valeur de production ». Et si les expéditions minières du Québec ont bondi de 2003 à 2011, c’est en bonne partie grâce au minerai de fer, dont l’utilisation mondiale est massive.

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Source : Index Mundi

Or, le prix du fer est en chute libre. Les cours ont baissé de près de 50 % depuis le début de l’année, et le propriétaire américain de la mine du lac Bloom au nord de Sept-Îles, Cliffs Natural Resources, vient d’annoncer son intention de se départir de ses activités dans l’est du Canada. Ça pourrait entraîner la fermeture de la mine du lac Bloom et la mise à pied de 600 personnes.

Le fer dégringole parce que l’offre augmente et que la demande ralentit, un vieux concept en économie. Pour la première fois depuis 2000, la consommation de fer en Chine devrait baisser cette année. La Chine représente 70 % de la demande mondiale en fer. Au même moment, la production de fer augmente, notamment en Australie. Les dernières données statistiques en Chine, sur la baisse des prix des maisons neuves depuis six mois, ont donné un coup de plus dans les jambes de l’industrie. Le prix a chuté de 7 % en deux jours.

Il est clair que les gouvernements ne peuvent pas baser leurs décisions sur les virages et revirements du marché. Mais le gouvernement Couillard doit réaliser que son objectif de générer des revenus en s’appuyant en grande partie sur le Plan Nord n’est pas réaliste à court et moyen termes. En fait, c’est le contraire qui est en train de se produire avec la décision de Cliffs Natural Resources. Le Nord pourrait bientôt perdre près de 600 emplois.

Le Québec doit miser sur une amélioration de la productivité des entreprises pour les rendre plus compétitives dans le marché nord-américain. Les exportations sont en hausse cette année, bonne nouvelle. Mais le travail de fond est fondamental pour permettre aux PME de profiter à long terme du rebond américain, tout en réduisant leur exposition aux fluctuations économiques internationales.

Cette petite phrase, on l’entend souvent depuis quelques mois dans les milieux d’affaires, dans le monde de la culture, chez les meneurs des différents secteurs d’activité. Bien des gens sont d’avis que l’élection de Denis Coderre en novembre 2013 a changé le ton, l’attitude, le visage de Montréal. On est passé d’une ville abîmée par les scandales à une métropole qui a le goût de bâtir son avenir.

Montréal fait face à plusieurs défis, mais l’occasion semble belle pour accélérer ce qui va bien et créer des revirements sur ce qui va mal. Mais, pour ça, tous les acteurs doivent travailler dans le même sens. Or, la réduction des crédits d’impôt dans plusieurs secteurs de l’activité économique de Montréal crée beaucoup d’incertitude. Si, à la base, le gouvernement cherche à réduire son intervention et mieux cibler son action, ses gestes pourraient avoir une portée contre-productive, une crainte exprimée maintes fois depuis l’été dernier.

Je vois Montréal

L’événement du 17 novembre Je vois Montréal incarne le renouveau, la relance, l’innovation et la créativité de Montréal. Cet événement, initié par les hommes d’affaires Jacques Ménard et Michel Leblanc, a pour objectif de mettre en valeur 200 projets d’entrepreneurs. C’est du concret, du réel, des projets solides qui s’appuient déjà sur des sources de financement autres que le gouvernement.

Les personnes qui ont déposé leurs projets doivent s’engager à réaliser ce qu’ils ont proposé. C’est une signature symbolique, mais c’est un geste d’honneur qui est posé pour Montréal parce qu’ils souhaitent développer cette ville qu’ils aiment profondément. Aux gens de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, j’ai demandé ce qu’ils offraient en retour aux entrepreneurs pour les attirer à proposer un projet à Je vois Montréal. Réponse : rien du tout! Ils sont là parce qu’ils y croient tout simplement. « Il se passe quelque chose à Montréal » et ils ont le goût d’être là au moment où ça compte. Il y a décidément une nouvelle vibration à Montréal.

De gauche et de droite

D’ailleurs, des gens de gauche et de droite participent à Je vois Montréal. Des gens de grandes entreprises, de PME et de groupes communautaires ont dit oui à l’invitation de la Chambre de commerce. Des gens de divers horizons s’unissent pour aller de l’avant pour Montréal : du Chantier de l’économie sociale à la Jeune Chambre de commerce de Montréal, de la Caisse de dépôt et placement du Québec au Regroupement des écoquartiers, en passant par la Brasserie Harricana, Bell, la Banque Nationale, la Place des arts et différentes universités. Les idées fusent de partout, et c’est très rafraîchissant.

Montréal a besoin de soutien

La croissance économique de la métropole est la plus faible des grandes villes au Canada. Montréal a du mal à garder ses diplômés, son chômage est élevé et sa croissance démographique est lente. Selon l’Institut du Québec, présidé par l’ancien ministre Raymond Bachand, « il faut d’abord reconnaître l’importance incontournable de la métropole pour l’économie du Québec. Pour tous les ordres de gouvernements, la santé économique de Montréal doit devenir une priorité de chaque instant. Il s’agit d’un changement de paradigme peu banal qui implique au minimum de renoncer à l’automatisme du « mur-à-mur ».

Et sur ce point d’ailleurs, Raymond Bachand est d’avis que le gouvernement Couillard va dans la mauvaise direction en voulant couper dans les crédits d’impôt, un facteur fondamental de compétitivité pour Montréal. Selon l’organisme Montréal international, les crédits d’impôt ont été structurants pour l’économie de Montréal. L’économie du savoir en a particulièrement profité. L’impact d’un investissement de 100 millions de dollars génère presque quatre fois plus de retombées dans les services scientifiques et techniques et presque trois fois plus dans les systèmes informatiques. « Les secteurs de croissance sont globalement ceux qui sont dotés de secrétariats de grappes et soutenus par des crédits d’impôt », selon Montréal international.

Montréal en concurrence

Surtout, Montréal est en concurrence avec plusieurs villes nord-américaines pour attirer de nouveaux investissements créateurs d’emplois. Toujours selon Montréal international, les incitatifs fiscaux ont doublé aux États-Unis depuis 10 ans, et l’Ontario vient de créer un fonds d’aide directe pour les entreprises de 2,5 milliards de dollars sans couper dans ses crédits d’impôt. D’ailleurs, sur ce point, le crédit d’impôt pour les studios de jeux vidéo est de 40 % en Ontario, alors qu’au Québec, le crédit le plus généreux vient de passer de 37,5 % à 30 %.

Des ailes semblent pousser à Montréal. Des ailes pour construire une ville verte, qui s’appuie sur le développement durable, les transports en commun, une culture riche, des investisseurs, des mécènes, des travailleurs qui veulent rester ici, bâtir une famille ici, vivre ici. « Il se passe quelque chose à Montréal », entend-on tous les jours. Les meneurs économiques et politiques sentent-ils cette vibration?

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Deux tableaux.

Le premier illustre la marge de manœuvre exceptionnelle du gouvernement fédéral. Dire que la marge s’est amincie parce qu’Ottawa a révisé à la baisse sa prévision de surplus en 2015-2016, c’est faire fi des choix politiques qui sont faits par le gouvernement Harper. En baissant les impôts, Ottawa décide de se priver de 3 à 5 milliards de dollars de revenus par année. En excluant la baisse d’impôts annoncée pour les familles et les entreprises, et en excluant la réserve de 3 milliards de dollars inscrite au budget, le gouvernement fédéral est déjà en surplus et les excédents vont grandir encore dans les années à venir.

Pour mieux comprendre comment cette marge de manoeuvre s’est créée, grâce notamment aux compressions budgétaires engagées depuis 2012, voir mon billet précédent.

Le deuxième tableau illustre la situation budgétaire du Québec si le gouvernement cessait de verser une somme annuelle dans le Fonds des générations. Ce fonds a été constitué pour mettre des sommes de côté pour réduire la dette à long terme. C’est une forme d’équité intergénérationnelle. Cela dit, il a déjà été question de cesser de financer ce fonds afin de réduire immédiatement le déficit et éventuellement la dette. C’est un choix politique qui pourrait être fait. Si le gouvernement Couillard décidait de ne plus déposer d’argent dans le Fonds des générations, il serait pratiquement à l’équilibre budgétaire.

Le gouvernement du Québec a demandé à la commission Godbout de trouver 650 millions de dollars d’économies pour l’exercice 2015-2016 (prochain budget!). On comprend bien que la commission aurait pu être libérée de cette mission à court terme si le gouvernement avait décidé d’annuler ou de réduire les versements au Fonds des générations.

Certains considèrent que le gouvernement conservateur a volontairement réduit sa marge de manœuvre pour procéder à des compressions budgétaires qui relèvent davantage de l’idéologie que de la nécessité économique. En baissant les impôts des entreprises et la TPS, le gouvernement a réduit de plusieurs milliards de dollars ses recettes financières. Quand la récession a frappé, le parti au pouvoir n’avait plus de marge de manœuvre, a dû injecter des dizaines de milliards de dollars dans l’économie pour plonger le pays dans le déficit le plus important de son histoire en 2009.

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En même temps, le premier ministre Harper et le ministre des Finances Jim Flaherty, décédé en avril dernier, ont tissé patiemment la toile qui nous ramène aujourd’hui à l’équilibre budgétaire et à l’annonce de cadeaux fiscaux à quelques mois d’élections fédérales.

La parenthèse keynésienne de Stephen Harper – celle d’injecter un tas d’argent dans la stimulation de l’économie – a été intense, mais courte. Elle a rapidement fait place à un retour de la vision Harper de l’économie et des finances publiques : un contrôle serré des dépenses, des investissements déterminés au cas par cas et très orientés, un soutien indéfectible au secteur pétrolier, une réduction continue de l’encadrement environnemental et des réductions majeures dans les ministères et les sociétés d’État.

En ce sens, le budget le plus important a été déposé le 29 mars 2012. C’est dans ce budget que le gouvernement a annoncé un imposant plan de réduction des dépenses publiques sur trois ans.

Or, le point ultime de cet effort arrive en ce moment même. L’État est en train de terminer son programme de coupes budgétaires. L’exercice 2014-2015 est celui où les économies récurrentes atteignent la cible envisagée au printemps 2012, soit de 5,2 milliards de dollars.

Ainsi, pendant qu’on coupe, la croissance de l’économie se poursuit, modestement, mais de façon continue. La hausse du PIB dépasse en ce moment les 2 % en moyenne annualisée au Canada. Dans la dernière revue financière, le gouvernement Harper rapporte pour les cinq premiers mois de l’exercice 2014-2015 des chiffres qui expriment clairement l’avantageuse situation financière du pays :

Revenus : 108,2 milliards de dollars +4,2 %

  • impôts des particuliers : +4,3 %
  • impôts des entreprises : +7,7 %
  • TPS : +4,5 %

Dépenses : 109,4 milliards de dollars -1 %

  • Agriculture, agroalimentaire : -43 %
  • Affaires étrangères : -25 %
  • Sociétés d’État : -16 %
  • Emploi et développement social : -11 %

Dans un contexte économique incertain, les revenus montent de plus de 4 %, alors que les dépenses sont en baisse de 1 %. Ça s’appelle de l’austérité. Peut-on en convenir? On n’en parle pas parce que le pouvoir fédéral est moins proche du citoyen dans les services que le gouvernement d’une province. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement Harper coupe dans ses dépenses, tandis que ses revenus bondissent.

Il y a des risques qui sont réels : les Canadiens sont endettés et il y a des bulles immobilières potentielles. Et il y a la chute des cours du pétrole qui pourrait sérieusement réduire les recettes du gouvernement fédéral.

En attendant, on peut apprécier ou dénoncer le plan de match budgétaire du gouvernement conservateur. Mais il y a une chose qui est réelle et indéniable : le plan de Stephen Harper est diablement efficace.

Un plan de relance pour l’économie?

Lundi 10 novembre 2014 à 14 h 34 | | Pour me joindre

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Le nouvel Institut du Québec, un groupe de réflexion unissant HEC Montréal et le Conference Board, publie une étude qui en arrive à la conclusion que l’économie de Montréal a un impact majeur sur le reste de l’économie du Québec.

Vous ne serez peut-être pas étonné par cette conclusion, mais il faut aller plus loin. L’Institut dit que Montréal a un « effet locomotive » extrêmement important pour l’ensemble du Québec. Cet « effet locomotive » est « le deuxième en importance de toutes les grandes villes du Canada ». On dit souvent : quand la construction va, tout va! Il faut dire aussi au Québec : quand Montréal va, tout va!

Regardez ce tableau : la population du Grand Montréal représente environ 50 % de tout le Québec. Mais la contribution du Grand Montréal au PIB québécois est plus grande que sa population, tout comme les impôts payés, les investissements étrangers directs et les brevets.

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Le problème, c’est que la métropole connaît une croissance économique lente. Son taux de chômage demeure au-dessus de la moyenne, la croissance économique est faible, la croissance démographique aussi. Montréal est aussi la championne des pertes de sièges sociaux depuis 15 ans au Canada. Selon l’Institut du Québec, il faut donc un électrochoc.

Dans ce contexte, je me permets de répéter ma question de vendredi dernier, quand on parlait de la chute de l’emploi au Québec : que faut-il pour relancer la confiance dans la province, chez les entrepreneurs de Montréal et d’ailleurs? Comment stimuler les investissements, le marché de l’emploi et l’économie en général?

Je vous ai préparé un tableau à partir des niveaux d’investissements des entreprises depuis trois ans au Québec. Voyez l’effondrement depuis le début de 2013…

Alors, l’État devrait-il orienter son action vers la relance, vers un plan de stimulation économique pour éviter que le Québec ne plonge en récession?

La flamme éteinte…

Vendredi 7 novembre 2014 à 12 h 39 | | Pour me joindre

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Il n’y a aucune source de réjouissance dans les chiffres sur l’emploi publiés pour le Québec en octobre. Rien ne laisse entrevoir une reprise du marché en ce moment. Depuis janvier 2013, l’emploi stagne. Et depuis janvier 2014, l’emploi chute. Brève reprise durant l’été, mais rien de solide. Le bilan depuis un an, c’est l’ajout de 70 000 emplois à temps partiel au Québec, mais la perte de 100 000 à temps plein. C’est très décevant.

Pendant ce temps, la croissance de l’emploi se poursuit en Ontario, et le total pour l’ensemble du Canada continue d’augmenter. Il s’est ajouté plus de 200 000 emplois au Canada cette année jusqu’à maintenant. L’Ontario  a gagné près de 120 000 emplois depuis décembre.

 

 

Que se passe-t-il au Québec? Qu’est-ce qui explique l’absence de vitalité du marché de l’emploi? Qu’est-il arrivé dans les derniers mois et les dernières années pour que le Québec cesse de créer des emplois? Je sais qu’ici, les discussions deviendront partisanes. C’est la faute aux péquistes, diront certains. D’autres vont ironiser  en disant que c’est « l’effet libéral ».

N’y a-t-il pas des explications un peu plus profondes et structurelles? Sans écarter l’effet des décisions politiques, sur lesquelles il est difficile d’aller sans se faire accuser de pencher d’un bord ou de l’autre, prenons le temps d’analyser certains facteurs et événements qui auraient eu un impact sur l’état de santé du marché de l’emploi depuis un an et demi :

  1. La chute des matières premières. Depuis le début de 2013, les prix des matières premières sont en baisse et plusieurs projets miniers ont ralenti leur développement ou reporté des projets. Que ce soit le « Nord pour tous » ou le « Plan Nord », la dégringolade des prix de l’or et du fer a un impact économique réel.
  2. Le Québec tarde à ressentir les effets de la reprise américaine. La croissance des États-Unis est de plus en plus solide. Les économistes de Desjardins écrivent ce matin qu’il « faudra peut-être attendre 2015 pour en voir les effets concrètement au Québec ».
  3. Le secteur privé en Ontario et dans l’ensemble du pays crée de l’emploi. Depuis un an, il s’est ajouté 140 000 emplois au Canada dans le privé, alors qu’au Québec on a perdu près de 50 000 emplois dans les entreprises privées. Pourquoi? Qu’est-ce qui explique la réticence du secteur privé à créer des emplois au Québec?
  4. Fondamentalement, nous en parlons souvent, la structure démographique du Québec change. Le taux d’activité, c’est-à-dire les gens qui travaillent et ceux qui cherchent de l’emploi par rapport à l’ensemble de la population de 15 ans et plus, baisse au Québec. Ce taux est passé de 65,3 % en janvier à 64,4 % en octobre. Beaucoup de gens partent à la retraite.
  5. Si on devait ajouter un aspect politique, on pourrait évoquer la présence d’un gouvernement minoritaire pendant 18 mois, la menace d’augmenter les impôts en septembre 2012 et, aujourd’hui, les mesures d’austérité du gouvernement qui s’accompagnent d’une réduction du soutien aux entreprises.

 

Difficile de montrer du doigt un, deux ou trois éléments précis. Une chose cependant qu’on peut dire, c’est que le climat de confiance doit être rétabli. Pourquoi une entreprise voudrait-elle investir au Québec, créer de l’emploi ici et vivre au Québec? Pourquoi un entrepreneur déciderait-il de se lancer dans un projet d’entreprise ou un projet d’économie sociale en ce moment au Québec?

Qu’est-ce qui stimule l’économie en ce moment, qu’est-ce qui donne le goût aux femmes et aux hommes du Québec d’aller de l’avant avec leurs projets, leurs innovations, leurs idées de grandeur? Qu’est-ce qui peut rallumer la flamme, dites?

Hausse de taxation pour les familles?

Mercredi 5 novembre 2014 à 14 h 04 | | Pour me joindre

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Pendant que le gouvernement fédéral annonce des baisses d’impôt pour les familles avec enfants, le gouvernement Couillard s’apprête à augmenter la taxation de ces mêmes familles au Québec. Le Devoir nous apprend dans son édition de mercredi matin que l’un des scénarios à l’étude prévoit une hausse des tarifs de garderie qui irait de 70 ¢ à 12,70 $ par enfant le 1er avril prochain, soit de 10 % à 174 %.

Le tarif actuel d’une journée dans une garderie subventionnée est de 7,30 $. Il passerait à 8 $ pour les familles dont le revenu total net ne dépasse pas 75 000 $ par année. Il serait ensuite modulé de 8 à 12 $ pour les revenus nets (donc après impôt) de 75 000 $ à 100 000 $. Le tarif quotidien varierait de 12 $ à 15 $ pour les ménages dont le revenu net se situe entre 100 000 $ et 150 000 $. Et il serait de 15 $ à 20 $ pour un revenu net de 150 000 $ à 200 000 $.

Analysons ce que nous révèle ce scénario.

Premièrement, ce document de travail à Québec expose, une fois de plus, le déséquilibre qui s’est dessiné entre plusieurs provinces et le fédéral. La situation budgétaire du gouvernement Harper ne cesse de s’améliorer, alors que celles des provinces comme l’Ontario et le Québec sont préoccupantes. Québec cherche des revenus, tandis qu’Ottawa commence à distribuer les cadeaux en vue des prochaines élections. Et le gouvernement fédéral peut compter sur une marge de manœuvre de plus en plus considérable pour le faire.

Deuxièmement, le gouvernement du Québec continuerait de tendre vers l’option de l’utilisateur-payeur en introduisant une formule de modulation des tarifs en fonction des revenus.

Puis, troisièmement, le gouvernement pourrait se retrouver dans une situation de double taxation des parents s’il ne réduit pas les impôts des contribuables. Pourquoi? Parce que les Québécois paient déjà, dans leurs impôts, la subvention gouvernementale prévue pour le système de garderie. Si on augmente les tarifs, si la part des parents augmente dans le financement des garderies, est-ce à dire que la subvention gouvernementale payée à même nos impôts sera réduite? Donc que les impôts des parents vont baisser. Ce serait étonnant.

Nous l’avons expliqué dans un blogue en septembre : le financement des garderies se fait à 86,5 % par les impôts et à 13,5 % par les tarifs. On a calculé que 2,7 % des impôts vont à la subvention gouvernementale pour les garderies. Plus nos revenus augmentent, plus nos impôts augmentent, plus notre part au système de garderie augmente. La modulation existe déjà :

Deux questions :

  1. Voulons-nous passer à une double taxation des revenus des parents, dont les impôts prévus pour la subvention gouvernementale pour les garderies sont déjà modulés en fonction de leurs revenus, et qui devraient payer un tarif de garderie modulé aussi en fonction de leurs revenus?
  2. Voulons-nous taxer davantage les gens qui ont des enfants en augmentant et en modulant les tarifs?

La classe moyenne ne se meurt pas

Lundi 3 novembre 2014 à 16 h 25 | | Pour me joindre

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Il faut aller au-delà des perceptions. Parfois, on perd prise avec la réalité tellement on croit que ce qu’on perçoit est juste. Les jours passent, les opinions tonitruantes se multiplient, on capte celles qui font notre affaire. Hop! loin de la réalité, nos perceptions deviennent des convictions, solides, ancrées, immuables.

Combien de fois avons-nous entendu que la classe moyenne se rétrécissait, que la classe moyenne était étouffée, qu’il fallait cesser d’en mettre et d’en remettre sur les familles de la classe moyenne? Des programmes politiques complets se font sur le dos de la classe moyenne.

Pourtant, non seulement la classe moyenne ne se rétrécit pas au Québec, mais elle prend de l’ampleur. Dans le cadre d’une étude fouillée et nécessaire, les chercheurs François Delorme, Suzie St-Cerny et Luc Godbout nous apprennent que nos perceptions quant à l’évolution de la classe moyenne nous jouent des tours. Non, la classe moyenne n’est pas morte.

En 1976, 45,8 % des ménages faisaient partie de la classe moyenne. En 2010, cette proportion est passée à 46,7 %. On inclut tous les ménages, que ce soit des couples ou des personnes seules, des parents, des personnes monoparentales, des ménages avec ou sans enfants.

Qu’est-ce que la classe moyenne? On pourrait s’obstiner longtemps sur la définition à donner à la classe moyenne. Les chercheurs Delorme, St-Cerny et Godbout ont voulu comparer des pommes avec des pommes : la classe moyenne, ce sont les ménages dont le revenu se situe entre 75 % et 150 % du revenu médian. Ce « revenu médian », c’est celui qui est en plein centre de tous les revenus. Sur 100 revenus, c’est le 50e.

Ainsi, pour les ménages à une personne, la classe moyenne touche un revenu après impôts qui se situe entre 23 575 $ et 47 152 $. Pour les ménages à deux personnes, le revenu après impôt minimum pour faire partie de la classe moyenne est de 33 340 $. Et on se rend comme ça jusqu’à 66 683 $. Et on continue comme ça : la classe moyenne pour  le couple avec deux enfants se situe entre 47 150 $ et 94 304 $. La famille monoparentale, avec deux enfants, fait partie de la classe moyenne avec un revenu après impôts se situant entre 40 833 $ et 81 670 $.

Une fois la classe moyenne cadrée, les chercheurs en arrivent à des constats extrêmement intéressants :

  1. La classe moyenne se rétrécit quand on ne fait que regarder les revenus de marché, qui incluent les salaires, les placements : sur cette base, 36,8 % des ménages faisaient partie de la classe moyenne en 1976. Cette proportion est tombée à 29,4 % en 2010;
  2. La classe moyenne grandit si on inclut les transferts gouvernementaux et qu’on examine les revenus après impôts;
  3. Les ménages étant plus pauvres que la classe moyenne sont proportionnellement moins nombreux en 2010 qu’en 1976;
  4. Si la proportion des couples avec enfants est moins grande en 2010 qu’en 1976, elle a bondi dans le groupe des ménages qui gagnent plus de 150 % du revenu médian;
  5. Et les familles monoparentales sont fortement passées des ménages les plus pauvres à la classe moyenne;
  6. La composition du ménage évolue et change radicalement.

Ainsi, ce qu’on comprend, c’est que les mesures gouvernementales ont grandement favorisé les ménages avec enfants et ont permis le maintien d’une classe moyenne qui représente presque la moitié des ménages du Québec.

Ce qui frappe, c’est que les couples avec enfants représentaient 49,8 % des ménages en 1976. Aujourd’hui, nous sommes à… 25 %. Les familles monoparentales sont passées de 5,7 % des ménages en 1976 à 18,7 % en 2010. La composition a fortement changé, tout comme la composition de la classe moyenne. Mais, en fin de compte, la proportion de la classe moyenne dans l’ensemble des ménages au Québec est demeurée sensiblement la même.

Cliquez ici pour consulter l’article de  Maxime Bertrand.

Faites-vous partie de la classe moyenne? Faites vos calculs!