Archives du collaborateur Gérald Fillion

À propos de Gérald Fillion

Gérald Fillion anime RDI Économie du lundi au vendredi à 18 h 30 et à 22 h HE sur RDI. Il présente et analyse l'actualité économique à la télévision et à la radio de Radio-Canada. Gérald Fillion est journaliste à Radio-Canada depuis 2001. Il est diplômé de l'Institut des valeurs mobilières du Canada et est titulaire d'un baccalauréat en communications de l'UQAM.

La Caisse et « ses propres convictions »

Mercredi 25 février 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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On est loin des airs de contrition des dirigeants de la Caisse de dépôt en 2008 après l’annonce d’une perte de près de 40 milliards de dollars. Aujourd’hui, la Caisse, ses dirigeants et son pdg Michael Sabia respirent la confiance. On ne sent pas d’arrogance, mais il y a une réelle certitude que la stratégie adoptée est la bonne. La Caisse semble maîtriser son destin.

La grande institution explique dans son communiqué qu’elle mise plus que jamais sur « ses propres convictions » dans la gestion et la composition de ses portefeuilles. Et, à terme, l’objectif est de faire en sorte que 75 % de ses placements soient réalisés en fonction de cette philosophie.

Autrement dit, le recul pris par la Caisse en 2008 sur ses prises de risque et ses façons de faire est maintenant chose du passé. Aujourd’hui, Michael Sabia est convaincu de faire les choses de la bonne façon. Dans la réalité, ce qu’il nous dit, c’est que l’expertise de son équipe de direction est telle qu’il peut très bien ne pas « tenir compte des indices de référence ». Tout simplement!

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On se réjouit certainement des résultats de la Caisse. Mais les bons rendements des dernières années pourraient-ils alimenter un excès de confiance à la tête de la Caisse de dépôt? S’il y a une chose que les déposants ne veulent plus jamais revivre – et Michael Sabia doit sûrement y penser souvent -, c’est l’effondrement de 2008, qui a été provoqué par de mauvais choix d’investissements. Les autres caisses avaient alors affiché un rendement négatif de 18 % parce que les marchés s’étaient écroulés. Mais la Caisse avait fait pire, à -25 %.

Michael Sabia est parvenu à faire remonter le baromètre de la confiance des citoyens envers l’institution qui gère le « bas de laine » des Québécois. Les rendements sont au rendez-vous et la Caisse a développé une stratégie active dans l’économie du Québec. Cette confiance est toutefois fragile. Et le pdg de la Caisse devra mieux expliquer certains choix qui sont faits par son institution.

On pense à deux décisions récentes en particulier : celle d’investir dans la cimenterie de Port-Daniel-Gascons et l’entente conclue entre Québec et la Caisse pour construire et gérer des infrastructures publiques du Québec. La Caisse prend-elle des risques inconsidérés dans ces choix-là? Comment s’assurer que la Caisse ne répond pas à une commande politique?

On peut se demander aussi pourquoi la Caisse a décidé d’augmenter ses investissements dans Bombardier, qui connaît des moments difficiles, et de réaffirmer sa confiance dans SNC-Lavalin qui fait face à des accusations de corruption par la GRC. On imagine que l’institution a fait toutes les analyses nécessaires pour maintenir ou augmenter ces investissements dans ces deux fleurons du Québec.

Nouvelle taxe : un instant…

Mardi 24 février 2015 à 19 h 12 | | Pour me joindre

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Un mot, très court, sur le concept de captation de la plus-value foncière.

Plusieurs s’inquiètent de voir apparaître une nouvelle taxe. Ils n’ont pas tort : ça ressemble à une taxe. Mais, attention, il faut prendre le temps d’expliquer les choses. C’est plus nuancé qu’on pense!

La captation de la plus-value foncière, c’est une façon de faire participer les bonnes personnes au financement d’un service public qui vient, en quelque sorte, les enrichir! Ajouter une station de métro ou de train de banlieue dans un quartier entraînera presque à coup sûr une augmentation de la valeur des propriétés. Une partie de la valeur ajoutée des nouvelles maisons construites tout près d’un service de transport en commun est attribuable à ce service public.

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Alors, on comprend bien que le propriétaire de la maison est gagnant : sa propriété vaut plus cher! Le promoteur est aussi gagnant dans le cadre de la captation de la plus-value foncière, puisqu’il capte une partie de la hausse de valeur grâce à une taxe.

En principe, avec ce concept, tout le monde doit être gagnant. On finance le transport en commun, on engage le promoteur à investir dans ce transport en commun et le propriétaire terrien voit son actif gagner en valeur. Bref, les principaux bénéficiaires se trouvent à financer un service public qui leur rapporte!

Il y a des « mais » Est-ce qu’une telle « taxe » viendra réduire l’accès immobilier à de nouveaux propriétaires? Est-ce qu’une autre taxe viendra étrangler certains ménages, incapables de faire face à une ponction supplémentaire? Est-ce que c’est une façon de céder au privé une partie plus grande du développement du transport en commun avec les avantages et les inconvénients que ça peut comporter?

Taxer n’est pas une pratique populaire en politique, bien que très courante! Le débat en cours sur la captation de la plus-value foncière se fait sur des bases brouillées d’avance. Il serait intéressant de prendre le temps d’analyser ce concept, de voir qui en sortirait gagnant, de voir les impacts négatifs et d’éviter de tomber dans les dérives auxquelles on assiste en ce moment.

Avec les cours du pétrole, le prix de l’essence a baissé dans les derniers mois. Mais avec la remontée des cours plus récemment, les prix de l’essence ont repris de la vigueur. Dans la grande région de Montréal, le prix valse de 1 $ à 1,15 $ environ le litre d’essence ordinaire. On était autour de 1,40 $ l’été dernier.

C’est environ 30 % du prix de l’essence qui est fixe. Peu importe le coût d’achat de l’essence à la rampe, certaines taxes sont immuables, notamment la taxe d’accise fédérale de 0,10 $, la taxe du Québec sur l’essence de 0,192 $ le litre et la taxe de l’AMT de 0,03 $. Le reste fluctue : le pétrole, la TVQ, la TPS, les marges de profits sur le raffinage et le détail.

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Ce n’est pas la première fois qu’on le mentionne, mais il serait intéressant qu’un gouvernement s’y intéresse réellement. Pourquoi le Québec ne réfléchit-il pas à la possibilité d’encadrer les variations de l’essence comme le fait la Nouvelle-Écosse? Non, l’essence ne serait pas moins chère en général, mais le consommateur n’aurait plus à subir des variations surprises. Récemment, à Longueuil, le prix de l’essence a bondi de près de 0,20 $ en 24 heures. C’est inexplicable, c’est surtout inacceptable.

Même si le marché est aux prises avec de fortes variations depuis quelques mois, il serait utile, intelligent et économique de permettre aux citoyens de mieux prévoir leur consommation d’essence. Ce marché est opaque : les marges sont aléatoires, les fluctuations ne sont pas logiques. Le marché est dominé par les grandes pétrolières, qui se comptent pratiquement sur les doigts d’une seule main.

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Les gouvernements profitent des taxes sur l’essence. Mais ils doivent s’occuper d’abord et avant tout de l’intérêt public. S’ils considèrent qu’ils ont le droit de taxer comme ils le font les prix de l’essence, à hauteur d’environ 40 %, il est aussi de leur devoir de s’assurer que le consommateur, citoyen contribuable, ne soit pas berné par des variations illogiques. Ne serait-il pas venu le temps d’agir, enfin?

Du « BS corporatif », vraiment?

Jeudi 19 février 2015 à 13 h 37 | | Pour me joindre

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Doit-on soutenir financièrement des entreprises comme Bombardier et la cimenterie de Port-Daniel-Gascons? Si vous êtes contre l’intervention de l’État ou que vous considérez que le soutien aux entreprises, c’est une forme d’assistance sociale pour les compagnies – ce que certains nomment du « BS corporatif* »– vous n’êtes certainement pas d’accord avec les crédits d’impôt et les garanties de prêts qui ont été accordés dans le passé à Bombardier et dans les investissements effectués par Investissement Québec et la Caisse de dépôt dans le projet de la cimenterie du groupe McInnis en Gaspésie.

Vous pensez peut-être le contraire : l’État a un rôle à jouer dans l’économie et doit utiliser ses piliers pour stimuler les investissements et la création d’emplois, attirer, conserver des entreprises ici. Vous faites sans doute le calcul qu’il est plus rentable d’injecter des centaines de millions dans des projets porteurs pour en tirer des profits à long terme (emplois, impôts, taxes, etc.)

À peu près tous les gouvernements soutiennent leur économie, même ceux qui parlent sans cesse des « bienfaits » du libre marché. Ils le font parce qu’ils ont compris depuis longtemps que le seul marché ne peut pas combler tous les besoins et impératifs d’une société.

Le monde est complexe, certaines industries sont vulnérables aux cycles économiques et quantité d’entreprises n’auraient jamais pu éclore sans une prise de risque plus grande, ce que peuvent faire les investisseurs plus solides comme l’État et ses organismes d’investissements.

Un geste trop rapide pour Bombardier?

Malgré tout, il est normal de remettre en question certains investissements. Alors que Bombardier suscite de vives inquiétudes dans les milieux financiers, est-il prudent d’entendre le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, promettre une aide de l’État si l’entreprise en fait la demande? En sommes-nous vraiment arrivés là?Et sur quoi se base le ministre pour aller aussi loin dans sa promesse?

Nous comprenons tous que Bombardier est un fleuron et qu’il est essentiel de maintenir ces emplois spécialisés au Québec. Mais, puisque l’État gère nos impôts, il y a un minimum de recherches et d’études à faire avant de se lancer dans une aventure qui promet, mais qui comporte sa part de risque. Le ministre pourrait nous informer sur ça.

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Pas de subvention à Port-Daniel-Gascons

Dans le dossier de Port-Daniel-Gascons, c’est le gouvernement Marois qui a donné le signal de départ, un dossier repris par le gouvernement Couillard après une valse-hésitation. Ici, l’objectif, c’est de créer des emplois en Gaspésie. Et de saisir l’occasion de servir de nouveaux marchés d’exportation par la voie maritime.

Le projet bénéficie d’une clause grand-père, puisqu’il a été approuvé dans les années 90. Il n’a pas à être soumis à l’évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Et pour s’assurer que la cour ne vienne pas renverser cette situation, le gouvernement du Québec a décidé d’adopter une loi qui vise à sécuriser – cimenter pourrait-on dire – le projet de Port-Daniel-Gascons.

Il est important de comprendre que dans cette affaire, il n’y a pas de subvention. Investissement Québec, la Caisse de dépôt et la famille Beaudoin-Bombardier investissent 500 millions de dollars en capital dans le projet. Nous sommes actionnaires. Et puis, un syndicat bancaire et Investissement Québec prêtent 600 millions de dollars aux promoteurs. Donc, des intérêts nous seront payés. On ne donne pas d’argent en crédit d’impôt ou en subvention directe.

Il y a des risques, c’est clair, sur les plans financier, économique et écologique. Mais il y a un marché potentiel important pour cette cimenterie québécoise : les projets d’infrastructures américains, surtout ceux de la côte atlantique qui visent à protéger les villes de l’Est des ouragans, de plus en plus nombreux, de plus en plus violents.

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La grande question qui se pose dans le dossier de Port-Daniel-Gascons, elle est écologique. L’entreprise a beau se targuer d’avoir installé des technologies exceptionnelles qui vont réduire l’intensité de ses émissions de gaz à effet de serre. Il n’en demeure pas moins que ce site sera à terme le plus grand émetteur de CO2 du Québec, émission possible dans le pire des cas de 1,76 million de tonnes annuellement.

Est-ce bien raisonnable? Est-ce que le retour sur investissement pour la société québécoise viendra compenser cette charge supplémentaire dans les émissions de gaz à effet de serre?

Il y a plusieurs dimensions à ces enjeux. Ce n’est pas tout blanc, ce n’est pas tout noir. C’est encore une fois très nuancé. Il y a des emplois, des régions, des milieux qui sont en jeu. L’État a un rôle à jouer. Mais, jusqu’à quel point mesure-t-il bien les risques?

* L’expression « BS corporatif » est fautive. BS signifie bien-être social qu’on nomme aujourd’hui aide sociale. Et le mot corporatif est employé de la mauvaise façon, c’est un anglicisme dans ce cas-ci.

Le directeur parlementaire du budget à Ottawa vient de déposer un rapport à la demande de deux députés sur les coûts de la mission canadienne en Irak, la mission Impact. Évaluation : les coûts pour la mission de 6 mois pourraient atteindre 166 millions de dollars. Si cette mission devait être prolongée, les coûts totaux pourraient se rendre à 351 millions de dollars.

Si deux députés de l’opposition à l’Assemblée nationale voulaient avoir une évaluation semblable, sur un autre dossier, par exemple sur l’impact financier de la fermeture des organismes régionaux de développement économique, ils auraient du mal à trouver une évaluation indépendante et dans un court délai. Il est possible que le vérificateur général s’intéresse à certaines questions à la demande du gouvernement. Mais il est peu probable que deux députés d’opposition puissent avoir, de façon simple, ces informations.

Nicolas Marceau commente la mise à jour économique du gouvernement Couillard.
L’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau a proposé ce matin la création d’un bureau du directeur parlementaire du budget, comme il en existe à Ottawa et dans d’autres pays, notamment l’Australie et les Pays-Bas, deux exemples cités par le député en conférence de presse. L’idée n’est pas nouvelle. Le PQ et la CAQ en ont beaucoup parlé dans les dernières années.

Nicolas Marceau a eu la possibilité de faire avancer cette idée lorsque son parti a été au pouvoir de septembre 2012 à avril 2014. Mais il a manqué de temps. Il semble qu’il y avait des dissensions au sein du caucus quant à la pertinence de créer un nouveau poste plutôt que de donner les pouvoirs directement au vérificateur général.

Le député de Rousseau propose qu’un directeur parlementaire du budget soit nommé et puisse avoir trois grands pouvoirs : faire des rapports périodiques sur les finances publiques, évaluer la situation financière du gouvernement juste avant les élections et répondre à des demandes de députés sur des propositions des partis politiques.

Une fois un directeur parlementaire en place, avec la formule proposée par le PQ, « pour la suite des choses, dit Nicolas Marceau, lors des élections, il n’y aura pas de chiffres farfelus […] utilisés par les partis politiques. Ce sera des chiffres fiables, vérifiables, qui auront été vérifiés par le directeur parlementaire du budget ».

Des chiffres farfelus? Je ne sais pas si c’est un aveu de sa part, mais l’ex-ministre met le doigt sur un enjeu important selon moi. En campagne électorale, les partis promettent mer et monde. Et je me rappelle avoir constaté, et l’avoir dit et écrit d’ailleurs, que les propositions électorales sont souvent déconnectées de la réalité.

Alors que le Québec connaît depuis des années une faible croissance économique, que sa dette est élevée et que le vieillissement de la population représente un défi important pour les finances publiques, les milliards pleuvent en campagne électorale.

Deux petits souvenirs à propos de la dernière campagne électorale. Le Parti libéral prévoyait une croissance économique de 2,1 % en 2014 au Québec. Celui qui défendait cette projection, c’est Carlos Leitao, qui prévoyait quelques semaines auparavant à titre d’économiste en chef de la Banque Laurentienne, une croissance de 1,8 %. Finalement, la croissance pour 2014 a probablement été de 1,5 % ou 1,6 %. Les mêmes libéraux nous ont lancé une promesse de créer 250 000 emplois en cinq ans, le genre de chiffres qui impressionnent, mais qui n’est pas absolument pas vérifiable. D’où vient cette projection?

Autre souvenir : avant de partir en élection, le Parti québécois n’a pas présenté, avec le budget Marceau, le budget des crédits pour les ministères. Si on avait eu les chiffres sur les dépenses, nous aurions, comme citoyens, été certainement mieux informés de la situation budgétaire du gouvernement du Québec. Et le nouveau gouvernement n’aurait pas pu appuyer sa stratégie sur des projets de dépenses de 6 et 7 % pour les deux prochaines années.

Cette proposition d’un directeur parlementaire du budget serait bénéfique pour nous, les citoyens. Nous ne pouvons que sortir gagnants d’en savoir plus sur l’état de santé de nos finances, sur les propositions des partis politiques et sur la situation financière du gouvernement au moment d’aller en élections. Ce serait exigeant pour tous les gens qui veulent solliciter notre confiance. Nous aurions su en février dernier que les projections économiques du PLQ étaient plus qu’optimistes et nous aurions pu être mieux informés de la situation budgétaire du gouvernement au moment de la tenue des élections.

3,9 milliards $ ou 2,6 milliards $?

Mercredi 11 février 2015 à 12 h 13 | | Pour me joindre

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Derrière l’enjeu officiel qui est celui d’assurer la pérennité des régimes de retraite municipaux, le gouvernement Couillard a voulu, avec son projet de loi 3 sur les régimes de retraite, donner de l’air aux municipalités.

La preuve en est que cette loi visait tous les régimes, qu’ils soient en déficit ou en surplus, et il comportait plusieurs mesures pour réduire l’engagement financier annuel des municipalités. Autrement dit, peu importe l’état de santé des régimes de retraite, tous devaient passer à la moulinette, point final.

Pour faire passer cette réforme, le gouvernement a vite compris qu’il devait gagner la bataille de l’opinion publique. Et il s’est vite accroché aux chiffres fournis par la Régie des rentes du Québec (RRQ) sur la capitalisation des régimes de retraite. Pour les années 2010, 2011 et 2012, les évaluations fournies par les municipalités ont permis à la RRQ de calculer un déficit de 3,9 milliards de dollars.

Le syndicat a contesté ces chiffres en faisant une contre-vérification auprès des municipalités afin d’obtenir des données plus récentes. Le SCFP était d’avis que le vrai déficit était beaucoup moins élevé, dans une fourchette de 2,2 à 2,5 milliards de dollars.

Aujourd’hui, la nouvelle évaluation de la RRQ, au 31 décembre 2013, se rapproche de ce qu’affirmait la partie syndicale. Avec 96 % des évaluations actuarielles des régimes municipaux, la RRQ affirme que le déficit est de 2,6 milliards de dollars, une baisse de 33 % par rapport à l’évaluation précédente.

pmoreauLa RRQ dit avoir communiqué en novembre dernier une évaluation de 3 milliards de dollars au ministre Moreau, tout juste avant l’adoption du projet de loi 3 sur les régimes municipaux.

Étant donné l’intention affirmée du gouvernement d’aller de l’avant avec sa loi sur les régimes de retraite, il y a fort à parier qu’à 3,9 milliards ou à 2,6 milliards de déficit, le gouvernement aurait déposé la même loi. Mais on peut se demander quand même pourquoi le ministre Moreau n’a pas tenté d’obtenir de nouvelles évaluations plus récentes pour alimenter un débat s’appuyant sur des faits plus près de la réalité?

rangerAujourd’hui, le porte-parole de la Coalition syndicale, Marc Ranger, affirme que le déficit actuariel des régimes municipaux est à 1,6 milliard de dollars au 31 décembre 2014. Ce n’est pas une évaluation officielle. Mais il serait intéressant d’en savoir davantage sur la réalité de ces projections.

L’actuaire Michel Saint-Germain, à notre demande, nous a écrit ce matin que cette projection était probablement optimiste. Si les marchés boursiers ont fait bonne figure en 2014, les taux d’intérêt ont chuté. Il serait étonnant, selon lui, que le déficit ait fondu réellement.

Il est vrai que les marchés fluctuent et que ce déficit total fluctue aussi. Il est clair toutefois que dans tous les débats, peu importe dans quel camp on se situe, nous méritons tous des faits précis, réels et surtout à jour.

Approche comptable

Mardi 10 février 2015 à 12 h 18 | | Pour me joindre

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Si vous doutiez de la philosophie qui anime le gouvernement Couillard, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs est venu préciser les choses lundi soir à RDI économie. Dans le cas du ministère de la Faune à tout le moins, la rentabilité doit être au rendez-vous.

L’approche comptable, celle qui doit permettre d’équilibrer dépenses et revenus, s’applique aussi à la Faune, un ministère qui a une vocation bien particulière, étant donné son expertise et son caractère scientifique.

Le ministère de la Faune doit résorber son déficit, nous a expliqué Laurent Lessard. Et c’est pour atteindre l’équilibre budgétaire à l’intérieur même de cette division du ministère qu’il dirige que Laurent Lessard justifie les compressions annoncées jusqu’à maintenant.

Le Devoir rapporte justement ce matin qu’une centaine de postes auront été supprimés au ministère de la Faune, des compressions nécessaires aux yeux du ministre parce que la section forêt de son ministère paie en ce moment le manque à gagner de la section faune.

Résultat : au-delà de toutes les inquiétudes portant sur la recherche, la surveillance, la connaissance quant aux écosystèmes fauniques, le ministre applique un discours comptable.« Quand je regarde le ministère, sur les 400-450 qui sont des agents de protection, et 400 autres qui sont au service du ministère, j’ai 153 contractuels. Il faut quand même que je me questionne pourquoi c’est comme ça. La mission première repose sur des personnes qui ne sont pas des permanents. Donc, moi, je pense que c’est sain d’analyser ça. »

Il ajoute qu’il « n’appartient pas seulement aux chasseurs et aux pêcheurs de payer la mission ». À la rentrée parlementaire mardi matin à Québec, il a déclaré qu’avant d’aller d’augmenter les permis, il veut faire le tour des dépenses du ministère.

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« Nous sommes profondément atterrés », a déclaré Richard Perron, le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec. Ça ressemble aux coupes du gouvernement Harper dans la science, selon lui. Jeudi dernier, à RDI économie toujours, le biologiste retraité du ministère de la Faune Pierre Dumont allait dans le même sens, affirmant qu’une expertise scientifique coupée peut prendre de 50 à 100 ans à reconstruire.

C’est vrai qu’il est sain d’assurer l’efficacité d’un ministère. Et, dans un cadre de rigueur budgétaire, il n’est pas étonnant que des demandes de compressions soient faites également au ministère de la Faune.

Est-ce raisonnable de procéder ainsi? Est-il approprié d’appliquer la règle du déficit zéro à tous les ministères? Une approche comptable est-elle pertinente quand il est question de recherche scientifique, si essentielle à la compréhension de notre monde?

Depuis plusieurs décennies, c’est toujours le consommateur qui soutient l’économie. Comme sa rémunération a peu augmenté au fil du temps en tenant compte de l’inflation, il a dû s’endetter. Et, aujourd’hui, il est très endetté.

L’État aussi est très endetté. Et il compte sur la croissance de l’économie pour toucher plus de revenus, qui proviennent essentiellement des impôts des particuliers, des entreprises aussi, mais dans une moindre mesure, et des taxes à la consommation. Pour s’assurer que ces revenus vont continuer d’augmenter, les décideurs comptent sur qui d’après vous?

Sur vous!

Nous sommes en 2015. Bien que les consommateurs, qui sont par ailleurs des travailleurs, des citoyens, des parents, des voisins, des chômeurs et j’en passe… bien que les consommateurs soient endettés jusqu’aux oreilles, on continue de tenter de stimuler votre consommation pour faire tourner l’économie et générer des revenus supplémentaires pour l’État.

Mais, attention. Je ne dis pas qu’il faut cesser de consommer. Votre beau-frère, qui est propriétaire de sa quincaillerie, et votre sœur qui a son salon de massothérapie, a besoin de votre consommation. La roue doit tourner pour que tout le monde mange!

Ce qui est embêtant, c’est la consommation à crédit. À très gros crédit. La Banque du Canada nous disait avant les fêtes – et avant de baisser ses taux d’intérêt! – que parmi les ménages endettés, 12 % étaient très endettés et responsables à eux seuls de plus de 40 % de l’endettement au Canada. Ces gens ont des dettes qui représentent 250 % de leurs revenus disponibles. Ça comprend les hypothèques, les prêts automobile, qui ont fortement augmenté dans les dernières années, les prêts personnels, le crédit.

La firme de recherche McKinsey Global Institute nous apprend aujourd’hui que le processus de réduction de l’endettement qui suit habituellement des crises et des récessions a été très limité depuis l’effondrement qu’on a connu en 2008 et 2009. En fait, la dette des pays, des individus et des entreprises est plus élevée aujourd’hui qu’avant la crise dans la plupart des 47 pays étudiés. Ce constat est inquiétant. Nous sommes, plus que jamais, exposés aujourd’hui à d’autres crises et à des menaces plus fortes à la stabilité financière internationale.

Depuis 2007, la dette globale a monté de 57 mille milliards de dollars à près de 200 mille milliards de dollars, 286 % du PIB planétaire. Les pays les plus touchés par la crise, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Irlande ont vu l’endettement des ménages baisser. Mais, ailleurs, notamment au Canada, le taux d’endettement n’a cessé de grimper.

Ce rapport met en lumière la situation du Canada en soulignant que le pays a maintenant un taux d’endettement des ménages plus élevé que les sommets atteints aux États-Unis et au Royaume-Uni avant l’éclatement de la crise immobilière. La dette des ménages canadiens représente 92 % du PIB du pays, comparativement à 77 % aux États-Unis et à 54 % en Allemagne.

Le Canada fait partie des pays où la dette des ménages a le plus augmenté depuis 2007. Le ratio dette/revenus disponibles a monté de 22 points de pourcentage au Canada, tout juste derrière… la Grèce. Regardez ce graphique :

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N’est-ce pas inquiétant?

Comment augmenter les taux d’intérêt dans un tel contexte sans provoquer des faillites à la chaîne? Comment les pays les plus endettés vont-ils parvenir à surmonter ce poids financier sans mettre à risque leur économie et le bien-être de leur population? Comment peut-on aujourd’hui gérer correctement les dettes des gouvernements et les dettes des ménages? Comment la locomotive de la consommation à crédit peut-elle poursuivre sa route à toute vitesse?

Les gros chiffres américains

Lundi 2 février 2015 à 17 h 12 | | Pour me joindre

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Je lis régulièrement que les États-Unis ont perdu le contrôle de leur dette et de leurs finances publiques et que ce pays est tout simplement en faillite. Pourtant, en prenant le temps de regarder les faits, c’est très exactement le contraire qui est en train de se produire. La croissance économique est solide et l’administration Obama est parvenue à faire passer le déficit annuel de 9,8 % en 2009 à 3,2 % en 2015 avec l’objectif de la réduire encore à 2,5 % en 2016.

En fait, le problème, c’est qu’une quantité phénoménale de commentateurs et de politiciens lancent des gros chiffres impressionnants dans l’espace public sans les mettre en contexte et sans que personne ne vienne le faire ensuite. Une dette de 19 000 milliards de dollars paraît indécente à première vue. C’est près de 103 % du PIB américain, alors que le Royaume-Uni, le Canada et la France tournent autour de 90 %. L’Allemagne est en bas de 80 %, alors que l’Italie est à plus de 130 %. Le Japon est à 227 % de son PIB. Ça ne signale pourtant pas de faillite à l’horizon, puisque la dette du pays est détenue essentiellement par les Japonais.

La dette de la Grèce, à titre d’exemple, est de 322 milliards d’euros, soit 363 milliards de dollars américains. La dette américaine est 50 fois plus importante, mais en pourcentage du PIB, celle de la Grèce représente 175 % de son PIB.

La dette, en pourcentage du PIB, n’a jamais été aussi élevée depuis 1950 aux États-Unis. Mais les déficits ne cessent de baisser depuis six ans et la dette est plus faible qu’estimée par l’administration Obama. Et, par rapport au PIB, la dette sera réduite dans les prochaines années, même si sa valeur augmente de 60 % dans la prochaine décennie.

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Les États-Unis sont parvenus à relancer leur économie et depuis 2009 tout en réduisant le poids du déficit, en route vers une baisse également de la lourdeur de la dette. Washington peut maintenant s’attaquer à sa principale faiblesse : les fortes inégalités sociales, les plus importantes des pays occidentaux.

Le président Obama annonce ainsi la fin de l’austérité. À moins de 3 % du PIB, le déficit est sous contrôle, laisse-t-il entendre. Et il est temps de tourner définitivement la page sur l’épisode douloureux de la crise financière et de la grande récession. Il propose essentiellement de :

  • taxer davantage les gains en capital en s’assurant que ce sont les 1 % les plus riches qui seront surtout touchés par cette mesure : 99 % de la hausse serait épongée par les 1 %;
  • taxer davantage les profits des entreprises américaines réalisées à l’étranger;
  • investir dans les infrastructures, l’éducation, les familles et les garderies.

Tout est relatif. Les États-Unis représentent la locomotive économique mondiale avec des notes de crédit élevées et des coûts d’emprunt très faibles. Le dollar américain est la devise privilégiée par les investisseurs. La croissance économique est solide. Bref, malgré une dette qui a l’air d’un gouffre sans fond, la situation américaine ne cesse de s’améliorer.

Nuages à Ottawa, soleil à Québec!

Vendredi 30 janvier 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le gouvernement Couillard peut dire merci à la bonne Providence! La péréquation augmente, les taux d’intérêt baissent, le prix de l’essence recule, le dollar canadien dégringole, la croissance américaine est solide.

Au final, les finances publiques du Québec en profitent. Les revenus augmentent. Pour les sept premiers mois de l’année, les revenus des impôts des particuliers ont augmenté de 3,3 %, les revenus des taxes à la consommation ont monté de 3,4 % et ceux provenant des impôts des sociétés ont bondi de 10,6 %.

Résultat : le gouvernement affiche, avant les versements au Fonds des générations, un surplus de 227 millions de dollars pour les sept premiers mois de son exercice 2014-2015, comparativement à un déficit de 860 millions de dollars au cours de la même période en 2013-2014. Il faut dire que les mesures d’austérité appliquées à Québec contribuent également à ce surplus. La hausse des dépenses de programmes a été contenue à 1,3 % seulement avec des hausses de dépenses de seulement 2,4 % en santé et services sociaux et 1,3 % en éducation et culture. Ces deux missions gouvernementales représentent 75 % des dépenses de programmes.

soleilAu rythme où vont les choses, Québec pourrait afficher un déficit moins important que ce qui est prévu cette année à un peu plus de 1 milliard de dollars. Les coûts d’intérêt ont baissé de 150 millions au cours des sept premiers mois de l’année ,même si l’endettement du Québec a augmenté.

Et les revenus de taxation grimpent plus rapidement qu’attendu. L’occasion économique qui se présente au Québec, avec la chute du dollar, du pétrole et des taux d’intérêt, pourrait générer des revenus encore plus élevés d’ici la fin de l’exercice.

Honnêtement, malgré les inquiétudes maintes fois répétées sur les finances du Québec, sur un budget de 100 milliards de dollars, le Québec est pratiquement à l’équilibre budgétaire. Et je pense que c’est important d’appuyer encore sur le fait que la conjoncture économique favorise le Québec, une occasion que le gouvernement Couillard pourrait saisir en misant sur des mesures d’accélération économique : investissements, exportations, création d’emplois.

Politique d’austérité à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, la marge de manœuvre du gouvernement fédéral rétrécit. Comme on l’a clairement constaté en 2008, le gouvernement Harper s’automutile en réduisant sa capacité de réaction à coup de baisse de taxes et d’impôts. Aujourd’hui, après avoir promis longtemps que l’équilibre budgétaire arriverait en 2015, le gouvernement doit trouver des solutions pour respecter son engagement.

Avec la réduction des impôts offerte à 4 millions de ménages en novembre dernier, le gouvernement fédéral sera obligé de piger dans sa réserve de 3 milliards de dollars pour combler une partie du manque à gagner pétrolier et arriver au déficit zéro en 2015-2016.

nuagesL’économie a ralenti en novembre, baisse de 0,2 % du PIB. Et le déficit pour les huit premiers mois de l’exercice 2014-2015 est à 3,3 milliards de dollars. Cela dit, les revenus augmentent toujours, les coûts d’intérêt sont en baisse, alors que les dépenses du gouvernement baissent. La politique d’austérité mise en œuvre il y a trois ans n’est pas terminée : les dépenses de programmes sont en baisse de 2 % depuis le début de l’exercice.

Les rôles sont inversés : les nuages s’amoncellent à Ottawa, tandis que le soleil commence à briller au Québec. Et il n’y a pas un météorologue qui l’avait prévu!