Blogue de Gérald Fillion

Le début de la fin du pétrole?

Lundi 14 décembre 2015 à 16 h 47 | | Pour me joindre

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C’est un peu fort en ketchup d’annoncer la fin du pétrole, j’en conviens! De là le point d’interrogation! Si l’accord de Paris sur le climat a le mérite d’avoir rassemblé 195 pays autour d’objectifs communs, les cibles de réduction de gaz à effet de serre devront être plus ambitieuses que ce qui a été annoncé jusqu’à maintenant pour contenir le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.

Le monde ne se dirige pas avec empressement, disons-le comme ça, vers la fin du pétrole. Mais il y a les signaux d’une baisse d’intérêt à en produire davantage. Et dans 100 ans, ceux qui liront ce texte dans les grandes archives du web (qui aura peut-être disparu, qui sait!) se diront peut-être qu’on voyait juste ou qu’on était complètement dans le champ, finalement!

En fait, si on ne peut pas prévoir la fin du pétrole, il y a deux facteurs qui pourraient tout de même entraîner un ralentissement des investissements dans ce secteur : le prix et l’écologie.

Chute des prix de 65 %

Vous le savez, les cours du pétrole se sont effondrés depuis juin 2014. À Londres, le BRENT est passé de 115 $ le baril à moins de 40 $ aujourd’hui, perdant ainsi les deux tiers de sa valeur.

Dans la foulée, de nombreuses entreprises ont ralenti leurs projets d’investissements pour développer de nouveaux gisements qui coûtent toujours un peu plus cher à mettre en branle. Des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi. L’Alberta est en récession, et son gouvernement s’enlise dans les déficits. Et personne n’ose s’avancer sur une reprise prochaine et solide des cours du pétrole.

Le Canada est particulièrement touché par cette crise. Parce que son pétrole n’arrive pas à trouver de nouveaux débouchés avec les projets d’oléoducs qui sont bloqués, et parce que les Américains ont largement augmenté leur production depuis 10 ans, le Canada est un des pays du monde qui doit vendre son pétrole à un prix plus bas que les marchés connus, comme le WTI américain ou le BRENT londonien qui se situent entre 35 et 40 $ le baril.

Au Canada, le prix courant pour ce qu’on appelle le « Western Canada Select » dépasse à peine 20 $. C’est plus bas encore que le prix que peuvent obtenir les producteurs saoudiens, iraniens, irakiens ou vénézuéliens. Le prix canadien est en baisse de 75 % depuis juin 2014. Le prix du pétrole issu seulement des sables bitumineux est à 13 $ le baril, selon Bloomberg, une glissade de 80 % en un an et demi.

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Des risques écologiques, économiques et politiques

Au Québec, le premier ministre Philippe Couillard place l’enjeu sur le plan de la protection de l’environnement. Plus il parle du pétrole d’Anticosti, plus le chef du gouvernement du Québec semble fermer la porte à une exploitation des ressources fossiles de l’île. À Paris, le 5 décembre, il a dit que « s’il y a le moindre risque, le moindre risque pour ce milieu naturel extraordinaire qu’est Anticosti, le projet n’aura pas lieu ». Vendredi, à Québec, il a ajouté que « le délabrement de ce milieu naturel unique ne portera pas ma signature ».

Il est clair que, sur le strict plan politique, le premier ministre ne pourrait éprouver que des difficultés d’ici la prochaine élection québécoise en 2018, en s’évertuant à vouloir produire du pétrole sur l’île d’Anticosti. Le prix de la ressource est faible, les experts ne s’entendent pas sur les retombées économiques potentielles, les risques financiers pour le gouvernement sont élevés tout comme les risques environnementaux. Exploiter le pétrole d’Anticosti n’est pas une solution dans le contexte actuel. Si le baril était à plus de 100 $, comme on l’a vu dans le passé, l’analyse serait différente sur le plan économique, mais le défi serait le même sur le plan environnemental.

Un mouvement de désinvestissement est aussi engagé. De grands fonds d’investissement ont décidé de déplacer leur argent dans des secteurs moins vulnérables aux politiques environnementales et aux risques associés aux changements climatiques. Selon l’ONG 350.org, plus de 500 groupes ont retiré leurs investissements des secteurs du gaz, du pétrole et du charbon. Ces institutions gèrent des actifs évalués à près de 5000 milliards de dollars canadiens.

Il est difficile de croire que nous n’aurons plus besoin de pétrole un jour. Cela dit, la ressource est limitée, les prix sont faibles et le défi climatique est colossal. Il n’est pas étonnant dans les circonstances de voir des gouvernements et des investisseurs se détourner des énergies fossiles pour miser davantage sur les énergies renouvelables.