Billets publiés en décembre 2015

Sur les plans économique et financier, l’année 2015 au Canada aura été difficile, il faut se le dire franchement. L’économie ne va pas très bien, les marchés boursiers ont offert un rendement négatif, la création d’emplois est faible et… le Canadien ne sait plus comment faire pour gagner! Mais ça, c’est une autre histoire.

Nous voici aux portes de l’année 2016. Voici 20 choses que vous devez savoir!

FINANCES, FISCALITÉ ET PRIX DES TIMBRES!

  • Baisse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus entre 45 000 $ et 90 000 $ passera de 22 % à 20,5 %;
  • Hausse d’impôt : dès le 1er janvier, le taux d’imposition fédéral sur les revenus au-dessus de 200 000 $ passera de 29 % à 33 %;
  • Baisse des droits au CELI : en 2016, il vous sera permis de déposer 5500 $ dans votre CELI en plus des droits disponibles des années passées. L’ancien gouvernement avait fait passer ce montant à 10 000 $ pour l’année 2015. Les libéraux ramènent le plafond à 5500 $;
  • Baisse de cotisations à l’assurance parentale au Québec : dès le 1er janvier, réduction de 2 %;
  • Hausse de prestations de la RRQ et du RPC : en 2016, hausse des rentes de 1,2 % au Québec et de 1,3 % pour le Régime de pensions du Canada;
  • Hausse de cotisations à la RRQ : le taux employé/employeur passera en 2016 de 10,50 % à 10,65 %;
  • Changements fiscaux au Québec : dès le 1er janvier, bouclier fiscal pour amoindrir l’effet de l’impôt sur une hausse des salaires et bonification du crédit d’impôt pour travailleurs expérimentés;
  • Hausse des frais de garderie au Québec : dans votre déclaration de revenus, vous devrez payer les frais supplémentaires exigés avec la nouvelle modulation des tarifs en fonction de vos revenus. Consultez le calculateur du ministère des Finances : http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/Budget/outils/garde_fr.asp;
  • Hausse du tarif de base des services de garde subventionnés au Québec : le 1er janvier, le tarif passera de 7,30 $ à 7,55 $ par jour, par enfant;
  • Allocation canadienne pour enfants : une nouvelle prestation pour les familles sera annoncée dans le premier budget du ministre des Finances Bill Morneau en février ou en mars. Cette allocation remplacera les prestations actuelles pour les ménages avec enfants et ne sera pas imposable, ont promis les libéraux;
  • Crédit d’impôt pour fonds de travailleurs à 15 % : le budget doit nous donner la réponse sur le retour du crédit d’impôt fédéral de 15 % sur les investissements faits dans un fonds de travailleurs, comme le Fondaction CSN et le Fonds FTQ. Les libéraux l’ont promis;
  • Les timbres, au même prix : la hausse prévue pour 2016 des timbres-poste est annulée.

LA BOURSE, LE DOLLAR, LES TAUX, LES BULLES!

  • Non, on ne fera pas de projections boursières pour 2016. Aucune idée! Tout ce que je peux vous dire, c’est que 2015 a été décevante. Le S&P/TSX à Toronto a perdu 10 % entre le début de l’année et Noël. Le S&P 500 à New York a offert un beau gros 0 %;
  • La chute du prix du pétrole s’est accélérée en fin d’année : baisse de 30 % en 2015 des cours du pétrole, sous les 40 $ le baril. Allons-nous descendre plus bas en 2016, comme l’Arabie saoudite et l’OPEP maintiennent la pression sur le marché? L’offre continue d’augmenter plus rapidement que la demande et ça va se poursuivre avec le retour à la normale dans les exportations de pétrole en Iran;
  • Le dollar canadien est passé de 0,86 à 0,72 $ US en 2015. Plusieurs économistes prévoient qu’il tombera sous les 0,70 $ US en 2016;
  • Selon plusieurs économistes, des hausses de taux d’intérêt sont à prévoir aux États-Unis, mais une baisse est possible au Canada. Question : jusqu’où va-t-on stimuler le marché immobilier? Il y a déjà de dangereuses bulles à Toronto et à Vancouver. Et je ne parle pas de bulles de champagne!

TOUT EST ÉCONOMIQUE ? OU TOUT EST POLITIQUE?  

  • Élections aux États-Unis en novembre 2016 : Hillary Clinton devrait être la candidate démocrate contre Ted Cruz, Marco Rubio, Donald Trump ou qui encore chez les républicains? Cette élection aura un effet sur les relations entre le Canada et les États-Unis. L’accord de Partenariat transpacifique (PTP) pourrait tomber à l’eau si Hillary Clinton est élue et maintient son opposition. Le projet d’oléoduc Keystone pourrait revivre si les républicains sont portés au pouvoir;
  • Après l’austérité, la rigueur et tutti quanti, une année d’investissements? Le Québec est en surplus et le premier ministre Philippe Couillard a clairement dit, dans ses entrevues de fin d’année, que 2016 serait l’année du « réinvestissement ». Au Canada, le nouveau gouvernement Trudeau a prévu d’enregistrer des déficits de 10 milliards de dollars et plus par année pour investir dans les infrastructures, baisser les impôts et stimuler l’économie;
  • Réforme fiscale au Québec? Après le dépôt du rapport Godbout, le gouvernement Couillard a montré de l’intérêt pour un remodelage de la fiscalité au Québec, mais il semble avoir perdu de son élan. Que nous réserve le prochain budget Leitao?
  • Et quelles seront les nouvelles cibles de réduction de gaz à effet de serre au Canada? Le premier ministre Trudeau a promis un plan en 2016.

Joyeux Noël, joyeuses Fêtes, bonne année 2016! Succès, bonheur, paix, santé, prospérité!

2015 : climat, pétrole, récession

vendredi 18 décembre 2015 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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En venant travailler ce matin, je me disais que c’était donc pratique de marcher jusqu’à l’autobus, puis jusqu’au travail en chaussures et en petit manteau d’automne. J’ai presque sorti mes gants, imaginez! Un matin de décembre à New York ressemble à ça, mais ce n’est pas trop normal pour Montréal, n’est-ce pas?

Un voisin me disait cette semaine qu’il en avait vu, des Noëls sans neige. Et que le phénomène El Nino y est probablement pour quelque chose cette année. N’empêche que d’année en année, on bat des records de températures sur notre belle planète pendant que l’activité humaine ne cesse de réchauffer la Terre.

C’est sur cette note que 2015 se termine. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres enjeux qui nous préoccupent et qui retiennent notre attention. Mais l’enjeu climatique, longuement discuté à Paris au cours des deux premières semaines de décembre et qui a mené à un accord à 195 pays, est certainement le défi économique de notre époque. Et ces jours très doux de décembre semblent nous servir d’exemple ou de rappel de la tâche à accomplir pour limiter les dégâts. Parce que c’est de ça dont il s’agit : limiter le réchauffement et non l’empêcher.

Cette année qui s’achève est donc celle d’un espoir : celui de voir les dirigeants du monde se rassembler autour d’un objectif commun. L’accord de Paris est exceptionnel parce que la planète s’est entendue sur un texte, sur un plan de match. Maintenant, à chacun d’établir ses cibles pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Tous devront en faire plus. Les cibles connues pour l’instant ne permettront pas de limiter le réchauffement à 1,5 ou à 2 degrés Celsius.

1- L’accord de Paris

L’accord de Paris est donc l’événement économique de 2015 à mes yeux. On ne peut pas espérer un développement, une prospérité et une croissance durable sans un programme sérieux en matière d’impact environnemental. Il faut réduire notre empreinte carbone, il faut miser sur les énergies renouvelables et les innovations vertes. La décarbonisation de l’économie est en cours. Des investisseurs, des dirigeants d’entreprises, des économistes l’ont compris.

L’entente conclue à la Conférence des Nations unies servira de guide, de cadre pour la suite des choses. Si elle n’est pas aussi exigeante que plusieurs l’auraient voulu, elle est mieux que l’absence d’accord. Elle réunit le monde sur des objectifs précis. L’engagement vaut cher.

parisIl faut donner au gouvernement français, à François Hollande, à Laurent Fabius et à Ségolène Royal le crédit pour cet accord. Beaucoup d’énergies ont été investies dans la réussite de cette conférence. Si l’accord de Paris est l’événement le plus marquant de l’économie en 2015, les leaders français doivent être considérés comme étant les personnalités économiques de l’année. Cet accord aura plus d’effet et sera franchement plus important sur le plan historique et économique que les événements en Grèce.

2- Le drame grec

Cela dit, ce qui s’est passé en Grèce aura aussi marqué 2015. Un nouveau gouvernement de gauche, qui tient tête au FMI avant de céder aux demandes des créanciers pour être finalement reporté au pouvoir en septembre. La tragédie grecque a été totale. Rocambolesque, elle nous a fourni plusieurs épisodes dans nos bulletins d’informations. Le film, toutefois, est répétitif : la dette grecque est insoutenable, l’austérité exigée est trop difficile à imposer et à supporter, et le drame grec risque de se jouer encore.

3- La chute du pétrole

La chute du pétrole s’est poursuivie en 2015. Et contrairement à ce que les économistes nous ont souvent expliqué, la baisse des prix de l’énergie n’a pas galvanisé l’économie mondiale. Au contraire, cette chute des ressources s’accompagne d’une montée d’incertitude qui ramène les investisseurs vers les actifs américains jugés les plus sûrs. La hausse du taux directeur en décembre par la Réserve fédérale, une première en près de 10 ans, ne viendra qu’accentuer cette ruée vers les actifs américains.

La chute du pétrole pourrait se poursuivre pendant que la Chine continue de décélérer et que l’Arabie saoudite refuse de céder un millimètre sur ses parts de marché. Un bras de fer est engagé avec les États-Unis et la Russie, mais surtout avec l’Iran, qui est de retour dans le marché mondial du pétrole avec la levée des sanctions internationales. L’Arabie saoudite ne veut rien céder et l’offre de pétrole demeure abondante, largement plus élevée que la demande.

4- Au Canada : récession, baisse de taux et chute du dollar

L’effondrement du pétrole a entraîné notre dollar canadien en glissade constante. Selon l’économiste en chef de Desjardins, François Dupuis, le dollar tombera sous les 70 ¢US. Les exportateurs pourraient en profiter, mais ils sont aux prises avec une concurrence de plus en plus vive auprès de leur premier partenaire, les États-Unis, qui se tournent de plus en plus vers les produits chinois.

moreanLe Canada affronte aujourd’hui de nouveaux défis structurels. Et comme me l’écrivait l’économiste Jean-Pierre Aubry il y a quelques jours, la récession qu’a connue le Canada dans la première moitié de 2015 n’est pas un accident, mais un avertissement.

Le Canada dépend trop des ressources naturelles. La productivité est trop faible, la chute du dollar canadien n’est plus le signal automatique d’une formidable reprise pour les manufacturiers et les exportateurs. Et le Canada, et surtout le Québec, connaît un vieillissement marqué de sa population.

Il faut ajouter l’endettement des Canadiens, qui soulève des inquiétudes, et l’apparition d’une bulle immobilière dans certains marchés, des zones à risque, selon le ministre des Finances Bill Morneau et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz.

La réponse des autorités sera importante pour l’avenir économique du pays. Le nouveau gouvernement veut stimuler l’économie et le moment est sans doute propice à une telle approche. Et la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser de nouveau son taux directeur après l’avoir fait à deux reprises en 2015. Le gouverneur Poloz a même évoqué la possibilité (très peu probable) d’amener le taux directeur en territoire négatif.

5- Les jeunes entrepreneurs

Cette année 2015 nous donne un autre espoir, celui de la place qu’entend prendre la génération Y, les jeunes qui ont aujourd’hui 18 ans, 25 ans, 30 ans. Les jeunes Québécois veulent se lancer en affaires. Ils ont de bonnes idées, ils sont nés avec les technologies, les applications, ce sont des créateurs de solutions. Ils sont créatifs et ils n’ont pas peur de foncer et de se lancer. Ils n’ont pas de barrières géographiques, mentales, culturelles. Ils respirent en français, travaillent souvent en anglais, apprennent une troisième puis une quatrième langue.

L’indice entrepreneurial du Québec nous apprenait récemment que 20 % des Québécois ont l’intention de se lancer en affaires. C’est probablement l’effet des Taillefer, Archambault, Brown, Dutil et j’en passe. Chez les 18-34 ans, ce taux double à 37 %. C’est phénoménal. J’ai interrogé une entrepreneure de 21 ans à RDI économie cet automne, Frédérique Rioux, qui a fondé Millenya, qui organise des événements.

La génération Y n’est pas individualiste. Elle a une vision de la société différente des autres générations. Elle a un rapport au monde qui n’est pas le même que le mien ou celui de mes parents. Les jeunes habitent le monde, via les médias sociaux, interagissent avec lui, voyagent, s’expriment, s’engagent. Ils sont conscients des vrais défis de notre époque : l’environnement et les inégalités sociales.

Ce genre de choses me rend très optimiste.

Pendant que la Réserve fédérale des États-Unis annonce une première hausse de son taux directeur en neuf ans, la Banque du Canada, elle, parle de taux négatif et de ménages trop endettés, de marchés surévalués et de « pockets of risk », des zones à risque de surchauffe, essentiellement à Toronto et à Vancouver.

Comment expliquer que l’économie américaine puisse absorber une hausse de taux d’intérêt, alors que le Canada semble s’engluer dans une lente croissance économique et une banque centrale de plus en plus accommodante?

Quelques réflexions sur le sujet…

1- L’économie américaine est beaucoup plus diversifiée que la nôtre. La chute des ressources nous a bien fait voir la fragilité de l’économie canadienne. C’est pas moins de 20 % du PIB canadien qui s’appuie sur les ressources naturelles. Ce seul secteur a rapporté, en moyenne, par année, entre 2009 et 2013, 26 milliards de dollars aux différents paliers de gouvernement.

2- Le gouvernement américain a largement soutenu son économie de 2008 à 2011 pour assurer la reprise. La croissance des dépenses a recommencé à s’accélérer en 2014. Certains économistes sont d’avis que le gouvernement aurait dû en faire plus. D’autres ont reproché à l’administration Obama d’avoir alourdi la dette du pays. Au Canada, le gouvernement Harper a ralenti sensiblement la croissance des dépenses publiques de 2011 à 2015. Le graphique suivant montre que la croissance américaine a été parmi les plus fortes des pays riches entre 2011 et 2014.

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3- Le marché du travail aux États-Unis est jugé plus « flexible » qu’au Canada. Le salaire minimum est plus faible, le niveau de productivité est plus élevé. Ces caractéristiques du marché américain ont peut-être favorisé la baisse du chômage et la reprise économique. Toutefois, l’envers de la médaille, c’est que les États-Unis sont le pays riche le plus inégalitaire de la planète. Ce pays est puissant, c’est la première économie du monde. Mais, les écarts de richesse sont grands. Des dizaines de millions de personnes vivent dans la pauvreté. Plusieurs doivent occuper deux ou trois emplois pour espérer joindre les deux bouts. Tous les indices sociaux laissent voir un niveau d’inégalité élevé aux États-Unis, si bien qu’on peut se demander si la façon de faire des Américains en terme de croissance de la richesse est un modèle à suivre.

L’incertitude plane au Canada

Quoi qu’il en soit, la réalité aujourd’hui, c’est que les États-Unis sont en croissance, le niveau de chômage est faible et la banque centrale juge qu’elle peut recommencer à hausser ses taux d’intérêt. Elle fera, sans doute, preuve de prudence en évitant une succession rapide de hausses de taux. Au Canada, le niveau d’endettement des ménages est élevé, on craint l’éclatement de bulles immobilières dans certains marchés et la croissance économique tout comme les finances publiques sont malmenées par la chute des cours des ressources, surtout du pétrole.

Plusieurs économistes affirment que la Banque du Canada pourrait songer à une baisse de taux en 2016 et attendra certainement 2017 avant d’envisager une hausse de taux. L’écart entre les taux américains et canadiens est donc appelé à grandir, ce qui pourrait faire chuter davantage le dollar canadien. Une telle situation pourrait finir par stimuler davantage les exportateurs canadiens. Mais, sur d’autres plans, le Canada est désavantagé, notamment pour ce qui est des importations alimentaires, car 80 % des fruits et légumes, par exemple, sont importés.

L’économiste Jean-Pierre Aubry me fait remarquer que Statistiques Canada a rapporté mardi une baisse importante de la valeur du patrimoine national, soit la valeur des actifs non financiers au Canada. En raison de la chute des prix des ressources naturelles, la valeur des actifs a chuté de 190 milliards de dollars, l’équivalent de 9,5 % du PIB canadien.

« La baisse de la valeur de notre monnaie reflète également la baisse de notre richesse collective, selon Jean-Pierre Aubry. La valeur de nos importations est proche de 30 % de notre PIB. Si ces biens et services importés coûtent 33 % plus cher en raison de la dépréciation du dollar, cela implique un coût supplémentaire d’une valeur de 10 % de notre PIB. […] Le choc que nous subissons est important. »

Stimuler la croissance

Dans les circonstances, plusieurs experts soulignent que les investissements publics prévus par le nouveau gouvernement à Ottawa seront certainement bénéfiques à l’économie. S’il est vrai que les déficits seront plus importants que prévu, peut-être à 0,8 % du PIB au lieu de 0,5 %, il faut espérer que l’économie s’en portera mieux et que les nouvelles richesses créées produiront de nouveaux revenus pour les citoyens et l’État.

N’oublions pas que le gouvernement Trudeau a prévu un retour à l’équilibre budgétaire en 2019. Pour y arriver, il faudra que la croissance économique soit plus forte. Sinon, ce sont des compressions budgétaires qui devront être ramenées sur la table et peut-être une hausse de taxation.

Déjà, mardi, le ministre des Finances Bill Morneau a laissé planer la possibilité que le gouvernement puisse augmenter la TPS. Il est clair, en tout cas, que la réduction des taxes et des impôts depuis 10 ans au pays a largement amputé la marge de manoeuvre du gouvernement.

Le début de la fin du pétrole?

lundi 14 décembre 2015 à 16 h 47 | | Pour me joindre

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C’est un peu fort en ketchup d’annoncer la fin du pétrole, j’en conviens! De là le point d’interrogation! Si l’accord de Paris sur le climat a le mérite d’avoir rassemblé 195 pays autour d’objectifs communs, les cibles de réduction de gaz à effet de serre devront être plus ambitieuses que ce qui a été annoncé jusqu’à maintenant pour contenir le réchauffement à 2 degrés Celsius d’ici 2100.

Le monde ne se dirige pas avec empressement, disons-le comme ça, vers la fin du pétrole. Mais il y a les signaux d’une baisse d’intérêt à en produire davantage. Et dans 100 ans, ceux qui liront ce texte dans les grandes archives du web (qui aura peut-être disparu, qui sait!) se diront peut-être qu’on voyait juste ou qu’on était complètement dans le champ, finalement!

En fait, si on ne peut pas prévoir la fin du pétrole, il y a deux facteurs qui pourraient tout de même entraîner un ralentissement des investissements dans ce secteur : le prix et l’écologie.

Chute des prix de 65 %

Vous le savez, les cours du pétrole se sont effondrés depuis juin 2014. À Londres, le BRENT est passé de 115 $ le baril à moins de 40 $ aujourd’hui, perdant ainsi les deux tiers de sa valeur.

Dans la foulée, de nombreuses entreprises ont ralenti leurs projets d’investissements pour développer de nouveaux gisements qui coûtent toujours un peu plus cher à mettre en branle. Des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi. L’Alberta est en récession, et son gouvernement s’enlise dans les déficits. Et personne n’ose s’avancer sur une reprise prochaine et solide des cours du pétrole.

Le Canada est particulièrement touché par cette crise. Parce que son pétrole n’arrive pas à trouver de nouveaux débouchés avec les projets d’oléoducs qui sont bloqués, et parce que les Américains ont largement augmenté leur production depuis 10 ans, le Canada est un des pays du monde qui doit vendre son pétrole à un prix plus bas que les marchés connus, comme le WTI américain ou le BRENT londonien qui se situent entre 35 et 40 $ le baril.

Au Canada, le prix courant pour ce qu’on appelle le « Western Canada Select » dépasse à peine 20 $. C’est plus bas encore que le prix que peuvent obtenir les producteurs saoudiens, iraniens, irakiens ou vénézuéliens. Le prix canadien est en baisse de 75 % depuis juin 2014. Le prix du pétrole issu seulement des sables bitumineux est à 13 $ le baril, selon Bloomberg, une glissade de 80 % en un an et demi.

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Des risques écologiques, économiques et politiques

Au Québec, le premier ministre Philippe Couillard place l’enjeu sur le plan de la protection de l’environnement. Plus il parle du pétrole d’Anticosti, plus le chef du gouvernement du Québec semble fermer la porte à une exploitation des ressources fossiles de l’île. À Paris, le 5 décembre, il a dit que « s’il y a le moindre risque, le moindre risque pour ce milieu naturel extraordinaire qu’est Anticosti, le projet n’aura pas lieu ». Vendredi, à Québec, il a ajouté que « le délabrement de ce milieu naturel unique ne portera pas ma signature ».

Il est clair que, sur le strict plan politique, le premier ministre ne pourrait éprouver que des difficultés d’ici la prochaine élection québécoise en 2018, en s’évertuant à vouloir produire du pétrole sur l’île d’Anticosti. Le prix de la ressource est faible, les experts ne s’entendent pas sur les retombées économiques potentielles, les risques financiers pour le gouvernement sont élevés tout comme les risques environnementaux. Exploiter le pétrole d’Anticosti n’est pas une solution dans le contexte actuel. Si le baril était à plus de 100 $, comme on l’a vu dans le passé, l’analyse serait différente sur le plan économique, mais le défi serait le même sur le plan environnemental.

Un mouvement de désinvestissement est aussi engagé. De grands fonds d’investissement ont décidé de déplacer leur argent dans des secteurs moins vulnérables aux politiques environnementales et aux risques associés aux changements climatiques. Selon l’ONG 350.org, plus de 500 groupes ont retiré leurs investissements des secteurs du gaz, du pétrole et du charbon. Ces institutions gèrent des actifs évalués à près de 5000 milliards de dollars canadiens.

Il est difficile de croire que nous n’aurons plus besoin de pétrole un jour. Cela dit, la ressource est limitée, les prix sont faibles et le défi climatique est colossal. Il n’est pas étonnant dans les circonstances de voir des gouvernements et des investisseurs se détourner des énergies fossiles pour miser davantage sur les énergies renouvelables.

Taux, mise de fonds et hypothèque

vendredi 11 décembre 2015 à 16 h 09 | | Pour me joindre

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Vous voulez vous acheter une maison ou vous souhaitez renouveler votre hypothèque? Que faire? Les derniers jours, et les prochains aussi, soulèvent un lot de questions légitimes auxquelles on va tenter de répondre dans ce billet.

Ottawa augmente la mise de fonds hypothécaire. Est-ce que ça vous touche?

Le ministre des Finances Bill Morneau a décidé de resserrer les règles hypothécaires afin de calmer la flambée immobilière de Vancouver et de Toronto. Ainsi, lors de l’acquisition d’une propriété principale, le capital minimum sur les premiers 500 000 $ sera toujours de 5 %. Mais, ensuite, après 500 000 $, ce sera 10 %.

Si vous achetez une maison de 700 000 $, la mise de fonds sera de 5 % sur les premiers 500 000 $, soit 25 000 $. Et elle sera de 10 % sur les suivants 200 000 $, soit 20 000 $. La mise de fonds sera alors de 45 000 $ (25 000 + 20 000). Le taux de capital minimum est ainsi de 6,4 % sur l’ensemble de l’achat.

Si vous êtes déjà titulaire d’une hypothèque, ces changements ne vous touchent pas.

Pourquoi le gouvernement resserre-t-il les règles hypothécaires?

Les dernières données sur les prix et les reventes de maisons nous montrent clairement que les marchés de Toronto et de Vancouver sont en surchauffe ou s’en s’approchent. Des hausses de prix de 10 à 18 % en octobre sur un an, des reventes en hausse de 40 % à Vancouver et de 14 % à Toronto.

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Pendant ce temps, la Banque du Canada envoie des signaux de baisses de taux. Pourquoi?

Le ralentissement de l’économie canadienne se poursuit. Au cours de 6 des 9 premiers mois de 2015, le PIB était en baisse au Canada. L’économie est malmenée par la chute des prix du pétrole qui se poursuit, par une reprise des exportations qui tarde à se matérialiser, malgré la croissance américaine. Des économistes commencent à évoquer la possibilité d’une baisse de taux en 2016, possiblement en mars.

La banque centrale a même évoqué la possibilité de réduire son taux directeur jusqu’à un taux négatif de -0,5 %. Tout en précisant qu’il est très peu probable qu’il soit obligé d’aller aussi bas, le gouverneur Stephen Poloz n’a pas hésité à expliquer en long et en large l’étendue des outils qu’il a à sa disposition pour intervenir en cas de crise. La réduction du taux directeur en territoire négatif obligerait les banques privées à payer la Banque du Canada pour y déposer leurs liquidités. En appliquant un taux négatif, la banque centrale souhaiterait pousser les banques privées à remettre davantage d’argent dans l’économie.

Le taux variable sur les hypothèques pourrait-il devenir négatif?

Non. Le taux préférentiel des banques est actuellement de 2,7 %. Les banques ont le choix de réduire ce taux quand la Banque du Canada abaisse son taux directeur. Mais elles ne sont pas obligées. En admettant que la banque centrale fasse passer son taux directeur de 0,5 % actuellement à -0,5 %, il est possible que les banques abaissent leur taux préférentiel jusqu’à 1,7 %. La baisse pourrait être moindre.

Si vous avez un rabais de 0,5 ou 1 point de pourcentage sur le taux préférentiel, votre taux pourrait s’approcher de 0. Il serait étonnant que les banques privées abaissent leur taux préférentiel au point de voir certains clients, avec un fort rabais sur leur hypothèque, profiter d’un taux négatif.

Le dollar canadien chute. Pourquoi?

Pour trois raisons. La première, c’est que la Banque du Canada envoie des signaux de baisse de taux. En principe, le rendement sur un investissement au Canada pourrait être appelé à être moins élevé. La demande pour des actifs canadiens est donc moins forte, et la demande pour le dollar canadien est moins élevée.

Deuxièmement, en même temps, la Réserve fédérale américaine s’apprête à augmenter pour la première fois depuis 2006 son taux directeur. Le rendement américain est appelé à grandir, ce qui attire les investisseurs vers les États-Unis. Cela fait que la demande pour le dollar américain est en hausse. Sa valeur grimpe face aux autres devises mondiales, dont le dollar canadien.

Et puis la chute du pétrole entraîne le dollar canadien en baisse. Du pétrole qui coûte moins cher nécessite une demande moins grande en dollars canadiens pour acheter le pétrole de l’Alberta, notamment.

Des taux négatifs?

mercredi 9 décembre 2015 à 14 h 28 | | Pour me joindre

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Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, en a surpris plusieurs en expliquant mardi que des taux d’intérêt négatifs faisaient partie des outils de sa politique monétaire non traditionnels qui pourraient être utilisés si nécessaire.

Que sont des taux d’intérêt négatifs? Il nous semble impossible qu’une telle chose puisse arriver, non?

Les banques accumulent vos dépôts. De cet argent, elles peuvent effectuer des prêts hypothécaires, des prêts personnels et livrer d’autres services financiers. Les sommes excédentaires sont déposées à la banque centrale en retour d’un intérêt.

Au Canada, le taux directeur est de 0,5 %. C’est le taux qui guide la rémunération des dépôts des banques privées auprès de la banque centrale. En baissant ce taux directeur sous 0 %, la banque centrale se trouverait à faire payer les banques pour ce qu’elles déposent à la banque centrale.

Pourquoi? Pour les pousser à réinjecter cet argent dans l’économie sous forme de prêts aux consommateurs. Il deviendrait ainsi plus intéressant pour les banques privées de prêter cet argent que de le déposer à la banque centrale.

La Banque du Canada dit également qu’elle est en mesure d’évaluer le plancher de son taux directeur sous zéro parce que d’autres banques centrales l’ont fait avec succès, notamment en Suède et en Suisse. Le marché s’est ajusté à ce nouveau contexte.

Plusieurs économistes affirment qu’une baisse du taux directeur en territoire négatif pourrait avoir un impact également sur les taux obligataires. Certains pourraient aussi devenir négatifs. Il est très peu probable que les taux deviennent négatifs pour les épargnants.

Ajoutons que les taux peuvent être négatifs dans la réalité sans que le taux directeur le soit. Si vous empruntez une somme à 1 % d’intérêt et que l’inflation est à 2 %, votre taux réel est de -1 %. Bref, cette possibilité au Canada est très faible.

Toutefois, le fait que la Banque du Canada évoque une telle chose publiquement laisse croire qu’elle se prépare peut-être à des chocs importants. La croissance est faible au Canada. Certains marchés immobiliers, dont celui d’où je vous écris aujourd’hui, Vancouver, sont surévalués et les ménages sont très endettés.

Nous sommes à Vancouver cette semaine, notre petite équipe de RDI économie. Nous allons vous présenter une émission spéciale d’une heure mardi entre 18 h et 19 h (HNE). Nous avons décidé de parler de la ville la plus écolo du Canada, celle qui a pour objectif d’être au sommet des villes vertes du monde en 2020.

En venant comme ça à Vancouver, on est bien loin de Paris, où se déroule la conférence sur le climat. On dit que les négociations sont difficiles et que c’est la rencontre de la dernière chance entre les grands dirigeants du monde pour arriver à un accord qui va permettre une réduction réelle des gaz à effet de serre et limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius d’ici 2100.

De plus en plus de gens ne sont plus vraiment convaincus que ce sont les grands pays pollueurs de la planète qui vont apporter le changement. Les pays du G20 sont responsables de 85 % des émissions de GES. Et le processus politique américain est bloqué, car Barack Obama ne réussira jamais à faire adopter un accord contraignant par un Congrès républicain.

De plus, les pays en développement, les grands pays populeux émergents, comme la Chine et l’Inde, sont prêts à signer un accord. Mais ils ne veulent pas ralentir leur économie et la croissance de leur niveau de richesse. Les Chinois et les Indiens aspirent aussi au niveau de vie des Occidentaux.

De plus en plus de gens aussi parlent du « bottom up », du changement qui part de la base, de la population, d’initiatives locales et qui montent vers le haut, qui viennent bousculer le pouvoir et provoquer des changements plus larges. Des milliers de personnes adhèrent à ces bonnes idées qui se multiplient.

Est-ce suffisant? Est-ce assez pour faire changer les comportements et pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre? On peut bien se donner de grandes cibles en 2030 ou en 2050, mais comment va-t-on y arriver? En électrifiant nos transports? Oui. Accélérons! En développant les énergies renouvelables afin de laisser tomber les énergies fossiles? Oui. Accélérons! En misant sur l’efficacité énergétique? Absolument! Allons-y!

Mais parce qu’on ne ressent que très peu les effets des changements climatiques, un nombre de plus en plus important de gens croient que toute cette histoire, pourtant 1000 fois expliquée et prouvée, est une arnaque. Nous ne vivons pas dans nos quartiers et villages des tremblements de terre, des ouragans et des inondations chaque année! L’ennemi avance lentement, mais sûrement. Il ronge le rocher, il monte de quelques millimètres par année, il repousse de plus en plus les limites, il avance doucement. Il avance… rapidement dans les faits.

Une taxe carbone qui a des dents

Selon l’économiste François Delorme, il nous faut donc adopter une approche radicale. Entre les cibles à moyen terme des pays riches et les doutes de certains citoyens, François Delorme affirme qu’il faut une taxe carbone qui a des dents. À RDI économie mercredi, il nous disait que la taxe devait augmenter rapidement au cours des prochaines années pour atteindre autour de 2050 la barre de 150 $ la tonne.

Une taxe élevée pourrait amener les individus comme les entreprises à modifier leurs comportements, à investir dans des technologies vertes innovantes, à repenser leur façon de consommer.

Il est clair que les automobilistes vont rager de devoir payer plus de taxes encore sur leur litre d’essence. Mais, de l’avis de François Delorme, seul le signal du prix donne des résultats réels et tangibles. Quand le prix de l’essence sera vraiment trop élevé, c’est à ce moment que les gens vont changer de voiture pour adopter un véhicule plus écologique ou vont carrément passer au transport collectif.

Nous sommes des citoyens, nous souhaitons, bien sûr, vivre dans un environnement sain. Si, du point de vue du consommateur, les taxes carbone sont irritantes, du point de vue de l’investisseur que nous sommes (ne pensez qu’à vos rentes gérées par la Caisse de dépôt!), nous avons besoin d’actions et d’informations. Les entreprises doivent adopter des stratégies pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et donner de l’information aux épargnants.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, et l’ancien maire de New York Michael Bloomberg ont lancé vendredi dernier une initiative qui a pour but de pousser les entreprises à révéler les risques auxquels elles font face avec les changements climatiques. Il y a des menaces réelles pour le secteur financier, dit Mark Carney, notamment le coût des catastrophes naturelles et les assurances.

Alors, ce qu’il veut, c’est que les entreprises, sur une base volontaire, donnent l’heure juste quant à l’empreinte carbone produite par leurs activités. Il dit que « c’est un enjeu important, un enjeu sur lequel les investisseurs ont du mal à porter un jugement ».

Et en donnant plus d’informations publiques sur les risques liés aux changements climatiques, Mark Carney dit que ce serait là « une façon d’évaluer les gestionnaires d’entreprises en leur demandant s’ils ont une stratégie. Michael Bloomberg ajoute qu’il n’y a pas une personne en affaires qui peut survivre sans reconnaître l’existence des changements climatiques.

L’actionnaire est exigeant. Plus les taxes seront élevées, plus les initiatives vertes vont se multiplier, plus les pouvoirs publics agiront, plus les entreprises seront obligées à se commettre et à dévoiler les risques associés à leurs activités et à trouver des solutions.

Doit-on passer à l’approche radicale?

151201_o29im_mark-zuckerberg-fille_sn635Mark Zuckerberg a créé la surprise mardi après-midi en annonçant que son épouse et lui allaient donner 99 % des actions qu’ils possèdent dans l’entreprise au cours de leur vie. Les dons seront faits à une fondation privée qui portera leur nom et qui aura pour mission de contribuer notamment à l’égalité des chances pour tous les enfants du monde.

Cette nouvelle a été dévoilée au moment où le fondateur de Facebook annonçait la naissance de sa fille, Max.

C’est très certainement une grande nouvelle, mais il faut tout de même expliquer ce que permettent sur le plan fiscal les fondations privées. D’abord, je tiens à préciser que l’enjeu fiscal que nous allons décrire dans ce texte n’enlève rien à la générosité des donateurs.

Donner à la guignolée, donner à une cause sociale, éducative ou culturelle est un geste heureux, nécessaire, voire essentiel, dans un contexte où les États ont tendance à se désengager de certaines activités. Ce texte porte sur la fiscalité des fondations privées, qui soulève de sérieuses questions.

L’une des spécialistes de cet enjeu au Québec, c’est Brigitte Alepin. Elle en parle dans son livre publié en 2011, La crise fiscale qui vient. Elle a été convoquée devant la commission Godbout à Québec et devant la commission des finances publiques à Ottawa pour parler notamment de cet enjeu

Brigitte Alepin explique que la structure fiscale des fondations privées ne sert pas toujours l’intérêt des contribuables. Ces fondations sont de plus en plus populaires. Aux États-Unis, Bill Gates, Warren Buffett et maintenant Mark Zuckerberg ont légué ou vont léguer la majorité de leur fortune à des fondations privées.

Au Canada, aussi, c’est populaire. L’une des plus connues est la Fondation Lucie et André Chagnon. En 2014, on comptait 5315 fondations privées de charité au Canada pour une valeur totalisant 25 milliards de dollars.

À la base, un revenu est pleinement imposable et un gain en capital est imposable sur la moitié du montant. Or, lorsque vous faites un don d’actions à une fondation privée, le gain en capital n’est pas imposable. Dans son livre, Brigitte Alepin explique que « les dons de certains titres cotés en bourse (par exemple, des actions, des obligations et des fonds communs de placement) sont encore plus avantageux parce qu’ils sont exonérés de tout impôt sur le gain en capital, normalement applicable au moment de la vente d’un titre ».

Ensuite, les fondations n’ont pas à payer d’impôt sur leurs revenus. À cela, il faut ajouter que certaines structures de fondations privées permettent au philanthrope de déduire la moitié de son don charitable de ses impôts.

Dans le cas de Mark Zuckerberg, il n’a pas droit à cet avantage fiscal, selon le New York Times, puisqu’il a décidé de créer une société à responsabilité limitée, ce qui s’approche d’une véritable entreprise. Ce qu’il verse dans cette fondation-entreprise n’est donc pas légalement reconnu comme un don, donc il n’a pas droit au crédit d’impôt gouvernemental.

Les Gates, Buffett et les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, ont opté pour d’autres structures de fondations à but non lucratif. Mais Laurene Powell Jobs, la veuve du fondateur d’Apple, Steve Jobs, a choisi, elle aussi, la société à responsabilité limitée lors de la mise sur pied de l’Emerson Collective, qui se consacre à des enjeux comme l’immigration, l’innovation et l’éducation.

Et puis, au Canada, les fondations privées ont l’obligation de verser un minimum de 3,5 % de leurs actifs dans des activités de bienfaisance. Aux États-Unis, c’est 5 %. Selon Brigitte Alepin, dans les deux cas, c’est bien peu.

Lors de son témoignage devant la commission des finances publiques de la Chambre des communes, à Ottawa, en octobre 2014, la fiscaliste québécoise a proposé que les seuils de versements soient relevés. En 2004, le Canada a fait l’inverse en annonçant une baisse du niveau minimal de 4,5 % à 3,5 % des actifs, « ce qui permet aux fondations canadiennes de conserver leur capital de démarrage et d’assurer leur perpétuité », selon Brigitte Alepin.

Aux niveaux actuels, avec un rendement supérieur à 3,5 % par année au Canada, les fondations n’ont même pas besoin de verser ce qu’elles possèdent. Le rendement est suffisant. Ce sont des « avoirs bloqués », dit Brigitte Alepin. « Un contingent de versement augmenté permettrait de débloquer de ces fonds des sommes substantielles pour la société québécoise », a-t-elle expliqué en commission parlementaire à Ottawa.

Je veux être bien clair. Il y a des incitatifs fiscaux pour encourager les gens à donner. Pour stimuler la générosité, les crédits d’impôt fonctionnent. C’est nécessaire. Mais du simple don d’argent à la création d’une fondation privée qui s’appuie sur un échafaudage fiscal qui fait en sorte que le retour à la société sera moins grand que si le donateur payait des impôts sur ses revenus ou son gain en capital, il y a une marge importante. Les fondations privées prennent une place de plus en plus importante dans la société, notamment en éducation et en santé.

Il ne faudrait pas usurper le geste noble qu’est celui de donner pour des gains fiscaux.