Blogue de Gérald Fillion

C Series : transférer le risque aux contribuables

Jeudi 29 octobre 2015 à 12 h 16 | | Pour me joindre

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Un investissement du gouvernement du Québec était une solution de dernier recours pour Bombardier. L’entreprise a tenté de conclure des ententes avec d’autres investisseurs et ça n’a pas fonctionné. Ce sont donc les contribuables québécois qui vont assumer, dorénavant, une partie des risques associés à la C Series, avec cet investissement de 1,32 milliard de dollars d’Investissement Québec.

Il est clair que l’avion va prendre son envol et tout porte à croire que ça se fera dans la première moitié de 2016. Cependant, il est loin d’être acquis que les commandes vont se multiplier et que la C Series sera un succès à moyen et à long termes. On le souhaite! Mais, en ce moment, c’est plutôt un transfert de risque. Bombardier se décharge d’une partie du fardeau de son risque en le léguant à l’État québécois en retour d’un appui financier substantiel.

Sauver des emplois, des usines, une entreprise : on comprend que ce sont toutes de bonnes raisons pour que l’État investisse comme il le fait aujourd’hui. Mais l’État doit-il faire ça? À quel prix collectif le fait-il? Québec s’endette pour financer cet investissement pour lequel un retour n’est pas du tout garanti. Pourquoi ne pas acheter des actions de Bombardier, l’entreprise entière, dans l’espoir de faire un gain? Ce faisant, Québec aurait pu tirer profit d’une hausse éventuelle de l’action ou encore de la vente d’actifs, notamment dans la division ferroviaire. À la place, le gouvernement a choisi de mettre son argent dans la branche la moins sûre des activités de Bombardier.

En même temps, si Québec avait dit non à Bombardier, qu’aurait fait le grand patron Alain Bellemare? Aurait-il « tiré la plogue » sur le projet C Series? Aurait-il vendu à perte le programme? Comment le gouvernement du Québec aurait-il pu défendre sa décision de refuser d’aider Bombardier si l’entreprise en était arrivée à fermer son usine de Mirabel, à supprimer 1700 emplois, à vendre au rabais son programme à Boeing ou à Airbus?

Une fois qu’on a dit ça, on peut se demander pourquoi Bombardier n’a pas trouvé d’acheteurs ailleurs dans le monde. On peut surtout se demander pourquoi la Caisse de dépôt et placement du Québec n’est pas l’institution qui investit dans les actions de Bombardier. Trop risqué? Ou encore se peut-il que les actionnaires de contrôle, la famille Beaudoin-Bombardier, refusent de céder une partie de leur pouvoir à la Caisse?

La décision de Québec de venir au secours de Bombardier soulève encore un peu plus de questions sur la viabilité du projet C Series. L’État et la direction de Bombardier affirment que l’annonce d’aujourd’hui est un pas dans la bonne direction. En attendant, il n’y a aucune commande ferme pour cet avion depuis septembre 2014. C’est vraiment préoccupant.