Billets publiés en octobre 2015

Un investissement du gouvernement du Québec était une solution de dernier recours pour Bombardier. L’entreprise a tenté de conclure des ententes avec d’autres investisseurs et ça n’a pas fonctionné. Ce sont donc les contribuables québécois qui vont assumer, dorénavant, une partie des risques associés à la C Series, avec cet investissement de 1,32 milliard de dollars d’Investissement Québec.

Il est clair que l’avion va prendre son envol et tout porte à croire que ça se fera dans la première moitié de 2016. Cependant, il est loin d’être acquis que les commandes vont se multiplier et que la C Series sera un succès à moyen et à long termes. On le souhaite! Mais, en ce moment, c’est plutôt un transfert de risque. Bombardier se décharge d’une partie du fardeau de son risque en le léguant à l’État québécois en retour d’un appui financier substantiel.

Sauver des emplois, des usines, une entreprise : on comprend que ce sont toutes de bonnes raisons pour que l’État investisse comme il le fait aujourd’hui. Mais l’État doit-il faire ça? À quel prix collectif le fait-il? Québec s’endette pour financer cet investissement pour lequel un retour n’est pas du tout garanti. Pourquoi ne pas acheter des actions de Bombardier, l’entreprise entière, dans l’espoir de faire un gain? Ce faisant, Québec aurait pu tirer profit d’une hausse éventuelle de l’action ou encore de la vente d’actifs, notamment dans la division ferroviaire. À la place, le gouvernement a choisi de mettre son argent dans la branche la moins sûre des activités de Bombardier.

En même temps, si Québec avait dit non à Bombardier, qu’aurait fait le grand patron Alain Bellemare? Aurait-il « tiré la plogue » sur le projet C Series? Aurait-il vendu à perte le programme? Comment le gouvernement du Québec aurait-il pu défendre sa décision de refuser d’aider Bombardier si l’entreprise en était arrivée à fermer son usine de Mirabel, à supprimer 1700 emplois, à vendre au rabais son programme à Boeing ou à Airbus?

Une fois qu’on a dit ça, on peut se demander pourquoi Bombardier n’a pas trouvé d’acheteurs ailleurs dans le monde. On peut surtout se demander pourquoi la Caisse de dépôt et placement du Québec n’est pas l’institution qui investit dans les actions de Bombardier. Trop risqué? Ou encore se peut-il que les actionnaires de contrôle, la famille Beaudoin-Bombardier, refusent de céder une partie de leur pouvoir à la Caisse?

La décision de Québec de venir au secours de Bombardier soulève encore un peu plus de questions sur la viabilité du projet C Series. L’État et la direction de Bombardier affirment que l’annonce d’aujourd’hui est un pas dans la bonne direction. En attendant, il n’y a aucune commande ferme pour cet avion depuis septembre 2014. C’est vraiment préoccupant.

141011_zn7jy_manifestation-cacouna-2-corr_sn635Après des échecs retentissants, le gouvernement du Québec a décidé en 2014 de lancer un Chantier de l’acceptabilité sociale. C’est la moindre des choses à faire. Quantité de projets ont été abandonnés, charcutés, reportés à plus tard parce que les promoteurs n’ont pas pris au sérieux l’étape névralgique de l’acceptabilité sociale. Du Cirque du Soleil dans le sud-ouest de Montréal au gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, des projets économiques porteurs ont frappé le mur de la contestation sociale et citoyenne parce qu’ils étaient mal ficelés ou mal expliqués.

« Dans un contexte où les projets et les décisions publics semblent de plus en plus contestés, écrit la chercheuse Corinne Gendron, un nouvel impératif tend à s’imposer : l’acceptabilité sociale. Cette notion s’enracine dans les stratégies mises en oeuvre par les décideurs pour maîtriser une opposition qu’ils ne cherchent malheureusement pas toujours à comprendre. » Et le Québec semble en retard en matière d’acceptabilité sociale, alors que les mouvements d’opposition s’organisent avec efficacité et réussissent à déboulonner plusieurs projets.

On peut, à ce point-ci, continuer de se plaindre du pouvoir des « groupuscules » comme le font certains décideurs, frustrés qu’on leur accorde de l’attention. Ou on peut aussi se regarder dans le miroir et évaluer ce qui ne va pas et ce qui doit être fait. C’est ce que semble envisager le gouvernement du Québec en ce moment. Dans un rapport obtenu par Radio-Canada, la firme Raymond Chabot Grant Thornton propose au ministère des Ressources naturelles d’amener les promoteurs à impliquer les citoyens dès le début du projet. Ils doivent être transparents tout au cours du projet, selon les auteurs du rapport.

Le Québec doit agir. Dans un texte publié dans le magazine Communiquer – revue internationale de communication sociale et publique en novembre 2014 –, Corinne Gendron écrit que « l’acceptabilité sociale peut être lente à construire et fragile, l’inacceptabilité, une fois constatée, est difficile à renverser. […] C’est bien en amont du projet lui-même que s’établissent les bases de l’acceptabilité sociale, à travers la construction d’une relation de confiance entre le décideur et la société civile ».

Elle propose « l’instauration de forums de dialogue » dans le cadre du concept de la « démocratie participative ». Il faut des institutions, des lieux de débat parce que « le décideur public ne peut se contenter de mobiliser le processus de la démocratie représentative pour justifier ses décisions, selon Corinne Gendron, tandis que l’entrepreneur doit mettre son projet en phase avec la vision du progrès portée par la population qui est invitée à l’accueillir. La crédibilité du décideur et l’ancrage de la décision dans le tissu social sont aujourd’hui déterminants pour que celle-ci soit acceptée, et par conséquent applicable et effective ».

Il sera toujours difficile de concilier l’exploitation de ressources fossiles et/ou non renouvelables avec le désir de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et de protéger la planète. L’acceptabilité sociale n’est pas impossible toutefois. Des compensations réelles pour les populations touchées et des investissements dans des projets de développement durable et des technologies vertes peuvent faire partie d’une entente. Pour ça, il faut de l’ouverture, des explications. Et il faut que ce soit sincère!

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Qu’on aime ou non Airbnb et Uber, il faut constater qu’ils font bouger les gouvernements. L’État résiste ou cède à la pression de l’argent, du marché, de groupes de pression. Les législateurs sont obligés de réaligner leurs politiques en réécrivant les lois dans le but d’intégrer, d’encadrer ou de rendre illégales certaines activités.

Uber pousse les gouvernements dans leurs derniers retranchements un peu partout dans le monde avec l’appui de puissantes sociétés comme Google et Goldman Sachs. C’est ce que font aussi les millions d’utilisateurs de la plateforme Airbnb en proposant, en marge d’un système de permis hôteliers bien organisés, des locations de logements et de propriétés.

Les législateurs bloquent ou ouvrent les vannes, en partie ou en totalité, en réaction aux pressions de ces nouvelles entreprises qui se revendiquent de l’économie du partage. Encore là, c’est discutable. Uber fait du taxi sans permis, et on cherche encore à comprendre en quoi c’est de l’économie du partage. Airbnb capitalise la location de logements au point où des citoyens décident d’en faire une affaire commerciale. De l’économie du partage, on tombe carrément dans la bonne affaire.

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L’esprit de l’économie du partage réside davantage dans l’idée du troc que dans le profit, bien qu’il ne soit pas criminel de faire du profit, comprenons-nous bien! L’objectif est d’utiliser davantage un actif qu’on considère comme étant sous-utilisé. Et les technologies permettent d’augmenter la visibilité de l’actif en question et de le faire à moindre coût.

Un groupe de citoyens propriétaires d’une dizaine de chalets autour d’un lac, qui décident de mettre en commun des outils de jardin et d’entretien, c’est du partage. Avec un prix d’utilisation ou de location, on entre dans l’univers de l’économie du partage. À l’aide d’une plateforme web, ces citoyens pourraient même décider de rendre leurs outils disponibles à d’autres gens, à l’extérieur de leur cercle, et on serait encore dans l’économie du partage.

On sortirait de ce cadre si on proposait des services de tonte de gazon, d’aménagement paysager ou autres. On serait alors dans le marché du jardinage, en simple concurrence avec d’autres détaillants de produits et fournisseurs de services.

Si Uber rendait disponibles des voitures, comme le fait Car2go ou AutoMobile, on serait dans le cadre réel de l’économie du partage. Mais offrir un service avec chauffeur, c’est du taxi. Et cette activité est légiférée. Ça prend un permis, des assurances, il faut déclarer ses revenus, payer des taxes, etc. Vous connaissez le débat.

Un modèle qui déstabilise

Une fois qu’on a dit ça, Uber dérange. Uber oblige les législateurs à se prononcer, à modifier des lois. Dans l’intérêt d’Uber parfois, mais pas toujours. Au Québec par exemple, Uber a surtout poussé l’État à tenter de contrecarrer ses plans. Radio-Canada a d’ailleurs appris que le gouvernement du Québec va moderniser l’industrie du taxi en permettant notamment que des rabais soient offerts par les chauffeurs sur des courses commandées par une application mobile. L’État favorisera également le développement de taxis électriques, au grand plaisir sans doute de l’entrepreneur Alexandre Taillefer, qui cherche à développer son modèle d’affaires en mettant la main sur plusieurs compagnies de taxi existantes.

Dans le cas d’Airbnb, la ministre du Tourisme Dominique Vien a déposé un projet de loi jeudi matin qui a pour objectif d’encadrer l’hébergement touristique. Contrairement à Uber, Airbnb a poussé l’État à modifier ses règles et à offrir un encadrement des activités en cours.

Ainsi, Québec a décidé de donner une nouvelle définition de ce qu’est un touriste et de revoir le régime pénal pour les exploitants d’établissement d’hébergement touristique qui ne détiennent pas les attestations nécessaires. L’article 1 du projet de loi 67 décrit un touriste comme étant « une personne qui fait un voyage d’au moins une nuit et d’au plus un an […] à des fins d’agrément ou d’affaires ou pour effectuer un travail rémunéré, et qui utilise des services d’hébergement privé ou commercial ».

Le chiffre d’affaires de l’économie du partage doit atteindre 15 milliards de dollars cette année, selon PricewaterhouseCoopers. Des revenus qui devraient être multipliés par 20 d’ici 10 ans. Airbnb dit proposer un million de propriétés dans près de 200 pays. Une chaîne comme Hilton offre 215 000 chambres dans 74 pays. La pression est forte.

Qu’on apprécie ou non, l’État doit agir dans l’intérêt d’un marché juste et équitable, dans l’intérêt des entrepreneurs et des travailleurs et pour éviter de sombrer dans un capitalisme sauvage où les lois et les règles ne sont pas respectées.

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Les Canadiens ont fait leur choix. Ils ont opté pour le changement, celui qu’incarnent les libéraux, et ce choix est assumé puisque le nouveau gouvernement Trudeau sera majoritaire. Il est clair que les enjeux politiques vont dominer les prochains jours avec la transition du pouvoir, la formation du nouveau Conseil des ministres et les changements à prévoir dans les partis d’opposition. Mais, tôt ou tard, la réalité économique et financière du Canada va rattraper le nouveau gouvernement. Et des choix devront être faits.

Voici les cinq tâches et défis économiques et financiers du nouveau gouvernement :

1- La réalité des chiffres : présenter une mise à jour budgétaire

Nous avons expliqué 100 fois que la révision à la baisse de la prévision de croissance économique pour 2015 allait obliger le gouvernement à revoir à la baisse ses revenus projetés et donc le surplus envisagé dans le budget 2015-2016 à 1,9 milliard de dollars. C’est environ 3 milliards de dollars qui seront manquants, selon les calculs de l’économiste Jean-Pierre Aubry.

Le Parti libéral a clairement dit qu’il allait enregistrer des déficits d’ici 2019 avant de revenir à l’équilibre budgétaire. Il n’a pas donné de précisions sur le solde envisagé pour l’exercice en cours, 2015-2016, qui se termine le 31 mars prochain. Mais il y a fort à parier que le nouveau gouvernement annoncera un déficit pour cet exercice et attribuera tous les torts au gouvernement conservateur précédent.

Cette mise à jour viendra avant Noël et le budget probablement en mars, question de laisser un peu de temps au nouveau ministre des Finances de s’installer et de mettre en oeuvre les priorités de son gouvernement.

D’ailleurs, qui sera le prochain ministre des Finances?

  • Bill Morneau, nouveau député libéral de Toronto-Centre, a étudié à la London School of Economics. Il est administrateur, il a siégé au conseil consultatif sur la retraite du gouvernement ontarien et à l’Institut CD Howe. Il fait partie de la famille qui a fondé Morneau Sheppel, société de conseils en ressources humaines.

  • John McCallum, député de Markham-Thornhill, a notamment été ministre du Revenu, a été aussi économiste en chef de la Banque Royale. Il est vu comme l’un des architectes de la politique keynésienne des libéraux, c’est-à-dire une politique d’investissements massifs de l’État dans l’économie, quitte à faire des déficits.

  • Ralph Goodale, député de Regina-Wascana, a été ministre des Finances du Canada. Il a été élu la première fois à Ottawa en 1974, c’est un vétéran, qui a aussi dirigé les ministères des Ressources naturelles et de l’Agriculture.

  • Jean-Yves Duclos, nouveau député libéral dans Québec, est un économiste qui a fondé récemment la Chaire sur les enjeux économiques des changements démographiques. Il a fait plusieurs recherches sur le financement de la santé. Peu probable qu’il se retrouve aux finances, mais probable qu’il soit au Conseil des ministres.

  • Scott Brison, député dans Kings-Hants, était le porte-parole du PLC en matière de finances dans l’opposition. Il est coprésident du conseil consultatif sur l’économie de Justin Trudeau. Il a été ministre des Travaux publics et connaît bien le secteur de l’investissement bancaire.

2- Le signal du premier budget

C’est dans ce budget qu’on verra poindre la vision du nouveau gouvernement. Les principes qui guideront les libéraux seront résolument différents sur le plan du développement économique. Les conservateurs misaient sur les baisses d’impôt et le contrôle des dépenses. Les libéraux injecteront des milliards de dollars dans l’économie pour stimuler la construction d’infrastructures, une vieille recette économique qui a pour but d’alimenter la croissance économique et les revenus d’impôt pour le gouvernement.

Il faudra surveiller les bases de projections du nouveau gouvernement. Sera-t-il optimiste sur la croissance du PIB et la remontée des cours du pétrole comme l’était l’ancien gouvernement? Ou jouera-t-il de prudence en adoptant l’approche de la surestimation des déficits afin d’annoncer ensuite de « bonnes nouvelles », autre vieille recette, politique celle-là?

Il est clair que les libéraux se sont donné une belle marge de manoeuvre en promettant des déficits et non des surplus budgétaires dès cette année ou l’an prochain. N’importe quel ministre des Finances voudrait bénéficier d’une telle marge de manoeuvre. Le Canada est un pays riche, coté AAA, avec des finances publiques saines et qui peut emprunter à de très faibles coûts. Son défi n’est pas budgétaire. Il est économique.

3- Stimuler l’économie : un plan pour faire face au vieillissement de la population et générer de l’activité économique dans un contexte de lente croissance du PIB

Et c’est ici qu’on attend de l’audace, de la vision et une compréhension fine de l’économie. Les Canadiens méritent qu’on voie venir les coups 5, 10, 15 ans d’avance, dans la mesure du possible bien sûr. Il y aura toujours des impondérables, des guerres, des crises, des événements de toute nature. Mais il y a des tendances que nous pouvons analyser en prospective. Nous savons que le Canada vieillit. Il y a plus d’aînés que d’enfants au Canada. C’est un changement démographique radical, majeur, qui va ralentir l’économie plutôt que de la stimuler, c’est dans l’ordre des choses.

Il faut donc stimuler l’innovation, la productivité, aider les entreprises à exporter, à se développer, à créer et à embaucher. Oui, les infrastructures stimulent l’économie. Mais quelles infrastructures vont modeler notre futur? Ce sont certainement les infrastructures vertes, les bâtiments et les structures fondées sur le développement durable, le transport en commun, un aménagement urbain convivial, efficace, intelligent, qui réduit notre dépendance au pétrole et notre empreinte carbone.

Et n’oublions surtout pas qu’il faudra gérer ces budgets d’infrastructures. S’il y a une chose qu’il faut éviter, c’est le bar ouvert pour les entreprises qui pourraient se magasiner de généreuses primes. On ne veut pas une nouvelle commission Charbonneau.

4- Stimuler l’épargne et améliorer le sort des aînés

Par quel bout commencer? D’abord, le Parti libéral a pris l’engagement d’annuler la bonification du compte d’épargne libre d’impôt (CELI), qui était passé à 10 000 $ sous les conservateurs dans le dernier budget. Le PLC a aussi pris l’engagement de bonifier de 10 % le Supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls. Maintenant, il faut faire davantage.

Le Canada fait partie des pays qui assument une faible part des revenus de retraite dans l’OCDE. Faut-il bonifier le Régime de pensions du Canada (et le Régime des rentes du Québec)? Faut-il s’inspirer de l’Ontario, qui veut ajouter un régime public au Régime de pensions en faisant passer de 25 % à 40 % le remplacement par les rentes du revenu de travail à la retraite? Faut-il adopter une stratégie d’épargne solide pour amener les employeurs et les travailleurs à épargner davantage?

Le vieillissement de la population au Canada ralentit la croissance économique et risque d’augmenter l’appauvrissement des aînés. Que va faire le nouveau gouvernement majoritaire de Justin Trudeau?

5- Environnement : adopter un plan audacieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre en gardant en tête les répercussions économiques à long terme

Le défi économique du 21e siècle, je l’ai souvent dit et écrit, c’est le défi écologique. Justin Trudeau prévoit aller à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques avec des premiers ministres provinciaux. Il propose d’établir ensuite des cibles précises pour le Canada. Il est non seulement souhaitable que le Canada accélère son travail en matière de réduction de gaz à effet de serre, mais surtout que ces objectifs soient atteints.

Le Canada doit maintenant faire partie de la solution. Mais comment le nouveau gouvernement va-t-il gérer l’essor de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux? Et comment pourra-t-il demeurer cohérent si les prix du pétrole repartent à la hausse et viennent remplir les coffres à Ottawa?

Après la campagne, après les promesses, la réalité économique et financière se dresse devant le nouveau gouvernement. Le PLC va recentrer son action et il y a fort à parier que, malgré des engagements environnementaux plus solides, le gouvernement Trudeau continuera de défendre le développement du pétrole.

Il faut croire aussi que les milliards vont pleuvoir dans les infrastructures, mais que dans l’objectif de ne pas effrayer les Canadiens, le premier ministre désigné voudra revenir à l’équilibre budgétaire plus rapidement que prévu, en 2018-2019 plutôt qu’en 2019-2020. Et attendez-vous à ce que Justin Trudeau approuve le Partenariat transpacifique, avec ou sans compensations pour les secteurs de l’automobile et des producteurs laitiers.

16 promesses libérales

  • Baisse d’impôt de 22 à 20,5 %
  • Hausse d’impôt à 33 % au-delà de 200 000 $
  • Baisse d’impôt pour les PME de 11 à 9 %
  • Infrastructures : 125 milliards de dollars sur 10 ans
  • Allocation canadienne pour enfants
  • Annulation de la bonification du CELI
  • Annulation du fractionnement du revenu entre conjoints
  • Hausse de 10 % du SRG pour les aînés vivant seuls
  • Pas de péage sur le nouveau pont Champlain
  • Nouvelle évaluation environnementale d’Énergie Est
  • Nouveau plan pour la réduction des GES avec les provinces
  • Partenariat transpacifique?
  • Nouvel accord sur les transferts en santé aux provinces
  • Postes : annuler la fin de la livraison à domicile
  • 150 millions de dollars de plus pour CBC/Radio-Canada
  • Conseil des arts du Canada : de 181 à 360 millions de dollars

 

Lisez, regardez, écoutez, votez!

vendredi 16 octobre 2015 à 16 h 23 | | Pour me joindre

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Vous êtes appelés à voter lundi. Dans les derniers jours, je vous ai soumis quelques questions à caractère économique pour vous aider, bien humblement, à faire votre choix, à préciser vos attentes quant au prochain gouvernement. C’est donc la fin d’une longue campagne.

Je vous propose ici de lire, voir, relire, revoir les blogues et entrevues de la campagne électorale. Nous avons analysé, dans l’ordre de diffusion, les cadres financiers du Parti vert, du NPD, du Bloc québécois, du Parti libéral du Canada et du Parti conservateur du Canada. En extraits vidéo, des entrevues avec cinq représentants des partis ainsi qu’une capsule diffusée au Téléjournal Grand Montréal, une entrevue avec le fiscaliste Stéphane Leblanc et une autre avec le journaliste spécialisé en environnement Étienne Leblanc.

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PARTI VERT

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NPD

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BLOC QUÉBÉCOIS

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PARTI LIBÉRAL DU CANADA

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PARTI CONSERVATEUR DU CANADA

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 À VOIR AUSSI SUR LES MESURES FISCALES ET L’ENVIRONNEMENT :

Cliquez ici pour les principales mesures fiscales

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec le fiscaliste Stéphane Leblanc

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec le journaliste spécialisé en environnement Étienne Leblanc

Vous êtes plusieurs à avoir voté par anticipation et vous serez encore plus nombreux à voter le jour officiel de l’élection fédérale lundi prochain. Je vous pose aujourd’hui 10 questions dans le but de vous aider à déterminer ce qui est prioritaire sur le plan économique pour vous. Je vous invite à discuter des enjeux ici sur ce blogue.

1- Déficit 0 à tout prix?

Dans une économie de près de 2000 milliards de dollars, un léger surplus ou un léger déficit ne change en rien la réalité financière du pays. Le Canada a la meilleure cote de crédit possible, soit AAA. Pour vous, l’équilibre budgétaire est-il un enjeu prioritaire? Faut-il atteindre l’équilibre, voire des surplus, à n’importe quel prix? Même en temps de faible croissance économique? Le PCC et le PV promettent des surplus dès 2015-2016 et pour les années suivantes.

Nous avons montré à plusieurs reprises que ce scénario est peu réaliste et nécessitera soit une forte poussée économique ou des compressions budgétaires. Le NPD promet des surplus à partir de 2016-2017. Le PLC promet des surplus en 2019-2020 en raison de son intention de doubler les investissements en infrastructures.

2- Souhaitez-vous des baisses d’impôt?

Si c’est le cas et que vous faites partie d’une famille de la classe moyenne avec des enfants, dites-vous bien que tous les partis vous courtisent. Le PCC a déjà adopté une bonification de la prestation universelle pour garde d’enfants (PUGE) et le fractionnement du revenu de couples avec enfants. Le PLC propose de remplacer les prestations actuelles pour les parents par une allocation canadienne aux enfants, plus généreuse encore. Le NPD veut instaurer un programme de garderie à 15 $ par jour dans l’ensemble du pays, sauf au Québec qui a déjà son système. Le BQ propose notamment d’annuler l’imposition sur la PUGE.

Tous les partis, sauf le PCC, veulent annuler la bonification du compte d’épargne libre d’impôt (CELI) et le fractionnement du revenu pour couples avec enfants. Honnêtement, qui offre mieux ou plus? Avec une calculatrice, vous pouvez faire des calculs si vous le souhaitez. Ici, c’est une question philosophique qui se pose : doit-on conserver une prestation – la PUGE – qui profite autant aux familles plus riches qu’aux familles plus pauvres? Faut-il réduire davantage les revenus de l’État en élargissant le cadeau fiscal qu’est le CELI?

3- Faut-il taxer les plus riches?

Nous avons souvent abordé la question des écarts de richesse. Pour les réduire, bien des gens souhaitent qu’on taxe davantage les plus riches et les entreprises. D’autres sont d’avis contraire, car de telles mesures peuvent nuire à la croissance économique et alimenter l’évitement fiscal. On ne va pas trancher ici. Le PLC propose d’abaisser le taux d’imposition sur les revenus de 45 000 à 90 000 $ par année de 22 à 20,5 %. Pour financer cette mesure, un nouveau taux d’imposition serait ajouté sur les revenus dépassant 200 000 $, un taux de 33 % au lieu de 29 %. Le BQ propose une surtaxe de 1,5 % pour les contribuables dont les revenus dépassent 150 000 $ par année.

4- Doit-on stimuler l’économie?

Nous sortons d’une courte et faible récession, ce qui devrait être confirmé bientôt. Nous sommes toutefois dans une lente croissance. D’année en année, la hausse du PIB au Canada est de plus en plus faible. Dans les circonstances, faut-il stimuler l’économie? Oui, si on veut alimenter la croissance. Non, si on considère que le Canada n’est pas plongé dans une profonde récession. Le PCC propose des investissements dans les infrastructures de 65 milliards de dollars sur 10 ans, un crédit d’impôt à la rénovation et une bonification du régime d’accès à la propriété. Le PLC propose de doubler la somme prévue sur 10 ans pour les infrastructures, à 125 milliards de dollars, alors que le NPD est à un peu plus de 90 milliards.

Dans les deux derniers cas, on mise notamment sur des investissements dans les infrastructures vertes. Presque tous les partis proposent une baisse d’impôt pour les PME. Le NPD veut faire passer le taux d’impôt des grandes entreprises de 15 à 17 %, le BQ, de 15 à 16,5 %, puis à 20 % pour les banques et les pétrolières. Le PV propose de faire passer le taux de 15 à 19 % rétroactivement au 1er avril 2015. Les partis qui veulent hausser les impôts des entreprises ne chiffrent pas l’impact économique négatif potentiel de ces mesures.

5- Faut-il taxer le carbone?

Le Québec et l’Ontario misent sur une bourse du carbone qui permette des échanges de crédits et une réduction éventuelle des émissions de gaz à effet de serre. La Colombie-Britannique et l’Alberta tablent pour leur part sur une taxation du carbone, des taxes instaurées en 2007 et 2008. Faut-il aller plus loin? Le Canada doit-il adopter une politique nationale? Le PV propose une taxe carbone de 30 $ la tonne d’équivalent CO2, un programme de 22 milliards de dollars sur une année.

Le NPD veut un marché du carbone pancanadien, alors que le PLC veut participer au financement des initiatives provinciales dans le dossier des changements climatiques. Le BQ souhaite que le fédéral investisse davantage dans les énergies propres. Le PCC ne veut pas de marché ou de taxe carbone. Il est clair que la question écologique est l’enjeu économique du 21e siècle et que des actions sont absolument nécessaires.

6- Faut-il aider les ménages à devenir propriétaires?

Le Parti conservateur propose d’augmenter les sommes qu’on peut tirer de notre REER pour investir dans la mise de fonds à l’achat d’une première propriété. En ce moment, on peut retirer 25 000 $ sans payer d’impôt. Le PCC propose de porter ce montant à 35 000 $ dans le but d’ajouter 700 000 nouveaux propriétaires d’ici 2020. Les autres formations parlent surtout d’augmenter l’accès au logement social et aux résidences pour personnes âgées.

Il faut garder en tête que les ménages canadiens sont de plus en plus endettés et que le nombre d’aînés pauvres va augmenter dans les prochaines années en raison du manque d’épargne pour une grande partie des travailleurs.

7- Souhaitez-vous des mesures pour les aînés?

Vous êtes un aîné ou vous songez aux revenus de vos parents? Le PLC propose une hausse du Supplément de revenu garanti (SRG) de 10 % pour les aînés à faible revenu vivant seul. Cette personne toucherait jusqu’à 1000 $ de plus par année. Le NPD propose aussi une hausse du SRG pour les 200 000 aînés les plus pauvres, pour un revenu supplémentaire par année de 250 à 2000 $. Le NPD veut annuler le passage de l’accès à la sécurité du revenu de 67 à 65 ans, qui doit se produire entre 2023 et 2029.

Le PCC propose un crédit d’impôt pour les aînés célibataires, qui pourrait rapporter une économie moyenne d’impôt de 197 $ par année. Le PV mise sur un revenu de subsistance garanti, de meilleurs soins à domicile et une assurance médicament. Le BQ souhaite que le SRG soit bonifié de 110 $ par mois en plus d’instaurer un crédit d’impôt fédéral pour les soins à domicile.

8- Qui m’aide à épargner?

Le PCC a décidé, dans le dernier budget, de faire passer le plafond du CELI de 5500 $ par année à 10 000 $. Autrement dit, vous pouvez placer 10 000 $ dans votre CELI et les intérêts sur cet argent et les retraits ne seront pas imposables. Il a été démontré par le directeur parlementaire du budget que cette mesure allait essentiellement favoriser les mieux nantis, ceux qui sont capables de mettre jusqu’à 10 000 $ dans une année dans un CELI.

Cela dit, ce compte peut rapporter gros aux aînés les plus démunis, puisque les sommes retirées ne s’ajoutent pas aux revenus imposables, ce qui ne nuit pas au montant du Supplément de revenu garanti. Les autres partis veulent annuler cette hausse du plafond. Le PLC a exprimé son intention d’appuyer la bonification du régime de retraite public en Ontario à partir de 2017. Le NPD propose de convoquer les premiers ministres des provinces pour établir un plan ayant pour objectif de bonifier le Régime de pension du Canada (RPC) et le Régime des rentes du Québec (RRQ). Le NPD, le PLC et le BQ proposent qu’on ramène le crédit d’impôt sur les investissements dans les fonds de travailleurs à 15 %.

9- Qui parle pour les chômeurs?

Le chômage peut toucher n’importe qui. Peut-être considérez-vous que cet enjeu est plus important que tous les autres. Le PCC propose une baisse des cotisations à l’assurance-emploi de 21 %, en faisant passer le taux de 1,88 $ par tranche de 100 $ de rémunération assurable en 2015 à 1,40 $ en 2017. Le BQ propose d’annuler cette baisse, de séparer les sommes de l’assurance-emploi du fonds consolidé du gouvernement et de bonifier les prestations d’assurance-emploi. Le NPD propose aussi d’annuler la baisse des cotisations pour geler les primes. Le PLC maintient la baisse de cotisations et annonce une amélioration de l’accès aux prestations.

10- Qui est le plus compétent pour gérer l’économie?

La compétence se mesure à partir d’une série de critères, qui vont de la formation à l’expérience de travail et le bilan politique. Je vous laisse juger qui est le plus compétent, je ne répondrai pas à cette question. Stephen Harper est économiste. Thomas Mulcair est avocat. Justin Trudeau est enseignant. Gilles Duceppe est travailleur communautaire et syndical. Elizabeth May est avocate et a longtemps milité dans des groupes environnementaux.

Bon vote!

Le cadre financier du Parti conservateur

vendredi 9 octobre 2015 à 18 h 24 | | Pour me joindre

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Le Parti conservateur est la dernière formation à présenter son cadre financier, à 10 jours du scrutin fédéral. Les données financières sont minces : on dresse une liste des nouvelles dépenses annoncées en cours de campagne sans donner de nouvelles projections sur les revenus. Le cadre financier du parti s’appuie sur les projections économiques du budget 2015-2016.

Le parti affirme que son programme est franchement moins dépensier que ceux des autres partis. Il omet toutefois d’inclure les coûts des mesures annoncées en novembre 2014 (mise à jour) et en avril 2015 (budget), soit le fractionnement du revenu qui doit coûter 8,3 milliards de dollars au cours des quatre prochaines années, la bonification de la Prestation universelle pour garde d’enfants (PUGE), dont l’impact budgétaire est évalué à  17,7 milliards sur quatre ans et la hausse du plafond du CELI, qui privera l’État de 1,1 milliard de dollars d’ici 2020.

Il est étonnant qu’en fin de campagne, le Parti conservateur répète l’erreur du NPD et des Verts en proposant une plateforme qui s’appuie sur des projections économiques caduques. Le directeur parlementaire du budget, la Banque du Canada, le FMI et les économistes du secteur privé ont révisé à la baisse leurs prévisions de croissance du PIB en 2015 de 2 % à 1 % environ.

C’est au moins 3 milliards de dollars de revenus qui seront manquants pour atteindre l’équilibre budgétaire. Le parti de Stephen Harper maintient tout de même sa prévision de surplus budgétaire en 2015-2016 à 1,4 milliard et projette des surplus de 1 ou 2 milliards de dollars pour les prochains exercices.

La réalité économique obligera un gouvernement conservateur réélu à réaliser une mise à jour de ses projections en novembre ou à annoncer des compressions budgétaires majeures. Dans le cadre dévoilé aujourd’hui, pour financer les nouvelles mesures proposées, le Parti conservateur annonce un nouveau gel d’un an du budget de fonctionnement de l’État. Ce sont 600 millions de dollars d’économies qui seront réalisées en effectuant des compressions qui ne sont pas déterminées.

Il faut dire que le gouvernement conservateur a considérablement réduit les marges de manœuvre de l’État avec des baisses de charges fiscales importantes depuis 2006. Aujourd’hui, dans un contexte de lente croissance économique et alors que les prix des ressources ont chuté depuis 2011, elles qui représentent 20 % du PIB canadien, l’atteinte de l’équilibre budgétaire est un défi.

Le Parti conservateur continue de miser sur la réduction du fardeau fiscal pour les entreprises et les particuliers. En plus de baisser les impôts des PME, le parti envisage d’augmenter le Régime d’accession à la propriété de 25 000 $ à 35 000 $ pour les acheteurs d’une première habitation. Le but est de permettre à 700 000 personnes de devenir propriétaires d’une maison d’ici 2020. Il s’agit d’une mesure qui pourrait s’avérer populaire, mais qui pourrait contribuer aussi à l’alourdissement de l’endettement élevé des ménages au Canada.

LE PROGRAMME DU PARTI CONSERVATEUR EN CINQ POINTS :

  1. Équilibre budgétaire maintenu en 2015-2016 et dans les prochaines années
  2. Pas de hausse d’impôt pour les particuliers avec le maintien du relèvement du plafond du CELI, la bonification de la Prestation universelle pour garde d’enfants, le fractionnement du revenu pour couples avec enfants et la baisse de cotisations à l’assurance-emploi
  3. Crédit d’impôt permanent de 15 % pour la rénovation domiciliaire
  4. Hausse du Régime d’accès à la propriété de 25 000 $ à 35 000 $ pour les nouveaux acheteurs
  5. Crédit d’impôt pour aînés célibataires de 2000 $

Bombardier : que doit faire Québec?

mercredi 7 octobre 2015 à 13 h 38 | | Pour me joindre

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Le gouvernement Couillard doit-il intervenir pour éviter la vente partielle des activités de Bombardier à des intérêts étrangers? L’entreprise explore toutes ses options, et elle a confirmé avoir discuté récemment de la vente partielle du programme de la CSeries à Airbus. Selon l’agence Reuters, c’est une part majoritaire que Bombardier offrait au géant européen.

Bombardier a aussi annoncé plus tôt cette année son intention de vendre des actions en bourse de sa division transport. Plusieurs sources ont rapporté que des groupes chinois s’intéressaient à l’achat de Bombardier Transport.

Bombardier est-elle sur le point de manquer d’argent? Bombardier est-elle engagée dans une vente précipitée? Que se passe-t-il et que doit faire Québec?

L’entreprise est avare de commentaires. On nous dit qu’on ne commente pas les rumeurs, et le PDG Alain Bellemare a refusé toutes nos demandes d’entrevues.

Les gouvernements du Canada et du Québec ont participé au financement du programme de la CSeries dans l’objectif de soutenir l’entreprise, de garantir l’assemblage à Mirabel et la création d’emplois au pays. C’est 117 millions de dollars qui ont été prêtés à Bombardier pour le programme de la CSeries. Et Québec a ouvert une marge d’un milliard de dollars pour aider Bombardier à commercialiser son appareil. En réalité, ça fait des décennies que les Québécois sont derrière Bombardier et participent à son succès.

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Couillard intervient dans les entreprises et les activités économiques, en misant d’abord sur des prises de participation par Investissement Québec. Puisque Bombardier cherche des partenaires, voire des acheteurs, est-ce qu’Investissement Québec devrait être mis à contribution?

Allons plus loin : est-ce que la Caisse de dépôt et placement du Québec devrait investir dans Bombadier? Au 31 décembre dernier, la Caisse possédait 5,8 millions d’actions de catégorie A de Bombardier, soit 1,8 % du nombre d’actions avec droit de vote. La Caisse possédait aussi 41,6 millions d’actions de catégorie B, soit 2,9 % des actions subalternes. La grande institution, qui gère les retraites des Québécois, devrait-elle en faire plus, elle qui a déjà détenu 45 % de Québecor Média au moment de l’acquisition de Vidéotron?

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Si la Caisse peut détenir autant d’actions dans une entreprise, comme elle le fait déjà dans plusieurs groupes québécois comme CGI, Rona et Couche-Tard, pourquoi ne pas ouvrir le portefeuille pour Bombardier? Bonne question n’est-ce pas? Se pourrait-il que le risque soit trop grand? Que le rendement envisagé soit trop faible? Les Québécois veulent-ils voir la Caisse de dépôt prendre un tel risque?

Le Parti québécois affirme que « Bombardier n’est pas que l’affaire des actionnaires, c’est l’affaire de tous les Québécois. Les contribuables ont soutenu l’entreprise de façon importante au fil des années. […] Si le gouvernement du Québec accepte aujourd’hui qu’une participation majoritaire dans le programme soit cédée à des investisseurs étrangers, les Québécois se retrouveront à payer pour financer les avions vendus par une entreprise étrangère. Ce serait inacceptable ».

Le gouvernement refuse aussi les entrevues sur le sujet. En Chambre mercredi matin, le ministre de l’Économie Jacques Daoust a dit que « le premier ministre a bien indiqué que, si Bombardier demandait l’appui de l’État, on considérerait la proposition qui nous est faite et on agirait de façon à faire en sorte que le Québec en sorte gagnant. Bombardier, c’est un fleuron de notre économie, on n’a pas l’intention de l’abandonner ».

Très bien. Que fait-on?

Le Canada avait-il le choix de conclure ou non un accord avec les pays du Pacifique? On a l’impression depuis plusieurs semaines que cette entente va déstabiliser l’économie canadienne, en particulier les secteurs de l’agroalimentaire et de l’automobile. Mais le résultat net, nous dit le gouvernement, sera positif pour l’ensemble de l’économie. Est-ce vrai?

Aujourd’hui, près de 80 % des exportations canadiennes se font déjà vers des pays avec lesquels il y a un accord de libre-échange : les États-Unis, le Mexique, le Chili. En adhérant à l’accord de Partenariat transpacifique, le Canada ouvre davantage ses marchés potentiels d’exportations en se donnant des accès à des marchés imposants comme le Japon (3e économie mondiale), le Vietnam et la Malaisie.

Le Canada se donne aussi accès à des biens et des services dont les coûts seront moins élevés, étant donné la diminution et l’élimination de droits prévus dans le cadre de l’accord. Il est difficile de mesurer les effets réels. Mais il est clair que ce sera bon pour le commerce.

Cela dit, il est clair aussi qu’il y aura des perdants dans les secteurs agricole et automobile. Dans le langage militaire, quand il y a des victimes innocentes, on parle de dommages collatéraux. Dans le cas d’un accord de libre-échange qui touche 40 % de l’économie mondiale, dites-vous bien qu’il y a beaucoup de victimes collatérales. Mais je vous le rappelle : les gouvernements considèrent que le bilan net sera positif. Et il y a de fortes chances qu’il le soit.

Ces accords s’inscrivent dans une dynamique de destruction créatrice, comme l’a décrit l’économiste Joseph Schumpeter. Les transformations, l’innovation, la croissance économique ne se font pas sans heurts. En fin de compte, ça marche, selon les adeptes de cette vision du capitalisme.

Il faut surtout comprendre que ce type d’accord est conclu entre puissances : les pays les plus forts dominent, les secteurs d’activité les plus riches et les plus influents orientent les négociations. Le Canada est un joueur de taille moyenne dans ce dossier, et son influence est nécessairement moindre.

Le Canada, en adhérant à l’accord, doit donc faire des concessions en retour de nouveaux marchés prometteurs. En s’excluant de l’accord, le Canada allait laisser filer des occasions d’affaires exceptionnelles aux mains d’autres pays qui vont profiter de ces nouveaux marchés.

Le Canada avait-il le choix? Pouvait-il regarder passer l’ouragan du libre-échange qui se pointe à l’horizon? Le Canada ne faisait pas partie de cette négociation au départ. Le pays ne s’est joint, in extremis, au groupe du PTP qu’en 2012.

En trois points, voici ce que l’accord prévoit :

  1. Élimination des tarifs douaniers sur de nombreux produits des secteurs de la pêche (poissons, fruits de mer, homard, crevettes, etc.), de l’agriculture et de l’agroalimentaire (boeuf, porc, orge, blé, canola, etc.), de la forêt (bois d’oeuvre, panneaux à particules, contreplaqués, etc.), de plusieurs industries (machinerie, métaux, minerais, chimiques, plastiques, sciences de la vie, aérospatial). Les exportateurs canadiens profiteront d’une baisse ou d’une élimination de tarifs douaniers sur ces produits au cours des 5 à 15 prochaines années. En retour, les consommateurs canadiens profiteront de produits qui pourraient coûter moins cher étant donné l’abandon des tarifs à l’importation.
  2. Le Canada se donne accès à des marchés où les tarifs sont particulièrement élevés et qui seront progressivement abandonnés : le Japon, la Malaisie, le Vietnam surtout.
  3. Les perdants sont les producteurs laitiers, qui devront accepter une ouverture supplémentaire de 3,25 % de leur marché, ainsi que les producteurs d’oeufs et de volailles, qui devront ouvrir entre 1,5 % et 2,3 % de leurs marchés. En retour, des compensations de 4,3 milliards de dollars sont prévues pour aider les producteurs au cours des 15 prochaines années. En passant, ces compensations couvrent aussi les pertes qui seraient associées à l’accord de libre-échange Canada-Union européenne. Les fabricants de pièces d’autos du Canada sont aussi parmi les perdants. Les pièces dites locales ne seront plus celles fabriquées au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Ce seront celles provenant des 12 pays de l’accord. Et le quota passera de 62,5 % à 40-45 %.