Blogue de Gérald Fillion

La désobéissance civile d’UberX

Mercredi 29 avril 2015 à 13 h 32 | | Pour me joindre

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Avec l’arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents, nous assistons depuis quelques années à l’émergence d’une nouvelle stratégie commerciale qui ressemble, en langage familier, à du rentre-dedans. Parce qu’un secteur est réglementé, encadré, parfois figé et contrôlé par trop peu d’acteurs, des entrepreneurs adoptent des stratégies agressives et parfois illégales pour casser un moule, pour faire tomber un système, pour pousser les gouvernements à changer les lois.

C’est ce que font les sociétés Airbnb et Uber. Ce qu’ils proposent n’est pas révolutionnaire. Ce qu’ils veulent faire, c’est d’ouvrir les marchés de l’hébergement et du transport, de les rendre plus flexibles, de briser des monopoles. Comme les lois et les règles sont faites pour être changées, diront certains, il faut donc foncer, s’installer, amener l’État à bouger sous la pression de l’offre et de la demande. C’est une forme de désobéissance civile du capitalisme : on fait fi des règles et des lois, on fonce, on abat les murs, on met tout le monde devant le fait accompli.

Airbnb permet à de simples citoyens d’offrir en location des logis dont ils sont le propriétaire. Ce service est en marge des hôtels et des gîtes, il est nouveau et oblige donc les législateurs à se pencher sur la question. Il y a un flou légal ou réglementaire, et c’est pourquoi la ministre québécoise Dominique Vien a décidé d’encadrer Airbnb. Pourquoi? Parce que cette entreprise œuvre dans une « logique commerciale » sur le terrain des hôtels et des gîtes, qui doivent, eux, payer des permis et des taxes.

Dans le cas d’UberX, c’est un service qui existe déjà qui est offert par des citoyens : celui du taxi. Mais, contrairement aux chauffeurs de taxi conventionnels, ils n’ont pas de permis pour faire ce travail. Ils contreviennent ainsi à la loi concernant les services de transport par taxi qui précise que « pour offrir ou effectuer un transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile, une personne doit y être autorisée par un permis de propriétaire de taxi », UberX offre un service illégal. Le maire de Montréal, Denis Coderre, le dit. Le ministre des Transports du Québec, Robert Poëti, l’affirme également.

En entrevue à RDI économie, le directeur d’Uber Montréal, Jean-Nicolas Guillemette, a répété à plusieurs reprises qu’il s’agissait d’un nouveau service, d’une nouvelle technologie, qu’il y avait un flou légal et il invite le gouvernement à changer ses lois. Uber a tout à fait le droit de faire toutes les représentations qui lui semblent nécessaires pour pousser le gouvernement à accepter de modifier ses lois. Mais pourquoi, entre-temps, Uber offre-t-il illégalement le service UberX?

Pourquoi l’offrir avant d’avoir le droit de le faire? Parce qu’Uber veut pousser le gouvernement « dans ses derniers retranchements », nous a dit Jean-Nicolas Guillemette. Et Uber a les moyens de jouer à ce jeu : l’entreprise est déjà installée dans une cinquantaine de pays et est appuyée par des investisseurs de taille, notamment Google et Goldman Sachs. Uber est capable de se défendre en cour et de défendre les citoyens dont les autos ont été saisies parce qu’ils offraient le service UberX.

Uber se revendique de l’économie du partage. Mais il n’est pas clair qu’UberX se qualifie pour faire partie de cette catégorie. L’économie du partage consiste pour un citoyen à prêter ou à louer un actif dans les moments où il ne l’utilise pas. Louer son chalet ou son condo, prêter son auto en retour d’un service, c’est de l’économie du partage. Les services d’Airbnb, par exemple, sont une illustration adéquate de l’économie du partage. Car2go ou Automobile, qui proposent des autos en location pour une courte distance, c’est aussi de l’économie du partage.

Mais « offrir un service de transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile », c’est une activité commerciale à but lucratif et ça s’appelle du taxi. Et c’est que fait UberX.

Alors, trois questions :

  • L’État doit-il adapter ses lois pour permettre le service UberX?
  • UberX doit-il cesser ses activités en attendant d’avoir le droit légal d’offrir son service?
  • La stratégie d’UberX est-elle la bonne pour faire changer la loi?