Billets publiés le 26 janvier 2015

La victoire de la gauche en Grèce ramène à l’avant-plan deux enjeux qui font toujours débat et sur lesquels il n’y a pas de consensus : l’austérité et l’euro.

Dans le cas de l’austérité, les Grecs ont accepté six années de restrictions, de compressions et de chômage, de récession et de réduction du pouvoir d’achat parce que leur gouvernement a accepté (ou n’a pas eu le choix d’accepter) des mesures d’austérité : privatisations, réduction des salaires et des retraites, mises à pied de travailleurs dans la fonction publique, réductions de service, etc. Après toutes ces années de douleur, qui n’ont pas empêché un accroissement important de la dette, les citoyens grecs tentent une nouvelle avenue.

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Le parti Syriza propose de renégocier la dette et des mesures pour améliorer le sort des contribuables grecs. Il n’est pas impossible que la légitimité de la dette soit remise en cause. La gauche considère qu’une partie de la dette est illégitime parce qu’elle est attribuable aux dictatures passées, à la fraude fiscale et à des dépenses publiques inconsidérées faites avant les Jeux olympiques d’Athènes en 2004.

Dans les circonstances, une partie de la dette grecque devrait être effacée. Il est clair que l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale d’Europe (BCE) vont s’opposer férocement à toute tentative d’effacement de la dette ou à un défaut de paiement qui entraînerait, dans les faits, une faillite du pays.

Sortie de la zone euro?

Selon les analystes géopolitiques de la Financière Banque Nationale, Pierre Fournier et Angelo Katsoras, « il est difficile de voir comment on va trouver un terrain d’entente » entre la Grèce et les membres de la BCE, de l’UE et du FMI. À leur avis, l’Union européenne pourrait, au mieux, accepter de prolonger la durée des emprunts consentis à la Grèce et abaisser leurs taux d’intérêt.

Il sera difficile pour la Grèce de retrouver la prospérité à l’intérieur de la zone euro, selon les experts, sans rayer une partie importante de sa dette. Et la crainte encore, c’est la contagion du contexte grec aux autres pays en difficulté, qui pourraient aussi demander une radiation de dette. Le marasme économique qui perdure en plusieurs endroits pourrait entraîner l’élection d’autres partis situés plus aux extrêmes, anti-euro ou anti-austérité.

Le nouveau premier ministre Alexis Tsipras a réclamé dans les mois passés une conférence européenne sur la dette afin de renégocier les termes de la dette du pays et peut-être envisager une radiation d’une partie de cet endettement. Les dirigeants européens ont exprimé une ouverture polie, mais sans grande conviction.

Selon l’économiste Joseph Stiglitz, qui a reçu dans le passé le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en hommage à Alfred Nobel, rien n’a autant divisé l’Europe que la création d’une nouvelle zone monétaire. S’ils croient à l’euro, les pays de la zone doivent repenser leurs politiques et donner de l’air à la Grèce.

« La Grèce a fait quelques erreurs, a dit Joseph Stiglitz sur les ondes de CNBC. Mais l’Europe en a aussi fait de bien plus importantes. La médecine [imposée à la Grèce notamment] était un poison. Elle a mené à un accroissement de la dette et à un ralentissement de l’économie. »

Joseph Stiglitz affirme que le problème de la zone euro, ce n’est pas la Grèce, mais l’Allemagne. Berlin doit réaliser, selon lui, que l’éclatement de la zone euro lui coûterait cher. Si l’Allemagne réintroduisait le mark, la valeur de sa devise grimperait au détriment de ses exportations, part très importante de l’économie allemande.

La Grèce émerge

Le pays est en train d’émerger de la récession, tandis que le gouvernement a augmenté sensiblement ses dépenses en 2014. Le PIB est revenu au vert dans les derniers trimestres. C’est sur cet élan qu’Antonis Samaras a tenté de gagner l’élection de dimanche. C’est sur cet élan aussi que le nouveau premier ministre Alexis Tsipras veut renégocier les termes de la dette de son pays.

Une fois de plus, la Grèce, l’UE, la BCE, le FMI et l’Allemagne doivent se regarder dans le miroir et trouver des solutions réalistes pour améliorer le sort des citoyens européens. Y arriveront-ils?

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