Billets publiés le 16 janvier 2015

On ne peut pas baser une stratégie sur des variations à court terme. Mais on ne peut pas ignorer les effets de la chute des prix du pétrole sur un projet comme celui de TransCanada, qui veut construire l’oléoduc Énergie Est entre l’Alberta et l’Est du Canada. Les cours du pétrole ont chuté de plus de 50 % depuis six mois et on ne sait pas combien de temps va durer cette chute et jusqu’à quand les prix vont demeurer à de faibles niveaux, comme c’est le cas actuellement.

La plupart des analystes sont d’avis que cette situation est temporaire, mais qu’elle pourrait durer tout de même plusieurs mois, peut-être quelques années. Il faudra du temps pour que la production ralentisse véritablement aux États-Unis et que l’offre corresponde mieux à la demande mondiale en pétrole.

petorrrelkeLes pétrolières canadiennes ont besoin d’un prix d’au moins 60 $ le baril pour rentabiliser les projets des sables bitumineux. Ce n’est plus le cas, depuis plusieurs mois déjà. Dans les circonstances, de nombreuses pétrolières réduisent leurs investissements, suppriment des emplois, reportent à plus tard des projets.

Reporter le projet Énergie Est?

On peut se demander si TransCanada n’est pas en train de reconsidérer son investissement dans Énergie Est à la lumière des derniers événements dans le marché. La révision de son projet de terminal pétrolier à Cacouna, officiellement pour protéger les milieux marins, coïncide avec l’effondrement du marché. En même temps, ce projet d’oléoduc est structurant, à long terme, pour l’entreprise. Honnêtement, il serait très étonnant que TransCanada recule. Disons que le contexte actuel n’est pas très porteur pour la pétrolière, qui doit étudier de près toutes ses options.

Fini, l’avantage du prix…

Par ailleurs, vu du Québec et du strict point de vue économique, quel est l’intérêt de favoriser le projet Énergie Est? Est-ce que les arguments qui poussent le gouvernement Couillard à favoriser ce projet tiennent encore? L’argument économique principal pour dire oui à ce projet a toujours été de dire que d’acheter notre pétrole du Canada va coûter moins cher que de l’importer.

Ce n’est plus vrai. L’écart de prix entre Londres et New York, qui existait il y a deux ans, a disparu. Les prix sont maintenant égaux entre les deux marchés, à 48 $US. Le Québec importe son pétrole d’Algérie, de la mer du Nord notamment, dont les prix sont alignés sur le Brent londonien. Le Québec a payé cher ce pétrole dans les dernières années en raison des troubles géopolitiques qui gonflaient le prix international, mais l’écart défavorable s’est estompé.

L’impact du dollar canadien

Si l’Alberta pouvait nous envoyer du pétrole, il coûterait aujourd’hui le même prix que celui qu’on paie en Algérie. La chute du dollar canadien rend tout de même un peu plus cher l’achat du pétrole étranger, mais la chute des cours est telle que la facture d’acquisition est tout de même en baisse. Il faut s’attendre également, avec une remontée progressive des cours du pétrole, à une remontée également du dollar canadien.

Par ailleurs, nous savons que le passage de l’oléoduc sur le territoire du Québec ne permettra pas au gouvernement ni aux municipalités de tirer des redevances particulières.

Je ne dis pas qu’il faut faire ou ne pas faire ce projet. Il y a beaucoup de choses à soupeser sur les plans environnemental, social et économique. Il est important de mettre fin immédiatement à un argument qui n’a jamais vraiment tenu la route pour favoriser ce projet : celui du prix. En ouvrant un débouché dans l’Est pour le pétrole de l’Ouest, le prix canadien va rejoindre le prix international, un prix aujourd’hui équivalent au prix américain.