Billets publiés le 13 janvier 2015

La Caisse, providentielle!

mardi 13 janvier 2015 à 18 h 56 | | Pour me joindre

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Pour stimuler l’économie et réduire son endettement, le gouvernement Couillard annonce une entente avec la Caisse de dépôt et placement. Elle permettra au « bas de laine des Québécois » d’investir et d’exploiter des projets d’infrastructures. Le nouveau rôle de la Caisse est un changement majeur dans l’évolution de cette institution : la Caisse deviendra propriétaire d’entreprises et gestionnaire de leurs activités.

Est-ce une bonne chose?

1- Bonne stratégie pour la Caisse?

La Caisse de dépôt a généré des rendements plus qu’intéressants avec son portefeuille d’infrastructures dans les dernières années : 17 % en moyenne par année depuis quatre ans, certaines années jusqu’à 25 %, notamment en 2010 et 2011. Qui suit de près le travail des grands investisseurs sait que les infrastructures suscitent un vif intérêt. La Caisse l’a compris depuis un bon moment en investissant dans différents projets au Royaume-Uni et en Australie, notamment.

Cela dit, la Caisse plonge les Québécois dans une prise de risque plus élevée. En assumant tous les risques associés aux projets d’infrastructures qui lui seront confiés, la Caisse s’expose davantage à des erreurs, des retards, des dépassements de coûts, des rendements décevants. Dans le cas du transport collectif, beaucoup de projets sont réputés non rentables. Est-ce que la plus-value foncière et une tarification raisonnable seront suffisants pour rentabiliser un investissement dans le train de l’ouest ou le SLR du pont Champlain?

On peut se poser des questions également sur la compétence de la Caisse en matière de gestion d’entreprises et particulièrement d’exploitation de projets de transport. La Caisse fait plus qu’investir à partir de maintenant : elle gère! Le PDG Michael Sabia est allé jusqu’à dire que ses trains seront à l’heure, que les projets seront dans les temps et les budgets. C’est une prédiction audacieuse, puisque la plupart de ces projets ont toujours coûté plus cher que prévu et certains ont été livrés plus tard que prévu.

2- Bon coup pour le gouvernement?

Le gouvernement espère stimuler l’économie du Québec en demandant à la Caisse de dépôt de mettre en œuvre des projets d’infrastructures. Ça va peut-être éventuellement aider à la croissance, mais disons que l’avantage réel du gouvernement, c’est qu’il va pouvoir réduire la croissance de son endettement. Les immobilisations représentent environ les deux tiers de l’endettement annuel supplémentaire du gouvernement. En refilant des projets et donc de l’endettement à la Caisse, le gouvernement pourra réduire sa dette et les intérêts à payer.

Le risque pour le gouvernement et pour la société québécoise, c’est de perdre le contrôle sur des projets d’infrastructures, qui sont en fait des services publics. Il est possible aussi que la Caisse soit tentée, un jour, de vendre certains projets parce qu’ils ne figureront plus dans ses objectifs. Le gouvernement a un droit de premier acheteur, mais il n’est pas impossible qu’une ligne de train ou une autoroute soit vendue éventuellement à des entreprises privées.

3- La solution à tous les problèmes?

La Caisse de dépôt ne va pas investir dans tous les projets, loin de là. L’institution doit prioriser son intérêt commercial. La Caisse ne va pas non plus injecter des millions et des milliards dans un projet si d’autres partenaires ne s’impliquent pas, notamment les gouvernements du Québec et du Canada.

Cela dit, la Caisse a les reins solides. Et sa capacité de financement est plus forte que bien des entreprises privées. En ce sens, la Caisse pourrait contribuer à la réalisation de certains projets, et cela pourrait se faire de façon plus rapide.

4- Est-ce que le mandat de la Caisse change?

Non! Mais il évolue. La Caisse a pour mandat de développer l’économie du Québec et d’afficher de bons rendements pour ses déposants. Il faut ajouter un nouvel objectif : celui d’exploiter et de gérer des entreprises. Des amendements législatifs seront d’ailleurs nécessaires pour permettre à la Caisse de posséder des entreprises et de les gérer.

Nous ne sommes pas dans la formule de partenariat public-privé où le gouvernement partage les projets avec des entreprises privées tout en casquant pour les risques. Ici, le gouvernement propose des projets à la Caisse, la Caisse en prend totalement possession, seule ou avec des partenaires. L’État établit les priorités. La Caisse réalise le projet. C’est un nouveau modèle, une forme de privatisation avec un partenaire privilégié : une instance publique, officiellement toujours indépendante du gouvernement.