Blogue de Gérald Fillion

La fin du gaz de schiste?

Mercredi 17 décembre 2014 à 12 h 13 | | Pour me joindre

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En février 2011, un premier rapport du BAPE sur les gaz de schiste concluait qu’il n’y avait pas assez de connaissances scientifiques pour déterminer quels étaient les risques associés à l’exploitation du gaz de schiste. Afin d’obtenir une plus grande acceptabilité sociale, le rapport suggérait au gouvernement de se servir des Conférences régionales des élus (CRE) pour mettre en place un comité de concertation. Le gouvernement Couillard est en train, en ce moment, d’abolir cet outil.

En janvier 2014, le Comité de l’évaluation environnementale stratégique sur le gaz de schiste a déposé son rapport d’évaluation sur cette filière. Le Comité a fait le constat que plusieurs questions demeuraient toujours sans réponse, notamment sur « la santé des personnes, leur sécurité ainsi que leur qualité de vie […] La filière du gaz de schiste est sujette à un manque d’acceptabilité sociale.

Sur le plan de l’environnement, on appréhende plusieurs impacts environnementaux, dont au premier chef la contamination de l’eau et des sols, un bilan négatif de GES ainsi que les fuites de gaz liés à l’utilisation de la technique de fracturation. Du côté économique, le prix très bas du gaz naturel sur les marchés nord-américains compromet la pertinence économique du développement de la filière du gaz de schiste et la possibilité de procéder à une redistribution juste et équitable de la plus-value tirée de l’exploitation ».

Et, voilà que le 15 décembre 2014, un autre rapport du BAPE arrive à la conclusion qu’il ne serait pas approprié d’exploiter le gaz de schiste au Québec. Le BAPE affirme que « l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent pourraient générer des impacts majeurs sur les communautés d’accueil : détérioration de la qualité de l’air, augmentation du bruit, de la circulation routière et de la pollution lumineuse, diminution de la valeur des propriétés situées à proximité des plateformes de forage, impacts sur les paysages, risques d’accidents technologiques, impacts sociaux et impacts sur la santé.

Les activités de l’industrie pourraient également entraîner des conséquences sur la qualité de l’environnement, en particulier sur la qualité des eaux de surface et des eaux souterraines, sur les aires protégées et les milieux humides, et entraîner la fragmentation des milieux forestiers. Les émissions de gaz à effet de serre associées aux activités de l’industrie pourraient contribuer aux changements climatiques. Finalement, la présence des activités d’exploration pourrait entraîner des effets négatifs sur certains secteurs économiques des régions d’accueil, tels que les secteurs agricole, touristique et agrotouristique ».

Expertise rare, riche et fouillée

Trois rapports arrivent à une conclusion fondamentale : l’exploitation du gaz de schiste est risquée, les retombées économiques sont peu probables et l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Au même moment, le Nouveau-Brunswick et l’État de New York évaluent la possibilité d’imposer un moratoire sur le développement de cette filière. Et le premier ministre du Québec Philippe Couillard semble avoir fait son lit à la lecture des 3 rapports et a décidé de fermer le dossier mardi soir en entrevue au Téléjournal.

Malgré cela, les chambres des commerces et les représentants patronaux demandent au premier ministre de poursuivre son analyse « dans une vision globale de création de richesse et de croissance de l’économie québécoise. » À leur avis, « le BAPE n’a pas l’expertise requise pour se prononcer sur ces questions » faisant abstraction des deux autres rapports publiés en 2011 et début 2014. Ces rapports ont été écrits par des gens provenant des secteurs de l’environnement, de l’énergie, de l’ingénierie, de la comptabilité, du milieu universitaire, de certains ministères du gouvernement, du monde municipal et j’en passe.

L’accusation des chambres de commerce et des associations patronales est insultante pour ces experts, elle est courte et simpliste. Il est rare de pouvoir compter sur une littérature aussi riche et fouillée sur un enjeu. La contribution des experts québécois à la compréhension des apports bénéfiques et des risques associés au gaz de schiste est exceptionnelle. On doit s’en réjouir.