Billets publiés le 28 avril 2014

Vendre la SAQ ou Hydro?

lundi 28 avril 2014 à 13 h 50 | | Pour me joindre

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En page 34 du rapport Godbout-Montmarquette sur les finances publiques, qui a fait couler beaucoup d’encre dans les derniers jours, il est évoqué la possibilité pour le gouvernement du Québec de vendre une partie de certains actifs, comme des sociétés d’État.

Voici le texte exact :

Dans l’éventualité où l’examen des programmes, des processus et des structures ne permettrait pas de dégager les sommes requises en matière de contrôle des dépenses, le gouvernement n’aurait pas d’autres choix, en l’absence de hausses d’impôt, que d’envisager de vendre des actifs. Les revenus touchés par la vente de ces actifs seraient nécessairement versés au Fonds des générations. La vente des actifs permettrait donc de réduire la dette. À titre d’exemple, le gouvernement pourrait songer à ouvrir jusqu’à 10 % du capital de la Société des alcools du Québec ou d’Hydro-Québec aux Québécois.

Le choix des mots est important. Les auteurs ne disent pas que la solution pour équilibrer le budget, c’est de vendre des actifs. Il y a des solutions avant d’arriver à une telle décision, disent-ils. Mais, cela dit, ils semblent émettre une opinion en affirmant que les seules options possibles sont une hausse d’impôt ou une vente d’actifs advenant l’impasse en matière de contrôle des dépenses. Comme si la colonne des revenus n’existait pas!

Certains auraient tendance à miser sur la hausse des revenus pour équilibrer le budget en investissant dans l’innovation, la productivité et les exportations. Le nouveau gouvernement a d’ailleurs déjà posé un geste pour stimuler l’économie et générer plus de revenus en créant un crédit d’impôt à la rénovation. La « stratégie maritime » et les modalités du « Plan Nord » auront sans doute pour objectif d’augmenter les revenus, la richesse et la productivité au Québec. Cette option est réaliste et doit certainement être considérée avant de vendre des actifs, en tout ou en partie.

Il faut dire que l’idée de vendre des actifs revient périodiquement au Québec. Certains sont convaincus depuis longtemps qu’il faut agir ainsi. L’IDEM a publié un rapport sur la question en 2009.

Maintenant, est-ce souhaitable?

Vendre des actifs réduirait certainement la dette et donc les intérêts à payer sur cette dette, ce qui participerait à un meilleur contrôle des dépenses. En vendant, pour quelques milliards de dollars, 10 % des actions de la SAQ, de Loto-Québec ou d’Hydro-Québec, le gouvernement du Québec réduirait sa dette tout en gardant le contrôle majoritaire de ces entités. En retour, il serait obligé de verser une partie des dividendes aux nouveaux actionnaires.

Il faut savoir que les sociétés d’État du Québec sont payantes et enrichissent le gouvernement depuis plusieurs décennies. Non seulement permettent-elles de financer les programmes sociaux, mais elles représentent des actifs de haute qualité pour le Québec. Aux agences de notation, le ministre des Finances ne fait pas qu’exposer les colonnes des dépenses et des revenus du gouvernement. Il leur parle de la dette du Québec, bien sûr, mais aussi de ses actifs et de ses outils économiques, comme les sociétés d’État et la Caisse de dépôt et placement.

Quand on possède un actif, il faut savoir l’utiliser. Tant que vous l’avez, vous êtes en mesure de l’exploiter pour en tirer un bénéfice ou l’utiliser comme une garantie ultime afin de maintenir votre crédit et des taux peu élevés. Hydro-Québec, la SAQ, Loto-Québec, la Caisse de dépôt et placement sont des institutions qui donnent de la force au Québec.

S’en départir, ne serait-ce que partiellement, aiderait sans aucun doute aux finances publiques du Québec à court et à moyen terme. Mais, à long terme, de façon structurelle, le Québec a-t-il les moyens de se priver de ces atouts exceptionnels? Sommes-nous si près du précipice?