Billets publiés le 15 avril 2014

Climat : le coût de l’inaction

mardi 15 avril 2014 à 11 h 25 | | Pour me joindre

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Est-ce que c’est la pression de l’argent qui provoquera la « révolution verte » finalement? Alors que, selon le GIEC, les pouvoirs publics ont lamentablement échoué sur le plan environnemental au cours des dernières années, c’est peut-être le marché qui viendra dicter la conduite à adopter pour en arriver à stopper la hausse des émissions de gaz à effet de serre et amorcer un renversement de la tendance.

Dans le dernier volet de son cinquième rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui fait la synthèse de 20 000 études et projections – oui, oui, 20 000! – en arrive à la conclusion que les puissances du monde n’ont pas accompli ce qu’il fallait pour affronter le défi du siècle : le réchauffement climatique. De 2000 à 2010, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2,2 % sur la planète comparativement à 0,4 % au cours des trois décennies précédentes. Si rien n’est fait, ce qui est à peu près le cas en ce moment, la température moyenne de la Terre aura grimpé de 2 degrés en 2030. Dépassé ce seuil, tout est possible.

Quand on dit que c’est le marché qui pourrait véritablement sonner l’alarme, nous en avons eu une belle preuve lundi. L’équipe économique de la Banque TD a publié une étude qui constate que, depuis 30 ans, les catastrophes naturelles ont doublé au Canada en moyenne. Autrement dit, on dénombre une vingtaine de catastrophes naturelles par année au pays, la plupart liées à des phénomènes météo. Les changements climatiques ne sont pas étrangers à cette multiplication d’événements souvent meurtriers.

Au rythme où vont les choses, les catastrophes naturelles vont coûter à l’économie canadienne 5 milliards de dollars par année en moyenne en 2020. Cet argent reflète les pertes en infrastructures, les coûts pour le système de santé, la réduction de la productivité des entreprises et les pertes en heures travaillées.

En 2050, ces coûts seront de 4 à 9 fois plus importants : de 21 à 43 milliards de dollars par année. La TD en arrive donc à une conclusion toute simple. Il faut investir dans nos infrastructures pour les protéger, pour les adapter aux risques de catastrophes naturelles. Chaque dollar investi représente, selon l’analyse de la TD, un gain de 9 à 38 $ en dommages évités.

L’expert en questions climatiques Alain Webster, de l’Université de Sherbrooke, est d’avis en tous cas que c’est le monde économique, des entreprises, des banques, des assureurs, qui pourrait provoquer du mouvement. « J’ose espérer que oui, nous a dit Alain Webster lundi soir à RDI économie. Sur le volet environnemental et sur le volet social, on semble indifférent à cela. C’est évident que les catastrophes vont être importantes. Mais, en termes économiques, si on ne bouge pas tout de suite, ça va être très important. »

Malgré les projections pessimistes, malgré les milliers de pages du rapport du GIEC, la lumière rouge n’est pas encore allumée dans le monde de l’assurance selon Warren Buffett. Dans une entrevue à la chaîne CNBC, accordée début mars, il affirme que « les changements climatiques n’ont pas nui au marché des assurances ». Et il ne prévoit pas d’impact dans les trois ou cinq prochaines années. « Ça pourrait changer dans une dizaine d’années », précise-t-il.

Dans cette entrevue, M. Buffet et l’un des animateurs semblent relativiser l’importance de l’enjeu en affirmant que les États-Unis ont été plutôt épargnés par les ouragans depuis cinq ans.

Peut-on reporter encore de 5, 10, 20 ans les décisions en matière d’environnement et s’en remettre finalement au signal du marché?