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PLQ : 10 chantiers économiques

mardi 8 avril 2014 à 11 h 03 | | Pour me joindre

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Carlos Leitao pourrait se retrouver aux Finances dans le nouveau gouvernement Couillard, qui va prendre place officiellement dans une dizaine de jours. Et c’est lui qui devrait alors faire arrimer les projections et promesses libérales avec la réalité. On espère qu’il ne répétera pas ce que tous ses prédécesseurs ont dit en arrivant au ministère des Finances : « Oh mon Dieu, quel trou béant! Quelle catastrophe, tous ces milliards cachés! Oh là là! On n’a pas le choix, on ne pourra pas faire ce qu’on avait promis! »

L’économiste Martin Coiteux devrait se retrouver président du Conseil du Trésor dans le rôle qu’occupait Stéphane Bédard depuis 18 mois. Il faut de la poigne et savoir dire non dans cette fonction, et Martin Coiteux semble avoir toutes les aptitudes. Jacques Daoust retrouvera possiblement un rôle semblable à celui qu’il occupait à Investissement Québec dans un ministère du développement économique.

Mais, vous savez, ça pourrait se faire dans un autre ordre : Daoust ou Coiteux sont aussi des candidats aux Finances.

Il est à noter aussi que les libéraux auront en face d’eux une opposition qui les talonnera sur les questions économiques avec les François Legault, Christian Dubé, Nicolas Marceau et Pierre Karl Péladeau.

Dix chantiers économiques pour les libéraux majoritaires :

  1. Préparer un budget. Celui du 20 février est jeté à la poubelle. Il n’a pas été débattu, il n’a pas été adopté. Ce budget était le cadre financier du Parti québécois pour la campagne électorale. Le nouveau gouvernement voudra annoncer ses couleurs dès le départ avec un premier vrai budget. Le nouveau ministre des Finances prendra connaissance de l’état des finances publiques et dévoilera son budget quelque part en mai. On imagine qu’il n’y aura plus de neige! On l’espère en tous cas!
  2. Enlever les lunettes roses et reprendre contact avec la réalité : le PLQ a déposé un cadre financier jovialiste en prévoyant une croissance du PIB de 2,1 %. Seulement 26 jours auparavant, Carlos Leitao nous avait dit, alors qu’il occupait toujours sa fonction d’économiste en chef de la Laurentienne, et que rien ne laissait présager qu’il allait se porter candidat aux élections, que la croissance pour 2014 serait de 1,8 %. Les économistes du secteur privé prévoient une hausse de 1,7 à 1,9 % du PIB québécois cette année. Il y a fort à parier que le prochain ministre des Finances révisera à la baisse sa projection électorale.
  3. On imagine aussi qu’on tentera vite de nous faire oublier l’objectif de créer 250 000 emplois en 5 ans. D’abord, il y aura des élections avant la fin de cette période. Ensuite, les économistes Pierre Fortin et Marc Van Audenrode ont pris le temps d’expliquer que cette projection était irréalisable, à moins d’une spectaculaire croissance de l’économie québécoise dans les prochaines années. Avec les départs à la retraite des baby-boomers et la réduction du nombre de personnes dans la population active, il faut s’attendre à un accroissement moyen de 25 000 emplois par année, et non pas de 50 000, comme le projettent les libéraux, et comme on a connu depuis le début des années 2000.
  4. Le PLQ devra également évaluer la faisabilité d’instaurer un crédit d’impôt à l’exportation. Les experts consultés par Radio-Canada nous ont indiqué que cette mesure fiscale pourrait contrevenir aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. Le calme d’un début de mandat pour un gouvernement majoritaire permettra au ministre des Finances d’évaluer sereinement la pertinence de ce crédit d’impôt.
  5. Cependant, les libéraux iront de l’avant avec des mesures pour stimuler les propriétaires et futurs propriétaires de maisons : un crédit d’impôt à la rénovation ainsi qu’un nouveau régime d’épargne-propriété, sorte de REER en vue de l’achat d’une première maison.
  6. Péquiste ou libéral, le gouvernement du Québec fait face à des défis structurels de taille. Les dépenses en santé doivent être contrôlées, et le défi de générer plus de revenus que de dépenses nécessite un travail de tous les instants de la part des ministres économiques, tant au Conseil du Trésor qu’au développement économique. Les libéraux miseront sans doute sur les infrastructures, mais il faudra surtout travailler à l’amélioration de la productivité des entreprises et des régions. En ce sens, la nomination promise d’un ministre aux PME pourrait être porteuse.
  7. Surtout, souhaitons que le Parti libéral maintienne certaines politiques ambitieuses du gouvernement précédent, qui misent sur l’innovation et qui, à terme, devraient aider à augmenter la productivité, dont la politique de la recherche et de l’innovation de Pierre Duchesne et la politique de l’électrification des transports de Daniel Breton. Pour ces deux députés, qui n’ont pas été réélus lundi soir, on peut imaginer que ce serait là leur legs politique. Pour l’instant, en tout cas!
  8. Nous l’avons expliqué à quelques reprises : le Plan Nord n’est pas devenu le Plan Mort. Il s’est plutôt transformé sous le Parti québécois. Certains affirment que le PQ a fait fuir les investissements. Peut-être, mais honnêtement, c’est difficile à prouver. L’indice mondial des matières premières a chuté de 30 % en 2013, voilà probablement la véritable explication du ralentissement des investissements au Québec en 2013 et des faibles redevances perçues.
  9. On imagine aussi que le gouvernement Couillard donnera suite au rapport Séguin sur la protection des sièges sociaux, commandé par Nicolas Marceau, remis le 20 février dernier et préparé par des chefs économiques, dont l’ex-ministre libérale des Finances Monique Jérôme-Forget. Pour éviter de perdre d’autres sièges sociaux, le Québec peut donner plus de pouvoirs aux administrateurs de ces sociétés sans toujours souhaiter l’intervention de la Caisse de dépôt et placement du Québec, comme ça a été le cas pour Rona et Osisko.
  10. Enfin, les Québécois paient beaucoup d’impôt et s’attendent à une qualité de service en retour. Oui, le système d’éducation doit être plus efficace, doit permettre à plus de jeunes de trouver leur voie. Eh oui, le système de santé doit améliorer son efficacité. Avant de baisser les taxes et les impôts, comme l’ont promis les libéraux, il faut se poser la question : en avons-nous pour notre argent?

L’équipe économique libérale a les coudées franches. Saisira-t-elle l’occasion qui se présente?