Blogue de Gérald Fillion

Et si le « pusher » prenait congé?

Jeudi 23 mai 2013 à 11 h 07 | | Pour me joindre

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Depuis mars 2009, la planète boursière est branchée sur l’intraveineuse des banques centrales. Aux États-Unis, en Europe, en Angleterre, partout où ça compte, les autorités monétaires ont pompé des milliers de milliards de dollars dans les marchés financiers pour faciliter la liquidité des obligations, les prêts entre banques et le crédit à la consommation.

Un homme à la Bourse de Tokyo mardi Cette intervention est, en grande partie, responsable de la poussée boursière après l’effondrement survenue dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers et de la crise financière qui s’en est suivie. Depuis mars 2009, la hausse des bourses a été relativement constante, bien que ponctuée de quelques creux, qui n’ont duré que quelques jours ou quelques semaines. Le marché américain est entré dans une cinquième année de marché haussier.

Ainsi, depuis mars 2009…

  • New York (S&P500) : +153 %
  • Toronto (S&P/TSX) : +72 %
  • Paris (CAC 40) : +65 %
  • Francfort (DAX) : +139 %
  • Tokyo (Nikkei) : +127 % (+85 % depuis 6 mois*)

Les bourses, en fait les opérateurs de marchés, sont devenues tout simplement « accros » à l’injection massive de dollars, d’euros, de yens, de livres dans les marchés financiers. Comme des héroïnomanes, ils sont dépendants à cet afflux monétaire, cette intervention rassurante qui laisse à penser que les pouvoirs suprêmes – banques centrales, gouvernements – seront toujours là pour ramasser les pots cassés et reconstruire après les dommages.

Des milliers de milliards de dollars dorment dans les grandes entreprises du monde, qui préfèrent la prudence à la prise de risque à la suite de la pire crise économique depuis 1929. Ces milliers de milliards sont donc remplacés par d’autres milliers de milliards injectés par les gouvernements et surtout les banques centrales.

Mais, voilà, le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke témoignait devant le Congrès mercredi. Et il a laissé entendre que le « pusher » pourrait bientôt demander son congé. « Si nous continuons de voir des améliorations et que nous avons confiance que cela sera durable, a-t-il déclaré, alors au cours des prochaines réunions de la Réserve fédérale, nous pourrions commencer à réduire nos achats d’obligations. Si nous faisons ça, ça ne voudrait pas dire toutefois que nous irions vers une réduction complète de notre intervention. »

Il n’en fallait pas plus pour assister à un revirement sur les marchés boursiers. Le Dow Jones est passé du vert au rouge, chutant d’environ 250 points. La dégringolade s’est poursuivie à Tokyo la nuit dernière, recul de 7 %, pendant que s’est ajoutée une information importante, qui est celle d’une réduction de l’activité manufacturière en Chine.

Le marché haussier est-il terminé? Personne n’est en mesure de répondre à cette question. Et il est trop tôt pour la poser. Il n’y a rien de plus imprévisible que cette petite bestiole appelée la bourse.

*La Bourse de Tokyo s’est envolée depuis six mois avec l’adoption par le nouveau premier ministre Shinzo Abe d’un plan de stimulation économique ainsi que l’intervention dans le marché pour faire baisser le yen afin de relancer les exportations.