Blogue de Gérald Fillion

Le dragon convaincu et convaincant

Vendredi 22 février 2013 à 19 h 02 | | Pour me joindre

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Il y a des entrepreneurs qui savent inspirer confiance. Ils n’ont pas nécessairement toujours raison, ils font aussi des erreurs. Mais ils s’organisent pour faire en sorte que vous croyez en leur projet, en leur vision et que vous les suiviez si vous êtes leur employé.

Gaétan Frigon fait partie de ces gens. L’homme d’affaires, qu’on peut voir aujourd’hui à la télé de Radio-Canada à l’émission Dans l’œil du dragon, vient d’écrire un livre avec l’appui de Christian Morissette sur sa vie, en grande partie sur son parcours professionnel.

C’est un livre à son image : écriture simple, il interpelle le lecteur directement, il raconte son histoire qu’il parsème de nombreuses anecdotes. Il a choisi une maison d’éditions de livres populaires, La Semaine. C’est voulu, m’a-t-il dit avant l’entrevue diffusée vendredi soir. C’est un peu sa marque de commerce : simple, accessible, près des gens.

Gaétan Frigon a passé son enfance et sa jeunesse dans le magasin général de son père. Fasciné par les étals et le contact avec la clientèle, il a su rapidement qu’il voulait être « commerçant ». Fonceur et frondeur, tenace et convaincant, il a voulu accélérer les affaires de son père en faisant de la publicité pour le magasin général, ce qui n’existait pas vraiment.

Il fallait s’organiser à l’époque, raconte-t-il. «Les gens se soutenaient et réglaient leurs problèmes entre eux, en se serrant les coudes. On en demandait le moins possible au gouvernement. Les gens préféraient même qu’il n’intervienne pas trop dans leurs vies. »

Malgré ce fait bien ancré en lui, et après une carrière fructueuse dans le secteur privé du commerce au détail (Eaton, Metro, Steinberg notamment), Gaétan Frigon a accepté l’offre du ministre des Finances Bernard Landry en 1998 qui était celle de devenir le PDG de la Société des Alcools du Québec. Et c’est ici, je vous dirais, que le livre gagne en intérêt. L’arrivée d’un « commerçant » dans un monopole étatique a bousculé bien des façons de faire!

En fait, dans son livre, Gaétan Frigon parle d’une « maladie du monopole » qui faisait en sorte que les dirigeants de l’époque ne se souciaient guère du consommateur. L’homme d’affaires a changé, mais littéralement changé la face de la SAQ, qui est devenue une entreprise à succès, aimé du public, près des clients, et dont les employés étaient fiers.

Aujourd’hui, elle doit composer avec une pression très forte du gouvernement : elle doit être très efficace, rapporter gros, toujours un peu plus. Mais, à l’époque, tout était à faire. Le succès de Gaétan Frigon a été terni toutefois par une décision très critiquée, rappelez-vous : celle de remplacer sa limousine par une Jaguar.

C’est à partir de ce moment-là que la politique s’est installée dans son bureau. Des politiciens et des médias l’ont alors pris en grippe et le pousseront à la démission en 2003 au moment où il était rendu à la tête de Loto-Québec. Gaétan Frigon dit conserver malgré tout un excellent souvenir de ses cinq années au service de l’État. Quantité de témoignages d’employés parlent de leur respect et de leur affection pour le patron simple et accessible qu’il était.

L’un des épisodes les plus passionnants du livre, c’est le travail de Gaétan Frigon pour sauver le Groupe San Francisco, qu’a bâti Paul Delage Roberge, mais qui a pris l’eau en 2004. Il explique comment il a restructuré l’entreprise en vendant des actifs et en sabrant les dépenses, en réduisant aussi de façon draconienne l’espace utilisé par Les Ailes de la Mode dans l’édifice autrefois habité par Eaton au centre-ville.

Répondant à l’appel à l’aide de Paul Delage Roberge, le « Dragon » l’a totalement écarté du processus de décision de l’entreprise, allant jusqu’à réduire sa rémunération. L’amitié des deux hommes n’a pas survécu à cette aventure. Mais l’entreprise existe toujours!

Le style Gaétan Frigon se résume à quelques mots : osez,  foncez, soyez vrais. Il est possible cependant qu’il y ait des pots cassés, au passage!

Frigon, Gaétan, « Gaétan Frigon, né Dragon », Éditions La Semaine, 476 p.