Blogue de Gérald Fillion

Amenez-en du pétrole?

Lundi 18 février 2013 à 14 h 53 | | Pour me joindre

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Loin de Kyoto, de Montréal, de Copenhague et de tous les forums des dernières années où les enjeux environnementaux ont fait l’objet d’importantes discussions et négociations, d’avancées dans certains cas, on ne semble plus que parler aujourd’hui d’expansion des sources de pétrole en Amérique du Nord.

Pourquoi? Parce que nous en consommons! Beaucoup d’ailleurs! Et tant que nous n’aurons pas trouvé mieux, nous allons continuer d’en consommer, nous dit-on. C’est le discours que l’on entend partout. À tort ou à raison, on fonce et on continue de miser sur une énergie qui ne contribue qu’à augmenter les émissions totales de gaz à effet de serre. On se projette dans la longue durée en se disant qu’en attendant d’électrifier les transports et de développer davantage les énergies renouvelables, on n’a pas trop le choix de développer le pétrole et, au passage, d’en profiter!

D’ici 10 ou 15 ans, le Québec a l’ambition de développer son pétrole : celui de la Gaspésie, du golfe du Saint-Laurent et de l’île d’Anticosti. Dans quel ordre, avec quels moyens, quand, à quel coût financier et environnemental, les questions avant d’exploiter et d’exporter du pétrole au Québec seront nombreuses. Et c’est donc loin d’être fait…

En attendant, le Québec doit étudier des projets visant à transporter le pétrole des sables bitumineux vers son territoire et vers l’Est du Canada, voire du territoire du nord-est américain.

Pipeline d'EnbridgeIl y a d’abord celui d’Enbridge, qui propose de renverser le flux de l’oléoduc (ligne 9) entre North Westover en Ontario et Montréal. La demande a été déposée auprès de l’Office national de l’Énergie du Canada. Une telle inversion permettrait notamment à Ultramar de raffiner du pétrole venu de l’Ouest à ses installations de Lévis.

Ce projet pourrait être terminé par une inversion éventuelle du courant de l’oléoduc Montréal-Portland, au Maine. Cela permettrait à terme de transporter du pétrole d’Alberta jusqu’à la côte est américaine. Mais le projet n’avance pas pour l’instant. La cour a bloqué il y a un an un projet d’inversion entre Montréal et Portland en raison du manque d’informations fournies sur la pertinence de construire une station de pompage à Dunham dans les Cantons-de-l’Est.

Des tuyaux de TransCanada servant à construire des pipelinesEt puis, il y a TransCanada qui veut aussi transporter du pétrole de l’Ouest jusqu’au Nouveau-Brunswick en passant par le Québec. Pour ce faire, l’entreprise voudrait convertir un gazoduc en oléoduc pour ainsi transporter du pétrole jusqu’à la raffinerie de Saint-Jean. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick David Alward tente de convaincre Pauline Marois d’embarquer dans le projet. Une rencontre a eu lieu lundi à Montréal pour discuter de ce sujet.

On évoque de plus en plus également la possibilité de transporter le pétrole des sables bitumineux vers l’Est du Canada par train. Suncor souhaiterait aller de l’avant avec un tel projet pour alimenter sa raffinerie de l’Est de Montréal. Selon Le Devoir, même Ultramar à Lévis ne dirait pas non à ce pétrole « ferroviaire ».

Bref, les projets sont nombreux. Il y a des intérêts économiques immenses qui sont en jeu, qui sont plus grands que le marché du Québec ou de l’Est du Canada. L’objectif des pétrolières, c’est d’atteindre les côtes, à l’Est, à l’Ouest et dans le sud des États-Unis. C’est ainsi que s’active avec vigueur l’industrie du pétrole au Canada pour développer, inverser, construire et alimenter des oléoducs.

Maintenant, plusieurs questions se posent. Les municipalités où passent ou passeraient les oléoducs expriment des inquiétudes en matière de sécurité et d’environnement. Est-ce que le pétrole des sables bitumineux pourrait endommager plus rapidement, par la corrosion, les conduits? Et est-ce que les risques d’accident sont donc plus élevés?

Et du point de vue économique, pour le Québec, serait-il véritablement avantageux de faire venir et de laisser passer du pétrole sur son territoire?

Je pose la question pour deux raisons. D’abord, le Québec veut produire du pétrole, et on imagine donc qu’il voudra l’exporter. Serait-il à son avantage d’ouvrir le marché de l’Est à l’Alberta? Et puis, comme on l’évoquait dans un blogue précédent, si le pétrole albertain est actuellement moins cher que le pétrole international et américain, son prix va certainement remonter s’il finit par trouver des débouchés à l’est, à l’ouest et au sud. Et le Québec ne profiterait pas nécessairement d’un meilleur prix qu’actuellement en achetant le pétrole des sables bitumineux.

Voilà de bons débats en perspectives…