Blogue de Gérald Fillion

Coûts de santé : l’épée de Damoclès

Vendredi 15 février 2013 à 10 h 52 | | Pour me joindre

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Quand on vit dans la réalité et non dans un absolu insaisissable et idéalisé, il est obligatoire de contextualiser chaque enjeu de politique publique en prenant en compte les capacités des finances gouvernementales.

C’est vrai pour l’enseignement supérieur, dont le débat fait rage en ce moment. C’est encore plus vrai pour le secteur de la santé, qui accapare près de la moitié du budget des provinces et qui sera soumis à une forte pression dans les prochaines décennies due au vieillissement de la population.

Des aînées en plein exercice physiqueUne étude, publiée il y a quelques jours, est passée totalement inaperçue. Pourtant, les projections en matière de coût de santé sont inquiétantes. L’étude a un titre un peu monotone, ce qui a peut-être joué dans l’absence d’intérêt des médias :  La gestion des coûts des soins de santé pour une population vieillissante : le défi fiscal que le Québec n’a pas encore relevé. Les auteurs sont Colin Busby et William B.P. Robson de l’Institut CD Howe.

L’organisme aurait pu titrer autrement pour attirer notre œil, quelque chose comme : «Chers Québécois, que diriez-vous d’une hausse d’impôts de 50 %?

Mais bon, l’essentiel, c’est le contenu. Ainsi, selon le CD Howe, « la part du PIB représentée par les dépenses de santé du Québec financées par le secteur public augmentera, passant de 8,3 % cette année à 13,9 % en 2035 et à 17,2 % en 2062 ». Le double d’ici 50 ans!

Pour combler le manque à gagner, il faudrait augmenter les impôts ou encore emprunter davantage. Selon l’organisme, « il faudra une augmentation de plus de la moitié de la ponction fiscale prélevée à même les poches des Québécois ». Une hausse de 50 % des impôts!

Ou encore, pour couvrir les dépenses des programmes, dont l’essentiel de la hausse sera attribuable à la santé, « la province aurait besoin d’actifs d’une valeur d’environ 830 milliards de dollars ayant le même rendement que les obligations provinciales à long terme ». C’est le double du PIB du Québec.

L’institut CD Howe affirme que le gouvernement doit trouver des façons de faire des économies et d’améliorer son innovation et sa productivité en coordonnant les soins, les dossiers médicaux et en donnant plus de responsabilités aux infirmiers-infirmières et aux pharmaciens-pharmaciennes.

Cette étude rejoint à peu près les chiffres avancés par les économistes Pierre Fortin et Luc Godbout sur le vieillissement de la population : de 2011 à 2051, la part des coûts de santé passera de 8 à 15 % du PIB, de 38 à 56 % des dépenses du gouvernement.

« Quelle que soit la justesse de ces prévisions, c’est la pente de la courbe qui importe et on n’y échappera pas », m’a écrit un économiste.