Billets publiés en janvier 2013

BlackBerry : est-ce la révolution?

Mercredi 30 janvier 2013 à 13 h 29 | | Pour me joindre

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Si c’est Research in Motion qui vole la vedette aujourd’hui au Canada,  c’est pourtant un autre fleuron technologique qui suscite l’enthousiasme en bourse. CGI gagnait 7 % ce midi après la publication de résultats meilleurs qu’attendu. L’acquisition de Logica fait bondir les revenus de l’entreprise. Mais CGI est une entreprise qui ne vous parle pas directement. Elle signe des contrats de service avec des entreprises et des gouvernements et ne vous propose pas de produits dans une boutique qui a pignon sur rue. C’est tout le contraire pour Research in Motion!

Le BlackBerry Z10En fait, l’entreprise de Waterloo, en Ontario, compte sur vous pour vivre et survivre. Dans une mise en scène qui s’est révélée peu enlevante finalement, le PDG de Research in Motion, Thorsten Heins, a dévoilé les deux nouveaux appareils qui seront dorénavant offerts par l’entreprise et qui doivent lui permettre de relancer ses ventes et ses profits.

Je laisserai aux experts technos le soin d’analyser la qualité des produits. Mais, loin de l’excitation ressentie à la présentation de Research in Motion à New York, quelques observations s’imposent sur la suite des choses pour l’entreprise.

D’abord, il est clair que c’est un moment charnière pour Research in Motion. C’est ni plus ni moins une révolution qui doit se produire pour l’entreprise. Changer le nom de la société souligne à grands traits l’importance du moment, qui va donc tout miser sur la marque BlackBerry. Toute l’énergie est concentrée sur la marque, le nouveau système d’exploitation et les deux nouveaux appareils, l’un tactile, l’autre avec clavier traditionnel.

Ensuite, les défis auxquels fait face l’entreprise de Waterloo sont importants et peut-être est-il déjà trop tard. Trois défis majeurs :

  1. RIM doit regagner la confiance des consommateurs. Même avec un appareil que certains peuvent considérer comme étant exceptionnel, l’effondrement dans le marché a été tel qu’il sera difficile pour l’entreprise de ramener les utilisateurs qui l’ont quitté, d’aller surtout les chercher chez les concurrents;
  2. Le BlackBerry est associé aux professionnels et aux entreprises. Le consommateur moyen, charmé par les produits d’Apple, ira-t-il vers le z10?
  3. Et puis, ce n’est pas qu’une guerre d’innovation ou de confiance, c’est aussi une guerre de prix. Research in Motion, qui a survécu grâce aux ventes de produits à faibles coûts dans les pays émergents, veut revenir avec force sur les marchés plus riches. L’appareil est à 650 $ ou à 150 $ avec un contrat de trois ans. Certains concurrents offrent l’appareil avec un contrat. Qui est prêt à payer pour les BlackBerry? Et les utilisateurs des marchés émergents auront-ils les moyens d’acheter le z10 ou le q10?

La société part de loin. Sa part de marché s’est établie dans le monde à 4,6 % dans les téléphones intelligents en 2012, loin de Samsung à plus de 30 % et d’Apple, à plus de 19 %. Elle s’est aussi effondrée aux États-Unis.

Le groupe a supprimé des milliers d’emplois, a réduit de 1 milliard de dollars ses dépenses, a perdu 1 million d’utilisateurs à son dernier trimestre. Son action a chuté de 90 % en 5 ans avant de rebondir dans les dernières semaines.

Est-ce que ça passe ou ça casse?

Il n’est pas simple pour les gouvernements au Canada d’attirer des entreprises qui veulent investir et maintenir ici des activités lucratives, créatrices de richesse et d’emplois. Pour y arriver, ils jouent fort sur la fiscalité : baisses d’impôts, crédits d’impôt, prêts sans intérêt, etc.

La première ministre du Québec, Pauline Marois, dans les studios de Framestore à LondresUn bel exemple : au moment où la première ministre Pauline Marois était à Londres, son gouvernement a annoncé l’octroi d’un prêt sans intérêt de 900 000 $ sur 5 ans à la société britannique Framestore pour l’encourager à ouvrir un studio d’effets spéciaux cinématographiques à Montréal, investissement prévu de 6 millions de dollars. Au total, 200 emplois seront créés. De généreux crédits d’impôt sont offerts à l’entreprise. Sans ces avantages, Framestore aurait choisi Toronto, Vancouver ou une ville asiatique.

C’est ainsi que se joue le jeu de la concurrence en ce moment : une grande part de la compétitivité repose sur le contexte fiscal. Le développement des marchés émergents, en particulier la Chine, a exercé une forte pression sur la fiscalité des entreprises dans les pays occidentaux au cours de la dernière décennie.

Aujourd’hui, on constate que la hausse des coûts de main d’œuvre en Chine et les prix élevés de l’énergie donnent une chance à des villes, des provinces et des États d’attirer des entreprises pour qu’elles investissent sur leur territoire. Pour y arriver, encore là, on joue fort sur la fiscalité. On se montre généralement très généreux.

Tellement, qu’on arrive aujourd’hui à un constat qui suscite de vifs débats : les entreprises paient de moins en moins d’impôts. En fait, le taux d’imposition des sociétés au Canada est passé de 40 à 15 % en 50 ans au Canada. Il a été coupé de moitié pratiquement depuis 2000.

Et dans un monde économique incertain, quantité d’entreprises n’ont pas profité de ces baisses d’impôts pour investir, améliorer leur production ou créer des emplois. Ils dorment sur leurs liquidités comme le disait récemment le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney.

Selon le Congrès du Travail du Canada, qui représente 3,3 millions de membres au pays, les liquidités des entreprises sont passées de 187 milliards à 575 milliards de dollars de 2001 à 2011. Le syndicat affirme que ces entreprises en profitent aussi pour investir… dans la rémunération de leur PDG.

Le Congrès du Travail du Canada a aussi déterminé que la journée d’affranchissement des impôts des entreprises canadiennes est le 30 janvier, cette année. Autrement dit, les revenus moyens des entreprises à cette date équivalent au total de leurs impôts à payer pour l’ensemble de l’année. L’Institut Fraser fait ce calcul toutes les années pour les contribuables. Généralement, ce jour d’affranchissement arrive en juin pour les individus.

2 questions :

  • Peut-on demander aux entreprises de payer plus d’impôts dans un contexte extrêmement concurrentiel et compétitif?
  • Est-il acceptable d’offrir des conditions fiscales aussi avantageuses pour les entreprises si, en retour, elles n’investissent pas suffisamment, dans l’économie? 

Le tabou de la richesse

Lundi 28 janvier 2013 à 12 h 35 | | Pour me joindre

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Il est difficile de parler d’argent et de richesse, c’est connu. En fait, il est surtout difficile pour ceux qui sont riches de parler de « leur » richesse et de « leur » argent. Dès qu’une personne apparaît « en moyens », on ressent un peu de gêne ou de l’envie. D’un coup, le ton change, le regard porté sur la personne nantie devient à la fois admirateur et interrogateur, suspicieux et respectueux.  

Ça m’a frappé vendredi soir dernier. Je reçois un homme d’affaires, l’entrepreneur Louis Têtu, qui a bâti plusieurs entreprises et qui a vendu récemment sa société Taléo pour 2 milliards de dollars à l’Américaine Oracle. Je lui parle de sa richesse et il me parle de son équipe sur le ton de la modestie.

Moi : Mais, vous êtes riche, quand même! Vous avez réussi, vous venez de vendre votre entreprise Taléo pour 2 milliards de dollars à Oracle. Vous êtes même peut-être milliardaire! 

Louis Têtu : Non, pas du tout! Il est vrai qu’on a créé de la richesse, on l’a créé pour un ensemble d’actionnaires, d’abord. Nos entreprises, c’est l’œuvre d’une équipe, moi je travaille avec une équipe, je ne suis pas un cavalier seul, du tout, du tout! […] On a créé de la richesse pour des actionnaires d’ici. Certains sont plus connus que d’autres. Et on a créé cette richesse-là qu’on réinvestit présentement dans la création d’autres entreprises parce qu’on a une recette qu’on pense qui peut fonctionner.

Après l’émission, j’ai reçu des courriels de gens me disant qu’il y a eu un malaise quand j’ai évoqué le fait qu’il était riche. L’entrevue était très intéressante, me dit-on gentiment, mais il aurait été préférable de ne pas lui dire qu’il est riche. C’était déplacé ou mal posé, semble-t-il.

Peut-être! Mais pourquoi ne pas en parler, au fait? Pourquoi ne peut-on pas parler de richesse, d’argent et de ce que l’on en fait surtout? Que fait-on avec 1 million de dollars? Avec 1 milliard? Que fait-on quand on réussit, qu’on a du succès? On crée des emplois, on se paie des grosses maisons sans doute, on achète une autre entreprise, on donne à des organismes, on investit dans l’art, on fait quoi? C’est fantastique d’avoir ce choix dans la vie, de vouloir et de pouvoir se faire du bien et faire du bien aux autres. Pourquoi ne pas en parler? 

Il me semble que c’est tout à fait d’intérêt. D’ailleurs, on a réalisé toute une émission avec l’entrepreneur Alexandre Taillefer, émission présentée à RDI Économie au début du mois de janvier, sur la richesse et sur ce qu’elle permet : créer des entreprises, stimuler l’emploi, développer des projets, soutenir les artistes, collectionner, etc.    

L'entrepreneur Alexandre Taillefer en compagnie de Gérald FillionVous êtes riche? Et puis après? Ce n’est pas une insulte! Ce n’est pas non plus une salve d’applaudissements! C’est le constat qui me permet d’ouvrir la porte et d’aller là où il faut aller avec les gens qui se sont bâti une fortune : vous en faites quoi de cet argent? Quels sont vos rêves? Quels projets deviennent possibles avec cet argent? Quel est votre impact? Vous donnez, vous redonnez à qui et comment? 

Il me semble que c’est tout à légitime, non?

Relativiser la dette américaine…

Vendredi 25 janvier 2013 à 13 h 30 | | Pour me joindre

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Bien à gauche, on la minimise. Bien à droite, on l’exagère! La dette américaine soulève les passions! Le plafond de la dette dépasse maintenant les 16 000 milliards de dollars et, une fois de plus, l’enjeu provoque des affrontements entre républicains et démocrates à Washington. La situation s’est apaisée ces derniers jours, mais une joute politique non productive pourrait malheureusement reprendre bientôt.

Le président américain Barack Obama avec, à sa droite, le chef de file des républicains à la Chambre des représentants, John Boehner, et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner Il faut dire que le niveau de la dette est passé de 46 à 103 % du PIB en cinq ans aux États-Unis. C’est impressionnant. C’est un bond énorme, spectaculaire, terrifiant diront certains. Mais… mais il faut aller au-delà des chiffres!

Cette formidable poussée de l’endettement aux États-Unis est attribuable à la crise financière, à la Grande Récession et aux milliers de milliards de dollars que le gouvernement américain a dû injecter dans ses banques, dans l’industrie automobile, dans l’économie et dans les marchés financiers pour sauver le pays!

Aussi, cette incroyable progression de l’endettement américain s’est accompagnée d’une tout aussi incroyable progression de l’endettement des autres pays occidentaux. Le ratio de la dette par rapport au PIB a doublé en Allemagne, en Espagne, au Canada (en comprenant les provinces) et a progressé de 15 à 40 % en France, en Grèce, en Italie et au Japon, pour ne nommer que quelques-uns des grands pays.

Dette / PIB                    2007     2011

Allemagne                    41           81

France                           67          86

Grèce                           125        165

Espagne                        30          69

Italie                             105        120

Japon                           150        206

Canada                          40          84  (dettes fédérale et provinciales)

Canada                          30          34  (dette fédérale seulement)

Sources : Université de Sherbrooke, FMI

Ce qui est important pour les agences de notation et pour les opérateurs de marché, c’est la crédibilité du processus budgétaire d’un gouvernement, ce sont les perspectives de croissance et la capacité de l’État à rembourser normalement la dette et les intérêts qui y sont associés.

La chicane politique aux États-Unis a beaucoup plus d’effet que le niveau de la dette à 103 % du PIB. Les États-Unis sont en croissance. La situation économique ne cesse de s’améliorer, même si c’est lent, inégal et fragile. Les pouvoirs politique et monétaire peuvent agir avec vigueur pour stimuler l’économie et le crédit.

Le vrai problème aux États-Unis, il est idéologique et partisan. L’intérêt des uns et des autres au Congrès semble primer sur l’intérêt réel de l’économie américaine. C’est ce qui fait que nous avons connu un psychodrame sur le plafond de la dette à l’été 2011 qui a failli replonger les États-Unis en récession. Et c’est pour ça aussi qu’on a connu un nouvel épisode de cette mauvaise série au cours des derniers mois, qu’on a appelé « le précipice budgétaire ».

Il faut s’intéresser aux faits. La note de crédit des États-Unis a été abaissée par une seule agence en 2011, ce qui n’a pas fait broncher d’un cheveu les marchés. Washington peut emprunter à sa guise sur les marchés, à faibles taux d’intérêt et la demande demeure très forte. Et les agences maintiennent la note parfaite du pays.

Alors, comment se fait-il que le niveau d’endettement actuel ne provoque pas une montée des coûts d’emprunt? Comment se fait-il que les agences de notation n’expriment pas avec angoisse leur inquiétude face à ce taux d’endettement, qui dépasse les 100 % et qui a augmenté rapidement?

La réalité, c’est que l’économie américaine est encore sous perfusion des autorités politiques et monétaires. La réalité aussi, c’est que les États-Unis remboursent leur dette sans faillir et que son plan de réduction du déficit est jugé crédible. Le seul danger, c’est une autre crise politique au Congrès.

Entre minimiser le problème de la dette et en exagérer sa portée, il faut relativiser.

Deux ou trois choses sur les oléoducs…

Mercredi 23 janvier 2013 à 11 h 44 | | Pour me joindre

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C’est une avancée importante pour l’industrie du pétrole au Canada que celle de l’approbation par le gouverneur du Nebraska du nouveau tracé pour l’oléoduc que souhaite compléter TransCanada entre l’Alberta et le Texas. À terme, ce projet de 7 milliards de dollars et de 20 000 emplois doit permettre de transporter 830 000 barils par jour vers les raffineries situées en bordure du golfe du Mexique, là où le commerce pétrolier demeure florissant.

Une vue de pipelinesLe président Obama doit donner son accord au projet avant qu’il puisse aller de l’avant. L’aval du Nebraska, qui affirme que l’impact environnemental du projet sera « minime », devrait permettre à Washington d’approuver le projet.

L’industrie pétrolière milite avec vigueur et avec succès également pour le développement massif des oléoducs au Canada, et pour une raison très simple : le manque d’infrastructures provoque des surplus que les pétrolières doivent écouler au rabais. Selon l’analyste et économiste Charles Saint-Arnaud, de la firme Nomura, basée à New York, le prix de vente du pétrole canadien est environ la moitié du prix de vente du pétrole international.

Le pétrole négocié sur la planète et dont le prix se situe autour de celui du Brent à Londres, donc autour de 110 $, est de bonne qualité et il est accessible. Celui des États-Unis vise un marché un peu plus restreint, plus captif, et se vend autour des 90 $. Mai, celui du Canada ne se rend pas de façon efficace aux raffineries du golfe du Mexique, et il souffre d’un manque d’infrastructures qui permettrait au Canada d’exporter son pétrole vers l’Asie. Confinée au marché américain, l’industrie canadienne du pétrole a peu d’emprise sur le prix négocié sur le marché.

La Banque du Canada affirme que « la congestion persistante des infrastructures de transport [ont] porté les décotes du pétrole brut lourd canadien à des niveaux records ».

Donc, du point de vue strictement commercial, et sans égard à l’impact important des sables bitumineux sur l’environnement, le Canada a besoin d’oléoducs vers le sud, l’ouest et l’est. Comme vous le savez, plusieurs projets sont sur la table : Keystone vers le sud, Northern Gateway vers l’ouest et celui de permettre le transport du pétrole jusqu’au Québec et vers le nord-est américain, porte d’entrée sur le marché international occidental.

La question qui surgit souvent est celle-ci : si le pétrole de l’Alberta est en ce moment la moitié du prix du pétrole fixé par le Brent, qu’on achète au Québec, pourquoi ne consomme-t-on pas le pétrole de l’Alberta? Réponse : les infrastructures ne le permettent pas en ce moment.

Alors, pourquoi ne pas bâtir les infrastructures qui permettraient au Québec de consommer le pétrole des sables bitumineux? Réponse : le projet est à l’étude. Mais soyons clairs, il n’est pas dit que le Québec va réduire sa facture en pétrole en achetant celui de l’ouest. Pourquoi? Bien, parce que le développement d’oléoducs vers le sud, vers l’ouest et vers l’est permettra au Canada de devenir un fournisseur de pétrole efficace et important sur la scène internationale…

Et vous l’aurez compris, le prix de vente remontera sensiblement pour rejoindre le WTI américain, peut-être même le Brent londonien. Ainsi, le bénéfice qu’on croyait faire dans l’est du pays pourrait disparaître.

Obama : présider un pays en crise

Lundi 21 janvier 2013 à 12 h 55 | | Pour me joindre

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Le premier mandat de Barack Obama aura été marqué par des mois d’angoisse pour des millions d’Américains, puisque s’est étirée jusqu’à l’été 2009 la pire récession aux États-Unis depuis la Grande Dépression des années 30. L’essentiel des quatre ans du président Obama aura été consacré à des stratégies de relance de l’économie.

Le président américain Barack Obama

Mais le travail a été ardu. Et les résultats, mitigés. Dans un contexte où la Chambre des représentants était dominée par les républicains, il a été difficile pour le président de mettre en œuvre le plan de relance qu’il souhaitait adopter. Il a dû faire des compromis et, à couper la poire en deux chaque fois, on est arrivé à des résultats en demi-teinte.

 

Ce mandat a été marqué aussi par deux conflits politiques majeurs : celui sur le relèvement du plafond de la dette, qui a mené à la décote de la dette du pays. Et puis, celui appelé le « précipice budgétaire », un péril qui allait survenir le 1er janvier 2013 si républicains et démocrates ne s’entendaient pas sur de nouvelles mesures budgétaires. Une entente a été conclue, mais ce dossier est loin d’être réglé. Des accords doivent survenir sur les dépenses à couper et sur le plafond de la dette.

En fait, soyons francs et clairs : les États-Unis travaillent encore à leur sortie de crise. La Réserve fédérale imprime par milliards des billets en rachetant des bons du Trésor américain, question de stimuler le marché obligataire, de maintenir un haut niveau de liquidité et d’assurer un accès normal au crédit pour les banques, les entreprises et les individus.

Plusieurs craignent un emballement inflationniste avec cette injection monétaire massive. Théoriquement, ils ont raison. Mais, comme l’explique souvent Paul Krugman du New York Times, l’économie américaine est encore dans un état de dépression. Ou, du moins, elle en sort à peine. Que ce mot décrive une situation bien réelle ou qu’il en exagère la réalité, il n’en demeure pas moins que les troubles inflationnistes potentiels semblent bien mineurs à côté des problèmes fondamentaux qui affligent l’économie américaine.

Le chômage est au même point, quatre ans plus tard. Des millions d’emplois perdus n’ont pas été remplacés. Le revenu moyen des ménages a baissé, comme la valeur de leur patrimoine immobilier. Le chemin est encore long pour une reprise économique durable et le retour à une croissance forte et stable dans le pays le plus riche du monde.

Souhaitons, pour l’Américain moyen, que les décideurs à Washington sachent adopter les mesures nécessaires qui assureront leur prospérité, leur protection et leur bonheur. Et, comme c’est important de le rappeler, et comme il l’a rappelé lui-même dans son discours d’assermentation : une société plus verte. Le défi écologique est le défi économique du 21e siècle. Et, alors qu’il doit remettre sur ses rails l’économie de son pays, le président Barack Obama doit aussi orchestrer un plan de match crédible et ambitieux pour réduire de façon importante les émissions de gaz à effet de serre.

Le Cirque dans nos vies…

Jeudi 17 janvier 2013 à 13 h 52 | | Pour me joindre

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Les Québécois aiment le Cirque du Soleil et son fondateur Guy Laliberté. Avec Bombardier, CGI et Céline Dion, le Cirque du Soleil fait partie des Québécois qui ont su se tailler une place sur la scène mondiale et qui suscitent une grande fierté dans la population.

TotemDans le cas du Cirque du Soleil, les médias ont toujours démontré un grand intérêt pour le succès de Guy Laliberté. Le Cirque, c’est un joyeux mélange de créativité, d’art, d’affaires et  d’entrepreneuriat. Les images sont belles, le fondateur est spectaculaire, les caméras et les micros ont été présents à toutes les étapes de l’évolution de cette entreprise.

Mercredi, le Cirque, pour l’une des rares fois de son histoire, avait de très mauvaises nouvelles à annoncer. Près d’un employé sur 10 sera mis à la porte cet hiver, la plupart au siège social de Montréal. Guy Laliberté, le fondateur, et Daniel Lamarre, le PDG, ont rencontré les employés pour leur expliquer ce qui se passe, mais ont refusé de rencontrer les médias, laissant la directrice des communications faire les entrevues et le point de presse.

Pourquoi? Pourquoi ne pas venir expliquer aux Québécois, qui ont toujours soutenu Guy Laliberté et sa merveilleuse aventure, ce qui se passe dans le monde du Cirque?

Non seulement les médias ont été présents pour raconter les succès du Cirque, mais le gouvernement du Québec a appuyé le Cirque dès le départ. Pas besoin de vous dire que c’est votre argent qui a permis le démarrage du Cirque en 1984. Guy Laliberté était alors parvenu à convaincre le premier ministre de l’époque René Lévesque de soutenir son projet à hauteur de 1 million de dollars. On connaît la suite…

Un succès planétaire, des dizaines de spectacles, 5000 employés qui ont permis au fondateur Guy Laliberté de devenir l’un des hommes les plus riches du Québec, parmi les 500 personnes les plus fortunées du monde avec un magot évalué à 2,6 milliards de dollars.

Par respect pour ses employés, Guy Laliberté leur a parlé personnellement mercredi. Parce qu’il y a un peu de nous autres dans le génie de Guy Laliberté, n’aurait-il pas dû venir nous expliquer ce qui se passe avec cette formidable aventure?

La richesse et le bonheur

Mercredi 16 janvier 2013 à 10 h 14 | | Pour me joindre

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J’ai lu récemment une entrevue très intéressante sur la richesse et le bonheur, et j’aimerais partager avec vous quelques extraits de cet entretien. L’interview a été réalisée par Thierry Pech du magazine français Alternatives économiques avec le professeur Daniel Cohen, fondateur de l’École d’économie de Paris. C’est dans le numéro de novembre 2012.

En voici quelques extraits, qui portent à réflexion :

  • « Malgré une multiplication phénoménale de la richesse, le bonheur stagne dans les sociétés riches, voire régresse dans le cas des États-Unis! Les problèmes de pouvoir d’achat restent prioritaires pour 70 % des personnes interrogées. »
  • « L’espèce humaine est dotée d’une capacité d’adaptation tout à fait exceptionnelle, qui finit par rendre banale toute situation de manque ou de prospérité. […] Cette capacité d’adaptation, l’homme ne la comprend pas! C’est ce qu’on appelle le biais de projection dans la littérature économique. […] Du coup, je pense constamment qu’un surcroît de richesse parviendra à me combler mais toujours en vain. L’autre facteur tient au fait que toute richesse est relative. »
  • « Amartya Sen [qui a reçu le prix de la Banque royale de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1998] disait que pour un pauvre, une télévision n’était pas un luxe, mais une manière de participer au monde commun. De même, aujourd’hui, les téléphones portables. »
  •  « Lorsque le travail est constamment guidé par des primes financières, il se transforme en ce qui est décrit dans les livres d’économie, en une souffrance qui permet exclusivement de gagner de l’argent. »

Voilà. Ce sont des extraits en vrac. L’article complet est ici, mais il faut être abonné : http://www.alternatives-economiques.fr/homo-economicus–animal-triste_fr_art_1172_61098.html

Il a publié un livre en 2012 : Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux, chez Albin Michel.

Et puis, Daniel Cohen était l’invité de mon collègue Jean-Sébastien Bernatchez, animateur de l’émission Classe économique, l’automne dernier, émission diffusée le 5 novembre 2012.

Alors, qu’en pensez-vous?

Nortel : une histoire de déception

Lundi 14 janvier 2013 à 12 h 55 | | Pour me joindre

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Les réactions d’indignation n’ont pas tardé sur Twitter à l’annonce du verdict de non-culpabilité des anciens dirigeants de Nortel Networks, Frank Dunn, Douglas Beatty et Michael Gollogly. Il n’est pas possible pour le juge Frank Marrocco de la Cour supérieure de l’Ontario de conclure, hors de tout doute, que les trois hommes, congédiés en 2004 et poursuivis en 2008, ont commis une fraude. Ils étaient accusés d’avoir manipulé les résultats financiers de 2002 et de 2003 pour faire gonfler leurs bonis.

L'entrée des bureaux de Nortel à Toronto, en 2009Si l’indignation est au rendez-vous aujourd’hui, c’est parce que l’histoire de Nortel est remplie d’espoirs déçus et de dollars perdus. Près de 100 000 personnes ont perdu leur emploi. Des millions d’investisseurs ont perdu des milliards d’investissements.

Je travaillais à la Bourse de Toronto pour RDI en 2002 lorsque le Wall Street Journal a été le premier média à évoquer une possible manipulation des résultats financiers de Nortel Networks. L’entreprise tentait alors de restructurer ses activités après le départ du PDG John Roth, l’éclatement d’une terrible bulle technologique et l’effondrement total de l’action de l’entreprise, qui avait atteint 124,50 $ en juillet 2000.

La direction avait alors affirmé que des erreurs comptables étaient survenues. Et compte tenu de la décision du juge Marrocco aujourd’hui, c’est la version qui va demeurer. Nortel a comptabilisé des capitaux en réserve comme étant des revenus, ce qui a permis le versement de bonis totalisant 12,8 millions de dollars pour les trois patrons. La preuve n’est pas assez étayée pour affirmer que le but de cette action était de commettre une fraude, affirme la Cour.

Donc, de 2000 à 2013, tous les espoirs ont été écrasés : 300 milliards de valeurs boursières se sont envolées, près de 100 000 emplois ont été perdus, un joyau mondial de la technologie s’est honteusement effondré. Et la Couronne n’est pas parvenue à monter une preuve qui aurait pu convaincre le juge, sans l’ombre d’un doute, que les anciens dirigeants étaient coupables de fraude à l’endroit de Nortel Networks.

NORTEL 

  • 1895 : fondation de l’entreprise à Montréal
  • 2000 : BCE se départit de ses actions dans Nortel
  • 2000 : 124,50 $ (26 juillet)
  • 2000-2001 : bulle technologique
  • 2001 : départ du PDG John Roth
  • 2001 : perte de 27 milliards de dollars
  • 2002-2003 : restructuration
  • 2002 : allégations de manipulation des résultats
  • 2004 : congédiement de Frank Dunn, Doug Beatty et Michael Gollogly
  • 2003 et 2005 : révision des résultats
  • 2008 : poursuites contre les trois ex-dirigeants
  • 2009 : faillite
  • 2013 : les trois ex-dirigeants non coupables

 

La fiscaliste Brigitte Alepin nous disait l’automne dernier qu’on devrait considérer quelqu’un comme étant riche à partir de revenus de 400 000 ou 500 000 $ par année. C’est très subjectif, disait-elle aussi, que d’établir un niveau de richesse. Mais ce qu’elle souhaitait surtout, c’était d’attirer l’attention sur un point crucial : les riches, les « vrais » riches ont beaucoup de moyens pour réduire leurs charges fiscales.

Et donc, on a beau parler des impôts des mieux nantis, et les augmenter, il n’en demeure pas moins qu’une quantité importante de niches fiscales permet à ces gens-là de réduire considérablement leurs impôts. Et c’est à ça que les politiciens devraient s’attaquer. Il est là le « vrai » problème fiscal dans le monde… et on en fait très peu pour améliorer cette situation.

Gerard DepardieuL’affaire Depardieu en France est une histoire qui fait beaucoup de bruit, certes, mais elle est tout à fait révélatrice de la situation réelle des « vrais » riches. Ils sont mobiles! S’ils ne veulent pas subir les hausses d’impôts annoncées en France, au Québec ou aux États-Unis disons, ils peuvent partir, déménager, se trouver une nouvelle adresse pour déclarer leurs revenus. Comme le fait l’acteur Gérard Depardieu, qui partait pour la Belgique et qui est finalement tombé dans les bras de Vladimir Poutine en Russie.

Les paradis fiscaux débordent de milliards de dollars à l’abri de l’impôt. Aussi, les gains en capitaux représentent une quantité importante des revenus des hauts dirigeants d’entreprises qui se font payer en options. Ces gains-là sont beaucoup moins taxés que les revenus de travail.

L’investisseur américain multimilliardaire Warren Buffett affirmait récemment qu’il faudrait exiger un impôt minimal de 30 % sur les revenus dépassant 1 million de dollars par année. Malgré des millions engrangés chaque année, il bénéficie d’un taux effectif d’impôt d’environ 17 %. Mitt Romney, candidat républicain malheureux à la présidentielle américaine de novembre dernier, n’a payé que 14 % d’impôts dans sa dernière déclaration de revenus.

Le 19 novembre dernier, dans le New York Times, Daniel Altman, professeur d’économie de l’Université de New York, écrivait que pour s’assurer une plus grande contribution des plus riches, on devrait taxer la fortune des plus riches et non plus seulement leurs revenus. Un taux d’imposition unique de 1,5 % sur les actifs financiers et autres actifs importants rapporterait plus de 800 milliards de dollars au trésor américain, selon lui. Il propose un taux de 0 % sur les actifs entre 0 et 500 000 $, de 1 % sur les actifs entre 500 000 et 1 000 000 et de 2 % sur le reste.

Au Québec, aux États-Unis, en France ou ailleurs, les mieux nantis sont appelés à contribuer davantage au trésor public. Mais cette solution est loin d’atteindre tous les objectifs. Oui, l’État peut engranger un peu plus d’argent… et encore, c’est assez minime au final. Mais, non, ça ne guérit pas la maladie qui ronge le capitalisme mondial : l’évasion fiscale… et son cousin l’évitement fiscal.